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Inégalités : le débat n'a toujours pas eu lieu

23 May, by Observatoire des inégalités[ —]


Le débat public sur les inégalités et la solidarité n'a pas toujours la clarté requise et, le moins que l'on puisse dire, c'est que la campagne présidentielle n'aura pas contribué à l'éclairer. Le thème n'était, certes, pas absent de certains programmes, mais, au cours de cette campagne, sa capacité à structurer des oppositions ou des convergences a été étrangement inopérante.

Il y a pourtant urgence. La persistance du chômage, le renforcement de la précarité, en particulier pour les moins qualifiés, auquel a répondu par ailleurs une indécente augmentation des très hauts revenus, ont composé un paysage social de plus en plus contrasté et ont nourri, non sans raison, un sentiment d'injustice croissant. Depuis le tournant de la rigueur en 1983 et le développement de la financiarisation de l'économie, le revenu moyen des 1 % les plus aisés a de fait augmenté de 100 % et celui des 0,1 % de 150 %. Dans le même temps, le reste de la population active a dû se contenter d'une augmentation de 25 %. Les 1 % les plus riches se sont approprié 21 % des fruits de la croissance totale, contre 20 % pour les 50 % les plus pauvres [1]. Si, depuis 2011, la situation a évolué - les rendements financiers s'étant atténués et la pression fiscale sur les plus riches s'étant légèrement accentuée (ils continuent donc de s'enrichir, mais plus au même rythme que dans les années 1990 et 2000) - il reste que, depuis la crise de 2008, le niveau de vie des classes moyennes n'augmente plus et que cette stagnation des revenus est inédite. Dans un contexte où les ressources de la solidarité sont sous tension pour des raisons budgétaires et où le parti a été pris d'accorder la priorité aux plus défavorisés, cela a entraîné une frustration grandissante des classes moyennes. Nous savons bien que, dans le même temps, le niveau de vie réel des plus pauvres n'a pas cessé de baisser, que les inégalités, en France, n'ont donc pas simplement augmenté par le haut, mais qu'elles se sont aussi creusées par le bas ; cela n'empêche pas les plus fragiles des ménages appartenant aux classes moyennes d'estimer qu'ils sont les laissés-pour-compte de la solidarité publique.

Les inégalités, creuset du vote conservateur

De telles évolutions sont problématiques en elles-mêmes et parce qu'elles peuvent avoir des conséquences politiques et sociales fâcheuses. Selon de nombreuses études, l'augmentation de la pauvreté et des inégalités n'entraîne pas nécessairement un soutien politique plus grand en faveur de la solidarité. Avec le renforcement de la perception des injustices sociales ambiantes, les riches et les plus défavorisés tendent à devenir plus conservateurs sur le plan social [2]. Ce conservatisme peut prendre différentes formes cependant et tendre dans deux directions distinctes qui semblent en passe de s'imposer comme les termes principaux d'une unique alternative en matière de solidarité.

Une solidarité sous conditions

Dans un cas, ce conservatisme consiste à penser que le maintien d'un État véritablement protecteur suppose un repli sur des formes identitaires de solidarité. La résurgence de la question des frontières, dans le cadre de la campagne présidentielle, peut aussi se comprendre ainsi. S'inscrivent dans cette optique plusieurs propositions du FN, tel que le projet de taxe additionnelle sur l'embauche de salariés étrangers présenté comme devant assurer la « priorité nationale à l'emploi des Français » ou la volonté de mettre en place un « délai de carence » de deux ans au bout duquel les étrangers nouvellement installés en France auraient droit aux prestations sociales, qu'ils aient un emploi ou non (proposition aussi défendue par Les Républicains). Cette évolution témoigne d'un durcissement généralisé des attitudes à l'égard des plus fragiles, d'un désir d'externaliser la précarité en la faisant peser sur plus fragiles que soi ; cela prend notamment la forme d'une sorte de tri que certains voudraient opérer sur la base de critères douteux entre ceux qui méritent l'assistance et ceux qui ne la mériteraient pas. Dans le cas du FN, la réduction de l'extension de la solidarité passe par une ethnicisation des critères d'éligibilité, sur fond de suppression du droit du sol.

Une solidarité à l'épreuve de la concurrence

Dans l'autre cas, on assiste à une réduction non pas de l'extension de la solidarité, mais de son intensité. Cette orientation s'articule assez naturellement à une politique économique de soutien apportée à l'offre, avec une insistance particulière sur les thèmes de la compétitivité, de la flexibilité et de la responsabilité. Elle s'est peu ou prou incarnée à travers les différentes moutures de la dite « troisième voie », chère au New Labour de Tony Blair, au SPD de Gerhard Schröder, et au sociologue Anthony Giddens. Ce que nous savons aujourd'hui, c'est que la critique de l'État-providence capitaliste reste sans doute à mener concrètement, mais qu'il est peu probable que son dépassement doive se faire au bénéfice du « workfare state » [3]. Nous disposons désormais d'un recul qui nous permet de dire que cette troisième voie, qui se voulait une réponse à la révolution conservatrice des années Reagan et Thatcher, s'en est révélée être, sur le plan économique, l'écho à peine affaibli. Ce libéralisme individualiste, qui exalte les vertus de la responsabilité et du mérite personnels en feignant d'ignorer que toute réussite individuelle est toujours largement tributaire d'infrastructures collectives et institutionnelles, a ainsi contribué à un affaiblissement de la protection sociale, à une fragmentation de la relation d'emploi et à une augmentation de la précarité. Il a permis le renforcement des protections dont peuvent jouir ceux qui parviennent à trouver leur place dans les processus mondialisés de la croissance et accru la vulnérabilité de ceux qui s'en font déloger ou ne peuvent s'y maintenir ou y pénétrer qu'en acceptant des conditions de travail et de rémunération inacceptables.

Ouvrir enfin le débat

Prisonnier de cette alternative, le débat nécessaire sur les inégalités et les formes nouvelles des politiques de la solidarité peut difficilement s'engager. On peut le regretter et espérer qu'il ne soit pas trop tard.

