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Les maladies professionnelles touchent les moins qualifiés


27 June, by Observatoire des inégalités[ —]


Les maladies professionnelles [1] frappent avant tout les milieux populaires. Sur 52 500 cas en 2012 (dernière année disponible), près des trois quarts concernent des ouvriers. 23 % touchent des employés et 4 % seulement, des cadres supérieurs ou des professions intermédiaires [2]. Les secteurs les plus exposés sont l'industrie de la viande, de l'habillement, des équipements du foyer, la blanchisserie, les activités d'hypermarchés et de supermarchés, l'aide à domicile et la construction, des secteurs qui emploient une grande part de salariés non qualifiés.

Les troubles musculo-squelettiques [3] (TMS) représentent 86 % des maladies professionnelles reconnues, l'amiante en regroupe 8 %, les surdités 2 % et les maladies de peau, 1 %. 70 % des cas de TMS concernent des ouvriers, en particulier des ouvrières dont le travail est concentré dans des secteurs à risque, comme l'industrie de la viande, du cuir ou de l'habillement. Quand ces dernières déclarent huit cas de TMS par millions d'heures rémunérées, les femmes cadres ne déclarent que 0,3 cas et les hommes ouvriers un peu plus de deux cas.

Ces données sous-estiment la réalité du nombre de travailleurs souffrant de maladies professionnelles. De nombreux cas ne sont pas déclarés par les travailleurs, parfois parce qu'ils craignent de perdre leur emploi ou renoncent à déclarer leur maladie comme liée au travail en raison de la complexité de les faire reconnaître comme telles.

Les maladies professionnelles par catégorie socioprofessionnelle
Nombre de maladies professionnelles reconnues
Répartition en %
Cadres supérieurs1 0142
Professions intermédiaires1 2772
Employés12 03523
Ouvriers38 18073
Ensemble52 506100
Salariés du régime général.
Source : Cnam – Insee, calcul ministère du Travail - Données 2012 © Observatoire des inégalités
TMS par sexe et catégorie socioprofessionnelle
Nombre de TMS par million d'heures rémunérées


Nombre de TMS reconnus
FemmesHommesEnsembleEnsemble
Cadres0,30,10,1813
Professions intermédiaires0,30,10,21 052
Employés1,60,51,311 446
Ouvriers8,42,43,431 954
Ensemble2,01,21,642 265
Salariés du régime général.
Source : Cnam-Insee, calcul ministère du Travail - Données 2012 © Observatoire des inégalités

Photo / © endostock - Fotolia


[1] « La maladie professionnelle est une atteinte à la santé, contractée au travail, qui résulte d'une série d'événements à évolution lente auxquels on ne saurait assigner une origine et une date certaines », indique le ministère du Travail. Les maladies professionnelles doivent être, d'une part, déclarées par le salarié et, d'autre part, reconnues comme telles par la Caisse d'assurance maladie.

[2] L'exposition des salariés aux maladies professionnelles en 2012, ministère du Travail, Dares résultats, n° 081, décembre 2016.

[3] Les TMS touchent les muscles, les tendons et les nerfs. Ils concernent en particulier les épaules, les poignets et le cou et sont liés aux conditions du travail (postures, types de gestes à effectuer) ainsi qu'à son intensification. Ils peuvent entraîner un handicap permanent.

Maladie professionnelle reconnue
Taux de fréquence pour dix millions d'heures de travail
Hommes
Femmes
Total
Ouvriers26,168,133,2
Employés4,612,610,4
Professions intermédiaires1,22,41,8
Cadres et chefs d'entreprise0,81,20,9
Total13,516,414,7

Source : Assurance maladie et Insee - Données 2007 - © Observatoire des inégalités , salariés du privé.
Risque de TMS
Nombre de TMS pour dix millions d'heures de travail
Hommes
Femmes
Total
Ouvriers16,565,624,8
Employés3,811,99,7
Professions intermédiaires0,72,21,3
Cadres et chefs d'entreprise0,31,00,5
Total8,615,711,5

Source : Assurance maladie et Insee - Données 2007 - © Observatoire des inégalités, salariés du privé.

Une médecine de classe

26 June, by Observatoire des inégalités[ —]


La dernière loi de santé, promulguée le 26 janvier 2016, a fait du combat contre « les injustices et les inégalités de santé et d'accès au système de soins » l'un des « trois défis majeurs » pour améliorer la santé de la population en France. Dans sa présentation de la loi, le ministère de la Santé a multiplié les exemples d'inégalités sociales de santé : « les enfants d'ouvriers ont dix fois plus de risques d'être obèses que les enfants de cadres, les cadres vivent dix années de plus que les ouvriers sans limitations fonctionnelles… ». Le constat n'est pas nouveau : les écarts entre les classes sociales en matière de santé font l'objet d'un consensus, en épidémiologie [1] comme en sciences sociales. On reconnaît aujourd'hui le poids des déterminants sociaux, tels que les conditions de vie et de travail, dans les inégalités face à la maladie et à la mort.
Les conditions d'accès différenciées aux soins, qu'elles découlent d'inégalités de richesse ou d'inégalités territoriales, demeurent la principale grille de lecture des inégalités de santé. Ces conditions structurent ainsi les politiques de santé, depuis la loi dite « Hôpital, Patients, Santé, Territoires » de juillet 2009, qui crée les agences régionales de santé en vue notamment de lutter contre les déserts médicaux, jusqu'à celle de janvier 2016, dont la généralisation du tiers payant était la mesure phare pour lutter contre l'inégal accès. En revanche, la question de l'inégale qualité des soins, elle, n'est jamais pensée comme un facteur explicatif de la permanence des inégalités sociales en matière de santé. Pourtant l'offre et la qualité des soins – c'est-à-dire la manière dont s'organisent le système de soins et les professions de santé – jouent également un rôle dans le maintien, voire l'accroissement des inégalités de santé.

