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De la division de la souveraineté comme antidote aux transactions de déclin économique

9 November, by perrick[ —]

Pendant que Madrid et Barcelone s'écharpent, j'ai repris un livre de Jane Jacobs : Cities and the Wealth of Nations. Non traduit en français (à ma connaissance au moins), il trace les milles et une manières pour un territoire de tomber dans le déclin. Tout commence par une ville, avec ses deux moteurs de développement économique : le remplacement des importations d'une part et l'exportation par l'innovation d'autre part.

Cities and the Wealth of Nations - Jane Jacob

Certains territoires auront la chance d'avoir une telle ville-locomotive. Mais d'autres seront piégées par leurs matières premières (elle donne l'exemple de l'Uruguay et de sa capitale Montevideo au milieu du XXe siècle). Pour d'autres encore ce sera l'arrivée d'une technologie extérieur : les paysans rendus obsolètes par les engrais, les machines ou les techniques importées n'auront que la misère pour horizon, leur territoire n'ayant pas de ville capable de leur fournir un travail (elle se réfère à l'Ecosse du XVIIIe ou la Cotton Belt aux Etats-Unis après la guerre de Sécession). Ensuite il y a bien sûr l'illusion de l'attractivité : le temps d'amortir son équipement et l'usine ira voir ailleurs, vers un mieux offrant. Ou celle plus pernicieuse encore du capital exporté qui ne sert pas à sa ville d'origine pendant ce temps d'amortissement, et qui pourrait lui manquer si elle venait à traverser une mauvaise passe pendant cette période. Surtout une ville a besoin de consoeurs à sa taille pour échanger et faire vivre son mouvement de remplacement des importations.

Jane Jacobs propose un chemin radical et totalement utopique pour renouer avec des formes d'épanouissement économique : diviser les économies nationales qui étouffent les échanges fructueux entre villes et forcent ce qu'elle appelle les transactions de déclin (à commencer par les subventions obligatoires) pour laisser à ces dernières la gestion de leur développement (à commencer par leur propre monnaie, considérée en particulier comme un régulateur économique automatique : les Français avec leurs dévaluations successives en connaissent quelque chose).

Je la cite : l'équivalent pour une unité politique serait de résister à la tentation de s'engager dans des transactions de déclin en ne cherchant pas à maintenir la cohésion. La discontinuité radicale serait donc la division d'une souveraineté unique en une famille de souverainetés plus petites, non pas après que les échanges aient atteint un stade de dégradation et de désintégration, mais bien avant quand l'activité se développe encore raisonnablement bien. Dans une société nationale qui se comporterait ainsi, la multiplication des souverainetés par division serait l'accompagnement normal et non traumatisant du développement économique lui-même et de la complexité croissante de la vie économique et sociale.

Et même si Madrid et Barcelone (sans parler de Vitoria-Gasteiz ou de Saint-Jacques-de-Compostelle) arrivaient à se mettre d'accord - on peut toujours rêver - pour appliquer ces idées, je ne pas certain que l'euro soit la bonne carte à jouer ensuite. A moins bien sûr que la Catalogne utilise le projet de monnaie locale barcelonais, contre l'avis de la banque centrale madrilène bien sûr.


L'autre histoire avec Philippe Meyer : le Nouvel Esprit Public ne se finance plus avec l'argent public

6 November, by perrick[ —]

Il y avait donc une autre histoire avec Philippe Meyer, il est plus que temps d'en parler. Plus que temps puisqu'il ne reste plus qu'une poignée d'heures pour financer son Nouvel Esprit Public. Je viens enfin de le faire parce que 1/ il a compris quelque chose du numérique (en peau de caste, des pages éparpillées sur différentes plateformes comme autant de cailloux blancs, une campagne de financement participatif, un site web pour retrouver un semblant d'unité) et du service public (un échange continue avec les auditeurs, une retenue sur les faits, un mélange d'humour et de bonhommie), 2/ j'ai longtemps regretté de ne pas avoir découvert cette émission plus tôt (elle est depuis devenu une des raisons de faire un petit tour en courant le dimanche soir), 3/ les invités préparent leur sujet, s'écoutent, se respectent et parlent sans crainte de la virgule (les gros yeux de Philippe Meyer suffisent visiblement), et 4/ l'hôte ne se lasse pas de distinguer éditorialistes et journalistes et de préférer aux commentaires convenus un résumé efficace des thématiques abordées.

