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R S S : Coulisses de Bruxelles, UE


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Sylvie Goulard, ministre de la défense : une ambition au service du fédéralisme européen


18 May, by j.quatremer@libe.fr (Jean Quatremer)[ —]

REUTERS/Gonzalo Fuentes

Si Sylvie Goulard est l’une des stars de la bulle européenne, elle est quasiment inconnue sur la scène politique française. À 52 ans, cette femme de convictions, au caractère bien trempé, qui a rejoint Emmanuel Macron dès le début de sa courte marche, a derrière elle une carrière bien remplie de haute fonctionnaire, menée à Paris puis à Bruxelles, et, depuis 2009, de députée européenne centriste et libérale. Sylvie Goulard, qui se retrouve propulsée au ministère de la Défense, est à la fois un produit de la méritocratie à la française (les classiques Sciences Po et ENA), mais aussi l’une des rares incarnations d’une élite purement européenne, « Bruxelles » n’étant souvent que le reflet des classes politiques nationales.

La suite est ici:

N.B.: une version courte de ce portrait est paru dans Libération papier d’aujourd’hui


Pour le Parlement européen, il faut réformer la zone euro pour éviter l'effondrement


17 May, by j.quatremer@libe.fr (Jean Quatremer)[ —]

REUTERS/Yuya Shino

Emmanuel Macron veut réformer la zone euro après avoir relancé l’économie française. Angela Merkel est prête à la suivre dans une réforme des traités « si cela fait sens ». Pour sa première visite à la chancelière allemande, le nouveau président de la République ne rentre pas les mains vides. Même si l’Allemagne attend de voir si son nouveau partenaire va tenir ses promesses, c’est la première fois depuis longtemps qu’elle ne ferme pas la porte à un approfondissement de la zone euro. Il faut dire que la zone euro présente toujours d’inquiétantes fragilités qui ont certes été en partie comblées depuis 2010 (Mécanisme européen de stabilité doté de 700 milliards d’euros ou Union bancaire) que plus personne ne nie. Le Parlement européen, dans un rapport transpartisan –c’est rare- voté en février par 304 voix (une majorité des libéraux, des verts, des socialistes et des conservateurs) contre 255 et 68 absentions, estime ainsi qu’il faut aller plus loin et plus vite pour en faire le cœur de l’Union à 27 : ministère des finances de la zone euro regroupant les fonctions de commissaire européen chargé des affaires économiques et monétaires et de président de l’Eurogroupe (enceinte où siègent les ministres des Finances), budget propre de la zone euro doté d’une capacité d’emprunt, transformation du MES en fonds monétaire européen, etc. La socialiste française, Pervenche Berès, et le démocrate chrétien allemand, Reimer Böge, coauteurs de ce rapport symbolique, puisqu’il n’a pas de force obligatoire, répondent à deux voix aux questions de Libération.

Pour vous, la zone euro ne peut rester en l’état ?

Reimer Böge : Nous vivons dans un village global comme l’a montré la crise financière de 2007 et l’on doit avoir conscience qu’il y aura d’autres crises. Pour y faire face, nous n’avons pas d’autre choix que de renforcer l’Union et surtout la zone euro qui est son centre. Nous proposons donc de créer un poste de ministre des Finances, de transformer le Mécanisme européen de stabilité (MES) en un Fonds monétaire européen sur le modèle du FMI ou encore de créer une capacité budgétaire de la zone euro pour aider les pays confrontés à une crise, plus particulièrement à une crise exogène. Cette capacité serait ouverte aux pays non membres de l’euro qui seraient intéressés.

Pervenche Berès : On a toujours su que le point d’équilibre trouvé entre l’Allemagne et la France lors du traité de Maastricht ne permettrait pas de faire face à des crises. On s’est arrêté en chemin parce que nos conceptions de la gouvernance économique et budgétaire n’étaient pas les mêmes. Or, si les pays de la zone euro ont su faire converger leurs économies pour se qualifier pour l’euro, depuis, ils divergent en dépit du Pacte de stabilité. Comme on n’avait plus l’outil de la dévaluation monétaire, il aurait fallu inventer un mécanisme pour le recréer au niveau européen. Mais faute de courage politique, on a laissé les choses en l’état et on en a payé le prix avec la crise financière, qui n’est pas une crise européenne, rappelons-le, mais qui a trouvé un terrain favorable en Europe, car nous n’avons pas achevé la construction politique de la zone euro. On a remis les choses d’aplomb, mais cela reste fragile, faute d’avoir tranché ce débat entre l’union politique à l’allemande et le gouvernement économique à la française. Nous proposons donc dans ce rapport de le faire en créant un outil d’intervention spécifique pour la zone euro utilisable dans le cadre d’une gouvernance normale et pas seulement en temps de crise.

