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R S S : Là bas si j’y suis


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Quand une insoumise choisit sa chaîne…

17 November[ —]

Cette semaine, dans le 12ème épisode de sa revue de presse inexorablement hebdomadaire, Didier Porte pose une question cruciale : sous l'influence pernicieuse du couple démoniaque Garrido/Corbière, La France Insoumise est-elle en passe de se dissoudre dans les « unités divertissements-avec-très-peu-de-vocabulaire » de NRJ12 et W9 ?

Eh bien, il n'a toujours pas trouvé la réponse. Pas plus que ses aînés ne trouvèrent en leur temps celle à la question, tout aussi lancinante : la dialectique peut-elle casser des briques ?


Les élus français interdits d'entrer en Israël renoncent à leur voyage

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17 November[ —]
Pierre Laurent et Clémentine Autain (ici en avril 2015) font partie des sept élus français déclarés persona non grata par Israël (Renaud Khanh/ABACA)

Une délégation d'élus français devant se rendre ce week-end en Israël, les autorités israéliennes ont annoncé qu'elles interdiraient à sept d'entre eux l'entrée du territoire.

Selon le correspondant du Figaro à Jérusalem [1], la liste dressée par le gouvernement Netanyahou comprend le secrétaire national du PCF Pierre Laurent, la députée (France Insoumise) Clémentine Autain, les députés européens Pascal Durand (Verts/Alliance libre européenne) et Patrick Le Hyaric (PCF), ainsi que les maires (PCF) de Limay, Éric Roulot, et de Gennevilliers, Patrice Leclerc.

« Il s'agit des éléments les plus provocateurs », selon le ministère israélien de la Sécurité intérieure.

Il est reproché aux sept élus français d'avoir voulu rencontrer Marwan Barghouti, haut cadre du Fatah incarcéré en Israël depuis une quinzaine d'années, ainsi que le franco-palestinien Salah Hamouri, placé en détention administrative le 23 août, sans que ses défenseurs puissent avoir accès au dossier de leur client.

Nul doute que l'ensemble des élus vont se mobiliser contre cette interdiction, de même que des intellectuels français épris de liberté et de démocratie comme l'intellectuel engagé Bernard-Henri Lévy (BHL) ou le philosophe spinoziste Philippe Val.

Nous avons joint Azzédine Taïbi, maire PCF de Stains :

Des élus français interdits d'entrer en Israël : Azzédine Taïbi, maire de Stains (93)

Finalement les élus ont décidé de renoncer à leur voyage prévu samedi

Suite à une rencontre avec le Quai d'Orsay, « nous avons décidé de reporter à une date ultérieure notre délégation. En effet, la montée des pressions par le gouvernement israélien sur nos partenaires israéliens et palestiniens, sa stratégie de la tension, ne permet pas d'assurer la sécurité de la délégation », annoncent les membres du « réseau Barghouthi » dans un communiqué. « L'attitude du gouvernement israélien marque un durcissement liberticide important, un mépris de la République française et de ses élu-e-s. Pour la première fois, le gouvernement israélien a publié une liste d'élu-e-s et parlementaires français-e-s interdit-e-s d'entrée de territoire », dénoncent-ils.

Ces élus devaient se rendre en Israël et dans les Territoires palestiniens du 18 au 23 novembre pour « alerter sur la situation des près de 6 000 prisonniers politiques palestiniens ». La délégation disait vouloir rencontrer Marwan Barghouthi, haut cadre du Fatah emprisonné depuis plus de quinze ans par Israël. Elle cherchait aussi à voir l'avocat franco-palestinien Salah Hamouri, en détention administrative en Israël depuis le 23 août.

Le réseau Barghouthi, qui tiendra une conférence de presse samedi après-midi près de l'ambassade d'Israël, condamne « cette décision de l'extrême droite israélienne au pouvoir. Cette attitude a cependant permis de médiatiser la cause que nous défendons pour la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens, notamment Marwan Barghouthi et notre compatriote Salah Hamouri ».

« Nous allons refaire des démarches pour demander au gouvernement français d'appuyer une nouvelle demande d'autorisation pour rencontrer Marwan Barghouthi et Salah Hamouri dans leur prison. Comme partout dans le monde, le gouvernement français doit être plus ferme sur son exigence de liberté de circulation de citoyen-ne-s français-e-s en Israël et de liberté des parlementaires de mener leur mission d'information », ajoutent-ils.



Charles Piaget : il faut créer des collectifs égalitaires !

15 November[ —]

Charles Piaget est un des acteurs de la grande lutte des LIP dans les années soixante-dix. À 89 ans, il continue le combat ici et maintenant. L'imagination au pouvoir, le film de Christian Rouaud (2007), retrace une des plus grandes luttes sociales en France, l'histoire de LIP de 1970 à 1976. Porté par le souffle autogestionnaire de 1968, le combat des LIP rencontra un soutien populaire à travers tout le pays avec la grande manif du 29 septembre 1973, 100 000 à Besançon sous la pluie.

Au terme d'une lutte imaginative, le bras de fer fut remporté par les syndicats, un compromis fut trouvé avec les pouvoirs publics, l'entreprise repartit de plus belle. Mais en 1974, le nouveau président Valéry Giscard d'Estaing s'empressa de casser cette réussite.

On situe généralement le virage néo-libéral de la France à 1983 avec le « tournant de la rigueur ». Mais dès 1974, VGE proclamait sa « société libérale avancée » et LIP fut sa première cible. Celui qui l'affirme n'est pas un quelconque anarcho-bolchévique, c'est Jean CHARBONNEL, ministre de l'Industrie qui avait négocié avec les LIP. Selon lui, VGE et son Premier ministre Jacques Chirac « ont assassiné LIP », notamment en faisant annuler les commandes de pendulettes des tableaux de bord des voitures Renault, entreprise nationale à cette époque. Dès lors, on allait basculer d'un capitalisme d'entreprise encadré vers le capitalisme financier qui domine tout aujourd'hui.

En première ligne dans cette lutte, Charles Piaget n'a jamais cessé de lutter et de faire partager son expérience. Un bien précieux pour qui refuse la collaboration avec le système du Président des riches.

01. Logique patronale contre logique salariale

Dillah Teibi : Votre nom est lié à la lutte des LIP ...

Charles PIAGET : Oui, on a été connus à cause de la lutte de Lip. Moi, maintenant, je ne suis pas vraiment syndicaliste puisque je n'ai plus renouvelé ma carte à la CFDT depuis les années 1980, lorsqu'il y a eu le changement d'orientation. Aujourd'hui , je suis dans une association qui lutte contre le chômage : Agir ensemble contre le chômage.

D.T. : un mouvement qui lutte contre le chômage, or Édouard Philippe, le Premier ministre, lui, dit que la réforme du Code du travail, c'est justement pour lutter contre le chômage.

C.P. : C'est un mensonge terrible, ça n'a rien à voir. Ça fait des années qu'on connaît un chômage énorme, ça va continuer. Ce gouvernement, c'est l'horreur, on devrait se lever pour dire toute l'horreur que ça représente. On rappelle que le travail humain, c'est la seule richesse de toute l'humanité. Et on se permet tranquillement d'avoir des millions d'heures de travail perdues avec le chômage. On s'en fout. Qu'est-ce qui s'est passé en 1975-1976 avec Giscard d'Estaing ? Enfin, le libéralisme avait triomphé, et il l'a dit à la préfecture de Besançon. C'est encore écrit dans les textes : maintenant, nous n'aurons plus l'obligation de faire des emplois, maintenant nous créerons des emplois s'ils sont hautement rentables, sinon nous n'en créerons pas. Autant spéculer, autant faire travailler l'argent sur autre chose. Donc on n'est plus dans la même économie. Alors, oui, le chômage va continuer de s'étendre. Et là, toujours les trucages, les mensonges. Les États-Unis annoncent : ça y est, on est au plein emploi. 8 millions de chômeurs, c'est fini. En fait, quand on regarde leurs statistiques, ils ont plus de 25 millions de personnes qui ne sont plus répertoriées, donc qui ne sont ni en études, ni en formation, ni en rien, mais qui n'ont pas déclaré qu'ils étaient au chômage.

