HOME > RSS > BLOGS France > MARELLE Radio

R S S : MARELLE Radio


PageRank : 1 %

VoteRank :
(0 - 0 vote)





tagsTags: , , , , , ,


Français - French

RSS FEED READER



Penser lʼurbain par lʼimage

http://www.hortensesoichet.com/fr/ecrits-textes-marches-et-ralentissements/play episode download
25 March, by marellezap@gmail.com (Pierre Ménard)[ —]

Le webdocumentaire Researching a City a été présenté en décembre 2016 à la Maison de la Poésie à l'occasion de la rencontre Cartographies sensibles de la ville #1 : Représenter la ville autrement, en présence de Bernard Bèzes (Chef de la cartothèque IGN), Anne Jarrigeon (anthropologue et maîtresse de conférences École d'Urbanisme de Paris), Héloïse Desfarges (chorégraphe, Débordante Compagnie) et Thomas Clerc (écrivain), et Vivianne Perelmuter (cinéaste). Douze femmes, artistes et chercheuses issues de différentes disciplines (anthropologie, architecture, dessin, cinéma, photographie, sociologie) s'associent pour explorer visuellement la ville de Hambourg.

À l'automne 2014 les artistes et chercheuses du Groupe Transversal du Labex Futurs Urbains « Penser l'urbain par l'image » se retrouvent à Hambourg pour un atelier expérimental au croisement des arts visuels et des sciences sociales.


Ce webdocumentaire regroupe trois expériences différentes sur la ville :

Itinéraire Hafen City, par Cécile Cuny et Alexa Färber

Ce projet porte sur le livre HafenCity Hamburg : Neue öffentliche Begegnungsorte zwischen Metropole und Nachbarschaft (Springer Verlag, 2010), qui réunit une équipe de six photographes pour documenter les usages des espaces publics dans la HafenCity, un nouveau quartier de Hambourg construit à partir des années 2000 sur d'anciennes friches du port.

Réalisé avec la complicité de deux photographes, Martin Kohler et Maria NIFI Xerisoti, ce projet consistait à revisiter le terrain de ce livre tout en interrogeant les conditions de la collaboration entre les photographes qui y avaient participé, en s'inspirant librement de la méthode des itinéraires emprunté à Jean-Yves Petiteau.

« Faire un itinéraire, c'est suivre le trajet d'un inconnu, écouter son récit et observer ses déplacements, ses comportements, ses émotions, et ses états d'âme.

La journée de l'itinéraire est le moment de l'acquisition du récit, un moyen d'accéder aux connaissances du terrain par le biais de ceux qui le vivent et le connaissent. La journée de l'itinéraire est l'une des « opérations et performance mobilisées par le chercheur pour accéder aux phénomènes qui l'intéresse »

Lors du déroulement de cette journée, l'auteur de l'itinéraire, le chercheur et le photographe se déplacent dans l'espace pour découvrir ce que l'auteur de l'itinéraire va leur apprendre. « Le parcours n'est pas seulement un rituel de mobilité, c'est la mise en superposition de plusieurs énonciations qui se réfèrent à l'histoire. » [1]

Le territoire prend alors deux dimensions, il est l'espace parcouru, mais il est aussi l'espace vécu par l'auteur de l'itinéraire, et son récit, son histoire peut nous faire vivre un lieu résolu, un lieu du passé. Il nous livre alors en superposition un présent et un passé, un territoire parcouru et un territoire souvenir. » [2]

In situ / on line, par Anne Jarrigeon, Hortense Soichet et Lucinda Groueff [3] Cette expérience interroge les représentations spatialisées de l'urbain en faisant se confronter deux modes d'exploration visuelle de Hambourg : l'une conduite dans la ville elle-même et l'autre sur Internet dans l'espace cartographique et photographique construit par Google Street View. Les échanges ont été enregistrés et mis en perspective par la caméra de la cinéaste Vivianne Perelmuter, réalisatrice du Vertige des possibles, et son montage de l'ensemble des matériaux produits lors de cette collaboration.

