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Lou Andréas Salomé et Nietzsche : une Météore, la destruction/création d'un désastre et les Monstres en silence qui grandissent

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14 May, by jean christophe grellety[ —]

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A la fin de ce mois de mai, un film dédié à la personnalité de Lou-Andréas Salomé sort en salle. 3 périodes de la vie de LAS sont évoquées : son adolescence, la plus grande partie de sa vie d'adulte, et la fin de sa vie. LAS, polyglotte, a fait le choix d'une vie indépendante. Elle a été une "nomade", avant de revenir terminer sa vie dans son pays de famille, nationalité, langue, l'Allemagne, et d'y devenir, dans les années 30, une recluse, quasi, "emprisonnée", à la fois par son âge et par le régime nazi. Durant ses pérégrinations dans cette Europe fuie par des millions, immigrants vers les Etats-Unis, Rimbaud vers Aden et Harar, LAS a fait des rencontres, à l'occasion desquelles elle a noué des dialogues de vie. Que ce soit pour Nietzsche ou pour Rilke, elle fut cette partenaire de discussions, de débats, d'accords et de désaccords, dans lesquels les individus s'investissent totalement, leurs croyances affectives intimes. Ce film évoque ces relations amicales/amoureuses. C'est elle qui sut garder - la tête sur les épaules, la détermination, la maîtrise, pendant que l'un et l'autre sombraient, au contraire. Nietzsche qui, dans le livre "Ainsi parlait Zarathoustra", fruit de leur rencontre avortée, fait l'apologie du "philosophe qui danse" était bien trop rigide pour pouvoir digérer cette rencontre autrement que dans une "action littéraire" remarquable, puisque ce livre est le premier à mettre en avant, comprendre et mettre en cause le Manichéisme, duquel il nous recommande d'aller au-delà - "Par delà le Bien et le Mal". De ce qui a enfermé et piégé les Européens, dans la concentration d'un "camp" de la vie et contre la vie, ce Manichéisme/Gnosticisme, importé de ces Proche et Moyen Orient, l'intuition fulgurante de Nietzsche est qu'il s'agit de la Structuration d'un être-au-monde falsifié, malade, dont nous pouvons et devons sortir. Il est terrassé à la fois par la "Révélation", et par sa solitude, dans ce monde qui n'entend pas, contrairement à lui, la naissance des Monstres - Hitler et Dracula apparaissent en même temps... NIetzsche, LAS et Paul Rée se promènent, péripatéticiens modernes, dans les Alpes italiennes. Là où tout n'est qu'ordre et beauté - Luxe, calme, la volupté réside dans cette compréhension réciproque des je et des enjeux. Comme s'il anticipait cette rencontre, il écrivait un an auparavant "Le Gai Savoir". Nietzsche la demande en mariage, mais elle refuse. Et elle s'en va. Après cette rencontre, il s'enferme dans le choix d'un célibat solitaire. Jusqu'à sa folie, il ne rencontre plus de personnes capables de l'entendre et de le comprendre. Sa sensibilité physique augmente en raison de ses problèmes de santé, de vue, de son énergie cérébrale vampirisée par "les Idées". La folie se construit, jusqu'à l'effondrement de Turin, à l'occasion de la vision d'un cheval martyrisé. LAS est ailleurs depuis des années. Elle a rencontre le jeune poète RM Rilke. Plus tard, elle rencontre Freud. Elle est à l'écoute, elle raisonne posément, sérieusement. Pendant 40 ans, elle écrit des ouvrages sur des sujets majeurs. Elle parle de Nietzsche à l'oeuvre, écrit sur "Eros", sur l'être-femme (plusieurs ouvrages), sur la Russie retrouvée, avec Rilke. Mais ses origines aristocratiques, ses fréquentations, ses relations sociales, l'empêchent de prendre la mesure des souffrances et des violences, socio-économico-politiques - comme le prouve son hermétisme à l'égard des événements russes de 1917 et consécutifs à. C'est qu'une personne remarquable peut avoir beaucoup fait et donné, et ne pas être ou plus être à la hauteur d'une ex-intelligence - les identités changent, et, comme Nietzsche fou n'est plus que l'ombre de l'auteur de certaines de ses oeuvres, LAS est aussi devenue une "ombre" dans cette Europe des années 30 où elle disparaît même de la perception et de la représentation de la collectivité intellectuelle. Ce film nous parle de ce mouvement, avant, de cette énergie créatrice qui, en refusant le mariage avec F. Nietzsche, a, peut-être, fait un choix dramatique, pour lui, et pour nous tous, puisque nous ne saurons jamais ce que ce dialogue de l'un avec l'autre aurait pu "enfanter"...

Un film de Cordula Kablitz-Post, avec Liv Lisa Fries, Katharina Lorenz, Nicole Heesters, Alexander Scheer, Philip Haub, Julius Feldmeir, ...(sortie le 31 Mai)

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Editions Folio - Biographie LOU ANDREAS-SALOME

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"Les élites françaises entre 1940 et 1944", à propos de la seconde partie : Du passage du tutorat allemand au tutorat des USA, avec les mêmes (critères, enthousiasme, pratiques)

8 May, by jean christophe grellety[ —]

Dans cette troisième note consacrée à la deuxième partie de cet ouvrage «Les élites françaises entre 1940 et 1944», Annie Lacroix-Riz porte également à notre connaissance des documents originaux, authentiques, croisés, par lesquels est prouvé que, après avoir misé sur l’Ogre nazi, pour, à la fois, nourrir une cupidité sans bornes et pour pouvoir frapper toute la résistance sociale, à commencer par la communiste, celles et ceux qui ne mettent jamais leurs œufs dans un seul et même panier se sont tournés vers le futur maître de la France, l’État fédéral des USA, lequel l’est toujours – toujours plus ? Entre la bureaucratie, les élites, de l’État colonial européen, les USA, et celle de notre pays, il s’est donc trouvé des fanatiques du fascisme qui ont su, à temps, retourner leur veste, et d’autres qui soutenaient tous les régimes sous tutelle allemande et/ou américaine, pourvu qu’ils soient engagés sur le Front de l’Est, qui étaient donc souples à adopter, selon les circonstances, une attitude «adaptée», «rassurante», tant pour le tuteur d’outre-atlantique que pour eux-mêmes.

