HOME > RSS > BLOGS France > LACTIONLITTERAIRE

R S S : LACTIONLITTERAIRE


PageRank : 3 %

VoteRank :
(0 - 0 vote)





tagsTags: , , , , , , ,


Français - French

RSS FEED READER



Sans Socrate, ni Platon, ni Périclès, ni Solon, ni… mais avec Tsipras, la Grèce, champ d’expérimentation de la néo-servitude in-volontaire – un entretien avec Panagiotis Grigoriou sur le torpillage organisé d’une économie

http://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/eurofascisme-tsipras-cote-de-junte-fasciste-a-kiev/play episode download
11 April, by jean christophe grellety[ —]

A la mémoire de Kostas et de tous les assassinés de la faillite organisée de l’État grec

Tous mes remerciements à Panagiotis pour avoir accepté de répondre aux questions ci-dessous. A tous nos amis, amies, grecs, à tous les citoyens de Grèce qui subissent un désastre organisé, j'adresse ici l'expression de mon, notre (parce que nous sommes nombreux), amitié - mais aussi l'expression d'une honte, d'avoir vu et tous les pays de l'UE soutenir les mesures exigées par l'Eurogroup, et de n'avoir pas vu l'organisation d'une résistance concrète, européenne, active, contre cette politique UE-Syriza. Nous n'avons pas à choisir entre les détresses, mais, concernant celle des "migrants" (de Syrie, etc), des personnes et des organisations se sont, justement, mobilisées, en Europe et en France, mais pour les Grecs qui, dans leur propre pays, ont subi la préparation et la mise en oeuvre d'un "democide", cette "solidarité" n'a pas, encore, été, au rendez-vous et à la hauteur, alors que les besoins sont énormes. Evidemment, tous les peuples subissent à des degrés divers, la même politique, mais selon les degrés, les moyens existent ou n'existent plus. Partis, associations destinées à, organisations sociales et politiques devraient enfin se rencontrer pour organiser l'aide internationale permanente, y compris pour les citoyens de l'Europe qui subissent des conditions misérables de vie, par insuffisance de revenu, par absence de logement, etc. Pour soutenir Panagiotis Grigoriou, vous pouvez :

lui faire parvenir un don, ici - le solliciter pour un voyage, ici - acheter son livre, ici

L'entretien peut également être lu en PDF

Téléchargement Interview Panagiotis Grigoriou 2017_04

 

---------------------------------------------------------------------

 

AL : Si, en dehors de la Grèce, des citoyens, des travailleurs, des organisations, des médias, font connaître les mesures imposées par, le gouvernement Tsipras, et/ou les institutions comme le FMI, l'Eurogroup, etc, pouvez-vous rappeler quelles sont les principales subies par la majorité de la population ces 10 dernières années, et notamment depuis l'arrivée de Syriza ?

PG : Rappelons d’abord que la crise grecque dure déjà près de 8 ans et qu’en mai 2010, le Fonds Monétaire International, l’Union Européenne et la Banque Centrale Européenne ont fait irruption dans la vie économique et quotidienne en Grèce, faisant de ce pays le premier “protectorat officiel de la dette” en zone euro. La Troïka était ainsi formée, et mit le pays sous sa tutelle. Alexis Tsípras du parti SYRIZA (Gauche... radicale) est, depuis 2015 le quatrième Premier ministre du... nouveau régime, faisant ainsi tristement suite, à Yórgos Papandréou, à Loukás Papadémos (banquier non élu, directement “nommé” par la gouvernance européiste en 2011), et à Antónis Samarás. Le mémorandum III, dit aussi “Mémorandum Tsípras” a été signé en août 2015, “légiférant” en toute violation de la Constitution, et contre la volonté populaire exprimée par le 62% du ‘NON’ au referendum du 5 juillet 2015. La Grèce vit et meurt diminuée (malgré les belles apparences des saisons touristiques). Déjà, et depuis 2010, 40% du petit et moyen commerce sont morts. Le PIB grec a chuté de plus de 25%, le chômage officiel atteint 30% de la population active, le système de santé (Sécurité Sociale) est sur le point de disparaître, 25% de la population en est d’ailleurs exclue. Sur dix millions d’habitants, 4,7 millions ont de dettes (impayées) envers l’État (fisc), et plus de 850.000 citoyens ont été frappés de saisies sur leurs biens... de la part de l’État. Enfin, les décès imputés à cette guerre économique et psychologique contre le pays, dépassent les 20.000 cas, dont plus de 8.000 suicides (données du Centre Solidaire de Santé d’Ellinikón près d’Athènes, 2014). Les principales mesures, concernent la diminution des salaires, de 30% à 70% dans le secteur privé, de 30% à 40% dans le secteur public, et de 30% à 40% en moyenne pour ce qui est des retraites avec une hausse de l’imposition (TVA à 24%, TIPP, taxes immobilières entre autres). Depuis l’arrivée de SYRIZA et surtout de puis la signature de “son” Mémorandum IV, toutes ces mesures ont été renforcées, en plus de l’affaiblissement, voire de la disparition des conventions collectives. Les travailleurs des autres pays doivent comprendre que les premières victimes de la dite “crise grecque” sont les travailleurs, et d’abord ceux du secteur privé ainsi que les travailleurs indépendants (mort du petit et moyen commerce).

AL : Comment les Grecs pensent ces mesures et cette situation: fatalité ? abandon par les autres peuples de l'Europe ? une part de responsabilité leur incombant ? 

PG : La société grecque est entrée dans une nouvelle historicité dont elle n’imagine pas les contours. Les existences, les comportements individuels et collectifs, tout le corps social et ses pratiques en sont profondément modifiés. La première mutation est liée à la rupture, ressentie comme brutale. Durant la première période 2010-2013, et en 3ans seulement, la dette souveraine s'est imposée dans la maîtrise du temps politique et symbolique, et pour ainsi dire, par la dépossession généralisée de toute vision du futur. Il a été certes d’abord question de culpabilité collective, idée très influente de la part des médias dominants, d’où une première entrave majeure, imposée à la rébellion politique ou syndicale pour contrer leur résistance au processus en cours. En effet, étant données la brutalité et l’ampleur des politiques austéritaires, les partis politiques, les mouvements sociaux ou les syndicats qui se sont d’emblée opposés à la chape du mémorandum, n’ont pas été en mesure d’adapter leurs actions ; ils ont donc d’abord agi conformément aux pratiques héritées du passé, grèves, manifestations, ou protestations diverses. Il y eut cependant un grand moment collectif: l’occupation des places et des rues par les Indignés en 2011. Rappelons les faits: la rumeur décisive avait couru en mai 2011 et elle fut très vite largement répandue sur internet, à travers les réseaux sociaux, et ensuite de bouche à oreille. En même temps, le manque, je dirais, programmé de solidarité européenne de la part des gouvernements soumis au diktat de l’euro, ont fait que les Grecs ont été, et le son toujours très critiques vis-à-vis de l’Union européenne. Pour la première fois depuis bien de décennies, les positions favorables à la sortie du pays de l’UE sont en phase à devenir majoritaires. Enfin, l’arrivée au pouvoir de SYRIZA en 2015 (il gouverne de concert avec ceux du petit parti de droite, ANEL), avait suscité tant d’espoir, ce qui n’a pas été confirmé du tout. Pis encore, SYRIZA a trahi toutes ses promesses électorales et autant le NON à 62% du référendum de juillet 2015, lorsque le peuple grec s’est exprimé en faveur de la fin des politiques austéritaires. La réélection de SYRIZA en septembre 2015, n’a été possible que grâce à une abstention record en Grèce, plus de 40%, et depuis tous les partis politiques ont été largement déconsidérés. Les Grecs pensent désormais autant à la fatalité de leur sort et autant à un effondrement possible.

