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☕︎ Spiritualité et mystère

20 June, by David Larlet[ —]

L’esprit et l’âme sont les deux émergences du cerveau ; l’esprit est l’ensemble des activités intellectuelles, spirituelles et mentales ; l’âme est l’ensemble des éléments de sensibilité. L’un est bien entendu inséparable de l’autre, certains ont plus d’âme et d’autres plus d’esprit ! C’est à partir de ces deux composantes qu’émerge la conscience, qui est conscience de soi et réflexivité sur la connaissance. Voilà en quoi la conscience, le produit ultime de l’évolution humaine, reste le plus fragile puisqu’elle peut vaciller à la moindre émotion. Nous avons vu, dès que se déchaîne une guerre à quel point les gens perdent leur conscience pour devenir des barbares.

[…]

J’en arrive à la spiritualité, que l’on réduit généralement à la foi religieuse, mais je pense qu’elle englobe toutes les activités de l’esprit portant sur la méditation, la réflexion, la relation avec autrui, avec le monde, tout ce qui dépasse les purs intérêts immédiats, matériels, économiques ou autres. La spiritualité est un besoin de l’esprit, de l’âme, de réfléchir, de se mettre dans le monde, d’en comprendre le sens, d’en jouir des beautés ; elle se manifeste dans l’amour de la musique, de la poésie, mais à mon avis, elle n’a nul besoin de Dieu.

[…]

Mais je crois profondément au mystère, au mystère de l’univers. Pourquoi est-il né, d’où est-il sorti ? Je m’intéresse beaucoup aux sciences astrophysiques, qui nous disent que notre univers est né du vide. Mais comment un vide pourrait-il produire quelque chose qui n’est pas vide ? En somme, je pense que, quels que soient les problèmes que l’on aborde — l’univers, la vie, l’être humain, le destin, l’aventure humaine, le futur — nous somme toujours placés devant un mystère. Il n’a rien à voir avec l’énigme qui, comme dans les romans policiers, peut être résolue après une enquête expérimentale et rationnelle. Le mystère, ce sont les limites de l’esprit humain devant une réalité qui lui est inconnaissable parce que sa logique ne peut pas l’appréhender, ce sont les limites de la logique de l’esprit humain. Peut-être les mystiques ont-ils le sentiment du mystère quand ils sont dans l’ineffable, ils ont alors l’impression d’être en état de communion avec une réalité supérieure, qu’elle soit incarnée ou non. Peut-être existe-t-il en effet des formes de méditation mystique, notamment bouddhistes, qui appréhendent un autre versant du mystère ? Peut-être que la poésie et la musique nous rapprochent du noyau de certains mystères ? Je suis persuadé que, par ce moyen, par ce biais, il nous est possible d’aller plus avant dans le sentiment du mystère. Pour ce qui me concerne, je vis avec le sentiment permanent du mystère. Je me souviens de ce que disait Jankélévitch : le mystère n’est pas dans l’origine des choses mais dans le fait que les choses sont ce qu’elles sont.

L’urgence et l’essentiel, Edgar Morin

Je ne suis pas sûr de savoir où je vais dans ces recherches, creuser un mystère qui ne semble pas résoluble procure l’enthousiasme d’un chemin sans fin que l’on peut suivre par étapes. En en apprenant un peu plus à chaque tronçon, sur ce monde, les autres et finalement soi. La clé est peut-être ici d’ailleurs : la quête d’un soi que l’on espère hors d’atteinte.

En attendant de faire le chemin inverse pour trouver l’apaisement final :

Pour les plus croyants, beaucoup de questions sont déjà tranchées (« de toute façon, on change juste d’étage ») mais d’autres, moins fervents, trouvent malgré tout dans la religion une source d’apaisement. Il faut bien le dire, c’est plus facile quand on croit. « Je suis particulièrement croyante depuis quelque temps, en vieillissant, assume Paule Giron. C’est déjà pas marrant de mourir, si en plus on n’est pas croyant, se dire qu’on va se retrouver dans un trou, c’est vraiment pas facile. Je ne sais pas s’il y a tellement de vieux qui sont capables d’affronter cette brutalité : "T’as fait ta vie, allez hop, on te débarrasse avec une pelle, au revoir et merci." être athée, ça va tant qu’on est bien. » « Je pense que ça aide, parce que ça donne un sens », abonde Nancy de La Perrière. Pourtant, elle, catholique « de naissance », croit « parfois plus difficilement ». « J’accepte moins les choses qu’avant, je réfléchis plus. » Mais ne pas croire en Dieu n’oblige pas à ne croire en rien : « Je pense que l’existence a un sens, mais je ne le vois pas, c’est de l’ordre de la croyance. »