À nombre de consultations égal, on est plus ou moins bien soigné selon le niveau de l'échelle sociale où l'on se situe et son origine nationale. L'anthropologue Sylvie Fainzang [2] montre que les malades d'un cancer sont moins bien informés sur leur maladie par leur médecin quand ils appartiennent aux classes populaires. L'étude des registres dédiés aux maladies cardiaques aboutit à un constat similaire : la prise en charge hospitalière des patients pour un infarctus du myocarde ne diffère pas selon les catégories sociales mais les trajectoires de soins qui précèdent et suivent l'infarctus varient, quant à elles, fortement. Au moment de l'apparition d'une douleur thoracique, premier signe d'un infarctus, les catégories sociales les plus favorisées font l'objet d'une prise en charge médicale « plus approfondie, plus spécialisée que dans les autres groupes », notamment du fait d'examens complémentaires plus poussés. Cette étude épidémiologique, descriptive, ne permet pas de comprendre les raisons de cette prise en charge médicale socialement différenciée, mais les auteurs d'une synthèse de ces travaux concluent que le problème de l'accès aux soins est moins important que la relation entre les patients et le système de santé.
D'autres recherches menées dans le domaine de la santé périnatale (du dernier trimestre de grossesse aux premiers jours qui suivent la naissance) et infantile (durant la première année de l'enfant) concluent à un cumul des inégalités où l'organisation des soins constitue un facteur aggravant : dans une étude menée en 2015 en Seine-Saint-Denis, département qui présente des taux de mortalité périnatale et infantile de 30 à 50 % plus élevés que la moyenne française », indique que « la prévalence des facteurs de risque sociaux, comme le jeune âge maternel, le faible niveau scolaire, l'absence de vie en couple et l'absence de couverture sociale en début de grossesse [plus élevée que dans d'autres départements] », est aggravée par l'organisation des soins, en particulier par la « saturation des consultations hospitalières, [qui contribue à] une prise en charge plus tardive des femmes à l'hôpital » [3] et donc à un accroissement des risques de mortalité périnatale. Plus largement, les recommandations médicales nationales sont moins bien appliquées par les médecins pour les membres des classes populaires, par exemple pour les examens par frottis et mammographie en dépistage des cancers du col de l'utérus et du sein, dont plusieurs études montrent qu'ils sont moins prescrits par les médecins aux femmes des classes populaires [4].

Pourquoi ne sommes-nous pas tous soignés de la même façon ? Cette différenciation renvoie à des explications plus larges que la seule relation entre les médecins et les patients. Celle-ci est toujours analysée comme une relation entre des individus, alors qu'elle est prise, imbriquée, dans des rapports sociaux qui l'incluent et la dépassent. Un médecin n'a pas la même relation, le même discours sur la santé et le traitement à suivre, avec un cadre supérieur qu'avec un ouvrier. Ces rapports de classe, mais aussi de sexe ou de race [5], influencent la façon de pratiquer la médecine. Ils ne s'arrêtent pas aux portes des hôpitaux ou des cabinets médicaux.
Ainsi, les travaux sur les protocoles de traitement des malades atteints de sida et de tuberculose analysent comment opèrent les préjugés raciaux des professionnels de santé en filigrane du choix d'inclure ou non tel ou tel patient dans tel ou tel protocole [6]. D'autres recherches sur les effets pratiques des catégorisations ethnoraciales appliquées aux patient(e)s roms à l'hôpital [7], rendent compte de traitements différenciés selon la classe sociale, le sexe et l'origine (vraie ou supposée). Les catégories de pensée et de classement, les préjugés des professionnels de santé deviennent autant d'éléments à inclure dans les interprétations de ces inégalités.

Que faire ?

La majeure partie de ces inégalités trouve sa source en amont des services de santé : dans les conditions de travail inégalement usantes, dans les inégalités de revenus croissantes, dans la ségrégation spatiale et l'enclavement de quartiers désertés par les services publics, dans les inégalités scolaires qui, en France, s'accentuent de nouveau depuis une quinzaine d'années. Ainsi, toute politique publique peut aussi être évaluée à l'aune de ses conséquences pour la santé de toute ou partie de la population, comme l'écrit Michael Marmot dans un rapport joliment intitulé Une société juste, des vies saines [8] . Mais comme le montrent un certain nombre d'initiatives locales, par exemple des expériences de promotion de l'activité sportive pour une somme symbolique ou des expériences de rattrapage gratuit d'examens de dépistage tels que le frottis du col utérin, pour lutter efficacement contre les inégalités sociales de santé, il est crucial que les services de santé tiennent compte des déterminants sociaux de la santé et donc de la position sociale des malades.
Ceci suppose d'inclure, dès la formation des professionnels de santé, la profession, le pays de naissance et le type de couverture sociale des malades parmi les éléments que les professionnels recueillent en routine dans les dossiers médicaux, au même titre que le poids, le nombre d'accouchements ou les antécédents médicaux. Les freins à une amélioration des pratiques relèvent moins d'une incapacité foncière de médecins, majoritairement issus des classes dominantes à communiquer avec les membres des classes populaires, que d'un déficit de pratiques correctives systématiques. De même que l'école a mis en place des mesures correctives des inégalités (la politique d'éducation prioritaire par exemple), le monde de la santé doit se donner les moyens de mettre en place des actions de rattrapage des inégalités. Il semble de plus en plus urgent de mettre en œuvre une action de santé qui, si elle concerne l'ensemble de la population, mette l'accent sur les groupes sociaux pour lesquels le problème de santé visé est le plus fréquent ou le plus grave, c'est-à-dire souvent les immigrés, et toujours les membres des classes populaires.

Maud Gelly, docteure en sociologie, CRESPPA-CSU ; médecin, AP-HP
et Laure Pitti, maîtresse de conférences en sociologie, Université Paris 8/CRESPPA-CSU.

Ce texte est extrait de « Quand la santé décuple les inégalités », in Revue Agone, n° 58, 2016.