Bien sûr les critiques ne manquent pas : des hommes ergotant sur les différentes nuances du "centre" à la française auront toujours besoin d'une Nicole Gnesotto pour montrer que les chemins démocratiques existent à gauche ou d'un Lionel Zinsou pour apporter une couleur moins franco-française aux débats. Mais j'espère que ma modeste contribution permettra aux émissions de l'été, de Pâques et de Noël de se poursuivre elles aussi : j'avais par exemple découvert Pierre Veltz et sa société hyper-industrielle ou Pascal Brice, directeur de l'Ofpra à ces occasions.


Petite balade économico-touristique en Bretagne : Lechiagat

23 October, by perrick[ —]

Cet été nous avons été accueilli par le phare de Croas-Malo, emblème de Lechiagat, le quartier portuaire de la commune de Treffiagat dans le pays bigouden où nous avons passé deux semaines en famille, entre l'océan atlantique et l'estuaire du Steir. Un coin tranquille au fin fond du Finistère, remarquable par des ruelles apaisées et des grandes plages sans (trop de) touristes.

Phare de Croas-Malo - Lechiagat

Plage - Lechiagat

Des plages qui ont été quand même endommagées par les tempêtes, en particulier celles de 2014 : malgré l'enrochement, le cordon de dune est visiblement encore vulnérable.

Chemin côtier sur la dune - Lechiagat

Enrochement de la dune - Lechiagat

De l'autre côté de la dune, le chemin des douaniers et la littorale à vélo - Voie 5 (qui amène son lot de touristes du genre sportif à sac à dos et à sacoche), l'étang du Loch Vihan avec son menhir de Léhan et quelques maisons très récentes qui cachent leur proximité avec cette nature fragile par des buissons plus ou moins touffus.

La littorale à vélo - Voie 5 autour de l'étang du Loch Vihan - Lechiagat

Maison proche de l'étang - Lechiagat

Le parcours de santé quant à lui est laissé à l'abandon : la dune reprend les quelques droits qu'on lui laisse.

Parcours sportif I - Lechiagat

Parcours sportif II - Lechiagat

Dans le village aussi l'activité a muté : l'hôtel a fermé, les petits ateliers arborent des cicatrices derrière le lierre et les portes closes, les boutiques attendent des repreneurs depuis belle lurette.

Hôtel - Lechiagat

Atelier - Lechiagat

Atelier II - Lechiagat

Atelier III - Lechiagat

Atelier IV - Lechiagat

Atelier V - Lechiagat

Atelier VI - Lechiagat

Magasin - atelier - Lechiagat

Boutique - Lechiagat

La vie économique se cache désormais dans les interstices. Un pièce dans une ancienne maison de pêcheur, une camionnette en itinérance, un simple numéro de téléphone dans une ancienne devanture de magasin, un garage d'une maison de lotissement qui fait de la vente directe producteur...

La duchesse et le crapaud - Lechiagat

Artisan bâtisseur itinérant - Lechiagat

Gîte d'étape - Lechiagat

Grands vins de Bordeaux - Lechiagat

Le médecin est toujours là; encore une poignée d'années et il sera à la retraite. Sans remplaçant.

Médecin - Lechiagat

Heureusement on peut compter sur la camionnette du boulanger garée devant son échoppe pour créer un mini-embouteillage de temps en temps. Idem devant la pharmacie ou les bistrots sur le port.