Les vieux dans les yeux (cache)


☕︎ Journalists or entertainers

19 June, by David Larlet[ —]

Yes, this might — almost certainly will — hurt TV ratings. It might reduce page views. So there’s a decision to make. Are you journalists or entertainers?

I fear I also already know the answer to that question. But I retain eternal hope that journalism will recover its collective spine eventually.

Dear Journalists: Stop being loudspeakers for liars (cache)

I know the answer too. And I don’t have any hope left on that topic.


★ Meritocracy crisis

19 June, by David Larlet[ —]

Résumé en français

Au sujet des inégalités engendrées par la méritocratie. Voir aussi les billets d’Aurélien à ce sujet : 1 (cache) et 2 (cache).

Yes, of course, we’re fucked. (Though it’s important to specify the “we” in this formulation, because the global poor, the disenfranchised, the young, and the yet-to-be-born are certifiably far more fucked than such affluent, white, middle-aged Americans as Vollmann and myself.) But here’s the thing: with climate change as with so much else, all fuckedness is relative. Climate catastrophe is not a binary win or lose, solution or no-solution, fucked or not-fucked situation. Just how fucked we/they will be—that is, what kind of civilization, or any sort of social justice, will be possible in the coming centuries or decades—depends on many things, including all sorts of historic, built-in systemic injustices we know all too well, and any number of contingencies we can’t foresee. But most of all it depends on what we do right now, in our lifetimes. And by that I mean: what we do politically, not only on climate but across the board, because large-scale political action—the kind that moves whole countries and economies in ways commensurate with the scale and urgency of the situation—has always been the only thing that matters here. (I really don’t care about your personal carbon footprint. I mean, please do try to lower it, because that’s a good thing to do, but fussing and guilt-tripping over one’s individual contribution to climate change is neither an intellectually nor a morally serious response to a global systemic crisis. That this still needs to be said in 2018 is, to say the least, somewhat disappointing.)

Carbon Ironies (cache)

I really think the current situation (climate change, potential collapse and so on) has something to do with meritocracy. Not in the sense that they deserve it but because of the way we structure societal inequalities based on that pattern. What started as a satire:

When Michael Young, a British sociologist, coined the term meritocracy in 1958, it was in a dystopian satire. At the time, the world he imagined, in which intelligence fully determined who thrived and who languished, was understood to be predatory, pathological, far-fetched. Today, however, we’ve almost finished installing such a system, and we have embraced the idea of a meritocracy with few reservations, even treating it as virtuous. That can’t be right. Smart people should feel entitled to make the most of their gift. But they should not be permitted to reshape society so as to instate giftedness as a universal yardstick of human worth.

The Disadvantages of Being Stupid (cache)

Soon replaced the previous aristocracy with exactly the same patterns:

A narrative is emerging. It is that the new meritocratic aristocracy has come to look like every other aristocracy. The members of the educated class use their intellectual, financial and social advantages to pass down privilege to their children, creating a hereditary elite that is ever more insulated from the rest of society. We need to build a meritocracy that is true to its values, truly open to all.

The Strange Failure of the Educated Elite (cache)

Trying to fix a profoundly anchored cultural way of thinking and acting with yet another manifesto (cache) restricted to tech and open source is being blind to what is happening at a larger scale. Associated privileges have consequences in areas far more widespread within the society. All is linked and coupled.

And I don’t have any clue on how to fix that complex and systemic issue (knowing that I am part of it). I feel it is deeply related to power and our representation of the world, our relation to nature and our need to dominate others to exist.

The temptation to create a community apart of that society is getting higher and higher as time flies by. Restarting from scratch trying to avoid known pitfalls. Failing, iterating, growing slowly and consciously.