D.T. : Ce qui est le cas aussi en France, il y a beaucoup de personnes qui ne sont plus dans les radars.

C.P. C'est ce qu'ils appellent le « halo », il y en a environ 2 millions. Et puis, que voulez-vous, le chômage, c'est la faute à pas de chance, c'est comme ça, on ne peut pas faire autrement. Voilà tout ce qu'on a. Maintenant, c'est un épisode de plus. La loi Travail continue de renforcer le libéralisme économique au détriment du vivre-ensemble et des protections sociales. En gros, pour eux, le vivre-ensemble c'est : débrouillez-vous pour le faire fonctionner. Nous, on n'a pas à participer à ça, on a gagné de l'argent, ce n'est pas pour le foutre là-dedans. On en est là.

D.T. : Vous avez quitté la CFDT, qui était la CFTC auparavant, pour quelle raison ?

C.P. : A partir des années 1980, quand Nicole Notat a commencé à nous expliquer l'histoire des deux logiques… j'ai commencé à comprendre.
Nicole Notat a dit : il faut qu'on essaye de s'entendre. Il y a la logique patronale, on la comprend tout à fait, il y a une concurrence, etc. Il faut donc la reconnaître, elle est comme ça, on doit l'admettre. Et par ailleurs, il y a la logique des salariés. Il faut qu'on arrive à trouver un terrain d'entente. Moi, j'ai eu envie de lui dire : au niveau de l'esclavagisme, il y avait deux logiques. Il y avait les esclaves et il y avait les planteurs qui avaient leur logique. Donc il faut respecter la logique des planteurs. Le problème d'ensemble est qu'on a affaire à un système qui, lui, broie les êtres humains parce que c'est la recherche continuelle du profit, de la puissance…

D.T. : Vous en avez terminé avec le syndicalisme, pourquoi pas la CGT ?

C.P. : Le syndicalisme (je ne sais plus si c'est Gramsci qui le disait) a une tendance à la collaboration, à céder du terrain. Parce que ce n'est pas simple, on le sait. Mais il y a des limites. La CFDT, la CFTC, n'en parlons pas. FO est quant à elle une organisation très instable, par moment ils sont assez étonnants au point de vue de la lutte et puis à d'autres moments ils repartent dans un autre sens. Donc pour le moment, je pense que le syndicalisme est représenté par la CGT et par Solidaires.

D.T. : Aujourd'hui, vous prendriez votre carte à la CGT ou à Solidaires ?

C.P. : Je la prendrais pour le moment à Solidaires. La CGT, c'est le syndicalisme historique, il est à respecter. Mais on l'a connu à Lip, on sait qu'ils sont trop disciplinés, c'est un système trop hiérarchique, avec ceux qui savent et ceux qui doivent suivre. Ça, on en a souffert. On avait un peu ça aussi à la CFDT, mais pas autant.


02. « Macron, c'est le capitalisme start-up, le capitalisme californien, pourvu que le libéralisme tourne. Point. »

Dillah TEIBI : En septembre, il y a des manifestations à l'appel de la CGT, il y a la manifestation des Insoumis le 23, vous allez manifester ?

Charles PIAGET : Bien sûr. Ma fille, qui me stimule, est encore plus battante que moi. Elle m'a dit : « Je viens te chercher ! » Oui, d'accord. Là-dessus, ça va. Tant que je pourrai encore… Parce que je sais que c'est important. Je sais qu'on dissimule la vérité.

D.T. : En même temps, on peut faire tous les reproches à Emmanuel Macron, on peut faire tous les reproches à Édouard Philippe, sauf un, celui de mentir. Là, ils sont clairs.

C.P. : Exact, ils l'avaient annoncé. Ce n'est pas comme François Hollande et bien d'autres. Macron, lui, c'est vrai qu'il n'est pas du tout comme Fillon ou Sarkozy. Lui, c'est plutôt le capitalisme start-up, le capitalisme californien. Les histoires d'homosexuels, etc., il s'en fout. Mais sinon, c' est très libéral, que les gens se démerdent avec leurs possibilités, pourvu que le libéralisme tourne. Point. C'est donc un capitalisme encore plus cinglant, même s'il va apparaître comme plus libéral du point de vue de la société. Mais socialement non, il veut tout remettre à plat et revenir sur tout ce que les salariés ont pu obtenir. On en est là. Ces gens-là s'auto-intoxiquent. Ils arrivent à croire finalement qu'ils sont des gens supérieurs. Ils arrivent à croire qu'ils sont capables, eux, de créer des richesses. Alors que, s'il n'y avait pas la société, Macron mourrait parce qu'il n'aurait même pas la capacité d'arriver à se nourrir. Donc ils ont besoin de cette société pour créer et exploiter des richesses, avec des inégalités fantastiques. Le fondement, c'est qu'il y a un groupe assez réduit d'employeurs qui sont les donneurs d'ordre. Les 500 ou 700 multinationales sont quand même celles qui détiennent l'orientation générale. Après, les autres sont obligés de suivre les règles du jeu qu'elles imposent. Il y a des employeurs qui arrivent à faire quelque chose d'intéressant à un petit niveau, avec des gens salariés qui travaillent avec eux, de même, il y a des coopératives. Tout ça, c' est encourageant, ça montre que c'est possible. Mais, pour le moment, on est sous la coupe des grandes orientations imposées par les grandes multinationales.

D.T. : Comment réagissez-vous, du haut de vos 89 ans, face à cette France d'aujourd'hui ? On va regarder du côté de l'exécutif, surtout du côté du chef de l'État, Emmanuel Macron, qui est un président mal élu. Et on va regarder du côté des patrons. Il y a encore eu l'université d'été du Medef, avec douze ministres qui s'y sont présentés. Et le Medef, c'est 8 % du patronat français. On a donc deux locomotives : le chef de l'État et le Medef, l'un mal élu et l'autre qui ne représente pas tous les patrons.

C.P. : C'est la loi du genre. J'imagine un peu les premiers groupes humains. Il y avait probablement un peu de différences entre eux, mais ça ne pouvait pas être très important. Et puis il y a eu la construction de la sédentarisation, les cités. Et ça a commencé. Il y a eu celui qui avait un peu plus de troupeaux que les autres, un peu plus de terres, et il a accaparé. Ça a commencé comme ça, par l'accaparement, les marchands. Un capitalisme s'est créé, et partout il y a une minorité qui l'emporte largement et les autres qui subissent. C'est une continuation. Il y a eu l'esclavage, le servage, le salariat. Le salariat, c'est ça, c'est exploiter. Alors que ça pourrait être autre chose. Je lis dans le journal : « les entreprises sont en train de préparer les besoins des êtres humains de demain ». Ah bon ? Je croyais que c'était plutôt nous, les êtres humains, qui serions à chercher quels sont nos besoins aujourd'hui. Et bien non, c'est le marché qui réfléchit en dehors de nous pour préparer ce qui sera vendu. C'est un système mortifère.