Dans cette dernière partie du livre, ALR donne à connaître des échanges, négociations, décisions, prises par ces deux parties : les Pétainistes et l’État fédéral américain. Tel le sujet dans l’Allégorie de la Caverne, ALR vous force, spectateur par essence passif du «grand spectacle» politique et économique, à découvrir, à la lumière des faits, les véritables acteurs des projections publiques, les hommes derrière les ombres – les Hommes de l’Ombre dans la Lumière. Comme un Bottin mondain de l’époque, mais établi par une marxiste, qui ne travaille pas pour Forbes et autres Who’s who, elle réveille des fantômes dont certains n’ont jamais été envisagés dans la conscience nationale, parce qu’ils furent des hauts fonctionnaires «sans histoire», d’autant plus quand, à la Libération, personne ne leur a fait la moindre «histoire» de leurs engagements et de leurs actes. Par exemple, comment savoir qu’un ambassadeur nommé à Washington, le sieur Gaston Henry-Haye, était un «pro-hitlérien notoire», «intime de Laval, Abetz» ? ! Alors que la bataille d’Angleterre était en train d’être perdue par la Lutwaffe, «Laval se plaignit à Abetz d’une », disait-il «anglophilie croissante, même de la part des membres de son gouvernement extérieurement les plus antianglais». En fonction du vent, ces acteurs actifs orientaient leur comportement général. De son côté, pour Washington, Pétain, pour commencer, ne posait aucun problème. «(…) l’amiral Leahy, nommé ambassadeur en décembre 1940 et installé à Vichy en janvier 1941, aussi antibolchévique et germanophile que son prédécesseur, William Bullit, reçut de Roosevelt mandat d’établir », selon les termes présidentiels, «des relations aussi étroites que possibles». Dans ce monde de diplomatie, on garde le maximum de cartes et d’options. On le sait, pour Washington, toute une clique de généraux français faisaient l’affaire, et de Gaulle moins que les autres, en raison de son caractère imprévisible, indépendant, mauvais, le moins intéressé et porté aux affaires. Au fur et à mesure de l’évolution des circonstances, ils ont donc adapté leurs choix et leurs actions. Dès la fin de l’année 41 (et donc plus d’un an avant Stalingrad), ces très-bien-informés disposèrent de nombreuses informations sur la situation réelle du «front de l’Est». Dès ce moment, les prudents prirent en compte cette probabilité élevée – alors qu’un Mitterrand, arrivé à Vichy à l’été 42, se fait remettre la Francisque en avril 43, et reste à Vichy jusqu’à la fin de cette année 43, et, comme d’autres, il sert deux «maîtres», en attendant que les événements décident de l’avantage donné à l’un des deux. L’analyse et la recommandation d’un Doyen (le général) furent entendues et partagées : «Nous ne devons surtout pas perdre de vue que l’Amérique reste le grand arbitre d’aujourd’hui et de demain, et qu’il est pour nous d’un intérêt vital de ne pas nous aliéner ses sympathies». C’est certain : ils ne perdirent pas de vue…, et se virent ! Pour les milieux d’affaire, les intérêts étaient protégés, parce que placés, ici et là. La Banque Worms, pourtant au fondement de la Synarchie, à l’œuvre dans la collaboration, s’adaptait à l’évolution des rapports de force entre le Nord et le Sud de la Méditerranée et entendait se soumettre à son maître américain en Afrique du Nord, dès lors qu’il y aurait mis les pieds et pris le contrôle. «Le 5 décembre 1941, Lemaigre-Dubreuil», porte-parole de la Banque Worms, mari d’une «Lesieur», la famille des Huiles, «fournisseur de l’Armée Rommel » et qui «circulait librement dans la France et dans l’Empire», rencontrait, «à Alger», «Murphy», le représentant du gouvernement américain, pour revendiquer auprès de lui son (...)

Le texte complet de la note est en PDF

Téléchargement ANNIE LACROIX RIZ LES ELITES FRANCAISES ENTRE 1940 ET 1944 3EME PARTIE


James Baldwin - entretien avec Pierre Dumayet

26 April, by jean christophe grellety[ —]


Sans Socrate, ni Platon, ni Périclès, ni Solon, ni… mais avec Tsipras, la Grèce, champ d’expérimentation de la néo-servitude in-volontaire – un entretien avec Panagiotis Grigoriou sur le torpillage organisé d’une économie

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11 April, by jean christophe grellety[ —]

A la mémoire de Kostas et de tous les assassinés de la faillite organisée de l’État grec

Tous mes remerciements à Panagiotis pour avoir accepté de répondre aux questions ci-dessous. A tous nos amis, amies, grecs, à tous les citoyens de Grèce qui subissent un désastre organisé, j'adresse ici l'expression de mon, notre (parce que nous sommes nombreux), amitié - mais aussi l'expression d'une honte, d'avoir vu et tous les pays de l'UE soutenir les mesures exigées par l'Eurogroup, et de n'avoir pas vu l'organisation d'une résistance concrète, européenne, active, contre cette politique UE-Syriza. Nous n'avons pas à choisir entre les détresses, mais, concernant celle des "migrants" (de Syrie, etc), des personnes et des organisations se sont, justement, mobilisées, en Europe et en France, mais pour les Grecs qui, dans leur propre pays, ont subi la préparation et la mise en oeuvre d'un "democide", cette "solidarité" n'a pas, encore, été, au rendez-vous et à la hauteur, alors que les besoins sont énormes. Evidemment, tous les peuples subissent à des degrés divers, la même politique, mais selon les degrés, les moyens existent ou n'existent plus. Partis, associations destinées à, organisations sociales et politiques devraient enfin se rencontrer pour organiser l'aide internationale permanente, y compris pour les citoyens de l'Europe qui subissent des conditions misérables de vie, par insuffisance de revenu, par absence de logement, etc. Pour soutenir Panagiotis Grigoriou, vous pouvez :

lui faire parvenir un don, ici - le solliciter pour un voyage, ici - acheter son livre, ici

L'entretien peut également être lu en PDF

Téléchargement Interview Panagiotis Grigoriou 2017_04

 

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AL : Si, en dehors de la Grèce, des citoyens, des travailleurs, des organisations, des médias, font connaître les mesures imposées par, le gouvernement Tsipras, et/ou les institutions comme le FMI, l'Eurogroup, etc, pouvez-vous rappeler quelles sont les principales subies par la majorité de la population ces 10 dernières années, et notamment depuis l'arrivée de Syriza ?