AL : Est-ce que la sortie de l'UE et de l'Euro est vraiment discutée par une majorité ?

PG : Oui, par une majorité de Grecs, et non pas par celle des partis. Mais même le PC grec (KKE) traditionnellement eurosceptique, lors de son 20ème Congrès qui s’est tenu en avril 2017 à Athènes, s’est prononcé en faveur du maintien de la Grèce dans l’UE et dans la zone euro, par manque de préparation du pays devant une telle décision et éventualité. (1)

AL : Un éditocrate français installé à Bruxelles a colporté qu'en voyageant en Grèce, avant "la crise", il avait vu partout des voitures de luxe, et il disait ceci pour accréditer la thèse que les Grecs grugeaient l'État grec, en ne payant pas ou peu leurs impôts, etc. Pour ramener les choses à la réalité et à la raison, quel était le niveau de vie moyen en Grèce avant la crise, comparé à celui des Français actuels?

PG : Ce type d’arguments a été largement utilisé par les éditocrates Bruxellophiles. ll faut d’abord souligné que les Grecs n’ont jamais eu les mêmes rapports envers leur État que les Français par exemple, et que le contrat social (tout comme la politique sociale) en Grèce a depuis toujours été moins important en Grèce. Cela-dit, les économistes ont calculé que, hors règlement de la dette, les recettes de l’État grec suffiraient à faire face aux besoins. Sauf que ce calcul ne tient pas compte du poids des retraites, le système est sur le point de s’effondrer (30% de chômage, 55% seulement des cotisations dues réellement versées...). En réalité le niveau de vie a réellement chuté en moyenne de 50% et dans ce calcul, on tient compte non seulement des baisses directes des revenus et de la hausse de l’imposition, mais aussi de l’effondrement de l’État social restant, 30% de la population se trouve sans couverture sociale (“éjectée” du système de la Sécurité Sociales”), et 40% des immeubles ne sont plus chauffés à Athènes en hiver par manque de moyens.

AL : Quelle est la situation des inégalités en Grèce ? Est-ce que les plus riches ont vu leur fortune augmenter ces dernières années ? A combien de personnes est-il estimé qu'il y ait des personnes sans domicile ? Suicidées ? En dépression ?

PG : Nous savons que la classe très aisée (5% de la population) a vu sa fortune augmenter et que le nombre de personnes sans domicile a été multiplié par dix depuis 2010, plus de 20.000 d’après des estimations, rien qu’Athènes. Pour ce qui est des inégalités, notons que la paupérisation rapide de la population a fait voler en éclat, d’abord les pratiques sociales et économiques puis ses capitalisations symboliques. L'économie réelle s'est considérablement réfractée, les données statistiques officielles (ELSTAT) font par exemple état d'une diminution cumulée du PIB de 20 % depuis 2010, prévoyant par ailleurs une chute de 7 % en 2013. C'est bien plus que la chute de 20 % du PIB de l'Argentine, au plus bas de sa descente aux enfers au début des années 2000. Au même moment, le chômage officiel touche 30 % de la population active (alors qu’il ne représentait que 8 % en 2009) et un tiers de la population grecque doit composer avec la pauvreté ou même directement avec le spectre de la famine. Plus d’un tiers des petites et moyennes entreprises ont déjà fait faillite. On estime en octobre 2012 à plus de 200 000 le nombre de repas distribués par les associations d'aide d'urgence de toutes sortes sur l'ensemble du pays sur une base journalière. L’état dépressif concerne désormais près de la moitié de la population (à de degrés divers) et quant au suicide, c’est une réalité que hélas nous ne connaissions quasiment pas avant la “crise”. Aris Violatzis, psychologue au sein d’une association d’aide téléphonique pour la prévention des suicides constatait déjà en 2014: “La Grèce avait jusqu'à récemment un taux de suicide très bas par rapport aux autres pays européens. Actuellement, c'est le pays au monde qui connaît la plus forte augmentation du nombre de suicides. (...) Le suicide est un phénomène complexe qui ne peut pas se résumer seulement à la crise économique. Mais, l'environnement dans lequel nous vivons a une influence sur notre état psychique. 75% des personnes qui nous appellent ont des problèmes économiques et sont désespérés: ils ont des dettes, sont au chômage, ou ont perdu leur logement” (Entretien avec Aris Violatzis, psychologue au sein de l'association Malika, responsable de la ligne téléphonique de prévention des suicides, répondant aux questions de l’hebdomadaire L'Express (propos recueillis par Marina Rafenberg, 06 avril 2012, “En Grèce, la plus forte augmentation du nombre des suicides” -http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/en-grece-la-plus-forte-augmentation-du-nombre-de-suicides_1101906.html). On admet généralement en Grèce, qu’environ 3 000 suicides depuis 2010, seraient directement imputables à la crise. Début avril 2012, le suicide de Dimitri Christoulias, pharmacien retraité de 77 ans, sur la place Syntagma, devant le Parlement grec, a suscité une vague d'indignation dans tout le pays. Cet ancien pharmacien avait laissé une lettre expliquant qu'il ne voulait pas en être réduit à faire les poubelles pour se nourrir, qu'il avait encore sa dignité à défendre. Depuis les années 2012-2013 et réactualisant leurs données, les médecins par exemple du centre social et solidaire d’Ellinikón au Sud d’Athènes, évoquent un chiffre de plus de 10.000 cas de suicide. Pour vous donner une idée, voilà cette histoire bien triste de mon propre vécu en matière de suicide. Kóstas mon cousin, était né en 1955 dans la campagne profonde de la Thessalie en Grèce centrale. Commis à l’âge de 17 ans, il devint ensuite commerçant et ceci jusqu’au matin du 13 janvier 2014. Autodidacte réussi dans les affaires, ses deux commerces (draps, tissu, sous-vêtements) ont été l’exact fruit de son travail. Sa famille, l’admirait. D’ailleurs, il l’avait souvent aidé, prêtant de l’argent qu’en réalité il donnait. Depuis la crise, son activité avait chuté de 80%. Il en était très préoccupé, rien qu’à l’idée d’évoquer la future et prévisible faillite. Progressivement, seule son épargne, relativement importante, lui permettait à faire face aux dépenses courantes, professionnelles ou familiales. Pour Kóstas, le fait de puiser sur son épargne et surtout de ne plus pouvoir s’en sortir par le biais de sa capacité avérée dans les affaires, était synonyme d’humiliation. Lundi 13 janvier 2014 vers 8h du matin, mon cousin Kóstas s’est suicidé se jetant du 4e étage de l’immeuble où il habitait. Il est mort sur le coup “car il est tombé sur la partie bétonnée du jardin et non pas sur les arbres ou sur la pelouse”, d’après le rapport de la police et du médecin légiste. Notre famille, les plus courageux d’entre nous en tout cas... avons nettoyé la partie bétonnée du jardin. Le jardinier qui vient chaque lundi avait participé, c’était d’ailleurs lui qui a découvert le corps en premier. Des heures durant après l’irréparable, et pendant que la dépouille de Kóstas était transférée à la morgue, nous, sa famille, évoquions sa vie comme sa mort pendant que son téléphone mobile sonnait sans cesse. Ioulía, sa sœur, trouvait encore le courage de répondre pour annoncer… Kóstas a donc laissé alors derrière lui, deux grands enfants et déjà jeunes adultes, aucune dette, et en plus un héritage: une somme relativement importante déposée à la banque, l’appartement, un terrain constructible en banlieue d’Athènes, la belle voiture forcement allemande mais vieille de dix ans, la camionnette, et le stock dormant dans sa boutique. Aux obsèques, notre cousine Evangelía que je n’avais pas rencontré depuis un an, m’a informé du... voyage de son fils Yannis, 24 ans ayant émigré à Dubaï. Je l’ignorais. Mon oncle Dimitri (frère aîné de ma mère) né en 1924, le père de Kóstas, estimait que nous vivons une époque... devenue alors inexplicable par la logique: “En 1944, je combattais les Allemands et les collabos, l'arme à la main. Certaines familles dans notre village avaient été décimées, pourtant, parmi les survivants que nous étions, personne n'avait pensé se suicider. En plus, il y avait la faim. Pourquoi donc Kóstas l’a-t-il fait, et alors pourquoi en ce moment ?” La douleur fut énorme, Ioulía, notre cousine criait à plein poumons, “Dieu n'existe pas, parce que la justice n'existe pas”. Et comme dans un rituel, elle a jeté la malédiction sur ces gens ridicules qui nous gouvernent: “Qu’ils finissent dans le silence et qu’ils pourrissent

