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L'ETRANGE

18 February, by Lo[ —]
de Jérôme Ruillier
Bande dessinée - 160 pages
Editions L'Agrume - mars 2016

Il arrive dans un univers inconnu. Il parle une langue étrange. Autour de lui, tout le monde le remarque puisque c'est un étrange. La corneille des toits du quartier, le chauffeur de taxi, la voisine de l'appart où il trouvera un hébergement, les membres des associations d'aide aux étranges...etc tous parlent de lui, et lui reste muré dans son incapacité de communication. Il est monotone, il est désillusionné, il est montré du doigt malgré lui.

Sous ses airs naïfs, avec ses couleurs primaires, son trait rapide, ses personnages à tête d'animal rappelant Maus, Jerôme Ruillier déshumanise les protagonistes pour faire ressortir le caractère universel et humain des situations d'émigration. Il est terriblement seul, cet étrange homme, on ne sait rien de lui, mais tous les narrateurs successifs parlent comme s'ils le connaissaient. Beaucoup de préjugés. Des aides quand même aussi.
 
Une très touchante bande dessinée, aussi réaliste dans son propos (les chapitres sont ponctués d'extraits de discours politiques) que naïf dans sa forme.
 


DESORIENTALE

12 February, by Lo[ —]
de Negar Djavadi
Roman - 350 pages
Editions Liana Levi - août 2016
Prix du Style - 2016

Kimiâ, devenue Kim en France, patiente dans la salle d'attente du service PMA de l'hôpital Cochin, seule avec un rouleau de sperme "nettoyé" sur ses genoux. L'attente est longue, les pensées s'envolent vers le passé, vers cette histoire familiale, iranienne, personnelle qui sera peut-être à transmettre à l'enfant à venir. Kimiâ est issue d'une grande famille de la bourgeoisie iranienne. Elle a un ancêtre seigneur féodal, deux grandes sœurs, sept oncles paternels et des parents qui sont opposants politiques, d'abord au shah d'Iran puis à Khomeiny. Les évènements tragiques vont contraindre la famille à fuir le pays et quand Kimiâ arrive en France en 1981, c'est le début d'une autre naissance, une désorientation au vu de sa mère, les nuits passées dans le Paris nocturne, des squats punks, de l'alcool et la drogue. Puis les errances et sa découverte de sa sexualité pour s'accepter lesbienne.

Désorientale. Rien que le titre, si bien choisi, si seyant, si intelligent, met l'eau à la bouche. Et l'appétit est certain dès que les premières lignes du roman sont avalées.
L'ambition de retracer l'Histoire de l'Iran du XXe siècle, dans laquelle la France est présente parce que les parents de Kimiâ sont francophiles mais aussi parce que les cultures persanes et françaises ont depuis longtemps des ponts, est vraiment réussie. Parfois certes un peu long dans l'évocation des quatre générations antérieures, le récit saute souvent d'évocation en souvenir, et atterrit de temps à autre dans cette salle d'attente, redonnant tout son souffle au récit, entretenant toujours habilement ce suspense.
 
Extrait :
"Je suis devenue, comme sans doute tous ceux qui ont quitté leur pays, une autre. Un être qui s'est traduit dans d'autres codes culturels. D'abord pour survivre, puis pour dépasser la survie et se forger un avenir. Et comme il est généralement admis que quelque chose se perd dans la traduction, il n'est pas surprenant que nous ayons désappris, du moins partiellement, ce que nous étions, pour faire place à ce que nous sommes devenus."
 
De nombreuses parenthèses, de nombreuses digressions interviennent dans le récit de Kimiâ, qui conte mais qui interpelle son assistance, qui interprète et retranscrit ses souvenirs au fur et à mesure. Le texte est brillant, les mots sont choisis, les descriptions sont implacables lorsqu'elles décrivent l'exil, la peur, la place d'un enfant auprès d'un père intellectuel tourné vers la politique, l'absence de communication des sentiments douloureux, l'incapacité du père Darius d'intégrer la vie de ses filles, et la lente destruction des relations familiales une fois l'émigration accomplie, et alors qu'ils deviennent libres. Il n'est pas question d'intégration, Kimiâ étant déjà été élevée dès toujours dans la culture française, sans voile, sans obscurantisme.
 