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☕︎ The Amish and cars

18 June, by David Larlet[ —]

The Amish use us as an experiment. They watch what happens when we adopt new technology, and then decide whether that’s something they want to adopt themselves. I asked one Amish person why they didn’t use automobiles. He simply smiled and turned to me and said, “Look what they did to your society.” And I asked what do you mean? “Well, do you know your neighbor? Do you know the names of your neighbors?” And, at the time, I had to admit to the fact that I didn’t.

[…]

At the beginning of the age of the automobile, nobody said, All right: 30,000 people a year are going to die. Is that a decision we want to make? What did happen is a very intense discussion about whether a car should be allowed on the road and who should be at fault when a car drives over a four-year-old in the street.

In the 1930s, we ended up as a society deciding that four-year-olds should be the one to blame. We began to train people even before they began to speak about how to cross the street and how to avoid it in the street. We redesigned our world to be safe for automobiles and dangerous for children.

The Amish understand a life-changing truth about technology the rest of us don’t (cache)

Interesting article which resonates with my writings 10 days ago and my current reevaluation of technologies. Communities or individuals depicted as weirdos might be part of a future we try to hide to ourselves.

A more resilient future?


☕︎ Agile and ethics

17 June, by David Larlet[ —]

He also postulates that programmers today need to have a better grasp of the advanced math that underlies system theory and algorithms. Indeed, today’s popular Agile approach to software development may exacerbate jumping into code. The Agile methodology advocates building something in a short sprint, getting it to a user base to hammer on it and get feedback, fleshing it out, and iterating that until you have a finished product the users accept. Market pressures also sometimes contribute to companies building new features into systems that millions of people might use and become dependent on, but without adequate testing or understanding the full impact of that functionality on the rest of infrastructure they ride on.

If we’re going to be so dependent on software, we’ll need to make sure we understand what it’s doing.

Software is Increasingly Complex. That Can Be Dangerous. (cache)

It’s interesting how agile rituals are about daily feedback, team building, you name it but none of them are dedicated to take a step back and think together about what we are achieving. Not in terms of users’ needs or velocity or stakeholders or personal gripes but related to how we feel about the product and its political implications.

Are we really heading toward the world we want with that piece of code?


☕︎ Human value(s)

16 June, by David Larlet[ —]

The greatest threat that humanity faces from artificial intelligence is not killer robots, but rather, our lack of willingness to analyze, name, and live to the values we want society to have today. Reductionism denies not only the specific values that individuals hold, but erodes humanity’s ability to identify and build upon them in aggregate for our collective future.

Our primary challenge today is determining what a human is worth. If we continue to prioritize shareholder-maximized growth, we need to acknowledge the reality that there is no business imperative to keep humans in jobs once their skills and attributes can be replaced by machines – and like Turner, once people can’t work and consume, they’re of no value to society at all.

Genuine prosperity means prioritizing people and planet at the same level as financial profit. […] So, before algorithms make all our decisions – while we remain – the question we have to ask ourselves is:

How will machines know what we value if we don’t know ourselves?

While We Remain (cache)

Maybe one thing to consider today is more “How will developers know what we value if we don’t know ourselves?” Because as Oliver Reichenstein once wrote:

Let’s imagine that it will be scientifically and morally obvious that machines make better political decisions than humans. Who runs those machines that sit in parliament? Who monitors them? And aren’t we ultimately subjecting ourselves to those who build, manage, run and own the machines rather than the machines themselves? Who decides that machines make better decisions? The people that voted the machines into power? The smarter machines? The market? The Lobbyists? A group of programmers on Slack? The machines autonomously? Whom would you like to take such decisions?

As crazy as this may sound, all of this is not Science Fiction. It is happening right now. Machines already filter, sort and choose the information we base our decisions upon. They count our votes. They sort the tasks we spend our time on, they choose the people we talk to and meet. More and more key aspects of our lives are decided by information technology. And things go wrong. Machines are made by humans. As long as we make mistakes, our machines make mistakes.

Who serves whom? (cache)

This is here. This is shaping our current thoughts. This is literally manipulating us for a whole decade now. And we still are so passive about that. Not as developers but as humans.

Where are the whistleblowers from GAFAM+?