AL : Comment les Grecs pensent-ils leur situation, au regard de leur grande Histoire antique ? De la pensée philosophique ?

PG : La crise, son « situationnisme », son survivalisme ont fait reculé, je dirais, l’esprit reposé et reposant... lié à une certaine contemplation et ainsi critique de la modernité. Cependant, dans une partie minoritaire (mais remarquable) de la population, les débats renaissent et certains Grecs reprennent goût pour la redécouverte des philosophes antiques.

AL : Pour vous soutenir personnellement, il est possible de faire appel à une agence de voyage, "Greece Terra Incognita". Que propose t-elle comme "voyages en..." ? 

PG : Depuis 2011, je tiens le blog dédié à la Grèce actuelle (Greek crisis) et ai également publié, en 2013, chez Fayard, un ouvrage intitulé La Grèce fantôme. Petit à petit, un nombre de plus en plus important de lecteurs qui suivaient mes écrits d’historien et d’ethnologue s’est mis à me demander s’il n’y avait pas moyen de mettre ma connaissance du terrain et de la réalité grecque au service d’une offre de découverte du pays qui sorte de l’ordinaire. Une offre qui englobe la réalité tout entière, depuis la plus évidente : la beauté des paysages et la douceur de vivre locale jusqu’à ce que chacun d’eux dissimule en termes d’Histoire – notamment contemporaine – qui permette de mieux les appréhender et les comprendre. Après en avoir discuté à plusieurs reprises avec ces personnes, je me suis dit qu’une telle activité pourrait en effet avoir un rôle bénéfique pour tous et j’ai créé Greece Terra Incognita www.greece-terra-incognita.com. Je propose trois sortes de voyages dont le dénominateur commun est que je les accompagne tous, en personne, pour que les gens aient à la fois l’image ET le son, l’explication. Il y a d’abord, tout simplement, les visites guidées d’Athènes, l’Athènes d’aujourd’hui. Il y a ensuite des auto-tours en Thessalie (région traditionnelle et historique de Grèce située dans le centre du pays) et dans la région d’Athènes, là encore, axés sur la découverte de la Grèce contemporaine même si, naturellement, on ne saurait ignorer l’histoire ancienne ni passer à côté de certains trésors particulièrement attractifs. Et puis il y a les croisières. Deux sortes de croisières. Celles en petit groupe de 6 à 8 personnes où l’on sillonne les Cyclades en voilier, avec un skipper. Mon regard et ma lecture des paysages rencontrés venant alors s’ajouter aux bonheurs multiples qu’il y a à baigner dans ces décors enchanteurs. On comprend ainsi par exemple pourquoi certaines îles sont si peu peuplées, voire presque vides et, d’une manière plus générale, ce qui se tient caché derrière ces panoramas touristiques idylliques mondialement connu : la vie, l’histoire, les hommes… Je raconte tout cela.

 

Brève notice biographique de Panagiotis Grigoriou

Ethnologue et historien, il s’est d'abord penché sur la notion “d’insularité” en mer Égée. En historien, il a proposé une forme “d’histoire culturelle de la guerre” dans les Balkans. Après avoir étudié et travaillé en France, il porte ce même regard d'analyste, sur la Grèce en crise à travers son blog: www.greekcrisis.fr, initié en 2011, et son essai: “La Grèce Fantôme - Voyage au bout de la crise 2010-2013” (Fayard, Paris, 2013). En 2015, il a initié son projet de faire découvrir la Grèce autrement et notamment, s’adressant à un public francophone, via son site www.greece-terra-incognita.com pratiquant un tourisme responsable et réfléchi.