Extrait :
"Raconter, conter, fabuler, mentir dans une société où tout est embûche et corruption, où le simple fait de sortir acheter une plaquette de beurre peut virer au cauchemar, c'est rester vivant. C'est déjouer la peur, prendre la consolation où elle se trouve, dans la rencontre, la reconnaissance, dans le frottement de son existence contre celle de l'autre. C'est aussi l'amadouer, le désarmer, l'empêcher de nuire. Tandis que le silence, eh bien, c'est fermer les yeux, se coucher dans sa tomber et fermer le couvercle."
 
Une fiction romanesque foisonnante, riche, qui entête et éblouit, qui révolte et force l'admiration.
 

NO HOME

4 February, by Lo[ —]
de Yaa Gyasi
Roman - 400 pages
Editions Calmann Lévy - décembre 2016

Au XVIIIe siècle, dans l'actuel Ghana, Maame est sur le point d'engendrer une lignée marquée par le signe du feu. Une lignée double, via ses deux filles Effia et Esi, nées de deux unions différentes. Des villages rivaux, une fuite. Maame, esclave Ashanti, quitte son village dans de tragiques conditions et laisse derrière elle Effia, qui épousera un colon Anglais et vivra dans les étages supérieurs du fort de Cape Coast. Par contre, sa seconde fille Esi aura un tout autre destin, celui d'esclave encore, dont la descendance connaîtra les trafics côtiers, les luttes et rivalités entre Anglais, Ashantis et Fantis, l'exil aux Etats-Unis, les dos ensanglantés, les viols, les coups de fouets dans les champs de coton, la tuberculose après une vie de travail à la mine, la ségrégation dans les villes d'Amérique, la guerre de Sécession, la drogue, la prison.... alors que, restée au Ghana, les enfants et petits enfants d'Effia, plus tôt confrontés aux contradictions, rejets, dilemmes du métissage, chercheront leur place incessamment. No home.

A 26 ans, Yaa Gyasi a écrit une épopée ambitieuse, qui déroule les destins de huit générations depuis le XVIIIe siècle à nos jours, depuis le Ghana jusqu'à Harlem. Sans nul doute très documenté, le récit a le mérite de mettre en lumière un très grand nombres de réalités différentes mais qui ont toutes beaucoup affecté la diaspora africaine descendant du système esclavagiste.
A chaque chapitre, la voix d'un maillon de la famille, d'une génération issue d'Effia ou d'Esi. Ce qui fait qu'à chaque fois il faut non seulement basculer dans la vie d'un nouveau personnage mais aussi changer de lignée voire de continent. Cela peut se révéler un peu délicat parfois. Mais les ellipses sont importantes, quelques moments, morceaux de vie de chaque personnage représenté permet de brosser une époque, un héritage, un basculement, une union, une fuite.
 
Extrait :
"Il y avait deux cent kilomètres entre Takoradi et Edweso. Yaw le savait car il sentait chaque kilomètre comme s'il était un caillou coincé dans sa gorge. Deux cent six cailloux entassés dans sa bouche qui l'empêchaient de parler. Même lorsqu'elle lui posait une question, demandait pendant combien de temps ils allaient encore voyager, comment expliqueraient-ils la présence d'Esther aux gens, ce qu'il dirait à sa mère à son sujet quand elle la verrait, les pierres dans sa gorge empêchaient les mots de passer."
 