Devant la boulangerie - Lechiagat

Et puis du tourisme quand même : des maisons pimpantes estampillées Gîtes de France ou Clévacances dans un dédale de rues étroites. D'autres demeures sont à vendre, en construction ou à l'abandon. Et des terrains qui attendent ici ou là. Nous n'aurons qu'un seul regret : la maison de location que Peggy avait trouvé ne sera pas disponible l'année prochaine. Elle passe en location à l'année. La rançon d'un village qui se maintient en vie sans les touristes.

Maison de vacances - Lechiagat

Maison - Lechiagat

Maison en friche - Lechiagat

Terrain en suspens - Lechiagat

Maison à vendre - Lechiagat

Maison en construction - Lechiagat

Terrain à vendre - Lechiagat

A côté de l'église, le parking est devenu trop grand : il n'y a plus qu'un culte catholique par mois. J'imagine que ce sont les familles étendues des riverains qui en profitent le plus. Et comme en plus il y a aussi un temple protestant et une communauté évangélique...

Parking de l'église - Lechiagat

Temple protestant - Lechiagat

La modernité était arrivé avec le train Birinik. Et malgré sa clôture dans les années 1960, elle continue de survenir par vague : borne électrique pour voitures, campagne de sensibilisation à la biodiversité, agriculture urbaine ou ouvrière. Et encore le chantier naval avec son lot de pot de peintures, de métal rouillé, de filets à rafistoler et d'emplois qualifiés. J'ai découvert un peu plus tard qu'écologistes et professionnels de la mer ne sont pas toujours sur la même longueur d'onde.

Jardin biodivers - Lechiagat

Borne électrique - Lechiagat

Agriculture urbaine - Lechiagat

Atelier de peinture - Lechiagat

Chantier naval I - Lechiagat

Chantier naval II - Lechiagat

Chantier naval III - Lechiagat


De nos footballeurs et de leurs dirigeants

12 October, by perrick[ —]

En 2015, côté football, c’était la question d’un désenchantement pour la génération 1987 qui se posait. En 2016, changement de braquet : la génération 1993 tentait de s'imposer en Equipe de France; les 1997 s’offraient un championnat d’Europe; pendant que la génération 1998 profitait d’un portrait longitudinal du Monde, derrière la fusée M’Bappé. Pour la génération suivante, les premiers 2000, on peut déjà aller piocher dans l’exégèse des supporteurs. A la Fédération Française de Foot en tout cas le chemin est balisé : mini-Bleus, Bleuets puis Espoirs. Avec son lot d’éclosions non fédérales (pour ceux qui ne visiteront Clairefontaine que très tard dans leur carrière) et de déconvenues professionnelles (pour les blessés et aux « sans marge de progression »).

C’est cette même rigueur du renouvellement que j’ai découvert à travers la plume d’Alex Payette sur le site Asialyst.com : Chine : regards sur les dirigeants de demain. Les élites s’y distinguent par génération (notre cher président Macron aurait ainsi fait parti des 70后干部) et par rang (dans cette génération-là, les cadres plus « méritants » – 11 – sont au stade vice-provincial, pendant que la plupart – 256 – sont au stade préfectoral). Il est ainsi possible de suivre de l’extérieur les performances relatives des uns et des autres dans la quête du Bureau Politique du Parti communiste chinois. Les scrutateurs avisés iront jusqu’à déceler les affiliations des uns et des autres : Xi Jinping, Wang Qishan ou encore Hu Jintao ont chacun leur propre lignée.

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir des quadras qui rêvent de casser les codes : la démocratie française a la vision long terme qu’elle peut… Les Chinois ont juste une parenthèse de deux siècles à fermer.


Des robots et du journalisme à la française

27 September, by perrick[ —]

Une des antiennes que Philippe Meyer (que je retrouve avec bonheur sur son Nouvel Esprit public en peau de caste, mais ça c’est une autre histoire) répète à longueur d’émission tient en deux mots : nous aurions en France un journalisme de cour, incapable de faire du simple reportage de terrain et préférant les ragots parisiens. Si son exemple de la semaine parlait de Mme Hidalgo, maire de Paris - que d’autres défendent avec jubilation - c’est la différence de traitement fait aux robots entre les deux rives de l’Atlantique qui m’aura alerté ces derniers temps.