 

 


La revue Etincelles, numéro 36 : un Marxisme vivant sur tous les fronts

26 February, by jean christophe grellety[ —]

Les revues politiques, marxistes, philosophiques, existent encore et se portent – bien comme le prouve la revue Etincelles (revue théorique du PRCF), de laquelle un 36ème numéro vient de paraître. De près de 80 pages, dans un grand format, ce numéro porte à votre connaissance des textes, d’Annie Lacroix-Riz (une deuxième partie consacrée à «Léon Blum haïssait-il la finance ? »), de 2 textes de Georges Gastaud sur «le retour d’une ontologie matérialiste» et sur la question «les progressistes doivent-ils avoir peur de l’Histoire de France ? », d’un texte d’Aurélien Djament sur «la convergence des mouvements écologistes et ouvriers», de Benoît Foucambert, sur «Lénine, le Front unique et l’identité communiste», de Jean-Pierre Combe sur «Darwin contre le néo-libéralisme», et d’autres encore. C’est par un entretien avec Julian Mischi que commence ce numéro, sur l’actualité de la lutte des classes. Le sous-titre de l’entretien pourrait être, «dans le monde du travail et dans les organisations syndicales», si et quand elles méritent une telle désignation. J.M insiste sur les évolutions des structures de travail, et sur les conséquences de ces évolutions sur la syndicalisation, comme sur la volonté patronale de faire disparaître les organisations et les représentants syndicaux. S’il existe un angle «mort» dans la perception et la compréhension de ces rapports de force dans les luttes de classe, c’est pour celles et ceux qui n’ont plus, pas, de travail, et notamment lorsque cette absence-de-travail-salarié est durable. Les «sans», travail, domicile, sont les plus frappés dans ces luttes, mais quid de leur syndicalisation ? De leur présence dans les organisations ? Des messages des organisations à leur attention ? De leur organisation même ? Un des principes dans ces luttes est que la classe dominante décrète que des problèmes comme des personnes n’existent pas. Cette néantisation est, évidemment, sans rapport avec l’existence réelle de tels ou tels, mais elle est déterminante par ses effets dans le fonctionnement et les représentations. C’est par cette prétention de néantisation que J.M commence son propos : «Il y a effectivement une idée prégnante, largement partagée, selon laquelle la classe ouvrière aurait disparue : il n’y aurait plus d’ouvriers en France. De telles représentations minimisent non seulement la réalité du salariat, qui reste formé essentiellement de travailleuses et travailleurs subalternes, mais aussi l’intensité actuelle de la lutte de classe. Le simple fait que les ouvriers soient désormais invisibilisés et que la question des classes devienne secondaire dans l’espace public est une expression en elle-même de cette lutte des classes dans le champ politique et des idées. Cela constitue un résultat d’une lutte des classements sociaux, dimension de toute lutte des classes, comme dirait Pierre Bourdieu. Comme je l’indique au début de mon dernier livre, le discours dominant sur la fin de la classe ouvrière s’impose d’autant mieux aujourd’hui que la représentation du monde ouvrier a été largement réduite aux figures de la grande industrie et à ses secteurs les plus militants. Du démantèlement des vastes concentrations industrielles et de la crise des places fortes du mouvement ouvrier depuis les années 1970, on conclut trop rapidement la disparition du groupe ouvrier et de ses militants. Or, s’il a décliné, son poids demeure significatif : il s’agit de l’un des principaux groupes sociaux, représentant 22 % de la population active française. Seulement, les ouvriers d’aujourd’hui sont moins syndiqués, connaissent des périodes longues de chômage, travaillent davantage dans des petites unités de production, dans le secteur des services, et beaucoup résident dans les espaces ruraux et périurbains. Les ouvriers contemporains ne correspondent plus aux images de la classe ouvrière produites par les militants du siècle dernier, une classe ouvrière dont les instruments de représentation politiques et syndicaux ont été partiellement détruits. Tout un ensemble de facteurs, à la fois sociaux et politiques, ont fait éclater le sentiment d’homogénéité et de force politique de l’ancienne classe ouvrière. Si le groupe ouvrier existe bien, il forme en quelques sortes de moins en moins une classe en tant que telle, d’autant plus que les organisations censées le défendre ont été fragilisées.» (…) Il est d’autant plus important de le rappeler que le patronat et les partis conservateurs ont tout intérêt à l’absence d’organisation des classes populaires, la fragilisation et l’éclatement du monde syndical jouant en leur faveur. Ils ne se privent pas d’alimenter eux-mêmes la dénonciation des appareils et des « corps intermédiaires » Face à cette volonté efficace, l’engagement syndical constitue pour les travailleurs un premier temps dans la réflexion et l’engagement politiques : «L’engagement n’a rien de naturel pour celles et ceux qui appartiennent aux classes populaires et subissent au quotidien une domination sociale et politique. Au contraire, tout un ensemble de processus contrarie leur militantisme dans les entreprises ou les partis. Sur ce plan, les ouvriers subissent une forte marginalisation. La répression antisyndicale qui s’est accentuée ces dernières années, y compris dans des secteurs auparavant réputés protégés comme la SNCF. Plus que dans le passé, les syndicalistes sont discriminés et combattus par leur hiérarchie. C’est ce qui explique la date plus tardive d’adhésion pour les nouvelles générations. Tout est fait pour détourner les jeunes ouvriers des syndicats combattifs comme la CGT ou Solidaires. Les ouvriers sont aussi plus largement exclus de la scène politique. La détérioration de leurs conditions de vie et de travail, sous l’impact du développement du chômage et de la précarité, fragilise leur investissement dans l’espace public. À cela s’ajoutent les effets de la valorisation de « compétences » nécessaires à la gestion publique locale, avec le développement de l’intercommunalité et du rôle des « experts » en « développement local ». Le mouvement de professionnalisation du métier politique tend à marginaliser les catégories populaires de la scène municipale au profit de membres de la petite bourgeoisie diplômée. Enseignants, cadres, travailleurs sociaux sont susceptibles de mettre en avant une compétence et une confiance en soi forgées dans des métiers d’encadrement des classes populaires. Or le syndicalisme offre justement la possibilité de contrer ces logiques : il apporte des ressources convertibles en dehors de l’entreprise et opposables aux classes supérieures. Il procure des savoir-faire et une confiance en soi qui permet à des salariés de contester la monopolisation des positions du pouvoir par les catégories les plus diplômées que ce soit dans les assemblées électives ou les organisations politiques. » J.M tient donc un plaidoyer pour cet engagement syndical, totalement «formateur». Malgré tout, cet engagement connaît beaucoup de difficultés, externes comme évoquées, et internes. La «permanence» en est une. J.M. rappelle son importance. Tout dépend alors de ses conditions, comme de ses effets, individuels et collectifs. Un bilan de la «permanence» syndicale semble nécessaire et se faire attendre. Les deux textes de G. Gastaud doivent être lus : le premier, sur «l’Histoire de France», sujet permanent de débats, polémiques, en France, et notamment par l’offensive des réactionnaires et la réponse des progressistes. Le texte est avant tout une contribution polémique sur ce rapport à cette