Emmanuel Macron a pris un engagement fort lors de son discours du Louvre. S'adressant aux électeurs de Marine Le Pen, il a déclaré qu'il ferait tout « pour que, dans les cinq prochaines années, ils n'aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes ». En ce qui le concerne, cela commence peut-être par la reconnaissance que la baisse d'intensité de la solidarité a contribué fortement à son resserrement identitaire et à son ethnicisation, que le libéralisme individualiste ne peut être une solution au problème qu'il a contribué à faire naître ou qu'il n'a pas su empêcher.

Patrick Savidan, président de l'Observatoire des inégalités, professeur de philosophie politique à l'Université de Paris-Est Créteil et auteur de Voulons-nous vraiment l'égalité ?, Albin Michel, 2015.

Tribune parue le 11 mai 2017 dans Libération.

Photo / droits réservés.


[1] Bertrand Garbinti, Jonathan Goupille-Lebretand, Thomas Piketty : « Income Inequality in France, 1900-2014 : Evidence From Distributional National Accounts », WID.World Working Paper n° 2017/04.

[2] Nathan J. Kelly, Peter K. Enns, « Inequality and the Dynamics of Public Opinion : The Self-Reinforcing Link Between Economic Inequality and Mass Preferences », American Journal of Political Science, vol. 54, n°4, oct. 2010, pp. 855-870.

[3] À la différence du « welfare state » (État-providence), le « workfare state » désigne un modèle social exigeant des bénéficiaires de l'aide sociale qu'ils exercent une activité en contrepartie de leur allocation, NDLR.


Pour défendre l'égalité, les jeunes ont du talent

23 May, by Observatoire des inégalités[ —]


La vidéo « Un jeu de société » met en scène des enfants jouant à une nouvelle version d'un célèbre jeu de société avec des règles aussi injustes que conformes à la réalité sociale. Réalisée par l'agence Herezie Group pour l'Observatoire des inégalités, elle a fait un véritable « buzz » avec plus de 15 millions de vues en dix jours, tous médias confondus. Les vidéos amateurs réalisées chaque année dans le cadre de notre concours annuel n'obtiennent pas une telle audience. Pourtant on y trouve quelques trésors : la sensibilité des jeunes face aux inégalités s'y exprime avec force. Vous auriez vraiment tort de passer à côté.

« Mets-toi à ma place », réalisée par Mina Bayade, Fezla Halidi, Cheima Mnioulat, Daloba Bangoura, Nanbitou Fadiga, Mundeba Martine et Kone Sitan (Association Ville Simplement, Rezé).

Drôles, émouvantes, militantes, originales, solidaires... les vidéos que nous avons reçues lors des quatre dernières éditions de notre concours sont autant de supports que vous pouvez voir, revoir et utiliser comme bon vous semble. Pour vous, mais aussi pour alimenter des débats, des interventions, des cours... Leur grand intérêt est de présenter la façon dont les jeunes voient les inégalités et envisagent la façon de lutter contre elles. Un regard ouvert que le monde des adultes aurait tort de traiter avec cynisme en voyant parfois une certaine naïveté dans l'appel à davantage de solidarité qui traverse ces œuvres. Des représentations qui doivent plutôt enjoindre à une forme d'optimisme pour les générations qui ont dépassé l'âge du concours.

« Femme au volant mort au tournant », par Gasnier Hugo, Lesigne Donovan, Renoult Sophie, Rousseau Pauline, Bouquin Dylan, Dugué Tom, Kosmalski Nicolas, Devaux Oriane, Legendre Lola, Thaflet Lise et Saout Axel (Lycée Touchard Washington, Le Mans).

Le prix « Jeunesse pour l'égalité », qui a fêté ses quatre ans, récompense chaque année des créations visuelles (vidéos, photos, affiches…) réalisées par des jeunes entre 11 et 25 ans sur le thème des inégalités. Si chaque année, l'angle d'approche change, la thématique reste la même : où en sommes-nous des inégalités ?

« Amoureuses dans l'interdit », par Hyacinthe Lohro & Audrey Hadjadje (Lycée Joseph Savina, Tréguier).

Le rejet des discriminations, l'homophobie, les inégalités de santé, d'éducation ou d'accès au logement, les inégalités entre femmes et hommes ou entre milieux sociaux sont autant de sujets qui reviennent chaque année mais qui sont pourtant traités de manière très personnelle et tout le temps renouvelée : #LesJeunesOntDuTalent et pour vous le prouver, voici une sélection de quelques œuvres qui vous ont peut-être échappé !

« Halte à tout », réalisée par Hugo Jacquelin, Margot Indirli, Arthur Mouille, Clément Neel & Azzam Abdelaziez (Lycée Guillaume Fichet, Bonneville).
« Ouvre la porte au changement », réalisée par Garazi Garijo Sancet, Zuberoa Glaría Ansó, Ainhoa Laínez Lanchetas, Irene López Martínez, Haizea Salanueva Beldarrain, Ane Usechi Nuin, Sara Zapata Ortiz de Apodaca, Paula Etayo Urtasun, Maialen Aizpun De la Peña, Nahia Garaikoetxea Salinas, Leire García Araujo, Alicia García Murillo (Lycée Eunate BHI, Pampelune).
« Tous égaux ? Tous égaux ! », par Tess Carralero, Sarah Jouck, Leïla Klein, Titouan Klein, Audrey Lesourd, Angèle Roger, Alan Simon, Marissa Simon (Association 1COM1, Cholet).

Retrouvez toutes les vidéos dans notre vidéothèque


Quelles sont les villes les plus inégalitaires de France ?

19 May, by Observatoire des inégalités[ —]


Neuilly-sur-Seine, Paris, Boulogne-Billancourt : tel est le trio des villes les plus inégalitaires selon le rapport dit « interdécile » qui divise le revenu minimum des 10 % les plus riches [1] par celui maximum des 10 % les plus pauvres. Neuilly-sur-Seine, la ville la plus inégalitaire, surclasse les autres : le seuil d'entrée au sein des 10 % les plus riches y est presque huit fois supérieur au revenu maximum des 10 % les plus pauvres. Paris, seconde au classement, n'est « qu'à » 6,6 fois plus. Dans les villes qui suivent (Boulogne-Billancourt, Annemasse, etc.), le seuil des 10 % les plus riches est 5 fois supérieur au plafond des 10 % les plus pauvres, contre 3,5 fois en moyenne pour la France métropolitaine.

