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Frugalité Numérique : Réseaux (Quatrième partie)

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13 de febrer, per  Louis Nauges[ —]

 

AdS DPC wireless symbol with key S 173234095Thème de ce quatrième billet sur la Frugalité Numérique : les réseaux.

Liens vers les trois billets précédents :

Premier billet : présentation générale de la thématique Frugalité Numérique.

Deuxième billet : les centres de calcul.

Troisième billet : les objets d’accès.

Trouver des informations claires et fiables sur les dimensions énergies pour les réseaux a été beaucoup plus complexe que je pouvais le penser en commençant cette étude.

Des chiffres alarmistes ont été publiés sur les consommations d’énergies liées aux usages des réseaux, et en particulier de la vidéo.

L’exemple des annonces de Greenpeace, résumé dans le graphique ci-dessous, est emblématique.

Greenpeace infographics on networks

De son côté, le « Shift project », qui réalise des études intéressantes sur les usages numériques, à publié en 2019 un rapport au titre alarmiste : “L’insoutenable usage de la vidéo en ligne”. J’y reviendrai à la fin de ce billet.

Attention : les résultats de mes analyses vont en surprendre plus d’un.

Je m’attends à des réactions fortes des “puristes” de l’écologie qui ne vont pas aimer du tout ce que j’écris et démontre dans ce billet.

 

Hypothèse : les réseaux numériques sont indispensables

Les réseaux de transport de données sont indispensables pour des usages numériques, pour les entreprises et le grand public. C’est la quatrième infrastructure clef, après l’eau, l’électricité et les réseaux de transport physique.

Comme pour toute technologie numérique, il faut clairement différencier les dimensions infrastructures et usages des réseaux. Ce billet n’analyse que la dimension infrastructures des réseaux, un billet entier sera consacré aux usages.

Les infrastructures réseaux, comme les voies ferrées pour la SNCF, représentent des investissements à long terme très élevés. Leur consommation d’énergie est peu impactée par les usages. Une fibre optique, une borne WiFi, qu’elles soient au repos ou qu’elles transportent des vidéos, consomment à peu près autant d’énergie.

Dans le domaine des réseaux haut débit sans fil 4G et 5G, tous les opérateurs travaillent sur des méthodes d’optimisation de ces réseaux pour que le coût énergétique du bit transmis soit le plus faible possible et optimisé en fonction de la charge.

De très nombreux articles scientifiques sont publiés en ce moment sur ces sujets et proposent des méthodes d’optimisation à fort potentiel.

GSMA network energy optimisationVoici quelques liens vers ces études, souvent très techniques et à fort contenu mathématique :

Les entreprises utilisatrices de ces réseaux n’ont pas vraiment leur mot à dire sur ces sujets ; elles peuvent simplement espérer que les opérateurs feront de leur mieux pour continuer à améliorer la performance énergétique des réseaux qu’ils proposent.

 

Réseaux : infrastructures

Pour la majorité de leurs composants, les infrastructures réseau ne sont pas déployées par les entreprises ou les particuliers, mais par des acteurs industriels, opérateurs télécoms en priorité.

Ce schéma de base présente les grands composants d’une architecture de réseaux numériques.

Frugalité Numérique - Schéma principe réseaux

Les réseaux vont chercher les données dans des centres de calcul d’entreprises et des clouds publics. J’ai traité ce sujet dans la deuxième partie de ces billets.

Le transport longue distance (WAN, Wide Area Network) et moyenne distance (MAN, Metropolitan Area Network) est réalisé par des fibres optiques, très peu consommatrices d’énergie. Les fibres modernes nécessitent un répéteur d’amplification du signal tous les 100 km. Le nouveau câble sous-marin entre les Etats-Unis et la France, Dunant, financé à 100% par Google, opérationnel en 2020 aura une capacité de 250 Terabit/s, permettant le transport simultané de plus de 100 millions de vidéos haute définition.

Pour la distribution de proximité (dernier km ou “last mile”) les deux principales options sont la fibre optique et les réseaux haut débit sans fil, 4G et bientôt 5G.

Dans ses locaux, l’entreprise est responsable de l’installation des réseaux numériques. En 2020, le sans-fil est dominant : WiFi, souvent complété par des petites antennes (FemtoCell ou PicoCell) qui sont des relais 4G et 5G pour assurer une meilleure couverture.

Les contenus numériques sont “consommés” par des objets d’accès, que j’ai étudié dans la troisième partie de ces billets.

 

Réseaux sans-fil dans les entreprises : quelle consommation d’énergie

Dans ce domaine des réseaux LAN (Local Area Network), les chiffres sont raisonnablement bien connus, pour le WiFi et les réseaux 4G et 5G.

Puissance maxi WiFi 2  4 et 5 MhzLes réseaux WiFi utilisent deux bandes de fréquences, 2,4 GHz et 5 GHz. En France la puissance maximale d’émission est limitée à :

  • 100 mW dans la bande 2,4 GHz, en intérieur et en extérieur.
  • 200 mW dans la bande 5 GHz, en intérieur. L’expression “PIRE” utilisée dans le tableau ci-dessous signifie : “Puissance Isotrope Rayonnée Equivalente”. Ils auraient pu choisir un acronyme plus sympathique !

Selon leur puissance et leurs performances, les bornes WiFi consomment entre 5 et 20 watts ; je vais utiliser comme valeur moyenne 10 watts, l’équivalent d’une ampoule basse consommation. En faisant l’hypothèse qu’une borne WiFi dans une entreprise permet à une dizaine de personnes de se connecter, on arrive à 1 watt/h par personne de puissance électrique pour permettre des communications à très haut débit.

Les chiffres sont similaires pour les FemtoCell ou PicoCell : elles consomment entre 7 et 15 watts, 10 watts en moyenne.

En résumé : une entreprise peut fournir un double accès très haut débit, WiFi et 4G/5G par FemtoCell, à chaque collaborateur pour une consommation d’énergie de 2 watts par heure. Ceci représente la consommation fixe permanente, indépendamment du fait que le réseau soit utilisé ou pas.

 

Impacts positifs de l’amélioration des performances techniques : WiFi et 5G

Le WiFi est une technologie jeune, du début des années 2000. La première version, WiFi 1, avait une vitesse maximale de 11 Mb/s. En 2020, les bornes WiFi 6, disponibles depuis plus d’un an, permettent une vitesse maximale de 20 Gb/s.

Cette amélioration d’un rapport 2 000 dans la vitesse de transmission, donc dans la capacité de transporter plus de bits, c’est faite à… consommation énergétique stable, la puissance nécessaire pour alimenter une borne WiFi restant de l’ordre de 10 watts. La puissance d’émission est toujours limitée à 100 ou 200 mW.

Ceci à une conséquence majeure, positive, et trop souvent oubliée par les organisations et personnes qui se plaignent de l’augmentation de la demande de bande passante liée à une meilleure qualité des images, photos et vidéos.

En 20 ans, le coût énergétique de transmission en WiFi d’un bit

a été divisé par 2 000 !

Oui, le volume de données transmises augmente vite. Une étude de Cisco montre que le volume de données à transmettre sera multiplié par 3 entre 2017 et 2022. 70% de ces données seront transmises en sans fil, dont 51% en WiFi. C’est beaucoup, oui, mais c’est moins que l’amélioration des performances des réseaux WiFi !

Cisco VNI 2017 2022 Wifi 4G

On retrouve aussi cette croissance exponentielle des débits dans les réseaux mobiles. En 2020, la 5G a une vitesse théorique de 10 Gb/s en débit descendant, 10 000 fois plus que le débit théorique de 1 Mb/s de la 3G des années 2005.

Résumons :

  • Réseaux WiFi : débit multiplié par 2 000 en 20 ans.
  • Réseaux sans fil : débit multiplié par 10 000 en 15 ans.
  • Augmentation de la demande de bande passante : 3 fois plus en 5 ans.

Les performances des fibres optiques sont elles aussi en croissance exponentielle. La nouvelle fibre Equinao, qui relie le Portugal à l’Afrique du Sud, financée par Google, a une capacité… 20 fois supérieure à celle de toutes les fibres existantes sur ce même parcours ! Dans les réseaux WAN et MAN, les performances vont aussi augmenter plus vite que la demande.

Ces améliorations exponentielles des vitesses de tous les réseaux, LAN, MAN et WAN vont continuer pendant longtemps. C’est une très bonne nouvelle pour la planète :

La capacité des réseaux va augmenter plus vite que la demande

et le coût énergétique des réseaux va rester stable =

 plus de données transmises à énergie constante.

Pour compléter cette analyse avec d’autres bonnes nouvelles, j’ai choisi de comparer l’usage d’une borne WiFi et d’un four à micro-ondes, qui fonctionnent tous les deux sur la même fréquence de 2,4 GHz. Les résultats sont “intéressants”.

Energie usages : WiFi vs Microonde

  • En fonctionnement, un micro-ondes consomme environ 1 000 W, une borne WiFi, 100 mW, soit 10 000 fois moins : 1 minute de micro-ondes = 166 heures de WiFi.
  • En organisant 2 heures de vidéoconférences par jour, 200 jours par an, l’énergie utilisée est équivalente à 2,5 minutes de micro-onde… par an !
  • En mode veille, un micro-ondes consomme 26 kW par an, une borne WiFi 88 kW.

Ces chiffres montrent que les coûts énergétiques des réseaux sans fil pour des usages numériques dans les entreprises sont très bas, comparés à toutes les autres consommations d’énergie liées à l’éclairage, au chauffage ou à la climatisation.

In Memoriam : réseaux filaires en entreprise

Je n’ai pas évoqué les réseaux filaires historiques, téléphoniques ou Ethernet, qui ont été très longtemps dominants dans les entreprises. De plus en plus d’entreprises, telles que Veolia ou Sanofi, profitent d’un déménagement pour les supprimer. C’est une excellente démarche pour réduire les consommations d’énergie qui étaient liées aux téléphones IP et aux centraux téléphoniques.

 

Coûts énergétiques des réseaux de transport CDN, MAN et WAN

Quel est le coût de transport des données entre les centres de calcul où elles sont stockées et les bornes WiFi des entreprises, la partie “CDN” du schéma présenté au début de ce billet ?

Les données générales sur ce sujet sont difficiles à obtenir et c’est compréhensible, au vu de la variété et du nombre d’acteurs.

J’ai choisi d’utiliser le cas de l’un des plus grands transporteurs de contenus numériques au monde, Netflix. Pourquoi ? Les données publiées par Netflix permettent de faire des calculs précis et sérieux.

 

Exemple chiffré : Netflix

Netflix logoNetflix publie tous les ans des chiffres détaillés sur ses abonnés et sur ses consommations d’énergie électrique.
N’oublions pas que Netflix est considéré par beaucoup d’organisations militantes pour le climat comme un “grand méchant” pollueur, à l’origine d’usages immodérés des réseaux.

Le document de référence que je vais utiliser pour ces calculs est leur “Environmental Social Governance Report” pour 2019.

Netflix, un bon élève pour la Frugalité Numérique !

Netflix utilise des algorithmes propriétaires de compression des flux vidéos qui réduisent dans un rapport trois les volumes de données transmis. Quand on sait que Netflix représente environ 15% des flux vidéos mondiaux, c’est une économie majeure. Bravo, Netflix.

Netflix a été l’une des premières grandes entreprises d’Internet à basculer sur le cloud d’Amazon, AWS : en 2012, 95% de ses usages étaient déjà sur AWS. Aujourd’hui, Netflix utilise AWS et GCP de Google pour 100% de ses usages numériques. Dans mon billet qui analyse les centres de calcul, j’ai montré que Google et Amazon étaient les meilleurs élèves de la classe et géraient mieux que quiconque leurs centres de calcul. En 2019, Google était à 100% en énergies renouvelables et AWS à environ 50%.

AdS DPC Solar and wind energy S 44797039Netflix évalue à 357 000 MWh sa consommation d’énergie pour ses infrastructures externalisées et la compense à 100% avec des certificats régionaux d’énergies renouvelables. Si je comprends bien, Netflix compense à 100% des énergies qui sont déjà 100% renouvelables. Concrètement, plus on utilise Netflix qui compense à près de 200%, meilleur c’est pour le climat !

Bravo, Netflix pour ces choix d’infrastructures, bons pour la planète.

Netflix utilise ses propres infrastructures pour le transport des flux, dans la partie CDN, Content Distribution Network. La consommation d’énergie de Netflix pour ses usages internes et pour ses CDN a été de 94 000 MWh en 2019. Netflix compense aussi à 100% en crédits d’énergies renouvelables ses dépenses énergétiques CDN. Bravo, Netflix.

Dans mes calculs, je fait l’hypothèse que 100% de cette consommation d’énergie est liée à ses activités CDN, et donc la majorer, ne connaissant pas la part relative à leurs usages internes tels que gestion de leurs bureaux.

Les chiffres pour 2018 sont de 194 000 MWh pour les centres de calcul et de 51 000 MWh pour la partie CDN.

Une étude, réalisée pour l’année 2018 par un organisme d’analyse des consommations de vidéos par les personnes, donne les chiffres suivants, pour Netflix :

  • Nombre d’abonnés dans le monde : 140 millions.
  • Temps moyen d’utilisation de Netflix : 71 minutes par jour.
  • Nombre d’heures Netflix visionnées par jour : 165 millions.

Tous ces chiffres me permettent de calculer le coût énergétique CDN d’une heure de vidéo Netflix, résumé dans le tableau ci-dessous, en utilisant les chiffres de 2018.

