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Les catégories sociales dans les départements

20 July, by Anne Brunner, Louis Maurin[ —]


Les différentes catégories sociales n'ont pas du tout le même poids selon les départements. À Paris, presque la moitié de la population est composée de cadres supérieurs [1]. Ces derniers représentent 37,5 % de la population des Hauts-de-Seine et 30 % dans les Yvelines. Inversement, les cadres supérieurs rassemblent moins de 10 % de la population dans les départements où ceux-ci sont les moins représentés comme le Cantal ou la Lozère.

Les écarts entre départements sont moins grands pour les catégories les moins qualifiées [2]. Dans les dix départements où les ouvriers et les employés non qualifiés sont les moins représentés, ils constituent entre 11 % (Paris) et 17 % (Bouches-du-Rhône) de la population. Ils en représentent un peu moins d'un quart dans les départements où une part d'emplois industriels relativement importante persiste : Ardennes (24,7 %), Aisne (24,5 %), Vosges (24,3 %).

Derrière ces données départementales se cache le pouvoir d'attraction des métropoles où sont situés les centres de décision et la plupart des emplois des cadres supérieurs. Les prix de l'immobilier jouent aussi : une partie de la population active n'a plus les moyens de se loger au cœur de certaines grandes villes, hors du parc social. L'histoire industrielle de la France continue à marquer le paysage social pour ce qui concerne les ouvriers, mais les employés sont répartis de façon beaucoup plus homogène sur le territoire.

Ces données départementales doivent être complétées, au sein de chaque département, par une analyse plus fine de la géographie des catégories sociales. Le fait que la part des cadres soit plus élevée dans les pôles urbains ne signifie pas que les autres catégories aient été reléguées à l'extérieur. Selon le Centre d'observation de la société, ouvriers et employés sont davantage présents dans ces pôles qu'au sein des couronnes périurbaines ou dans les espaces ruraux.

Analyser la place des différentes catégories sociales est essentiel pour comprendre les inégalités territoriales. Les inégalités territoriales d'éducation ou de santé par exemple sont directement liées à la composition socioprofessionnelle du territoire. Les données reflètent alors surtout la part de telle ou telle catégorie sociale et non l'effet spécifique d'une culture locale ou du territoire lui-même. Une part de cadres élevée joue sur la réussite scolaire comme sur l'espérance de vie moyenne d'un territoire.

Taux de cadres supérieurs par département dans la population totale
Unité : %

Les dix départements où la proportion de cadres supérieurs est la plus élevée
Paris44,0
Hauts-de-Seine37,5
Yvelines29,8
Val-de-Marne23,9
Haute-Garonne23,4
Essonne21,6
Rhône21,4
Isère18,2
Val-d'Oise17,6
Bouches-du-Rhône17,1
Les dix départements où la proportion de cadres supérieurs est la moins élevée
Cantal7,5
Haute-Marne7,5
Meuse7,6
Orne7,7
Ardennes7,8
Indre7,8
Dordogne8,0
Creuse8,1
Aisne8,1
Lozère8,2
France métropolitaine16,0
Ensemble de la population, retraités et autres inactifs compris.
Source : Insee - Données 2013 - © Observatoire des inégalités
Taux de non-qualifiés dans la population totale
Unité : %

Les dix départements où la proportion de non-qualifiés est la plus élevée
Ardennes24,7
Aisne24,5
Vosges24,3
Somme24,1
Pas-de-Calais23,9
Jura23,9
Haute-Saône23,8
Haute-Marne23,8
Indre23,8
Sarthe23,6
Les dix départements où la proportion de non-qualifiés est la moins élevée
Paris11,0
Hauts-de-Seine12,3
Yvelines13,8
Haute-Garonne15,5
Val-de-Marne16,3
Essonne16,5
Rhône17,2
Seine-et-Marne17,2
Hérault17,3
Bouches-du-Rhône17,4
France métropolitaine19,4
Ouvriers non qualifiés et employés non qualifiés. Ensemble de la population, retraités et autres inactifs compris.
Source : Insee - Données 2013 - © Observatoire des inégalités

Photo / © Moultipix - Fotolia


[1] Il s'agit bien de l'ensemble de la population. La population d'un ménage (notamment les conjoints et les enfants) est rattachée à la catégorie sociale du chef de ménage. Les retraités sont rattachés à leur dernière catégorie socioprofessionnelle.

[2] Nous avons rassemblé les employés non qualifiés et ouvriers non qualifiés.

Répartition des catégories sociales par région
Unité : %
Agriculteurs exploitants
Artisans, commerçants et chefs d'entreprise
Cadres, professions intellectuelles supérieures
Professions intermédiaires
Employés
Ouvriers
Alsace0,84,512,923,827,730,2
Aquitaine2,96,812,123,530,524,3
Auvergne4,66,69,922,329,626,9
Basse-Normandie3,86,29,321,829,829,1
Bourgogne3,16,010,022,129,629,2
Bretagne3,66,012,023,328,426,7
Centre2,25,411,523,229,728,1
Champagne-Ardenne3,74,89,621,229,531,2
Corse2,39,69,821,235,921,2
Franche-Comté2,25,210,522,627,132,5
Haute-Normandie1,35,010,923,529,330,0
Languedoc-Roussillon2,68,012,023,831,821,9
Limousin5,06,69,822,630,425,6
Lorraine1,34,410,722,731,229,8
Midi-Pyrénées3,76,714,824,628,921,3
Nord-Pas-de-Calais0,94,211,123,630,130,1
Pays de la Loire3,05,411,223,028,229,2
Picardie1,74,610,222,729,631,2
Poitou-Charentes3,86,59,821,730,927,3
Provence-Alpes-Côte d'Azur0,97,614,024,732,520,4
Rhône-Alpes1,56,314,525,727,624,4
Province2,25,911,923,629,726,7
Ile-de-France0,24,525,726,128,115,3
France métropolitaine1,95,614,824,129,224,3
Guadeloupe2,29,27,920,838,221,6
Guyane1,910,89,522,233,022,5
Martinique1,77,58,521,237,323,8
Réunion2,05,87,619,337,627,7
France1,95,614,723,929,524,4

Source : Insee - 2007

Des taux de chômage très inégaux selon les départements

19 July, by Anne Brunner[ —]


Du Cantal aux Pyrénées-Orientales, le taux de chômage varie de 6,3 % à 15,4 % selon l'Insee (données 3e trimestre 2016). Le taux de chômage moyen national, d'environ 10 %, n'est pas représentatif des écarts qui existent selon les territoires. Plusieurs départements, le Cantal, mais aussi la Lozère ou la Mayenne ont des taux inférieurs à 7 %. Inversement, les Pyrénées-Orientales, l'Hérault, l'Aisne, le Gard, l'Aude affichent des taux supérieurs à 13 %.

