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Les vélos en libre service en Chine

18 April, by perrick[ —]

Visiblement les systèmes de vélos partagés se sont envolés en Chine - ou au moins à Shanghai : plusieurs marques en compétition, des vélos disponibles sans borne, des cadres divers et variés, etc. Le récit de Project Gus est très instructif. Et je ne résiste pas à vous mettre quelques photos (je vous laisse trouver la plus "publicitaire", elle est sans lien 8-)

Visiblement les chinois ont le choix entre Mobike, Ofo, Bluegogo ou U Bike, entre autres. On est loin des turpitudes du vélib parisien. Même si les piles de vélos qui s'entassent ne sont pas au goût de tout le monde !


Recherche 40 sociétés pour préfigurer une monnaie locale inter-entreprise au sein de la MEL

4 April, by perrick[ —]

Une monnaie locale pour la Métropole Européenne de Lille, avec le collectif « Monnaie Locale Bois Blancs » et d’autres, on y travaille depuis bientôt 2 ans. Avec le printemps, on a décidé de changer de braquet : on cherche désormais une quarantaine d’entreprises qui seraient prêtes à jouer le jeu le jour où cette monnaie émerge.

Carte de la MEL

Pendant que les élus passent par les vecteurs institutionnels (MEDEF, CJD, CCI, Chambre des métiers, etc.), notre objectif est désormais d’aller chercher les entreprises convaincues : celles dont l’équipe de direction a déjà vue le film « Demain », celles qui ont choisi un statut de coopérative, celles qui veulent se lancer dans une certification B-Corp, celles qui font du RSE tous les jours, etc. Bref celles qui ont envie de construire le monde d'après.

L’objectif à terme est de disposer au niveau du territoire métropolitain d’un réseau comme celui du Wir ou du Sardex : des entreprises formant une communauté dans laquelle les relations et la confiance commune sont le vrai capital pour construire l’économie de demain. Envie d’y participer le jour où ça se lance ? La première étape est tout simple : montrer son intérêt et rejoindre le groupe des entreprises pré-figuratrices. N’hésitez pas à en parler autour de vous...


Quand un mathématicien pleure de ses modèles

24 March, by perrick[ —]

Voir un mathématicien pleurer.

George Papanicolaou, spécialiste des mathématiques financières, pleure.

Non pas la perte d’un être cher, mais bien à cause de la mathématique elle-même. Tel est l’image que donne George Papanicolaou de sa discipline : prise dans les mailles de la finance néo-libérale, elle aura été capable de sécuriser tout le monde tant que « ça allait » et malheureusement incapable d’alerter nos dirigeants du risque systémique. Si vous n’avez pas vu Comment j'ai détesté les maths, il est peut-être encore temps; même si le documentaire date de 2011, il résonne encore en 2017. Il résonne d’autant plus pour moi que j’ai fait des études de mathématiques. À Londres. Entre 1995 et 1999. Et que ce « monde de la finance » a probablement embauché plus de la moitié de ma promotion.

Paul Jorion, celui là même qui nous invite désormais à se débarrasser du capitalisme car c’est une question de survie, a déjà bien identifié l’effet de fronde de cette finance-là : un « système qui génère de nouvelles aristocraties, ces 1% de la population qui détiennent 40% des richesses, et qui sont devenus un obstacle à la réforme du système ». Il nous invite désormais à soustraire l’argent de ce système dompté par les mathématiques financières. D’après lui, le revenu universel ne ferait qu’aggraver les choses : « 90% des sommes qu’on distribuera se retrouveront dans le coffre des banques », libre ensuite aux banquiers de trouver les équations pour en détourner - à leur profit - le maximum, sous couvert d’une assurance personnalisé par exemple.

[Sa] proposition alternative, c’est d’étendre la gratuité. On peut revenir à une santé et une éducation gratuite, et développer la gratuité de l’eau, des transports publics, et d’une alimentation de base. Ce qui ne représenterait pas des sommes considérables, serait à l’abri de la prédation des banques, et irait à l’encontre du consumérisme – contre lequel un revenu universel ne serait pas protégé.