PG : Rappelons d’abord que la crise grecque dure déjà près de 8 ans et qu’en mai 2010, le Fonds Monétaire International, l’Union Européenne et la Banque Centrale Européenne ont fait irruption dans la vie économique et quotidienne en Grèce, faisant de ce pays le premier “protectorat officiel de la dette” en zone euro. La Troïka était ainsi formée, et mit le pays sous sa tutelle. Alexis Tsípras du parti SYRIZA (Gauche... radicale) est, depuis 2015 le quatrième Premier ministre du... nouveau régime, faisant ainsi tristement suite, à Yórgos Papandréou, à Loukás Papadémos (banquier non élu, directement “nommé” par la gouvernance européiste en 2011), et à Antónis Samarás. Le mémorandum III, dit aussi “Mémorandum Tsípras” a été signé en août 2015, “légiférant” en toute violation de la Constitution, et contre la volonté populaire exprimée par le 62% du ‘NON’ au referendum du 5 juillet 2015. La Grèce vit et meurt diminuée (malgré les belles apparences des saisons touristiques). Déjà, et depuis 2010, 40% du petit et moyen commerce sont morts. Le PIB grec a chuté de plus de 25%, le chômage officiel atteint 30% de la population active, le système de santé (Sécurité Sociale) est sur le point de disparaître, 25% de la population en est d’ailleurs exclue. Sur dix millions d’habitants, 4,7 millions ont de dettes (impayées) envers l’État (fisc), et plus de 850.000 citoyens ont été frappés de saisies sur leurs biens... de la part de l’État. Enfin, les décès imputés à cette guerre économique et psychologique contre le pays, dépassent les 20.000 cas, dont plus de 8.000 suicides (données du Centre Solidaire de Santé d’Ellinikón près d’Athènes, 2014). Les principales mesures, concernent la diminution des salaires, de 30% à 70% dans le secteur privé, de 30% à 40% dans le secteur public, et de 30% à 40% en moyenne pour ce qui est des retraites avec une hausse de l’imposition (TVA à 24%, TIPP, taxes immobilières entre autres). Depuis l’arrivée de SYRIZA et surtout de puis la signature de “son” Mémorandum IV, toutes ces mesures ont été renforcées, en plus de l’affaiblissement, voire de la disparition des conventions collectives. Les travailleurs des autres pays doivent comprendre que les premières victimes de la dite “crise grecque” sont les travailleurs, et d’abord ceux du secteur privé ainsi que les travailleurs indépendants (mort du petit et moyen commerce).

AL : Comment les Grecs pensent ces mesures et cette situation: fatalité ? abandon par les autres peuples de l'Europe ? une part de responsabilité leur incombant ? 

PG : La société grecque est entrée dans une nouvelle historicité dont elle n’imagine pas les contours. Les existences, les comportements individuels et collectifs, tout le corps social et ses pratiques en sont profondément modifiés. La première mutation est liée à la rupture, ressentie comme brutale. Durant la première période 2010-2013, et en 3ans seulement, la dette souveraine s'est imposée dans la maîtrise du temps politique et symbolique, et pour ainsi dire, par la dépossession généralisée de toute vision du futur. Il a été certes d’abord question de culpabilité collective, idée très influente de la part des médias dominants, d’où une première entrave majeure, imposée à la rébellion politique ou syndicale pour contrer leur résistance au processus en cours. En effet, étant données la brutalité et l’ampleur des politiques austéritaires, les partis politiques, les mouvements sociaux ou les syndicats qui se sont d’emblée opposés à la chape du mémorandum, n’ont pas été en mesure d’adapter leurs actions ; ils ont donc d’abord agi conformément aux pratiques héritées du passé, grèves, manifestations, ou protestations diverses. Il y eut cependant un grand moment collectif: l’occupation des places et des rues par les Indignés en 2011. Rappelons les faits: la rumeur décisive avait couru en mai 2011 et elle fut très vite largement répandue sur internet, à travers les réseaux sociaux, et ensuite de bouche à oreille. En même temps, le manque, je dirais, programmé de solidarité européenne de la part des gouvernements soumis au diktat de l’euro, ont fait que les Grecs ont été, et le son toujours très critiques vis-à-vis de l’Union européenne. Pour la première fois depuis bien de décennies, les positions favorables à la sortie du pays de l’UE sont en phase à devenir majoritaires. Enfin, l’arrivée au pouvoir de SYRIZA en 2015 (il gouverne de concert avec ceux du petit parti de droite, ANEL), avait suscité tant d’espoir, ce qui n’a pas été confirmé du tout. Pis encore, SYRIZA a trahi toutes ses promesses électorales et autant le NON à 62% du référendum de juillet 2015, lorsque le peuple grec s’est exprimé en faveur de la fin des politiques austéritaires. La réélection de SYRIZA en septembre 2015, n’a été possible que grâce à une abstention record en Grèce, plus de 40%, et depuis tous les partis politiques ont été largement déconsidérés. Les Grecs pensent désormais autant à la fatalité de leur sort et autant à un effondrement possible.

AL : Est-ce que la sortie de l'UE et de l'Euro est vraiment discutée par une majorité ?

PG : Oui, par une majorité de Grecs, et non pas par celle des partis. Mais même le PC grec (KKE) traditionnellement eurosceptique, lors de son 20ème Congrès qui s’est tenu en avril 2017 à Athènes, s’est prononcé en faveur du maintien de la Grèce dans l’UE et dans la zone euro, par manque de préparation du pays devant une telle décision et éventualité. (1)

AL : Un éditocrate français installé à Bruxelles a colporté qu'en voyageant en Grèce, avant "la crise", il avait vu partout des voitures de luxe, et il disait ceci pour accréditer la thèse que les Grecs grugeaient l'État grec, en ne payant pas ou peu leurs impôts, etc. Pour ramener les choses à la réalité et à la raison, quel était le niveau de vie moyen en Grèce avant la crise, comparé à celui des Français actuels?