Le gouvernement allemand a proposé, dès 2010, la création d’un Fonds monétaire européen disposant de la capacité de restructurer les dettes publiques, ce dont les Français n’ont pas voulu entendre parler.

RB : Les Allemands ont un problème avec le partage du risque, les Français avec le partage de souveraineté… On en est là.

PB : Sur le partage de souveraineté, chacun voit la poutre dans l’œil de l’autre. Parce que sur l’Union bancaire, ce sont les Allemands qui ont été réticents et pas les Français.

RB : Chacun a son public politique ce qui explique beaucoup de divergences. Le point central sur lequel nous pouvons nous retrouver, c’est la nécessité de renforcer la zone euro, sans l’isoler du reste de l’Union, car les défis que nous devons affronter sont communs. C’est pour cela qu’il faut mener une réflexion globale sur le futur de l’Europe et le sommet de Rome, samedi, en fournira une première occasion.

PB : La priorité, c’est le « cœur nucléaire », l’euro, sinon l’ensemble de l’Union se défera. C’est moins populaire, car on est sur le monétaire et l’économie, pas sur les valeurs. En 2010, lorsque Wolfgang Schäuble, le ministre des finances allemand, avance son idée d’un FME c’est dans l’esprit d’écarter toute intervention du politique : cet organe indépendant avait vocation à imposer seul un programme d’austérité et une restructuration de la dette du pays aidé, ce qui n’était pas acceptable en l’état par la France. De plus, à cette époque, alors que les banques allemandes et françaises sont très exposées à la dette grecque, les autorités françaises recommandent aux banques françaises de ne pas vendre cette dette, alors que les autorités allemandes laissent leurs banques se débarrasser de leurs créances. Ce sont ces deux éléments qui expliquent les crispations autour de cette idée de FME. La France, à mon avis, restera réticente à un FME si ce n’est qu’un instrument indépendant, sans mécanisme de solidarité, autrement dit un simple développement du MES dans ses aspects les plus punitifs. C’est pourquoi, dans notre rapport, nous mettons le FME au service d’un stabilisateur automatique qui est le budget de la zone euro.

RB : Cela est un point très important. Aujourd’hui, si un pays traverse une crise et a besoin de soutien, il y a 4-5 réunions des ministres des finances et des chefs d’État et de gouvernement qui donnent lieu à des batailles motivées par des considérations de politique intérieure. Ce n’est pas un bon signal que nous envoyons, comme l’a montré le cas de la Grèce. Il faut pouvoir agir de manière plus indépendante et automatique.

À quoi servira cette capacité budgétaire de la zone euro ?

PB: Reimer voulait que l’on propose un mécanisme pour les jours de pluie, c’est-à-dire un fond auquel on a recours en cas de problème, alors que je voulais instaurer une indemnité chômage minimum. On s’est bloqué : les deux ne sont pas exclusifs, mais Reimer ne voulait pas mentionner ma proposition. Notre point d’équilibre, c’est donc le FME, un mécanisme indépendant qui intervient en cas de crise, mais qui est accompagné d’un trésor européen qui a une vue générale de la situation et qui dispose de fonds pour intervenir préventivement. Le FME c’est le pompier, le trésor, c’est le bon père de famille. La fonction FME intervient en cas de choc asymétrique tandis que l’aspect Trésor interviendra en cas de choc symétrique, c’est-à-dire touchant tout le monde, et pour favoriser la convergence.

RB : Soyons clairs : la capacité budgétaire n’a pas vocation à faire concurrence aux fonds régionaux actuels. Notre approche est prudente : elle commencera à fonctionner avec un certain montant qui pourra évoluer avec le temps et elle sera alimentée par des cotisations des États à définir. Dans un contexte dominé par le manque de confiance, il s’agit de regagner de la confiance. Nous voulons envoyer le signal que nous sommes prêts à stabiliser l’eurozone, prêts à soutenir les pays en crises. Si on ne bouge pas rapidement, on va vers la catastrophe.

PB : Il est difficile de critiquer la politique monétaire, de dire que la Banque centrale européenne va au-delà de son mandat, comme on l’entend en Allemagne, et de ne rien faire. Il faut que les gouvernements prennent leurs responsabilités. Il est bizarre de vouloir absolument le FMI à bord et de ne pas l’écouter : or à chaque fois qu’on les a vus, ils nous ont dit que la zone euro devait avoir une capacité budgétaire.

Tous les pays de la zone euro pourraient bénéficier de cette capacité budgétaire ?