03. « Il faut créer des collectifs égalitaires »

Dillah TEIBI : Qu'est-ce qu'on peut faire face à ça, vous qui avez été emblématique dans le combat des Lip et dans d'autres luttes ?

Charles PIAGET : Ce n'est pas facile. Pour moi, il faut créer des collectifs égalitaires qui aient une façon de travailler différente de celle qu'on a aujourd'hui. Parce que ce qu'on est en train de reprocher, on peut aussi le voir dans la gauche avec le système qu'on a mis en place, les partis hiérarchisés. C'est tout ça qui est à revoir. Il faut qu'on recrée ce qu'on avait essayé de faire à Lip : créer des collectifs les plus égalitaires possibles, des milliers de collectifs qui s'attaquent aux nuisances de ce système. Il y en a plein, de nuisances, de toutes sortes. Ces collectifs-là, il faut qu'ils se coordonnent entre eux. Il faut faire attention, dès qu'on parle de leader, il y a danger. Il n'y a qu'à regarder les groupes de gauche : impossible d'arriver à se mettre d'accord. Il y a eu La France Insoumise qui a réussi à faire quelque chose, mais sinon ça chute. Essayons de réfléchir aujourd'hui à quelques points-clés qu'on doit gagner et qu'on doit obtenir ensemble. Les délégués, qu'est-ce qu'ils font ? J'étais content, parce que Martinez vient de le dire il n'y a pas très longtemps, mais on le disait en 1973. Les délégués sont pris dans des rouages, ils ont tellement de boulot à examiner les dossiers, ils n'ont pas le temps de s'occuper des gens, ils n'ont pas le temps d'aller voir les salariés, de les organiser. Nous, on avait mis en place la règle des 90/10. On avait dit : 90 % de notre énergie pour créer un collectif de salariés dans l'entreprise, et 10 % pour régler nos affaires avec notre propre syndicat, avec la direction. On n'a jamais réussi, mais on s'obligeait à faire attention à ça. Mettons notre énergie à organiser les gens. Aujourd'hui, il faut non seulement s'attaquer aux nuisances, mais commencer à créer, quand c'est possible, des embryons de la société de demain, de celle qu'on veut. C'est ce qu'on avait essayé de faire. On avait été contrés par les organisations syndicales, y compris la nôtre. Je me souviens quand ils avaient interviewé un délégué CGT qui disait : la CFDT, vous n'êtes pas d'accord. Écoutez, si les gens sont prêts à faire des choses dans la lutte, et bien c'est tant mieux ! Pendant qu'ils font des pancartes, nous, on aura le temps de réfléchir. C'était catastrophique. Il n'y a pas des intellectuels délégués syndicalistes, on est tous des intellectuels et tous des manuels. Les syndicalistes ont un petit bagage, on leur a appris un certain nombre de choses (même si on leur a appris aussi des conneries). On met ce bagage sur la table et après on est tous égaux. Après, il y a plein d'idées qui viennent d'ailleurs. Quand on a fait le point de toutes les idées qui ont surgi à Lip, on n'a pas été très heureux, il n'y en avait pas beaucoup qui venaient des délégués. La plupart de toutes les idées sont venues des autres, des salariés. Donc il faut créer des collectifs égalitaires, unitaires. On ne défend pas sa chapelle, non, on vient défendre une charte qu'on s'est fixée entre nous. On lutte contre les nuisances du système et on avancera.


04. « S'il y a leader, il y a déficit de la démocratie »

Dillah TEIBI : Qu'est-ce qui vous fait espérer aujourd'hui ?

C.P. : Ce qui me fait espérer, c'est qu'il y a eu les Indignés, les Nuit Debout. C'est tout à coup une certaine prise de conscience. Elle est encore vague probablement, mais à partir de là, ces rassemblements peuvent peut-être bousculer tous ces ego, toutes ces petites chapelles. Mais il faut déjà commencer à se transformer en charte. On ne peut pas faire des Nuit Debout pendant longtemps, on va s'épuiser. Il faut mettre en place une charte très égalitaire, créer ces collectifs dont je parle et se coordonner.

D.T. : Quand vous voyez deux manifs à l'appel de deux organisations différentes, ils pourraient marcher ensemble ?

C.P. : Voilà. On va probablement continuer dans ce genre de trucs. J'espère qu'un jour il y aura encore une lumière, une étincelle, et qu'on profitera de cette étincelle. Mais encore faut-il qu'il y ait suffisamment de militantes et militants présents pour proposer, pour montrer que c'est possible. Sinon, on continue comme ça. Un parti politique de gauche, c'est « les élections sont finies, on va préparer les prochaines ». Les élections, on s'y fait toujours piéger. Bien sûr, il faut y participer, mais ce n'est pas le problème numéro un. Le problème numéro un, c'est de créer ces collectifs égalitaires. Je ne vois pas autrement comment on peut gagner. C'est puissant, parce que, encore une fois, on a poussé à la roue depuis 1968 à créer des groupes de réflexion. Les tourneurs, vous discutez entre vous, formez un groupe. Vous êtes des intellectuels, vous pouvez réfléchir à tout ça. Et j'ai vu aussi un peu ce qu'était le comportement du leader. On m'a baptisé « leader ».

D.T. : Désolé, je vous ai présenté comme ça.

C.P. : C'est une connerie. Je disais : il faut organiser des collectifs égalitaires. Parce que le leader est marqué par son passé, par cette société et veut contrôler. Il est formaté. S'il y a leader, automatiquement il y a déficit de démocratie. Il faut donc arriver à ce qu'il rentre dans le rang. Progressivement, moi, on m'a fait rentrer dans le rang. C'était bien.


05. Mille raisons de changer ce système

Dillah TEIBI : Aujourd'hui, on a le camp d'en face, le camp des dominants qui marche ensemble, qui est structuré. Ils sont unis, eux.

Charles PIAGET : Oui, mais nous, dans la loi Travail, on pourrait continuer, à condition qu'il puisse y avoir des référendums qui soient faits pas seulement à l'initiative du patron, mais à l'initiative des salariés, sur les conditions de travail, sur les salaires, etc. Mais il n'en est pas question. On voit bien que la ligne est absolument à sens unique. Encore une fois, on va se battre dans des conditions qui ne sont pas excellentes pour nous, parce qu'il manque tout ce que je viens d'expliquer. Ce n'est pas pour autant qu'on ne va pas se battre, il faut se battre, et puis essayer de faire en sorte que ce soit profitable. Mais on a un handicap de ce côté-là.

DT : De l'organisation unitaire, de l'unité ?

C.P. : Oui. Et aussi de faire un travail syndical politique par rapport au formatage qu'on nous impose sans arrêt. Il faut se sortir de ce formatage. Pour s'en sortir, il faut qu'il y ait des informations.

DT : Quel formatage ?

C.P. : Les médias ne sont pas là pour éduquer les citoyens, ils sont là pour transmettre un système qui existe et qui est considéré comme bon pour tout le monde. À partir de là, on est imprimé et on en a plein la tête. Y compris les militants sont déformés. Alors, ceux qui ne sont pas militants, ceux qui ne font qu'écouter et n'ont pas de réflexion… Dès qu'on commence à réfléchir en groupe, ça commence à changer un peu, il y a déjà quelques notions qui commencent à apparaître. Mais il y a beaucoup à faire là-dessus. On avait essayé. Je prends l'exemple de l'information. La commission information à Lip, en 1973, achetait les principaux journaux. Ils découpaient les articles qu'ils considéraient intéressants et ils les affichaient, avec le nom du journal, pas un commentaire. On avait bien réfléchi. Les gens lisaient : oh, tu as vu ceux-là, tu as vu comment ils racontent l'affaire, c'est pas possible ! Ah, celui-là ne raconte pas mal. C'est quoi, ça ? C'est L'Aurore ! Il y avait dix mètres d'informations qui étaient changées régulièrement. C'était un apprentissage, on avait des débats, des discussions autour des articles. Il faut faire tout ça, ce que faisait Mermet et bien d'autres.