Or maybe we don’t even need them anymore (cache).


☕︎ Luddites

15 June, by David Larlet[ —]

That which makes the Luddites so strange, so radical, and so dangerous is not that they wanted everyone to go back to living in caves (they didn’t want that), but that they thought that those who would be impacted by a new technology deserved a voice in how it was being deployed.

Of course, we know that today the Luddites are not viewed particularly kindly. And the “why” of this brings us back to an earlier point: when we talk about the Luddites, we aren’t talking about the real Luddites, we’re talking about ourselves. Or, as Theodor Roszack once put it: “if the Luddites had never existed, their critics would have to invent them.”

[…]

What an honest consideration of the Luddites allows is for us to see ourselves as active forces within the technological world. We can choose what to use. We can choose what not to use. We can choose how we use things. We can unite with other people to push for certain things, to push against other things. We can reclaim our ability to recognize that technology is not a neutral force in our lives or in our society. In the midst of recent years that have shown the sorts of racist and misogynistic biases that are often endemic in the tech world, we would be well advised to accept some Luddite skepticism about the values embodied in new technologies.

[…]

The Luddites were not “anti-technology.” They were skilled craft workers who believed that the new machinery being deployed by factory owners would impoverish, disempower, and immiserate them.

Why the Luddites Matter (cache)

Where are contemporary Luddites? What do we have to break to raise a concern from public opinion? Privacy scandals do not look to be effective. Which alternatives?

Oh, and proposing an alternative is NOT looking for a cave (cache).


☕︎ For intérieur

14 June, by David Larlet[ —]

Comment faire pour renforcer notre capacité à endurer les chocs et à s’en remettre ? Voici quelques propositions de la psychologue Carolyn Baker qui anime depuis quelques années dans sa ville de Boulder (Colorado, États-Unis), des ateliers de transition en vue de l’effondrement qui s’annonce : tenir un journal intime pour cultiver un dialogue avec son être intérieur ; lire, écrire et apprendre de la poésie pour stimuler son cerveau droit (c’est un langage réparateur pour embrasser des émotions perturbantes après des chocs violents) ; pratiquer la méditation pour créer des liens conscients avec son être intérieur ; créer de la beauté, antidote au manque de sens et à la noirceur d’une époque ou d’une société ; retrouver le sens du sacré car il tient un rôle fondamental et vital dans la capacité de se retrouver après une épreuve radicale ; se reconnecter aux autres et à la nature.

Petit traité de résilience locale (PDF, 429Ko)

Tout un programme. Et puis même si ça ne s’effondre pas, c’est déjà bien proche de ma feuille de route :-).


☕︎ Effondrement et récit(s)

13 June, by David Larlet[ —]

La thèse n’est pas récente. Déjà le père Claude-Pierre Lagrange, fondateur de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem, au début du XXe siècle, avançait qu’une large part des récits bibliques étaient fondés sur des événements ensuite interprétés, mais dans un dessein pédagogique et analogique, transmis via des « fiches » facilement mémorisables pour un public analphabète. Ce n’est pas tant la véracité d’une preuve historique qui fonde la foi, bien au contraire, c’est le lien que le croyant établit entre une histoire, voire une légende, et le sens qui lui est donné de comprendre à partir de cette légende.

L’urgence et l’essentiel, Claude-Henry du Bord

Interview très apaisée de la part de Cyril Dion, notamment au sujet de l’importance du récit pour une prise de conscience globale. Pour ma part, j’accorde plus d’importance aux transmissions et aux réflexions qui suivent le récit « initial ».

Je mets des guillemets car le récit donne l’idée d’une création là où tout n’est qu’adaptation itérative et j’ai de plus en plus de mal avec cette culture artistique de l’ascendance. Il y aurait beaucoup à dire ici sur l’égo, le droit d’auteur et la société patriarcale.

Le récit a aussi une dimension de mise en spectacle d’une situation que l’on est pourtant bien en train de vivre. Comment réduire la distance pour transformer ces histoires en implications ?


★ Start-up nation

12 June, by David Larlet[ —]

Summary in English

Please stop messing around with start-up nation and Startups d’État names. These concepts are really different.