Le aikishugyosha(élève en aikido) que je suis devenu l’année dernière apprécie. Relâcher en souplesse et proposer de la légerté pour retourner l’agressivité d’un adversaire, c’est délicat et redoutable à la fois. Et au passage ça rapproche des mathématiques, par la voie de leur élégance et de leur beauté.


Une semaine de 4 jours, le nouvel objectif chez No Parking

22 March, by perrick[ —]

Dans mon premier boulot - chef de projet multimedia dans une petite agence de communication aujourd’hui disparu - j’étais arrivé en pleine négociation des 35h (on est en 2009) : les patrons y réfléchissaient ardemment, il fallait quelqu’un pour représenter les salariés, j’y suis allé. Et puis il y a eu des aménagements pour les petites entreprises et les RTT nous sont passées sous le nez.

Presque quinze ans plus tard, j’explore le côté politique de la chose (initialement via le Collectif Roosevelt) mais la semaine de 4 jours ou les 32h restent encore tabou en France : quand bien même une campagne circule en ce moment - du travail pour tous - je n’attends plus grand chose de ce côté-là, le personnel politique sera le dernier à évoluer.

Restait donc le cas de No Parking : l’équipe y est encore à 37h30 - sans RTT. Alors que c’est l’endroit où je peux avoir le plus d’impact (j’en suis le dirigeant après tout) et où je suis le plus libre (avoir 100% du capital, ça aide). Et ce 21 mars, la petite équipe au grand complet - trois développeurs, une commerciale et une designer - vient de se fixer un objectif ambitieux pour la prochaine année fiscale : les 4 jours par semaine pour le prochain printemps (2018 donc), pour tout le monde, sans baisse de salaire. Et ce sera mieux encore si on pouvait augmenter tout le monde au passage.

Il paraît que le Lean permet ce genre prouesse : résultat dans un peu plus de 52 semaines.