D.T. : Parlons du poids des mots. Pour parler de la même chose, certains parlent de « cotisations sociales » et d'autres parlent de « charges sociales »,

C.P. : On a vu ça dans la comptabilité. Au lieu de « charges », on a dit « dépenses ». On ne veut pas parler de « charges » parce que c'est bien un mot du libéralisme économique. On nomme « charges » la principale source de richesse. C'est un peu bizarre. En fait, quand on les entend, l'Europe ne cache pas qu'il y a des États où les salaires sont trop élevés. Avec la mondialisation, on va vérifier des salaires à tel endroit et à tel autre endroit de la planète, et montrer qu'on est trop favorisés, qu'on a des salaires un peu trop élevés en France.

D.T. : L'objectif de tout ça n'est pas caché par l'exécutif, c'est le coût du travail.

C.P. : C'est le coût du travail. Au niveau de la croissance, il y a beaucoup à dire. Il faudrait fabriquer ce qui est essentiel à l'être humain, ce que tout le monde devrait avoir pour se nourrir, se vêtir, se loger, se soigner, etc. Là, il y a des manques énormes. Et puis il y a plein de gadgets, de gaspillage. Il y a tout cela à revoir. Il y aurait une production réfléchie par les êtres humains, elle serait très différente de ce qu'elle est à l'heure actuelle. À condition qu'on sorte de ce formatage et qu'on ait débattu. Macron répète les inepties : c'est bien connu, les Français sont contre les réformes. Ce sont des inepties qu'on entend depuis quarante ans. La première fois que je l'ai entendu parler et dire qu'il souhaitait voir des jeunes Français devenir rapidement milliardaires, j'ai trouvé que c'était un âne, un con. Qu'est-ce que ça veut dire, devenir milliardaire ? Pour devenir milliardaire, il faut accaparer des millions et des millions d'heures de travail pour soi. Pour moi tout seul, il me faut des millions et des millions d'heures de travail. Est-ce que c'est normal ? Est-ce qu'on peut accaparer ? Alors que le jeune Français de Macron va faire 2 000 ou 2 200 heures parce qu'il va beaucoup travailler dans l'année, il va en accaparer des millions pour devenir milliardaire. Comment ? Grâce à des lois scélérates qui permettent de faire ça. C'est un système qui est tellement con, tellement moche, qu'il y a mille raisons de le changer.

À VOIR :

- Les Lip, l'imagination au pouvoir, un documentaire de Christian Rouaud (2007, 1h58, Les Films d'Ici)

- L'affaire LIP, un documentaire de Dominique Dubosc (1976, 1h10)

- LIP : Monique, un film de Carole Roussopoulos (1973, 25 min)

À LIRE :

- La Force du collectif, un entretien du Réseau Citoyens Résistants avec Charles Piaget (éditions Libertalia, 2012)

- « Ce que Lip peut apporter aujourd'hui », par Charles Piaget (revue L'Anticapitaliste n°47, octobre 2013)


Pour Gérard Longuet, l'optimisation fiscale est « totalement morale »

15 November[ —]

Si on faisait un film sur la fiscalité des grandes entreprises, il s'appellerait La Grande évasion. Mais attention, ne les condamnez pas trop vite, l'optimisation fiscale est LÉ-GALE, on vous dit ! Et c'est même très bien selon le sénateur Gérard Longuet, qui trouve ça « totalement moral. Quand on vous prend 80 % à 90 % de vos revenus, c'est normal de défendre les 10 % ou 20 % qui restent. » Ce à quoi il ajoute : « Ces centaines de milliards ne viennent pas dans les caisses de l'État, et bien tant mieux, parce que l'État le gaspille assez largement, et dépense de l'argent inutilement. Et donc que l'État se remette d'abord à vérifier ses dépenses avant de prendre dans l'argent des autres. » [1] Petit tour aux paradis avec Gérard Mordillat.



Michel Onfray : « Je souscris au programme de La France Insoumise, mais… »

15 November[ —]

Seconde partie [43'07] :

[La Guerre des Idées #16] Michel Onfray : « Je souscris au programme de La France Insoumise, mais… » (2/2)
par Là-bas si j'y suis

Première partie [33'33] :

Depuis l'éclipse des nouveaux philosophes, Michel Onfray est devenu l'une des figures intellectuelles les plus médiatiques du pays. Auteur clivant, extrêmement prolifique, à droite, on lui reproche son anticapitalisme radical, à gauche, on le soupçonne de s'être rapproché sur certains sujets de la droite identitaire qui fait les unes du Figaro Magazine. Issu du « nietzschéisme de gauche », Michel Onfray est aujourd'hui le représentant d'un socialisme libertaire très peu représenté autant dans le champ intellectuel que politique. Celui de Proudhon, qu'il oppose aux dérives du communisme étatique d'hier comme à celles du néolibéralisme déchaîné qui règne aujourd'hui. Ses positions sur l'islam et sur les attentats commis sur le sol français depuis 2015 ont notamment déclenché de nombreuses controverses. Ne parlons même pas, antérieurement, de son réquisitoire contre Freud et la psychanalyse, Le Crépuscule d'une idole (Grasset), qui déclencha une véritable polémique nationale en 2010.

Aux côtés d'autres publications, Onfray fait paraître en ce début novembre un nouvel essai, Tocqueville et les apaches (Autrement). Un penseur qui a servi, depuis les années 1980, aux intellectuels organiques du mitterrandisme autant qu'aux journalistes « à justifier qu'à gauche on puisse penser comme à droite, pourvu qu'on soit libéral ». Il entend ici en montrer la face sombre, le libéralisme tocquevillien n'accordant pas selon lui les mêmes droits aux minorités ou aux ouvriers qu'aux bons bourgeois blancs.

Nous avons saisi l'occasion pour revenir avec le fondateur de l'Université populaire de Caen sur ses prises de position récentes, notamment celles qui ont suscité à gauche une certaine indignation ou de graves malentendus. Ainsi de « l'abandon du peuple old school au profit des minorités célébrées par la pensée 68 » qu'aurait opéré un socialisme dévoyé, ou bien de ses propos sur l'islam et la violence qu'il assure intrinsèque au Coran. Mais aussi bien sûr de ses propos hostiles à La France Insoumise pendant la présidentielle, et notamment à Jean-Luc Mélenchon, constamment assimilés dans son discours à un courant totalitaire. Aujourd'hui, Michel Onfray a l'occasion de s'expliquer et de préciser ses positions, au calme, loin de l'agitation des machines à clashs télévisées.