PB : Non, l’accès à cette capacité serait conditionné au respect d’un code de convergence.

RB : En ce moment, il est facile pour un pays sous programme, c’est-à-dire qui a demandé une aide financière, d’incriminer Bruxelles ou le FMI. Il faut sortir de cette logique d’irresponsabilité. Nous proposons donc la création d’un « code de convergence » qui serait adopté par le Parlement européen pour une durée de cinq ans sur la base des recommandations par pays de la Commission. Il comprendrait des critères de convergence concernant la fiscalité, le marché du travail, les investissements, la productivité, la cohésion sociale, la bonne gouvernance, etc.. Ensuite, chaque gouvernement décidera de la meilleure voie pour atteindre les objectifs.

PB : Le code de convergence est en fait une alternative au Pacte de stabilité. La convergence a fonctionné lorsque les pays cherchaient à entrer dans la zone euro : chacun a défini sa propre stratégie en fonction d’un objectif qu’il s’est fixé en s’appuyant sur un consensus national. Or, le Pacte de stabilité, c’est un gendarme qui dit ce qu’il faut faire sous la menace de sanctions et ça n’a pas fonctionné, car on ne sanctionne pas un souverain. Il faut donc retrouver cette pédagogie des critères de convergence : on sortirait de la logique du bâton pour celle de la carotte, le budget de la zone euro.

Quel montant atteindrait cette capacité ?

RB : On commencerait avec une somme raisonnable qui pourra augmenter par la suite une fois la confiance installée. Il faut simplement habituer les gens à un nouveau système de solidarité.

PB : Le MES actuel sera dans la capacité budgétaire, comme le demande Jean-Claude Juncker, le président de la Commission. Les 700 milliards d’euros qu’il peut emprunter représentent 5 % du PIB de la zone euro. C’est de l’argent qui n’est presque pas utilisé aujourd’hui.

Êtes-vous favorables aux emprunts européens pour alimenter la capacité budgétaire ?

PB : Le groupe socialiste voulait qu’on les mentionne explicitement. La formulation finale est plus alambiquée, mais la capacité d’emprunt propre à alimenter la capacité budgétaire pour qu’elle puisse faire face à des chocs symétriques figure dans le texte.

Au fond, vous proposez une Europe puissance, celle de l’euro, et une Europe espace, celle du marché unique.

RB : Helmut Kohl, l’ancien chancelier allemand, a affirmé que pour faire de l’union monétaire un succès, il fallait la couronner par une union politique. C’est d’autant plus urgent que, comme l’a dit Heinrick Winkler, un professeur d’histoire allemand, « nous sommes confrontés en occident à un conflit de cultures : une culture issue des révolutions européennes et americaine et une culture incarnée par Donald Trump », c’est-à-dire un conflit entre libéralisme et illibéralisme… À partir de là, si certains pays ont un problème ils ne devraient pas être autorisés à freiner les avancées dont nous avons désespérément besoin. Dans ce sens, nous devons avoir différentes vitesses. Nous ne devons jamais laisser le cœur central être menacé par ceux qui n’en font pas partie.

PB : On n’a pas dit aux pays de l’Est qui ont rejoint l’Union en 2004 qu’ils entraient dans un ensemble qui était davantage qu’un marché unique. Or, comme ils venaient de recouvrer leur souveraineté, on aurait dû faire beaucoup de pédagogie. Aujourd’hui, on se retrouve devant un problème : ainsi seuls 23 % des députés de l’Est hors zone euro ont voté pour notre rapport, alors que tout ce qui fragilise la zone euro menace l’ensemble. Là, ils vont devoir choisir.

RB : Les pays d’Europe de l’est ont le sentiment d’être devenus des citoyens de seconde classe, ce qu’ils ne sont pas bien sûr. S’ils veulent rejoindre la zone euro, ils sont les bienvenus. De plus, le budget européen fournit la preuve de la grande solidarité qui existe entre nous, ces États recevant chaque année jusqu’à 4 % de leur PIB. Ils doivent comprendre que la stabilisation de l’eurozone est aussi dans leur intérêt.

PB : Lors des sommets qui ont suivi le Brexit, les chefs d’État et de gouvernement n’ont pas osé parler de la zone euro, car cela est devenu un sujet qui divise. Or, pour relancer l’Union, je ne vois pas comment éviter le sujet.

RB : Il n’y a plus de temps à perdre en discussions. Ce rapport montre que ce parlement a à cœur de stabiliser le système. Sinon il s’effondrera et ce n’est pas une alternative viable.

L’élection d’Emmanuel Macron semble relancer la dynamique franco-allemande.