Huit bouquins lus, la quatorzième vague

19 March, by perrick[ —]
  1. Contact de Matthew B. Crawford
    La suite de l’exploration du réparateur de moto philosophe : cette fois-ci M. Crawford nous plonge dans les affres de la modernité. L’évolution des aventures des personnages de Disney (de Mickey à Donald Duck en passant par Dingo) en est un marqueur : d’abord décontenancés par les objets d’un quotidien récalcitrant - et donc forcément très drôles - ils ont désormais une boîte magique avec des outils capable de répondre parfaitement à n’importe quelle situation. L’effet burlesque a disparu, la matière est escamoté et le réel perd toute aspérité. Cette quête d’un rapport désirable avec le monde, parce que formateur et enrichissant, le mènera à explorer la musique des salles de sport YMCA et Kant ou Kierkegaard, l’Américain statistiquement moyen et les tuyaux d’orgue de Taylor & Boody. Des allers-retours entre lecture de philosophie classique et analyse des gestes du travail ordinaire très féconds. livres.onpk.net
  2. Chez soi : une odyssée de l'espace domestique de Mona Cholet
    Fan de Mona Cholet depuis ses longs essais dans Périphéries, j’adore sa façon si particulière d’écrire des livres : un véritable papillonnage de références érudites en extraits éclairants pour défricher un terrain, la maison cette fois. Un battement de page m’a donné envie d’aller voir du côté de Christopher Alexander et de son classique A Pattern Language: Towns, Buildings, Constructionsi cher à tous les développeurs qui ont étudié nos fameux Design Patterns. Un autre nous mène à une comparaison entre les elfes d’Harry Potter et les travailleurs uberisés. Et toujours des références au féminin, comme ses pages autour du livre The Feminine Mystique : y entrevoir la chape de plomb, mortifère, glaçante et terrible, qu’on subit les Américaines avant 1963, effraie. Littéralement. Et visiblement elles ne veulent pas la voir revenir. livres.onpk.net
  3. Petite poucette de Michel Serres
    Un livre trop court et trop superficiel pour m’avoir intéressé durablement. livres.onpk.net
  4. Tout peut changer : Capitalisme & changement climatique de Naomi Klein
    Ce gros volume est alarmant : tout d’abord sur les méfaits de l’industrie extractiviste, mais aussi sur le combat idéologique mené des mécènes tantôt malveillants, tantôt opportunistes mais toujours fortunés. Eux ont choisir leur camp : ils veulent un capitalisme triomphant. Des habitants de la planète ne pourront le supporter et les années qui viennent seront décisives : ce sera eux ou nous, avec en première ligne les peuples autochtones et autres zadistes. Une démonstration implacables et très fouillée avec ce qu’il faut de touche personnelle pour sentir poindre la véritable humanité. livres.onpk.net
  5. C'est toi le printemps ? de Chiaki Okada et Ko Okada
    Un livre tout mignon avec des dessins magnifiques de simplicité et de douceur : l’histoire d’un lapin pressé de voir arriver le printemps. Et voilà qu’un grand ours blanc arrive… livres.onpk.net
  6. Le management Lean de Michael Ballé et Godefroy Beauvallet
    J’avais découvert le Lean via les livres de Mary et Tom Poppendieck, probablement au milieu des années 2000 : j’en avais profité pour faire sauter les itérations « agiles » qui étaient devenu un véritable carcan pour Opentime. En effet une fois qu’un logiciel Saas est en production, il n’est plus question d’attendre une semaine pour livrer une correction à un client. Nous avions au passage remplacé l’appellation « post-it » par « kanban » et nous nous proclamions « Lean ». Dix années plus tard, il était plus que temps d’aller revisiter ces notions : visiblement le chemin vers l’excellence est encore long, y compris pour No Parking(et nous aurons l’occasion d’en reparler prochainement). livres.onpk.net
  7. Culottées de Pénélope Bagieu
    Cette série de portraits au féminin a été publiée par épisode en 2016 sur un blog du Monde.fr: le livre est réjouissant avec de grandes illustrations qui viennent avantageusement compléter les planches du blog. On y découvre une galerie de femmes hautes en couleur, en conviction et en courage. Je n’y connaissais que Joséphine Baker. Entre Clémentine Delait, Delia Akeley, Agnodice ou Wu Zetian, les découvertes sont nombreuses. livres.onpk.net
  8. Systems of Survival de Jane Jacobs
    Jane Jacobs continue de me surprendre : je la connaissais pour ces réflexions économiques et urbaines, je la découvre sur des territoires philosophiques et politiques. Dans ce livre, elle explore deux « syndromes » qui sont autant de manière de survivre : celui du gardien lié au territoire (éviter le travail, adhérer à la tradition, être loyal, dispenser des largesses, etc.) et celui du marchand lié à l’échange (éviter la force, respecter les contrats, être honnête, être ouvert à l’inventivité et à la nouveauté, etc.). Elle montre combien ces deux systèmes sont mutuellement exclusifs : on ne peut pas à la fois être prompt à la vengeance ou prodigue en loisirs (d’autres aspects du gardien) et être économe ou promouvoir le confort et la commodité (ceux du marchand). Les combats à droite pour la présidence de la République en donnent des échos navrants : Mme Le Pen et M. Fillon, tous les deux figures sévères, autoritaires et nationales (des gardiens) sont rattrapés par des affaires financières (très marchandes donc); M. Macron, ancien banquier qui rêve d’une France de milliardaires habillées en costard (un marchand), se cherche une posture contre-nature à travers les grosses ficelles du service militaire(fétiche de gardien). Ces mélanges de genre sont - d’après elle - à l’origine de nombreux problèmes, quand bien même les uns ont besoin des autres (et réciproquement). Cherchez une organisation qui, d’une part, exige une loyauté à tout épreuve et sait être fataliste, et qui, d’autre part, fait preuve d’esprit d’entreprise, respecte scrupuleusement les contrats et sait investir à des fins productives; vous trouverez peut-être la Mafia sicilienne et sûrement un monstre. Si on veut éviter le système des castes (la France de l’Ancien Régime, mais encore l’Inde du XXe siècle) qui figent les personnes dans des rôles et qui bloquent les mélanges, il reste la « flexibilité bien informée » : elle permet aux uns et aux autres de passer successivement de l’un à l’autre de ses syndromes au gré des activités, sans les confondre. livres.onpk.net

Demain, un Super Apéro PHP ! Une Super Journée AFUP en 2019 ?