[VIDÉO] (2/2) Michel Onfray : « Je souscris au programme de La France Insoumise, mais… »

- À LIRE :

Tocqueville et les apaches, un livre de Michel Onfray (Autrement, 2017)

Miroir du nihilisme. Houellebecq éducateur, un livre de Michel Onfray (Galilée, 2017)

Vivre une vie philosophique : Thoreau le sauvage, un livre de Michel Onfray (Le Passeur, 2017)

La cour des miracles : carnets de campagne, un livre de Michel Onfray (Éditions de l'Observatoire, 2017)

Décoloniser les provinces. Contribution aux présidentielles, un livre de Michel Onfray (Éditions de l'Observatoire, 2017)

Nager avec les piranhas : carnet guyanais, un livre de Michel Onfray (Gallimard, 2017)

Le désir ultramarin, un livre de Michel Onfray (Gallimard, 2017)

Décadence : vie et mort du judéo-christianisme, un livre de Michel Onfray (Flammarion, 2017)

- À VOIR :

Queimada, un film de Gillo Pontecorvo (1969)


Jack Ralite : « Renoncer au renoncement »

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13 November[ —]
[L'HUMA SI J'Y SUIS 2015] Jack RALITE : « Renoncer au renoncement »
Riposte, Boris Taslitzky, 1951 (huile peinte sur toile)

Tout tenait pour lui en trois P, Pensée, Poésie, Politique. En tissant les trois, il portait le grand souffle de l'émancipation humaine, la grande utopie, allant du concret quotidien aux grandes espérances qu'il n'avait jamais perdues de vue. En hommage, voici notre dernier entretien à la Fête de l'Humanité, le 12 septembre 2015 [20'49].

Un entretien de Daniel Mermet avec Jack Ralite, maire PCF d'Aubervillers de 1984 à 2003, ministre de la Santé de 1981 à 1983, ministre délégué à l'Emploi de 1983 à 1984, auteur avec Karelle Ménine de La pensée, la poésie et le politique (Les Solitaires intempestifs, 2015).

- La pensée, la poésie et le politique, un dialogue de Karelle Ménine avec Jack Ralite (Les Solitaires intempestifs, 2015)

- Lettres luthériennes. Petit traité pédagogique, un livre de Pier Paolo Pasolini (Le Seuil, 1975)


Le caporal Dauphin, fusillé pour l'exemple

https://la-bas.org/radioplay episode download
10 November[ —]
[REPORTAGE] Le caporal Dauphin, fusillé pour l'exemple [26 novembre 1997]
Joseph Dauphin (1882-1917)

Je me souviens encore des petites patates de Mathilde et du gros rouge de Célestin. C'était le 11 novembre, il y a juste vingt ans, à Tauves, en Auvergne, après la cérémonie au monument aux morts où il ne voyait qu'un nom, celui de leur oncle, Joseph Dauphin, fusillé de la grande guerre et jamais réhabilité. C'était leur douleur et leur lutte éperdue, la réhabilitation du caporal Dauphin, fusillé pour l'exemple le 12 juin 1917, suite aux mutineries. Ils avaient 80 ans à l'époque, il y a vingt ans, mais jamais Joseph Dauphin n'a été réhabilité à ce jour. Cette émission est à votre mémoire, Mathilde, Célestin, Joseph et à tous ceux qui mirent la crosse en l'air, nos héros à nous.

D.M.

Un reportage de Daniel Mermet, préparé avec l'aide de Raïssa Blankoff, diffusé pour la première fois le 26 novembre 1997 sur France Inter

Programmation musicale :
- Denis Tuveri et Marc Perrone à l'accordéon : La chanson de Craonne
- Hanna Schygulla : Der treue Husar


Joseph et François

Joseph Dauphin était un vaillant soldat. Né en 1882 dans une famille de dix enfants, il avait été incorporé dans les chasseurs alpins, il avait alors 32 ans, une femme et un enfant qu'il chérissait. Pour sa conduite exemplaire au combat, il avait eu la croix de guerre avec palmes, devenant même caporal. Au printemps 1917, le voici au Chemin des Dames. Le général Nivelle et l'état-major laissèrent 200 000 hommes se faire massacrer côté français, sans doute l'hécatombe la plus imbécile et la plus cynique de cette guerre. Survivants, Joseph et son copain François boivent un coup de cette affreuse gnôle qui ne manquait jamais, contre les poux, contre la peur, un coup, puis deux, puis trois, puis ils chantent, « j'ai deux grands bœufs dans mon étable… » On dit aussi qu'ils lèvent le poing, qu'ils crient « à bas la guerre, à bas Poincaré, vive la Russie, vive la Révolution ! » Depuis février, l'effervescence qui a éclaté à Petrograd gagne les esprits et les cœurs, mais Joseph et François ont-ils tenu des propos séditieux ? Ont-ils chanté l'Internationale ?

« S'ils s'obstinent ces cannibales
À faire de nous des héros
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux »

Quand il se réveille de cette cuite, Joseph s'attend à être puni, mais il ne devine pas que c'est le conseil de guerre qui l'attend et qui le condamne à être fusillé « pour l'exemple ».

C'est en juin, il fait beau, le 12 juin 1917, à la ferme de Fété près de Ventelay dans l'Aisne. Dans le peloton d'exécution, il y a François, son ami, François Brugière, du même village que lui, Tauves. François refuse de tourner son fusil contre son camarade, il sera condamné au bagne où il meurt d'épuisement quelques mois plus tard, le 12 février 1918.

Le pire, c'est lorsque les autres voient ces fusillés comme des lâches, des « morts en lâche », qui ont déserté face à l'ennemi, des couards sans honneur. Une honte qui s'étend à leurs proches et à leur famille.

Aucun des fusillés de 1917 n'a jusque là été réhabilité. Au total, sur les 600 exécutions estimées au cours de la guerre, seule une quarantaine ont été réhabilités. Une idée pour le centenaire, l'an prochain ?


Didier Porte Hebdo #11

10 November[ —]

Tu aimes que les éternels premiers de la classe se retrouvent au piquet parce qu'ils ont bâclé leurs devoirs ? Tu te réjouis quand un conseiller en com' fait la démonstration de son inutilité ontologique ? Tu kiffes les free-lance qui apprennent à hacker leur business ? Alors ce onzième épisode de « Vive les médias ! », la revue de presse inéluctablement hebdomadaire de Là-bas si j'y suis, l'organe officiel de la gauche radicalement désorganisée et fière de l'être, est fait pour toi !


RADIO FRANCE condamnée pour le LICENCIEMENT ABUSIF de Daniel MERMET après 38 ans de CDD

10 November[ —]

 (AFP) Radio France a été condamnée en appel à verser plus de 300 000 € à l'animateur de « Là-bas si j'y suis » Daniel Mermet, licencié « sans cause réelle ni sérieuse » en 2014.

En juin 2014, France Inter mettait fin à la célèbre émission Là bas si j'y suis, créée en 1989. Le journaliste producteur Daniel Mermet s'était retourné contre son ancien employeur.

Le jugement d'appel rendu le mardi 07 novembre 2017 à Paris confirme que Daniel Mermet a fait l'objet en 2014 d'un « licenciement sans cause réelle ni sérieuse », et triple les indemnités dues par Radio France.

Le groupe public doit notamment désormais verser à Daniel Mermet 139 520 € à titre d'indemnité légale de licenciement, 140 000 € de dommages et intérêts et 16 785 € à titre d'indemnité de préavis. En première instance, Radio France avait été condamnée à verser 111 000 € au titre de cette requalification en CDI et d'une indemnité de départ à la retraite.

Interrogée jeudi, la direction de Radio France n'a pas souhaité commenter cette condamnation. « Radio France s'est sciemment placée dans l'illégalité pendant près de 40 ans en ayant recours à des contrats à durée déterminée verbaux pendant 25 ans, puis écrits sans définition du motif », a souligné l'avocat du journaliste Jean-Yves Halimi dans un communiqué.