Et pour cela, un seul modèle tout prêt à l’emprunt, celui des plates-formes et des start-ups. On aurait pu penser que « l’état plate-forme » serait devenu le slogan de Macron et de toute l’administration, sous l’influence de l’élite économique et des réseaux de consultants qui gravitent autour de lui. J’avais signalé comment l’ouvrage de Colin et Verdier sur « l’âge de la multitude » vantait de façon quasi obscène la performance des plates-formes, à l’époque (2012) où Uber émergeait avec la philosophie de barbare qu’on connait (et dont les auteurs se réjouissaient puisque cela allait enfin bousculer toutes les rentes) et où les GAFA devenaient les maitres du monde, les nouveaux suzerains auprès desquels tous les gouvernements faisaient figure de vassaux.

Le dogme de la "startup nation" à l’attaque du service public (cache)

Avertissement : je participe aux Startups d’État depuis 3 ans où j’ai contribué à 3 produits différents. Les propos qui suivent sont le fruit d’une réflexion personnelle.

Il y a beaucoup de choses qui se mélangent dans cet article, à commencer par start-up nation et Startups d’État (cache) qui sont deux concepts que je considère être aux antipodes mais qui ne cessent d’être associés dans mon entourage. Je vais tenter de clarifier en répondant point par point :

Recette 1: table rase

Ressources étonnantes qui ne figurent pas dans les méthodes innovantes proposées : une histoire, une mémoire, une généalogie, une trace de tout ce qui a été tenté et de tout ce qu’on peut apprendre, des réussites comme des échecs. Voilà un des syndromes de l’idéologie startupiste […] : l’inculture historique

Le programme Entrepreneur.e d’Intérêt Général c’est justement de recruter quelqu’un de l’extérieur pour être en binôme avec un agent qui a la connaissance de l’irritant, qui a déjà tenté des choses et qui est une mémoire vivante de la problématique.

Il s’agit aussi d’une acculturation à double sens qui est nécessaire pour établir un lien d’empathie avec les personnes affectées au quotidien par le problème. L’attitude que j’observe n’est pas de nature conquérante mais bien au contraire compréhensive et bienveillante. Il ne s’agit pas de disrupter mais d’accompagner.

Recette 2: créativité oui! controverse non!

Car on peut développer une interface géniale et très « user friendly » d’une application et avoir des retours très satisfaits de ces clients futurs ou réels alors même que l’application crée un désastre économique […], écologique […] ou moral […]. Où se trouve la boite à outils des controverses, des débats publics, du bien commun qui exige débat, contradiction et souci, souci constant des développeurs eux-mêmes à propos de la finalité de leur travail. Car oui, même les geeks et startupers sont responsables et se rendent compte qu’on leur fait parfois produire des dispositifs d’asservissement. […] La disparition du politique, voici le second syndrome du dogme startupiste.

La pensée politique se décline à plusieurs échelles :

  • à titre personnel, je pense que l’on a tous nos propres tiraillements et pour ma part je ne les cache pas et je me rassure comme je peux ;
  • à titre d’équipe, il faut considérer ces startups comme des espaces de collaboration et de réflexion sur un sujet donné, les échanges sont nombreux et loin d’être restreints à la technique ;
  • à titre de communauté, les startups ne sont pas isolées entre elles et communiquent de manière transverse pour échanger leurs pratiques mais aussi leurs craintes et leurs doutes ;
  • à titre de mouvement, il y a des initiatives dans tous les pays et les questionnements sont proches.

Ces différents niveau de réflexion me semblent être suffisants pour que la controverse existe. Sans compter que les personnes externes (dont je fais partie) sont aussi là en tant que citoyens plus ou moins engagés.

Recette 3: passage à l’acte

Ils verraient alors à quel point les cultures politiques ont disparu pour faire place à un impératif quasi fusionnel autour des promesses de la technologie et surtout au passage à l’acte, celui du producteur de code. Il s’agit bien d’un passage à l’acte au sens psychanalytique, qui suspend toute élaboration du désir pour lui substituer la réactivité de la pulsion, dont on ne peut produire aucune réflexivité et qui ne supporte pas l’idée même d’un débat, d’un colloque, soit-il singulier. […] C’est dire à quel point le sens politique du débat, pourtant vital pour la démocratie, a été perdu au profit d’un modèle du confessionnal. On peut donc continuer à passer à l’acte à condition de s’excuser, ce qui revient à ajouter un nouveau terme au slogan du monde numérique « rough consensus, running code… and apologies » !