Ainsi le Washington Post décrit dans un long papier du mois d’août 2017 l’arrivée de bras robotisés dans une usine du Wisconsin : chez Tenere, Robot 1 est là non pas pour moderniser la ligne de production, mais plus simplement pour remplacer des ouvriers qui ne viennent pas ou plus. Les raisons sont diffuses : drogue, maladie, dépression, retraite. En plus d’un métier d’ouvrier qui ne fait plus rêver les jeunes et un taux de chômage faible. Alors les robots arrivent en location, $15 de l’heure.

Un peu plus tôt, c’était Fast Company qui proposait un article sur le retour des humains dans les process de Toyota : l’angle est original, et même franchement à contre-courant. Les créateurs du Lean - fidèles à leur tradition du « d’abord des hommes, après des produits » - ne laissent que 8% du travail à des robots : ils ne peuvent améliorer ni leur propre efficacité, ni la qualité de leur travail. Seuls les gens peuvent y arriver. L’exemple cité dans l’article est saisissant : en reprenant (ou re-apprenant) le contrôle sur le processus de fabrication, une usine japonaise a diminué de 10% ses déchets et raccourci de 96% le temps de production des vilebrequins.

Et tout récemment le New York Times s’est aussi fendu d’une exploration dans les entrailles robotisées d’Amazon.

Pendant ce temps Libération propose un numéro spécial sur les « robots tueurs » à venir et des analyses sur des interfaces encore immatures. Même les drones-livreurs ne sont pas pour tout de suite, en France en tout cas (puisqu’en Tanzanie on lance le projet). Pour Le Monde, c’est plus délicat : la recherche montre - quand le serveur répond - surtout des robots de compagnie, un autre "peluche" thérapeutique ou encore chef d'orchestre dans les pages "Idées". Lecteur régulier je me souviens surtout de « débat » : les reportages sont aux abonnés absents (ou presque). Heureusement Le Figaro sauve un peu la mise : on y trouve par exemple en mars 2017 un article sur les robots des champs ou un autre d’avril 2017 sur le robot voiturier à Roissy. Comme s’il ne s’agissait pas d’un enjeu de société majeur, mais juste un luxe d’investisseurs.