Photo / © Steve Cukrov – Fotolia


[1] Épidémiologie : discipline scientifique qui étudie les causes et la répartition des maladies dans la population.

[2] La relation médecins-malades : information et mensonge, Sylvie Fainzang, Paris, PUF, 2006.

[3] « Comment comprendre le risque élevé de mortalité infantile et périnatale dans une zone géographique ? L'exemple de la situation en Seine-Saint-Denis », Priscille Sauvegrain et al., in Bulletin épidémiologique hebdomadaire, n° 6-7, Institut de veille sanitaire, 2015.

[4] Les inégalités sociales de santé, Annette Leclerc, Monique Kaminski, Thierry Lang, La Découverte, 2000, p. 200-201.

[5] On entend par là un rapport social fondé sur la différenciation des individus en fonction de caractéristiques ethniques vraies ou supposées, ou de traits physiques tels que la couleur de peau.

[6] « Entre droit aux soins et qualité des soins », Marguerite Cognet, Céline Gabarro, Émilie Adam-Vezina, in Hommes et migrations n°1282, 2009.

[7] « Catégorisation ethnoraciale et frontières morales à l'hôpital : le cas des patients ‘‘roms'' », Dorothée Prud'homme, communication au séminaire Politiques antidiscriminatoires, coordonné par Gwénaële Calvès et Daniel Sabbagh, Science-Po CERI, 10 janvier 2014, 17 p.

[8] Fair Society, Healthy Lives, The Marmot Review, Michael Marmot et al., University College of London, Institute of Health Equity, 2010.


Un concours de vidéos contre le sexisme

23 June, by Observatoire des inégalités[ —]


Le centre Hubertine Auclert, le centre de ressources francilien dédié à la promotion de l'égalité entre les hommes et les femmes, organise la troisième édition de son concours de vidéos.

« Ton court pour l'égalité » a pour objectif de mettre en avant les créations audiovisuelles de jeunes, âgés de 18 à 25 ans, sur les discriminations dans l'espace numérique et sur le sexisme. Pour participer, c'est très simple ! Il faut remplir ce formulaire d'inscription et envoyer votre vidéo le 1er septembre 2017 au plus tard.

Mi-septembre, un jury se réunira pour sélectionner les finalistes et lauréat.e.s, tandis que la remise des prix aura lieu à la fin du mois. La date n'a pas encore été communiquée.

Pour plus d'informations, rendez-vous directement sur le site du Centre Hubertine Auclert



Le tableau de bord de la parité en politique

20 June, by Observatoire des inégalités[ —]


La parité entre les femmes et les hommes en politique progresse en France. Depuis juin 2017, les femmes représentent 39 % des députés, 42 % des députés européens [1], 48 % des conseillers régionaux, 40 % des conseillers municipaux et 50 % des conseillers départementaux.
Par contre, seuls 16 % des maires sont des femmes et elles ne dirigent que six des 41 communes françaises de plus de 100 000 habitants. Trois femmes sont à la tête d'une des 13 régions de métropole. Elles président moins d'un conseil départemental sur dix et ne représentent qu'un quart des sénateurs.

Pour l'heure, la parité en politique a surtout consisté pour les hommes à céder la place aux femmes là où la loi les y oblige, c'est-à-dire pour les postes relativement secondaires. Elles siègent davantage dans les assemblées qu'elles ne les dirigent. Plus on s'élève dans la hiérarchie du pouvoir, moins elles sont présentes. Le pouvoir reste largement entre les mains des hommes.

La représentation des femmes en politique
Année
Part de femmes
en %
Députées201739
Sénatrices201425
Maires201416
Conseillères municipales201440
Présidentes de conseil départemental20158
Conseillères départementales201550
Présidentes de conseil régional201519
Conseillères régionales201548
Députées françaises au Parlement européen201442

Source : Insee, Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, ministère de l'Intérieur, Sénat - © Observatoire des inégalités

Pour aller plus loin :
Voir notre article sur la représentation des femmes en politique au niveau national et au niveau local.

Photo / © Herreneck


[1] Part des députées françaises


Luttons contre la précarité du droit de séjour

16 June, by Observatoire des inégalités[ —]





Ce texte est extrait de l'ouvrage Que faire contre les inégalités ? 30 experts s'engagent, sous la direction de Louis Maurin et Nina Schmidt, édition de l'Observatoire des inégalités, juin 2016, 120 p., 7,50 €.
Commander l'ouvrage

La priorité accordée depuis une quarantaine d'années à la « maîtrise des flux migratoires » a conduit à multiplier, au nom de la lutte contre l'immigration « clandestine », les dispositifs répressifs, attentatoires aux libertés : contrôles d'identité ciblés, fichage, visites au domicile pour débusquer la présence illégale de membres de la famille, enquêtes de police pour vérifier la communauté de vie entre les conjoints, généralisation de la détention. Les droits solennellement proclamés, tel le droit au respect de la vie privée et familiale, ont vu leur portée se réduire comme peau de chagrin.

Une précarisation du droit au séjour

Sous prétexte de se prémunir contre la fraude, le mariage des étrangers, et plus encore les mariages « mixtes », ont été placés sous haute surveillance dès l'instant où ils sont susceptibles d'engendrer un droit au séjour ; le regroupement familial a été soumis à des conditions de plus en plus strictes et la menace d'une séparation pèse sur les familles dont certains membres n'ont pas réussi à obtenir un titre de séjour. Cette politique a aussi engendré la précarisation du droit au séjour. Les réformes législatives successives ont en effet remis en cause l'avancée majeure qu'avait représentée, en 1984, la loi sur la carte de résident : valant autorisation de séjour et de travail, valable dix ans et renouvelable automatiquement, elle avait vocation à devenir le titre de séjour « de droit commun », les cartes temporaires n'étant plus délivrées que de façon résiduelle. Aujourd'hui, la carte de séjour temporaire est redevenue le titre de droit commun, tandis que l'accès à la carte de résident est étroitement contrôlé, dépendant de l'appréciation discrétionnaire du préfet sur la réalisation d'une série de conditions, dont la fameuse condition d'« intégration républicaine » introduite par les lois Sarkozy de 2003 et 2006. Mais même la délivrance et le renouvellement de la carte temporaire sont soumis à des exigences croissantes et à l'arbitraire d'une administration qui interprète les textes le plus restrictivement possible. Des centaines de milliers de personnes se retrouvent ainsi sans papiers par l'effet d'une législation et de pratiques de plus en plus sévères, alors même que, en raison de leur situation familiale, de la durée de leur présence en France ou des risques qu'ils encourent dans leur pays, ils auraient vocation à obtenir un droit au séjour.

