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Trois leviers pour réduire la pauvreté


20 January, by Observatoire des inégalités[ —]


La pauvreté n'est pas une fatalité. Surtout dans un pays qui affecte un peu plus d'un tiers de son PIB (33,7 %) – record mondial – à la protection sociale. Or, les résultats ne sont pas à la hauteur : 14,3 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté [1]. On peut faire mieux, de sorte que la pauvreté ne soit qu'un passage temporaire et non une trappe dont on ne peut sortir. Notre pays dispose de trois leviers possibles, qu'il n'utilise pas au mieux actuellement.

Miser sur la formation

D'abord, la formation. Parce que la société bouge vite et, avec elle, les emplois et le niveau de compétences que les employeurs exigent de leurs salariés. Entre 2008 et 2015, le nombre d'employés et d'ouvriers en France métropolitaine a diminué d'un million, alors que celui de cadres, professions intellectuelles et professions intermédiaires (techniciens, infirmiers, instituteurs…) progressait de 800 000. Ceux et celles qui n'ont pas une formation (ou une expérience professionnelle) solide risquent fort de se retrouver au chômage et, si ce dernier dure, de basculer dans la pauvreté : un tiers des chômeurs disposent d'un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté.

Chez les jeunes, en particulier, la question de la formation initiale est cruciale : le taux de chômage est de l'ordre de 10 % pour les jeunes diplômés et de 50 % pour les jeunes sans diplôme. Lutter contre l'échec scolaire – qui concerne 15 à 17 % d'une classe d'âge – permettrait de réduire sensiblement la pauvreté. Développer l'apprentissage aussi : les pays qui ont misé sur cette passerelle entre formation et entreprise (Danemark, Allemagne, Autriche, Pays-Bas) connaissent tous de faibles taux de chômage pour leurs jeunes.

Par ailleurs, la formation continue est bien plus souvent utilisée en France pour renforcer les compétences des travailleurs qualifiés que pour les moins qualifiés ou pour ceux qui doivent se reconvertir. Les choses sont peut-être en train de changer, avec l'engagement de François Hollande de financer la formation de 500 000 demandeurs d'emploi. Investir dans les hommes est la première façon de lutter contre la pauvreté. Il faut donc veiller à ce que les services publics concernés se soucient des moins bien dotés autant, voire davantage, que des mieux dotés.

Sécuriser l'emploi

Ensuite, la qualité des emplois. Deux millions de travailleurs sont en situation de pauvreté. Le niveau du salaire minimum n'est pas en cause : la France figure dans le peloton de tête européen sur ce plan. Les faibles rémunérations proviennent bien davantage d'emplois « incomplets ». Soit à temps partiel (notamment pour les femmes : serveuse, femme de chambre, caissière, femme de ménage…), soit temporaires, avec la multiplication des CDD de très courte durée. Ainsi, en 2013, un quart des salariés disposant de diplômes inférieurs au bac devaient se contenter d'un revenu salarial de moins de 850 euros par mois. La flexibilité dont ont besoin les entreprises – surtout en période de crise – se traduit par une insécurité accrue pour les salariés concernés. Pour y porter remède, ce sont les règles du marché du travail qu'il faut faire évoluer.

On pourrait imaginer, par exemple, que les entreprises d'une même branche qui recourent davantage que la moyenne à des contrats temporaires soient amenées à payer des taux de cotisations d'assurance chômage plus élevés que les autres. Tandis que celles qui y recourent moins que la moyenne soient au contraire récompensées par des taux moins élevés [2]. On pourrait aussi – comme aux Etats-Unis – indexer les cotisations sur le délai de retour à l'emploi des salariés dont le contrat temporaire est arrivé à terme, ce qui inciterait les entreprises à mieux former le personnel relevant de ces contrats.

Quant aux emplois à temps partiel, les règles commencent à changer [3], imposant un nombre d'heures hebdomadaires minimal. Mais certaines professions à faible durée de travail (les services à la personne, notamment) sont exclues de ce dispositif. On pourrait – comme en Suède – réserver les avantages fiscaux pour les utilisateurs de ces services à des associations qui prendraient des engagements pour améliorer la qualité des emplois et former leurs salariés, réduire les temps non payés (transport par exemple), etc. Il y a de « l'ingénierie sociale » à inventer.

Donner des atouts aux familles populaires

Enfin, les familles monoparentales ou nombreuses sont fragiles face à la pauvreté, quand le nombre d'apporteurs de revenus ne suffit pas pour assurer le nécessaire aux membres du ménage. Le taux de pauvreté des familles nombreuses (3 enfants ou plus) est de 22 %, celui des familles monoparentales de 33 %.

Dans le premier cas, ce sont les prestations familiales qui sont principalement en cause ; dans celui des familles monoparentales, c'est la difficulté à concilier emploi et responsabilité parentale de jeunes enfants. Sous prétexte de donner à chaque famille la même chose, on a laissé stagner des allocations familiales à des niveaux insuffisants pour les familles populaires, tandis que les familles plus aisées disposent, grâce au quotient familial, d'aides fiscales.