Villes où le rapport interdécile* est le plus élevé

Neuilly-sur-Seine7,8
Paris6,6
Boulogne-Billancourt5,4
Annemasse5,4
Saint-Mandé5,2
Saint-Cloud5,1
Asnières-sur-Seine5,0
Levallois-Perret4,9
Sèvres4,9
Suresnes4,8
Bois-Colombes4,7
Villemomble4,7
Colombes4,7
Montreuil-sous-Bois4,7
Saint-Germain-en-Laye4,6
Courbevoie4,6
Nancy4,6
Puteaux4,5
Meudon4,5
Pantin4,5
* Niveau de vie minimum des 10 % les plus aisés rapporté au niveau de vie maximum des 10 % les plus pauvres. Communes de plus de 20 000 habitants.
Source : Insee – Données 2013 – © Observatoire des inégalités

La position de Neuilly-sur-Seine est particulière car les plus aisés ont un niveau de vie exceptionnel. Le seuil d'entrée au sein des 10 % les plus riches est de 107 000 euros par an (après impôts et prestations sociales) pour une personne seule, contre 61 000 euros à Saint-Cloud (autre ville de banlieue parisienne). Notre classement, selon l'écart interdécile (la différence en euros entre les très riches et les très pauvres), fait ressortir les villes les plus aisées de France : Neuilly-sur-Seine, mais aussi Saint-Cloud, Saint-Mandé, Boulogne-Billancourt, Paris, etc. Elles se situent toutes en banlieue parisienne. Encore faut-il prendre en compte l'effet des découpages administratifs : les 6e, 7e, 8e et 16e arrondissements parisiens n'apparaissent pas dans notre classement alors qu'ils se situent au niveau de Neuilly-sur-Seine et que les inégalités y sont encore plus grandes (le rapport interdécile y est de 9).

Villes où l'écart interdécile* est le plus élevé
Unité : euros

Neuilly-sur-Seine93 808
Saint-Cloud61 456
Saint-Mandé54 683
Boulogne-Billancourt54 068
Paris53 765
Sèvres50 689
Levallois-Perret50 005
Maisons-Laffitte49 738
Saint-Germain-en-Laye49 085
La Celle-Saint-Cloud47 929
Suresnes46 331
Rueil-Malmaison46 233
Versailles46 191
Nogent-sur-Marne45 575
Meudon45 173
Chatou44 250
Vincennes44 049
Le Chesnay43 626
Saint-Maur-des-Fossés42 950
Courbevoie42 708
* Écart en euros entre le niveau de vie minimum des 10 % les plus aisés et le niveau de vie maximum des 10 % les plus pauvres. Communes de plus de 20 000 habitants.
Source : Insee – Données 2013 – © Observatoire des inégalités

Les villes les plus inégalitaires sont les villes où la population est la plus aisée. Pourtant, le classement cache des formes différentes d'inégalités de niveau de vie. Ainsi, Annemasse (banlieue de Genève), quatrième ville la plus inégalitaire selon le rapport interdécile, est assez différente des communes de l'Ouest parisien : les pauvres ont un revenu très inférieur à la moyenne nationale et les plus riches ne se situent pas au niveau des villes privilégiées d'Île-de-France. Dans certaines villes, les pauvres sont particulièrement pauvres, mais on y trouve tout de même une population assez aisée. C'est le cas de Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis, en 14e position selon le rapport interdécile) où le seuil des 10 % les plus pauvres est parmi les plus bas de France alors que le seuil des plus riches, très loin d'atteindre le niveau de la banlieue ouest de Paris, est supérieur à celui des communes les plus pauvres. Cette situation prévaut dans un assez grand nombre de communes de banlieue de l'Est parisien.

Le Grand-Quevilly (76), Couëron (44) et Coudekerque-Branche (59) sont les villes les plus égalitaires selon le rapport interdécile. L'égalité prend là aussi des formes différentes. D'abord, des communes comme Le Grand-Quevilly, Couëron ou Saint-Médard-en-Jalles (33), que l'on pourrait qualifier de « villes classes moyennes » : les pauvres sont plutôt moins pauvres et les riches moins riches qu'ailleurs, d'où de moindres inégalités. Ensuite, des communes peu favorisées du Nord (Grande-Synthe, Coudekerque-Branche, Wattrelos) : le seuil des 10 % les plus riches est loin derrière celui des villes les plus riches et les pauvres sont un peu moins pauvres que dans les villes les plus déshéritées.

Villes où le rapport interdécile* est le plus faible

Le Grand-Quevilly2,4
Couëron2,5
Coudekerque-Branche2,7
Grande-Synthe2,7
Wattrelos2,7
Saint-Sébastien-sur-Loire2,7
Rezé2,8
Saint-Médard-en-Jalles2,8
Lanester2,9
Les Pennes-Mirabeau2,9
Villenave d'Ornon2,9
Vertou2,9
Hazebrouck2,9
Fontaine2,9
Gardanne2,9
Bruay-la-Buissière2,9
Halluin2,9
Frontignan3,0
Bègles3,0
Istres3,0
* Niveau de vie minimum des 10% les plus aisés rapporté au niveau de vie maximum des 10% les plus pauvres. Communes de plus de 20 000 habitants.
Source : Insee – Données 2013 – © Observatoire des inégalités

Les villes où l'écart interdécile est faible (entre 15 000 et 18 000 euros par an) figurent très souvent parmi celles où le taux de pauvreté est élevé. Il s'agit d'une sorte « d'égalité par le bas » : dans ces communes, riches et pauvres sont un cran très en dessous de la moyenne. On entre dans le dixième le plus favorisé avec environ 25 000 euros, quatre fois moins qu'à Neuilly-sur-Seine. Les plus pauvres touchent au plus 7 000 à 8 000 euros par an.