Des conséquences directes sur l'accès aux droits

La précarisation du séjour a des conséquences particulièrement visibles sur le terrain des droits économiques et sociaux. Si la condition de nationalité, qui était la règle jusqu'à la fin des années 1990 pour l'accès aux prestations sociales dites non contributives (telle l'allocation aux adultes handicapés), a été supprimée, ce progrès vers l'égalité des droits a vu sa portée restreinte par une série de réformes qui ont généralisé la condition de séjour régulier pour pouvoir bénéficier de la sécurité sociale. De plus, certaines prestations, comme le RSA, sont subordonnées à la détention d'un titre de séjour de longue durée – cela, alors même que, comme on vient de le relever, l'accès au séjour régulier et à un titre de séjour de longue durée est rendu plus difficile. Quant aux quelques prestations qui ne sont pas conditionnées à la régularité du séjour, les étrangers en situation irrégulière ont souvent du mal à en obtenir le bénéfice, soit parce qu'ils sont démunis face aux pratiques illégales d'une administration peu encline à respecter la loi, soit parce qu'ils hésitent à s'adresser aux services publics, par crainte d'être dénoncés et reconduits à la frontière.

Une série d'entraves existent également dans le domaine de l'emploi. Il faut rappeler d'abord l'existence de plus de cinq millions d'« emplois fermés », réservés aux nationaux ou aux ressortissants des pays membres de l'Union européenne, qui vont bien au-delà des emplois de la fonction publique – des exclusions dont la plupart n'ont pas d'autre justification que de protéger les nationaux contre la concurrence des travailleurs étrangers. Les étrangers doivent par ailleurs, pour exercer une activité professionnelle, être titulaires d'une autorisation de travail. Si certains titres de séjour – notamment la carte de résident mais aussi la carte temporaire portant la mention « vie privée et familiale » – valent par eux-mêmes autorisation de travailler, l'obtention de cette autorisation est subordonnée dans les autres cas à la production d'un contrat de travail ou d'une promesse d'embauche correspondant à un emploi dans des secteurs où le déficit de main-d'œuvre est corroboré par des données chiffrées : c'est la condition dite de l'« opposabilité de la situation de l'emploi ». Lorsque l'étranger est titulaire d'une autorisation de travail, il ne doit pas faire l'objet de discriminations, ni à l'embauche ni tout au long de sa carrière. Mais là encore, la détention d'un titre précaire constitue à l'évidence un frein à une embauche durable.

La précarisation des titres de séjour constitue de même un obstacle pour bien des actes de la vie sociale, par exemple lorsqu'il s'agit d'obtenir un prêt bancaire ou de convaincre un propriétaire de donner son logement en location. L'accès au logement social lui-même est rendu plus difficile par la condition de permanence du séjour que doit remplir l'ensemble des personnes majeures composant le foyer du demandeur. Cet obstacle vient s'ajouter aux discriminations résultant du système d'attribution des logements sociaux : au nom de l'objectif de mixité sociale, on met à l'écart les demandes provenant des ménages immigrés, qui attendent ainsi plus longtemps que les autres pour obtenir un logement.
L'absence de titre de séjour, outre qu'elle condamne les personnes à vivre dans la crainte constante d'être repérées, débouche sur un déni des droits fondamentaux [1] condamnés à être employés « au noir », les travailleurs sans papiers ne sont ni déclarés ni immatriculés à la sécurité sociale. Leur vulnérabilité les amène à accepter des conditions de travail très dégradées, notamment dans des secteurs comme la restauration, le nettoyage, le bâtiment et les travaux publics et la confection, où les dispositions protectrices du code du travail et les normes de sécurité, pourtant théoriquement applicables, ne sont pas respectées. Exclus de l'assurance maladie, les personnes sans papiers sont réorientées vers le dispositif dit d'« aide médicale de l'État » (AME) dont l'accès a été resserré, au fur et à mesure des réformes successives. La difficulté de justifier des conditions de séjour habituel ou d'absence de ressources conjuguée avec les lenteurs administratives, d'un côté, et avec la réticence des hôpitaux de l'autre, soumis à de fortes contraintes budgétaires mais se devant d'accueillir des malades sans couverture sociale, peuvent rendre impossible l'accès aux soins.

Restaurer la carte de résident

On l'aura compris : la dégradation des droits des étrangers est d'abord la conséquence d'une politique migratoire fondée sur la précarisation et la répression : c'est donc cette politique qu'il faut remettre en cause. À tout le moins, on doit exiger le rétablissement de la carte de résident telle qu'elle avait été instaurée en 1984, et non la délivrance – au demeurant aléatoire – de simples cartes pluriannuelles, comme le prévoit la loi sur le droit des étrangers qui vient d'être adoptée [2] Car le fait d'être en sursis dans le pays où l'on réside empêche de se projeter sereinement dans l'avenir et de s'y « intégrer », conformément à l'injonction adressée aux immigrés, rendant précaire la jouissance des droits théoriquement reconnus. Une seconde mesure consisterait à réduire la part des emplois fermés aux étrangers, comme l'ont proposé une multitude de rapports officiels sans que jamais cette proposition soit suivie d'effet, de façon à faire disparaître une discrimination arbitraire et à accroître leurs possibilités d'insertion professionnelle. Il est urgent, enfin, de réaliser la promesse faite depuis plus de trente ans mais toujours repoussée d'accorder le droit de vote aux résidents étrangers.