Histoire de la part de la direction officielle du PCF, dans son attelage au PGE, face aux réactionnaires. «Porteuse d’un tel paquet « euro-constructif »1, la direction du PCF-PGE ne peut évidemment que refuser tout ce qui l’amènerait à lutter si peu que ce soit pour la reconquête plénière de notre souveraineté nationale (politique, monétaire, budgétaire, sociale, économique, militaire, diplomatique… et, plus largement, culturelle au sens gramscien du mot !). Impossible donc pour cette direction euro-compromise et socialo-dépendante de relever le gant pour combattre frontalement la relecture xénophobe que les Wauquier, Guaino et autres Sarkozy voudraient imposer de l’histoire de France avec plusieurs « buts de guerre » ultraréactionnaires : diviser les travailleurs, concurrencer le FN sur sa droite, et surtout, susciter une diversion pseudo-patriotique et pseudo-historique, voire pseudo-mémorielle, à la dissolution rapide de la République française dans l’Empire euro-atlantique du capital… » La «colère» anime ce texte. G.G interroge ce qui mine tant le rapport cognitif et interprétatif à notre propre Histoire de prolétaires français, que ce qui mine également le rapport imposé par des clercs communistes non prolétariens à cette même Histoire, dans le cadre de ses politiques et accords avec les Etats capitalistes européens et d’inspiration européenne (USA, …). Le PGE est au coeur de ce rapport, dans une orientation favorable à l’UE/OTAN, en contradiction manifeste avec ses références et avec les peuples. Il n’est pas aisé pour un communiste aussi rigoureux et fidèle à ce Parti dont il fut un membre éminent de devoir ainsi constater de telles erreurs idéologiques : «Quant au reproche dartigollien adressé à Mélenchon de mettre au centre du débat politique le faux problème de l’identité nationale (sous-entendu, aux dépens du débat social), il contredit tout l’héritage du PCF patriote et internationaliste de Pierre Sémard, de Jacques Duclos, de Danielle Casanova et de Missak Manouchian, lesquels n’eurent de cesse d’associer la défense de l’indépendance nationale à celle du prolétariat mondial. Que l’on consulte l’article lumineux Race, peuple et nation de Georges Politzer, qui sera par la suite fusillé par les nazis ; que l’on relise les écrits tout à la fois scientifiques et vibrants de patriotisme qu’écrivit l’historien-résistant Marc Bloch, et l’on verra si Politzer – qui était issu de l’immigration – , ou si M. Bloch, qui était d’origine juive et que persécutèrent les pseudo-patriotes de Vichy, refusaient d’évoquer haut et fort la question de l’histoire nationale, de la lier sans simplification ni caricature à l’histoire socio-économique de notre pays, de rappeler que « la nation, c’est le peuple » (Politzer) ou de citer le mot de Jaurès « un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d’internationalisme y ramène ». Qu’on se souvienne aussi que Maurice Thorez fut ovationné par le VIIe congrès de l’Internationale communiste (1935) pour avoir, avec ses camarades Cachin, Duclos et Frachon, disputé aux faux patriotes fascistes le drapeau tricolore, en assumant dans sa totalité contradictoire l’histoire de la nation. C’est sans le moindre complexe que le jeune secrétaire du PC-SFIC, arborait alors le drapeau bleu-blanc-rouge de Valmy et en associant la Marseillaise à l’Internationale, comme le firent si souvent par la suite les résistants communistes que les nazis conduisaient aux poteaux d’exécution de Châteaubriant, du Mont Valérien ou de la Citadelle d’Arras... » Et c’est à un travail qu’il appelle, plutôt qu’à des points de vue superficiels : «Bref, attelons-nous de nouveau au grand chantier politico-culturel qu’a délaissé l’euro-« gauche » établie : reconstituons du point de vue de la classe ouvrière et des forces progressistes en lutte, sans rien gommer ni idéaliser, sans forcer les continuités et sans durcir les inéluctables ruptures, un récit national non falsifié par les classes dominantes. À partir d’une étude scientifique du devenir des modes de production et des hégémonies culturelles, redécouvrons l’ensemble des figures et des évènements nationaux qui ont pu porter et scander les luttes de libération dans notre pays, qu’il s’agisse de l’émancipation nationale stricto sensu (car comme le disait Jaurès, « l’émancipation nationale est le socle de l’émancipation sociale »), de l’émancipation politique – ce fut l’œuvre, encore inachevée aujourd’hui, des Sans Culotte et de Robespierre – ou de l’émancipation sociale1, sans omettre l’émancipation anticoloniale : car les anticolonialistes communistes Henri Martin et Henri Alleg n’eurent jamais la sottise d’opposer l’émancipation de « nos » colonies à l’honneur de notre pays, que déshonoraient alors les profiteurs des guerres coloniales et autres « trafics de piastre »… C’est à cette appropriation tant de la France que de l’Histoire de France par la coalition permanente depuis la Révolution Française, de la Bourgeoisie (la «grande») et de la Noblesse, que les prolétaires français doivent répondre, sur le plan théorique (ici, mémoriel), comme sur le plan pratique. A l’exclusion/disparition dans l’animation, la direction et la représentation de la France, pour et contre les prolétaires français, comme évoquée concernant l’entretien avec J.M, contre laquelle il faut agir, c’est la même obligation pour des Communistes aujourd’hui concernant cette même exclusion/disparition des prolétaires constructifs et actifs, dans une fausse «mémoire nationale», comme cela fut le cas lors du centenaire de la Libération, via un site officiel du Ministère de la Défense, dans lequel le récit mémoriel était entièrement dédié aux «gaullistes» et faisait entièrement disparaître les communistes. Hélas, le PCF, informé de, se tut. Et dans la Fête de l’Humanité, «les dirigeants successifs du PCF-PGE dé-marxisé ont peu à peu purgé la nomenclature des allées de la fête de l’Huma, cet itinéraire fléché de l’histoire nationale et mondiale, de toute une série de noms malsonnants : exit Lénine, exit Stalingrad, ou, pour rester en France, au Purgatoire Marat, en enfer Thorez et tous ces communistes français trop rugueux que l’histoire officielle, qui criminalise l’URSS et ses amis français, les Duclos, Frachon, illon, Martha Desrumeaux et autres héros nationaux incontestables, a à jamais proscrits du Panthéon national1. De même la manchette de la nouvelle Huma a-t-elle été purgée de toute référence aux anciens dirigeants du journal que furent Cachin, Vaillant-Couturier, Péri ou Fajon (dont les noms voisinaient naguère avec l’emblème ouvrier et paysan), pour ne conserver qu’un seul nom, jugé consensuel parce que « reconnu »… par la gauche non communiste, celui du grand Jean Jaurès» Incarner ce que furent les figures, connues ou moins connues, du peuple, c’est non seulement garder en mémoire, mais assurer un «devoir de mémoire», tant pour les disparus que pour les nouveaux venus (la «jeunesse»), ne pas abandonner les individus et les forces qui conditionnèrent les victoires et les structures résistantes qui se sont maintenues et nous maintiennent aussi. De ce point de vue, on peut ajouter que l’articulation de «notre» Histoire avec, par exemple, celle de l’URSS, par exemple, pour la formation, les batailles, et les victoires de l’armée rouge, permettrait de rappeler que les principaux donateurs ET victimes des combats et des victoires sur l’hydre fasciste/nazie ont été les communistes, de notre Terre qui se trouve au bout de l’Europe jusqu’à l’URSS, dont le terme extrême-oriental est le bout du continent asiatique, d’une gigantesque et extraordinaire fraternité qui a été trop niée comme ignorée.