Deux grands facteurs influencent le niveau du chômage dans les territoires : le dynamisme de l'activité économique d'une part, la composition de la population de l'autre. Certaines zones comptent en effet une part moins importante de personnes en âge de travailler que d'autres.

Le taux de chômage n'est pas corrélé de manière simple avec l'activité. Certains départements ont un bas niveau de chômage parce que leur dynamisme économique est faible depuis longtemps et qu'ils attirent peu de nouveaux arrivants. Prenons l'exemple de la Lozère. D'une part, les jeunes ont peu de chances d'y trouver du travail et vont chercher un emploi ailleurs, notamment dans les départements proches comme le Gard et l'Hérault où le taux de chômage est bien plus élevé en conséquence (respectivement 13,5 % et 13,9 %). D'autre part, la Lozère attire peu de nouveaux habitants. Inversement, par son dynamisme, l'Hérault (notamment l'agglomération de Montpellier) « aspire » la main d'œuvre en provenance des territoires limitrophes et du coup se retrouve avec un niveau de chômage élevé.

En revanche, certains départements comme les Yvelines (7,4 %) ou la Mayenne (6,8 %), également dynamiques économiquement, n'attirent pas autant et comptent relativement peu de chômeurs. Dans le cas de la Mayenne, la ville du Mans n'exerce pas l'attraction d'une ville comme Montpellier. Dans les Yvelines, les prix élevés des logements dans la plupart des villes dissuade les populations peu qualifiées des autres départements de venir s'y installer, d'autant que les transports en commun permettent d'y venir travailler.

Taux de chômage par département
Unité : %

Les dix départements où le chômage est le moins élevé
Cantal6,3
Lozère6,4
Mayenne6,8
Aveyron7,3
Haute-Savoie7,3
Ain7,4
Yvelines7,4
Hauts-de-Seine7,6
Jura7,7
Essonne7,7
Les dix départements où le chômage est le plus élevé
Pyrénées-Orientales15,4
Hérault13,9
Aisne13,7
Gard13,5
Aude13,4
Vaucluse12,9
Seine-Saint-Denis12,8
Aube12,6
Nord12,6
Pas-de-Calais12,3
France métropolitaine9,7

Source : Insee - Données du 3e trimestre 2016 - © Observatoire des inégalités

Le chômage dans les départements d'Outre-mer

Alors que le taux de chômage moyen est de 9,9 % en métropole en 2014 (dernière année disponible pour les DOM), les départements d'Outre-mer affichent des taux extrêmes qui varient de 19,3 % en Martinique à 26,8 % à La Réunion, département le plus touché. Ces niveaux très élevés de chômage sont liés à la situation économique de ces territoires, à leur relatif isolement et à la surreprésentation des jeunes peu qualifiés. La crise a fortement frappé des secteurs masculinisés comme le bâtiment ou l'industrie. Par ailleurs, en dépit de la « manne » touristique, ces départements peinent à développer leur activité économique. Ces territoires sont aussi marqués par de très fortes inégalités de revenus qui limitent la croissance de la demande locale et donc de l'activité.


Photo / Pôle emploi Versailles

Taux de chômage par région
Unité : %

Hauts-de-France12,2
Occitanie11,7
Provence-Alpes-Côte d'Azur11,3
Corse10,4
Normandie10,1
Grand Est9,9
Centre-Val de Loire9,6
Nouvelle-Aquitaine9,5
Bourgogne-Franche-Comté9,0
Auvergne-Rhône-Alpes8,7
Bretagne8,6
Île-de-France8,6
Pays de la Loire8,5
France métropolitaine9,7

Source : Insee - Données du 3e trimestre 2016 - © Observatoire des inégalités
Taux de chômage par département
Unité : %

Les dix départements où le chômage est le moins élevé
Cantal6,3
Lozère6,4
Mayenne6,8
Aveyron7,3
Haute-Savoie7,3
Ain7,4
Yvelines7,4
Hauts-de-Seine7,6
Jura7,7
Essonne7,7
Les dix départements où le chômage est le plus élevé
Pyrénées-Orientales15,4
Hérault13,9
Aisne13,7
Gard13,5
Aude13,4
Vaucluse12,9
Seine-Saint-Denis12,8
Aube12,6
Nord12,6
Pas-de-Calais12,3
France métropolitaine9,7

Source : Insee - Données du 3e trimestre 2016 - © Observatoire des inégalités
Taux de chômage par région
Unité : %

Hauts-de-France12,2
Occitanie11,7
Provence-Alpes-Côte d'Azur11,3
Corse10,4
Normandie10,1
Grand Est9,9
Centre-Val de Loire9,6
Nouvelle-Aquitaine9,5
Bourgogne-Franche-Comté9,0
Auvergne-Rhône-Alpes8,7
Bretagne8,6
Île-de-France8,6
Pays de la Loire8,5
France métropolitaine9,7

Source : Insee - Données du 3e trimestre 2016 - © Observatoire des inégalités
Taux de chômage dans les DOM
Unité : %
Taux de chômage
La Réunion26,8
Guadeloupe23,7
Guyane22,3
Martinique19,3

Source : Insee - Données 2014 - © Observatoire des inégalités



Quelles prestations sociales unifier ?

18 July, by Julien Damon[ —]


L'idée d'une allocation sociale unique, allant parfois jusqu'à un revenu dit « universel », a alimenté la campagne présidentielle récente. Certains candidats, de droite et de gauche, l'ont proposée. À gauche, simplifier le système des prestations ne laisse pas indifférent. Le député socialiste Christophe Sirugue a rendu au Premier ministre, en avril 2016, un rapport sur la rationalisation des minima sociaux (RSA, etc.). Fin 2015, la Cour des comptes suggérait, de son côté, un rapprochement des principaux minima sociaux avec les prestations logement. Des voix différentes s'élèvent ainsi pour fusionner certaines prestations, voire créer un revenu de base inconditionnel. Mais de quoi parle-t-on ? Au fond, tout dépend de ce qui est entendu par « unique ». Les paramètres de l'unification peuvent influer positivement ou négativement sur la pauvreté.

Qui va verser l'argent ?

Aller dans le sens d'une allocation unique suppose de déterminer le périmètre de ce qui sera unifié. Pour l'organiser, la financer, la verser, il faut en effet rassembler différentes prestations déjà versées. Il faut donc d'abord décider de l'ensemble qui sera fusionné. Jusqu'où aller ? Faut-il, par exemple, inclure les prestations familiales ? Et pourquoi ne pas y intégrer les allocations de l'assurance chômage ? Les contours de l'allocation unique s'en trouvent changés. Cette allocation doit tenir compte nécessairement des situations familiales et de logement, elle ne saurait donc être forfaitaire. Son unicité ne sera vraisemblablement pas uniformité.