Danièle Lochak est professeure de droit émérite de l'université Paris Ouest-Nanterre La Défense. Elle est l'auteure notamment de Contrôler les immigrés. Les droits des étrangers : un état des lieux, avec Carine Fouteau, coll. Libertés plurielles, ed. Le Cavalier Bleu, 2007.


[1] Au-delà même de ce que les textes prévoient. Voir « Sans papiers mais pas sans droits », Note pratique 6e éd., Gisti., 2013. Elle énumère les droits dont les étrangers sans papiers peuvent exiger le respect, contre les pratiques illégales ou abusives de l'administration.

[2] Loi 2016-274 du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers.


L'inégal accès au bac des catégories sociales


14 June, by Observatoire des inégalités[ —]


91 % des enfants d'enseignants entrés en sixième en 1995 ont obtenu le bac [1] environ sept années plus tard, contre 41 % des enfants d'ouvriers non qualifiés, selon le ministère de l'Éducation nationale. Les écarts sont encore plus importants pour les filières dites « d'excellence ». 41 % des enfants de cadres supérieurs obtiennent un bac S, contre moins de 5 % des enfants d'ouvriers non qualifiés. Entre les bacheliers du milieu des années 1990 et ceux du début des années 2000, l'accès au bac a peu évolué. La situation s'est dégradée pour les milieux les plus populaires, les employés de service et les ouvriers non qualifiés. Chez ces derniers, la part de bacheliers de la filière S est passée de 6,4 à 4,6 %.

Taux de bacheliers
Selon la catégorie sociale des parents
Unité : %
Tous types de bac (1996)
Tous types de bac (2002)
Bac général et technologique (1996)
Bac général et technologique (2002)
Bac S (1996)
Bac S (2002)
Agriculteurs70,569,752,853,724,117,7
Artisans commerçants57,463,546,053,612,513,4
Chefs d'entreprise74,083,965,676,721,729,6
Enseignants86,790,684,286,644,840,2
Cadres supérieurs87,787,683,984,242,441,0
Professions intermédiaires74,076,765,566,621,722,9
Employés de bureau59,162,149,750,513,811,0
Employés de commerce55,758,839,444,59,710,4
Employés de service43,438,029,426,67,02,7
Ouvriers qualifiés50,852,937,939,18,78,7
Ouvriers non qualifiés42,440,730,427,76,44,6
Ensemble61,062,951,052,217,416,6
Lecture : 90,6 % des enfants d'enseignants contre 40,7 % des enfants d'ouvriers non qualifiés étaient bacheliers (général et technologique) en 2002.
Source : ministère de l'Éducation nationale - Enfants entrés en sixième en 1989 et 1995 - © Observatoire des inégalités
Des données anciennes
Les dernières données publiées par le ministère de l'Éducation concernant l'accès au bac des catégories sociales portent sur des élèves entrés en sixième en 1995. Ensuite, le ministère a attendu 2007 pour lancer une enquête. La majeure partie des élèves entrés en sixième en 2007 a passé son bac en 2015 mais on ne connaît toujours pas leur situation.

Des filières très différenciées selon les catégories sociales

Parmi les bacheliers, les distinctions sociales sont fortes entre filières. 31 % des
enfants d'ouvriers ayant eu leur bac l'ont eu dans une filière générale en 2012,
23 % dans une filière technologique et 46 % dans une filière professionnelle. Parmi les enfants de cadres supérieurs ayant eu leur bac, les trois quarts ont eu un bac général, 14 % un bac technologique et 10 % un bac professionnel.

Type de baccalauréat obtenu
Parmi les bacheliers d'une catégorie sociale donnée
Unité : %
Bac général
Bac technologique
Bac professionnel
Artisans, commerçants, chefs d'entreprise482031
Agriculteurs541927
Cadres supérieurs761410
Professions intermédiaires582320
Employés492624
Ouvriers312346
Retraités382141
Ensemble482131
Lecture : parmi les enfants d'ouvriers bacheliers, 31 % ont obtenu un bac général en 2012, contre 76 % pour les enfants de cadres supérieurs bacheliers.
Source : ministère de l'Éducation nationale - Données 2012 - © Observatoire des inégalités

L'évolution de long terme

De plus en plus de jeunes issus des catégories les moins favorisées obtiennent le bac : c'est le cas de près de 50 % des enfants de familles ouvrières nés à la fin des années 1980, contre 10 % de ceux nés dans les années 1950. L'élévation de la part de bacheliers dans les catégories les moins favorisées résulte pour une partie de l'essor du bac professionnel à partir de la fin des années 1980. Un type de bac qui ne permet pas d'accéder aux mêmes formations de l'enseignement supérieur et aux mêmes positions sociales que le bac général. Les inégalités se sont déplacées de l'obtention du bac au type de bac obtenu, et surtout au niveau de l'enseignement supérieur (accès ou non et type de filières).

Obtention du bac selon la catégorie sociale et la génération



Source : « L'état de l'école : 29 indicateurs sur le système éducatif français », n°20, novembre 2010, ministère de l'Education nationale.

Malheureusement, le ministère de l'Éducation nationale n'actualise plus ces données. Il regroupe désormais les cadres supérieurs et les professions intermédiaires d'un côté, les ouvriers et les employés, de l'autre. On ne dispose donc plus de série historique continue. Selon les nouvelles données, les écarts de taux d'obtention du bac semblent s'être légèrement réduits pour les générations les plus récentes, nées au tout début des années 1990.


Photo / © Drivepix - Fotolia


[1] Dans cet article il s'agit bien de part de la génération qui a obtenu le bac et non du taux de réussite de ceux qui se sont présentés à l'examen.


Ils ont soutenu le rapport sur les inégalités : merci !