Pour le second texte sur «l’ontologie matérialiste», un extrait est ici publié, en PDF.

Le texte de la note en PDF

Téléchargement ETINCELLES NUMERO 36

Téléchargement ETINCELLES 36 GG EXTRAIT

 

 


 

 

 

 

 

 

 


Académie de Platon, marque déposée, par Rosa Moussaoui | L'Humanité

23 February, by jean christophe grellety[ —]

Athènes (Grèce), envoyée spéciale.  Si Platon connaissait les projets des oligarques, aux portes même de son académie ! Les habitants d’Academia Platonos, un quartier déshérité d’Athènes, en sont désespérés. Là où le philosophe fonda au Ve siècle avant Jésus-Christ sa fameuse école, un havre de verdure sauvé de l’urbanisation anarchique fait de la résistance. À l’ombre de vestiges antiques, les enfants s’y élancent sur des balançoires, en sortant de l’école. En fin de semaine, les habitants du quartier viennent y respirer, autour de repas champêtres pris sur le pouce. On y jouera bientôt l’Apologie de Socrate, dans un théâtre de plein air improvisé. Il faut croire que cet espace de liberté, lieu d’histoire délaissé par les pouvoirs publics, n’a plus sa place dans une ville défigurée de longue date par les appétits des promoteurs immobiliers. Pour défier l’héritage antique, il fallait au moins un mastodonte de Wall Street.

« Seule la multinationale porteuse du projet fera des affaires »

Le rôle échoit au fonds d’investissement BlackRock, une société de gestion d’actifs tentaculaire, qui brasse 4 000 milliards de dollars et compte, parmi ses actionnaires, les Rothschild, Warren Buffett, Georges Soros ou encore Elizabeth II. Sa filiale grecque, Artume SA, travaille d’arrache-pied, depuis 2007, à la réalisation d’un projet de centre commercial aux abords de l’académie. Gigantesque, ce temple de la consommation, qui pourrait s’étendre sur 55 000 mètres carrés, a déjà été baptisé par des professionnels de la communication, avant la pose de la première pierre. Il se nommera « Les Jardins de l’Académie ». Platon, marque déposée. Dès 2007, Artume SA a acquis, méthodiquement, 20 000 mètres carrés de terrains entre l’avenue Kifissou et l’avenue Lenorman, dont une vaste friche industrielle protégée, initialement destinée à devenir une extension du parc. Sur la table, 300 millions d’euros et la promesse de créer 1 600 emplois. Assez pour convaincre, en 2011, le ministre socialiste de l’Environnement Yannis Maniatis, qui a fait amender le plan d’urbanisme pour y faire entrer au forceps ce projet démesuré. Il faut dire que les liens entre la société financière et l’État grec étaient, à l’époque, familiers. La même année, la Banque de Grèce avait mandaté BlackRock pour établir un diagnostic de l’exposition du secteur bancaire grec au risque financier. Les temps ont changé et dans ses notes de conjonctures, le géant américain qualifie la gauche anti-austérité désormais au pouvoir de « populiste ».

Aux abords de l’académie, sur les décombres d’une violente crise économique, des lieux de pensée et de solidarité ont fleuri. La Politique est de ceux-là, qui revendique jusque dans son enseigne les préceptes de Platon. Voisin, Le Village européen, meublé de bric et de broc, est tout à la fois cantine sociale, carrefour de controverses philosophiques et scène d’improvisation musicale. Les habitants du quartier viennent y déjeuner pour quelques euros, dans l’après-midi. Vassilis Koufopoulos, l’une des chevilles ouvrières de cette agora, s’insurge contre le projet de centre commercial, qu’il juge aberrant. « Des dizaines de milliers de pièces antiques ont été découvertes sur ce site. La plupart ne sont accessibles ni au public, ni aux chercheurs. Plutôt qu’un centre commercial, nous préférons voir se construire ici le futur musée de la ville d’Athènes. L’académie d’Athènes doit être soustraite à l’avidité des capitalistes, pour redevenir un lieu de diffusion de la connaissance. C’est la seule proposition viable, respectueuse des habitants, de l’environnement et du patrimoine », tranche-t-il.

Attablés au soleil, deux habitants du quartier, des amis d’enfance, engagent un rude débat sur l’opportunité de ce projet urbain exorbitant. « Ce quartier a été urbanisé pour une large part de

via www.humanite.fr


Vrai/faux et faux/vrai : enfin, la visibilité d'une dialectique de la conscience monde - à propos d'Olivier Berruyer, des Fake News, Google, Décodex et consorts