Netflix Energie CDN et Data Center

J’ai refait plusieurs fois les calculs, tant les résultats m’ont surpris : 1 heure de vidéo transportée par Netflix consomme 0,84 Wh. Pour simplifier, je vais arrondir à 1 Wh.

1 heure de vidéo Netflix transportée par Internet = 1 Wh

Permettez-moi maintenant de revenir sur les chiffres de Greenpeace que j’avais cités au début de ce billet. On y trouve la phrase suivante :

“Il faut plus d’énergie pour diffuser une vidéo HD en streaming depuis le Cloud que pour fabriquer et expédier un DVD”

J’ai cherché, sans succès, leurs sources ; je vous ai donné les miennes. Mes calculs correspondent exactement à ce qu’ils nomment le “streaming depuis le Cloud”.

Qui croire ?

Je ne connais pas le coût énergétique complet de fabrication d’un DVD, de l’extraction des matériaux nécessaires à sa fabrication, des matériaux nécessaires à son emballage, de son transport depuis un pays asiatique, de sa mise à disposition dans un point de vente en France, de son transport chez le client final et de l’énergie consommée par le lecteur de DVD pour transmettre les données sur une télévision, un PC ou un smartphone. Je suis par contre certain que c’est… sensiblement plus élevé que le 1 Wh de son streaming depuis le Cloud !

En prenant comme hypothèse très basse que toutes ces actions consomment au minimum 1 kWh, on arrive à la conclusion “intéressante” suivante :

Visualiser une heure de vidéo depuis Internet est

1 000 fois moins consommateur d’énergie que d’acheter un DVD !

 

Retour sur le document vidéo en ligne du Shift Project

Dans l’introduction de ce billet, j’ai cité le document du Shift project de 2019 qui alertait sur les risques que faisait peser sur la planète la croissance des flux vidéos.


Shift Project répartition vidéosCe long document de 38 pages contient beaucoup d’informations intéressantes :

  • Oui, la vidéo représente près de 80% des flux de données.
  • Oui, sa répartition par familles d’usages pose des questions de société, par exemple le volume important des flux pornographiques.
  • Oui, il insiste sur les usages et leurs dimensions sociales, humaines et politiques.

Par contre, certaines recommandations de ce rapport me semblent peu pertinentes, car elles mélangent les dimensions usages, dominantes, et infrastructures, pas assez étudiées à mon avis.

Ce document ne prend pas en compte la croissance exponentielle des performances des réseaux, plus rapide que les volumes des données à transmettre.

Exemple de recommandation peu pertinente : demander aux utilisateurs de visualiser une vidéo avec une définition minimale n’a aucun impact sur la consommation d’énergie, comme je l’ai montré dans mon analyse. Sur une borne WiFi qui n’est pratiquement jamais saturée, diffuser en basse définition ou en 4K n’a aucun impact sur la consommation d’énergie de cette borne.

Tenir des discours alarmistes, faire du “numérique bashing”, ce sont de très mauvaises idées qui rendent un mauvais service à la planète. Si l’on souhaite que les dirigeants, les DSI et les collaborateurs des entreprises prennent des décisions efficaces pour améliorer la Frugalité Numérique de leur entreprise, il est essentiel de tenir un discours rationnel et factuel, pour leur permettre de déclencher des actions qui auront des impacts concrets et rapides.

 

Synthèse sur les consommations énergétiques des infrastructures réseau

J’ai passé beaucoup de temps à chercher des données fiables, à faire des calculs clairs correspondant à l’ensemble des étapes du transport de données par des réseaux numériques, depuis les centres de calcul jusqu’à leur arrivée sur les objets d’accès.

  • Les dépenses énergétiques LAN et MAN/WAN sont identiques, 1Wh.
  • Sur le réseau LAN, on utilise l’une des deux technologies, WiFi et 4G/5G.

En résumé :

1 heure de vidéo transmise d’un centre de calcul

à un objet d’accès consomme 2 Wh.

J’ai été surpris par ces résultats ! L’important est qu’ils sont très encourageants pour l’avenir du numérique dans les entreprises.

Ils sont résumés en enrichissant l’un des premiers schémas de ce billet.

Frugalité Numérique - réseaux - 1 heure vidéo

Je vous propose de terminer ce billet par un message fort et positif :

Un usage numérique qui apporte de la valeur à une entreprise

ne doit jamais être freiné par l’idée que la consommation de réseaux

qu’il induit est mauvaise pour la planète.

 


Frugalité Numérique : objets d’accès. (Troisième partie)

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4 de febrer, per  Louis Nauges[ —]

 

AdS DPC Objets d'accès PC  tablette smartphone S 106566518Ce troisième billet sur le thème de la Frugalité Numérique traite des objets d’accès, PC, smartphones, tablettes ou chromebooks utilisés par les collaborateurs d’une entreprise pour accéder à leurs usages numériques.

Premier billet : présentation générale de la thématique Frugalité Numérique.

Deuxième billet : les centres de calcul.

Dans le tableau de répartition des responsabilités entre les six domaines d’actions et les différents acteurs présenté à la fin du premier billet, j’ai indiqué que les deux populations clefs pour les objets d’accès étaient les collaborateurs et la DSI. L’objet d’accès est en effet le seul composant d’infrastructure qu’un collaborateur “touche” ; réseaux sans fil et serveurs sont des composants virtuels pour lui. Ces deux populations seront au centre des décisions concernant les objets d’accès.

 

Objets d’accès : dimensions énergétiques et matérielles

Un smartphone, une tablette, un PC portable Windows ou un Chromebook demandent de l’énergie pour être fabriqués et consomment de l’énergie pendant leur utilisation. Posez autour de vous la question suivante :

Si vous utilisez votre smartphone pendant 3 ans, quel est le pourcentage d’énergie utilisée pour sa fabrication par rapport à son usage ?

Vous constaterez que peu de personnes se sont spontanément posées la question et leurs réponses seront très variées.

Plusieurs études fournissent des réponses, différentes, à cette question. J’ai choisi de vous présenter les résultats de celle réalisée par l’European Environmental Bureau (EEB) ; elle est complète, sérieuse et donne des chiffres pour les smartphones et les PC portables dans l’Union Européenne.

PC portables

Les résultats de l’étude EEB sont résumés dans le tableau ci-dessous.

EBB Notebook energy numbers

Les chiffres clefs :

  • Avec comme hypothèse que la durée de vie utile d’un PC portable est de 4,5 années, il consomme autant d’énergie pour sa fabrication, 50%, que pour son utilisation.
  • Le parc installé en Europe, de l’ordre de 150 millions, génère environ 13 millions de tonnes de CO2 par an.

Smartphones

Cette même étude donne les chiffres suivants pour les smartphones :

EBB smartphones energy numbers

  • Dans ce cas, l’hypothèse de la durée de vie est de 3 ans : la fabrication d’un smartphone consomme 3 fois plus d’énergie que son usage !
  • Le parc installé en Europe, de 630 millions de smartphones, émet 14 millions de tonnes de CO2 par an, à peu près autant que les PC portables. Comme il y a 4 fois plus de smartphones que de PC, ceci signifie qu’un smartphone est 4 fois moins polluant, en CO2, qu’un PC portable.

Un axe d’action recommandé par EBB est d’augmenter la durée de vie d’un smartphone. Si l’on passe de 3 ans à 4 ans, ce qui n’est pas déraisonnable, leurs calculs montrent que l’impact est significatif : La réduction de l’émission de CO2 correspond à celle d’un million de voitures.

EEB Frugalité - augmenter durée vie smartphones

Individuellement, PCs et smartphones émettent peu de CO2 ; collectivement, ils sont des producteurs importants de CO2.

Augmenter la durée de vie utile de ces objets d’accès est un moyen efficace de réduire leurs impacts sur la planète : ceci pose la double question de leur réparabilité et de leur obsolescence.

 

Objets d’accès : réparabilité et Frugalité Numérique

L’immense majorité des anciens téléphones portables, non-smartphones, Nokia, Motorola… permettaient l’échange immédiat des batteries. C’est devenu rare sur les smartphones actuels.

Le cas des batteries est un exemple parmi d’autres de la difficulté croissante de réparation des smartphones et PC modernes.

En 2019, j’ai eu deux expériences “inacceptables” dans ce domaine :

  • Batterie remplacement MacBook airLa batterie de mon ordinateur de secours, un Apple Macbook Air de 6 ans, a rendu l’âme. Le point de vente Apple où je suis allé pour la remplacer m’a dit : « votre ordinateur a plus de 5 ans, nous n’avons donc pas de batteries de rechange ». Leur proposition “frugale” était de le reprendre pour 50 € si j’achetais un nouvel ordinateur. Changer d’ordinateur parce que la batterie est morte, c’est comme changer de voiture parce que les pneus sont usés ! Une recherche rapide sur Amazon m’a permis de trouver une batterie compatible, à moins de 50 €, livrée avec les tournevis permettant de démonter les vis “propriétaires” d’Apple. Il faudra un jour qu’Apple m’explique quelle est la valeur ajoutée pour les clients d’avoir inventé des vis différentes du reste du monde !
  • La même mésaventure m’est arrivée avec une montre Motorola. Après seulement 3 ans de vie, la batterie est morte et Motorola m’a écrit : “nous avons arrêté de fabriquer des montres et donc de les réparer” ! Les fournisseurs automobiles sont obligés de proposer des pièces de rechange pendant un minimum de 10 années après l’arrêt de fabrication d’un modèle. Il est urgent qu’une loi du même type soit promulguée en Europe. La batterie de rechange pour cette montre existe sur Amazon, à moins de 20 € !

Motorola montre 360 batterie

Honte à ces deux entreprises, Apple et Motorola, filiale du chinois Lenovo, pour leur absence totale de considération pour la réparabilité de leurs produits. Avant de leur acheter un nouvel objet d’accès, demandez une réponse écrite à la question : pendant combien d’années garantissez-vous la réparabilité de vos produits ?

Une entreprise peut exiger que les objets d’accès qu’elle achète, smartphones, PC portables ou tablettes soient facilement réparables ; c’est essentiel quand elle a comme objectif d’en augmenter la durée de vie utile.

La société américaine Ifixit est spécialisée dans l’analyse de la réparabilité des objets numériques. A chaque sortie d’un nouvel appareil, elle en achète un exemplaire, le démonte et lui donne une note de réparabilité comprise entre 0, impossible à réparer et 10 si c’est très facile.

Dans le tableau ci-dessous, j’ai choisi six exemples emblématiques d’objets d’accès sortis en 2019, représentant les deux extrêmes de la notation : PC portables, tablettes et smartphones.

IFIXIT Score 2019 best worst smartphone tablet PC

  • PCs portables : note 1/10 pour Macbook pro, 10/10 pour HP Elite book.
  • Tablettes : note 2/10 pour iPad 7, 9/10 pour HP Elite.
  • Smartphones : note 2/10 pour Samsung Fold (à la fiabilité “faible”) et 10/10 pour Fairphone 3.

 

Un bon exemple de réparabilité : le smartphone Fairphone 3

Fairphone 3 components + IFIXIT noteUne jeune société des Pays-Bas, Fairphone, propose des smartphones Android qui ont été pensés, dès le premier jour, pour être le plus faciles possible à réparer. Ce sont les seuls smartphones au monde à avoir obtenu la note de 10/10 chez Ifixit.

Leur modèle le plus récent, Fairphone 3, est un smartphone aux performances raisonnables, vendu 450 €. Sur leur site, le prix des principaux composants est affiché :

Fairphone spare parts prices

  • Batterie : 29,95 €
  • Ecran : 89,95 €
  • Caméras : 49,95 €

Tout est prévu pour que le remplacement soit réalisable par les équipes internes d’une entreprise sans avoir besoin de renvoyer le Fairphone 3 au fournisseur.

Des entreprises avec qui je collabore ont acheté quelques exemplaires de Fairphone 3 pour les tester avant de les recommander ; c’est une démarche pragmatique que je propose de généraliser dans toutes les entreprises.

Si, comme je l’espère, le nombre d’entreprises qui s’équipent de Fairphone 3 augmente, je suis persuadé que d’autres fournisseurs entendront le message et feront les efforts nécessaires pour proposer de nouveaux modèles plus faciles à réparer.

Vous souhaitez augmenter au maximum raisonnable la durée de vie utile de tous vos objets d’accès : si la réponse est oui, je vous propose de prendre une décision simple et radicale :

Interdiction totale d’acheter un objet d’accès

qui a un score Ifixit inférieur à 6

Ceci va faciliter vos processus d’achat et de sélection, en réduisant fortement le nombre d’objets d’accès qui répondent à ce critère éliminatoire.

Aurez-vous le… courage de prendre cette décision ?

 

Objets d’accès : obsolescence et Frugalité Numérique


Le marché mondial des objets d’accès est stabilisé depuis quelques années. Pour la période 2020 - 2022, le Gartner Group confirme cette tendance, comme le montre ce tableau. Chaque année, plus de 2 100 millions d’objets numériques d’accès seront vendus, un chiffre élevé, rapporté à la population mondiale d’un peu plus de 7 700 millions de personnes.

Worldwide devices shipments Gartner 2020 - 2022

Dans une logique de Frugalité Numérique, c’est une bonne nouvelle ; les entreprises peuvent espérer une raisonnable stabilité de l’offre et de la demande d’objets d’accès.

Anticiper les évolutions technologiques pour réduire l’obsolescence

Une voiture bien entretenue avait une durée de vie utile supérieure à 10 ans. C’est de moins en moins vrai au vu des ruptures technologiques majeures qui secouent l’industrie automobile, électricité et conduite autonome. Il faut aujourd’hui se poser la question de la pertinence d’un achat d’un véhicule 100% thermique et anticiper les évolutions des offres et de la demande.