13 June, by Observatoire des inégalités[ —]


L'édition du rapport sur les inégalités en France a été rendue possible grâce un soutien citoyen qui a dépassé toutes nos espérances. Environ 360 personnes et associations se sont mobilisées (voir la liste ci-dessous) pour son édition, à travers une opération de financement participatif. L'Observatoire des inégalités est un organisme indépendant qui ne dispose que de très peu de financements publics.

L'équipe de l'Observatoire remercie très chaleureusement tous ceux et celles qui l'ont appuyée, financièrement mais aussi moralement. Cette aide nous pousse à continuer notre travail. Elle va nous permettre d'assurer la publication, mais aussi une bonne diffusion de ce document.

L'Observatoire des inégalités remercie par ailleurs, la Fondation Abbé Pierre, la Fondation Un monde par tous, le magazine Alternatives Économiques, le bureau d'études Compas et la Macif, ainsi que de nombreux chercheurs, qui soutiennent notre initiative.

Ce rapport a été publié grâce au soutien de plus de 360 contributeurs via une plateforme de financement participatif

Catherine Adloff, Olivier Albert, Valérie Allard, Louis Aluchon, Véronique André, Caroline Anselot, José Manuel Araujo, Elisabeth Arrighi, Gérard Audibert, Gaëtan Baillieul, Luc Banville-Acard, Etienne Bar, Antoine Baro, Armelle Barré, Christian Baudelot, Monique Bauge, Laurie Bayet, Florence Beaufils Mouton, François Beaumert, Alain Beitone, Pascal Bellanca-Penel, Maeva Benamer, Carolina Benito, Chantal Berby, Rachel Berthelé, Hélène Bertheleu, Jean-Baptiste Bertrand, Guilhem Birouste, Amélie Blanquet, Marianne Bochard, Vincent Boileau, Nicolas Boilloux, Véronique Boisbleau, Laurent Boisseau, Guillaume Bollier, Marie-Claude Boninsegna, Christian Bonnaud, Jean Pierre Bonnivard, Jean-Clément Bonthoux, Bénédicte Bonzi, Alain Boulard, Michel Boulenger, Khaled Boulhamane, Philippe Bourrette, Michel Bouyssière, Laure Bruas, Marie-Thérèse Bruas, Roger Bruas, Marie-Laure Brune, André Bruston, Monsieur et Madame Bussery, Thierry Cadart, Michel Calais, Carine Camors, Marie Candito, Philippe Capdevielle, Jean Cartellier, Bruno Cavallo, Alain Cavelier, Maryne Cervero, Lucile Chalumeau, Marie-Laure Chambon, Jean-François Chanlat, Alain et Marie-Thérèse Chantepie, Brice Charpigny, Nicolas Chazot, Gilles Cholet, Françoise Clavairolle, Jacques Clavier, Amélie Clément, Christian Clor, Laurent Cochard, Françoise Comby, Jeremy Conan, Claude Coquelle, Aude Corai-Lopez, Philippe Corcuff, Mélanie Cossec, Nicolas Cottineau, Lydie Coussedière, Jean-Baptiste Coutelis, Jocelyne Curinier, Ludivine Da Silveira, Sylvie Dalbin, Valérie Darleon, Christine Daverede, Anne-Lise David, Simon David, Mickael De Sousa, Vincent Degeorge, Jacques Dejean, Jean-Paul Delahaye, Anne-Marie Delatte, Jean-Baptiste Denis, Marc-Philippe Denis, Grégoire Desbrosses, Katia Desgardins, Cécile Détang-Dessendre, Bruno Devaux, Olivier Didier, Laurence Diop, Jean-Philippe Dominguez, Ali Douari, Didier Doublet, Roger Doux, Loïc du Parquet, Philippe Duffaut, Jean-Guy Dufour, Aude Dulat-Gravier, Cathy Dumont, Virginie Durand, Georges Duriez, Eliane Dutarte, Dominique Duval, Emmanuel Denis, Eric Goutanier, Marc Espinasse, Charles Evrard, Alain Fabre, Yves Faucoup, Jean-Marc Faure, Nadia Faveris, Arnaud Ferrand, Béatrice Feuillard, Jean-Pierre Filiâtre, Pascale Filloux, Martine Fontenis, Michael Förster, Odile Fournier, Josette François, Florent Gaillard, Dominique Gambier, Geneviève Gandy, Magali Garcia, Jean-Paul Garnaud, Jacques Gasne, Alain Gaudou, Jérôme Gautié, Marie-Claude Geidel, Dominique Gerin, François Gèze, Patrick Gigout, Luc Gimbert, Marc Gindre, Benjamin Girard, Dominique Glaymann, Nathan Goldenberg, Christian Goujet, Denis Gouzerh, Jacques Grégoire, Joël Grosjean, Julien Grouiller, Sylvie Grucker, Jean Guerin, Michel Guillaumin, André Guillot, Janique Guiramand, Jacques Guyard, Guy Guyot, Jean-Pierre Harbers, Bernard Haumont, Hélène Henderson, Hans Herth, Isabelle Hoareau, André Hoffmann, David Hollander, Marc Humbert, Michel Husson, Dominique Isselin, Dan Israel, Jean-Michel Jaouen, Evelyne Jaunet, Annie Jolivet, Yann Jomaron, Rémy Joseph, Marie Kayser, Joëlle Kivits, Latifa Laaraj, Catherine Lacoin, Alain Lacoste, Maxime Ladaique, Claire Lagarde, Farid Lamrani, Anthony Landrain, Pierrick Landré-Jadaud, Romain Larcher, Mathieu Le Corre, Eric Le Floc'h, Hervé Le Fur, Daniel Le Guillou, Anne Le Roux, Laurent Leca, Annie Lechenet, Mathieu Ledet, Jean-Michel Lefebvre, Gwendoline Lefebvre, Pierre-Marc Leroy, Claude Lerr, Casimir Letellier, Florence Levillain, Marc Lévy, Laurence Lhôte, Michalis Lianos, Daniel Lichau, Jean-Marie Loiseau, Antoine Lyset, Claire Macarez Mille, François Maheu, Catherine Malki, Frédéric Manceron, Eveline Manna, Pierre Maréchal, Mahendra Mariadassou, Jean-Philippe Marie de Chastenay, Martial Escoffier, Dominique Marzouk, Daniel Mathieu, Nathalie Mathieu, Sandrine Mathonnat, Eric Mattmann, Matthieu Mauger, Guy Maurau, Pascale Maurel-Bigarré, Claire Maurin, Emmanuel Maurin, Brian Mc Carron, Marie-Paule Mémy, Marcel Ménardais, Pierre Mercklé, Anne Merignac, Régis Metzger, Vincent Michel-Bechet, Jean-Claude Miller, Mathias Millet, Claire Millot, Marie-France Mineur, Aurélie Mongeot, Jean Marie Monnier, Chantal et Pierre Monnin, Catherine Moreau, Régis Moreira, Christine Morel, Léo Morel, Bernard Moriau, Thierry Mougin, Serge Muller, Philippe Nadal, Michelle Nivelle, Patrick Nivolle, Fabien Oberrietter, Christian Oeil, Paul Oriol, Veronique Orlandi, Felix Païno, Sylvain Patural, Eric Peigné, Cyril Pelaingre, Louis Peretz, Cédric Perrin, Camille Peugny, Yves Philibert, Laetitia Piet, Patrick Pietrzak, Dorian Piette, Marie-Noëlle Pinson, Vincent Plouvier, Thierry Plouzennec, Isabelle Poilleux, Jean Claude Posson, Joël Pothier, Irma Poulard, Prabodh Pourouchottamin, Jocelyne Rajnchapel-Messaï, Annie Rambion, Antoine Rault, Alain Ravenel, Catherine Raynaud, Hervé Rebours, Frédérique Reibell, Vincent Reignier, Fanny Renard, Frédérique Rivière, Adrien Rochedy, Denis Rochette, Francis Roggero, Silvia Rosales-Montano, Nicolas Rossignol, Claudine Roueff, Jean-Marie Roux, Fabienne Rupin, Gautier Sabrià, Evelyne Saint-Martin, Xavier Saint-Martin, Henri Sanchez, Henri Santamaria, Annaelle Schaller, Bernard Schlemmer, Valérie Schneider, Cédric Schwartz, Alain Seugé, Dominique Seydoux, Pascal Sientzoff, Catherine Signollet, François Siino, Gwendal Simon, Françoise Sœur, Christophe Somnard, Gérard Souchon, Carole Stromboni, Jean-Louis Subileau, Clotilde Szymanski, Catherine Taquet, Daniel Terrolle, Alain Thalineau, Anaïs Thibault, Colette Thivolle, Agnès Thouvenot, Bertrand Thyrion, Johan Titren, Jérôme Tournadre, Thierry Urban, Sylvie Vacheret, Christine Valentin, Annick Valette, René Valette, Véronique Moreau, Sylvain Vidal, Bernard Villacampa, Marc Vodovar, Michel Volovitch, Raphaël Volovitch, Jean-Pierre Warnier, Jean-Louis Wilquin, Pierre-Antoine Yaïch, Danith Yong, Jean-Paul Zimmer, Michaël Zimmermann, APSES, Association Ricochet, Association Le Rocher - Oasis des cités, Association Opale, Les Francas de Gironde, Futuribles International, Trajectoire Ressources.