PB : Il ne faut pas la laisser passer. C’est à lui maintenant de convaincre la Chancelière qu’il ne demande pas un passe droit pour la France et qu’elle y a aussi intérêt. Le risque ce serait d’accepter comme une première étape ce que souhaite Wolfgang Schäuble, la mise sous contrôle de la discipline budgétaire par un organe «indépendant» sous couvert de mouvement. L’essentiel c’est de tenir les deux bouts de la chaîne, responsabilité et solidarité, investissement et réformes ; le nouveau Président de la République française doit obtenir cette approche globale.


L'élection de Macron tranche la question européenne


9 May, by j.quatremer@libe.fr (Jean Quatremer)[ —]

REUTERS/Gonzalo Fuentes

Mis à jour le 12 mai

Au Louvre, dimanche soir, c’est au son de l’hymne européen que le Président élu, Emmanuel Macron, a marché vers la tribune d’où il a prononcé son discours de victoire. Le symbole n’a échappé à personne, et surtout pas aux europhobes du Front national qui n’ont pas manqué d’éructer parce que la Marseillaise n’a été jouée qu’à l’issue de cette cérémonie. Il confirme à quel point l’Europe a occupé une place centrale dans la campagne du leader d’En Marche, une première dans l’histoire de la Vème République où les thèmes de politique intérieure occulte habituellement totalement la politique européenne. « Emmanuel Macron a mené une campagne pro-européenne courageuse, il défend l’ouverture sur le monde et est résolument pour l’économie sociale de marché », n’a d’ailleurs pas manqué de se féliciter, lundi, Angela Merkel, la chancelière allemande, à l’unisson de tous les dirigeants européens. Réduire cette élection à un vote anti-Front national, ce qu’il fut aussi, serait une erreur : c’était aussi un plébiscite en faveur d’une France européenne.

Emmanuel Macron tranchait, dès le départ, sur ses adversaires : il était le seul des onze candidats du premier tour à être résolument pro-européen et à n’avoir jamais voté (ou appelé à voter) contre un traité européen, à la différence notamment de François Fillon (contre Maastricht) ou de Benoit Hamon (contre le Traité constitutionnel européen). Dans tous ses meetings, ses partisans étaient encouragés à brandir des drapeaux européens et Macron faisait acclamer l’Europe, du jamais vu depuis la campagne des Européennes de 2009 menée par Daniel Cohn-Bendit, alors tête de liste de Europe Ecologie-Les Verts, qui avait amené au plus haut les écologistes en faisant de l’engagement fédéraliste le thème central de sa campagne.

Cet affichage pro-européen, que les pisses-froids jugeaient dangereux, n’a pas empêché Macron, bien au contraire, d’arriver en tête du premier tour. Pendant la campagne d’entre deux tours, loin de mettre son drapeau aux douze étoiles jaunes dans la poche, il l’a au contraire brandi encore plus haut, pour mieux se distinguer de son adversaire europhobe, Marine Le Pen. Avec le succès que l’on a vu. « Qui pouvait imaginer que l’argument européen permettrait de gagner ? », s’est exclamée, dimanche soir, presque étonnée, Aurore Bergé, une élue LR engagée au côté de Macron.

Cette fois, les électeurs avaient le choix entre deux modèles très clairs, à la différence du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen où le vote négatif était présenté comme sans conséquence. D’un côté une France isolée, fermée, frileuse, identitaire, de l’autre une France européenne, ouverte sur le monde, accueillante, tolérante. Bien sûr, se jouait aussi l’avenir de la démocratie et de la République, mais l’entreprise de dédiabolisation que le FN a menée depuis dix ans a incroyablement minimisé ce danger, d’autant que la gauche mélenchoniste a réussi l’exploit de renvoyer dos à dos fascisme et libéralisme dans un incroyable contresens historique (car si le libéralisme admet le pluralisme, ce n’est pas le cas du fascisme, faut-il le rappeler). D’ailleurs, une petite moitié de la gauche radicale s’est abstenue ou a voté Le Pen, tout comme une partie de l’électorat de droite, ce qui montre bien que la peur du FN n’est pas la seule clef du scrutin.

Les citoyens ont tranché sans ambiguïté : ils ne veulent pas dans leur immense majorité d’un Frexit, confirmant ainsi les sondages qui montrent que plus de 70 % des Français sont attachés à l’euro et à l’Union. Le score de Le Pen n’atteint d’ailleurs pas les 34 %, confirmant la justesse de ces enquêtes d’opinion. Si Jean-Luc Mélenchon, qui a l’europhobie en partage avec le FN (même si elle plus discrète), avait été qualifié pour le second tour face à Macron, le résultat aurait sans doute été le même, n’en déplaise à ses lieutenants.