Les portraits sont très beaux, qu'ils soient issus de la terre ocre du royaume ashanti, ou en proie à la détresse occidentale comme pour une Nina Simone tourmentée, ils sont multiples, différents, diamétralement et géographiquement opposés, mais ils se répondent au regard de l'Histoire. Et les rencontre entre grands-parents et petits-enfants sont souvent très poignantes. Ce livre est un ouvrage qui évoque les différents visages de l'injustice raciale, terreau d'une haine qui peut devenir transgénérationnelle.

Extrait :
"Yaw la regarda surpris, mais elle se borna à sourire. "Quand quelqu'un fait le mal, que ce soit toi ou moi, que ce soit la mère ou le père, que ce soit l'homme de la Côte-de-l'Or ou l'homme blanc, il est comme le pêcheur qui jette son filet dans l'eau. Il ne garde qu'un ou deux poissons dont il a besoin pour se nourrir et rejette les autres à l'eau, pensant que leur vie redeviendra normale. Personne n'oublie qu'il a été autrefois prisonnier, même s'il est à présent libre. Mais malgré tout, Yaw, tu dois accepter d'être libre.""
 
On est au-delà du fait d'avoir osé inclure dans le roman que des Noirs d'Afrique ont pris part au commerce triangulaire. Mais d'avoir pris le parti de décrire deux sœurs, l'une mariée au colonisateur, l'autre esclave, est une manière déchirante et implacable de décrire les ravages qui allaient immanquablement suivre, et les pertes de repères de ces hommes et ces femmes, vendus, reniés, abandonnés, tenus au secret, qui ne peuvent plus connaître de refuge, refuge géographique comme psychologique.
Une histoire de trois siècles, riche et inachevée, à lire sans aucune hésitation.
 


L'AUTRE QU'ON ADORAIT

30 January, by Lo[ —]
de Catherine Cusset
Roman - 300 pages
Editions Gallimard - août 2016

1986. Thomas, 17 ans, est un étudiant parisien prometteur. A l'instar d'un de ses amis proches, ses études supérieures de littérature le pousse aux Etats-Unis. Bon vivant, évoluant de conquête en conquête féminine, il travaille souvent sous la pression, excelle parfois, échoue souvent. Comme à l'Ecole Normale. Mais il progresse, change à plusieurs reprise d'université, et habite aux quatre coins des Etats-Unis. De fréquents aller-retours en France viennent compléter son emploi du temps au fil des années. Son assurance de professeur lui confère un certain pouvoir de séduction, mais elle lui attire aussi des jalousies professionnelles. Et contre toute attente, il se suicide en 2008 à l'âge de 39 ans.
 
Il est érudit Thomas, il est passionné, il a soif de vivre, et préfère jouir des plaisirs que s'atteler laborieusement à la tâche. Mais il ne rechigne pas à aller frapper aux portes quand il le faut. L'argent il ne l'accumule pas et parfois il se retrouve sans le toit. Il travaille et retravaille une thèse puis une ouvrage autour de Proust, enseigne la littérature française. Des références proustiennes qui viennent tout juste de m'être familières, ça tombait bien.
 
Extrait :
"Si tu aimes tant Proust, c'est pour son intuition fondamentale : la vie véritable est dans les fragments de temps qui échappent au temps. La fameuse madeleine n'est rien d'autre que la rencontre du présent et du passé qui permet de sortir de l'angoisse de la mort en n'étant ni dans le passé ni dans le présent mais entre les deux."

Et tout le récit est un tutoiement, celui de Catherine, ex amante devenue amie constante, qui le raconte, qui s'adresse à lui revenant sur son passé, ses écueils, ses aventures, ses échecs, ses relations amicales. Avec un tutoiement très omniscient, très intrusif, le récit livre le témoignage d'une vie. Ce tutoiement également instaure davantage de distance, de recul, qu'un récit à la première personne. Ce miroir était essentiel pour pouvoir témoigner d'une vie, écrire sur celui qu'on adorait, qu'on adorait sans forcément connaître, qu'on appréciait pour son rire, ses frasques, ses déboires, sa générosité, sa vitalité. Mais en dedans, qui était-il, quelle était sa vie intérieure...? Le roman-hommage tente d'y répondre, sans forcément y parvenir. C'est aussi le récit d'un époque, le portrait d'hommes en recherche de carrière et d'accomplissement social.
 