Photo / Fotolia


L'Assemblée ne compte quasiment plus de représentants des milieux populaires


12 June, by Observatoire des inégalités[ —]


Avant le scrutin du 18 juin, 2,8 % des députés étaient d'anciens ouvriers ou employés alors que ces catégories représentaient la moitié de la population active, selon les données du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) [1]. A l'inverse, les cadres et professions intellectuelles supérieures représentaient 82 % des élus, cinq fois plus que leur part dans la population active. Compte tenu des candidatures présentées par les partis aux législatives de 2017 (et notamment de la composition des candidats La République en marche) cette situation ne changera guère dans la nouvelle Assemblée élue.

Les partis recrutent essentiellement parmi les diplômés. Pour être candidat, il faut appartenir aux réseaux du pouvoir et tisser des liens qui dépassent la sphère politique (amis, relations de travail, etc.), savoir et oser s'exprimer en public. Il faut également pouvoir consacrer de longues heures à la politique au-delà de son temps de travail pour s'investir dans les réunions où les enjeux de pouvoir se décident. Enfin, les salariés du privé sont très défavorisés : en cas d'échec après un premier mandat, rien ne garantit leur avenir professionnel.

Cette situation appelle deux remarques. Premièrement, l'absence des milieux populaires traduit une mutation des partis qui habituellement les représentaient du fait de l'effondrement du parti communiste et de l'embourgeoisement du parti socialiste. C'est à leur niveau, à gauche comme à droite, que l'écart se creuse. Deuxièmement, l'écart est considérable entre le débat suscité par l'absence des femmes au Parlement et celui, inexistant, sur la représentation des milieux populaires. Il n'existe par exemple aucun « Haut conseil à la parité sociale » en France. Pas plus que pour la représentation des sexes, celle des catégories sociales ne garantit une politique plus égalitaire ou plus juste, mais les ouvriers et les employés ne s'y expriment plus ne préoccupe pas vraiment les commentateurs.