Après des questions de périmètre se posent des problèmes importants de gestion. Il faut décider d'un gestionnaire unique. Qui va verser l'argent ? Actuellement, les allocations unifiables sont gérées par les caisses d'allocations familiales, mais aussi par Pôle Emploi ou d'autres caisses de sécurité sociale, pour le compte de l'État ou celui des départements. Entre les collectivités territoriales, les services fiscaux, les CAF, chacun peut faire valoir ses compétences et sa légitimité. De toutes les manières, pour une allocation unique, un guichet unique s'impose. Les problèmes sont colossaux car, avec la fusion des prestations, il faut fusionner les équipes gestionnaires et les systèmes d'information. Ce grand mécanisme de fusion-acquisition n'est pas chose aisée dans le domaine social. Mais, au moins sur le plan de la gestion et de la compréhension par les personnes concernées, c'est chose indispensable.

Il convient également de choisir, au-delà des modalités de calcul et de versement, un instrument unique de financement. C'est la grande tuyauterie des finances sociales (avec, en l'espèce, des cotisations de diverses natures, des impôts locaux et nationaux) qu'il faudra intégrer dans un canal unique. Plus crucial encore, le choix des « gagnants » et « perdants » doit s'effectuer. C'est, dans ce choix, l'un des enjeux de l'unification des « droits connexes » des différentes prestations : nationalement, certaines ouvrent droit à des tarifs sociaux pour l'eau et l'électricité, à l'exonération de la taxe d'habitation, voire à des trimestres et des points de retraite. L'unification par le haut, c'est-à-dire l'ouverture de ces droits connexes à plus de personnes, serait extrêmement coûteuse, tandis que l'unification par le bas, en restreignant l'accès à ces droits, fera forcément de nombreux perdants. De plus, aux droits connexes nationaux, s'ajoutent les droits connexes locaux. Les minima sociaux peuvent en effet être améliorés localement par de l'accès gratuit à certains équipements sociaux, culturels et sportifs proposés par les collectivités territoriales. Pour que l'allocation sociale unique soit vraiment unique, elle ne devrait pas varier localement en fonction des décisions municipales ou départementales. Qui décidera, pour cette véritable unification, de mettre un terme à la libre administration des communes ? La simplification, comme toujours, apparaît très compliquée.

Allocation unique ou universelle ?

On ne saurait traiter d'allocation sociale unique sans aborder l'idée de revenu universel. Celle-ci est un serpent de mer du débat social. Certains de ses promoteurs en fêtent le demi-millénaire puisqu'elle apparaît, de façon très imagée, dans L'Utopie de Thomas More (paru en 1516). Sous des noms changeants, les projets sont tout de même de plus en plus précisément documentés, avec des ambitions très dissemblables. Certains, avec un tel système, veulent compléter l'État-providence. D'autres souhaitent s'en débarrasser. C'est dire combien il y a de la marge entre les diverses formulations d'un revenu universel. En tout état de projet, l'idée est toujours d'un revenu uniforme (forfaitaire), universel (servi à toute la population d'un territoire), et surtout, inconditionnel (sans contrepartie).

Le grand objectif n'est pas uniquement de lutter contre la pauvreté, mais de lutter en faveur de la liberté. Chacun, doté de ce revenu de base, pouvant plus aisément exercer sa liberté. « Utopie irréaliste et nocive » soutiennent les uns, « projet nécessaire et crédible » argumentent les autres rappelant que les gouvernements finlandais et québécois ont mis très sérieusement l'idée à l'étude, tandis que les Suisses ont voté en juin 2016 [1] pour savoir si le revenu de base doit être inscrit dans la Constitution.

Il y a certes de grandes différences de visée entre le projet d'unification de quelques prestations sociales et celui de réviser fondamentalement la protection sociale. Les recompositions envisageables procèdent cependant d'une logique similaire : une triple ambition de clarté, d'efficacité et d'équité. Aller vers l'allocation unique, qui peut être conçue comme le rapprochement de quelques prestations semblables ou comme une refonte plus substantielle, n'est pas seulement un thème technocratique de barèmes et de tuyaux. C'est une question de justice. Mobilisant nécessairement des conceptions rivales de la justice sociale, l'unification constitue un sujet éminemment politique, reposant sur des dimensions techniques redoutablement complexes. Au-delà des querelles de chiffrage, la grande question n'est pas celle de l'opportunité ni de la faisabilité, mais celle de la visée : veut-on rationaliser pour rationner, ou refondre pour être plus efficace dans la lutte contre la pauvreté ?
De fait, il importe de simplifier un système qui devient fou. La doctrine s'y perd, mais ce n'est pas le plus grave. Les organismes qui versent les prestations ont des difficultés à digérer les incessants « crachouillis » législatifs et réglementaires qui rendent instables les textes. Surtout, les principaux destinataires n'y comprennent pas grand-chose et risquent de ne pas recourir à ce à quoi ils pourraient prétendre. Les prestations sociales deviennent des boîtes noires et des boîtes à fantasmes qu'il faut donc transformer dans le sens d'une lisibilité qui ne peut qu'accroître les performances des politiques de lutte contre la pauvreté.

Julien Damon, sociologue, professeur associé à Sciences Po Paris, fondateur de la société Eclairs et auteur notamment de Les classes moyennes, coll. Que sais-je ?, PUF, 2013.



Ce texte est un extrait de l'ouvrage Que faire contre les inégalités ? 30 experts s'engagent, sous la direction de Louis Maurin et Nina Schmidt, édition de l'Observatoire des inégalités, juin 2016, 120 p., 7,50 €.


[1] Projet rejeté par 77 % des votants avec un taux de participation de 46 %.


Santé bucco-dentaire des jeunes : le poids de l'origine sociale

13 July, by Valérie Schneider[ —]


En grande section de maternelle (vers 4 ou 5 ans), un enfant sur dix a au moins une dent cariée non soignée selon le ministère des Affaires sociales (données 2013) [1]. Près d'un quart des enfants d'ouvriers sont concernés contre moins de 4 % des enfants de cadres supérieurs. Les écarts persistent au fil de la scolarité. En CM2 [2] (données 2014-2015), 40 % des enfants d'ouvriers ont au moins une dent cariée, 1,5 fois plus que ceux de cadres.
En troisième [3], l'écart est assez similaire à celui qui existe en grande section de maternelle : 10 % des enfants d'ouvriers et seulement 1,7 % des enfants de cadres ont au moins deux dents cariées non soignées (données 2009).