Extrait :
"Tu maîtrises la rhétorique - l'apparence. De plus en plus elle te sert à dissimuler qu'il n'y a rien derrière, comme ces façades d'immeubles qui tiennent encore debout dans les pays en guerre et dont une bombe a réduit en ruine le reste.
Publish or perish : la règle d'or de l'université américaine. Il n'y a pas de choix. Tu dois transformer ta thèse en livre et la publier, même si elle appartient à ton passé et que la simple idée de t'y remettre te donnes la nausée. Tu viens de perdre cinq mois. Tu vas le faire."
 
Et puis, alors que c'est un trait important de la personnalité de Thomas, et lors que la fin du roman approche, est évoquée la bipolarité du personnage, une maladie qui explique les enchaînement de périodes euphoriques et dépressives qui n'ont fait que tisser une vie chaotique. Une vie entourée d'amis qui n'ont pu le sauver d'un suicide libérateur.
Une belle langue agréable à lire, avec un rythme effréné de bout en bout.

Certains avis - OnLaLu
L'avis de Marie-Laure Delorme - Le JDD

DU CÔTE DE CHEZ SWANN

25 January, by Lo[ —]
A la recherche du temps perdu - vol. 1
de Marcel Proust
Roman - 600 pages
Editions Grasset - 1913
Editions poche - mars 1992
 
Marcel se souvient, se souvient de ces étés d'enfance qui s'étiraient dans le village de Combray chez sa grande tante. Entre promenades familiales, réceptions, discussions et rumeurs, ennui et douceur, le petit Marcel a tout son temps pour rêvasser, penser, observer. Et notamment l'ami de la famille, et voisin, Swann, qu'il admire tout comme le mystérieux et inaccessible domaine des Guermantes. Il nous conte l'amour de Swann pour Odette, un amour contrarié. Avec des similitudes pour son amour à lui naissant envers la jeune Gilberte Swann. Des aller-retours entre des personnages qui gravitent autour de cette cour rurale, et entre l'appartement parental des Champs-Elysées et la demeure provinciale.

Ca y est ! Je peux dire que j'ai lu Proust, je peux prétendre à faire partie du sérail intellectuel ! ;-) Depuis très longtemps rebutée par la longueur du texte et des phrases, et la petitesse de la police de caractères, j'ai plongé dans le grand bain. Une avalanche de mots, de phrases à rallonge, une ambiance bourgeoise à l'écart des problèmes du monde. Une immersion dans l'enfance du narrateur et la vie de Swann, un homme de l'entourage familial.
 
Extrait :
"À partir de cette soirée, Swann comprit que le sentiment qu’Odette avait eu pour lui ne renaîtrait jamais, que ses espérances de bonheur ne se réaliseraient plus. Et les jours où par hasard elle avait encore été gentille et tendre avec lui, si elle avait eu quelque attention, il notait ces signes apparents et menteurs d’un léger retour vers lui, avec cette sollicitude attendrie et sceptique, cette joie désespérée de ceux qui, soignant un ami arrivé aux derniers jours d’une maladie incurable, relatent comme des faits précieux : "hier, il a fait ses comptes lui-même et c’est lui qui a relevé une erreur d’addition que nous avions faite ; il a mangé un œuf avec plaisir, s’il le digère bien on essaiera demain d’une côtelette", quoiqu’ils les sachent dénués de signification à la veille d’une mort inévitable."

Mes impressions sont mitigées. Il y a d'un côté l'évidence de la qualité de l'écriture, avec les efforts considérables consacrés par l'auteur à décrire le plus précisément et intuitivement des réactions sentimentales en chaîne, des phénomènes humains, les ressorts de la jalousie, de l'admiration, de la frustration... Des phrases longuissimes qui demandent une certaine endurance.
 