8 March, by perrick[ —]

Depuis le PHP Tour à Lille en 2011, plus grand chose ne s’y passait côté AFUP dans la capitale des Hauts-de-France. Il y avait bien eu la création d’une antenne locale mais finalement peu d’apéros. Heureusement les SfPots ont pris le relais : cette dynamique a abouti au dossier de candidature pour le PHP Tour 2018. Les esprits chagrin retiendront qu’il n’a été retenu cette année (bravo Montpellier), mais il le sera plus tard c’est certain. Mais encore une fois comment conserver cette envie d’aller de l’avant ?

Ce 9 mars 2017 est devenu en moins d’un mois le grand rendez-vous de toutes les villes qui font du PHP au quotidien. On y retrouve bien sûr celles qui ont déjà leurs apéros réguliers (comme Paris ou Lyon) mais surtout toutes celles dont la dynamique s’était essoufflée (Lille donc, mais aussi Bordeaux ou Luxembourg) ou celles qui émergent (Poitiers, Montpellier, Reims). Tous ces micro-évènements sont la preuve qu’il faut du rythme pour qu’une association tienne, qu’il faut des rendez-vous réguliers.

Pendant longtemps tout nouveau bureau de l’AFUP a eu une mission non-négociable : faire en sorte que le Forum PHP soit organisé. Le reste du programme d’un bureau est bien sûr important mais jamais impératif. Seul le Forum PHP l’est. Il est synonyme de vie pour tous les membres. Depuis le PHP Tour s’est installé : il permet à une ville d’impulser une dynamique sur un territoire (Luxembourg ou Montpellier en sont les meilleurs exemples) ou d’apporter un coup de projecteur sur des actions de terrain régulières et de qualité (plutôt le cas de Clermont-Ferrand).

J’ai l’impression qu’on détient avec ce Super Apéro, une formule intéressante pour permettre le développement des antennes locales : une formule souple (un bar et un organisateur dans une ville suffise pour se lancer) et une date fixe (la motivation des villes en dépend). Il ne reste plus qu’aux plus motivés d’y adjoindre une journée ou une après-midi de conférences et d’appeler ça : « la Super Journée AFUP ».

Ainsi on n’empiète pas sur le PHP Tour (qui reste à 2 jours), on se permet de faire plus qu’un apéro en profitant de l’effervescence nationale. Les lillois, dans votre dossier du PHP Tour 2018 il y a tout (lieu, speakers, thème, sponsors) : on la monte, cette journée spéciale ?


Le Revenu de Base est une super solution. Mais à quel problème ?

3 March, by perrick[ —]

Lors de la consultation pour choisir un candidat citoyen à l'élection présidentielle de 2017 via LaPrimaire.org, j'ai été surpris par une réponse de Nicolas Bernabeu sur ce fameux revenu de base.

Ce médecin corse de 31 ans - très diplômé et visiblement plutôt à gauche - propose un revenu de base pour « simplifier les systèmes économiques et sociaux », éviter les taxes (plus de CSG, plus de CRDS, etc.) et les allocations (familiales, chômage, maternité, etc.) tout en assurant nourriture, logement, santé pour une somme comprise entre 1250 pour ceux qui ne peuvent pas travailler et 850 euros par mois pour les autres.

Imaginons certains conséquences de ces cas précis :