Pas à pas à Saint Pauli, par Florine Ballif et Yuca Meubrink

L'exploration du quartier de St. Pauli à Hambourg selon quatre thèmes prédéfinis par un groupe de sociologues et d'anthropologues lors d'une marche collective enregistrée sous la forme d'un diaporama de photographies et de dessins : l'identité sociale et culturelle, la gentrification, les contestations et les vitrines. « La marche permet que l'espace urbain s'offre au regard, la photo et le dessin révèlent ainsi le territoire et livrent au chercheur autant d'empreintes pour se repérer. »

« À l'aire de la mobilité généralisée, de l'accélération et des poly-déplacements, la marche impose un rythme alternatif au dictat de la vitesse. Si la lenteur est de rigueur dans cette pratique déambulatoire, certains artistes pour qui la marche est devenue le medium de prédilection appréhendent une variété de rythmes conséquents aux contraintes imposées ou rencontrées. Qu'ils soient inhérents au paysage traversé ou bien relatifs au processus d'enregistrement utilisé, ces ralentissements semblent contribuer à modifier la perception de la trajectoire pratiquée. Car si l'utilisation d'un outil d'enregistrement impose des ruptures au sein d'une marche régulière, la constitution même du territoire peut conduire à ralentir. Mais comment ces ralentissements interviennent-ils au sein des processus artistiques en marche ? En quoi un ralentissement conséquent à l'utilisation d'un appareil d'enregistrement diffère-t-il de celui relatif aux obstacles rencontrés ? » [4]


[1] Petiteau Jean-Yves, Pasquier Elisabeth. La méthode des itinéraires : récits et parcours In Michèle Grosjean, Jean-Pierre Thibaud. L'espace urbain en méthodes. Marseille : éd. Parenthèses, 2001. p 64.

[4] Hortense Soichet, Marche et ralentissement. Étude à partir de quelques déambulations , Revue Geste n°6, dossier spécial « Ralentir », novembre 2009, pp150-159


L'archipel des friches

http://www.liminaire.fr/mot/photographieplay episode download
25 March, by marellezap@gmail.com (Pierre Ménard)[ —]

En voyant la photographie ci-dessous Martine Silber me rappelle la série Lost du photographe anglais Stephen Gill.

PNG - 746.5 ko
Une direction à prendre... ou à laisser ! Pont du Carrousel, Paris 7ème.

Un portfolio que j'avais découvert il y a quelques années et qui est à l'origine d'une série de photographies sur le même sujet que je souhaite développer au fil du temps, avec l'idée de les confronter avec des cartes et des plans qu'on peut apercevoir sur chaque image prise.



Sur son carnet de route et d'écriture, Le Vent des rues, l'auteur Étienne Rouziès a lancé fin janvier un projet d'exploration des voies restées blanches sur Google Street View :

« Lorsque dans Google Streetview vous vous déplacez sur la carte pour aller voir à quoi ressemble un lieu, les rues que vous pouvez visiter virtuellement sont rehaussées de bleu. Mais là où la voiture Google n'est pas allée, les voies sont restées blanches. Son texte La rue où Google s'est arrêté en résume les grandes lignes :

Cela ne veut pas forcément dire qu'elles sont complètement invisibles (on a souvent une perspective, une vue d'ensemble) mais lorsque vous voulez avancer dans une rue « blanche » vous vous heurtez vite à un mur de verre qui vous empêche d'aller plus loin. L'exploration s'arrête net. Google vous propose de partir en arrière ou de faire un saut par dessus la rue. Tout un univers vous échappe et vous restez devant votre écran comme devant un mystère, au seuil d'un autre monde. Comme devant un poème dont on voudrait trouver la clé. »

Ce travail sur les friches numériques fait apparaître une cartographie inversée de la ville.

Ce projet rappelle immanquablement l'entreprise de Philippe Vasset dans son texte Un livre blanc, paru chez Fayard, en 2007, où l'auteur est parti voir ce qui se cachait dans les zones laissées en blanc, vierges de toutes indications, qui émaillent la carte de la région parisienne. Quel est ce réel que les cartographes n'ont pas su ou voulu représenter ? Philippe Vasset propose un voyage inattendu, fascinant et perecquien dans l'envers des villes et aux limites de la littérature.

Dans l'un de ses derniers parcours photographique il décrit sa dérive dans Olot, autour de ce qu'il nomme l'archipel des friches : « Juste après le pont, je décide d'emprunter une route goudronnée qui n'apparaît même pas en zone blanche sur StreetView. La veille j'avais été intrigué au loin par une petite tourelle envahie de végétation dont la fenêtre avait une forme de serrure. J'y approche l'œil. »

Je vous laisse découvrir sur son site ce qu'on trouve sur place après avoir traversé « une zone peu engageante, jonchée de détritus mêlés aux lierres. »

JPEG - 71.7 ko
Cartographie des voies blanches par Étienne Rouziès

Je ne peux également m'empêcher de rapprocher ses zones blanches à celle trouvée par Cécile Portier dans notre texte commun : Le Passage du désir.