Villes où l'écart interdécile* est le plus faible
Unité : euros

Grande-Synthe15 460
Grigny16 452
Garges-lès-Gonesse16 762
Wattrelos16 852
La Courneuve16 934
Clichy-sous-Bois16 943
Vaulx-en-Velin16 959
Roubaix17 123
Creil17 134
Bruay-la-Buissière17 175
Liévin17 229
Le Grand-Quevilly17 264
Bobigny17 307
Stains17 744
Coudekerque-Branche17 781
Villiers-le-Bel17 830
Aubervilliers18 453
Calais18 471
Sarcelles18 529
Tourcoing18 556
* Écart en euros entre le niveau de vie minimum des 10 % les plus aisés et le niveau de vie maximum des 10 % les plus pauvres. Communes de plus de 20 000 habitants.
Source : Insee – Données 2013 – © Observatoire des inégalités

Différentes formes d'inégalités

Les données sur les inégalités de revenus au sein des communes sont riches d'enseignements. D'abord sur le niveau inégal des inégalités et sur ses conséquences. Vivre à Rezé (44) ou à Saint-Cloud (92) ne signifie pas du tout la même chose en termes d'écart de niveaux de vie . Ces données indiquent aussi que les inégalités peuvent prendre des formes différentes selon la structure des niveaux de vie. On peut avoir des écarts tirés par le haut (des riches très riches) ou par le bas (des pauvres très pauvres).

L'interprétation de ces chiffres invite à la prudence. Ils intègrent des communes de taille et de fonction parfois très différentes (une petite commune isolée, une grande ville de banlieue, etc.). L'étude des données par quartier serait, elle aussi, riche d'enseignements pour comprendre comment se structurent les inégalités et la mixité sociale à l'intérieur même des communes. Enfin, il faut éviter de tirer des conclusions trop hâtives quant à la responsabilité des élus locaux. Ces situations se sont construites sur un temps très long, sous différentes majorités. Certaines communes peuvent être inégalitaires parce qu'elles ont accueilli les plus démunis dont les autres n'ont pas voulu. D'autres, parfois les mêmes, sont frappées par le chômage, phénomène contre lequel les élus locaux n'ont que des moyens d'action limités. Inversement, certaines villes sont « égalitaires » parce qu'elles cultivent l'homogénéité de leur population. C'est moins le niveau des inégalités qui compte que la façon dont elles se sont construites et structurent le territoire.

Cet article est extrait du Centre d'observation de la société.

Photo / © Mbzt via wikicommons


[1] Pour une personne seule, après impôts et prestations sociales. Villes de plus de 20 000 habitants. Les personnes vivant en communauté (maisons de retraites, foyers, etc.) ne sont pas comprises. L'Insee ne communique pas les données comparables pour les départements d'Outre-mer.

Les dix communes où l'écart entre le niveau de vie annuel des riches et des pauvres est le plus élevé
Unité : euros
Ecart entre les 10 % les plus pauvres et les 10 % les plus riches
Neuilly-sur-Seine97 672
Saint-Cloud63 394
Saint-Mandé54 960
Boulogne-Billancourt54 634
Paris54 239
Sèvres52 316
Levallois-Perret50 362
Saint-Germain-en-Laye50 079
Maisons-Laffite48 937
La-Celle-Saint-Cloud47 478
Villes de plus de 20 000 personnes vivant en ménages fiscaux.
Source : Insee - Données 2012

Les pauvres vivent dans les grandes villes, pas en périphérie


17 May, by Observatoire des inégalités[ —]


Les deux tiers des personnes dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté (fixé ici à 60 % du niveau de vie médian ) vivent dans les grands pôles urbains qui regroupent 57,8 % de la population française. Ces personnes pauvres sont réparties de manière relativement équilibrée entre les villes-centres (31,4 %) et leurs banlieues (33,8 %). 16,6 % vivent dans le périurbain, 12,8 % dans les petites et moyennes aires urbaines ainsi que leurs couronnes et 5,3 % dans les zones rurales isolées.

Répartition de la population pauvre selon le type de territoire
Unité : %
Part de la population pauvre
Grands pôles urbains*65,2
- dont villes-centres31,4
- dont banlieues33,8
Périurbain16,6
Petits et moyens pôles**7,7
Rural non isolé5,1
Rural isolé5,3
Ensemble100
Seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian. * Grand pôle : au moins 10 000 emplois. ** Petits et moyens pôles : au moins 1 500 et 5 000 emplois respectivement. Lecture : en 2012, 33,8 % des personnes pauvres vivent dans les banlieues au sein des grands pôles urbains.
Source : Insee - Données 2012 - © Observatoire des inégalités

La part de la population pauvre parmi l'ensemble de la population du territoire est particulièrement élevée dans les villes-centres où elle atteint 19,5%. Le taux de pauvreté est en dessous de la moyenne nationale (14,3%) dans l'habitat périurbain (12 %) et dans les communes rurales situées aux alentours des petits et moyens pôles (13 %). La situation du milieu rural isolé est intermédiaire, avec un taux de pauvreté de 16,9%.

Taux de pauvreté selon le type de territoire
Unité : %

Grands pôles urbains*16,1
- dont villes-centres19,5
- dont banlieues13,9
Périurbain12,0
Petits et moyens pôles**15,6
Rural non isolé13,0
Rural isolé16,9
Ensemble14,3
Seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian. * Grand pôle : au moins 10 000 emplois. ** Petits et moyens pôles : au moins 1 500 et 5 000 emplois respectivement. Lecture : 19,5 % des habitants des villes-centres vivent sous le seuil de pauvreté.
Source : Insee - Données 2012 - © Observatoire des inégalités

Les villes et leurs banlieues proches concentrent les inégalités : on y trouve à la fois la plus grande richesse et la plus grande pauvreté, parfois dans des territoires voisins. Cette situation est due à la localisation des emplois et à la situation géographique des zones d'habitat social. Dans ces territoires, la densité de population est beaucoup plus élevée que celle qui existe en milieu rural. Dans certaines villes ou quartiers, les taux de pauvreté dépassent les 40 %.