  • Développeur informatique, je viens de négocier une rupture conventionnelle : un ancien collègue, certain comme je le suis aussi, de retrouver un boulot, a pris du temps indemnisé par les ASSEDIC pour faire du bénévolat en journée, s’occuper des ses enfants, revoir sa femme et surtout retrouver un boulot qui ait plus de sens. C’est bien ce que je pensais faire aussi. Sauf qu’avec un prêt sur les épaules, on ne peut pas se permettre une telle décote même pendant 2 mois, je préfère retrouver un boulot au plus vite.
  • En tant que consultante en organisation, je gagne bien ma vie (pas loin de 3000 euros sans les primes mais avec des déplacements fréquents un peu partout en France) et mon premier enfant arrive : ma rémunération mensuelle va être divisée par trois du jour au lendemain. Prévoyante, j’ai cotisé suffisamment dans le privé pour tenir sur cette période pas si courte.
  • Bientôt retraité j’ai cotisé toute ma vie comme agent administratif dans une mutuelle d’assurances. J’ai fait mes petits calculs et je vais perdre une partie de mes « droits » par rapport à l’ancien système public ? Heureusement, moi aussi, j’ai utilisé en sus les services d’une banque privée suffisamment longtemps pour constituer une véritable épargne et tenir sur cette longue période.
  • Je suis une jeune salariée; je gagne 1600 euros net par mois depuis bientôt 2 ans autant dire que je n’ai pas encore mis beaucoup de côté. Et là, je me retrouve brutalement hospitalisée pour 2 semaines, au minimum. Plus la ré-éducation derrière. C’était tout à fait honnête avant mais maintenant : est-ce qu’il va falloir que je fasse un prêt pour payer le petit studio vide pendant que je goûte à la chambre d’hôpital ?

Qui est prêt à perdre une partie de ses revenus, gagés sur le socle de notre contrat de société (la solidarité nationale), pour un revenu de base comme celui-là ? Pas une majorité de Français, je le crains. Vous me rétorquerez bien évidemment qu’il y a d’autres formules possibles. Vous auriez raison… Mais au juste à quoi servirait ce revenu de base ? Car la véritable question est là. Et malheureusement elle est absente de bien des débats.

A-t-on peur de la disparition du salariat, emporté par des robots ? De l’empilement administratif qui se complexifie à chaque législature ? Des inégalités toujours croissantes, renforcées par des politiques de dumping chez tel ou tel voisin ? Des loyers trop élevés en ville, devenus des barrières insurmontables de l’ascenseur social ? De la fin des retraites par répartition, après les écrêtages forcés des modèles par capitalisation ? De la disparition des solidarités nationales, européennes ou mondiales ? Des mutations incontrôlées du capitalisme contemporain ? D’autre choses encore ? De tout cela à la fois ?

Mon impression tenace est que le revenu de base est devenu un mot qui obscurcit le débat, qui empêche de se poser les bonnes questions. Une impression partagée visiblement.

Les robots qui pourraient fabriquer puis conduire des camions ? Bien sûr que j’en veux plus : les boulots pénibles et répétitifs, en 3x8 ou loin de chez soi doivent devenir une chose du passé. Et si on en profitait plutôt pour passer d’abord à 32h, puis à 28h.

Les procédures administratives contraignantes ? Oui bien sûr - et tout de suite même - s’il s’agit de protéger mes filles des perturbateurs endocriniens : visiblement l’Union Européenne préfère pour le moment faire passer le profit d’industriels en priorité. Et pour ceux qui en veulent moins, je suis prêt à être beta-testeur sur le prélèvement de mes cotisations d’indépendant à la source qui permettra en plus à l’État de pré-remplir ma déclaration d’impôts. On a des équipes minuscules au sein de beta.gouv.fr alors qu’on peut imaginer y améliorer des services existants et même en créer des nouveaux.

La fin du travail ? Visiblement Google a encore besoin d’un paquet d’ingénieurs pour détecter les commentaires haineux et la France pourrait créer un million d’emplois supplémentaires pour répondre aux enjeux écologiques, sociaux et économiques de la Transition. On a encore de la marge.

Les inégalités astronomiques ? Alors même que les sirènes du dumping fiscal promis par le Royaume-Uni commencent à se faire entendre, on pourrait commencer par une harmonisation fiscale.

Le capitalisme contemporain, hiérarchique, vectoraliste et anti-régulation ? La crise écologique nous fournit les détracteurs attendus et affutés (les affairés de gros sous), des alliés inhabituels (les peuples autochtones) et un levier encore plus puissant (le changement climatique) : c’est en tout cas la thèse - très argumentée - de Naomi Klein dans son dernier ouvrage Tout peut changer : Capitalisme & changement climatique.

Bref avant de faire passer notre si chère Sécu par pertes et profits, il faudrait peut-être vérifier qu’on ne détient pas juste une balle d’argent.