Les mêmes questions se posent aux responsables des choix et des achats d’objets d’accès dans les entreprises.

AdS DPC Anticipate S 180296971Si je souhaite que l’objet d’accès acheté aujourd’hui ait une durée de vie maximale, il est indispensable d’anticiper les évolutions techniques qui pourraient le rendre obsolète alors qu’il continuerait à bien fonctionner.

Voici, à titre d’exemples, quelques questions qu’il faut se poser :

  • Les réseaux 5G sont annoncés : à quelle date, en 2020, 2021 ou 2022, faudra-t-il exiger qu’un modem 5G soit disponible sur un smartphone.
  • La version 6 du WiFi est disponible : quand les nouvelles bornes déployées dans les bureaux devront-elles être en version 6 ? Quand mettre dans les appels d’offres de PC portables que la compatibilité WiFi 6 est obligatoire ?
  • Les Chromebooks deviennent des alternatives crédibles aux PC portables Windows. Ils sont maintenant capables d’exécuter toutes les applications Android. Conséquence : acheter un Chromebook qui n’a pas d’écran tactile est une erreur.
  • Installer des cartes SIM 4G et 5G sur des PC portables et des tablettes devient possible. Faut-il en faire une priorité ou est-ce que l’utilisation d’un smartphone comme routeur est suffisante ?
  • Faut-il fixer des capacités minimales pour les mémoires, les processeurs, les capacités des capteurs photographiques, la taille des écrans... ? Si oui, lesquelles ?
  • ...

Pour aider dans ces décisions, une entreprise peut se fixer une durée de vie minimale pour chaque famille d’objets d’accès.

Je vous propose d’utiliser comme minima les chiffres suivants :

  • Smartphones : 4 années.
  • PC portables : 6 années. Google garantit maintenant qu’un Chromebook pourra être mis à jour pendant un minimum de 8 années.
  • Tablettes : 5 années.

 

Objets d’accès : une nouvelle collaboration entre DSI et collaborateurs

En privilégiant la réparabilité et une durée de vie technique allongée, les entreprises peuvent augmenter la durée de vie utile de tous les objets d’accès. C’est en agissant sur ces deux dimensions que l’entreprise peut améliorer sa Frugalité Numérique pour les objets d’accès.

Les dimensions techniques réglées, reste le plus difficile : mettre en œuvre les changements humains et organisationnels qui permettent d’en tirer parti.

Une nouvelle démarche est nécessaire : je l’ai nommée :

OAaaS : Objet d’Accès as a Service

Le schéma ci-dessous résume les principes de la démarche OAaaS.

OAaaS - Frugalité Numérique

Les principes en sont simples, la mise en œuvre, beaucoup moins !

L’idée forte est la suivante : il faut réduire la dimension “personnelle” des objets d’accès et les banaliser.

Pour assurer le succès de cette démarche, la DSI et les collaborateurs devront travailler avec de nouvelles responsabilités mutuelles.

 

Objets d’accès : responsabilités des collaborateurs

Pour accéder à mes applications professionnelles, j’ai besoin d’objets d’accès. La démarche proposée permet à chaque collaborateur de choisir le ou les objets dont il a besoin, à un instant donné, pour des activités qui peuvent changer selon les lieux ou les conditions de travail.

En prenant comme exemple les voitures de services, je peux demander un 4x4 pour mener une inspection dans une région de montagne et une petite voiture facile à garer si je dois rencontrer un client dans une grande ville.

Google Fi pricingAvec beaucoup de pragmatisme, je vais demander aux équipes de la DSI de m’équiper en fonction de mes besoins spécifiques, et changeants :

  • Pour mes usages permanents “normaux”, je considère qu’un Chromebook tactile de 13 pouces est l’objet d’accès le mieux adapté, complété par un smartphone Android milieu de gamme.
  • Je pars pour une tournée internationale dans quatre pays différents pendant 10 jours : je vais souhaiter partir avec deux ordinateurs portables pour éviter des problèmes en cas de vol ou de casse. Je demanderai aussi un téléphone “Google Fi”, acheté aux USA, qui permet un roaming international à coût raisonnable dans 200 pays.
  • Je vais travailler pendant 48 heures dans une zone avec des risques d’explosion, comme une raffinerie de pétrole : je vais demander une tablette “ATEX”, anti-explosion.

Ces règles d’attribution d’objets d’accès aux collaborateurs ont pour objectif principal d’optimiser, et les usages et le parc installé. Il ne s’agit pas de changer pour changer, mais il faut casser le principe actuel de l’attribution “définitive” d’un objet d’accès à un collaborateur.

Pour fonctionner, la démarche OAaaS s’appuie sur des principes simples et peu nombreux :

  • Le nombre, la nature et la puissance des objets d’accès utilisés par un collaborateur ne sont pas liés à son niveau hiérarchique ou à la direction où il travaille. Les dirigeants sont rarement les personnes qui ont le plus besoin d’outils puissants !
  • Les objets d’accès sont affectés aux collaborateurs selon leurs besoins professionnels à un moment donné.
  • Un collaborateur dont le métier ou les besoins numériques évoluent se verra proposer des objets d’accès différents, si nécessaire.
  • Quand un collaborateur a besoin d’un objet d’accès spécialisé pour une mission de quelques jours, il fait une demande à la DSI, qui lui remettra ceux qui correspondent le mieux à sa demande.

Pour répondre à ces nouveaux modes de “consommation” d’objets d’accès, les équipes de la DSI doivent, elles aussi, changer leurs modes de fonctionnement.

 

Objets d’accès : responsabilités de la DSI

La DSI devient gestionnaire d’un parc d’objets d’accès, mis au service de tous les collaborateurs de l’entreprise. Toutes les “bonnes pratiques” d’une gestion de parcs, automobile par exemple, peuvent être reprises pour cette gestion d’objets d’accès.

  • La priorité reste bien sûr d’offrir le meilleur service possible aux collaborateur:
    • Une variété suffisante : tailles d’écrans, puissance.
    • La capacité de répondre à des demandes ponctuelles, pour des objets d’accès spécialisés.
    • La mise à disposition d’objets d’accès performants, modernes et durables.
  • La DSI propose une variété raisonnable d’objets d’accès à son catalogue, pour couvrir l’essentiel des attentes des collaborateurs de l’entreprise :
    • Caractéristiques techniques : puissance, poids, taille, mémoire...
    • PCs, Smartphones, Tablettes et Chromebooks.
    •  …

Parc Objets accès - smartphones PC Tablettes

  • La DSI optimise le parc d’objets d’accès en privilégiant la réparabilité et la durée de vie utile, comme on l’a vu plus haut. Lorsque les parcs sont importants, il peut être envisagé de disposer d’un atelier interne pour les réparations de base et accélérer les remises en service.
  • La rotation des objets d’accès devient une pratique courante : tout objet d’accès qui est retourné à la DSI peut être réalloué à une autre personne.
  • Pour les objets d’accès en fin de vie utile, le recyclage fait partie des priorités.

 

Objets d’accès : usages professionnels et personnels

Pour améliorer leur Frugalité Numérique, les entreprises doivent se poser la question des usages professionnels et personnels des objets d’accès.

Comme on l’a vu plus haut, la part de l’énergie nécessaire pour fabriquer un smartphone ou un PC portable est importante.

C’est encore plus vrai pour la consommation des matériaux, souvent rares, utilisés pour leur fabrication.

La majorité des PC portables, chromebooks, tablettes ou smartphones peuvent être utilisés pour des usages professionnels et personnels.

Il est aujourd’hui possible de séparer efficacement, sur un même objet d’accès, les usages personnels et professionnels en déployant des solutions EMM (Enterprise Mobile Management) dont c’est l’une des fonctions essentielles.

Ceci permet de répondre aux inquiétudes sur la confidentialité des données et des usages, la sécurité des contenus professionnels, les risques de “surveillance” des collaborateurs et autres “alibis” utilisés pour maintenir le statu quo.

Si les collaborateurs et la DSI acceptent d’utiliser les mêmes objets d’accès pour tous les usages, les impacts énergétiques sont faciles à mesurer :

  • Sur 4 années, utiliser un seul smartphone au lieu de deux réduit de 37% la consommation d’énergie électrique. Le calcul est simple :
    • 2 smartphones : 75% x 2 pour production et 25% x 2 pour usages = 200.
    • 1 seul smartphone : 75% x 1 et 25% x 2 = 125.
  • Sur 5 années, utiliser un seul PC portable au lieu de deux réduit de 25% la consommation d’énergie électrique, selon un calcul similaire :
    • 2 PC portables : 50% x 2 pour production et 50% x 2 pour usages = 200.
    • 1 seul PC portable : 50% x 1 et 50% x 2 = 150.

Partage Laptop Smartphone perso - professionnel

Les impacts sur la consommation de matières premières rares sont évidents ! Utiliser un seul smartphone, un seul PC portable divise par deux cette consommation.

Deux démarches différentes permettent de partager un seul objet d’accès pour ses usages personnels et professionnels :

  • BYOD : Bring Your Own Device : un collaborateur utilise un objet d’accès personnel pour ses usages professionnels.
  • COPE : Company Owned, Personally Enabled : un collaborateur utilise un objet d’accès fourni par entreprise pour ses usages personnels.

BYOD et COPE peuvent s’appliquer à des PC portables, des tablettes ou des smartphones.

Ces démarches BYOD et COPE sont beaucoup moins fréquentes que je pouvais l’espérer il y a quelques années : des réticences fortes sont venues des deux côtés, utilisateurs et DSI.

Expliquer aux collaborateurs et aux DSI que ces démarches ont des impacts forts et immédiats sur la consommation d’énergie et l’usage de ressources rares peut leur redonner un fort regain d’intérêt. Ce serait une bonne nouvelle de plus pour la planète !

 

Indicateurs de performance (KPI) Frugalité Numérique pour parc d’objets d’accès

Pour suivre les progrès réalisés dans une démarche Frugalité Numérique, la DSI peut choisir un petit nombre d’indicateurs de performances (KPI) dédiés. Il est important de ne pas mélanger ces KPIs avec ceux, plus traditionnels, utilisés pour le suivi financier des objets d’accès.

Je vous propose une première liste de KPIs pertinents pour suivre les progrès de la Frugalité Numérique dans sa dimension Objets d’Accès :

  • Age moyen du parc.
  • Age moyen des objets retirés.
  • Pourcentage des objets réparés et remis en circulation.
  • Pourcentage d’objets en BYOD.
  • Pourcentage d’objets en COPE.

KPI gestion Parc Objets accès

Ces KPIs, suivis mensuellement, sont calculés pour chaque famille d’objets d’accès, PC, Smartphones, Chromebooks et Tablettes.

 

Synthèse

Win Win Frugalité Entreprise planèteLes objets d’accès sont l’une des composantes les plus efficaces des outils numériques pour sensibiliser rapidement une entreprise aux potentiels de la Frugalité Numérique.

Chaque collaborateur est concerné, chaque collaborateur peut mesurer l’impact de ses décisions individuelles, telles que BYOD ou COPE, prises en accord avec celles de l’entreprise.

C’est aussi un moyen efficace pour donner plus de visibilité à la DSI qui, en soutien des collaborateurs, va montrer qu’elle participe activement à l’amélioration de la Frugalité Numérique, au service de la planète.

Obtenir rapidement des résultats significatifs, mesurables, et qui parlent à tout le monde en privilégiant une démarche innovante de gestion des objets d’accès, c’est un bon exemple d’un projet “gagnant - gagnant “.

 

Quatrième partie : les réseaux


Frugalité Numérique : objets d’accès. (Troisième partie)

https://fr.ifixit.com/smartphone-repairabilityplay episode download
4 de febrer, per  Louis Nauges[ —]

 

AdS DPC Objets d'accès PC  tablette smartphone S 106566518Ce troisième billet sur le thème de la Frugalité Numérique traite des objets d’accès, PC, smartphones, tablettes ou chromebooks utilisés par les collaborateurs d’une entreprise pour accéder à leurs usages numériques.

Premier billet : présentation générale de la thématique Frugalité Numérique.

Deuxième billet : les centres de calcul.

Dans le tableau de répartition des responsabilités entre les six domaines d’actions et les différents acteurs présenté à la fin du premier billet, j’ai indiqué que les deux populations clefs pour les objets d’accès étaient les collaborateurs et la DSI. L’objet d’accès est en effet le seul composant d’infrastructure qu’un collaborateur “touche” ; réseaux sans fil et serveurs sont des composants virtuels pour lui. Ces deux populations seront au centre des décisions concernant les objets d’accès.

 

Objets d’accès : dimensions énergétiques et matérielles

Un smartphone, une tablette, un PC portable Windows ou un Chromebook demandent de l’énergie pour être fabriqués et consomment de l’énergie pendant leur utilisation. Posez autour de vous la question suivante :

Si vous utilisez votre smartphone pendant 3 ans, quel est le pourcentage d’énergie utilisée pour sa fabrication par rapport à son usage ?

Vous constaterez que peu de personnes se sont spontanément posées la question et leurs réponses seront très variées.

Plusieurs études fournissent des réponses, différentes, à cette question. J’ai choisi de vous présenter les résultats de celle réalisée par l’European Environmental Bureau (EEB) ; elle est complète, sérieuse et donne des chiffres pour les smartphones et les PC portables dans l’Union Européenne.

PC portables

Les résultats de l’étude EEB sont résumés dans le tableau ci-dessous.