12 February, by jean christophe grellety[ —]

Dans le cadre de l'industrialisation de tous les processus techniques, les "médias" ont été ces puissances qui ont diffusé de la copie, à x millions d'unité, pendant des décennies. Ils étaient émetteurs de, et les destinataires n'avaient qu'à, lire, écouter, voir, et en penser ce qu'ils en voulaient, mais sans pouvoir renvoyer quoique ce soit à l'émetteur. Pour les rédactions, ces décennies furent "heureuses" : le bonheur de cette dictature que les membres de ces rédactions étaient si prompts à dénoncer dans certains régimes politiques, qui contrevenaient à leurs critères "libéraux". Et puis la possibilité, technique, d'une réponse sociale, populaire, s'est fait jour. Avec Internet et les sites, le principe du "commentaire" est devenu structurel. Des médias-personnes ont également fait leur apparition, comme ici (les blogs). Puis le commentaire est devenu lui-même structurel, avec les "réseaux sociaux" - et plus encore avec l'interaction avec ces médias à sens unique (des émetteurs qui n'écoutent pas les possibles réponses des destinataires), avec les commentaires réseautés. Du coup, dans cette deuxième phase, les chantres, nostalgiques, de la "dictature" parole/pensée via quelques réputés "grands médias" ont vilipendé et insulté cette "démocratisation", associée aux poubelles, comme dans une diatribe finkelkrautienne, malade de ses rages (mais heureusement pour lui, chouchouté par les derniers représentants de ces "médias à sens unique"). La Pravda était leur référence - pour s'en distinguer et s'y opposer. Et pendant que certains donnaient dans le leurre pavlovien pravdien, la "Pravda" des Etats capitalistes était la seule parole sociale et politique autorisée et pratiquée. Avec le recul, nous pouvons dire des médias français, des années 60 aux années 80, et autrement après, mais dans la même continuité, qu'ils ont imposé une parole d'Etat d'où les alternatives et les contestations furent aussi rares que dans cette fiction de l'Etat totalitaire communiste - parce que selon ces mêmes médias, "communiste. Quand des émissions, comme "les Dossiers de l'écan", "l'Heure de vérité", "Apostrophes", régnaient, quelles connaissances de la vie du monde ont été autorisées, entendues, par leurs intermédiaires, et combien de choses, au contraire, furent tues, cachées ? Mais voilà : l'habile diversité faisait croire à l'existence d'une "libre expression". Evidemment, dans ce cadre, "Droit de réponse" servira, dans les années 80, de caution, jusqu'à ce qu'un BTPIste la liquide. Aujourd'hui, il n'y a même plus de "Droit de réponse" dans nos médias télévisuels multipliés par 4, 5, plus encore, et tous les "Droit de réponse" sont sur Internet, refuge de la parole populaire et non étatique. La montée en puissance de ces moyens qui restent tous sous le contrôle d'entreprises privées liées aux Etats dont nous dépendons horripile l'élite. Spécialiste dans la création et l'usage d'une langue pour coder ses messages, elle fait évoluer sa novlangue régulièrement, et ces dernières années, s'est mise à se servir avec frénésie du "populisme". Les "populaires" sont "populistes" (traduisez : démagogues, menteurs, tricheurs, réducteurs, d'information et de tête, etc), quand les anti-populaires qu'ils sont, sont, évidemment, dans la pure et simple "vérité". L'élection présidentielle américaine a été, comme à l'habitude, encadrée par ces mêmes moyens médiatiques, et ces médias ont donc soutenu le dégagement du duo final, Clinton/Trump, le duo gagnant/gagnant pour eux, et après ils ont laissé faire le "jeu". Mais les soutiens des deux derniers candidats ont usé de leurs propres moyens pour s'exprimer et faire pression. A ce "jeu", il semblerait que les soutiens de D. Trump aient été plus actifs, performants, en diffusant de véritables informations sur les pratiques de Mme Clinton (par exemple, ses conférences pour ses amis de Wall Street), mélangées à des accusations grotesques, énormes, sur le vieux principe des effets de la calomnie. La grande Bourgeoisie qui soutenait la belliqueuse Mme Clinton s'est donc réveillée avec la gueule de bois, quand leur candidate passa de favorie des sondages à perdante de l'élection réelle. A la question : qu'est-ce qui a fait perdre Mme Clinton ? ils furent nombreux à épargner ses choix, sa campagne, pour mettre en cause la force du faux dans la conscience vivante nationale. Les "fake news" se virent ainsi doter d'un statut en soit, de force déterminante. Il faut s'en réjouir. Enfin, le "faux" fut, est, compris, comme élément déterminant de ce qui est diffusé, échangé. La prise de conscience est tardive, mais en outre, elle est artificiellement limitée à des types d'infos et aux médias/personne, aux médias réseautés, comme si les médias "nationaux", les entreprises qui les contrôlent et les animent, n'étaient pas, et de loin, les premiers "artifauxciers", depuis des décennies et dans des proportions autrement plus graves. Or, dans la "bonne conscience" qui caractérise cette classe dirigeante dans les rédactions des médias-de-masse, la conscience de leur rôle, de leurs décisions, de leurs propres "faux", est, évidemment, d'une très grande faiblesse, pendant que, brusquement, elle mesure la force de ce faux, et la met en cause - chez les autres. Et c'est ainsi que nous voyons un conglomérat d'entreprises des réseaux avec les médias-de-masse, se constituer, pour "lutter ensemble contre les fausses informations, la propagande, etc". Et c'est aussi ainsi que cette semaine, le blogueur Olivier Berruyer se trouve pris dans la tourmente, pour son blog "Les Crises", officiellement mis en cause par le Temps/Le Monde. C'est que cette "Pravda" de l'Etat français (cette comparaison est faite pour définir son rôle et son action, eu égard à cet Etat, mais, évidemment, il est déshonorant pour la Pravda soviétique, et nous en remercions ces connaisseurs de nous excuser de), a donc décidé qu'elle allait séparer le bon grain de l'ivraie médiatique. Dans cette émission d'Arrêt sur Images, François Ruffin évoque quelques Unes trompeuses, mensongères, et parfois même, par conséquent, dangereuses, de Le Temps/Le Monde, mais ses exemples sont très peu nombreux et ne sont sans doute pas les meilleurs. Il faut tout de même remercier le Temps/Le Monde d'avoir eu cette initiative : le visage permanent de sa rédaction s'y révèle, dans ce "Décodex". Ils prétendent être capables de labelliser, de hiérarchiser. Et c'est ce qu'ils font en permanence, dans toutes les dimensions : la parole aux gens importants, et, évidemment, aux autres, non, taisez-vous, écoutez. En grands démocrates, ils se disent heureux que certains leur écrivent pour les critiquer - mais comme en bonne dictature, les critiques glissent sur eux... Le principe même d'une telle action ne les interroge pas, ils le valorisent avec constance. Mais comment vont-ils faire avec Le Temps/Le Monde lui-même ? Vont-ils le passer à l'orange quand, comme pour la Syrie, la rédaction se fera le relais des mensonges du Departement d'Etat USAFrance ? voire au rouge en situation de crise ? Pour se crédibiliser, ce dont ils ont bien besoin, ils se sont engagés dans un engrenage à haut risque, où ils risquent beaucoup. Leur prétention à être les seuls bons "responsables", parce que, "professionnels" de l'information, est morte, mais ils la maintiennent tout de même, jusque dans cet excès. Le processus en cours ne peut être stoppé - ce sont même eux les chantres de ces "évolutions nécessaires" qu'il faut savoir "accepter". Mais de celle-ci, ils ne voudraient pas, mais comme ils n'ont aucun moyen de la stopper, ils sont paniqués, et quand on est paniqué, on le sait, l'humain fait n'importe quoi, et le plus souvent, ce qui est contraire à son intérêt. Désormais, "le Temps/Le Monde", est un sujet, en soi, pour le débat public national. Il faut donc commencer par parler de son Histoire, de son baptême post-Libération, de ses liens avec les USA, l'OTAN.

Facebook d'Olivier Berruyer
Linkedin d'Olivier Berruyer
Twitter d'Olivier Berruyer


L'Autre Stalingrad 1942-1943, vue par les Russes contemporains

7 February, by jean christophe grellety[ —]

Sur ce sujet, vous pouvez écouter cette 3ème et dernière partie d'une émission diffusée par une chaîne spécialisée : avec comme "témoins" principaux, d'anciens soldats... allemands, présentés comme des soldats et des "combattants" et non comme des terroristes criminels...