Les extrêmes ont d’ailleurs pris conscience du plafond de verre infranchissable que constituait leur europhobie. Ainsi, Mélenchon, dans la dernière ligne droite de sa campagne, a modifié son discours jurant qu’on l’avait mal compris, qu’il n’était nullement en faveur d’un Frexit. Marine Le Pen a fait de même, se livrant, lors du week-end du 1er mai, à un incroyable virage sur l’aile : en fait, l’euro n’était plus incompatible avec son programme économique et donc la sortie n’était plus prioritaire, elle serait négociée, l’euro resterait en vigueur pour les grandes entreprises, le franc serait accroché à l’euro, etc.

Ces danses de Saint Guy autour de l’Europe n’ont servi à rien : Mélenchon a perdu dès le premier tour, Marine Le Pen au second. Et le triomphe du plus européen des candidats, celui en qui tous les commentateurs voyaient une bulle prête à éclater le confirme. Les Français ont massivement (c’est l’un des présidents les mieux élus de la Ve République) rejeté le Frexit qui, ils l’ont bien compris, était un saut dans le vide.

D’ailleurs, le député Gilbert Collard, patron du Rassemblement bleu marine, le reconnait dans le Parisien du 11 mai: «pour nous, la question de l’euro, c’est terminé, le peuple a fait son référendum dimanche dernier, Marine doit entendre ce message». Florian Philippot, le numéro 2 du parti et promoteur de la ligne souverainiste, lui a aussitôt rétorqué, sur RMC, qu’il quitterait le parti «si le Front demain garde l’euro». Une ligne dure qui ressemble fort à une impasse. Car la question européenne est tranchée en France et bien tranchée.


Le FN se prend les pieds dans son europhobie


30 April, by j.quatremer@libe.fr (Jean Quatremer)[ —]

Accrochez-vous: le Front National n’est désormais plus en faveur d’une sortie immédiate de la zone euro et de l’Union européenne. C’est pourtant la pierre angulaire de son programme économique, aucune de ses promesses n’étant compatibles avec le maintien dans l’euro et dans l’Union... L’annonce en a été faite par Marine Le Pen, puis par Marion Maréchal Le Pen puis par Florian Philippot....

Pourquoi de tels tortillements ? Tout simplement parce qu’une immense majorité des Français reste opposée à la sortie de l’euro (72%), ce qui constitue un plafond de verre infranchissable pour le FN. Comme dans 1984 d’Orwell, le parti d’extrême droite change donc du jour au lendemain sa vérité: l’euro c’est le franc et le franc c’est l’euro. Franchement, qui peut le croire? Cela montre à quel point ce parti est prêt à tout pour parvenir à ses fins: un programme souverainiste, puis finalement euro-compatible pour rassurer les Français, un programme libéral puis finalement social pour pousser la gauche à l’abstention, etc. A ce rythme, on attend dans les prochaines heures des déclarations favorables aux musulmans de France, hostiles à la Russie...

Comme l’a dit François Hollande, samedi, lors de sa dernière conférence de presse donnée lors d’un Conseil européen,, «ils (Marine Le Pen et Nicolas Dupont Aignan) continuent de le penser, ils continuent de le prévoir, ils continuent de préparer ce projet dangereux de sortie de la France de la zone euro et de l’Union européenne. Ils le camouflent, ils le cachent, ils le gomment parce qu’ils savent bien que les Français ne veulent pas que leur pays sorte de l’Union, se prive de l’euro et de la monnaie unique, parce que les Français savent bien que ce serait pour leurs économies personnelles, pour leur pouvoir d’achat, pour leur capacité de crédit, pour les dettes qu’ils ont pu contracter, que ce serait une dégradation de leur situation. Et donc comme ils ne veulent pas faire peur, alors qu’ils font peur. Comme ils ne veulent pas faire peur, alors ils préfèrent renvoyer à plus tard ce qui est pourtant leur intention et ce qui serait d’ailleurs la traduction si par malheur la candidate de l’extrême droite devait être élue le 7 mai. Tout ce qu’elle propose met la France en dehors de la zone euro et de l’Union européenne. Donc il n’y aurait même pas de négociations ; ce serait acté par le défaut qui serait constaté dans les engagements que la France ne respecterait plus». On ne saurait mieux dire: voter Le Pen, c’est voter pour la fin de la France dans l’Union et dans l’euro.