« La page est tournée », a déclaré Daniel Mermet, regrettant que le service public soit condamné mais se félicitant que la responsabilité de ses « gestionnaires » soit reconnue.

Depuis sa création en 1989, son émission militante et atypique avait su fédérer une forte communauté de fans. François Ruffin, désormais député France Insoumise, y avait fait ses débuts de journaliste, ainsi que des voix de Radio France comme Sonia Kronlund (productrice des « Pieds sur terre » sur France Culture) ou Yann Chouquet, devenu directeur des programmes de France Inter.

Depuis sa suppression en 2014, « Là-bas si j'y suis » connaît une deuxième vie sur son site Internet, où elle affiche 25 000 abonnés qui versent en moyenne 5 euros par mois.

(avec AFP)

42 nuances de libéralisme

6 November[ —]



Sommaire





Ça va continuer ainsi (avec un peu moins d'étudiants présents) jusqu'au week-end. Là, les étudiants sont enfermés dans l'école pour réaliser un enduro de projets ; interdiction de sortir de la salle, d'avoir un sac, de téléphoner, etc.…

Derrière la coolitude générale, la matraque n'est pas loin. Midi. Une table où personne ne se parle : manger vite et y retourner.
Une autre où tous regardent leur téléphone.   Mais ici, le fait que les postes des étudiants soient espionnés, les caméras partout, le pass nécessaire pour chaque mouvement, etc.… On appelle ça le Big Data. Et donc, c'est cool.

Les menaces latentes (”Telle manip qui t'amènera de grrrrrooos problèmes”. Tel comportement ”que tu risques d'énnnooormément regretter”), c'est de la motivation. Les punitions collectives à l'aveugle : du gaming.

Pendant l'épreuve du week-end, par exemple, ”le silence est de mise, de même que le travail personnel. Chaque téléphone portable qui sonne entraîne l'exclusion de toute la rangée. Dans d'autres cas, c'est la rangée de derrière qui prend pour toi, ou celle de l'étage en-dessous”. 
Du staff partout, qui ne renseigne pas ni ne conseille : il surveille. Et des caméras encore. Et ce badge pour rentrer dans les pièces, ouvrir une porte, sortir d'un couloir, aller aux toilettes.

En permanence, on rappelle que l'on est surveillé par le Bocal.

Et les affiches de consignes, partout.
Des fois que t'oublies… L'école aurait déjà coûté à Niel 20 millions. 30 de plus pour les 10 ans à venir. C'est beaucoup, mais faut relativiser : ”quand Niel s'est payé Le Monde, il a précisé que ces 35 millions représentaient la variation du cours de Bourse de son entreprise sur une seule journée [1]”.
Un coût sans doute amoindri grâce à l'apport de la fondation Free, qui était destiné à ”réduire la fracture numérique”, aux partenariats avec des entreprises et à la taxe d'apprentissage (sans diplôme reconnu, l'école peut tout de même récupérer cette taxe professionnelle) ou aux dons déductibles des impôts.
Et puis 42 propose en partenariat avec des banques des prêts étudiants, elle louera bientôt des logements étudiants en face de l'école.

Bref, 42, c'est pas non plus l'abbé Pierre. Et puis il y a la question de la qualité de la formation. Toute la com' de 42 est dans le flou. Le nombre d'étudiants postulant ou reçus fluctue d'un document à l'autre et même le nombre d'étudiants sur place est difficile à connaître sérieusement. Le très respecté Massachusetts Institute of Technology (MIT) a expérimenté l'apprentissage uniquement par MOOC et en a conclu que le taux de réussite avoisinait… les 4 % !

Le président de la principale association des professions du numérique [2] est lui aussi critique : Ça n'empêche. Le président Hollande est venu visiter l'école. Le président Macron aussi. Pendant la campagne présidentielle, plusieurs candidats se sont affichés à 42. Rien d'innocent à cela : 42 fait des émules. Elle ouvre une succursale à Lyon. Le président Les Républicains de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, a annoncé que la région compte investir quelque cinq millions d'euros par an. Une 3ème école 42 a ouvert dans la Silicon Valley, en Californie.

Sur le même modèle, une école a ouvert en Roumanie et cet automne devrait ouvrir l'École des nouvelles technologies de l'information et de la communication de Reims. 

L'éducation et la santé sont parmi les plus prometteurs pour la compétitivité et l'amélioration de l'action publique.
Dans l'enseignement supérieur, les MOOC ont d'ores et déjà conquis les plus prestigieuses universités du monde et conduisent à repenser en profondeur la façon même dont sont dispensés les savoirs et leur adéquation avec les exigences du marché du travail. [3]

   





C'est le grand jour. Devant 42, une petite queue d'étudiants de tous âges. Certains avec des valises à la main, d'autres les mains dans les poches. Des étudiants d'autres années ont revêtu le T-shirt ”staff 42” et accueillent les nouveaux venus.

Un nom, un prénom, une photo et te voilà muni du pass (un rectangle blanc, vierge des deux côtés) nécessaire pour te déplacer dans l'école. Effectivement, on ne me demande ni diplôme, ni justificatif, ni même une pièce d'identité.

À l'intérieur, c'est déjà animé dans les ”clusters”, trois grandes salles identiques (une à chaque étage), plutôt basses de plafond, éclairage agressif, remplies de rangées d'ordinateurs. Un peu moins de 300 ordinateurs par salle. De grands Macs avec claviers querty et en fond d'écran, en référence à un roman de SF2, le message ”don't panic”.

Les salles sont assez remplies. Il s'agit de s'installer à un poste de travail et ouvrir une session. On la ferme en fin de travail. On peut la rouvrir n'importe où. Il n'y a pas de lieu de travail dédié.

Il est d'un usage courant qu'à la pause de midi ou le soir, des groupes d'étudiants fassent le tour des ordinateurs inactifs à la recherche d'une session mal fermée.
Malheur alors à l'étudiant peu précautionneux. L'ensemble de son travail sera vraisemblablement détruit, les paramètres modifiés rendant à peu près impossible à l'étudiant de reprendre ensuite son boulot.
Loin de condamner la pratique, la com' interne de l'école valorise cette bonne leçon car tout programmeur se doit de ne jamais laisser une session ouverte.

La plupart des étudiants sont déjà plongés dans leurs cours. Presque aucun écrit. Tous regardent des vidéos en silence (le port du casque audio est obligatoire).
À ma droite, un cowboy tatoué, à ma gauche, une joggeuse. Face à moi, l'écran rouge barré de Keep Calm. Pas de consignes, pas de notices. Dans un coin de l'écran, un petit fichier « read me ». Je respire. Je clique dessus. Ça y est, mon apprentissage commence.

L'ordinateur plante immédiatement.

Après plusieurs tentatives infructueuses pour démarrer ma session, je vais au secrétariat où l'on m'explique qu'il y a des petits problèmes techniques et administratifs qui devraient s'arranger dans la matinée.
Quelques minutes plus tard, nouvelle tentative. J'entre dans la pédagogie du 21ème siècle ! J'ai changé de place. À ma gauche, un hardeux, à ma droite, une trans.
Je relance Read Me.
Suit une vidéo d'accueil qui m'explique où aller chercher d'autres vidéos sur l'intranet.  Les cours en ligne (les MOOCs) sont présentés sans ordre ni hiérarchie. Quelques considérations générales sur la pédagogie, puis ce sont des instructions pratiques : mémorise ça, tu vas en avoir besoin aujourd'hui.