PG : Ce type d’arguments a été largement utilisé par les éditocrates Bruxellophiles. ll faut d’abord souligné que les Grecs n’ont jamais eu les mêmes rapports envers leur État que les Français par exemple, et que le contrat social (tout comme la politique sociale) en Grèce a depuis toujours été moins important en Grèce. Cela-dit, les économistes ont calculé que, hors règlement de la dette, les recettes de l’État grec suffiraient à faire face aux besoins. Sauf que ce calcul ne tient pas compte du poids des retraites, le système est sur le point de s’effondrer (30% de chômage, 55% seulement des cotisations dues réellement versées...). En réalité le niveau de vie a réellement chuté en moyenne de 50% et dans ce calcul, on tient compte non seulement des baisses directes des revenus et de la hausse de l’imposition, mais aussi de l’effondrement de l’État social restant, 30% de la population se trouve sans couverture sociale (“éjectée” du système de la Sécurité Sociales”), et 40% des immeubles ne sont plus chauffés à Athènes en hiver par manque de moyens.

AL : Quelle est la situation des inégalités en Grèce ? Est-ce que les plus riches ont vu leur fortune augmenter ces dernières années ? A combien de personnes est-il estimé qu'il y ait des personnes sans domicile ? Suicidées ? En dépression ?

PG : Nous savons que la classe très aisée (5% de la population) a vu sa fortune augmenter et que le nombre de personnes sans domicile a été multiplié par dix depuis 2010, plus de 20.000 d’après des estimations, rien qu’Athènes. Pour ce qui est des inégalités, notons que la paupérisation rapide de la population a fait voler en éclat, d’abord les pratiques sociales et économiques puis ses capitalisations symboliques. L'économie réelle s'est considérablement réfractée, les données statistiques officielles (ELSTAT) font par exemple état d'une diminution cumulée du PIB de 20 % depuis 2010, prévoyant par ailleurs une chute de 7 % en 2013. C'est bien plus que la chute de 20 % du PIB de l'Argentine, au plus bas de sa descente aux enfers au début des années 2000. Au même moment, le chômage officiel touche 30 % de la population active (alors qu’il ne représentait que 8 % en 2009) et un tiers de la population grecque doit composer avec la pauvreté ou même directement avec le spectre de la famine. Plus d’un tiers des petites et moyennes entreprises ont déjà fait faillite. On estime en octobre 2012 à plus de 200 000 le nombre de repas distribués par les associations d'aide d'urgence de toutes sortes sur l'ensemble du pays sur une base journalière. L’état dépressif concerne désormais près de la moitié de la population (à de degrés divers) et quant au suicide, c’est une réalité que hélas nous ne connaissions quasiment pas avant la “crise”. Aris Violatzis, psychologue au sein d’une association d’aide téléphonique pour la prévention des suicides constatait déjà en 2014: “La Grèce avait jusqu'à récemment un taux de suicide très bas par rapport aux autres pays européens. Actuellement, c'est le pays au monde qui connaît la plus forte augmentation du nombre de suicides. (...) Le suicide est un phénomène complexe qui ne peut pas se résumer seulement à la crise économique. Mais, l'environnement dans lequel nous vivons a une influence sur notre état psychique. 75% des personnes qui nous appellent ont des problèmes économiques et sont désespérés: ils ont des dettes, sont au chômage, ou ont perdu leur logement” (Entretien avec Aris Violatzis, psychologue au sein de l'association Malika, responsable de la ligne téléphonique de prévention des suicides, répondant aux questions de l’hebdomadaire L'Express (propos recueillis par Marina Rafenberg, 06 avril 2012, “En Grèce, la plus forte augmentation du nombre des suicides” -http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/en-grece-la-plus-forte-augmentation-du-nombre-de-suicides_1101906.html). On admet généralement en Grèce, qu’environ 3 000 suicides depuis 2010, seraient directement imputables à la crise. Début avril 2012, le suicide de Dimitri Christoulias, pharmacien retraité de 77 ans, sur la place Syntagma, devant le Parlement grec, a suscité une vague d'indignation dans tout le pays. Cet ancien pharmacien avait laissé une lettre expliquant qu'il ne voulait pas en être réduit à faire les poubelles pour se nourrir, qu'il avait encore sa dignité à défendre. Depuis les années 2012-2013 et réactualisant leurs données, les médecins par exemple du centre social et solidaire d’Ellinikón au Sud d’Athènes, évoquent un chiffre de plus de 10.000 cas de suicide. Pour vous donner une idée, voilà cette histoire bien triste de mon propre vécu en matière de suicide. Kóstas mon cousin, était né en 1955 dans la campagne profonde de la Thessalie en Grèce centrale. Commis à l’âge de 17 ans, il devint ensuite commerçant et ceci jusqu’au matin du 13 janvier 2014. Autodidacte réussi dans les affaires, ses deux commerces (draps, tissu, sous-vêtements) ont été l’exact fruit de son travail. Sa famille, l’admirait. D’ailleurs, il l’avait souvent aidé, prêtant de l’argent qu’en réalité il donnait. Depuis la crise, son activité avait chuté de 80%. Il en était très préoccupé, rien qu’à l’idée d’évoquer la future et prévisible faillite. Progressivement, seule son épargne, relativement importante, lui permettait à faire face aux dépenses courantes, professionnelles ou familiales. Pour Kóstas, le fait de puiser sur son épargne et surtout de ne plus pouvoir s’en sortir par le biais de sa capacité avérée dans les affaires, était synonyme d’humiliation. Lundi 13 janvier 2014 vers 8h du matin, mon cousin Kóstas s’est suicidé se jetant du 4e étage de l’immeuble où il habitait. Il est mort sur le coup “car il est tombé sur la partie bétonnée du jardin et non pas sur les arbres ou sur la pelouse”, d’après le rapport de la police et du médecin légiste. Notre famille, les plus courageux d’entre nous en tout cas... avons nettoyé la partie bétonnée du jardin. Le jardinier qui vient chaque lundi avait participé, c’était d’ailleurs lui qui a découvert le corps en premier. Des heures durant après l’irréparable, et pendant que la dépouille de Kóstas était transférée à la morgue, nous, sa famille, évoquions sa vie comme sa mort pendant que son téléphone mobile sonnait sans cesse. Ioulía, sa sœur, trouvait encore le courage de répondre pour annoncer… Kóstas a donc laissé alors derrière lui, deux grands enfants et déjà jeunes adultes, aucune dette, et en plus un héritage: une somme relativement importante déposée à la banque, l’appartement, un terrain constructible en banlieue d’Athènes, la belle voiture forcement allemande mais vieille de dix ans, la camionnette, et le stock dormant dans sa boutique. Aux obsèques, notre cousine Evangelía que je n’avais pas rencontré depuis un an, m’a informé du... voyage de son fils Yannis, 24 ans ayant émigré à Dubaï. Je l’ignorais. Mon oncle Dimitri (frère aîné de ma mère) né en 1924, le père de Kóstas, estimait que nous vivons une époque... devenue alors inexplicable par la logique: “En 1944, je combattais les Allemands et les collabos, l'arme à la main. Certaines familles dans notre village avaient été décimées, pourtant, parmi les survivants que nous étions, personne n'avait pensé se suicider. En plus, il y avait la faim. Pourquoi donc Kóstas l’a-t-il fait, et alors pourquoi en ce moment ?” La douleur fut énorme, Ioulía, notre cousine criait à plein poumons, “Dieu n'existe pas, parce que la justice n'existe pas”. Et comme dans un rituel, elle a jeté la malédiction sur ces gens ridicules qui nous gouvernent: “Qu’ils finissent dans le silence et qu’ils pourrissent