Comme pour l'état de santé en général, l'origine sociale joue un rôle majeur en matière de santé bucco-dentaire. Ces écarts tiennent à deux grands types de facteurs. Le niveau de vie joue : les soins dentaires sont coûteux. La qualité de la couverture complémentaire est en partie liée au revenu des individus. Pour ceux qui demeurent non couverts en particulier, la visite chez le dentiste peut avoir un coût rédhibitoire. Mais dans ce domaine, ce sont surtout les habitudes de vie qui sont en cause. Les parents des catégories les plus favorisées, eux-mêmes habitués à des visites régulières chez le dentiste dans leur enfance, sont davantage à l'écoute des messages de prévention (importance du brossage régulier par exemple) et associent plus souvent alimentation et santé. En grande section de maternelle, 60 % des enfants d'ouvriers n'ont pas encore vu de dentiste [4], contre 44,4 % des enfants de cadres supérieurs. Ces derniers résistent davantage à la communication de masse des producteurs d'aliments, de bonbons et de boissons à très haut contenu en sucres dont l'impact désastreux a été démontré.





Photo / © Evgeniy Kalinovskiy - Fotolia


[1] La santé des élèves de grande section de maternelle en 2013 : des inégalités sociales dès le plus jeune âge, Études et résultats n° 920, ministère des Affaires sociales, juin 2015.

[2] La santé des élèves de CM2 en 2015 : un bilan contrasté selon l'origine sociale, Études et résultats n° 993, min. de la Santé, février 2017.

[3] La santé des adolescents scolarisés en classe de troisième, Drees, Études et résultats n° 865, février 2014.

[4] En dehors du cadre scolaire et des consultations sans avance de frais proposées par l'Assurance maladie.

vu louis


L'obésité chez les jeunes : le poids du milieu social

11 July, by Valérie Schneider[ —]


En grande section de maternelle, 5,8 % des enfants d'ouvriers souffrent d'obésité [1] contre 1,3 % des enfants de cadres supérieurs. Les enfants d'employés ont aussi 3,7 fois plus de risque d'être obèses que les enfants de cadres selon une étude du ministère de la Santé, menée auprès de 19 000 enfants pendant l'année scolaire 2012-2013. La part d'enfants obèses est passée de 3,2 % en 2006 à 3,5 % en 2013. Mais cette donnée moyenne masque de fortes inégalités entre catégories sociales. Si les enfants de cadres n'ont pas connu une augmentation de l'obésité sur la période, les enfants d'employés, comme ceux des agriculteurs, commerçants et chefs d'entreprise, ont vu leur taux d'obésité augmenter de 1,3 point.

Les inégalités persistent par la suite. En CM2, 5,5 % des enfants d'ouvriers souffrent d'obésité, contre 1,4 % des enfants de cadres, selon le ministère de la Santé (données 2014-2015), soit quatre fois plus. Le constat est similaire en classe de troisième : selon les données 2009 du même ministère, près de 4 % des enfants ont un problème d'obésité. Mais la proportion d'enfants de cadres en surpoids est de 2,3 %, contre près de trois fois plus pour les enfants d'ouvriers (6,5 %).

En matière de corpulence, il faut rester prudent : pour partie, l'injonction à la maigreur est l'imposition d'une norme corporelle des catégories favorisées (voir encadré). Ces normes évoluent au fil du temps. Pour autant, à un certain point, l'obésité devient une maladie avec des conséquences lourdes. L'attention au corps, les comportements alimentaires, les habitudes de vie - dont notamment la pratique d'une activité physique - sont différenciés selon les catégories sociales et jouent en matière d'obésité, dès le plus jeune âge. L'étude du ministère de la Santé indique qu'en CM2, les enfants de cadres sont 26 % à posséder un écran dans leur chambre, contre 43 % des enfants d'ouvriers. 26,4 % de ces derniers consomment tous les jours des boissons sucrées, contre 15,2 % des enfants de cadres.




L'obésité : un idéal de minceur ?
L'obésité est une pathologie qu'il faut combattre pour améliorer la santé de la population. Pour autant, il faut aussi s'interroger à propos des normes véhiculées par notre société sur ce sujet. À quel moment s'agit-il d'un problème de santé et quand mesure-t-on l'écart avec un idéal de minceur imposé par les catégories les plus favorisées ? Selon les époques, les pays et les milieux sociaux, la notion de surpoids n'est pas toujours identique. On montre facilement du doigt des catégories populaires aux pratiques qui s'écartent de la norme des catégories aisées. Il ne faut pas oublier enfin les facteurs génétiques de l'obésité.

- Pour en savoir plus : Obésité et milieux sociaux

Photo / © Raoul Duke - Fotolia.com


[1] Déterminée en fonction de l'indice de masse corporelle (IMC), rapport entre le poids et la taille (élevée au carré) = poids/(taille x taille). Pour les enfants, le seuil de l'obésité est défini pour chaque âge et selon le sexe.


Les chiffres concernant les élèves de CM2 et de troisième sont difficilement comparables. Si les différences peuvent s'interpréter comme une diminution du nombre d'enfants en surpoids à mesure qu'ils grandissent, elles peuvent également résulter d'un effet de génération, c'est-à-dire que les élèves d'une génération peuvent être beaucoup plus concernés par les problèmes de surpoids que ceux de la génération précédente.

France d'en haut, France d'en bas : les inégalités dans les communes de plus de 20 000 habitants

6 July, by Romain Mazon, Valérie Schneider[ —]


Qu'est-ce qui peut bien rassembler Mulhouse, Bordeaux et Levallois-Perret ? Un haut niveau d'inégalités de revenus. Pourtant, si on regarde de plus près, les inégalités y prennent des formes bien différentes. Les villes les plus inégalitaires, comme les plus égalitaires, sont en effet loin de se ressembler. Pour le comprendre, nous avons mis en parallèle d'un côté un indice d'inégalités dit « de Gini » et de l'autre le revenu médian (voir notre encadré méthodologique ci-dessous). Le résultat est édifiant.

Notre classement fait apparaître des villes « riches » au sens du revenu médian avec un fort niveau d'inégalité, et, à l'inverse, des villes pauvres tout autant inégalitaires. Ces villes sont composées de populations hétérogènes. De la même façon, on compte des villes égalitaires de niveaux de vie très différents : elles se distinguent par leur homogénéité de niveaux de vie, par le haut comme par le bas.

L'inégalité, fille de la mixité

Contrairement au discours ambiant, la mixité sociale existe toujours en France. C'est elle qui explique les inégalités : les populations riches et pauvres ne vivent pas si éloignées que cela. « Mécaniquement, dans les plus grandes villes, la probabilité d'avoir une population diversifiée est bien plus grande », indique Louis Maurin, directeur d'études au Compas et directeur de l'Observatoire des inégalités. « Pour partie parce qu'au fond, hormis quelques réfractaires, nombre de ces villes importantes ont développé le logement social, quelle que soit leur orientation politique ». Les logements sociaux y sont plus présents et attirent une population modeste qui, finalement, vit à proximité des plus riches. Les prix du logement dans le secteur privé et les politiques locales d'emploi, concourent également à la mixité des populations en termes de revenus.