Snowden/NSA, Obama/Trump, le cerveau malade de l'Humain dominant

8 January, by jean christophe grellety[ —]

La mondialisation des moyens électroniques/informatiques a créé et le réseau mondialisé, "Internet", dépassé par l'inter-connection mondialisé, par une addition de réseaux, et, nécessairement, la détermination des causalités dans les flux, la vie, de ces réseaux (identification, localisation, ...). La domination de l'industrie, réseaux matériels et logiciels, sise aux USA, ET de l'Etat fédéral américain, un Etat militaire qui dépense des sommes gigantesques, pour être le mieux outillé et le plus "performant", a créé les conditions d'un cerveau mondial, dont le centre est donc nord-américain. La "surveillance" des réseaux est comparable à la conscience des sentiments et des pensées - de soi, mais aussi des autres, telle que nous en faisons l'expérience par nos capacités. Ce qui existe là, ce qui est advenu là, est le symbole même de la "Logique", qui est en réalité, sous son aspect faussement universel, une logique, celle de la domination. Reste le sens, et de cette "Logique", et de cette "conscience". Que l'Etat fédéral américain soit l'Etat qui surveille le plus au monde, et qui, à partir de là, agisse le plus, est une chose, un fait - et il est comique d'entendre certains de ses représentants se plaindre qu'un autre Etat est, selon leurs propres informations non démontrées, peut-être, fait de même ! Dans la "Dictature" technologique dont ils sont les chantres, les usagers, ces activistes de l'Etat fédéral américain entendaient et entendent rester les leaders et les bénéficiaires exclusifs - quelle scandale que la compétition dans le domaine ! Il faut se réjouir que ce qui se passe dans ce champ conduise les dirigeants de cet Etat à violer tous les droits fondamentaux desquels ils ont longtemps prétendu être les champions - de la "démocratie" face aux non-démocraties, alors que, par ces violations massives et systématiques, par le Patriot Act et autres merveilles, telles que le camp de torture de Guantanamo, l'Etat de droit made in USA est un spectre et un mensonge. La question est : ce cerveau, avec ces "données"-pensées, qu'en fait-il ? Qu'il s'agisse de ce que nous montre/démontre et la vie de Snowden, et le film de Stone, et tout ce que nous savons sur les pratiques de cet Etat, il faut constater qu'il est pris dans une logique égoïste/égotiste - moi contre le reste du monde. Il n'y a donc rien d'étonnant que ce cerveau manichéen ait enfanté de son double, "Daesh" - au bout de trente ans de pratiques terroristes, par la destruction des organisations sociales, des Etats, du Proche Orient jusqu'à l'Afghanistan. C'est ce "monstre", "moi contre le reste du monde", qui désormais menace... le monde entier - logiquement, et le problème donc est que les citoyens sont cernés par de prétendus opposés qui sont en fait identiques.C'est là l'équivalent planétaire de la "tenaille", Fillon/Macron/Le Pen, qui voudrait broyer le peuple français entre l'euro-mondialisme atlantique et la xénophobie lepéniste. Obama aura été dans ce contexte le président qui aura continué la politique de ses prédécesseurs, en donnant l'apparence d'une inflexion, que le terme de son mandat révèle être une supercherie. Et, étant donné les personnes qui l'entourent, qu'il a nommées, on peut penser et craindre que le nouveau Président des Etats-Unis va, comme l'aurait fait Mme Clinton, prolonger cette "politique", cette activité violente et dangereuse pour la paix mondiale. Si, nouvelle Antigone, Snowden incarne une "conscience" dans cette conscience, il faut bien constater qu'il n'est pas rejoint et soutenu par des foules - au sein même de l'Etat fédéral américain. Le fonctionnaire et le "manager" Eichemanniens sont là. Face à ce cerveau malade d'un monde malade, et donc dangereux, les réponses/parades ne sont pas encore élaborées et au rendez-vous.Un nouveau cerveau mondial (une Internationale communiste ?), se complétant d'un nouveau cerveau national/populaire (un vrai parti communiste français) ne serait-il pas la réponse appropriée pour, enfin, permettre de réfléchir les contradictions en évitant la paranoïa du manichéisme et la schizophrénie des croisades et contre-croisades ? Le temps presse... C'est la connaissance précise et partagée de ce qu'est ce cerveau malade qui nous manque - et qu'il faut élaborer.

 


"En 2016, la pauvreté aura tué des dizaines de millions de personnes" : le constat terrifiant de Jean Ziegler - Le Vent Se Lève

7 January, by jean christophe grellety[ —]

Pauvreté mondiale galopante, inégalités vertigineuses entre pays riches et pays pauvres, toute-puissance des marchés financiers et des multinationales, militarisation des grandes puissances… c’est un sombre tableau que brosse Jean Ziegler dans son nouveau livre, Chemins d’Espérance. Le titre semble ironique tant le constat est pessimiste. Selon l’auteur, membre du Conseil des Droits de l’Homme à l’ONU, quelques décennies de mondialisation capitaliste ont suffi pour enterrer les promesses d’un monde égalitaire et pacifique qui ont accompagné la création des Nations Unies.

Tout n’avait pourtant pas mal commencé. L’avènement de l’Organisation des Nations Unies (ONU), à l’issu de l’effroyable Seconde Guerre Mondiale, avait suscité d’immenses espérances. Contre la misère et l’exploitation qui frappaient des milliards de personnes, l’ONU affirmait que les plus pauvres avaient droit à l’existence et à la dignité. Contre l’ordre colonial du monde qui prévalait alors, les Nations Unies ont inscrit dans le droit international l’égale souveraineté des nations les unes par rapport aux autres. L’utopie était belle. Elle n’a pas fait long feu. Selon Jean Ziegler, la faillite des Nations Unies s’explique essentiellement par deux phénomènes : le triomphe du capitalisme mondialisé et l’apparition d’un nouvel impérialisme qui en est le corollaire. 

Nations Unies contre capitalisme mondialisé

Ce rêve d’un ordre régi par les Droits de l’Homme a été tué dans l’œuf au sein d’un monde dominé par les grandes puissances économiques. Ziegler cite plusieurs statistiques terrifiantes : les 1% de personnes les plus riches de la planète possèdent 50% de la richesse mondiale. Les 500 plus grandes entreprises multinationales contrôlent 58% du commerce mondial brut ; c’est-à-dire 58% des richesses produites. Jean Ziegler constate qu’aujourd’hui, les grandes puissances économiques sont devenues des acteurs plus importants que les nations sur la scène internationale. à l’heure où les grandes entreprises ont autant voire davantage de pouvoir que les nations, que reste-t-il du vieux rêve de mettre en place un ordre régi par les Nations Unies ?

les-vrais-maitres-du-monde

Les conséquences sociales de cet ordre mondial dominé par ces grandes puissances économiques glacent le sang : selon un rapport de la FAO, ce sont 58 millions de personnes qui sont mortes en 2015 à cause de la faim, de la soif ou de maladies que l’on pourrait facilement soigner… Et ce, alors que les ressources mondiales et la technologie contemporaine permettraient que plus une seule personne sur terre ne meure de faim, de soif ou de maladies guérissables. « Un enfant qui meurt de faim meurt assassiné », conclut Jean Ziegler.

Comment ce capitalisme impitoyable s’est-il imposé ? Comment le rêve des fondateurs de l’ONU, celui d’un monde basé sur le droit et l’égalité des nations, a-t-il pu être brisé avec autant de violence?

L’impérialisme, bras armé du capitalisme mondialisé

via lvsl.fr


0 | 10










mirPod.com is the best way to tune in to the Web.

Search, discover, enjoy, news, english podcast, radios, webtv, videos. You can find content from the World & USA & UK. Make your own content and share it with your friends.


HOME add podcastADD PODCAST FORUM By Jordi Mir & mirPod since April 2005....
ABOUT US SUPPORT MIRPOD TERMS OF USE BLOG OnlyFamousPeople MIRTWITTER