AL : Comment les Grecs pensent-ils leur situation, au regard de leur grande Histoire antique ? De la pensée philosophique ?

PG : La crise, son « situationnisme », son survivalisme ont fait reculé, je dirais, l’esprit reposé et reposant... lié à une certaine contemplation et ainsi critique de la modernité. Cependant, dans une partie minoritaire (mais remarquable) de la population, les débats renaissent et certains Grecs reprennent goût pour la redécouverte des philosophes antiques.

AL : Pour vous soutenir personnellement, il est possible de faire appel à une agence de voyage, "Greece Terra Incognita". Que propose t-elle comme "voyages en..." ? 

PG : Depuis 2011, je tiens le blog dédié à la Grèce actuelle (Greek crisis) et ai également publié, en 2013, chez Fayard, un ouvrage intitulé La Grèce fantôme. Petit à petit, un nombre de plus en plus important de lecteurs qui suivaient mes écrits d’historien et d’ethnologue s’est mis à me demander s’il n’y avait pas moyen de mettre ma connaissance du terrain et de la réalité grecque au service d’une offre de découverte du pays qui sorte de l’ordinaire. Une offre qui englobe la réalité tout entière, depuis la plus évidente : la beauté des paysages et la douceur de vivre locale jusqu’à ce que chacun d’eux dissimule en termes d’Histoire – notamment contemporaine – qui permette de mieux les appréhender et les comprendre. Après en avoir discuté à plusieurs reprises avec ces personnes, je me suis dit qu’une telle activité pourrait en effet avoir un rôle bénéfique pour tous et j’ai créé Greece Terra Incognita www.greece-terra-incognita.com. Je propose trois sortes de voyages dont le dénominateur commun est que je les accompagne tous, en personne, pour que les gens aient à la fois l’image ET le son, l’explication. Il y a d’abord, tout simplement, les visites guidées d’Athènes, l’Athènes d’aujourd’hui. Il y a ensuite des auto-tours en Thessalie (région traditionnelle et historique de Grèce située dans le centre du pays) et dans la région d’Athènes, là encore, axés sur la découverte de la Grèce contemporaine même si, naturellement, on ne saurait ignorer l’histoire ancienne ni passer à côté de certains trésors particulièrement attractifs. Et puis il y a les croisières. Deux sortes de croisières. Celles en petit groupe de 6 à 8 personnes où l’on sillonne les Cyclades en voilier, avec un skipper. Mon regard et ma lecture des paysages rencontrés venant alors s’ajouter aux bonheurs multiples qu’il y a à baigner dans ces décors enchanteurs. On comprend ainsi par exemple pourquoi certaines îles sont si peu peuplées, voire presque vides et, d’une manière plus générale, ce qui se tient caché derrière ces panoramas touristiques idylliques mondialement connu : la vie, l’histoire, les hommes… Je raconte tout cela.

 

Brève notice biographique de Panagiotis Grigoriou

Ethnologue et historien, il s’est d'abord penché sur la notion “d’insularité” en mer Égée. En historien, il a proposé une forme “d’histoire culturelle de la guerre” dans les Balkans. Après avoir étudié et travaillé en France, il porte ce même regard d'analyste, sur la Grèce en crise à travers son blog: www.greekcrisis.fr, initié en 2011, et son essai: “La Grèce Fantôme - Voyage au bout de la crise 2010-2013” (Fayard, Paris, 2013). En 2015, il a initié son projet de faire découvrir la Grèce autrement et notamment, s’adressant à un public francophone, via son site www.greece-terra-incognita.com pratiquant un tourisme responsable et réfléchi.