Nos villes égalitaires en revanche, sont des villes homogènes, ce qui n'est pas nécessairement bon signe. Une partie d'entre elles ont laissé le soin aux communes voisines d'accueillir les plus pauvres, préférant l'entre-soi égalitaire, raisonnement d'autant plus valable que les villes sont aisées. Quant à nos villes égalitaires d'en bas, il s'agit, ce n'est pas une surprise, des territoires les plus en difficulté de notre pays, car elles concentrent une population pauvre ou très pauvre, et les difficultés qui en découlent.



Le « club » des villes inégalitaires

Pour illustrer l'analyse, on distingue ainsi, dans le « club » très particulier des villes inégalitaires, Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine, ville de banlieue parisienne où le niveau de vie médian par personne est très élevé : 30 000 euros par an. La ville est inégalitaire (indice de Gini : 0,35) car elle n'est pas uniforme : ses habitants riches cohabitent avec des pauvres.

Bordeaux (indice de Gini : 0,34) ou Toulouse (indice de Gini : 0,33), villes au niveau de vie moyen (aux alentours de 20 000 euros), font aussi partie de ce club. Il s'agit souvent de villes de taille relativement importante, qui ont à la fois attiré une population aisée, mais aussi intégré une population défavorisée.

Mais une partie des villes inégalitaires comportent, à l'inverse, une population très pauvre. Les inégalités viennent d'en bas. Mulhouse (Gini : 0,34), par exemple, compte près de 32 % de personnes pauvres au seuil à 60 % du revenu médian. Autrefois grand pôle industriel, la ville a souffert de la crise économique. Mais la présence de familles très riches suffit à creuser l'écart en termes de revenus.

Le « club » des villes égalitaires

Il existe aussi un « club » des villes égalitaires. On y trouve des villes riches, souvent de taille moyenne, qui abritent une population assez uniforme, de la classe moyenne à dirigeante. Exemple : Montigny-le-Bretonneux dans les Yvelines (Gini : 0,24), où l'on compte seulement 5 % de pauvres, près de trois fois moins que la moyenne nationale.

L'exemple de Rezé (Gini : 0,23), dans la banlieue de Nantes, illustre bien les villes au niveau de vie moyen. Souvent des villes de banlieue des métropoles dans des régions où l'industrie est relativement peu présente, situées dans l'Ouest de la France, et qui ont été plutôt épargnées par les conséquences de la crise.

Dernière catégorie : les villes pauvres égalitaires. Parmi elles, Grande-Synthe dans le Nord. Sa réalité sociale n'a rien à voir avec celle de Montigny-le-Bretonneux : le niveau de vie médian affiche 15 000 euros par an, deux fois moins ; six fois plus de personnes pauvres y vivent. Pourtant, notre indice d'inégalités y est presque le même (0,22). Dans ces communes, l'égalité se fait par le bas : les populations démunies sont nombreuses, mais surtout on y rencontre très peu de couches sociales favorisées.


Comment avons-nous procédé ?
Nous avons utilisé les données 2013 de l'Insee sur les revenus après impôts et prestations sociales par personne et par commune. Ce classement est fonction du niveau d'inégalités déterminé par l'indice de Gini (plus il est proche de un, plus les inégalités sont fortes, plus il est proche de zéro, plus les inégalités sont faibles) et du niveau de vie médian pour une personne après impôts et prestations sociales. Nous n'avons retenu que les villes de plus de 20 000 habitants pour éviter des comparaisons entre des communes trop différentes. Nous avons exclu volontairement Neuilly-sur-Seine dans les Hauts-de-Seine, première ville de ce classement. La ville concentre une extrême richesse, difficilement comparable aux autres communes.

Article extrait de La Gazette.fr, paru le 23 juin 2017.

Photo / © Giuseppe Porzani – Fotolia


Le nombre d'allocataires de minima sociaux baisse enfin

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4 July, by Anne Brunner[ —]


1,8 million de personnes percevaient le RSA socle (voir encadré) fin 2016. Elles sont 500 000 de plus qu'en 2008, soit une hausse de 39 % sur l'ensemble de la période. Mais depuis la fin 2015, ce nombre baisse. Au cours de l'année 2016, on a enregistré 82 000 allocataires de moins, soit une baisse de 4,3 %. De la même façon que la hausse du nombre d'allocataires avait progressé sous l'effet de la montée du chômage, la reprise du marché du travail se traduit au niveau des minima sociaux.

Ce changement constitue une bonne nouvelle. Pour autant, au rythme actuel, il faudrait encore six ans avant de revenir à la situation de 2008. Tout au plus peut-on dire qu'il y a un signe de stabilisation ou d'amélioration pour les plus pauvres. Le pire a été évité, mais la France n'est pas encore entrée dans une véritable phase d'inversion de la situation.


GrapheGraphe plein écran PlusPlus de données
*Nombre de titulaires du RMI et de l'API jusqu'en 2009, puis du RSA socle. Chiffres pour décembre de chaque année.
Montant du RSA socle au 01/01/2017 : 535 euros pour une personne seule sans enfant, 963 euros pour une personne seule avec deux enfants, 1 145 euros pour un couple avec deux enfants. On déduit de ce montant un forfait logement (64 euros pour une personne seule) pour ceux qui sont hébergés gratuitement ou perçoivent les allocations logement.

Quatre millions d'allocataires de minima sociaux

Le nombre d'allocataires de minima sociaux (comprenant notamment le RSA, les minima pour les personnes âgées, les adultes handicapés et les chômeurs en fin de droit) s'établit à 4,1 millions pour l'année 2015 contre 3,3 millions en 2000, soit une hausse de 24 %. En comptabilisant les ayants droit (conjoints, enfants...), plus de six millions d'individus vivent d'une allocation relevant de ce dispositif. Sans ce système de protection sociale, des centaines de milliers de familles vivraient avec peu ou pas de ressources dans des conditions misérables.

L'augmentation du nombre d'allocataires résulte de plusieurs phénomènes. De la dégradation de l'emploi et de la situation sociale en général, mais aussi du sort des personnes âgées. Le nombre d'allocataires du minimum vieillesse avait fortement diminué du milieu des années 1990 au milieu des années 2000 du fait notamment de la progression de l'activité professionnelle des femmes. Ces dernières disposent de plus en plus souvent de retraites qui, tout en restant inférieures à celles des hommes, sont supérieures au minimum vieillesse. Comme l'a montré le Centre d'observation de la société, ce n'est plus le cas depuis la fin des années 2000 : le taux d'activité féminin plafonne et davantage de salariés achèvent leur vie professionnelle avec une carrière marquée par la crise (chômage, précarité, interruption d'activité, etc.), ce qui se répercute sur le niveau de leurs pensions.