Pour autant, il ne faut pas négliger la pauvreté hors des villes. D'abord, parce que la conception de l'urbain de l'Insee est très large : on comptabilise comme « banlieues », des villes qui comprennent aussi une part d'habitat pavillonnaire peu dense. Ensuite, parce que les formes de pauvreté diffèrent. On trouve ainsi en milieu rural isolé une pauvreté de personnes âgées qui est structurelle, dont on sort rarement.


Grandes villes, le cœur des inégalités

16 May, by Observatoire des inégalités[ —]


Les zones rurales isolées sont celles où le niveau de vie médian est le moins élevé : 1 495 euros par mois, selon les données 2012 de l'Insee [1]. Les territoires les plus aisés sont les banlieues des grands pôles urbains (1 718 euros) et leurs couronnes (1 748 euros). Avec 1 561 euros, les villes-centres occupent une position intermédiaire. Les couronnes périphériques des grandes villes sont le plus souvent occupées par des ménages des couches moyennes qui disposent d'un niveau de vie leur permettant d'accéder à la propriété individuelle. Le milieu rural isolé est, lui, en partie composé de ménages d'agriculteurs âgés avec de faibles retraites du fait notamment de l'inactivité (officielle) des femmes.

Ces données doivent être relativisées en tenant compte de la taille de la population concernée. Les territoires ruraux isolés abritent moins de 5 % de la population, alors que cette dernière habite désormais à 57,8 % dans les grands pôles urbains et à 19,6 % dans leur couronne. Les seules banlieues regroupent huit fois plus d'habitants que les zones rurales isolées. Leur niveau de vie médian est celui d'un ensemble qui regroupe des banlieues très favorisées et des banlieues très pauvres, situées bien en dessous du niveau de vie observé en milieu rural.

Niveau de vie médian selon le type de territoire
Répartition de la population par type de territoire
en %
Niveau de vie médian mensuel
en euros
Grands pôles urbains 57,81 657
- dont villes-centres23,01 561
- dont banlieues34,81 718
Périurbain25,0n.c.*
- dont couronne des grands pôles urbains19,61 748
- dont communes multipolarisées5,31 615
Petits et moyens pôles6,4n.c.
- dont moyens pôles3,61 537
- dont petits pôles2,81 519
Rural non isolé6,3n.c.
- dont couronne des moyens pôles0,61 613
- dont couronne des petits pôles0,31 584
- dont autres communes multipolarisées5,41 551
Rural isolé4,51 495
Ensemble1001 649
* non communiqué. Lecture : dans les villes-centres, la moitié de la population a un niveau de vie inférieur à 1561 euros par mois. L'autre moitié a un niveau de vie supérieur.
Source : Insee - Données 2012 - © Observatoire des inégalités
De la ville-centre au rural isolé
Le découpage géographique de l'Insee comprend plusieurs types de territoires. Nous en présentons une version simplifiée. Tout d'abord les grands pôles sont des ensembles urbains qui comprennent au moins 10 000 emplois. Ils se décomposent en villes-centres et en banlieues. L'habitat périurbain est composé des communes dont 40 % des actifs travaillent dans les grands pôles. Les petits et moyens pôles sont des aires urbaines qui comprennent entre 1 500 et 10 000 emplois. Nous avons qualifié de « rural non isolé » les communes proches de ces petits ou moyens pôles, à 90 % ruraux. Enfin, le « rural isolé » est composé des communes rurales non reliées aux pôles.

Les grandes villes : des pauvres plus pauvres, des riches plus riches

Les niveaux de vie des 10 % les plus pauvres sont au plus bas dans les villes-centres : ils touchent au mieux 768 euros mensuels (après impôts et prestations sociales). Vient ensuite le milieu rural isolé avec 833 euros. Dans les petites villes et le rural non isolé, ce niveau se situe entre 850 et 973 euros. C'est dans l'habitat périurbain (les couronnes des grands pôles) que le niveau maximum de ces 10 % les plus pauvres est le plus élevé (1 025 euros mensuels).

Quant aux 10 % les plus riches, ils perçoivent un minimum situé entre 2 600 et 2 748 euros par mois dans les zones rurales et les petits et moyens pôles respectivement. Dans les zones périurbaines, le seuil d'entrée dans la tranche des 10 % des plus riches est de 3 007 euros. Il est de 300 euros supplémentaires dans les grands pôles.

Les grands pôles urbains, et tout particulièrement les villes-centres, réunissent les situations les plus contrastées. Ils sont à la fois le lieu des revenus les plus élevés et celui de la plus grande pauvreté. C'est dans les grands pôles que se trouvent l'essentiel des logements sociaux. Le périurbain se distingue par des revenus médians plus élevés et par une plus grande homogénéité sociale. Quant au rural isolé, il abrite une population pour partie très défavorisée. Le poids désormais très faible dans la population totale de ces populations rurales très modestes accentue encore leur sentiment d'isolement.

Niveau de vie des 10 % les plus pauvres et des 10 % les plus aisés
selon le type de territoire
Unité : euros
Niveau de vie maximum des 10 % les plus pauvres
Niveau de vie minimum des 10 % les plus riches
Grands pôles urbains 8303 296
- dont villes-centres7683 300
- dont banlieues8823 293
Périurbain
- dont couronne des grands pôles urbains1 0253 007
- dont communes multipolarisées9362 748
Petits et moyens pôles
- dont moyens pôles8532 748
- dont petits pôles8592 669
Rural non isolé
- dont couronne des moyens pôles9732 671
- dont couronne des petits pôles9272 655
- dont autres communes multipolarisées9092600
Rural isolé8332 660
Ensemble8753 103
Lecture : dans les grands pôles urbains, les 10 % de la population les plus pauvres ont un niveau de vie de moins de 830 euros par mois.
Source : Insee - Données 2012 - © Observatoire des inégalités

Photo / © MurielleB - Fotolia.com



Inégalités femmes-hommes : la situation des communes

12 May, by Observatoire des inégalités[ —]


Que sait-on des inégalités entre les femmes et les hommes au niveau local ? Le Compas, en partenariat avec la Gazette des communes et l'Observatoire des inégalités, vient de réactualiser les données de son comparateur de l'égalité entre les femmes et les hommes pour toutes les communes de France. Les données portent sur l'année 2013, dernière en date disponible.