 

 


La revue Etincelles, numéro 36 : un Marxisme vivant sur tous les fronts

26 February, by jean christophe grellety[ —]

Les revues politiques, marxistes, philosophiques, existent encore et se portent – bien comme le prouve la revue Etincelles (revue théorique du PRCF), de laquelle un 36ème numéro vient de paraître. De près de 80 pages, dans un grand format, ce numéro porte à votre connaissance des textes, d’Annie Lacroix-Riz (une deuxième partie consacrée à «Léon Blum haïssait-il la finance ? »), de 2 textes de Georges Gastaud sur «le retour d’une ontologie matérialiste» et sur la question «les progressistes doivent-ils avoir peur de l’Histoire de France ? », d’un texte d’Aurélien Djament sur «la convergence des mouvements écologistes et ouvriers», de Benoît Foucambert, sur «Lénine, le Front unique et l’identité communiste», de Jean-Pierre Combe sur «Darwin contre le néo-libéralisme», et d’autres encore. C’est par un entretien avec Julian Mischi que commence ce numéro, sur l’actualité de la lutte des classes. Le sous-titre de l’entretien pourrait être, «dans le monde du travail et dans les organisations syndicales», si et quand elles méritent une telle désignation. J.M insiste sur les évolutions des structures de travail, et sur les conséquences de ces évolutions sur la syndicalisation, comme sur la volonté patronale de faire disparaître les organisations et les représentants syndicaux. S’il existe un angle «mort» dans la perception et la compréhension de ces rapports de force dans les luttes de classe, c’est pour celles et ceux qui n’ont plus, pas, de travail, et notamment lorsque cette absence-de-travail-salarié est durable. Les «sans», travail, domicile, sont les plus frappés dans ces luttes, mais quid de leur syndicalisation ? De leur présence dans les organisations ? Des messages des organisations à leur attention ? De leur organisation même ? Un des principes dans ces luttes est que la classe dominante décrète que des problèmes comme des personnes n’existent pas. Cette néantisation est, évidemment, sans rapport avec l’existence réelle de tels ou tels, mais elle est déterminante par ses effets dans le fonctionnement et les représentations. C’est par cette prétention de néantisation que J.M commence son propos : «Il y a effectivement une idée prégnante, largement partagée, selon laquelle la classe ouvrière aurait disparue : il n’y aurait plus d’ouvriers en France. De telles représentations minimisent non seulement la réalité du salariat, qui reste formé essentiellement de travailleuses et travailleurs subalternes, mais aussi l’intensité actuelle de la lutte de classe. Le simple fait que les ouvriers soient désormais invisibilisés et que la question des classes devienne secondaire dans l’espace public est une expression en elle-même de cette lutte des classes dans le champ politique et des idées. Cela constitue un résultat d’une lutte des classements sociaux, dimension de toute lutte des classes, comme dirait Pierre Bourdieu. Comme je l’indique au début de mon dernier livre, le discours dominant sur la fin de la classe ouvrière s’impose d’autant mieux aujourd’hui que la représentation du monde ouvrier a été largement réduite aux figures de la grande industrie et à ses secteurs les plus militants. Du démantèlement des vastes concentrations industrielles et de la crise des places fortes du mouvement ouvrier depuis les années 1970, on conclut trop rapidement la disparition du groupe ouvrier et de ses militants. Or, s’il a décliné, son poids demeure significatif : il s’agit de l’un des principaux groupes sociaux, représentant 22 % de la population active française. Seulement, les ouvriers d’aujourd’hui sont moins syndiqués, connaissent des périodes longues de chômage, travaillent davantage dans des petites unités de production, dans le secteur des services, et beaucoup résident dans les espaces ruraux et périurbains. Les ouvriers contemporains ne correspondent plus aux images de la classe ouvrière produites par les militants du siècle dernier, une classe ouvrière dont les instruments de représentation politiques et syndicaux ont été partiellement détruits. Tout un ensemble de facteurs, à la fois sociaux et politiques, ont fait éclater le sentiment d’homogénéité et de force politique de l’ancienne classe ouvrière. Si le groupe ouvrier existe bien, il forme en quelques sortes de moins en moins une classe en tant que telle, d’autant plus que les organisations censées le défendre ont été fragilisées.» (…) Il est d’autant plus important de le rappeler que le patronat et les partis conservateurs ont tout intérêt à l’absence d’organisation des classes populaires, la fragilisation et l’éclatement du monde syndical jouant en leur faveur. Ils ne se privent pas d’alimenter eux-mêmes la dénonciation des appareils et des « corps intermédiaires » Face à cette volonté efficace, l’engagement syndical constitue pour les travailleurs un premier temps dans la réflexion et l’engagement politiques : «L’engagement n’a rien de naturel pour celles et ceux qui appartiennent aux classes populaires et subissent au quotidien une domination sociale et politique. Au contraire, tout un ensemble de processus contrarie leur militantisme dans les entreprises ou les partis. Sur ce plan, les ouvriers subissent une forte marginalisation. La répression antisyndicale qui s’est accentuée ces dernières années, y compris dans des secteurs auparavant réputés protégés comme la SNCF. Plus que dans le passé, les syndicalistes sont discriminés et combattus par leur hiérarchie. C’est ce qui explique la date plus tardive d’adhésion pour les nouvelles générations. Tout est fait pour détourner les jeunes ouvriers des syndicats combattifs comme la CGT ou Solidaires. Les ouvriers sont aussi plus largement exclus de la scène politique. La détérioration de leurs conditions de vie et de travail, sous l’impact du développement du chômage et de la précarité, fragilise leur investissement dans l’espace public. À cela s’ajoutent les effets de la valorisation de « compétences » nécessaires à la gestion publique locale, avec le développement de l’intercommunalité et du rôle des « experts » en « développement local ». Le mouvement de professionnalisation du métier politique tend à marginaliser les catégories populaires de la scène municipale au profit de membres de la petite bourgeoisie diplômée. Enseignants, cadres, travailleurs sociaux sont susceptibles de mettre en avant une compétence et une confiance en soi forgées dans des métiers d’encadrement des classes populaires. Or le syndicalisme offre justement la possibilité de contrer ces logiques : il apporte des ressources convertibles en dehors de l’entreprise et opposables aux classes supérieures. Il procure des savoir-faire et une confiance en soi qui permet à des salariés de contester la monopolisation des positions du pouvoir par les catégories les plus diplômées que ce soit dans les assemblées électives ou les organisations politiques. » J.M tient donc un plaidoyer pour cet engagement syndical, totalement «formateur». Malgré tout, cet engagement connaît beaucoup de difficultés, externes comme évoquées, et internes. La «permanence» en est une. J.M. rappelle son importance. Tout dépend alors de ses conditions, comme de ses effets, individuels et collectifs. Un bilan de la «permanence» syndicale semble nécessaire et se faire attendre. Les deux textes de G. Gastaud doivent être lus : le premier, sur «l’Histoire de France», sujet permanent de débats, polémiques, en France, et notamment par l’offensive des réactionnaires et la réponse des progressistes. Le texte est avant tout une contribution polémique sur ce rapport à cette