EBB Notebook energy numbers

Les chiffres clefs :

  • Avec comme hypothèse que la durée de vie utile d’un PC portable est de 4,5 années, il consomme autant d’énergie pour sa fabrication, 50%, que pour son utilisation.
  • Le parc installé en Europe, de l’ordre de 150 millions, génère environ 13 millions de tonnes de CO2 par an.

Smartphones

Cette même étude donne les chiffres suivants pour les smartphones :

EBB smartphones energy numbers

  • Dans ce cas, l’hypothèse de la durée de vie est de 3 ans : la fabrication d’un smartphone consomme 3 fois plus d’énergie que son usage !
  • Le parc installé en Europe, de 630 millions de smartphones, émet 14 millions de tonnes de CO2 par an, à peu près autant que les PC portables. Comme il y a 4 fois plus de smartphones que de PC, ceci signifie qu’un smartphone est 4 fois moins polluant, en CO2, qu’un PC portable.

Un axe d’action recommandé par EBB est d’augmenter la durée de vie d’un smartphone. Si l’on passe de 3 ans à 4 ans, ce qui n’est pas déraisonnable, leurs calculs montrent que l’impact est significatif : La réduction de l’émission de CO2 correspond à celle d’un million de voitures.

EEB Frugalité - augmenter durée vie smartphones

Individuellement, PCs et smartphones émettent peu de CO2 ; collectivement, ils sont des producteurs importants de CO2.

Augmenter la durée de vie utile de ces objets d’accès est un moyen efficace de réduire leurs impacts sur la planète : ceci pose la double question de leur réparabilité et de leur obsolescence.

 

Objets d’accès : réparabilité et Frugalité Numérique

L’immense majorité des anciens téléphones portables, non-smartphones, Nokia, Motorola… permettaient l’échange immédiat des batteries. C’est devenu rare sur les smartphones actuels.

Le cas des batteries est un exemple parmi d’autres de la difficulté croissante de réparation des smartphones et PC modernes.

En 2019, j’ai eu deux expériences “inacceptables” dans ce domaine :

  • Batterie remplacement MacBook airLa batterie de mon ordinateur de secours, un Apple Macbook Air de 6 ans, a rendu l’âme. Le point de vente Apple où je suis allé pour la remplacer m’a dit : « votre ordinateur a plus de 5 ans, nous n’avons donc pas de batteries de rechange ». Leur proposition “frugale” était de le reprendre pour 50 € si j’achetais un nouvel ordinateur. Changer d’ordinateur parce que la batterie est morte, c’est comme changer de voiture parce que les pneus sont usés ! Une recherche rapide sur Amazon m’a permis de trouver une batterie compatible, à moins de 50 €, livrée avec les tournevis permettant de démonter les vis “propriétaires” d’Apple. Il faudra un jour qu’Apple m’explique quelle est la valeur ajoutée pour les clients d’avoir inventé des vis différentes du reste du monde !
  • La même mésaventure m’est arrivée avec une montre Motorola. Après seulement 3 ans de vie, la batterie est morte et Motorola m’a écrit : “nous avons arrêté de fabriquer des montres et donc de les réparer” ! Les fournisseurs automobiles sont obligés de proposer des pièces de rechange pendant un minimum de 10 années après l’arrêt de fabrication d’un modèle. Il est urgent qu’une loi du même type soit promulguée en Europe. La batterie de rechange pour cette montre existe sur Amazon, à moins de 20 € !

Motorola montre 360 batterie

Honte à ces deux entreprises, Apple et Motorola, filiale du chinois Lenovo, pour leur absence totale de considération pour la réparabilité de leurs produits. Avant de leur acheter un nouvel objet d’accès, demandez une réponse écrite à la question : pendant combien d’années garantissez-vous la réparabilité de vos produits ?

Une entreprise peut exiger que les objets d’accès qu’elle achète, smartphones, PC portables ou tablettes soient facilement réparables ; c’est essentiel quand elle a comme objectif d’en augmenter la durée de vie utile.

La société américaine Ifixit est spécialisée dans l’analyse de la réparabilité des objets numériques. A chaque sortie d’un nouvel appareil, elle en achète un exemplaire, le démonte et lui donne une note de réparabilité comprise entre 0, impossible à réparer et 10 si c’est très facile.

Dans le tableau ci-dessous, j’ai choisi six exemples emblématiques d’objets d’accès sortis en 2019, représentant les deux extrêmes de la notation : PC portables, tablettes et smartphones.

IFIXIT Score 2019 best worst smartphone tablet PC

  • PCs portables : note 1/10 pour Macbook pro, 10/10 pour HP Elite book.
  • Tablettes : note 2/10 pour iPad 7, 9/10 pour HP Elite.
  • Smartphones : note 2/10 pour Samsung Fold (à la fiabilité “faible”) et 10/10 pour Fairphone 3.

 

Un bon exemple de réparabilité : le smartphone Fairphone 3

Fairphone 3 components + IFIXIT noteUne jeune société des Pays-Bas, Fairphone, propose des smartphones Android qui ont été pensés, dès le premier jour, pour être le plus faciles possible à réparer. Ce sont les seuls smartphones au monde à avoir obtenu la note de 10/10 chez Ifixit.

Leur modèle le plus récent, Fairphone 3, est un smartphone aux performances raisonnables, vendu 450 €. Sur leur site, le prix des principaux composants est affiché :

Fairphone spare parts prices

  • Batterie : 29,95 €
  • Ecran : 89,95 €
  • Caméras : 49,95 €

Tout est prévu pour que le remplacement soit réalisable par les équipes internes d’une entreprise sans avoir besoin de renvoyer le Fairphone 3 au fournisseur.

Des entreprises avec qui je collabore ont acheté quelques exemplaires de Fairphone 3 pour les tester avant de les recommander ; c’est une démarche pragmatique que je propose de généraliser dans toutes les entreprises.

Si, comme je l’espère, le nombre d’entreprises qui s’équipent de Fairphone 3 augmente, je suis persuadé que d’autres fournisseurs entendront le message et feront les efforts nécessaires pour proposer de nouveaux modèles plus faciles à réparer.

Vous souhaitez augmenter au maximum raisonnable la durée de vie utile de tous vos objets d’accès : si la réponse est oui, je vous propose de prendre une décision simple et radicale :

Interdiction totale d’acheter un objet d’accès

qui a un score Ifixit inférieur à 6

Ceci va faciliter vos processus d’achat et de sélection, en réduisant fortement le nombre d’objets d’accès qui répondent à ce critère éliminatoire.

Aurez-vous le… courage de prendre cette décision ?

 

Objets d’accès : obsolescence et Frugalité Numérique


Le marché mondial des objets d’accès est stabilisé depuis quelques années. Pour la période 2020 - 2022, le Gartner Group confirme cette tendance, comme le montre ce tableau. Chaque année, plus de 2 100 millions d’objets numériques d’accès seront vendus, un chiffre élevé, rapporté à la population mondiale d’un peu plus de 7 700 millions de personnes.

Worldwide devices shipments Gartner 2020 - 2022

Dans une logique de Frugalité Numérique, c’est une bonne nouvelle ; les entreprises peuvent espérer une raisonnable stabilité de l’offre et de la demande d’objets d’accès.

Anticiper les évolutions technologiques pour réduire l’obsolescence

Une voiture bien entretenue avait une durée de vie utile supérieure à 10 ans. C’est de moins en moins vrai au vu des ruptures technologiques majeures qui secouent l’industrie automobile, électricité et conduite autonome. Il faut aujourd’hui se poser la question de la pertinence d’un achat d’un véhicule 100% thermique et anticiper les évolutions des offres et de la demande.

Les mêmes questions se posent aux responsables des choix et des achats d’objets d’accès dans les entreprises.

AdS DPC Anticipate S 180296971Si je souhaite que l’objet d’accès acheté aujourd’hui ait une durée de vie maximale, il est indispensable d’anticiper les évolutions techniques qui pourraient le rendre obsolète alors qu’il continuerait à bien fonctionner.

Voici, à titre d’exemples, quelques questions qu’il faut se poser :

  • Les réseaux 5G sont annoncés : à quelle date, en 2020, 2021 ou 2022, faudra-t-il exiger qu’un modem 5G soit disponible sur un smartphone.
  • La version 6 du WiFi est disponible : quand les nouvelles bornes déployées dans les bureaux devront-elles être en version 6 ? Quand mettre dans les appels d’offres de PC portables que la compatibilité WiFi 6 est obligatoire ?
  • Les Chromebooks deviennent des alternatives crédibles aux PC portables Windows. Ils sont maintenant capables d’exécuter toutes les applications Android. Conséquence : acheter un Chromebook qui n’a pas d’écran tactile est une erreur.
  • Installer des cartes SIM 4G et 5G sur des PC portables et des tablettes devient possible. Faut-il en faire une priorité ou est-ce que l’utilisation d’un smartphone comme routeur est suffisante ?
  • Faut-il fixer des capacités minimales pour les mémoires, les processeurs, les capacités des capteurs photographiques, la taille des écrans... ? Si oui, lesquelles ?
  • ...

Pour aider dans ces décisions, une entreprise peut se fixer une durée de vie minimale pour chaque famille d’objets d’accès.

Je vous propose d’utiliser comme minima les chiffres suivants :

  • Smartphones : 4 années.
  • PC portables : 6 années. Google garantit maintenant qu’un Chromebook pourra être mis à jour pendant un minimum de 8 années.
  • Tablettes : 5 années.

 

Objets d’accès : une nouvelle collaboration entre DSI et collaborateurs

En privilégiant la réparabilité et une durée de vie technique allongée, les entreprises peuvent augmenter la durée de vie utile de tous les objets d’accès. C’est en agissant sur ces deux dimensions que l’entreprise peut améliorer sa Frugalité Numérique pour les objets d’accès.

Les dimensions techniques réglées, reste le plus difficile : mettre en œuvre les changements humains et organisationnels qui permettent d’en tirer parti.

Une nouvelle démarche est nécessaire : je l’ai nommée :

OAaaS : Objet d’Accès as a Service

Le schéma ci-dessous résume les principes de la démarche OAaaS.

OAaaS - Frugalité Numérique

Les principes en sont simples, la mise en œuvre, beaucoup moins !

L’idée forte est la suivante : il faut réduire la dimension “personnelle” des objets d’accès et les banaliser.

Pour assurer le succès de cette démarche, la DSI et les collaborateurs devront travailler avec de nouvelles responsabilités mutuelles.

 

Objets d’accès : responsabilités des collaborateurs

Pour accéder à mes applications professionnelles, j’ai besoin d’objets d’accès. La démarche proposée permet à chaque collaborateur de choisir le ou les objets dont il a besoin, à un instant donné, pour des activités qui peuvent changer selon les lieux ou les conditions de travail.

En prenant comme exemple les voitures de services, je peux demander un 4x4 pour mener une inspection dans une région de montagne et une petite voiture facile à garer si je dois rencontrer un client dans une grande ville.

Google Fi pricingAvec beaucoup de pragmatisme, je vais demander aux équipes de la DSI de m’équiper en fonction de mes besoins spécifiques, et changeants :

  • Pour mes usages permanents “normaux”, je considère qu’un Chromebook tactile de 13 pouces est l’objet d’accès le mieux adapté, complété par un smartphone Android milieu de gamme.
  • Je pars pour une tournée internationale dans quatre pays différents pendant 10 jours : je vais souhaiter partir avec deux ordinateurs portables pour éviter des problèmes en cas de vol ou de casse. Je demanderai aussi un téléphone “Google Fi”, acheté aux USA, qui permet un roaming international à coût raisonnable dans 200 pays.
  • Je vais travailler pendant 48 heures dans une zone avec des risques d’explosion, comme une raffinerie de pétrole : je vais demander une tablette “ATEX”, anti-explosion.

Ces règles d’attribution d’objets d’accès aux collaborateurs ont pour objectif principal d’optimiser, et les usages et le parc installé. Il ne s’agit pas de changer pour changer, mais il faut casser le principe actuel de l’attribution “définitive” d’un objet d’accès à un collaborateur.

Pour fonctionner, la démarche OAaaS s’appuie sur des principes simples et peu nombreux :

  • Le nombre, la nature et la puissance des objets d’accès utilisés par un collaborateur ne sont pas liés à son niveau hiérarchique ou à la direction où il travaille. Les dirigeants sont rarement les personnes qui ont le plus besoin d’outils puissants !
  • Les objets d’accès sont affectés aux collaborateurs selon leurs besoins professionnels à un moment donné.
  • Un collaborateur dont le métier ou les besoins numériques évoluent se verra proposer des objets d’accès différents, si nécessaire.
  • Quand un collaborateur a besoin d’un objet d’accès spécialisé pour une mission de quelques jours, il fait une demande à la DSI, qui lui remettra ceux qui correspondent le mieux à sa demande.

Pour répondre à ces nouveaux modes de “consommation” d’objets d’accès, les équipes de la DSI doivent, elles aussi, changer leurs modes de fonctionnement.

 

Objets d’accès : responsabilités de la DSI

La DSI devient gestionnaire d’un parc d’objets d’accès, mis au service de tous les collaborateurs de l’entreprise. Toutes les “bonnes pratiques” d’une gestion de parcs, automobile par exemple, peuvent être reprises pour cette gestion d’objets d’accès.