Nombre d'allocataires de minima sociaux
2000
2005
2010
2015
Revenu de solidarité active1 267 1001 495 6001 544 1001 945 900
Allocation adulte handicapé710 900801 000915 0001 062 300
Allocation invalidité (personnes âgées)104 400112 60087 70077 900
Allocation de solidarité spécifique447 000401 600355 400472 700
Allocation d'insertion ou allocation temporaire d'attente32 20034 60043 00012 600 (*)
Allocation transitoire de solidarité41 50049 4006 400
Minimum vieillesse765 900609 400576 300554 400
Allocation veuvage15 0006 8006 4007 700
Revenu de solidarité (DOM)10 00013 1009 200
Ensemble3 342 5003 513 1003 590 4004 149 100 (*)
(*) Rupture de série : fin 2015, l'allocation pour demandeur d'asile remplace l'allocation temporaire d'attente. Le nombre de ses bénéficiaires n'étant pas disponibles à ce jour, il n'est pas inclus ici.
Source : ministère des Affaires sociales - © Observatoire des inégalités

Photo / © Delphimages

Nombre d'allocataires de minima sociaux
Unité : milliers
Revenu de solidarité active (1)
Allocation adultes handicapés
Allocation invalidité (personnes âgées)
Allocation de solidarité spécifique
Allocation d'insertion ou allocation temporaire d'attente
Alloc. transitoire de solidarité
Minimum vieillesse
Allocation veuvage
Revenu de solidarité (Dom)

Ensemble
20001 267 100710 900104 400447 00032 200765 90015 0003 342 500
20051 495 600801 000112 600401 60034 60041 500609 4006 80010 0003 513 100
20101 373 700915 00087 700355 40043 00049 400576 3006 40013 1003 590 400
20141 898 6001 040 50079 500471 70053 80011 100554 2007 5009 8004 126 700
(1) Le RSA remplace le RMI et l'API en France métropolitaine à compter du 1er juin 2009.
Source : ministère des Affaires sociales - France entière - © Observatoire des inégalités
Évolution du nombre d'allocataires du RSA*
Unité : milliers
Nombre de titulaires
20061 472 726
20071 361 316
20081 322 734
20091 464 996
20101 528 620
20111 581 206
20121 666 000
20131 791 000
20141 874 000
20151 920 000
20161 838 000
*Nombre de titulaires du RMI et de l'API jusqu'en 2009, puis du RSA socle. Chiffres pour décembre de chaque année.
Source : Cnaf - France entière - © Observatoire des inégalités


Evolution du nombre de titulaires du RSA
Nombre de titulaires du RSA socle
en milliers
Variation annuelle en %
Décembre 20091 117-
Décembre 20101 154+ 3,2
Décembre 20111 181+ 2,3
Décembre 20121 260+ 6,3

Source : Cnaf - Direction des statistiques, des études et de la recherche (DSER), France métropolitaine

Qui va partir en vacances ?

30 June, by Louis Maurin, Valérie Schneider[ —]


Près des deux tiers des Français déclaraient partir en vacances [1] au milieu des années 1990, selon le Crédoc. Le taux de départ en vacances a ensuite diminué petit à petit jusqu'à tomber à quasiment 50 % en 2008. Depuis 2011, il repart à la hausse et a atteint 60 % en 2014 (dernières données disponibles) [2].

Qui sont les chanceux qui vont faire leurs valises ? Pour partir, il faut en avoir les moyens. 40 % des personnes aux revenus inférieurs à 1 200 euros mensuels ont quitté leur domicile pour des congés en 2014, contre 86 % de celles qui disposent de plus de 3 000 euros. Un « budget vacances » pour une famille peut représenter plusieurs milliers d'euros : impossible pour la majorité des bas salaires. Les plus pauvres ne sont pas les plus aidés et les plus aisés ont davantage l'occasion de bénéficier d'hébergements gratuits dans la famille ou chez des amis.

Partir dépend plus largement du milieu social. 82 % des cadres supérieurs partent en congés contre 47 % des ouvriers. Plus on monte dans l'échelle sociale, plus on a de chances de s'échapper. Parce que l'on gagne davantage, mais aussi parce que cela fait partie de son mode de vie. Par exemple, parce qu'on a eu l'habitude de voyager avec ses parents (on y a pris goût, on se sent rassuré hors de chez soi), parce qu'on parle une langue étrangère (pour les voyages lointains). Mais aussi parce que ses amis voyagent et que raconter ses vacances lointaines (et les mettre en scène sur différents supports) fait partie de la sociabilité, de l'image qu'on renvoie de sa famille notamment.



Des inégalités qui se creusent

Le taux de départ en vacances a eu tendance à augmenter pour toutes les catégories sociales au cours des dernières années, ce qui peut paraître paradoxal en temps de crise. Si on remonte davantage dans le temps, on observe que les plus modestes [3] n'ont pas encore rattrapé leur niveau de départ en vacances de la fin des années 1990 (44 % en 1998, contre 40 % aujourd'hui). Tandis que le taux de départ des plus aisés [4] est passé de 83 % en 1998 à 86 % en 2014. Par ailleurs, les taux de départ progressent beaucoup plus fortement chez les retraités qui ne subissent pas l'impact de la montée du chômage [5].


GrapheGraphe plein écran PlusPlus de données
* Rupture de série : à partir de 2008, les données sont mesurées en juin et non plus en janvier de chaque année.

Les raisons de ceux qui ne partent pas
En 2014, près de la moitié des personnes déclaraient ne pas envisager de partir en vacances dans les prochains mois pour des raisons financières. Il faut dire qu'une semaine de location pour un couple avec deux enfants équivaut souvent au minimum à un demi-Smic. D'autres ne prévoyaient pas de partir pour des raisons de santé (16 %), professionnelles (9 %) ou familiales (8 %). Un peu plus d'une personne sur dix n'est pas partie par choix (13 %).


Rares sont ceux qui partent plusieurs fois dans l'année
Partir est une chose, mais seule une minorité privilégiée peut le faire plusieurs fois par an. C'est le cas pour 22 % de la population (données Crédoc 2009). Les cadres sont 43 % à être dans ce cas, mais les ouvriers sont quatre fois moins nombreux. Pouvoir partir en vacances hors de l'été reste un luxe.


Prendre l'avion, un privilège
Prendre l'avion pour ses déplacements personnels ou professionnels est loin d'être une pratique démocratisée. La moitié des voyages sont réalisés par les 2 % des personnes les plus riches. En 2008, les 10 % des habitants les plus riches ont fait en moyenne 1,3 voyage aérien, alors que jusqu'aux 50 % les plus pauvres, le nombre moyen de vols est proche de zéro (moins de 0,2, soit un voyage tous les 5 ans) [6]. Pour la grande majorité des personnes, prendre l'avion est impossible financièrement, en dépit du développement des compagnies à bas prix.

Photo / © lamax - Fotolia.com


[1] Les vacances regroupent les séjours hors du domicile d'au moins quatre nuits consécutives pour des raisons non-professionnelles. Le même mot regroupe des congés très différents : une semaine à la campagne = quatre semaines aux Seychelles...