Evolution de la représentation des catégories populaires à l'Assemblée nationale de 1871 à nos jours [2]

Les catégories populaires (ouvriers et employés) représentaient 18,8 % des députés lors de la première législature (1946-1951) de la IVe République, qui comptait 98 députés venus de leur rang sur 522. Ce sera la représentation la plus forte depuis la création de l'Assemblée nationale et jusqu'à aujourd'hui. En 1958, cette part était déjà revenue à 4,1 %. La poussée de la gauche aux élections de 1967 (Ve république) a conduit à une remontée à 9,2 % de l'ensemble ouvriers et employés. Une législature qui dure peu : l'Assemblée est dissoute en mai 1968. Par la suite, la représentation des catégories populaires ne va cesser de se réduire, alors que cet ensemble constitue toujours environ la moitié de la population active. Suite aux législatives de 2012, les onze députés ouvriers et employés représentent à peine 3 % de l'ensemble. En 2017, cette situation ne devrait pas évoluer.


Voir aussi L'origine sociale des élus locaux

Photo / Coucouœuf (Wikimedia Commons)


[1] Les députés de 2012 : quelle diversité ? - Les Notes de recherche - Cevipof, juillet 2012.

[2] chiffres de Patrick Lehingue auteur de « Le vote. Approches sociologiques de l'institution et des comportements électoraux » - La Découverte, 2011- d'après les données de l'Assemblée nationale. Données 2012 : Cevipof.


Forte progression de la représentation des femmes à l'Assemblée


6 June, by Observatoire des inégalités[ —]


L'Assemblée nationale élue le 18 juin 2017 comprend 38,7 % de femmes, en forte hausse par rapport à 2012 où elle avait atteint 26,9 %. À ce rythme de progression, la parité serait atteinte lors des prochaines législatives, ce qui reste malgré tout peu probable tant l'élection de 2017 aura été exceptionnelle. Il y a 20 ans encore, l'Assemblée nationale ne comptait que 10 % de femmes.
En 2014, 87 femmes ont été élues au Sénat. Elles représentent 25,0 % de la Haute Assemblée, contre 16,9 % en 2004. Le renouvellement de la moitié des sièges à l'automne 2017 pourrait aussi voir la part des femmes progresser, sans atteindre le niveau de l'Assemblée.
La progression de la représentation féminine au sein du pouvoir législatif ne préjuge en rien des politiques menées, mais est une bonne nouvelle pour l'égalité entre les sexes. Elle contraste avec la représentation des catégories sociales, l'Assemblée ne comptant quasiment plus de représentants des milieux populaires.




Photo / www.assemblee-nationale.fr


Rapport sur les inégalités en France : l'édition 2017 est disponible


31 May, by Observatoire des inégalités[ —]


Les inégalités sont à la mode. Chacun y va de son couplet, mobilise le thème pour ses propres intérêts, dans un vaste fourre-tout où il devient complexe de se retrouver. Pour mettre un peu d'ordre dans le débat, l'Observatoire des inégalités publie le Rapport sur les inégalités en France, édition 2017. Il s'agit de dresser un état des lieux et de faire le point sur les principales évolutions dans un grand nombre de domaines, des revenus à l'école en passant par la santé, le logement, les modes de vie, etc. L'ouvrage ne prétend pas offrir un panorama exhaustif, mais une synthèse des éléments que l'on peut trouver sur inegalites.fr. Il doit ainsi permettre d'identifier les domaines où il est urgent d'agir en matière de réduction des inégalités.

Le Rapport sur les inégalités en France est le fruit de quinze ans d'un travail minutieux de collecte et d'analyse des données. Il est le produit des efforts rigoureux d'une petite équipe de salariés et d'un ensemble de bénévoles qui l'appuie. Ce second rapport fait suite à une première édition publiée en 2015 : notre volonté est de construire un rendez-vous biennal de référence en fournissant un outil concret, préalable à une salutaire confrontation de points de vue.

En produisant un tel document, l'Observatoire des inégalités compte peser dans le débat tout en refusant les caricatures et la dramatisation excessive. Les amateurs de petites phrases, de rhétorique et de boucs émissaires (les immigrés, les riches, les assistés…) en seront pour leurs frais. L'Observatoire ne fait pas commerce des inégalités et signale clairement les domaines où les écarts s'accroissent mais aussi là où ils se réduisent.

Quoi de neuf ?

L'objectif de ce second Rapport sur les inégalités en France est de mettre à la disposition du grand public un panorama complet du phénomène. Cette seconde édition présente une actualisation de toutes les données, de nouveaux articles et une conception de l'ouvrage entièrement repensée. Cette publication bénéficie en particulier d'enquêtes statistiques rares et récentes dans des domaines tels que les hauts revenus, le patrimoine, le logement ou l'éducation. L'Observatoire y aborde de nouveaux champs telles que les inégalités en termes de conditions de travail, la santé (obésité, tabac…), la présence des catégories sociales à la télévision, la précarité énergétique notamment.

Côté conception, nous dotons ce livre d'un tableau de bord de quatre pages. Ces chiffres-clés montrent les grandes évolutions, à la baisse ou à la hausse, des inégalités sur dix ans. En quelques indicateurs essentiels, ils dressent les portraits comparés des catégories sociales, des femmes et des hommes, des immigrés en France. Des infographies viennent en éclairer la lecture.

Ce rapport est disponible uniquement en commande sur le site de l'Observatoire des inégalités.

Commander le Rapport sur les inégalités en France

Rapport sur les inégalités en France, édition 2017 : un état des lieux complet



Rapport sur les inégalités en France, édition 2017. Sous la direction d'Anne Brunner et de Louis Maurin, édition de l'Observatoire des inégalités, juin 2017.
176 pages.
ISBN 978-2-9553059-2-8.
8,50 € hors frais d'envoi.


Voir le sommaire

Feuilleter quelques pages du rapport

Télécharger la synthèse du rapport (chiffres clés et infographies)


Réalisation de l'ouvrage

Ce rapport est réaliségrâce au soutien de plus de 360 contributeurs via une plateforme de financement participatif. La Fondation Abbé Pierre, la Fondation « Un monde par tous », le magazine Alternatives Economiques, la Macif et le cabinet d'études Compas, ainsi que de nombreux chercheurs, soutiennent également notre initiative. La conception graphique et la mise en page ont été réalisées par anandita.studio.











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