  • La priorité reste bien sûr d’offrir le meilleur service possible aux collaborateur:
    • Une variété suffisante : tailles d’écrans, puissance.
    • La capacité de répondre à des demandes ponctuelles, pour des objets d’accès spécialisés.
    • La mise à disposition d’objets d’accès performants, modernes et durables.
  • La DSI propose une variété raisonnable d’objets d’accès à son catalogue, pour couvrir l’essentiel des attentes des collaborateurs de l’entreprise :
    • Caractéristiques techniques : puissance, poids, taille, mémoire...
    • PCs, Smartphones, Tablettes et Chromebooks.
    •  …

Parc Objets accès - smartphones PC Tablettes

  • La DSI optimise le parc d’objets d’accès en privilégiant la réparabilité et la durée de vie utile, comme on l’a vu plus haut. Lorsque les parcs sont importants, il peut être envisagé de disposer d’un atelier interne pour les réparations de base et accélérer les remises en service.
  • La rotation des objets d’accès devient une pratique courante : tout objet d’accès qui est retourné à la DSI peut être réalloué à une autre personne.
  • Pour les objets d’accès en fin de vie utile, le recyclage fait partie des priorités.

 

Objets d’accès : usages professionnels et personnels

Pour améliorer leur Frugalité Numérique, les entreprises doivent se poser la question des usages professionnels et personnels des objets d’accès.

Comme on l’a vu plus haut, la part de l’énergie nécessaire pour fabriquer un smartphone ou un PC portable est importante.

C’est encore plus vrai pour la consommation des matériaux, souvent rares, utilisés pour leur fabrication.

La majorité des PC portables, chromebooks, tablettes ou smartphones peuvent être utilisés pour des usages professionnels et personnels.

Il est aujourd’hui possible de séparer efficacement, sur un même objet d’accès, les usages personnels et professionnels en déployant des solutions EMM (Enterprise Mobile Management) dont c’est l’une des fonctions essentielles.

Ceci permet de répondre aux inquiétudes sur la confidentialité des données et des usages, la sécurité des contenus professionnels, les risques de “surveillance” des collaborateurs et autres “alibis” utilisés pour maintenir le statu quo.

Si les collaborateurs et la DSI acceptent d’utiliser les mêmes objets d’accès pour tous les usages, les impacts énergétiques sont faciles à mesurer :

  • Sur 4 années, utiliser un seul smartphone au lieu de deux réduit de 37% la consommation d’énergie électrique. Le calcul est simple :
    • 2 smartphones : 75% x 2 pour production et 25% x 2 pour usages = 200.
    • 1 seul smartphone : 75% x 1 et 25% x 2 = 125.
  • Sur 5 années, utiliser un seul PC portable au lieu de deux réduit de 25% la consommation d’énergie électrique, selon un calcul similaire :
    • 2 PC portables : 50% x 2 pour production et 50% x 2 pour usages = 200.
    • 1 seul PC portable : 50% x 1 et 50% x 2 = 150.

Partage Laptop Smartphone perso - professionnel

Les impacts sur la consommation de matières premières rares sont évidents ! Utiliser un seul smartphone, un seul PC portable divise par deux cette consommation.

Deux démarches différentes permettent de partager un seul objet d’accès pour ses usages personnels et professionnels :

  • BYOD : Bring Your Own Device : un collaborateur utilise un objet d’accès personnel pour ses usages professionnels.
  • COPE : Company Owned, Personally Enabled : un collaborateur utilise un objet d’accès fourni par entreprise pour ses usages personnels.

BYOD et COPE peuvent s’appliquer à des PC portables, des tablettes ou des smartphones.

Ces démarches BYOD et COPE sont beaucoup moins fréquentes que je pouvais l’espérer il y a quelques années : des réticences fortes sont venues des deux côtés, utilisateurs et DSI.

Expliquer aux collaborateurs et aux DSI que ces démarches ont des impacts forts et immédiats sur la consommation d’énergie et l’usage de ressources rares peut leur redonner un fort regain d’intérêt. Ce serait une bonne nouvelle de plus pour la planète !

 

Indicateurs de performance (KPI) Frugalité Numérique pour parc d’objets d’accès

Pour suivre les progrès réalisés dans une démarche Frugalité Numérique, la DSI peut choisir un petit nombre d’indicateurs de performances (KPI) dédiés. Il est important de ne pas mélanger ces KPIs avec ceux, plus traditionnels, utilisés pour le suivi financier des objets d’accès.

Je vous propose une première liste de KPIs pertinents pour suivre les progrès de la Frugalité Numérique dans sa dimension Objets d’Accès :

  • Age moyen du parc.
  • Age moyen des objets retirés.
  • Pourcentage des objets réparés et remis en circulation.
  • Pourcentage d’objets en BYOD.
  • Pourcentage d’objets en COPE.

KPI gestion Parc Objets accès

Ces KPIs, suivis mensuellement, sont calculés pour chaque famille d’objets d’accès, PC, Smartphones, Chromebooks et Tablettes.

 

Synthèse

Win Win Frugalité Entreprise planèteLes objets d’accès sont l’une des composantes les plus efficaces des outils numériques pour sensibiliser rapidement une entreprise aux potentiels de la Frugalité Numérique.

Chaque collaborateur est concerné, chaque collaborateur peut mesurer l’impact de ses décisions individuelles, telles que BYOD ou COPE, prises en accord avec celles de l’entreprise.

C’est aussi un moyen efficace pour donner plus de visibilité à la DSI qui, en soutien des collaborateurs, va montrer qu’elle participe activement à l’amélioration de la Frugalité Numérique, au service de la planète.

Obtenir rapidement des résultats significatifs, mesurables, et qui parlent à tout le monde en privilégiant une démarche innovante de gestion des objets d’accès, c’est un bon exemple d’un projet “gagnant - gagnant “.

 

Quatrième partie : les réseaux


Hommage à Clayton Christensen, un géant de la pensée managériale

27 de gener, per  Louis Nauges[ —]

 

Clayton Christensen HBRLe 23 janvier 2020 est mort à 67 ans Clayton Christensen, un des plus grands penseurs de ces dernières années sur la stratégie des entreprises. Par ses écrits, il a influencé d’innombrables dirigeants, de Intel à Apple en passant par les fondateurs de startups. Je suis fier de dire que j’ai utilisé ses idées dans des startups avec lesquelles j’ai collaboré et d’autres où je travaille encore. J’en présente un exemple récent à la fin de ce billet.

En 2006, il y a 14 ans, au début de ce blog et à la veille de créer l’entreprise Revevol, j’avais écrit un billet pour expliquer les principes de base de la démarche de Clayton Christensen.

J’ai décidé de le republier aujourd’hui, tel quel, sans en changer un seul mot. Le fait que ce texte soit encore d’actualité est le meilleur hommage que je puisse rendre à cet homme exceptionnel.

J’ai ajouté quelques paragraphes à la fin du billet de 2006 pour illustrer l’influence majeure que continue à avoir Clayton Christensen dans l’industrie du numérique.

 

Billet original de 2006

Christensen photoClayton Christensen, professeur à l’Université de Harvard, a écrit trois livres importants sur l’innovation :

- The Innovator's Dilemma

- The Innovator's Solution

- Seeing What's Next : Using Theories of Innovation to Predict Industry Change

Les idées qu’il défend permettent d’appréhender les mécanismes de base de l’innovation et expliquent pourquoi tant d’entreprises et de produits nouveaux échouent.  Ces idées s’appliquent à tous les secteurs d’activité, mais sont particulièrement pertinentes pour tout ce qui touche aux technologies de l’information.

Christensen bookC’est une lecture indispensable pour toute personne qui s’intéresse sérieusement aux innovations et à leurs impacts.

Ce texte présente un résumé très succinct des idées de Christensen et mon interprétation de leurs applications dans le monde de l’informatique, et en particulier du Web 2.0.

Les points clefs de la démarche de Christensen

Sur ce premier graphique, une ligne représente le rythme d’évolution du progrès technique. Les performances des matériels et des logiciels s’améliorent en permanence ; la capacité des disques durs double tous les ans.

Christensen model 1

La deuxième droite représente l’évolution des attentes des clients ; elle évolue moins rapidement que les performances des outils.

J’ai fait apparaître deux familles de produits, A et B.

A : Produits matures, surdimensionnés

Les produits de type A ont dépassé les attentes de la très grande majorité des utilisateurs.  En informatique, de nombreux produits appartiennent à cette famille ; citons, par exemple :

- Les bases de données Oracle ou DB2

- La suite bureautique Office

- Les processeurs Intel pour PC professionnels

Chacun pourra, à sa guise, rajouter d’autres produits à cette liste.

Les fournisseurs de ces produits se heurtent à un problème sérieux : ils ont de plus en plus de mal à convaincre le marché que les nouvelles versions apportent une valeur ajoutée suffisante pour justifier un changement.

B : Produits encore insuffisants

Il existe encore beaucoup de produits dont les performances ne sont pas jugées satisfaisantes par la majorité des utilisateurs ;  ce sont, par exemple :

- La vitesse des réseaux mobiles 3G pour le transfert des données

- L’autonomie des batteries des micro-ordinateurs portables

- La distance utile d’usage des bases Wi-Fi.

Les fournisseurs de ces produits sont dans une situation très positive ; toute amélioration des performances est immédiatement plébiscité par le marché, jusqu’au jour où ils croisent la ligne des attentes et se retrouvent en postillon de type A.

Les appareils de photos numériques en fournissent un bon exemple ; jusqu’en 2005, le nombre de mégapixels était un argument de vente important, car les utilisateurs voyaient clairement la différence entre 2 et 5 Mégapixels.  Cette course est aujourd’hui terminée ; pour la très grande majorité des photographes amateurs, une photo de 10 MPixels, imprimée en 10x15, n’est pas visuellement meilleure que si elle pesait 6 MPixels.

Innovations de rupture

L’un des apports essentiels de Christensen a été de mettre en évidence ce qu’il nomme les innovations de rupture.

Christensen model 2

Face à la saturation progressive du marché, pour les produits de type A, des entreprises innovantes lancent des produits de rupture, qui en font beaucoup moins, mais à des prix très compétitifs.

Ces produits ont l’intelligence de ne pas attaquer de front les leaders, mais commencent par prendre deux marchés clefs : les personnes qui se contentent de solutions raisonnables et les “non-utilisateurs ” actuels qui ne pouvaient pas acheter les produits leaders.

La Logan de Renault illustre parfaitement ce processus ; elle est vendue dans les pays émergents comme première voiture, dans une configuration minimale, autour de 5000 euros.  Dans les pays avancés, la Logan est achetée dans une version “haut de gamme”, à 9000 euros, par des personnes qui ont découvert qu’elles n’ont pas besoin de “plus” de voiture pour répondre à leurs véritables attentes.

Je propose de définir deux familles de produits innovants, C et D.

C : Produits innovants, en devenir

Skype à ses débuts, Asterisk, l’autocommutateur Open Source, l’immense majorité des start-ups à succès rentrent sur le marché avec des produits de type C ; ils ont des fonctions minimales, incomplètes, mais les proposent à des prix très bas, voire même gratuitement.

En proposant des services au rapport qualité/prix imbattable, les produits de type C trouvent rapidement des “clients innovants” qui sont capables d’arbitrer entre fonctionnalités, performances et coûts et savent utiliser ces produits en tenant compte de leurs limites.

D : Produits innovants, proche maturité

David GoliathTrès rapidement, en quelques mois, les produits de type C ont trouvé leur marché et des millions de clients les utilisent.  Ils évoluent alors rapidement vers des produits de type D, dans la situation “idéale” où il y a une bonne adéquation entre leurs fonctionnalités et les attentes de la majorité des clients, et non plus seulement des clients innovants.

Skype, aujourd’hui, en est une bonne illustration : avec la fonction SkypeOut d’appels économiques de tous les numéros, la possibilité d’utiliser un téléphone “normal” au lieu d’un casque et des dizaines d’autres améliorations, Skype est proche de la réponse complète, économique et raisonnable aux attentes des particuliers et des entreprises

MySQL, JBoss, sont d’autres exemples de produits qui ont atteint le niveau D.  En répondant bien aux attentes du cœur de marché, ils commencent alors à sérieusement concurrencer les fournisseurs produits de type A, qui doivent se concentrer sur les clients ayant des besoins très complexes, ce qui devient un marché de ... niche.

Fournisseurs : quelle stratégie d’innovation ?

Le modèle d’innovation A/B/C/D proposé par Christensen est très efficace pour aider un fournisseur dans sa stratégie d’innovation.

Castle- Face à un marché de type A, la meilleure solution consiste le plus souvent à ... chercher un autre créneau.  Les acteurs en place, puissants et à forte notoriété, ont les moyens marketing et financiers de s’opposer efficacement à toute tentative d’entrée sur ce marché.

- Si le marché est en situation B, toute innovation qui apporte une réelle amélioration des performances sera rapidement acceptée par les clients et a beaucoup de chance de réussir.  La couverture nationale de la France en réseau Edge par Bouygues Telecom, le succès fulgurant du Wi-Fi, première solution rapide de réseau sans fil sont des exemples d’innovation de type B.

- Trouver un produit ou un service de type C est la voie royale de l’innovation moderne.  L’entreprise répond à une double demande, de clients attirés par une solution plus économique et de nouveaux clients, non-utilisateurs actuels de ces services, le plus souvent pour des raisons de coût. Les fournisseurs de solutions A sont désarmés face à ces innovations de rupture C car ils ne peuvent pas mettre en danger leur rente de situation en répondant par des baisses de prix massives.

- Passer rapidement au niveau D des services proposés est indispensable si l’innovateur veut protéger son marché initial et rentrer sur le marché de masse des clients aux attentes raisonnables. La principale difficulté sera souvent de savoir résister au danger de l’hypertrophie fonctionnelle. En se transformant en fournisseur de type A, il laisserait alors le champ libre à un nouvel innovateur de type C, capable de l’attaquer avec une nouvelle offre de rupture !