Histoire de la part de la direction officielle du PCF, dans son attelage au PGE, face aux réactionnaires. «Porteuse d’un tel paquet « euro-constructif »1, la direction du PCF-PGE ne peut évidemment que refuser tout ce qui l’amènerait à lutter si peu que ce soit pour la reconquête plénière de notre souveraineté nationale (politique, monétaire, budgétaire, sociale, économique, militaire, diplomatique… et, plus largement, culturelle au sens gramscien du mot !). Impossible donc pour cette direction euro-compromise et socialo-dépendante de relever le gant pour combattre frontalement la relecture xénophobe que les Wauquier, Guaino et autres Sarkozy voudraient imposer de l’histoire de France avec plusieurs « buts de guerre » ultraréactionnaires : diviser les travailleurs, concurrencer le FN sur sa droite, et surtout, susciter une diversion pseudo-patriotique et pseudo-historique, voire pseudo-mémorielle, à la dissolution rapide de la République française dans l’Empire euro-atlantique du capital… » La «colère» anime ce texte. G.G interroge ce qui mine tant le rapport cognitif et interprétatif à notre propre Histoire de prolétaires français, que ce qui mine également le rapport imposé par des clercs communistes non prolétariens à cette même Histoire, dans le cadre de ses politiques et accords avec les Etats capitalistes européens et d’inspiration européenne (USA, …). Le PGE est au coeur de ce rapport, dans une orientation favorable à l’UE/OTAN, en contradiction manifeste avec ses références et avec les peuples. Il n’est pas aisé pour un communiste aussi rigoureux et fidèle à ce Parti dont il fut un membre éminent de devoir ainsi constater de telles erreurs idéologiques : «Quant au reproche dartigollien adressé à Mélenchon de mettre au centre du débat politique le faux problème de l’identité nationale (sous-entendu, aux dépens du débat social), il contredit tout l’héritage du PCF patriote et internationaliste de Pierre Sémard, de Jacques Duclos, de Danielle Casanova et de Missak Manouchian, lesquels n’eurent de cesse d’associer la défense de l’indépendance nationale à celle du prolétariat mondial. Que l’on consulte l’article lumineux Race, peuple et nation de Georges Politzer, qui sera par la suite fusillé par les nazis ; que l’on relise les écrits tout à la fois scientifiques et vibrants de patriotisme qu’écrivit l’historien-résistant Marc Bloch, et l’on verra si Politzer – qui était issu de l’immigration – , ou si M. Bloch, qui était d’origine juive et que persécutèrent les pseudo-patriotes de Vichy, refusaient d’évoquer haut et fort la question de l’histoire nationale, de la lier sans simplification ni caricature à l’histoire socio-économique de notre pays, de rappeler que « la nation, c’est le peuple » (Politzer) ou de citer le mot de Jaurès « un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d’internationalisme y ramène ». Qu’on se souvienne aussi que Maurice Thorez fut ovationné par le VIIe congrès de l’Internationale communiste (1935) pour avoir, avec ses camarades Cachin, Duclos et Frachon, disputé aux faux patriotes fascistes le drapeau tricolore, en assumant dans sa totalité contradictoire l’histoire de la nation. C’est sans le moindre complexe que le jeune secrétaire du PC-SFIC, arborait alors le drapeau bleu-blanc-rouge de Valmy et en associant la Marseillaise à l’Internationale, comme le firent si souvent par la suite les résistants communistes que les nazis conduisaient aux poteaux d’exécution de Châteaubriant, du Mont Valérien ou de la Citadelle d’Arras... » Et c’est à un travail qu’il appelle, plutôt qu’à des points de vue superficiels : «Bref, attelons-nous de nouveau au grand chantier politico-culturel qu’a délaissé l’euro-« gauche » établie : reconstituons du point de vue de la classe ouvrière et des forces progressistes en lutte, sans rien gommer ni idéaliser, sans forcer les continuités et sans durcir les inéluctables ruptures, un récit national non falsifié par les classes dominantes. À partir d’une étude scientifique du devenir des modes de production et des hégémonies culturelles, redécouvrons l’ensemble des figures et des évènements nationaux qui ont pu porter et scander les luttes de libération dans notre pays, qu’il s’agisse de l’émancipation nationale stricto sensu (car comme le disait Jaurès, « l’émancipation nationale est le socle de l’émancipation sociale »), de l’émancipation politique – ce fut l’œuvre, encore inachevée aujourd’hui, des Sans Culotte et de Robespierre – ou de l’émancipation sociale1, sans omettre l’émancipation anticoloniale : car les anticolonialistes communistes Henri Martin et Henri Alleg n’eurent jamais la sottise d’opposer l’émancipation de « nos » colonies à l’honneur de notre pays, que déshonoraient alors les profiteurs des guerres coloniales et autres « trafics de piastre »… C’est à cette appropriation tant de la France que de l’Histoire de France par la coalition permanente depuis la Révolution Française, de la Bourgeoisie (la «grande») et de la Noblesse, que les prolétaires français doivent répondre, sur le plan théorique (ici, mémoriel), comme sur le plan pratique. A l’exclusion/disparition dans l’animation, la direction et la représentation de la France, pour et contre les prolétaires français, comme évoquée concernant l’entretien avec J.M, contre laquelle il faut agir, c’est la même obligation pour des Communistes aujourd’hui concernant cette même exclusion/disparition des prolétaires constructifs et actifs, dans une fausse «mémoire nationale», comme cela fut le cas lors du centenaire de la Libération, via un site officiel du Ministère de la Défense, dans lequel le récit mémoriel était entièrement dédié aux «gaullistes» et faisait entièrement disparaître les communistes. Hélas, le PCF, informé de, se tut. Et dans la Fête de l’Humanité, «les dirigeants successifs du PCF-PGE dé-marxisé ont peu à peu purgé la nomenclature des allées de la fête de l’Huma, cet itinéraire fléché de l’histoire nationale et mondiale, de toute une série de noms malsonnants : exit Lénine, exit Stalingrad, ou, pour rester en France, au Purgatoire Marat, en enfer Thorez et tous ces communistes français trop rugueux que l’histoire officielle, qui criminalise l’URSS et ses amis français, les Duclos, Frachon, illon, Martha Desrumeaux et autres héros nationaux incontestables, a à jamais proscrits du Panthéon national1. De même la manchette de la nouvelle Huma a-t-elle été purgée de toute référence aux anciens dirigeants du journal que furent Cachin, Vaillant-Couturier, Péri ou Fajon (dont les noms voisinaient naguère avec l’emblème ouvrier et paysan), pour ne conserver qu’un seul nom, jugé consensuel parce que « reconnu »… par la gauche non communiste, celui du grand Jean Jaurès» Incarner ce que furent les figures, connues ou moins connues, du peuple, c’est non seulement garder en mémoire, mais assurer un «devoir de mémoire», tant pour les disparus que pour les nouveaux venus (la «jeunesse»), ne pas abandonner les individus et les forces qui conditionnèrent les victoires et les structures résistantes qui se sont maintenues et nous maintiennent aussi. De ce point de vue, on peut ajouter que l’articulation de «notre» Histoire avec, par exemple, celle de l’URSS, par exemple, pour la formation, les batailles, et les victoires de l’armée rouge, permettrait de rappeler que les principaux donateurs ET victimes des combats et des victoires sur l’hydre fasciste/nazie ont été les communistes, de notre Terre qui se trouve au bout de l’Europe jusqu’à l’URSS, dont le terme extrême-oriental est le bout du continent asiatique, d’une gigantesque et extraordinaire fraternité qui a été trop niée comme ignorée.