ACCEDEZ AU COMPARATEUR

Ce comparateur présente quatre grands indicateurs : le taux d'activité, la part de cadres supérieurs, la part de bas niveaux de formation (fin de classe de troisième) et le salaire horaire. A chaque fois, la situation des femmes et des hommes dans la commune est comparée au niveau national.

L'objectif de cet outil est d'approcher au plus près la situation des territoires. Les moyennes nationales masquent en effet des écarts considérables au niveau local. Il permet aux citoyens, aux responsables politiques et associatifs d'amorcer un débat sur des bases concrètes. Même si beaucoup reste à faire, un nombre croissant de communes mettent en place des dispositifs locaux de diagnostic et d'action pour lutter contre les inégalités entre les femmes et les hommes.

Les données du comparateur

Le taux d'activité des 25-54 ans rapporte la population active de cet âge à la population totale. Cet indicateur mesure le degré de participation sur le marché du travail. La fourchette des 25-54 ans permet d'éviter les situations d'études pour les plus jeunes et de pré-retraite pour les plus âgés.

La part des cadres rapporte le nombre de personnes cadres supérieurs à la population totale des actifs. Cet indicateur mesure la place des femmes et des hommes pour les emplois les plus élevés dans la hiérarchie et les mieux rémunérés.

Le poids des bas niveaux de formation rapporte le nombre de personnes ayant au plus le niveau de fin de troisième aux 15 ans et plus non-scolarisés. Il situe donc leur niveau dans l'échelle des qualifications toutes générations confondues.

Le salaire net horaire moyen, en euros, est une mesure du niveau de rémunération. Il ne prend pas en compte le nombre d'heures travaillées. Compte tenu du poids du temps partiel chez les femmes, les écarts de rémunération totale sont plus importants. En outre, les primes sont plus élevées chez les hommes.

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Éducation : les politiques territoriales servent-elles à quelque chose ?

11 May, by Observatoire des inégalités[ —]


La politique de la ville a-t-elle un impact en matière de réussite scolaire ? Soyons clairs : on ne sait pas vraiment le mesurer. La complexité des dispositifs, leur multiplication et l'enchevêtrement avec la politique d'éducation prioritaire [1] rend impossible une évaluation globale. « Programmes personnalisés de réussite éducative » (Éducation nationale) et les « programmes de réussite éducative » (politique de la ville) coexistent, avec les réseaux d'aides spécialisées, l'accompagnement éducatif, les parcours d'excellence, les internats de la réussite, etc. Seuls quelques experts peuvent comprendre quelque chose à cet enchevêtrement et savoir ce qui s'y passe [2].

Doit-on pour autant fermer les yeux ? À dire vrai, en matière d'éducation, la politique de la ville en France ne coûte pas bien cher au contribuable. À ce titre, l'État a débloqué pour 2016 une centaine de millions d'euros : une goutte d'eau par rapport aux 65,2 milliards d'euros du budget annuel de l'Éducation nationale. Pourtant, ne pas s'interroger, ce serait oublier le principal : les difficultés des élèves. À l'entrée en sixième en 2011, 21 % des élèves avaient déjà un an de retard dans les quartiers que cible la politique de la ville, contre 12 % en moyenne pour l'ensemble de la France [3]. Il existe une question sociale majeure, à laquelle les politiques publiques doivent répondre.

La « réussite scolaire » en échec

On dispose néanmoins de quelques éléments de réponse ; notamment une évaluation récente du Programme de réussite éducative (PRE), menée par l'Institut des politiques publiques [4]. Créé en 2005, le PRE est censé être un élément essentiel du volet éducation des contrats de ville. Il s'agit d'une action d'accompagnement des élèves, dans le domaine éducatif, mais aussi périscolaire, culturel, social et sanitaire. En 2013, année pour laquelle l'évaluation a été menée, il existait 505 PRE, employant 1 700 équivalents temps plein et bénéficiant à 128 000 enfants.

Pour les auteurs de l'étude, les effets du dispositif restent minces : « Sur le plan scolaire, les élèves bénéficiaires d'un parcours connaissent une évolution moins favorable dans certaines dimensions de la motivation pour l'école, mais leurs compétences en mathématiques et français évoluent de manière similaire au groupe témoin. On constate néanmoins une amélioration de l'assiduité scolaire significativement plus forte chez les bénéficiaires que chez les élèves témoins ». On peut contester les résultats de ce type d'étude tant il est difficile de mesurer l'ensemble des effets : toujours est-il que le PRE n'a pas, à l'évidence, un impact déterminant sur les résultats scolaires. Pour une raison que soulignent les auteurs de l'étude : les moyens dont il bénéficie, 850 euros par élève, sont très faibles. Un tel niveau d'investissement débouche mécaniquement sur un faible impact. Le programme américain équivalent, « Head Start », est presque dix fois mieux doté. Si l'on veut inverser le cours des choses, il faut « mettre le paquet », ce que la France se garde bien de faire. Le programme lui-même devrait être revu selon les auteurs de l'étude : « Ces actions sont souvent des activités sportives, des séjours en centres de loisir, du soutien scolaire, bref des actions offertes sur le territoire par différents acteurs, mais qui n'ont pas été développées spécifiquement en vue de ce public en grande difficulté ».

L'exemple du PRE est une illustration de la politique de lutte contre l'échec scolaire en France. Autant notre pays a su débloquer des moyens pour le logement et la rénovation urbaine, autant ses efforts ont été limités dans d'autres domaines, notamment en matière d'éducation. Il est vrai qu'à destination des territoires les plus défavorisés, les politiques publiques ne reposent pas, pour l'essentiel, sur la politique de la ville mais sur les instruments de l'éducation prioritaire du ministère de l'Éducation nationale. Les « zones d'éducation prioritaire », dont le périmètre, les moyens et les appellations changeront plusieurs fois par la suite, se mettent en place dès 1981, avant la politique de la ville.