Le film Ici prochainement de Christophe Atabekian produit dans le cadre de la Biennale Art grandeur nature 2008, centré sur le quartier de la « Petite Espagne » à Saint-Denis est une réflexion sur un projet de ville vu au travers le prisme poétique et souvent burlesque, d'un rêve administratif : les archives municipales (règlements, échanges de courrier avec les administrés) sont lues en regard des images contemporaines des lieux des anciennes manufactures et dans les derniers champs de laitues au pied des tours.

JPEG - 87.3 ko
Christophe Atabekian. Ici prochainement. 2008

Le quartier de la « Petite Espagne » à Saint-Denis est une mémoire vivante de l'histoire de l'immigration espagnole en France au cours du XXème siècle. Ses rues, ses bâtisses et ses commerces portent les traces des événements qui ont marqué la communauté au cours des décennies. Sa situation même, à quelques centaines de mètres du stade de France, dans une zone urbaine en pleine mutation, lui confère, tant sur le plan de l'architecture, de l'urbanisme que de sa population, un caractère insulaire et un pouvoir évocateur d'une grande puissance poétique, historique et humaine qui sont à l'origine de ce projet.

Jicky Baron me fait remarquer sur Facebook que « la boîte à panneaux fait un peu cercueil. »

PNG - 691.5 ko
Chercher son chemin et trouver un bon plan. Place du Palais Royal, Paris 1er.

Par certains côtés en effet le panneau évidé pourrait presque rappeler la cuve du cercueil de Pacherienaset dans le département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

Les représentations à l'intérieur de cette cuve de cercueil, déesse du ciel levant les bras pour supporter un pilier sur lequel est inscrite une formule d'offrandes ; de part et d'autre du pilier deux faucons représentent les formes d'un dieu entouré par deux personnages momiformes. D'autres divinités ont pris place tout autour. La partie inférieure est occupée par une très étonnante représentation de l'Océan primordial, sous l'aspect d'un génie de l'inondation agenouillé. Une pluie constituée de minces filets d'eau terminés par des croix de vie tombe sur lui, en provenance du ciel au-dessus de lui. Enfin une liste sélective des zones géographiques marécageuses propices à la chasse, complète cette riche iconographie. L'ensemble livre une image de l'univers, dans ses dimensions spatiales et temporelles, dans un jeu de concordances et d'oppositions subtil.


Le tour du monde en 360 degrés

https://www.franceculture.fr/emissions/tout-un-monde/comment-peut-etre-romandplay episode download
25 March, by marellezap@gmail.com (Pierre Ménard)[ —]

Je suis invité à mener le samedi 1er avril 2017 un atelier d'écriture et de création à la bibliothèque André Breton d'Aubervilliers, dans le cadre du Festival Hors limites 2017.

Depuis sa création le festival Hors limites assume pleinement ses origines ; né en Seine-Saint-Denis pour les lecteurs du 93 et porté par l'Association des bibliothèques du département, il valorise depuis toujours une littérature remuante et ambitieuse, complexe et vivante, auprès d'usagers qui ne le sont pas moins. Programme complet disponible en ligne.

En créant, en hommage au livre Le tour du jour en quatre-vingts mondes de Julio Cortázar, le tumblr et le groupe Facebook et le Pearltrees, j'ai tenté de rassembler une communauté d'auteurs-explorateurs s'embarquant pour des expéditions virtuelles dans Google Street View !

Partez, vous aussi, à l'occasion de cet atelier, à la (re)découverte de vos lieux favoris, de vos itinéraires quotidiens ou d'escapades fabuleuses, des excursions que vous auriez envie de (re)faire, des trajets que d'autres ont faits avant vous, des endroits que vous espéreriez habiter, de vos territoires vécus, de vos territoires rêvés… devenez autonautes de la cosmoroute et ramenez-en le plus beau des carnets de voyage ! Certaines personnes ont-elles une tête de Véronique ? Les Romain diffèrent-ils des Olivier ? Comment devient-on une Mathilde ? Les résultats d'une étude franco-israélienne publiés récemment, déterminent que nous ressemblons à notre prénom. Des volontaires photographiés en France et en Israël ont été associés environ 4 fois sur 10 à leur vrai prénom lorsque des individus se voyaient proposer une liste de quatre choix. Tout porte donc à croire qu'il existe une association entre visage et prénom. Les gens s'efforceraient de « ressembler à leur prénom ». Ce que l'on nomme effet Dorian Gray. Notre prénom s'imprime-t-il vraiment sur notre visage ?