Brexit : l’Union en ordre de bataille


30 April, by j.quatremer@libe.fr (Jean Quatremer)[ —]

Il n’a pas fallu plus de 4 minutes pour que les vingt-sept chefs d’État et de gouvernement adoptent à l’unanimité les « orientations » des négociations du Brexit que le Français Michel Barnier est chargé de mener à bon port du côté européen. Réunis samedi à Bruxelles, sans la Grande-Bretagne bien sûr, lors d’un conseil européen extraordinaire, les Vingt-sept ont confirmé leur détermination à rester uni afin de ne pas permettre à Londres de jouer sur d’éventuelles divisions entre les États membres pour obtenir un accord qui lui soit favorable. « Il n’y a pas eu de négociations entre les Vingt-sept », a confirmé François Hollande, pour son dernier sommet européen : « la négociation, elle est entre l’Union et le Royaume-Uni », négociation au cours de laquelle « l’Europe saura défendre ses intérêts ».

Cette unité, qui ne s’est pas démentie depuis le référendum du 23 juin 2016, a désarçonné Theresa May, la Première ministre britannique, qui a accusé, jeudi, les Vingt-sept de « s’unir contre son pays » : « les négociations vont être difficiles », a-t-elle prévenu. Les Britanniques, après leur orgie souverainiste de l’année dernière, commencent d’ailleurs à en prendre conscience : face au ralentissement économique qui se confirme, ils sont désormais une majorité, selon un sondage publié par le Times, jeudi, à regretter leur choix, une première (45 % contre 43 %). Surtout, 39 % contre 28 % pensent que leur pays sera dans une moins bonne situation économique hors de l’UE et 36 % contre 19 % estiment qu’il aura moins d’influence dans le monde…

De fait, « il n’y aura pas de Brexit gratuit : quand on prend une décision, il faut en assumer les conséquences », a souligné le Premier ministre belge, Charles Michel. En clair, il n’est pas question « qu’un pays non membre de l’Union, qui n’a pas à respecter les mêmes obligations qu’un État membre (puisse) avoir les mêmes droits et bénéficier des mêmes avantages qu’un État membre », comme le martèle le texte du Conseil européen. « Peut-être pensez-vous que tout ceci est évident », mais « j’ai le sentiment que certains en Grande-Bretagne se font encore des illusions à ce sujet », a ironisé devant le Bundestag, jeudi, Angela Merkel, la chancelière allemande. Ce n’est pas un hasard s’il a fallu 9 mois à Londres avant d’activer, le 29 mars dernier, l’article 50 du traité européen qui enclenche la procédure de sortie de l’Union. Et, encore aujourd’hui, on ne sait pas exactement ce qu’espère obtenir Londres.

Du côté européen, la position est d’une clarté cristalline. Le Royaume-Uni n’aura pas accès au marché unique – notamment pour ses banques - puisqu’il refuse d’appliquer l’une des quatre libertés, la libre circulation des personnes. Au mieux, elle ne peut donc qu’espérer un accord de libre-échange qui sera négocié après sa sortie effective, le 29 mars 2019 à minuit, qu’il y ait ou non un accord sur les conditions de son départ (une hypothèse envisagée froidement par les Vingt-sept). Londres qui espérait mener de front les deux négociations en est pour ses frais, même s’il est entendu qu’il faudra se mettre d’accord avant sa sortie effective sur « une conception d’ensemble » du « cadre des relations futures ». Mais ce futur accord commercial, préviennent les Vingt-sept, devra assurer des « conditions équitables » en matière de concurrence et d’aides d’État et « comprendre des garanties contre des avantages compétitifs indus du fait, notamment, de mesures et de pratiques fiscales, sociales, environnementales et réglementaires ». Autrement dit, si Londres compte se transformer en plate-forme offshore, il n’y aura aucun accord de libre-échange…

La négociation se déroulera en plusieurs phases. Les Vingt-sept veulent prioritairement régler trois dossiers. D’abord, la protection des droits des trois millions de citoyens européens résidant actuellement en Grande-Bretagne, ceux-ci ne pouvant servir de monnaie d’échange comme le voudraient les durs du gouvernement de Theresa May. Ensuite le règlement financier, Londres devant honorer l’ensemble des engagements qu’elle a contracté dans le cadre de la programmation budgétaire européenne qui s’étale bien au-delà de 2019 (par exemple la retraite de ses fonctionnaires et députés européens). Aucun chiffre n’a été officiellement avancé, mais l’estimation la plus couramment avancée est de 60 milliards d’euros. Une facture salée que la Grande-Bretagne n’entend pas honorer, ce qui risque de faire capoter les négociations et donner lieu à un contentieux international dont elle ne sortira pas vainqueur. Enfin, il faut trouver une solution pour ne pas rétablir une frontière physique entre les deux Irlande afin de ne pas faire capoter l’accord de paix de 1998.