L'ambition des actuels « Réseaux d'éducation prioritaire », divisés en REP et REP +, est beaucoup plus large, puisqu'ils scolarisent un cinquième des écoliers et des collégiens. Ces réseaux ne recoupent qu'imparfaitement les quartiers prioritaires, et les élèves de ces quartiers n'étudient pas nécessairement là où ils vivent : au total, un peu moins des deux tiers des jeunes des quartiers prioritaires étudient dans un établissement de l'éducation prioritaire (données 2011-2012).

Les études sur l'effet de l'éducation prioritaire ont été nombreuses. « Il apparaît difficile de révéler un effet significatif du programme ZEP sur la réussite des élèves sur la période 1982-1992 », indiquait l'un des principaux travaux sur le sujet, publié en 2004 [5]. Une enquête récente sur les « Réseaux ambition réussite » (RAR), mis en place entre 2006 et 2011 aboutit à des résultats similaires : « Nous ne trouvons globalement pas d'effet de la scolarisation en RAR sur les résultats et les trajectoires scolaires des élèves », concluent les auteurs.

Faut-il pour autant conclure à l'inutilité de ces programmes ? Tout d'abord, là aussi, le champ de l'évaluation doit être questionné : l'effet peut être mince sur les résultats, mais non négligeable sur le climat scolaire, les conditions d'études. Il est difficile d'évaluer ce qui se serait passé dans ces établissements qui concentrent les populations en grande difficulté sociale si aucun programme n'avait été mis en place. Certainement pas une amélioration.

Les moyens restent insuffisants

Pourquoi ces dispositifs ne marchent-ils pas ? Côté moyens, l'éducation prioritaire, comme les PRE à une autre échelle, n'a pas de quoi faire la différence. Au primaire, on ne compte que sept équivalents temps plein enseignants de plus pour 1 000 élèves dans les établissements de l'éducation prioritaire et treize en collège. On compte 22,5 élèves par classe dans les réseaux d'éducation prioritaire contre 24 dans les autres écoles, 21,8 contre 24,9 au collège [6]. L'écart est insuffisant, comme l'indique l'étude de référence sur le sujet [7]. Surtout, il serait possible de faire beaucoup mieux : « une forte politique de ciblage (réduction supplémentaire de cinq élèves des tailles de classe en ZEP, à moyens constants) conduirait à une réduction supplémentaire de 46 % de l'inégalité de réussite scolaire », indiquent les auteurs.

Dans le même temps, les établissements de l'éducation prioritaire ont des équipes en moyenne moins expérimentées : la part des enseignants ayant plus de cinq ans d'ancienneté y est de 36,5 % au primaire et de 44 % au collège, contre 42,9 % et 53,4 % ailleurs. Au total, selon les chiffres du ministère, l'éducation prioritaire entraînerait un surcoût total d'un milliard d'euros [8], soit 640 euros pour chacun des 1,5 million d'élèves concernés, inférieur même à celui du PRE déjà faiblement doté. Bien trop peu pour faire la différence en matière de conditions d'enseignement.

Cibler des quartiers ou moderniser (partout) les apprentissages ?

Qu'il s'agisse de territoires en difficulté ou non, la question de l'échec scolaire et celle des inégalités sociales de réussite ne peuvent pas faire l'impasse sur une réflexion à propos de la qualité de l'enseignement donné. Rien ne sert de multiplier les dispositifs contre le décrochage si l'on ne se pose pas la question de ce qui produit cet échec : on écope, mais le bateau se remplit sans cesse. Dans notre pays, les groupes sociaux qui bénéficient le plus des avantages d'un système qui les favorise bloquent toute transformation en profondeur, au nom de la préservation d'un système ancien idéalisé. On se retrouve du coup avec un ensemble de réformes à répétition qui n'agissent que par petites touches successives, parfois même de façon contradictoire, et rarement sur l'essentiel. Elles suscitent d'emblée de très vives oppositions et la lassitude des enseignants qui n'ont pas le sentiment d'être entendus.

Comme souvent en France, la multiplication des annonces et des dispositifs masque une incapacité à agir. En matière d'éducation, la politique de la ville n'a pas les moyens de ses ambitions. Au final, elle ne peut d'ailleurs que jouer le rôle d'amortisseur pour un public très réduit : les trois quarts des élèves de milieu défavorisés n'étudient pas dans une école du réseau prioritaire [9].
Améliorer les résultats scolaires des enfants de ces quartiers comme ailleurs ne peut passer uniquement par des « dispositifs » réparateurs, mais impose à la fois un investissement scolaire (taille des classes, conditions d'enseignement notamment) et une modernisation des apprentissages (évolution des disciplines enseignées, notation, pratiques enseignantes, etc.). Un changement qui permettrait à la fois d'élever notre niveau scolaire et de réduire les inégalités, et qui aurait aussi un impact majeur sur les inégalités sociales.

Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités

Article extrait de la revue Constructif n°45, Fédération française du bâtiment, novembre 2016.

Photo / © Drivepix - Fotolia


[1] La politique à destination des territoires défavorisés du ministère de l'Éducation nationale, les anciennes « zones d'éducation prioritaires ».

[2] Dans cet article nous traitons des politiques territoriales dans leur ensemble, politique de la ville et éducation prioritaire. Pour comprendre, voir le très clair : « Les questions éducatives dans le cadre de la politique de la ville », Dossier thématique, Ville et territoires Languedoc-Roussillon, octobre 2016.

[3] Observatoire national des zones urbaines sensibles, rapport 2013.

[4] « Évaluation des programmes de réussite éducative », Pascal Bressoux et al., Rapport IPP n°13, mars 2016.

[5] « Zones d'éducation prioritaire : quels moyens pour quels résultats ? Une évaluation sur la période 1982-1992 », Roland Bénabou, Francis Kramarz et Corinne Prost, Économie et statistique n°380, 2004.