Remettre en jeu la notion de lieu.

Les cartes sont des partitions de musique, mais certaines d'entre elles s'inscrivent dans le temps comme des lignes d'écritures. Elles proposent un enchaînement d'actions à accomplir dans un lieu qui reste à trouver.

Toutes ces images fabriquent ensemble une mosaïque qui nous invitent à reconsidérer notre propre perception du déplacement, à observer nos trajets et nos repères dans la ville et dans nos représentations de l'espace quotidien.

Les lieux qu'on connaît bien, qu'on arpente depuis des années, mais dans lesquels il y a déjà longtemps qu'on n'est pas retournée, les donner à voir autrement, tenter de leur donner une autre dimension, les réinventer. Seul le regard a ce pouvoir de métamorphose.

Ces photographies de visages d'hommes aux yeux grands ouverts renvoient à cette incertitude, cette indécise ligne de partage tout juste expérimentée. Ces œuvres nous font ainsi passer de l'autre côté de l'image et du miroir, par leur fragilité même qui ne manque pas de résonner en chacun de nous.

Les cartes ne sont pas des calques du territoire mais des opérations mentales. Toute carte décrit le monde autant qu'elle le révèle.

Jamais terminé dehors, rien ne va plus, plus rien ne va. Mes petits travaux
mes manies, dedans dehors. Les fils mélangés malgré l'éloge c'est la multiplication, parfois ça déborde les fils, les séparer un jour. Les réparer.

Le regard se faufile dans la perspective et glisse d'immeuble en immeuble. La lumière arrête le temps l'espace d'une éclaircie.

L'habitude maladive de s'attacher au connu est suffisamment répandue par ici. Là où la logique est affirmative et triomphante, il faut travailler ses échecs, nourrir ses obstacles et se fixer d'autres objectifs que la transparence du langage. Le moindre échec, il faut en prendre soin. Sans lui, aucune confrontation n'existerait en nous ; avec lui, l'obstacle trouve un visage. Se sentir honnête, c'est le refus du soupçon. Non parce qu'il n'y a plus de chemin mais plutôt parce que tous les chemins ne mènent à rien. Maintenant je dévale une route invisible, j'ignore ce qui m'entoure mais je fais face. La seule possibilité, dans cet ordre d'idées, est de demeurer maître des faux pas.

« Aucune existence du présent sans présence du passé, écrit Michel de Certeau, et donc aucune lucidité du présent sans conscience du passé. Dans la vie du temps, le passé est à coup sûr la présence la plus lourde, donc possiblement la plus riche, celle en tout cas dont il faut à la fois se nourrir et se distinguer. » [1]

Et pour finir ce périple, prendre de la hauteur, la ville se dévoile et nous délivre.


[1] Michel de Certeau, L'écriture de l'histoire, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2002


Le corps du monde

http://www.liberation.fr/debats/2018/02/09/une-nouvelle-declaration-d-independance-du-cyberespace_1628377play episode download
11 February, by marellezap@gmail.com (Pierre Ménard)[ —]

Ciné-concert Vertigo d'Alfred Hitchcock à la Philharmonie de Paris. Un moment partagé en famille qui nous replonge six ans après notre voyage à San Francisco, dans les lieux du film que nous avions tenté de retrouver sur place. Dans le chef-d'œuvre d'Alfred Hitchcock, la ville joue un rôle central, elle constitue l'arrière-plan caractéristique de ce drame interprété par l'envoûtante Kim Novak et le tourmenté James Stewart. Pour accompagner cette histoire d'amour fou réalisé par Alfred Hitchcock, le musicien Bernard Herrmann livre l'une de ses plus partitions les plus troublantes où le sac et ressac d'une musique fait écho à la quête obsessionnelle du héros à la recherche du fantôme de son passé. Le thème du double structure le film, cette dualité se retrouve dès le prélude, avec son thème mystérieux, fluide, hypnotique. Une suite mélodique de notes qui tournent sur elles-mêmes en spirale et nous donne le vertige, ou la peur du vertige. Un ensemble de cuivres aux accords graves et dissonants vient ponctuer ce thème et renforcer l'impression de chute. Bernard Herrmann associe avec subtilité ces deux éléments que tout oppose.