C’est seulement ensuite que les autres dossiers particulièrement complexes, puisqu’il faut rompre les liens entre le droit européen et le droit britannique sans que les entreprises n’en souffrent trop, seront abordés, en particulier l’avenir des relations entre les deux rives de la Manche. En attendant, l’Union rappelle à Londres qu’elle ne peut pas négocier des accords commerciaux avant sa sortie effective et qu’il est hors de question qu’elle prenne en otage les textes européens en cours de discussion entre les Vingt-huit.

Dès la fin de l’année, les Vingt-sept vont essayer de se mettre d’accord sur les villes qui accueilleront l’Agence européenne du médicament (900 employés) et l’Autorité bancaire européenne (170 personnes), actuellement basées à Londres, dont les frais de déménagement devront être réglés par la Grande-Bretagne. Le plus beau est que la presse europhobe, qui ne doute de rien, a hurlé en découvrant que ces deux agences allaient quitter le territoire britannique…

Les négociations effectives en Bruxelles et Londres ne débuteront qu’après les élections législatives anticipées du 8 juin convoquées par Theresa May, celle-ci voulant avoir les mains libres pour parvenir à un accord. Parallèlement, les Vingt-sept vont devoir s’entendre sur la façon dont sera comblé le trou laissé dans le budget communautaire par le départ du Royaume-Uni. La négociation s’annonce violente entre ceux qui voudront dépenser moins et ceux qui voudront continuer à toucher les mêmes aides…


François Hollande, l’homme sans conviction (européenne)


16 April, by j.quatremer@libe.fr (Jean Quatremer)[ —]

REUTERS/Geoffroy Van der Hasselt

Tous les présidents de la République française ont laissé leur marque sur l’Europe, pour le meilleur et, parfois, pour le pire. Tous ? Non, un seul s’est distingué par sa vacuité, François Hollande. Celui qui se présentait en héritier de Jacques Delors ne laissera, au mieux, qu’une note de bas de page dans l’histoire de la construction communautaire. Pendant cinq ans, le chef de l’État aura esquivé le sujet européen avec une constance qui force l’admiration, même s’il en fut un commentateur avisé, dénonçant régulièrement le «manque de projet» et la «frilosité» de l’Union ou encore le «repli sur soi» des États. Une analyse qui, de la part du responsable de l’une des principales puissances européennes et mondiales, aurait dû appeler des initiatives de relance. C’est ce qu’il a d’ailleurs régulièrement promis dans les journaux français en proposant de « fédéraliser » la zone euro autour d’un gouvernement, d’un parlement et d’un budget afin de constituer un «noyau dur, une avant-garde, un premier cercle». Mais il en est resté aux effets d’annonce. François Hollande aura été un Européen velléitaire.

Réorienter l’Europe

Lors de son élection, en 2012, rares étaient ceux qui se faisaient des illusions sur sa capacité à réformer la France, car cela supposait de bousculer les certitudes d’une gauche prisonnière de ses vieux logiciels. Mais, tout le monde lui faisait crédit de ses convictions européennes, lui qui fut longtemps proche de Jacques Delors, président de la Commission entre 1985 et 1995 et père de l’euro, au sein du club Témoin (créé en 1993). D’ailleurs, durant toute sa campagne, il avait promis, s’il était élu, de «réorienter» l’Europe afin, notamment, de lui donner un contenu social et fiscal, de développer la solidarité financière entre les Etats via le lancement d’emprunts européens, de démocratiser la zone euro, le tout afin de combler le fossé qui se creusait entre les citoyens et le projet européen. Mais cet ambitieux programme n’a jamais pris la forme d’une proposition en bonne et due forme, qu’elle soit proprement nationale ou, mieux, franco-allemande. Pourtant le chef de l’État a multiplié les annonces : au printemps 2013, à l’été 2014 puis en juillet 2015, après que la zone euro eut frôlé le Grexit, il s’est engagé à prendre une « initiative » afin de relancer une intégration communautaire qui donnait du gite, encouragé par ses ministres les plus europhiles. Mais à chaque fois, ses promesses se sont perdues dans les sables.