DSI : décisions intelligentes face à l’innovation

Ce même modèle A/B/C/D peut être utilisé par un DSI pour mieux analyser les innovations qui lui sont proposées.

- Face à un nouveau service de type A, la meilleure réponse consiste à refuser les nouvelles versions qui n’offrent aucun avantage important à l’immense majorité des utilisateurs.  C’est souvent difficile, car ce sont les fournisseurs déjà en place, connus, puissants qui proposent des solutions A.

- Pour un DSI, une innovation de type B est “idéale”. Il pourra proposer à ses clients un nouveau service, de nouveaux niveaux de performance qui seront accueillis avec enthousiasme pas les utilisateurs.

- Les innovations de type C sont plus délicates à gérer par la DSI ; c’est le cas, aujourd’hui, de la majorité des Services Web 2.0 pour les entreprises.

La clef de la réussite consiste à choisir, comme premiers clients, des petits groupes d’utilisateurs innovants, raisonnables, capables de comprendre les avantages et les limites des solutions et de s’y adapter.  C’est dans ma mise en œuvre réussie de solutions de type C que l’on reconnaît les meilleurs DSI innovants.

Bouée- Un DSI a deux approches possibles pour les solutions de type D. Il peut attendre que les produits aient atteint le niveau D, en faisant l’impasse sur les offres de type C ; ce sera la stratégie choisie par une majorité de DSI, “prudent” face à l’innovation.

Pour ceux qui auront installé, à petite échelle, des solutions de type C, le passage en D se fera naturellement, par extension des premières implantations à l’ensemble de l’entreprise et en s’appuyant sur les nouvelles versions de ces services, arrivés à maturité. La probabilité de réussite sera plus élevée, la mise en route plus rapide.

L’analyse proposée par Christensen est un outil extrêmement puissant de compréhension des différentes facettes de l’innovation.

En positionnant toute innovation qui lui est proposée dans l’une des quatre familles A/B/C/D, un DSI peut, rapidement, proposer une réponse adaptée à son style de management et à la capacité de son organisation à absorber des innovations.

Refuser des innovations de rupture, type C, peut être la meilleure décision pour un DSI prudent dans une organisation traditionnelle !

J’espère, et je suis sûr qu’il y a quand même quelques DSI innovants pour les mettre en œuvre et donner à leurs entreprises un avantage concurrentiel significatif.

Optimiste je suis né, optimiste je reste !

Fin du texte du billet original

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Théories de Clayton Christensen : elles sont là pour durer

HBR Essentials on ChristensenClayton Christensen était professeur à Harvard ; cette université a eu la bonne idée de regrouper et de publier immédiatement dans ce catalogue les principaux articles qu’il a écrits pour la HBR, Harvard Business Review ; bravo pour la réactivité.

Le succès planétaire de ses livres a fait que l’expression “Disruptive Innovation” a souvent été utilisée de manière erronée. C’est pour cela que Clayton Christensen a publié en 2015 un long article qui clarifie sa position sur les usages “excessifs” de son modèle d’innovation.

A titre d’illustration, il explique pourquoi Uber n’est pas, selon lui, une entreprise “disruptive”, contrairement à ce que pense la majorité des personnes.

Andrew Ng on ChristensenDe très nombreux témoignages ont été publiés dans la journée qui a suivi l’annonce de son décès. Tous saluent ses grandes qualités humaines et le fait que ses idées seront encore au cœur des réflexions stratégiques des dirigeants pendant de nombreuses années.

J’ai pensé que la meilleure manière de lui rendre hommage était d’illustrer, sur le cas concret d’une startup dont je suis l’un des dirigeants, comment son modèle a servi de base à sa création et à son démarrage.

 

Illustration sur un cas concret : WizyVision en 2020

WizyVision propose des solutions qui permettent à toutes les entreprises de gérer en SaaS, Software as a Service, leurs contenus multimédias, images, photos et vidéos, ce que nous avons nommé un “Média Hub”.

WizyVision HP

Aujourd’hui, le marché des contenus multimédias a quelques caractéristiques fortes :

● Il a pour nom DAM : Digital Asset Management.

● Il s’adresse en priorité aux départements communication et marketing.

● Il offre des fonctions haut de gamme telles que la gestion des droits ou la capacité de créer et modifier des images et des vidéos.

● Les fournisseurs dominants sont de grandes entreprises qui sont présentes sur ce marché DAM depuis plusieurs dizaines d’années : Adobe, OpenText…

● Ce sont des solutions chères, donc réservées à un tout petit nombre d’utilisateurs dans les entreprises.

Les solutions DAM actuelles sont en position "A" sur les graphiques de Christensen. (Voir billet de 2006).

Pour cette “étude de cas”, je vais m’appuyer sur quelques phrases clefs, extraites de cet article de 2015 cité plus haut, pour illustrer comment WizyVision répond à la définition ”innovation de rupture”. Cette analyse pédagogique permet de mieux comprendre les fondamentaux d’une démarche de ce type.

Christensen model for WizyVision

Phrase 1 : “Disruption” describes a process whereby a smaller company with fewer resources is able to successfully challenge established incumbent businesses. (La rupture décrit un processus où une entreprise plus petite, avec moins de ressources, est capable de défier avec succès des entreprises présentes sur ces marchés depuis longtemps.)

WizyVision, née en 2019, emploie une dizaine de salariés et se développe sur fonds propres, qui ne se mesurent pas en millions d’euros ! En 2019, Adobe, créée en 1982, 21 000 salariés, avait un Chiffre d’Affaires de 11 milliards de dollars. OpenText, la plus grande entreprise de logiciels du Canada, née en 1991, emploie 12 000 personnes et son Chiffre d’Affaires 2019 était de 3 milliards de dollars.

 

Phrase 2 : In the case of new-market footholds, disrupters create a market where none existed. Put simply, they find a way to turn nonconsumers into consumers. (Dans le cas des entreprises qui s’attaquent à un nouveau marché, les entreprises de rupture créent un marché qui n’existait pas. Dis simplement, elles trouvent le moyen de transformer les non-consommateurs en consommateurs.)

WizyVision vs DAM Small group  large GroupWizyVision s’adresse à tous les collaborateurs d’une entreprise, qui n’ont pas accès aujourd’hui à un DAM, et propose, à des prix très compétitifs, les fonctions essentielles d’accès et de collaboration sur des contenus photos et vidéos. Le coût de la solution est indépendant du nombre d’utilisateurs, ce qui permet de proposer des services nouveaux à 100% des collaborateurs d’une entreprise.

En 2020, WizyVision se trouve en position "C" sur les courbes de Christensen.

 

Phrase 3 : Disruptive innovations, on the other hand, are initially considered inferior by most of an incumbent’s customers. (Les innovations de rupture sont, d’un autre côté, considérées au début comme inférieures par la majorité des clients existants.)

WizyVision a été éliminé d’appels d’offres DAM “classiques” car nous n’avions pas la réponse à l’impressionnante liste des fonctionnalités demandées. Ceci nous a amenés à changer notre nom initial, WizDAM, en WizyVision pour nous démarquer clairement des solutions DAM existantes.

 

Phrase 4 : The term “disruptive innovation” is misleading when it is used to refer to a product or service at one fixed point, rather than to the evolution of that product or service over time. (L’expression “innovation de rupture” n’est pas adaptée quand elle est utilisée pour parler d’un produit ou d’un service à un instant donné, plutôt que de se référer à l’évolution de ce produit ou de ce service dans le temps.)

WIzyVision de C à D sur ChristensenWizyVision démarre en 2020 avec une offre MVP (Minimum Viable Product) qui propose les fonctions de base suffisantes pour apporter de la valeur à des utilisateurs qui n’avaient jusqu’à présent jamais eu accès à un outil leur permettant de gérer leurs contenus multimédias. En s’appuyant sur la puissance des clouds publics et des outils d’Intelligence Artificielle, l’offre de WizyVision évolue très vite et développe des services innovants que les fournisseurs classiques seront incapables de proposer. Il s’agit en priorité de répondre aux attentes des collaborateurs opérationnels pour des cas d’usages métiers spécifiques, dopés à l’Intelligence Artificielle.

L'objectif de WizyVision est de se trouver, le plus vite possible, en position "D" sur les courbes de Christensen.

Phrase 5 : The fact that disruption can take time helps to explain why incumbents frequently overlook disrupters. (Le fait que cette rupture prend du temps explique pourquoi les fournisseurs existants ignorent souvent les entreprises de rupture sur leurs marchés.)

Il est encore trop tôt pour savoir si WizyVision sera ou non sur le radar des leaders actuels des outils DAM. Mon sentiment est qu’ils vont considérer que le marché va rester focalisé sur les besoins spécialisés et complexes des départements de communication et de marketing. Le “nouveau” marché des usages multimédia pour tous les collaborateurs d’une entreprise ne leur semblera pas porteur, et ils seraient incapables de l’adresser au vu de leurs structures de coûts.

 

Phrase 6 : In contrast, the digital technologies that allowed personal computers to disrupt minicomputers improved much more quickly. (En revanche, ce sont les technologies numériques qui ont permis aux ordinateurs personnels de perturber beaucoup plus vite les mini-ordinateurs.)

C’est l’un des avantages clefs de lancer une entreprise numérique en 2020. En proposant dès le début une offre SaaS sur un cloud public, WizyVision a la capacité de rendre ses solutions immédiatement accessibles aux entreprises du monde entier. En s’appuyant sur les meilleurs logiciels existants dans les domaines du stockage, du traitement des images et des vidéos, de l’intelligence artificielle, WizyVision est en capacité de rentrer très vite dans un grand nombre d’entreprises et d’avoir un plus grand nombre d’utilisateurs de ses solutions que les grands acteurs existants, limités au seul créneau des départements marketing et communication.

 

Phrase 7. Some disruptive innovations succeed; some don’t. (Quelques innovations de rupture réussissent, d’autres pas.)

AdS DPC failure success S 133104203Créer une entreprise est toujours difficile et parsemé d’incertitudes ! Suivre à la lettre les enseignements de Clayton Christensen et avoir tous les attributs d’une innovation de rupture n’est pas une garantie de succès ! Il faudra attendre quelques années pour savoir si WizyVision réussit à s’imposer en répondant à des attentes qui n’étaient pas couvertes par les solutions existantes.

Rendez-vous est pris en 2022 !

 

Synthèse

AdS DPC Leadership S 170209190Clayton Christensen fait partie de ces très rares personnes qui auront profondément influencé des milliers de dirigeants. Il leur a permis :

● “Disrupteurs”, de faire tomber plus rapidement les acteurs dominants.

● “Disruptés”, de mieux comprendre les risques et s’adapter pour résister aux nouveaux entrants.

Ces combats entre “disrupteurs” et “disruptés” vont s’intensifier dans les années qui viennent. Les dirigeants qui ne l’ont pas encore fait doivent impérativement lire les principaux ouvrages de Clayton Christensen et, surtout, en appliquer les principes dans leurs différents métiers.

Le monde a perdu, cette semaine, un très grand monsieur.

 


Frugalité Numérique : centres de calcul (Deuxième partie)

https://www.forbes.com/sites/forbestechcouncil/2017/12/15/why-energy-is-a-big-and-rapidly-growing-problem-for-data-centers/#588678055a30play episode download
15 de gener, per  Louis Nauges[ —]

 

AdS DPC Data Center horizontal cloud S 34080396J’ai commencé l’année 2020 par le premier d’une longue série de billets sur la Frugalité Numérique.

J’aborde aujourd’hui l’un des six domaines d’action que j’y ai identifié, les centres de calcul, Data Center en anglais.

Commencer par les centres de calcul n’est pas anodin ; c’est trop souvent sur eux que se concentre la vindicte des écologistes mal informés, qui les accusent d’être de grands méchants consommateurs d’énergie.

Ce billet démontre que faire des choix “frugaux” pour ses centres de calcul est l’une des décisions les plus positives pour la planète que peuvent prendre les entreprises, avec des impacts forts et immédiats.

 

Les centres de calcul dans le monde

La demande d’usages numériques augmente dans le monde, que ce soit pour le grand public ou pour les entreprises : ceci induit une croissance de la puissance de calcul et des volumes de données stockées dans les centres de calcul.

Ces centres de calcul utilisent de l’électricité, beaucoup d’électricité et de nombreuses personnes, qui cherchent des solutions pour réduire les émissions de CO2 s’en inquiètent, à juste raison.

Plusieurs études ont été faites sur ce sujet. Tous ces résultats sont à prendre avec beaucoup de précautions, comme le démontre la grande dispersion des mesures. Les écarts sont importants sur les chiffres de consommation actuels, ils le sont encore plus sur les prévisions à 5 ou 10 ans.

En décembre 2017, un article de la revue Forbes donne les chiffres suivants :

  • Au niveau mondial, les centres de calcul ont consommé 416 térawatts, ce qui représente 3% de toute l’énergie électrique mondiale.
  • Ceci correspond à 1,4 fois l’énergie électrique consommée au Royaume-Uni.
  • Cette consommation va doubler en quatre ans.

Andres Andrae, qui travaille pour Huawei en Suède a mené une autre étude. Elle est citée par la revue Nature en 2018 et reprise par la revue Fortune en 2019. Elle annonce que les centres de calcul ont représenté 2% de la demande mondiale d’électricité. C’est un chiffre inférieur de 33% à celui de la revue Forbes !

Le laboratoire “Ernest Orlando Lawrence Berkeley National” a réalisé en 2016 l’étude la plus complète que je connaisse (65 pages) : elle présente plusieurs scénarios d’évolution des centres de calcul aux États-Unis entre 2010 et 2020. J’y ferai plusieurs fois référence dans ce billet (étude Berkeley).