[6] « Éducation prioritaire. Tableau de bord national. Données 2014-2015 », ministère de l'Éducation nationale.

[7] « L'impact de la taille des classes sur la réussite scolaire dans les écoles, collèges et lycées français », Thomas Piketty et Mathieu Valdenaire, Les dossiers évaluations et statistiques n°173, ministère de l'Éducation nationale, mars 2006.

[8] Cette évaluation ne prend pas en compte les salaires des enseignants : comme ceux-ci ont, en moyenne, moins d'ancienneté dans les établissements de l'éducation prioritaire, son surcoût est probablement limité en réalité.

[9] Voir « Les trois quart des élèves défavorisés étudient hors de l'éducation prioritaire », Centre d'observation de la société, 17 octobre 2016.


Rapport sur les inégalités

10 May, by Observatoire des inégalités[ —]

Rapport sur les inégalités en France, édition 2017 : un état des lieux complet à paraître en juin 2017



Rapport sur les inégalités en France, édition 2017. Sous la direction d'Anne Brunner et de Louis Maurin, édition de l'Observatoire des inégalités, juin 2017.
176 pages.
ISBN 978-2-9553059-2-8.
8,50 € hors frais d'envoi.

Date de parution : 1er juin 2017.

Commander le Rapport sur les inégalités en France

Où en est-on des inégalités en France ? Quels sont les domaines où elles augmentent et ceux où elles diminuent ? Les inégalités sont au cœur du débat public mais l'information reste parcellaire et désordonnée. Trop d'informations sont encore réservées aux spécialistes.

L'objectif de ce deuxième Rapport sur les inégalités en France est de mettre à la disposition du grand public un panorama complet du phénomène, à travers un ensemble de données faciles d'accès et actualisées. Des revenus à l'école, en passant par la santé, le logement, l'emploi, les inégalités entre les femmes et les hommes ou les catégories sociales, cet ouvrage fait le point sur la situation avec les tous derniers chiffres. Ce rapport constitue un document d'expertise indépendant de l'institution publique. Il est le fruit du travail rigoureux d'une équipe qui, depuis 14 ans, observe les inégalités.


Sommaire :

Avant-propos
Inégalités : une hypocrisie française, par Anne Brunner et Louis Maurin
Les chiffres clés
Les inégalités en tendances
Tableau de bord des inégalités

01 | Revenus

  • Les écarts continuent à se creuser
  • Niveau de vie
  • Salaires
  • Pauvreté
  • Hauts revenus
  • Patrimoine

02 | Éducation

  • L'école amplifie-t-elle les inégalités ?
  • Diplômes
  • Inégalités sociales et scolarité
  • Comparaisons internationales
  • Filles et garçons

03 | Travail

  • Les oubliés du mal-emploi
  • Chômage
  • Statuts
  • Conditions de travail
  • Mobilité sociale
  • Femmes et hommes
  • Personnes handicapées
  • Immigrés et étrangers

04 | Modes de vie

  • La grande confusion
  • Logement
  • Santé
  • Conditions de vie
  • Lien social et politique
  • Homophobie

05 | Territoires

Réalisation de l'ouvrage

Ce rapport est réalisé grâce au soutien de plus de 360 contributeurs via une plateforme de financement participatif.
La Fondation Abbé Pierre, la Fondation « Un monde par tous », le magazine Alternatives Economiques et la Macif, ainsi que de nombreux chercheurs, soutiennent également notre initiative.
La conception graphique et la mise en page ont été réalisées par anandita.studio.


Vous pouvez encore soutenir le nouveau Rapport sur les inégalités en France


10 May, by Observatoire des inégalités[ —]


À quoi ressemblera le deuxième Rapport sur les inégalités en France ? Le cœur de cet ouvrage de 176 pages est constitué de tableaux et graphiques, qui font le succès de l'Observatoire des inégalités depuis 2003. Ils sont expliqués et analysés dans un langage clair. Cinq chapitres abordent les grands domaines selon lesquels nous analysons les inégalités en France : revenus, éducation, travail, modes de vie et territoires.

À sa parution, vous pourrez commander le rapport sur notre site à un tarif volontairement modique de 8,50 euros. Vous pouvez aussi, dès maintenant, vous assurer de le recevoir en faisant un don à l'Observatoire des inégalités. La publication de ce rapport fait l'objet d'un financement participatif. Déjà 360 personnes ont contribué à son édition. Jusqu'au 31 mai 2017, en faisant un don de 45 euros, vous bénéficierez d'une réduction d'impôt de 27,70 euros et recevrez un exemplaire de l'ouvrage chez vous à parution.

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Quoi de neuf dans cette deuxième édition ?

L'objectif de ce second rapport sur les inégalités en France est de mettre à la disposition du grand public un panorama complet du phénomène, à travers un ensemble de données actualisées. Ce rapport constitue un document d'expertise indépendant de l'institution publique. Il est le fruit du travail rigoureux d'une équipe qui, depuis 14 ans, observe les inégalités.

En 2015, l'Observatoire des inégalités publiait son premier Rapport sur les inégalités en France. Victime de son succès, son tirage en a été épuisé en quelques mois. Avec cette deuxième édition, nous vous proposons une actualisation de toutes les données et analyses, mais aussi une conception de l'ouvrage entièrement repensée.

Côté données, cette publication bénéficie en particulier d'enquêtes statistiques rares et récentes dans des domaines tels que les hauts revenus, le patrimoine, le logement ou l'éducation. L'Observatoire y aborde de nouveaux champs qui méritaient d'être développés, telles que les inégalités en termes de conditions de travail, la santé (obésité, tabac…), la présence des catégories sociales à la télévision, la précarité énergétique par exemple.

Côté conception, nous dotons ce livre d'un tableau de bord de quatre pages. Ces chiffres-clés montrent les grandes évolutions, à la baisse ou à la hausse, des inégalités sur dix ans. En quelques indicateurs essentiels, ils dressent les portraits comparés des catégories sociales, des femmes et des hommes, des immigrés en France. Des infographies viennent en éclairer la lecture.

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