Bataillait-il au moins dans les couloirs pour faire avancer l’Europe ? Même pas. Une anecdote résume bien l’Européen François Hollande. La scène se passe en décembre 2012, alors que Herman Van Rompuy, alors président du Conseil européen, tente d’obtenir un mandat des chefs d’État et de gouvernement pour travailler à des scénarios d’approfondissement de la zone euro. Il veut notamment pouvoir proposer un budget qui lui serait propre et lui donner une capacité d’emprunt, deux idées défendues par le chef de l’État pendant sa campagne. Alors que Van Rompuy insiste auprès d’une Angela Merkel inflexible, lors d’une trilatérale, Hollande le coupe brutalement : «Herman, tu as entendu Angela : elle ne veut pas. Alors, arrête !» Le président du Conseil européen n’est toujours pas revenu d’avoir ainsi été lâché en pleine campagne par « l’héritier de Jacques Delors »… Hollande n’avait tellement pas de pensée européenne qu’il n’a jamais pris la peine, contrairement à tous ses prédécesseurs, de recevoir la presse française accréditée à Bruxelles en « off » pour expliquer le sens de son action, alors que dans le même temps il se confiait de longues heures à leurs confrères parisiens…

Aux côtés de la Grèce

Les quelques fidèles qui lui restent font valoir que son bilan n’est pas si négatif. Après tout, n’a-t-il pas bataillé pour empêcher un Grexit que l’Allemagne souhaitait, ne s’est-il pas rangé aux côtés de la Commission pour obtenir la mise en œuvre de l’Union bancaire ou soutenir le « plan Juncker » d’investissement ? Tout cela est vrai, mais personne n’a jamais prétendu que Hollande ait été europhobe. Cela étant, au regard de ce maigre bilan, on peut s’interroger sur les convictions réelles de l’homme. Quelqu’un qui l’a très bien connu m’a affirmé qu’en 2004, alors qu’il était premier secrétaire du PS, il se serait longuement demandé s’il devait ou non soutenir le Traité constitutionnel européen. Il n’aurait tranché que par tactique en faveur du oui.

Les faits semblent donner raison à cette source. Longtemps, on a cru qu’il redoutait d’affronter la question européenne pour éviter de rouvrir les plaies du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel. On se souvient, en effet, qu’une partie du PS, dont Laurent Fabius, n’a pas respecté le résultat du référendum interne et a fait campagne pour le non. Hollande, homme de compromis, n’a jamais sanctionné ces nonistes rebelles et l’Europe est restée une plaie béante. Il semblait dès lors logique qu’il refuse de se lancer dans une modification des traités européens, ce qui impliquerait un référendum avec tous les risques de divisions que cela comporterait pour les socialistes. Or sans réécriture des traités, aucun approfondissement n’est possible. Mais la période 2015-2016 montre que cette justification est un peu courte : Hollande n’a pas hésité a diviser les socialistes et la France sur la question des libertés publiques (par exemple la déchéance de nationalité) ou de l’économie. Ce n’est donc pas d’une question de courage qu’il s’agit, mais d’une absence de convictions réelles sur l’Europe. On ne se bat que pour ce à quoi l’on croit.

Occasions manquées

Le quinquennat de François Hollande restera donc comme celui des occasions manquées, voire comme celui qui aura gravement miné le projet européen. Car son refus de s’emparer du sujet aura laissé le champ libre aux eurosceptiques et aux europhobes. Or Emmanuel Macron, qui a fait de l’Europe l’un des axes de sa campagne présidentielle, montre, comme Daniel Cohn-Bendit avant lui, qu’une partie non négligeable de l’opinion publique est avide d’entendre un message positif sur la construction communautaire, la dernière utopie pacifique de la planète. L’Europe aurait pu être la clef d’un second mandat, il ne l’a pas compris.

N.B.: article paru dans l’Hémicycle n° 493


Sortir de l'euro? Ben voyons.

11 April, by j.quatremer@libe.fr (Jean Quatremer)[ —]

La nouvelle émission de France Info TV, «la faute à l’Europe» (diffusée samedi et dimanche), m’a demandé de faire un éditorial chaque semaine. Parole libre d’un «Tonton Flingueur» ;-) Et ça met de l’animation sur le blog!


"Les salauds de l'Europe" sur France Inter


31 March, by j.quatremer@libe.fr (Jean Quatremer)[ —]

Ce jeudi matin, j’étais l’invité de la matinale de Patrick Cohen, sur France Inter, pour parler de mon livre, «les Salauds de l’Europe». C’est ici. Et le dialogue avec les auditeurs est là.


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30 March, by j.quatremer@libe.fr (Jean Quatremer)[ —]

Les négociations du Brexit ont enfin été lancées le 29 mars. J’ai imaginé, avec Sonia Delesalle-Stolper, notre correspondante à Londres, un scénario rose, un scénario noir et interviewé le négociateur du Parlement européen, Guy Verhofstadt. Bonne lecture !


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