[2] Vacances 2014 : l'éclaircie, enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, Crédoc, janvier 2015.

[3] Qui vivent avec moins de 1 200 euros par mois pour une personne seule, et avec moins de 3 000 euros pour un couple avec deux enfants.

[4] Qui déclarent des revenus supérieurs à 3 000 euros par mois pour une personne seule.

[5] Voir les données du Centre d'observation de la société.


Les maladies professionnelles touchent les moins qualifiés

27 June, by Noam Leandri, Valérie Schneider[ —]


Les maladies professionnelles [1] frappent avant tout les milieux populaires. Sur 52 500 cas en 2012 (dernière année disponible), près des trois quarts concernent des ouvriers. 23 % touchent des employés et 4 % seulement, des cadres supérieurs ou des professions intermédiaires [2]. Les secteurs les plus exposés sont l'industrie de la viande, de l'habillement, des équipements du foyer, la blanchisserie, les activités d'hypermarchés et de supermarchés, l'aide à domicile et la construction, des secteurs qui emploient une grande part de salariés non qualifiés.

Les troubles musculo-squelettiques [3] (TMS) représentent 86 % des maladies professionnelles reconnues, l'amiante en regroupe 8 %, les surdités 2 % et les maladies de peau, 1 %. 70 % des cas de TMS concernent des ouvriers, en particulier des ouvrières dont le travail est concentré dans des secteurs à risque, comme l'industrie de la viande, du cuir ou de l'habillement. Quand ces dernières déclarent huit cas de TMS par millions d'heures rémunérées, les femmes cadres ne déclarent que 0,3 cas et les hommes ouvriers un peu plus de deux cas.

Ces données sous-estiment la réalité du nombre de travailleurs souffrant de maladies professionnelles. De nombreux cas ne sont pas déclarés par les travailleurs, parfois parce qu'ils craignent de perdre leur emploi ou renoncent à déclarer leur maladie comme liée au travail en raison de la complexité de les faire reconnaître comme telles.

Les maladies professionnelles par catégorie socioprofessionnelle
Nombre de maladies professionnelles reconnues
Répartition en %
Cadres supérieurs1 0142
Professions intermédiaires1 2772
Employés12 03523
Ouvriers38 18073
Ensemble52 506100
Salariés du régime général.
Source : Cnam – Insee, calcul ministère du Travail - Données 2012 © Observatoire des inégalités
TMS par sexe et catégorie socioprofessionnelle
Nombre de TMS par million d'heures rémunérées


Nombre de TMS reconnus
FemmesHommesEnsembleEnsemble
Cadres0,30,10,1813
Professions intermédiaires0,30,10,21 052
Employés1,60,51,311 446
Ouvriers8,42,43,431 954
Ensemble2,01,21,642 265
Salariés du régime général.
Source : Cnam-Insee, calcul ministère du Travail - Données 2012 © Observatoire des inégalités

Photo / © endostock - Fotolia


[1] « La maladie professionnelle est une atteinte à la santé, contractée au travail, qui résulte d'une série d'événements à évolution lente auxquels on ne saurait assigner une origine et une date certaines », indique le ministère du Travail. Les maladies professionnelles doivent être, d'une part, déclarées par le salarié et, d'autre part, reconnues comme telles par la Caisse d'assurance maladie.

[2] L'exposition des salariés aux maladies professionnelles en 2012, ministère du Travail, Dares résultats, n° 081, décembre 2016.

[3] Les TMS touchent les muscles, les tendons et les nerfs. Ils concernent en particulier les épaules, les poignets et le cou et sont liés aux conditions du travail (postures, types de gestes à effectuer) ainsi qu'à son intensification. Ils peuvent entraîner un handicap permanent.

Maladie professionnelle reconnue
Taux de fréquence pour dix millions d'heures de travail
Hommes
Femmes
Total
Ouvriers26,168,133,2
Employés4,612,610,4
Professions intermédiaires1,22,41,8
Cadres et chefs d'entreprise0,81,20,9
Total13,516,414,7

Source : Assurance maladie et Insee - Données 2007 - © Observatoire des inégalités , salariés du privé.
Risque de TMS
Nombre de TMS pour dix millions d'heures de travail
Hommes
Femmes
Total
Ouvriers16,565,624,8
Employés3,811,99,7
Professions intermédiaires0,72,21,3
Cadres et chefs d'entreprise0,31,00,5
Total8,615,711,5

Source : Assurance maladie et Insee - Données 2007 - © Observatoire des inégalités, salariés du privé.

Une médecine de classe

26 June, by Laure Pitty, Maud Gelly[ —]


La dernière loi de santé, promulguée le 26 janvier 2016, a fait du combat contre « les injustices et les inégalités de santé et d'accès au système de soins » l'un des « trois défis majeurs » pour améliorer la santé de la population en France. Dans sa présentation de la loi, le ministère de la Santé a multiplié les exemples d'inégalités sociales de santé : « les enfants d'ouvriers ont dix fois plus de risques d'être obèses que les enfants de cadres, les cadres vivent dix années de plus que les ouvriers sans limitations fonctionnelles… ». Le constat n'est pas nouveau : les écarts entre les classes sociales en matière de santé font l'objet d'un consensus, en épidémiologie [1] comme en sciences sociales. On reconnaît aujourd'hui le poids des déterminants sociaux, tels que les conditions de vie et de travail, dans les inégalités face à la maladie et à la mort.
Les conditions d'accès différenciées aux soins, qu'elles découlent d'inégalités de richesse ou d'inégalités territoriales, demeurent la principale grille de lecture des inégalités de santé. Ces conditions structurent ainsi les politiques de santé, depuis la loi dite « Hôpital, Patients, Santé, Territoires » de juillet 2009, qui crée les agences régionales de santé en vue notamment de lutter contre les déserts médicaux, jusqu'à celle de janvier 2016, dont la généralisation du tiers payant était la mesure phare pour lutter contre l'inégal accès. En revanche, la question de l'inégale qualité des soins, elle, n'est jamais pensée comme un facteur explicatif de la permanence des inégalités sociales en matière de santé. Pourtant l'offre et la qualité des soins – c'est-à-dire la manière dont s'organisent le système de soins et les professions de santé – jouent également un rôle dans le maintien, voire l'accroissement des inégalités de santé.