2ème MOOC. Le directeur pédagogique, pardon, pédago, de 42, Olivier Cruzet, cause de la pédagogie de l'école. Bienveillante et ouverte. Mais les menaces sont aussi permanentes : ”vous seriez amené à le regretter”, ”des répercussions contre vous”.

Et Olivier conclu : ”42, c'est une communauté. Vous faites partie d'un tout”.

Je suis un nouveau MOOC recommandé par Thor.
J'y apprends qu'en langage emacs, pour quitter, on fait CtrlX et CtrlC ; pour sauver, CtrlX+ctrlS, etc.…

Quand j'en suis rendu au ”header du 42” qui se fait en CtrlC+CtrlH même après avoir fermé (CtrlZÉRO) l'écran que tu avais coupé en deux (Ctrl3), je ne sais toujours pas, dans le fond, à quoi sert le langage emacs, en quoi il est différent des autres langages.

Un autre MOOC, un autre gars, une autre démonstration en Intern2.



Toujours un peu de menaces : ”Ça va pas l'faire”. ”C'est moins 42”, ”tu serais amené à le regretter”, ”n'oublie pas que le bocal (le secrétariat de l'école), à tout moment, peut voir ce que tu fais”.

Et des lignes de codes.

[bocal@mac3 8] /500>rm-rf
ce qui signifie « tout effacer ».

Midi. Je descends dans la Cantina. C'est-à-dire la cafét', où les étudiants viennent manger leur commande du food truck ou ce qu'ils ont acheté aux distributeurs. Autre table. Beaucoup de légendes sur des hackers. Et des histoires de sanctions arbitraires, les taches d'intérêt général en punition et les bonnes blagues du staff. Et puis les souvenirs de soirées à thème. Et puis on checke beaucoup. 







Quelques semaines plus tard, Pôle m'écrit :

Petite déception à mon arrivée à Pôle Emploi : je ne suis pas convié à un tête-à-tête. Nous sommes tout un groupe.

Tous plus ou moins en fin de droit.


Rapidement, je m'aperçois que personne n'est passionné par la programmation. Ni la créatrice de bijoux, ni l'intermittent du spectacle, ni l'ancien technicien de surface.
Par contre, le stage de l'école 42 permettrait aux chômeurs de prolonger leurs droits pendant un an.

Après la réunion, je discute avec Rachid :


Pôle nous fait signer un contrat en blanc. On remplit notre part. En face, il y a juste le nom de l'école.



J'ai contacté un responsable syndical FSU de Pôle Emploi pour causer de 42 :



Y'a pas. Non seulement, ces chômeurs ne veulent pas vraiment s'en sortir, mais les syndicalistes de Pôle Emploi ne savent pas reconnaître une démarche désintéressée d'un grand patron.






Xavier Niel a monté l'école 42 avec Nicolas Sadirac, patron de plusieurs écoles privées d'informatique, pour ”complètement révolutionner le système éducatif [...] qui ne marche pas [avec] un enseignement enfin en capacité de répondre aux réalités économiques, [car] nos universités proposent des formations pas toujours adaptées aux besoins des entreprises”.



Niel et Sadirac s'appuient sur le travail de grands chercheurs pour développer leur projet : Deleuze, Rancière, Castoriadis…
Nan, j'déconne.

Il s'agit de théoriciens souvent américains qui ont mâché les pédagogies alternatives du 20ème siècle (Freinet, Montessori ou les enfants de Summerhill), ont ajouté un peu des acquis des neurosciences et beaucoup de modernité libérale pour recracher un curieux mélange de pédagogies progressistes, de rejet de l'État et d'éloge du marché : l'émancipation devient la liberté, l'autonomie devient l'individualisme…
Dans le panthéon pédago de 42, on trouve des vedettes de l'informatique (Mark Zuckerberg ou Bill Gates), des critiques anglo-saxonnes de la pédagogie actuelle, l'Institut Montaigne ou Cameron Herold, pour qui il faut ”élever nos enfants pour être des entrepreneurs”.

On arrive maintenant à un sujet important de l'exposé de Charlie : le portrait du patron et vedette de l'école, Xavier Niel.




Tout à son enthousiasme, Charlie a fait un peu fausse route.
À mon avis, va falloir que Charlie retravaille la partie ”enfance du patron”.

Allez Charlie, on va t'aider :

Xavier, qui est le gendre de Bernard Arnault, a fait sa scolarité dans le privé. Très jeune, il se lance dans le minitel rose, les peep-shows et les sex-shops. Il y fait fortune. Passe à travers des poursuites pour proxénétisme (mais est condamné pour abus de biens sociaux).



Depuis, Xavier a créé des sites à succès, investi à tout-va dans plein de sociétés. Il est co-propriétaire du Monde (le journal). Il a monté une holding avec le très libéral chef d'entreprise Charles Beigbeder, le fondateur de Meetic et Arnaud Dassier (qui a beaucoup œuvré dans les campagnes de Chirac en 2002 et Sarkozy en 2007). Ensemble, ils participent au financement du site de droite et d'actualités Atlantico.
Xavier a soutenu très tôt Emmanuel Macron.

Et puis, surtout, Xavier, c'est le patron de Free.



Charlie reprend :
”Donc, Xavier, c'est un milliardaire. Y'en a, ils s'achètent des voitures de luxe, lui, il se paie une école. Chacun son truc, quoi !”

Il marque tout de même un temps pour qu'on puisse à loisir admirer la générosité du bonhomme.

Alors tu vois, ”l'école, elle fait un buzz énorme. Y'a beaucoup de demandes. La sélection, parmi les 40 000 candidatures annuelles, se fait d'abord par un test de logique en ligne puis par l'épreuve de la piscine”.
Charlie conclut sur ”piscine” avec un petit mouvement de sourcil et un sourire narquois.
Car Charles (dit Charlie) a fini. C'est le tour de Catherine (mais on dit Kate) qui va nous parler de la piscine.



Habillée tout en noir, cheveux blonds tirés en arrière, Kate ne sourit pas.
Elle pousse le menton en avant, les mains croisées dans le dos, les jambes un peu écartées pour garantir l'assise.

Assez vite il paraît évident qu'elle copie la représentation dans le cinéma du formateur de commando de Marines.



Tu patauges. Tu regardes des moocs (des cours en vidéo).
Tu cherches sur Google et tu essaies de trouver des aides chez les autres étudiants qui, d'ailleurs, t'évalueront. C'est complété par une évaluation en ligne. Sur quels critères ? ”C'est un peu comme la recette du coca = c'est un secret”, assure Kate.

Kate parle une langue qui me paraît délicieusement exotique :

Dans les clusters, faites attention au volume sonore, parce que s'il y a trop de volume,”tout le monde reçoit des pop-ups d'alerte et ils vont être vénères contre vous” parce que c'est ”du moins 42, les pop-ups”, c'est ”un shift. Ça, ça va pas l'faire”.
”Comme de pomper le code de quelqu'un d'autre en prog. D'autant que, en même temps, trouver par soi-même, ça fait plein de background positif. C'est du best practice. Si c'est juste trouver sans comprendre, c'est moins 42, c'est du moins 42 et c'est un shift”.
”L'esprit corporate, c'est du fulltime mais, après le debrief, les gratifications, elles vont aux leads sur les challenges en fonction du feedback.
Ça peut être touchy, sometime.”

Voilà que la réunion touche à sa fin. Mais une surprise nous attend : nous allons passer tout de suite les tests d'évaluation.