La France a un gros handicap : la puissance de ses institutions

13 February, by perrick[ —]

De temps en temps, je découvre une phrase qui percute. Parce qu'elle va au contraire de la vulgate du moment et parce qu'elle fait écho à un sentiment diffus qui se dissipe grâce à elle.

[La France] a un gros handicap : la puissance de ses institutions. Les institutions sont fondamentalement conçues pour apporter de la stabilité au système. Tout au plus elles peuvent l’adapter à la marge, mais en aucun cas modifier ses fondamentaux. Elles ont été notre force. Il ne s’agit pas de les faire exploser car elles doivent continuer à assurer leurs missions durant la décennie de transition que nous allons vivre.

Cette fois donc, elle est écrite par Geneviève Bouché (futurologue) dans sa dernière publication : Bien voter – la transition démocratique. Disponible en Creative Commons, cette note a le mérite de poser de bonnes questions pour les échéances électorales du moment bien sûr mais surtout pour le futur que nous pouvons souhaiter. Surtout si on veut s'épargner la bonne guerre, celle qui remet tous les compteurs à zéro (ou presque).


L'équipe de No Parking au travail : un documentaire de 7 minutes

30 January, by perrick[ —]

Entre novembre 2015 et avril 2016, Tristan Senet a réalisé un documentaire sur ce qui se passe dans les bureaux de No Parking. On y retrouve des papillons repositionnables (les fameux post-its), des lignes de code, des coups de fil et la tranquillité presque silencieuse qui surprend toujours nos visiteurs. Bonne découverte... Et surtout un grand merci à tous les "acteurs" : Jeff, Matthieu, Ophélie, Alexis.