Extrait :
"Mais même au point de vue des plus insignifiantes choses de la vie, nous ne sommes pas un tout constitué, identique pour tout le monde et dont chacun n'a qu'à aller prendre connaissance comme d'un cahier des charges ou d'un testament ; notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres. Même l'acte si simple que nous appelons "voir une personne que nous connaissons" est en partie un acte intellectuel. Nous remplissons l'apparence physique de l'être que nous voyons de toutes les notions que nous avons sur lui, et dans l'aspect total que nous nous représentons, ces notions ont certainement la plus grande part. Elles finissent par gonfler si parfaitement les joues, par suivre en une adhérence si exacte la ligne du nez, elles se mêlent si bien de nuancer la sonorité de la voix comme si celle-ci n'était qu'une transparente enveloppe, que chaque fois que nous voyons ce visage et que nous entendons cette voix, ce sont ces notions que nous retrouvons, que nous écoutons."
 
Et de l'autre côté, il y a ce que je ressens comme un vide social, une narration nombriliste de du monde bourgeois tourné vers lui-même. Cela dit, cela aboutit néanmoins à un écrit social sur une frange privilégiée de la population. A certains moments, il est quand même des évocations qui m'apparaissent subversives sur des mœurs assez libres, des propos assez libérés pour parler de relations extra conjugales.


LE BÂTIMENT DE PIERRE

21 January, by Lo[ —]
d'Asli Erdogan
Roman - 100 pages
Editions Actes Sud - janvier 2013

C'est un texte court, inspiré, porté par une musique, une poésie, une élévation presque mystique que justifie le besoin de transcender les douleurs et les horreurs. Réalité ou fiction, fiction et réalité, rien n'est maladroitement affirmé. Les récits s'entrecroise, on gravite autour, dans, et en dessous d'un bâtiment de pierre dont les murs écrasent. On n'a pas d'identité, on a un regard qui n'est pas le sien, on fait naître des paroles insaisissables parfois.

A l'heure où la Turquie bascule vers une nouvelle dictature, à l'heure où l'intellectuelle-auteure Asli Erdogan, libérée fin décembre 2016, reste poursuivie, la forme littéraire du roman ou de l'essai poétique donne un éclairage alternatif, une évocation distancée mais marquante, d'une situation d'enfer politique.

Extrait :
"Au prix d'efforts surhumains, ils semblaient marcher sur du verre brisé, une douleur insupportable déformait leurs visages encore enfantins, courbait leur dos et s'insinuait dans chaque cellule de leurs membres. Traces couleur plâtre, couleur cendre, rouge intense et bleu laissées par les coups, le silence et le froid. Ils n'avaient plus la force de faire un seul pas. Dans les cellules sans fenêtre, dans les caves où n'entre jamais la lumière du jour, entre les murs témoins de leurs cris, ils s'étaient retirés parmi les ombres. Au septième sous-sol. Ils étaient apparus, silhouettes silencieuses, sculptées dans les ténèbres au sein de l'invisible."

Tout n'est pas compréhensible. Cela importe peu. La puissance des mots, leur nécessité, se ressent évidemment. Il ne fait aucun doute qu'Asli Erdogan vibre par les mots, qu'ils s'échappent d'elle en une lancinante et tranchante musique.
 

CALIFORNIA DREAMIN'

12 January, by Lo[ —]
de Pénélope Bagieu
Bande dessinée - 270 pages
Editions Gallimard - septembre 2015

Ellen Cohen est l'aînée d'une famille juive modeste de Baltimore. Vite jalouse de sa petite sœur qui éloigne sa mère delle, elle se met à manger plus que de raison. Elle devient grosse, mais assume et met toute son énergie à vivre, et obtenir des autres ce qu'elle veut par dessus tout : devenir une star. Elle sera Cass Elliott de The Mamas and the Papas.