Huit bouquins lus, la dix-septième vague

20 September, by perrick[ —]
  1. La Grande Transformation de Karl Polanyi
    A l’heure de notre « grande crise systémique », ce livre est effectivement un classique. Lionel Maurel - alias Calimaq de S.I.Lex - y a trouvé des réflexions sur le démantèlement des Communs et à l’avènement du capitalisme moderne. De la même manière, il est une référence régulière de la communauté d’intellectuels plus ou moins amateurs qui gravite autour du blog de Paul Jorion. Ce dernier cherchant très souvent les pistes de notre sortie du capitalisme dans les tentatives socialistes du XIXe siècle. C’est aussi un grand livre d’histoire que j’ai découvert : bien sûr il y a la lente mutation économique du trio terre, travail & argent sous les effets du libéralisme économique (libre-échange, société de marché & étalon-or). Mais il y a aussi les affres du prolétariat dans l’Angleterre victorienne, décrites par le menu. Mendicité, famine, grèves, combats politiques : des pans entiers dont je ne connaissais rien ou presque. Reste bien sûr à savoir où en sommes-nous dans notre « grande transformation ». livres.onpk.net
  2. La révolte des premiers de la classe de Jean-Laurent Cassely
    Un bon bac, une bonne prépa, une bonne école pour se retrouver derrière le comptoir d’un crèmerie ou aux fourneaux d’un restaurant quelques années plus tard. C’est ce parcours - encore rarissime il y a peu - qui est passé à la loupe : c’est argumenté, étayé et débordant d’exemples. Sans oublier, dans la veine d’un Louis Chauvel, le renversement qui peut faire mal : s’agit-il d’une véritable stratégie personnelle émancipatrice pour aller chercher du contact et de la matière ou des prémisses de l’adaptation sous contrainte d’une « élite » secoué par le mal-travail ? livres.onpk.net
  3. La culture expliquée à ma fille de Jérôme Clément
    Monsieur l’auteur a créé puis présidé Arte : si cette carte de visite était suffisante pour me donner envie de lire son livre, elle ne l’est pas pour propager cette inclination. Peut-être tout simplement parce que je ne suis plus dans la cible (j’ai largement dépassé l’âge de l’interlocutrice au moment de l’écriture). Peut-être. livres.onpk.net
  4. Antoine de Vinck - L’esprit des formes de Aude de Vinck et Ludovic Recchia
    Antoine de Vinck est céramiste-sculpteur et potier. Ou plutôt était. Et dans cette monographie, les textes de vieux amis, de critiques d’art ou d’élèves reconnaissants sont rassemblés avec soin et éclairent ses nombreuses facettes : artiste de la terre, humaniste profond, maître-artisan et chercheur passionné. Un portrait touchant réalisé à quatre mains, celles d’une de ses filles (par ailleurs artiste) et d’un historien de l’art. livres.onpk.net
  5. Le pays que j'aime de Caterina Bonvicini
    Une plongée dans l’Italie contemporaine avec ses errements capitalistiques et politiques. Cette fois-ci c’est l’histoire d’une riche héritière ballotée entre les années de plomb et celles de Berlusconi et du fils du jardinier emporté par les lâchetés de son ambition. Un récit facile et agréable pour retrouver des ambiances que j’avais humées dans la péninsule à la fin des années 1990. Avec une pointe de nostalgie au passage. livres.onpk.net
  6. Minority Report de Philip K. Dick
    Quelques soirées de délice pour se replonger dans la logique implacable d’une SF foisonnante : des robots tueurs, des rêves manipulés, des héros retournés, des extraterrestres rusés, des drogues puissantes, des sociétés hallucinées, etc. Une collection de nouvelles pas toujours si éloignées de notre présent. livres.onpk.net
  7. Du cinéma pour le dessert de Rémi Lucas
    Un dessinateur de bande dessinée raconte son parcours de cinéphile : humour et auto-dérision sont au programme. Tout comme les explications stylistiques et les flash-backs autobiographiques (ah, le cinéma pour adolescent des années 70). livres.onpk.net
  8. The Lean Strategy de Michael Ballé, Daniel Jones, Jacques Chaize et Orest Fiume
    Encore un livre sur le Lean donc : mon overdose avant l’été n’aura pas été trop longue. Et l’attente de la pré-commande n’aura pas été vaine : de l’explicitation du positionnement spécifique du penser Lean - qui commence par dénicher les véritables problèmes derrière les petits pas de l’amélioration continue au quotidien - à l’innovation de rupture - qui nécessite un véritable problème client et une direction claire pour les améliorations à explorer - en passant par la comptabilité ou le rôle du management, la dizaine de chapitres dépoussière les a-priori de la vulgate managériale. Et dans le Nord, ça se traduit par un objectif ambitieux pour l’usine de Toyota Onnaing : inventer l’usine propre, à zéro émission de carbone, d’ici 2050. Y'a plus qu'à... livres.onpk.net

La démographie renversera trois tendances globales pluri-décennales : taux d'intérêt, inflation, inégalités

11 September, by perrick[ —]

De temps en temps, je découvre un papier suffisamment convaincant pour avoir envie de le partager. Parce qu'il est argumenté et défend une thèse peu orthodoxe. C'est le cas avec Demographics will reverse three multi-decade global trends de Charles Goodhart et Manoj Pradhan, chercheurs invités par la Banque des règlements internationaux.

As the world ages, real interest rates will rise, inflation and wage growth will pick up and inequality will fall.

La thèse tient en une ligne : avec le vieillissement du monde, les taux d'intérêt vont augmenter, l'inflation et les salaires finiront par suivre, et les inégalités par diminuer. Tout ça parce que les Chinois et les Européens de l'Est en âge de travailler commencent à se retirer du marché du travail mondial : les joies de la démographie appliquée à l'économie.