Nous voilà dans une salle pleine d'ordinateurs, sans consignes. Sur les écrans, des petits cubes de couleur dont certains sont marqués d'un signe. Pas d'indications. En cliquant par-ci par-là, à toi de trouver ce qu'on te demande.
À force de cliquer à peu près au hasard, je découvre que certains signes ont une fonction et qu'en les agençant bien, on programme un enchaînement de petits mouvements qui emmènent un triangle d'un endroit à un autre.
Mon voisin, ancien cadre supérieur au service compta d'une grande marque, cheveux soignés gominés en arrière et beau costume, est livide, perdu dans cet exercice aux contraintes invisibles, et se liquéfie.

Au bout de deux heures, j'ai passé 11 ou 12 niveaux. Plus que la plupart de mes camarades d'infortunes. Je m'en réjouis un peu. C'est l'esprit gamer de 42 qui me gagne.






En fait, vois-tu, il y a des petits rayons de soleil, même dans les existences les plus mornes. Et c'est heureux.

Regarde par exemple : moi.

Voilà qu'en plein milieu d'une journée morose de chômeur, je reçois un courrier de Pôle.
”Pôle”, c'est Pôle Emploi.
Comme on se côtoie depuis longtemps, je l'appelle maintenant par son prénom.
Pôle, donc, m'écrit pour me proposer une formation en programmation informatique à l'école 42.
Alors, oui, bon, j'ai jamais demandé à faire une formation en programmation informatique. Mais à choisir, c'est plus proche de mes capacités qu'une formation en domptage de lion, qu'un stage en fission nucléaire ou en bénédiction papale.
A priori, en tout cas.

Et puis c'est l'école 42 !



Mais si, je suis certain que ”école 42”, ça résonne vaguement quelque part dans tes souvenirs. C'était l'été 2013. Les gros médias avaient parlé de cet ”ovni” qui ”révolutionnait” la pédagogie, cette ”école de la seconde chance” aux ”pratiques pédagogiques révolutionnaires”, véritable ”pied de nez à l'Éducation nationale”. L'école ouverte par le patron de Free accueillerait sans distinctions sociales, d'origine ou de diplôme tous les étudiants motivés et en ferait, gratuitement, des champions de la programmation en phase avec le monde du travail et l'économie grâce à une pédagogie toute nouvelle, égalitaire et horizontale, de l'autonomie et de l'apprentissage par projet, qui renvoyait la pédagogie actuelle à la préhistoire.

Elle était En marche, quoi. En un mot : une école macronienne.



Les médias ont dit ”oh !”, ils ont dit ”ah !”. À l'heure où les universités françaises sont à la ramasse dans le classement de Shanghai, c'est tout de même chouette que les patrons français se saisissent du problème de l'école.

Et du coup, cette journée morne et tristouille soudain s'éclaire : Pôle me proposait – si j'arrivais à passer la sélection – de devenir un super programmeur, un hacker d'excellence, un pirate du numérique. Si ça, c'est pas une seconde chance, pour un pauvre chômeur comme moi ?! Si ça, c'est pas un rayon de soleil ?!

J'ai retaillé mon CV. “Hobby : faire de l'informatique“. Capacité personnelle : “capacité d'autonomie et d'apprentissage“, et j'ai postulé auprès de Pôle pour changer de vie.



Pôle m'annonce la bonne nouvelle : ma candidature est retenue. Profitons de l'invitation de l'école pour aller voir sur place ce petit miracle pédagogique.



L'école 42, sur la petite ceinture parisienne, masque sa silhouette classique par une grande structure extérieure en matériaux légers qui lui donne une allure assez chic. Mais non, c'est pas du cache-misère – qu'est-ce que tu es médisant ! –. C'est une valorisation à moindre coût. C'est neuf, tout neuf. Gris sur gris. Pas de faute de tons.



Dans le hall d'accueil, les étudiants, looks relax, passent leur badge pour entrer. Les portillons s'ouvrent dans un bruit de soufflets et une voix numérique les accueille : ”Wouff. Bienvenue Philippine”. ”Wouff ! Au revoir Joachim”.

Déco indus chic. Conduits d'aération à l'extérieur des murs, coffrage façon acier et rivets visibles. Métal poli et plein de petits spots. Ça brille de partout sur du métal gris. On se croirait dans un garage, mais un garage Habitat.

Enfin, Habitat qui aurait fait péter le budget déco : aux murs, on se mouche pas avec les doigts. On trouve affichés des originaux des champions de la contre-culture street-art (Ernest Pignon-Ernest, Villeglé, Mesnager, Speedy Graphito, Blu, le très bancable JR, Invader ou Obey, et même Bansky).
”Wouff ! Bienvenue Wilfrid”.
Vigile discret mais attentif et accueil façon hôtel avec un gars en blazer devant un écran au “desk accueil”.

”Wouff ! Bienvenue Augustin”.
Dans un coin, un ”arbre à skates” follement ”Silicon Valley”.
”Wouff ! Au revoir Sarah”.

Je suis cueilli à l'entrée avant d'avoir fait trois pas dans l'école : vous venez pour la formation Pôle Emploi ? Rejoignez les autres là-bas. Un peu le sentiment d'aller au piquet ou d'être mis de côté, pas de la maison. Mais bon, j'ai pas de badge qui fait ”wouf” moi.
Je rejoins ”là-bas” le groupe de chômeurs venus changer de vie grâce à l'école 42 (qui, c'est vrai, dénote un peu dans ce paysage fait de coolitude jeune).

 

Charles, trentenaire cool vient nous chercher. ”On va à l'amphi”. Il accompagne son invitation d'un mouvement circulaire d'un quart de tour, petit déhanché, les index des deux mains d'un même mouvement façon stand up américain, nous indiquant le couloir au fond, à côté des toilettes.

Nous traversons le hall. En fond, on entend encore les soufflets des portes d'entrée.

”Wouf ! À bientôt Betty”, ”Wouf ! Bienvenue Thomas”.

On passe par une petite terrasse. Quelques automates pour faire du sport ; quelques chaises et tables pour manger rapidement entre deux lignes de code.



Rapidement, c'est important. Pour optimiser la pause déjeuner, outre une batterie de distributeurs de nourriture, les étudiants peuvent ouvrir depuis leur poste de travail une petite appli pour commander en ligne au ”food truck” garé dans la cour de l'école et ne descendre manger leurs frites et leurs hamburgers que lorsqu'ils seront informés que les repas sont prêts.

Nous voilà dans l'amphi. Une série de poufs aux couleurs acidulées disposés en demi-cercles. Charles va nous briefer.



Et pour commencer, Charles s'appelle ”Charles”, mais ici, on dit ”Charlie”. C'est le chargé des inscriptions pour l'école.
Charlie nous présente l'école.

”Le monde a changé et l'école, c'est toujours un prof et un tableau. L'enfer, quoi !” Mais pas 42, ”dont la pédagogie est totalement novatrice” : de la ”pédago par projet [4]”, l'apprentissage se fait en ”peer-to-peer” (comme les échanges horizontaux en informatique) : pas de cours, pas de profs, corrigé par les autres élèves.
La pédagogie est ”gamifiée” sur le mode des jeux vidéos : les “étudiants-joueurs récoltent des points d'expérience” dans les “levels du cursus” et décrochent des ”​achievements​” qui ”valorisent la composante fun et sociale de leur apprentissage”.




[1] Gilles van Kote, du Monde, cité par L'Express

[2] Régis Granarolo, président du MUNCI, Mouvement pour une Union Nationale et Collégiale des Informaticiens, dans un chat sur « lesmetiers.net », 21 janvier 2015

[4] Un peu comme chez Freinet dans les années 1920


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