Loin d'être un grand moment de lecture bédesque, California Dreamin' s'ouvre sur des planches aux dessins crayonnés à la mine épaisse, au trait brut, dur, noir.
C'est l'histoire d'une volonté, d'une fille qui ne s'arrête pas à son désavantage physique, à sa vie promise de commerçante reprenant la petite affaire familiale. Par delà tout cela, elle s'imposera, par ses talents de chanteuse tout autant que son comportement sans gêne, ses passions. Jeune étoile dans une époque artistique riche, histoires d'amitiés, de déceptions amoureuses, d'acide et de cannabis, elle est tour  à tour adulée par le public et mise à l'écart par ses pseudos amis.
Le plus intéressant est ce que l'album veut mettre en lumière : cette voix de Mama Cass. Et le meilleur moment, c'est celui qui vient quand on referme l'album et ouvre ses oreilles pour écouter ou réécouter ces titres du groupe où l'on ressent avec évidence la beauté de cette voix cristalline, méthodique, de Cass.


L'avis de Mo' - ChezMo
Chapitres proposés - LeMonde.fr

CONTINUER

10 January, by Lo[ —]
de Laurent Mauvignier
Roman - 230 pages
Editions de Minuit - juillet 2016

Sibylle, la quarantaine, chirurgienne, a tenté le tout pour le tout. Récemment divorcée, elle est installé dans un appartement de Bordeaux avec son fils Samuel, 16 ans, qui enchaîne les conneries. Alors, elle met la maison familiale en vente, prend un congé et décide de partir plusieurs mois parcourir à cheval les montagnes et les vallées du Kirghizistan avec Samuel. Monter à cheval devrait les rapprocher, les luttes quotidiennes au milieu de la Nature devrait refaire prendre raison à son fils qu'elle ne veut pas voir glisser cette pente dangereuse. Autant que pour lui, c'est aussi pour elle ce voyage, pour qu'elle cesse d'être une femme absente pour elle-même.

Continuer est un très beau roman, une histoire forte entre deux êtres, dans une famille, au milieu des éléments. Un cheminement physique et psychologique dans l'isolement, pour un parent et son enfant. Moins apocalyptique que La route de Cormac McCarty, Continuer n'en est pas moins angoissant, avec une dernière partie de roman qui nous délivre un suspense absolu. Dangers, hostilités, défiances, rencontres, hospitalités, racisme montant, peurs post terrorisme, il y a tout cela dans ce roman, distillé d'habile façon. Chaque jour sera différent, le roman nous réserve une lente et dangereuse progression.
 
Extrait :
"Sa mère se faisait des illusions si elle pensait qu'elle pourrait changer quelque chose en lui, de lui, si elle croyait qu'il lui suffirait de prendre quelques semaines de grand air, accompagné de chevaux et de montagnes, de silence et de lacs, pour que soudain tout dans sa vie se déplie et devienne simple et clair, pacifié, lumineux, pour qu'il cesse enfin de se sentir écrasé à l'intérieur de lui-même, comme si on allait arrêter un jour d'appuyer sur son cœur, sur son âme, sur sa vie, comme si l'étau pouvait un jour se desserrer."
 
C'est vers la fin qu'on lit "continuer", que l'ascension prend un tout autre air. C'est un roman très attachant, une histoire de rapprochement, d'apprivoisement, de nature sauvage à dompter, nature humaine ou nature animale. La seule déception serait le manque de réalisme de la dernière partie, le manque de crédibilité pour que les 2 se retrouvent, perdus dans la steppe... Cela dit, un régal de lecture.
 