Ces raisonnements basés sur la démographie sont parfois étonnants : Emmanuel Todd l'avait utilisé pour déceler l'écroulement du monde soviétique, pour Malthus les prédictions se sont révélés moins intéressantes. Reste que le papier en question, plutôt léger en équations mathématiques, se lit plutôt bien et s'offre au passage une petite polémique avec Thomas Piketty. En tout cas le Daily Telegraph, lui, ne s'embarrasse par des demi-mesures dans son article sur cette théorie : La dernière fois que les serfs d'Europe se sont soudainement trouvés en grande demande a été après la Peste noire au milieu du XIVe siècle. Certains disent que cela a mis fin à la féodalité. Reste donc à savoir où il faudra en être dans l'avancement de la servitude avant que ces tendances s'inversent effectivement !


Le salon de Simone s'exporte à Lille

8 September, by perrick[ —]

Il y a une bande d'agilistes parisiens qui suit les après-midi de Simone depuis plus d'une année : c'est à Paris, une fois par mois. Et comme visiblement ça plaît, il était temps pour Peggy de passer à la phase d'essaimage.

Pour les lillois - agilistes ou non - qui voudraient goûter au délice d'une philosophie grandeur nature, il y a désormais un programme expérimental du côté de Marcq-en-Baroeul. Au menu : quatre thématiques pour quatre jeudi soir (un par mois jusque Noël) : Le manque de temps est-il le mal du siècle ?, Qu’est-ce qui nous rend libres ?, Le numérique est-il virtuel ou réel ? et enfin Qu’est-ce qu’un don ? Chaque soirée sera accompagnée de grignotages au début et de bulles à la fin, histoire de stimuler les neurones entre 18h30 et 21h. Le programme de cours commence le 21 septembre 2017 et bien sûr comme tout ce qui est inutile, il est indispensable ;-)