À nombre de consultations égal, on est plus ou moins bien soigné selon le niveau de l'échelle sociale où l'on se situe et son origine nationale. L'anthropologue Sylvie Fainzang [2] montre que les malades d'un cancer sont moins bien informés sur leur maladie par leur médecin quand ils appartiennent aux classes populaires. L'étude des registres dédiés aux maladies cardiaques aboutit à un constat similaire : la prise en charge hospitalière des patients pour un infarctus du myocarde ne diffère pas selon les catégories sociales mais les trajectoires de soins qui précèdent et suivent l'infarctus varient, quant à elles, fortement. Au moment de l'apparition d'une douleur thoracique, premier signe d'un infarctus, les catégories sociales les plus favorisées font l'objet d'une prise en charge médicale « plus approfondie, plus spécialisée que dans les autres groupes », notamment du fait d'examens complémentaires plus poussés. Cette étude épidémiologique, descriptive, ne permet pas de comprendre les raisons de cette prise en charge médicale socialement différenciée, mais les auteurs d'une synthèse de ces travaux concluent que le problème de l'accès aux soins est moins important que la relation entre les patients et le système de santé.
D'autres recherches menées dans le domaine de la santé périnatale (du dernier trimestre de grossesse aux premiers jours qui suivent la naissance) et infantile (durant la première année de l'enfant) concluent à un cumul des inégalités où l'organisation des soins constitue un facteur aggravant : une étude menée en 2015 en Seine-Saint-Denis, « département qui présente des taux de mortalité périnatale et infantile de 30 à 50 % plus élevés que la moyenne française », indique que « la prévalence des facteurs de risque sociaux, comme le jeune âge maternel, le faible niveau scolaire, l'absence de vie en couple et l'absence de couverture sociale en début de grossesse [plus élevée que dans d'autres départements] », est aggravée par l'organisation des soins, en particulier par la « saturation des consultations hospitalières, [qui contribue à] une prise en charge plus tardive des femmes à l'hôpital » [3] et donc à un accroissement des risques de mortalité périnatale. Plus largement, les recommandations médicales nationales sont moins bien appliquées par les médecins pour les membres des classes populaires, par exemple pour les examens par frottis et mammographie en dépistage des cancers du col de l'utérus et du sein, dont plusieurs études montrent qu'ils sont moins prescrits par les médecins aux femmes des classes populaires [4].

Pourquoi ne sommes-nous pas tous soignés de la même façon ? Cette différenciation renvoie à des explications plus larges que la seule relation entre les médecins et les patients. Celle-ci est toujours analysée comme une relation entre des individus, alors qu'elle est prise, imbriquée, dans des rapports sociaux qui l'incluent et la dépassent. Un médecin n'a pas la même relation, le même discours sur la santé et le traitement à suivre, avec un cadre supérieur qu'avec un ouvrier. Ces rapports de classe, mais aussi de sexe ou de race [5], influencent la façon de pratiquer la médecine. Ils ne s'arrêtent pas aux portes des hôpitaux ou des cabinets médicaux.
Ainsi, les travaux sur les protocoles de traitement des malades atteints de sida et de tuberculose analysent comment opèrent les préjugés raciaux des professionnels de santé en filigrane du choix d'inclure ou non tel ou tel patient dans tel ou tel protocole [6]. D'autres recherches sur les effets pratiques des catégorisations ethnoraciales appliquées aux patient(e)s roms à l'hôpital [7], rendent compte de traitements différenciés selon la classe sociale, le sexe et l'origine (vraie ou supposée). Les catégories de pensée et de classement, les préjugés des professionnels de santé deviennent autant d'éléments à inclure dans les interprétations de ces inégalités.

Que faire ?

La majeure partie de ces inégalités trouve sa source en amont des services de santé : dans les conditions de travail inégalement usantes, dans les inégalités de revenus croissantes, dans la ségrégation spatiale et l'enclavement de quartiers désertés par les services publics, dans les inégalités scolaires qui, en France, s'accentuent de nouveau depuis une quinzaine d'années. Ainsi, toute politique publique peut aussi être évaluée à l'aune de ses conséquences pour la santé de toute ou partie de la population, comme l'écrit Michael Marmot dans un rapport joliment intitulé Une société juste, des vies saines [8]. Mais comme le montrent un certain nombre d'initiatives locales, par exemple des expériences de promotion de l'activité sportive pour une somme symbolique ou des expériences de rattrapage gratuit d'examens de dépistage tels que le frottis du col utérin, pour lutter efficacement contre les inégalités sociales de santé, il est crucial que les services de santé tiennent compte des déterminants sociaux de la santé et donc de la position sociale des malades.
Ceci suppose d'inclure, dès la formation des professionnels de santé, la profession, le pays de naissance et le type de couverture sociale des malades parmi les éléments que les professionnels recueillent en routine dans les dossiers médicaux, au même titre que le poids, le nombre d'accouchements ou les antécédents médicaux. Les freins à une amélioration des pratiques relèvent moins d'une incapacité foncière de médecins, majoritairement issus des classes dominantes à communiquer avec les membres des classes populaires, que d'un déficit de pratiques correctives systématiques. De même que l'école a mis en place des mesures correctives des inégalités (la politique d'éducation prioritaire par exemple), le monde de la santé doit se donner les moyens de mettre en place des actions de rattrapage des inégalités. Il semble de plus en plus urgent de mettre en œuvre une action de santé qui, si elle concerne l'ensemble de la population, mette l'accent sur les groupes sociaux pour lesquels le problème de santé visé est le plus fréquent ou le plus grave, c'est-à-dire souvent les immigrés, et toujours les membres des classes populaires.

Maud Gelly, docteure en sociologie, CRESPPA-CSU ; médecin, AP-HP
et Laure Pitti, maîtresse de conférences en sociologie, Université Paris 8/CRESPPA-CSU.

Ce texte est extrait de « Quand la santé décuple les inégalités », in Revue Agone, n° 58, 2016.



Photo / © Steve Cukrov – Fotolia


[1] Épidémiologie : discipline scientifique qui étudie les causes et la répartition des maladies dans la population.

[2] La relation médecins-malades : information et mensonge, Sylvie Fainzang, Paris, PUF, 2006.

[3] « Comment comprendre le risque élevé de mortalité infantile et périnatale dans une zone géographique ? L'exemple de la situation en Seine-Saint-Denis », Priscille Sauvegrain et al., in Bulletin épidémiologique hebdomadaire, n° 6-7, Institut de veille sanitaire, 2015.

[4] Les inégalités sociales de santé, Annette Leclerc, Monique Kaminski, Thierry Lang, La Découverte, 2000, p. 200-201.

[5] On entend par là un rapport social fondé sur la différenciation des individus en fonction de caractéristiques ethniques vraies ou supposées, ou de traits physiques tels que la couleur de peau.

[6] « Entre droit aux soins et qualité des soins », Marguerite Cognet, Céline Gabarro, Émilie Adam-Vezina, in Hommes et migrations n°1282, 2009.

[7] « Catégorisation ethnoraciale et frontières morales à l'hôpital : le cas des patients ‘‘roms'' », Dorothée Prud'homme, communication au séminaire Politiques antidiscriminatoires, coordonné par Gwénaële Calvès et Daniel Sabbagh, Science-Po CERI, 10 janvier 2014, 17 p.

[8] Fair Society, Healthy Lives, The Marmot Review, Michael Marmot et al., University College of London, Institute of Health Equity, 2010.











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