L’une des principales raisons pour laquelle il est difficile d’avoir des chiffres fiables vient du fait que la majorité des centres de calcul sont de petite ou très petite taille, dans des PME, comme le montre ce graphique tiré de l’étude Berkeley.

Berkeley servers numbers: size DC

 

Centres de calcul pour les entreprises : principales options

En simplifiant au maximum, les entreprises ont trois options principales pour leurs centres de calcul :

● Posséder leurs centres de calcul privés. C’était, jusqu’il y a peu, le choix le plus répandu. Dans les PME, on parle souvent de “salles machines”. Les grandes entreprises ont eu récemment la mauvaise idée de les renommer “cloud privé”.

● L’hébergement. Les hébergeurs, tels que OVH ou OBS (Orange Business Services) existent depuis plusieurs dizaines d’années. Ces hébergeurs mutualisent des centres de calcul, souvent plus efficients, et chaque entreprise cliente y installe tout ou partie de ses serveurs.

● Le Cloud Public. De grands fournisseurs industriels d’énergie informatique proposent aux entreprises d’utiliser cette énergie à la carte, selon leurs besoins. Les entreprises ne sont plus propriétaires de leurs serveurs. C’est un thème que j’ai très souvent abordé dans ce blog.

Centres de calcul - trois options interne  hébergé Cloud public

Dans ce billet, c’est la seule dimension énergétique de ces trois options qui est analysée.

Je ne vais pas faire durer plus longtemps le “suspense” : la seule manière pour une entreprise de réduire fortement et rapidement l’impact énergétique de ses centres de calcul est de… les fermer le plus vite possible et de basculer sur des clouds publics.

L’option hébergement est souvent plus efficace que les centres de calcul privés, mais toujours moins efficace que les clouds publics.

 

Une excellente nouvelle : les entreprises ferment leurs centres de calcul privés

Il y avait 13 millions de serveurs aux États-Unis en 2010. L’étude Berkeley propose deux scénarios principaux, concernant les évolutions du nombre de serveurs physiques :

● Le scénario Current Trends (Rien ne change). Les entreprises gardent leurs centres de calcul ; pour faire face à la croissance de la demande de traitement, le nombre de serveurs monte à 18 millions.

● Le scénario Best Practices (en pratique, Clouds Publics). Dans ce cas, le nombre total de serveurs descend à 10 millions, sans changer la capacité de traitement.

Etude Berkeley nb servers BaU Hyperscale

Ce basculement partiel sur des clouds publics réduit le nombre de serveurs physiques de 8 millions : il passe de 18 millions à 10 millions. Ceci correspond à une réduction de 45% du nombre de serveurs.

La planète ne va pas s’en plaindre…

La société d’études Synergy Research Group vient de publier, fin 2019, une étude qui confirme ce mouvement de fond : en 2019, pour la première fois, les dépenses des entreprises dans des solutions cloud ont dépassé celles pour les centres de calcul privé.

Synergy - private DC investments vs Public cloud

La planète ne va pas s’en plaindre…

 

Les serveurs OCP, Open Compute Project

Dans l’ancien monde informatique, les entreprises achetaient leurs serveurs à de grands fournisseurs historiques qui avaient pour noms Dell, HP, Lenovo, IBM…

À l’initiative de Facebook, les grands acteurs du Cloud Public ont formé, en 2011, une organisation nommée OCP, Open Compute Project. Google, Microsoft et beaucoup d’autres entreprises ont rejoint OCP. OCP met en “Open Source” les meilleures pratiques dans le domaine des matériels tels que serveurs ou disques.

Efficiencies of OCP serversCes serveurs sont fabriqués par les grands industriels chinois et coréens. Ils sont optimisés pour avoir des prix de revient les plus bas et surtout pour consommer le moins d’énergie possible. À titre d’illustration, ils ne sont pas équipés de lumières qui indiquent leur état de fonctionnement, car… personne ne regarde les serveurs dans les clouds publics, tout étant géré à distance. Ceci est très bien expliqué dans un article de la revue Nature, publiée en 2018, dont est extrait le texte ci-dessus. Un chiffre résume cette efficacité : un serveur OCP remplace en moyenne… 3,75 serveurs classiques !

En 2020, le basculement des géants du cloud public sur des serveurs OCP ou équivalents est terminé, comme le montre ce graphique tiré de l’étude Berkeley.

Unbranded servers used by hyperscale

Dans les entreprises, et de manière scandaleuse, les responsables des achats d’infrastructures ignorent et font l’impasse sur les serveurs OCP, qu’ils pourraient acheter pour remplacer les serveurs démodés commercialisés par les grandes marques historiques, déjà citées, en fin de vie.

OCP used worldwide = 50% less energy in data centersOCP estime que si toutes les entreprises utilisaient leurs serveurs, la consommation d’énergie des centres de calcul serait divisée par deux !

Et ce sont ces mêmes entreprises qui osent parler de réduire leurs impacts énergétiques et sont incapables de prendre une décision aussi simple, possible depuis plusieurs années.

Des paroles, oui, c’est facile. Des actes…

 

E-TRAP : un modèle d’analyse énergétique des centres de calcul

Les études que j’ai menées avec quelques entreprises innovantes m’ont permis d’imaginer un modèle d’analyse des performances énergétiques des centres de calcul des entreprises.

Le l’ai nommé E-TRAP : la capacité à atTRAPer” l’Energie !

Frugalité numérique - Modèle E-TRAP - Data Centers

Les principaux composants du modèle E-TRAP sont, de droite à gauche :

● Les Applications.

● Le TUS : Taux d’utilisation des serveurs.

● Le PUE : Power Usage Effectiveness.

● Le type d’énergie utilisée : Renouvelable ou carbonée.

● L’Energie totale consommée.

Les Applications

Les centres de calcul hébergent les serveurs et les supports de stockage des données nécessaires pour faire fonctionner des applications. Dans ce billet, la pertinence de ces applications n’est pas mise en cause ; ce sujet serait traité dans un autre billet, dédié aux applications.

L’objectif “Frugalité Numérique” d’un centre de calcul est clair : consommer le minimum d’énergie pour qu’une application s’exécute. Les trois paramètres TUS, PUE et type d’énergie déterminent le niveau de Frugalité Numérique obtenu.

TUS : Taux d’utilisation des serveurs

Un serveur physique consomme de l’énergie quand il est en fonctionnement, indépendamment du fait qu’une application s’exécute ou pas.

Le TUS mesure le pourcentage du temps “utile” de fonctionnement d’un serveur, c’est-à-dire quand une application est opérationnelle par rapport au temps total sous tension. Un TUS de 1 correspond au cas théorique idéal d’un serveur utilisé à 100%, un TUS de 0,1 signifie qu’une application utilise 10% du temps total d’un serveur.

Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles un TUS de 1 ne sera jamais atteint :

● Une application chargée dans un serveur n’est pas active en permanence. Une application de calcul d’un prêt immobilier par un banquier n’est utilisée que lorsqu’un client fait une demande, et reste inactive le reste du temps.

● Le taux d’usage d’une application varie beaucoup selon les heures de la journée, les périodes de l’année. L’application ‘Parcoursup” d’inscription dans les universités françaises à des pointes très fortes d’usages, selon le rythme des examens, et un niveau d’usage proche de zéro le reste du temps.

● Plusieurs techniques, telles que la virtualisation, permettent à un serveur physique d’être utilisé en même temps par plusieurs applications, pour optimiser son usage.

L’étude Berkeley a calculé le TUS selon les types de centres de calcul dans les trois familles présentées auparavant :

● Internal (Interne).

● Service provider (hébergeur).

● Hyperscale (Clouds Publics).

Server usage level by 3 familiesCe tableau donne le TUS moyen de ces trois familles, sur la période 2000 - 2010 et une estimation pour l’année 2020.

Si l’on prend ces chiffres pour 2020, un fournisseur de Cloud Public a un TUS 3,33 fois plus performant (50% vs 15%) que les serveurs gérés en interne par une entreprise. C’est un chiffre cohérent avec ceux que l’on a déjà vus plus haut.

PUE : Power Usage Effectiveness

Le PUE (indicateur normalisé par l’ISO) mesure d’efficacité énergétique d’un centre de calcul, en séparant :

● L’énergie électrique utilisée pour alimenter les serveurs, l’énergie “utile”.

● Les dépenses “indirectes” d’énergie, pour des activités telles que la climatisation ou l’éclairage.

Le PUE théorique optimum est de 1, quand 100% de l’énergie est utilisée pour les serveurs.

PUE des Clouds publics

Les fournisseurs de Clouds publics ont fait des efforts majeurs pour réduire leur PUE. Ils sont en 2020 proches de 1,1, comme le montre ce graphique correspondant à Google. On y observe des variations saisonnières liées à la météo, mais la moyenne s’établit à 1,11.

PUE Google Data Center 2008 - 2019

Améliorer ce chiffre de 1,11 est difficile ; leurs centres de calcul les plus modernes atteignent 1,07 ; des progrès peuvent au mieux réduire de 10% la consommation d’énergie électrique.

PUE des centres de calcul gérés par les entreprises

De nombreuses études ont été réalisées sur les PUE des centres de calcul gérés par les entreprises. L’une des plus complètes est menée chaque année par le “Uptime Institute”, qui interroge des milliers d’entreprises, dans le monde entier.

Le graphique ci-dessous montre l’évolution du PUE des plus grands centres de calculs privés du monde, ceux qui ont les meilleurs résultats à cause d’évidentes économies d’échelle.

PUE enterprise Uptime Institute

Les entreprises ont aussi amélioré leur PUE entre 2006 et 2014, en le réduisant de plus de 30%. Comme pour les Clouds publics, les réductions de PUE deviennent de plus en plus difficiles.

Pour l’année 2019, le PUE des meilleurs centres de calcul privés est de 1,67.

Dans les centres de calcul des entreprises grandes et moyennes, ce PUE dépasse souvent 2 et il peut atteindre 3 ou 4 dans les “salles machines” des PME ou TPE.

 

Energies renouvelables, énergies carbonées

Un centre de calcul peut être alimenté en énergie carbonée, cas le plus fréquent aujourd’hui, ou en énergies renouvelables.

Dans ce domaine aussi, les grands acteurs du cloud public font des efforts majeurs pour basculer sur des énergies renouvelables.

Le graphique ci-dessous montre l’évolution rapide de Google vers des énergies 100% renouvelables.

Google 100 % renovable energy 2018

Depuis 2017, les centres de calcul de Google sont à 100% alimentés en énergies renouvelables ou, quand cela n’est pas possible, couverts par des rachats de crédits d’énergies renouvelables.

En 2019, Google a annoncé un investissement de 600 M$ pour accroître la puissance de son centre de calcul d’Hamina en Finlande. En même temps, Google a signé un accord pour l'achat d'énergie éolienne en provenance de Suède.

Google est pour le moment le plus en avance des grands acteurs du cloud public dans sa migration réussie vers du 100% renouvelable, mais Azure, AWS et Alibaba ont pris le même chemin.

J’ai utilisé le graphique ci-dessous dans mon billet de la fin de l’année 2019 mais je le reprends ici, car il montre que les trois entreprises américaines qui, en mars 2018, avaient le plus investi dans les énergies renouvelables sont… les trois géants du Cloud public, Google, Amazon et Microsoft.

Best users USA of renewable energy

Maintenant que les trois éléments clefs du modèle E-TRAP qui déterminent la consommation d’énergie d’un centre de calcul sont compris et maîtrisés, il est possible de comparer les choix qui s’offrent aux entreprises pour améliorer la Frugalité Numérique de leurs centres de calcul.

 

R2E : Ratio d’Efficacité Energétique d’un centre de calcul

Pour mesurer le rapport entre l’énergie qui rentre dans un centre de calcul et celle qui sert à activer une application, je vous propose d’utiliser un ratio que j’ai nommé :

Ratio Efficacité Energétique (R2E).

Son calcul est très simple :

                                                         100 x PUE

R2E : Ratio Efficacité Energétique = ---------------

                                                               TUS

Un centre de calcul “énergétiquement parfait” aurait un R2E de 100, correspondant à un PUE de 1 et un TUS de 100%.

R2E d’un Cloud Public

En utilisant les chiffres présentés dans ce billet, PUE de 1,1 et TUS de 50%, on obtient, pour un cloud public un R2E de :

R2E : (100 x 1,10)/0,5 = 220

Plus de la moitié de l’énergie qui rentre dans un Cloud Public est consommée sans apporter de valeur. C’est sur le TUS que des progrès importants peuvent encore être réalisés.

Calcul du R2E d’un centre de calcul privé

En prenant l’exemple d’une grande entreprise qui a un PUE de 2 et un TUS de 15%, on obtient un R2E pour un centre de calcul privé de :

R2E : (100 x 2)/0,15 = 1333

Ce R2E devrait donner des “sueurs froides” à tous les dirigeants : l’énergie qui rentre dans un centre de calcul d’entreprise est… 13 fois supérieure à l’énergie utile !

Présenté autrement, moins de 8% de l’énergie électrique qui rentre dans un centre de calcul d’entreprise est utile, 92% est gaspillée !

 

Synthèse : basculer sur les clouds publics, c’est bon pour la planète

La comparaison de ces deux R2E est sans appel.

Une entreprise qui abandonne ses centres de calcul privés et bascule sur des clouds publics augmente dans un rapport 1333/220 = 6 son efficacité énergétique !