Pour le second texte sur «l’ontologie matérialiste», un extrait est ici publié, en PDF.

Le texte de la note en PDF

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Académie de Platon, marque déposée, par Rosa Moussaoui | L'Humanité

23 February, by jean christophe grellety[ —]

Athènes (Grèce), envoyée spéciale.  Si Platon connaissait les projets des oligarques, aux portes même de son académie ! Les habitants d’Academia Platonos, un quartier déshérité d’Athènes, en sont désespérés. Là où le philosophe fonda au Ve siècle avant Jésus-Christ sa fameuse école, un havre de verdure sauvé de l’urbanisation anarchique fait de la résistance. À l’ombre de vestiges antiques, les enfants s’y élancent sur des balançoires, en sortant de l’école. En fin de semaine, les habitants du quartier viennent y respirer, autour de repas champêtres pris sur le pouce. On y jouera bientôt l’Apologie de Socrate, dans un théâtre de plein air improvisé. Il faut croire que cet espace de liberté, lieu d’histoire délaissé par les pouvoirs publics, n’a plus sa place dans une ville défigurée de longue date par les appétits des promoteurs immobiliers. Pour défier l’héritage antique, il fallait au moins un mastodonte de Wall Street.

« Seule la multinationale porteuse du projet fera des affaires »

Le rôle échoit au fonds d’investissement BlackRock, une société de gestion d’actifs tentaculaire, qui brasse 4 000 milliards de dollars et compte, parmi ses actionnaires, les Rothschild, Warren Buffett, Georges Soros ou encore Elizabeth II. Sa filiale grecque, Artume SA, travaille d’arrache-pied, depuis 2007, à la réalisation d’un projet de centre commercial aux abords de l’académie. Gigantesque, ce temple de la consommation, qui pourrait s’étendre sur 55 000 mètres carrés, a déjà été baptisé par des professionnels de la communication, avant la pose de la première pierre. Il se nommera « Les Jardins de l’Académie ». Platon, marque déposée. Dès 2007, Artume SA a acquis, méthodiquement, 20 000 mètres carrés de terrains entre l’avenue Kifissou et l’avenue Lenorman, dont une vaste friche industrielle protégée, initialement destinée à devenir une extension du parc. Sur la table, 300 millions d’euros et la promesse de créer 1 600 emplois. Assez pour convaincre, en 2011, le ministre socialiste de l’Environnement Yannis Maniatis, qui a fait amender le plan d’urbanisme pour y faire entrer au forceps ce projet démesuré. Il faut dire que les liens entre la société financière et l’État grec étaient, à l’époque, familiers. La même année, la Banque de Grèce avait mandaté BlackRock pour établir un diagnostic de l’exposition du secteur bancaire grec au risque financier. Les temps ont changé et dans ses notes de conjonctures, le géant américain qualifie la gauche anti-austérité désormais au pouvoir de « populiste ».

Aux abords de l’académie, sur les décombres d’une violente crise économique, des lieux de pensée et de solidarité ont fleuri. La Politique est de ceux-là, qui revendique jusque dans son enseigne les préceptes de Platon. Voisin, Le Village européen, meublé de bric et de broc, est tout à la fois cantine sociale, carrefour de controverses philosophiques et scène d’improvisation musicale. Les habitants du quartier viennent y déjeuner pour quelques euros, dans l’après-midi. Vassilis Koufopoulos, l’une des chevilles ouvrières de cette agora, s’insurge contre le projet de centre commercial, qu’il juge aberrant. « Des dizaines de milliers de pièces antiques ont été découvertes sur ce site. La plupart ne sont accessibles ni au public, ni aux chercheurs. Plutôt qu’un centre commercial, nous préférons voir se construire ici le futur musée de la ville d’Athènes. L’académie d’Athènes doit être soustraite à l’avidité des capitalistes, pour redevenir un lieu de diffusion de la connaissance. C’est la seule proposition viable, respectueuse des habitants, de l’environnement et du patrimoine », tranche-t-il.

Attablés au soleil, deux habitants du quartier, des amis d’enfance, engagent un rude débat sur l’opportunité de ce projet urbain exorbitant. « Ce quartier a été urbanisé pour une large part de

via www.humanite.fr


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