LA FILLE SUR LA PHOTO

6 January, by Lo[ —]
de Karine Reysset
Roman - 300 pages
Editions Flammarion - janvier 2017

Anna est bouleversée quand son ex-compagnon l'appelle pour la réclamer au chevet de sa fille malade. Toute une vie passée remonte à la surface, quand Anna partageait une vie de "famille" auprès de Serge, artiste réputé, et ses enfants, devenus adolescents. A leur contact elle oscille entre la culpabilité d'avoir quitté brusquement cet homme carriériste et ses filles attachantes, entre les vestiges de sentiments amoureux et l'amère déception qui revient perpétuellement. Une parenthèse bretonne qui va s'étirer.
 
C'est l'histoire d'une femme et d'un récit de l'intime. Une histoire de famille multiple, famille maternelle, fratrie, famille d'adoption, famille d'attirance. Une femme qui souhaite plaire, qui répond aux sollicitations d'un ex-compagnon égoïste et humainement maladroit. Un roman psychologique qui aborde les rapports d'aliénation, de subordination auprès de cet homme dominant, plus âgé, déjà père de trois enfants. Ces aspects sont assez bien dressés, les portraits, même en creux, sont assez consistants. La maternité est aussi un thème en filigrane du roman.

Extrait :
"A présent, je ne crois plus en rien. Je ne suis plus là pour personne. C'est faux, cela dit, puisque je suis dans ce train qui me conduit vers la mer. Puisque Serge m'a demandé de l'aide pour sa fille qui n'est pas la mienne, cette enfant que nous avons vue grandir ensemble, que j'ai contribué à élever sans l'avoir vraiment décidé."
 
Et puis, et puis, il y a le bord de mer, les embruns, les idées noires, les familles recomposées... et inévitablement on pense aux romans d'Olivier Adam, ex-compagnon de l'auteure...
De Karine Reysset, j'avais aimé lire "Comme une mère". J'ai trouvé dans cette lecture une ambiance confinée mais humaine, une introspection au long cours, une compagnie agréable.


DANSE NOIRE

December 2016, by Lo[ —]
de Nancy Huston
Roman - 360 pages
Editions Actes Sud - août 2013

Milo s'éteint sur un lit d'hôpital, assisté de Paul Schwartz, amant et réalisateur new-yorkais, qui veut poursuivre, avec lui, l'écriture du scenario d'un film qui retrace sa vie. Car Milo est un fruit lourd en héritage. Une mère prostituée indienne, Awinita, et un père Irlandais marginal de sa famille, un grand-père Neil Kerrigan alias Noirlac, avocat raté mais rebelle lettré passionné, des adoptions en chaîne, la prison, le Canada, le Brésil, Du début du XXème siècle à nos jours, des histoires d'amour et de violence, de renoncements et de puissance.

Un roman assez virtuose, qui mêle le récit et le film. Le scenario d'une vie, le récit d'une écriture. Avec cette politesse rare de l'auteur qui  présente l'arbre généalogique des protagonistes en début d'ouvrage, Nancy Huston nous entraîne dans les destins mêlés de différents personnages à travers plusieurs générations.
Elle mêle aussi les langages. De nombreuses pages voire des chapitres sont en anglais, pour mon grand bonheur. Et puis le langage technique des scenario est aussi présent, avec ses didascalies, ses claps, ses noirs, ses zooms et ses "coupez". Le narrateur s'interroge sur la forme à adopter, les scènes à privilégier.

Extrait :
"Celle-ci sera la plus dure des séquences Awinita, Milo adoré. Une séquence sans dialogues, pour évoquer cette phase de sa grossesse où ta mère recommence à se piquer et où tu pousses en son sein. Ton petit cœur absorbe l'héroïne et l'envoie pulser à travers ton sang jusque dans ton petit cerveau en train de se former, altérant tout tes sens en éclosion. Des images fragmentaires se fondent les unes dans les autres, tandis que ta mère flotte entre veille et sommeil..."

L'auteure voulait un livre sur l'identité canadienne, difficile tâche. En effet, un roman qui fourmille de métissages, de langues, de passés, d'héritages culturels.

L'avis de Parisianne - Les musardises de Parisianne
L'avis de Bookfaloo Kill - Cannibales lecteurs

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