Dans les jours anciens, les mythes étaient les histoires que nous utilisions pour nous expliquer, mais comment pouvons-nous expliquer la façon dont nous nous détestons ?

Les choses à partir desquelles nous nous sommes construits, la façon dont nous nous brisons en deux, la façon dont nous nous compliquons nous-mêmes ?

Mais nous sommes toujours mythiques.

Nous sommes toujours piégés en permanence quelque part entre l'héroïque et le pitoyable.

Nous sommes toujours pieux, c'est ce qui nous a rendu si monstrueux. Nous avons juste l'impression d'avoir oublié que nous sommes beaucoup plus que la somme des choses qui nous appartiennent.

Brand New Ancients , Kate Tempest

« On n'a rien sans rien : j'avais voulu toucher d'un peu trop près le corps du monde, à ce petit jeu-là je ne sais d'autre façon de jouer qu'en engageant mon corps et en posant ma main sur l'autre, fût-il multiple. J'avais donc outrepassé mes forces. La cinquième édition du Dictionnaire de l'Académie française, de 1811, donne et illustre du mot « œuvre » toutes sortes de définitions subtiles et doctes dont un certain nombre ont sombré corps et biens dans le temps, entendez dans les guerres qui se sont succédé depuis en élargissant chaque fois leur échelle, leur raffinement et le nombre de cadavres qu'elles charrient et restent sans mémoire. Ainsi de celle-ci : « On dit, Gagner les œuvres de miséricorde, pour dire, Faire certaines actions de charité, comme d'assister les pauvres, de visiter les malades, etc. Et dans le style familier, Un homme fort retiré, ou malade, qui reçoit la visite d'un autre, lui dit, Vous venez gagner les œuvres de miséricorde. » Peut-être en ai-je gagné quelques-unes, si toutefois les instances terrestres qui se mêlent d'interpréter les voies du ciel consentent à faire entrer dans cette catégorie celles de mes activités qui au premier coup d'œil n'y entrent pas, ce dont je doute. Mais il y a mieux, plus encore oublié, tombé en désuétude, voire forclos : « On appelle aussi Œuvres de surérogation, Tout ce qu'on fait au-delà du devoir, ou au-delà de ce qui est nécessaire pour l'affaire dont il s'agit. Ce sont des œuvres de surérogation dont on se passerait bien. » Je crains donc d'avoir passé les bornes, d'avoir aussi gagné les œuvres de surérogation alors que, naturellement, personne ne me demandait rien. »

Mathieu Riboulet, Les Œuvres de miséricorde, Verdier, 2012.

Se coucher en se demandant s'il neigera toute la nuit et se lever au matin, le sommeil ayant effacé le souvenir de la neige, entrer dans le salon, volet ouvert, la pièce emplie d'une inédite luminosité, se tourner vers la fenêtre, découvrir le jardin totalement recouvert de neige, les branches des arbres ploient sous d'épais coussins neigeux, leurs troncs redessinés par un liseré blanc qui en modifie la forme et l'élan, plus rien ne permet de différencier le sol et le gazon, tout est blanc, comme une page où tout reste à écrire. En sortant dans la rue ce qu'on perçoit d'abord c'est le silence ouaté qui envahit la ville. Tout est ralenti. Les transports en commun suspendus, retardés, parfois annulés. Les voitures et les camions bloqués sur les routes enneigées. Incapables d'avancer. Tout ce qui d'habitude est en mouvement, en flux, s'arrête soudain, une remise en cause impromptue de nos modes de vie pressés, le rythme même du temps de travail en question. Les entreprises ou les services publics doivent fermer plus tôt leurs portes pour laisser à leurs employés le temps de rentrer chez eux. Mais cette neige est aussi un révélateur, un outil d'« optimisation de la gestion » urbaine : la neige expose en effet nos trajets quotidiens, redessine le paysage urbain et révèle sous un jour nouveau l'anatomie des rues de nos villes. Le sneckdown ou améneigement (contraction des mots anglais snowy (enneigé) et neckdowns (saillie de trottoir)), l'étendue révélée par l'enneigement, permet une réflexion sur la gestion de nos villes. Une reconfiguration de l'espace public. La neige redessine en autant de lignes de désir, l'anatomie des rues de nos villes.