Je vois une certaine naïveté dans cette pensée qu’il n’y a pas un humain derrière ce producteur de code qui est lui-même un citoyen (potentiellement usager de son propre outil au passage). Il ne faut pas croire également que les startups sont développées complètement hors-sol, au contraire, il s’agit de s’intégrer dans un écosystème existant et de coopérer avec les différents groupes afin de se coordonner et d’aller dans la même direction. Celle qui semble correspondre aux besoins des citoyens.

Recette 4: court-termisme (quick wins en français)

Une dernière dimension me parait totalement absente des discours sur l’adaptation des services publics, celle de la vision. Elle est en quelque sorte le contre point de la mémoire et de la table rase. On pourrait en effet rester indulgent devant le mépris de la mémoire (et donc du passé) si la vision du futur était assez puissante et convaincante.

Ici, je dois avouer que je reste pour l’instant sur ma faim. La vision se dessine au fur et à mesure de l’avancée du projet mais il manque parfois un cap clair dans ce qui est produit et pour quelles finalités. Les externalités sont toujours nombreuses et c’est là où les choix politiques ont leur importance pour orienter et donner de la valeur à l’une plutôt qu’à l’autre.

En revanche, là où la proposition du futur me semble enthousiasmante c’est de montrer qu’une petite équipe est en capacité de réduire un petit irritant. Et que cela puisse donner de l’espoir et de l’envie à d’autres, façon colibris.

Recette 5: metoo (l’autre!) et tyrannie du retard

Or, l’impératif de vision à long terme et de « devenir avec » (les usagers, les talents et les envies des agents) est au cœur du service public et si l’on considère qu’il est absent, ce n’est certainement pas en installant une dénégation de la responsabilité à long terme et de vision, attribuée aux start-ups, que l’on va remédier à la situation. Au bout du compte, c’est avant tout la pression de l’innovation technologique qui semble être le seul moteur d’innovation.

Plus j’acquiers de l’expérience et plus je me rends compte que l’innovation au cœur des Startups d’État n’est pas tant dans la technologie que dans le fait de montrer que des interactions entre ministères sont possibles, que la donnée gagne à être partagée avec tous, que les agents peuvent produire un bien commun plus qu’un bien politique (au sens de Politikè et non de Politeia). Plus que des produits innovants, ce sont les produits inspirants qui m’animent.

Un design organisationnel pluriel et coopératif est possible

Les agents des services publics connaissent les points de blocage et se focaliseront plus facilement sur cette créativité organisationnelle parce qu’ils sont à l’intérieur des services et savent qu’on ne peut pas repartir de zéro. Comment leur redonne-t-on confiance dans leur propre esprit d’initiative, alors qu’on a passé des années à les décourager pour des raisons de procédure, pour des rivalités de clocher ou pour des réductions de moyens systématiques ? Que peuvent-nous dire les pratiques des start-ups pour changer cela ? Quasiment rien, car leur objet, leur situation, leurs cultures, leurs contraintes ne sont pas du tout de cet ordre.

J’espère avoir montré qu’il y a peut-être une alternative. Pour l’anecdote, je ne suis peut-être pas un statupers pur souche mais j’ai quand même évolué dans quelques-unes et mon contact avec le service public me permet aujourd’hui justement d’appréhender cette culture différente et ces contraintes associées. Les divergences culturelles ne peuvent être forcées de manière unilatérale, cela passe forcément par un échange et une compréhension de l’autre, fut-il agent, citoyen ou ministre. Sans ce contact, je n’aurais probablement pas exploré les communs, les algorithmes ou l’importance de la maintenance et de la simplicité requise pour y accéder.

C’est ce qui me motive aujourd’hui : être au contact d’autres cultures afin d’être toujours en capacité de pouvoir changer. De la nécessité d’une certaine entropie pour pouvoir continuer à évoluer. Ne plus être acteur du changement mais porter en soi le changement.

Et que ce changement ait fortuitement des répercussions positives…


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