Huit bouquins lus, la treizième vague

9 January, by perrick[ —]
  1. Cities and the Wealth of Nations de Jane Jacobs
    Pour le fan que je suis devenu, ce livre a fait son office : très bien écrit, il se permet d'égratigner des grands penseurs classiques de l'économie avec brio. On y retrouve ses grands concepts économiques : la croissance par le remplacement des importations (pour permettre la montée en gamme), l'importance des échanges entre villes de même niveau (ou pourquoi Lille, Lyon, Nantes ou Marseille doivent se comparer entre elles et pas avec Paris), l'impossibilité de "sauter" des étapes sur l'échelle du développement économique (sous peine de perdre de précieux capitaux avec des usines que personne ne peut faire tourner localement), l'incapacité de la macro-économie de compter (et donc de réfléchir) en deçà de l'échelle nationale, la puissance de la curiosité esthétique et récréative (ou Taïwan, de l'agriculture - 1950 - aux composants hi-tech - 2000 - en passant par les jeux électroniques - 1980), etc... Tous les citer vous priverait d'une bonne lecture, je m'arrête là. Je me permettrai juste un rapide retour en arrière sur une autre lecture - historique celle-là - qui m'avait marqué : Une grande divergence où Kenneth Pomeranz cassait lui aussi le carcan étatique pour faire apparaître une histoire plus fine et plus précise du grand décollage de l'Europe, en commençant par les régions sans arbre mais avec du charbon de l'Angleterre. livres.onpk.net
  2. Archives du Nord de Marguerite Yourcenar
    Une très belle plume prend le temps d'évoquer ses souvenirs et ceux de sa famille paternelle - les Cleenewerck de Crayencour. Une mémoire qu'elle attrape au vol au grès de sources disparates. Et qu'elle retranscrit affectueusement et délicieusement. Pour l'anecdote, au même moment j'ai écouté un épisode de la Fabrique de l'Histoire Second Empire : Qu’est-ce que la fête impériale ?, quel ne fut pas ma surprise de découvrir que cet esprit de fête, flamboyant et fastueux, était largement partagé en province (au moins à Lille et aux alentours) à l'époque ! livres.onpk.net
  3. Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar
    Un vieil empereur - Hadrien - qui écrit à son petit-fils adoptif - Marc-Aurèle - qui finira lui aussi empereur : la trame est tenue. Et pourtant quelle belle oeuvre ! Car c'est bien un grand livre que j'ai eu le privilège de lire : de la poésie, du souffle, des sentiments, de la philosophie, bref de la Littérature. Pas de psychologie mais de la réflexion introspective à l'état brut. Pas de grandiloquence mais de la subtilité humaine. Mes flâneries épisodiques au Mont Noir prendront désormais un relief particulier, entre remerciement et gratitude à cette grande dame de la langue française. livres.onpk.net
  4. Les silences du Colonel Bramble de André Maurois
    En ces temps de Brexit, j'ai pris ce livre à la bibliothèque de mon quartier sur un coup de tête : André Maurois me disait très vaguement quelque chose (merci Wikipedia pour la confirmation qu'il a été académicien et pour la découverte de ses relations avec Pétain teintées de proximité mondaine et de méfiance). J'ai goûté avec jubilation aux us et coutumes des officiers britanniques pendant la Grande Guerre (qu'il a connu en tant qu'interprète militaire et officier de liaison) : ça sent bon le charme surannée des élites passées par les colonies, ce mélange étonnant de sportsmanship, de suffisance et de loyauté, toujours accompagné d'un verre de sherry / brandy / scotch. Comme avec Blake et Mortimer, on y retrouve des facettes de ce Royaume-Uni qui n'est plus (si tant est qu'elles ont dépassé un jour le cercle restreint qui commence avec son Upper middle class). livres.onpk.net
  5. Génération Erasmus de Sandro Gozi
    Je suis français, j'ai fait Erasmus en Italie (au départ de Londres). J'ai pensé que ce serait intéressant d'aller creuser une vision politique portée par ma génération de l'autre côté des Alpes. Quelques anecdotes politiques (mais pas tant que ça) et quelques idées fortes (migration gérée en commun / partis transeuropéens / réformes structurelles du marché du travail et relance économique) parcourent ce livre d'un européen convaincu et visiblement sincère. Le hic, c'est que finalement Renzi a laissé sa place en Italie avant de gagner des galons au niveau européen (même si sa jeunesse fait qu'il pourra revenir); et le re-hic, c'est qu'il y a entre la génération des "Pères fondateurs" et celle des "Erasmus", une génération - celle qui a entre la cinquantaine et la soixantaine en 2017 - dont la conviction européenne n'est pas aussi chevillée au corps, une génération à l’égoïsme forcené qui refuse de considérer qu’elle n’a pas “mérité” l’intégralité des avantages et privilèges collectifs dont elle bénéficie et dont beaucoup sont “revenus” de la politique sans jamais y être allé autrement qu’en jouant aux révoltés post-pubères lors de Mai 1968 (dixit Frank Biancheri, initiateur du programme Erasmus). Vivement 2020, qu'on sorte du monde des babyboomers... livres.onpk.net
  6. Diabou Ndao de Mamadou Diallo
    Le conte gourmand d'une petite fille qui aimait manger des gnioules et d'un lion qui rode autour de son village. Fou rire assuré pour toute la famille. livres.onpk.net
  7. La spirale du déclassement de Louis Chauvel
    Sociologue et professeur d'université, Louis Chauvel livre dans cet ouvrage un portrait tout en dynamique de la société française. L'utilisation des cohortes (plutôt que la moyenne a une date donnée) permet de mettre en lumière de nouveaux éléments-clé et de bien comprendre les mécanismes à l'oeuvre au sein des classes moyennes : repatrimonialisation, chômage, dépréciation du niveau des diplômes entrent en résonnance et mettent en difficulté notre pacte social. On trouve aussi un bel exemple de modèle non-linéaire dans son interprétation de la relation entre inégalités et mouvement social : les plus matheux y reconnaîtront sûrement la modélisation "classique" de Lotka-Volterra (les proies et les prédateurs prenant le dessus à tour de rôle). livres.onpk.net
  8. Le paradis des femmes et l'enfer de chevaux de Idriss al-'Amraoui
    Un tout petit livre écrit en 1860 par un émissaire du Sultan marocain de passage en France : le périple étonnant d'un grand lettré qui traverse la France en chemin de fer pour s'entretenir avec Napoléon III. Ce mélange d'admiration et d'attachement sincère à ses valeurs propres en fait un anti-Lettres Persannes. livres.onpk.net










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