Éclats de verre au sol, do la si sol, qui craquent sous les pieds et crispent le corps tendu comme un arc de verre, qui glisse, esquisse un pas de danse, bras en l'air équivoque, escamoté au risque de tomber plus bas, avancer à pas lents, ça marche, continuer à chanceler. Les cantonniers frappent le sol de leur bêche, coups réguliers, répétés, tout en parlant de la neige et du verglas, ils laissent sur le sol libéré de la glace des petites encoches qui strient le bitume abimé. Une femme, manteau noir, bonnet cachant ses longs cheveux bruns, se fige derrière les grilles du parc enneigé, elle observe en silence la neige dans la lumière, pluie d'une poudre translucide, sucre glace provoqué par l'effet boule de neige, la chute d'un amas de poudreuse trop lourd sur la branche d'un arbre, immobile elle fixe cette étincelante poussière froide, à la recherche d'une vérité qui la dépasse, la pétrifie absolument.

John Perry Barlow est décédé le mercredi 7 février 2018. Il avait 70 ans. Il écrit en 1996 la déclaration d'indépendance du cyberespace : « Nous sommes en train de créer un monde où tous peuvent entrer sans privilège et sans être victimes de préjugés découlant de la race, du pouvoir économique, de la force militaire ou de la naissance. Nous sommes en train de créer un monde où n'importe qui, n'importe où, peut exprimer ses croyances, aussi singulières qu'elles soient, sans peur d'être réduit au silence ou à la conformité. Vos concepts légaux de propriété, d'expression, d'identité, de mouvement, de contexte, ne s'appliquent pas à nous. Ils sont basés sur la matière, et il n'y a pas ici de matière. » Olivier Ertzscheid publie dans Libération Une nouvelle déclaration d'indépendance du cyberespace. C'est une autre forme d'analphabétisme algorithmique qui nous dit quoi lire. Son texte se conclut par ces mots : « Il est temps de nous réveiller et de préparer notre exil. » Quelles solutions nous reste-t'il ? Continuer à être dupe ou à se laisser tromper ? Détourner les yeux ? Continuer à promouvoir sans rien laisser paraître des services qui sont aux antipodes de ce qu'on est vraiment, de ce qu'on écrit, de ce à quoi l'on croit, ce qui compte pour nous, en laissant croire qu'il n'y a pas d'autres moyens pour toucher le plus grand nombre ? Mais pourquoi vouloir toucher le plus grand nombre ? Pourquoi de cette manière ? Dans cette urgence. Position inconfortable quand, pendant des années on a largement profité de ces outils, qu'on les a aidés à se développer (en engageant de plus en plus de monde à les utiliser, à nous y rejoindre sur les réseaux sociaux, à y diffuser du contenu de qualité, venant nourrir le vide de leurs interfaces qui, on le sait depuis longtemps, ne sont rien sans nous, notre contenu et notre attention. Alors, que faire ? Entrer dans la clandestinité ? S'exiler ? Combattre ? Oui mais comment ? Code is poetry. Mais aujourd'hui c'est à un autre niveau que cela se situe. Il s'agit d'un enjeu de société, d'une question politique. L'avenir est trouble, incertain. Il est temps d'entrer en résistance. Hacker la société. Avec les mots ?

« Écrire sur les images, c'est écrire, bien sûr. C'est d'abord écrire. Pourquoi d'abord ? Parce qu'on n'écrit pas après avoir pensé à ce qu'on a vu. Parce qu'on pense pendant que l'on écrit, du fait même d'écrire. Parce que c'est en écrivant que notre regard se déplie, se délie, devient sensible à nous-mêmes, pensable et lisible aux autres. Avant cela, l'œuvre d'art est, en face de moi, l'étrangeté même, l'étrangeté centrale à tout regard. »

Georges Didi-Huberman, Aperçues, Minuit, 2018











mirPod.com is the best way to tune in to the Web.

Search, discover, enjoy, news, english podcast, radios, webtv, videos. You can find content from the World & USA & UK. Make your own content and share it with your friends.


HOME add podcastADD PODCAST FORUM By Jordi Mir & mirPod since April 2005....
ABOUT US SUPPORT MIRPOD TERMS OF USE BLOG OnlyFamousPeople MIRTWITTER