Huit bouquins lus, la seizième vague

25 August, by perrick[ —]
  1. Chevaucher son tigre - ou comment résoudre des problèmes compliqués avec des solutions simples de Girgio Nardone
    Une revue des grands auteurs de l’ingéniosité et de l’astuce, des grecs de l’Antiquité aux sagesses de la Chine Impériale. livres.onpk.net
  2. The Lean Manager de Michael Ballé et Freddy Ballé
    Les héros du premier volume (The Gold Mine) ont passé la main. C’est désormais à Andrew Ward de faire ses preuves : son usine sera fermée ou sera lean. Des rebondissements, du rythme, des coups de théâtre; la fibre romanesque joue à plein, on en viendrait presque à aimer ces usines de plasturgie sous-traitantes dans l’automobile. De très belle facture pour approfondir le Lean. livres.onpk.net
  3. Lead with Respect de Michael Ballé et Freddy Ballé
    Il y est question d’une boîte d’informatique, éditrice de logiciel de surcroit : mes attentes étaient grandes. Malgré une entame haute en couleurs et une chute digne d’une nouvelle, le troisième volume de la série n’est pas à la hauteur de ses prédécesseurs : il manque de souffle et d’entrain. J’imagine qu’il s’étudie plus en brown bag lunch qu’il ne se dévore tard dans la nuit. livres.onpk.net
  4. Lean Selling de Robert J. Pryor
    Comment appliquer les techniques du Lean au processus de la vente ? L’écriture en « bullet points », les fausses précautions d’usage, les chapitres hyper courts : on est dans le business book sans saveur. J’y ai retrouvé les intuitions que j’avais présenté lors d’un barcamp lillois en 2008 avec une session « Tirez sur le commercial » (j’avais oublié que j’y parlais « lean » - déjà). Et j’ai maintenant une référence pour des trucs qu’on fait chez No Parking (dont la visualisation du processus commercial chez le client) et d’autres qu’on devrait travailler (comme le lissage du flux des leads entrants). livres.onpk.net
  5. Toyota Kaizen Methods - Six Steps to Improvement de Isao Kato et Art Smalley
    Un nouveau pas entamé avec l’équipe : le Kaizen individuel. J’en profite pour approfondir ma connaissance des outils historiques utilisés par Toyota (et d’autres) pour analyser ses processus industriels. Et pendant que chacun travaille sur son propre problème (technique, commercial ou ergonomique), j’explore les difficultés de la standardisation et de l’amélioration continue sur la génération quotidienne des factures : au bout de trois semaines et d’une dizaine de tickets clos, j’ai encore l’impression de ne pas être arrivé au bout (alors qu’on facture depuis bientôt 15 ans). livres.onpk.net
  6. Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson
    Je connaissais un peu l’auteur / personnage par son périple en Sibérie. Je le retrouve la gueule cassée dans une autobiographie (plus qu’un récit de voyage) au long cours sur les chemins, humbles et tortueux, qui traversent la France hyper-rurale. Au détour d’une page j’apprends le décès du père d’une ancienne colocataire : son visage me revient en mémoire, sa carrure, sa poignée de main… Puis le voyage reprend ses droits entre certains visages familiers et d’autres aperçus au bord d’une route. livres.onpk.net
  7. Le photographe de Didier Lefèvre, Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier
    Un appareil photo pour suivre une mission de Médecins sans Frontière en Afghanistan, des dessins pour raconter l’histoire au retour : tels sont les ingrédients de cette bande dessinée en 3 volumes. Toujours épatant, forcément poignant, malheureusement encore d’actualité vingt ans plus tard. livres.onpk.net
  8. Le lean au service du client de Jim Womack et Dan Jones
    Une entorse aux vacances : c’est quand même un livre pour le boulot. Heureusement il abord le lean d’un point de vue « macro » et s’autorise des accents prospectivistes. J’y pioche au passage quelques idées percutantes sur les conditions d’une relocalisation industrielle ou sur la stratégie de Carrefour (juste copier Tesco ou véritablement effectuer une démarche lean ?). livres.onpk.net

Première séance de 5S au bureau : le Seiri par du vide

12 July, by perrick[ —]

Aujourd'hui au bureau, ce n'était pas un grand ménage de printemps. Ce fut plutôt une mini-tornade de Seiri : le premier S des 5 (les autres étant Seiton, Seiso, Seiketsu et Shitsuke : une autre histoire de Lean).

Visiblement prendre 2h pour se débarrasser de tout un tas de trucs, ça permet de faire un peu de vide, de se reposer des questions d'organisation...

Première étape, nous avons fait deux tas : "à supprimer" et "en suspens". En tant que gérant, j'avais le privilège d'utiliser directement le premier. Heureusement le reste de l'équipe a vite compris que le deuxième allait fondre comme banquise en 2017.

Après avoir dégager les cds (veilles sauvegardes, pilotes de matériel depuis longtemps obsolète, boîtes vides et disques vierges), ce fut le tour des tours : elle ne servait plus que pour les post-its neufs.

Troisième temps, le tri : certains trucs ont été récupérés par les uns et les autres, le recyclable s'est retrouvé dans les sacs verts ou des cartons, le non-recyclable dans les noirs et les composants électriques ou électroniques dans un coin (prêt pour la déchetterie). La parenthèse ouverte vers 14h30 pouvait se refermer tranquillement avant le tea time.

Ce fut aussi l'occasion de passer un coup d'aspirateur un peu plus appuyé, d'agrandir le coin repas, de déplacer quelques plantes, de nettoyer des claviers, de remplacer une multi-prise par une autre plus grande, de regrouper les fournitures neuves, d'agrandir l'espace dédié aux archives, etc.

C'est d'ailleurs la question des archives qui m'aura le plus marqué : les cédéroms qui n'avaient jamais servi ne serviront plus jamais. Par contre les boîtes d'archives avec tout la paperasse, classée mois par mois, attend à l'abri un transfert aux archives nationales du travail.











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