Si l’on tient aussi compte de la dimension renouvelable vs carbonée, le bilan est encore plus impressionnant et positif :

● Basculement sur le cloud public GCP de Google : consommation d’énergie divisée par 6, consommation d’énergie carbonée ramenée à zéro.

● Basculement sur les clouds publics AWS ou Azure, en faisant l’hypothèse qu’ils sont déjà à environ 50% d’énergies renouvelables : consommation d’énergie divisée par 6, consommation d’énergie carbonée divisée par 12.

Ces résultats sont des moyennes mondiales : les TPE et PME ont des résultats encore plus catastrophiques, et les entreprises qui disposent de très grands centres de calcul privés font... un peu mieux.

Ce dernier tableau met devant leurs responsabilités tous les dirigeants qui souhaitent passer à l’action et améliorer fortement la Frugalité Numérique de leur entreprise.

Frugalité Numérique centre calcul - Electricité & renouvelable

C’est une excellente nouvelle pour les entreprises qui ont pris la décision de basculer vers les clouds publics. En plus de tous les bénéfices que j’ai présentés dans ce blog depuis 10 ans, rentabilité, sécurité, flexibilité, innovation, OPEX… elles découvrent un maxi-bonus : cette décision les positionne parmi les championnes de la Frugalité Numérique.

Toutes les autres entreprises, qui avaient encore des doutes sur la pertinence d’une migration sur les clouds publics avant la lecture de ce billet, ont maintenant un argument “massue” qui leur permettra de dire à leurs dirigeants, leurs informaticiens et surtout à tous leurs collaborateurs :

“Nous migrons vers les clouds publics pour aider au sauvetage de la planète”.

Qui oserait, aujourd’hui, résister face à un tel argument ?

Vous ?

 

Troisième partie : les objets d'accès

Quatrième partie : les réseaux


Frugalité Numérique : première partie

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7 de gener, per  Louis Nauges[ —]

AdS DPC Souris Verte frugalité SS 61824038J’ai terminé 2019 par un long billet optimiste sur les impacts positifs potentiels de l’innovation et du numérique sur la planète.

Je démarre 2020 avec le premier d’une longue série de billets sur la Frugalité Numérique.

Je souhaiterais que ce thème soit présent dans les réflexions de tous les dirigeants et responsables du numérique au cours de cette année 2020.

 

Le numérique : bon pour l’entreprise, bon pour la planète

AdS DPC 2020 numérique with hand SS 306954428Ce préalable, très court, est indispensable avant de parler de Frugalité Numérique.

Non, non et non ! Le numérique n’est pas nocif pour la planète, comme je l’ai longuement expliqué dans mon billet de fin d’année 2019.

C’est par plus d’innovations, plus d’entrepreneuriat, plus de numérique que l’humanité peut imaginer rapidement des solutions qui permettront de mettre un coup d’arrêt au réchauffement climatique et de trouver des méthodes efficaces pour réduire les niveaux de CO2 déjà présents.

La dématérialisation de l’économie est l’option la plus prometteuse et nous en voyons tous les jours des exemples encourageants. (J’invite ceux qui ne l’ont pas fait à lire mon dernier billet).

Les ventes d’appareils de photos numériques illustrent très bien cette dématérialisation. Comme le montre ce graphique, leurs ventes se sont écroulées avec la diffusion massive des smartphones.

Digital cameras sales down

Entre 2010 et 2018, les smartphones ont réduit de 100 millions par an les ventes d’objets numériques lourds et chers. Sur cette même période, c’est environ 550 millions d’appareils photo numériques qui n’ont pas été fabriqués et vendus ! Ceci mérite une médaille d’honneur pour les smartphones avec la mention “La planète reconnaissante”.

 

Frugalité : faire mieux avec moins

Livre guide innovation FrugaleSobriété numérique, green IT, frugalité numérique, de nombreuses expressions sont utilisées pour parler d’un même thème : minimiser les impacts environnementaux du numérique.

J’ai choisi de privilégier l’expression “Frugalité Numérique” car elle porte un message positif :

La frugalité, c’est faire mieux avec moins.

A la fin de l’année 2019, j’ai eu l’occasion d’échanger avec Navi Radjou, co-auteur d’un livre passionnant et… optimiste sur ces sujets de la frugalité, dans tous les domaines et pas seulement le numérique : “Le guide de l’innovation frugale”.

AdS DPC Light bulb & tree green SS 227727671La frugalité, ce n’est pas faire moins, mais faire mieux. Des mouvements très forts, très vocaux, prônent le “numérique bashing” : le numérique, c’est mauvais pour la planète, il faut réduire ses usages du numérique, ne plus utiliser de smartphones, ne plus regarder de vidéos en streaming… Je suis en totale opposition avec ces démarches rétrogrades, comme je l’ai longuement expliqué dans mon dernier billet de 2019.

La démarche de Frugalité Numérique que je porte est tournée vers le futur, vers l’innovation, vers plus de numérique. Elle permet, en même temps :

  • De promouvoir des usages innovants du numérique.
  • De le faire en réduisant les impacts environnementaux du numérique.

Opposer ces deux idées est dangereux, pour le numérique, et pour la planète !

 

Frugalité Numérique

AdS DPC possible impossible S 52425151Aujourd’hui, les performances des outils numériques sont telles que la probabilité de ne pas pouvoir mettre en œuvre une solution numérique pour répondre à une demande des entreprises est proche de 0 %.

C'est une situation récente ; pendant longtemps, il n’y avait pas de réponses techniques à toutes les demandes de traitement, de stockage ou de transport d’information.

Toutes les barrières technologiques ont disparu. Au vu de la croissance exponentielle de la performance des outils numériques au cours des prochaines années, il sera de plus en facile de répondre à une demande d’usages numériques.

En clair, dans le domaine du numérique, l’offre est en avance sur les usages possibles.

Une entreprise peut, en 2020, répondre à toute demande de nouveaux usages numériques en s’appuyant sur la puissance des outils existants. Raison de plus pour s’interroger, pour bien réfléchir avant de formuler une demande de nouveaux usages numériques.

Deux des principaux enjeux du numérique pour la planète sont l’énergie et l’utilisation de métaux rares. Toutes les solutions numériques ne se valent pas dans leurs impacts sur l’environnement et les différences entre elles sont très importantes. Les prochains billets que je vais publier sur ce thème auront pour objectif prioritaire d’aider les entreprises à faire les choix numériques qui sont les plus positifs pour la planète.

La bonne nouvelle : il est possible de concilier innovation numérique et défense de la planète.

La mauvaise nouvelle : la majorité des solutions informatiques existantes sont… mauvaises pour la planète.

Prendre en compte la dimension Frugalité Numérique dans leur démarche de Transformation Numérique devient un impératif pour toutes les entreprises.

 

Six principaux domaines d’action

Il n’existe pas de réponses globales à la recherche de solutions numériques frugales. Il est impératif de travailler par “composants” pour trouver, cas par cas, les meilleures réponses. Les travaux que je mène sur ce sujet m’ont permis d’identifier six domaines d’action différents :

Frugalité Numérique - six composants

  •  Les centres de calculs.
  • Les réseaux, filaires et sans fil.
  • Les objets d’accès : PC, smartphone, tablette, chromebook...
  • Le stockage des données, centralisé ou distribué.
  • Les impressions.
  • Les applications.

Chacun de ces domaines fera l’objet d’un billet spécifique.

Les cinq premiers font partie des infrastructures numériques, au service du sixième, les applications. Le CTO, Chief Technical Officer, responsable des infrastructures, a un rôle essentiel dans la définition d’une démarche de Frugalité Numérique. Ce sont sur ses épaules que repose l’essentiel des décisions et des actions.

Est-ce qu’il existe un autre domaine d’action que j’aurais ignoré ? Si oui, je suis preneur de vos remarques à ce sujet.

 

Quatre familles d’acteurs


Frugalité Numérique - Quatre acteursLa réussite d’une démarche de Frugalité Numérique demande l’implication forte de tous les acteurs de l’entreprise :

  • Les dirigeants.
  • La DSI.
  • Les responsables métiers.
  • L’ensemble de tous les collaborateurs.

Les dirigeants

Devenir une entreprise frugale numérique demande beaucoup d’efforts de remise en cause d’habitudes de travail bien ancrées dans la culture de l’entreprise. Comme il est difficile de se montrer ouvertement contre une démarche qui a pour objectif d’aider la planète, les résistances seront masquées, insidieuses et plus délicates à affronter. Les dirigeants doivent être “acteurs” de cette démarche, comme ils doivent l’être pour accompagner une Transformation Numérique.

La DSI

Peu importe le nom ! DSI, Direction du Numérique ou autre, ce sont eux qui portent l’essentiel des efforts de mise en œuvre des outils et solutions numériques. Ce sont aussi eux qui verront le plus de changements dans leurs différents métiers.

Les responsables métiers

Leur domaine prioritaire de responsabilité, ce sont les applications. Maintenant que tout est techniquement possible, qu’il n’y a plus de limites à la volumétrie des données, aux calculs les plus complexes, il leur faudra beaucoup de courage pour rester raisonnable. Il n’est pas toujours facile de rouler à 120 km/h quand on conduit une voiture qui peut facilement atteindre les 250 km/h !

Les collaborateurs

Chaque collaborateur, quel que soit son métier, peut contribuer à améliorer l’impact de ses actes quotidiens sur l’avenir de la planète. Imprimer un peu moins, plus en noir et blanc qu’en couleur, garder son smartphone un an de plus, éviter d’envoyer un courriel à des listes de diffusion trop longues… ces dizaines de petits gestes, répétés tous les jours, par tous les collaborateurs donneront des résultats spectaculaires à la fin de l’année.

Une des clefs de la réussite : la fierté !

AdS DCP proud woman fierté SS 133751643Malgré les difficultés induites par une démarche forte de Frugalité Numérique, je suis très optimiste sur la réussite finale. Les toutes premières actions menées avec des entreprises innovantes et courageuses m’ont convaincu que c’était un moyen remarquable de mobiliser beaucoup d’énergies et de créer un fort sentiment partagé de fierté.

Je suis devenu frugal numérique, et j’en suis fier !

 

Matrice des rôles : domaines - acteurs

Six domaines d’actions, quatre familles d’acteurs : et si on menait un travail d’analyse pour répartir au mieux les rôles de chacun dans ces différents domaines d’actions ?

J’ai imaginé cette matrice, pour faciliter cette d’analyse.

Frugalité Numérique tableau domaines acteurs vide

J’ai placé la Direction Générale dans un rôle de gouvernance de l’ensemble de la démarche, sans essayer de lui donner des règles spécifiques par domaine d’action.

Le mode d’emploi est simple : pour chaque ligne, vous devez repartir 5 étoiles entre les trois familles d’acteurs : collaborateurs, directions métiers et DSI. Le nombre d’étoiles mesure l’importance relative de chaque famille d’acteurs, pour chacun des domaines d’actions.

Le total par colonne donne le poids relatif de chaque famille d’acteurs.

Je vous propose de distribuer cette matrice autour de vous, dans différents groupes, et de demander à chacun de vous donner ses pondérations.

Vous pouvez aussi la remplir vous-même.

Cet exercice peut être réalisé deux fois :

  • Immédiatement, avant que j’aie publié les autres billets sur chacun des domaines. Ceci permettra de mesurer la position initiale des personnes interrogées.
  • Après avoir lu tous les billets publiés ; les écarts éventuels entre les deux réponses seront intéressants à analyser.

Pour illustrer la démarche, je vous partage ma vision actuelle de cette répartition des rôles. Elle n’est en aucune manière “la” bonne réponse ! Nous avons tous des sensibilités spécifiques sur ces sujets, et c’est en comparant des points de vue différents que l’on peut avancer et faire des progrès.

Frugalité Numérique tableau domaines acteurs LN

 

Synthèse

AdS DPC Do more with less SS 276368839Faire plus avec moins dans le numérique, c’est un beau sujet qui pourrait être très fédérateur dans votre entreprise en 2020. Pourquoi ?

- C’est un thème urgent : le numérique représente entre 2 % et 3 % de la consommation d’énergie dans le monde. Il est possible d’accroître les usages du numérique tout en réduisant sa part d’usage de l’énergie dans le monde, en devenant plus… frugal numérique.

- C’est un thème porteur d’avenir : Il permet de lutter contre le pessimisme ambiant et la tentation du retour à un “monde ancien meilleur” en réduisant les usages du numérique, ce qui serait une catastrophe mondiale.

- C’est un thème porteur de sens pour tout le monde : l’immense majorité des collaborateurs des entreprises, l’immense majorité des professionnels du numérique sont conscients des défis posés à la planète et de l’urgence de mener des actions fortes pour la protéger. Ils seront tous prêts, tous enthousiastes pour suivre les recommandations qui seront faites pour que la Frugalité Numérique dans leur environnement de travail devienne un grand succès.

AdS DPC save the planet old typewriter S 290895250Difficile de trouver un thème plus fédérateur, plus porteur de fiertés, individuelles et collectives !

Je prévois d’écrire un billet séparé pour préciser comment mener une démarche de Frugalité Numérique performante pour chacun des 6 domaines du numérique.

Tout ceci devrait se transformer, d’ici à la fin de l’année 2020, en un livre dont le titre sera, vous l’avez deviné, Frugalité Numérique.

Si votre entreprise fait partie des “early adopters” qui souhaitent entreprendre immédiatement une démarche de Frugalité Numérique, parlons-en ; je suis prêt à vous accompagner !

Je l’ai déjà fait...

 

Deuxième partie : les centres de calcul

Troisième partie : les objets d'accès

Quatrième partie : les réseaux











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