Le pire est atteint avec le RSA : lorsqu'une famille vivant du RSA perçoit des allocations familiales, le RSA est réduit d'autant, ce qui revient à taxer les allocations familiales à 100 %. Comme s'il fallait punir les familles les plus pauvres ! Certains veulent en outre les contraindre à travailler pour mériter l'aide sociale. La bonne façon d'aider les familles pauvres est de leur donner des atouts : des aides correspondant au coût de l'enfant, des crèches accessibles de sorte que les tout-petits soient gardés par des personnes compétentes plutôt que par la voisine de palier.

Tout cela est plus facile à écrire qu'à faire. Mais d'autres pays l'ont fait et nous montrent la voie. Ce n'est donc pas impossible, quitte à rogner sur des budgets qui visent davantage les familles aisées que les familles pauvres. Celles-ci ont besoin du soutien public pour sortir de la nasse et faire en sorte que leurs enfants ne deviennent des adultes pauvres à leur tour. C'est une question de justice sociale, mais aussi d'efficacité de l'action publique.

Denis Clerc, économiste et fondateur du magazine Alternatives Economiques

Dernier ouvrage paru : Réduire la pauvreté. Un défi à notre portée, Denis Clerc et Michel Dollé, éd. Alternatives économiques/Les petits matins, mars 2016.

Extrait de « Trois leviers pour réduire la pauvreté », Denis Clerc, Alternatives économiques, 19 décembre 2016.



Photo / CC BY-SA Sascha Kohlmann


[2] Proposition avancée par Jean Tirole dans Economie du Bien commun, PUF, 2016

[3] Depuis 2016, un contrat de travail à temps partiel doit respecter une durée de travail minimale de 24 h par semaine. De nombreuses exceptions perdurent. Un temps de travail plus court peut être demandé par le salarié. Il peut aussi être imposé par l'employeur dans certains secteurs (ex. agriculture, commerce de la chaussure ou de l'habillement, hôtellerie, propreté, restauration rapide).


Un tiers des personnes en temps partiel souhaiteraient travailler plus


20 January, by Observatoire des inégalités[ —]


Un tiers des salariés à temps partiel déclarent vouloir travailler davantage (définition officielle du temps partiel subi), ce qui représente 1,7 million de personnes, selon les données 2015 de l'Insee. Le taux moyen masque des écarts selon les catégories : le taux de temps partiel subi est deux fois plus élevé chez les ouvrières (39 %) que chez les femmes cadres supérieurs (20 %). Pour les jeunes, l'intégration dans l'emploi via le temps partiel est très souvent un pis-aller : la moitié des 15-29 ans en temps partiel occupe ce poste faute de mieux. La proportion est aussi élevée chez les hommes en temps partiel (43 %), mais ces derniers ne représentent que 22 % de l'ensemble des salariés à temps partiel. Au total, 1,2 million de femmes travaillent à temps partiel subi contre 472 000 hommes, soit trois fois moins.

De plus, ces données minimisent la situation. Une partie des salariés ne déclarent pas souhaiter travailler plus car ils intègrent le fait que cette probabilité est très faible ou, par exemple, qu'ils (et surtout « elles ») ne disposent pas de solution pour faire garder leurs jeunes enfants à un prix abordable. Dans un contexte plus favorable, rien ne dit qu'ils ne déclareraient pas souhaiter accroître leur temps de travail. Au total, la part de temps partiel subi est probablement plus proche de 50 % que de 33 %, moitié choisi, moitié subi. Au passage, notons qu'une partie des salariés en temps complet souhaiteraient passer en temps partiel mais ne le peuvent pas du fait de leur faible niveau de salaire ou de l'opposition de leur employeur.

  • Selon l'âge

  • Selon la catégorie socioprofessionnelle

  • Selon l'origine

Evolution

Le taux de temps partiel subi a fortement progressé dans les années 1990, de 25 à 35 %. Il est ensuite revenu aux alentours de 27 % au début des années 2000 et remonté en 2010 à son niveau du milieu des années 1990. Depuis, il est resté assez stable. La très forte hausse du chômage à partir 2008 ne semble pas avoir eu pour effet d'augmenter le temps partiel contraint.


Photo / © jackhynes

Part de temps partiel subi
parmi les salariés à temps partiel
Unité : %
Ensemble
Hommes
Femmes
Selon l'âge
15 à 29 ans50,654,748,8
30 à 39 ans36,158,431,3
40 à 49 ans34,250,431,2
50 à 59 ans29,335,827,8
60 ans et plus13,311,514,4
Selon la catégorie socioprofessionnelle
Agric. expl.8,910,77,5
Artis., commerçants35,440,730,4
Cadres et prof. intell. sup.22,127,319,5
Prof. interm.28,641,525,2
Employés37,347,436,1
Ouvriers45,051,638,8
Selon l'origine
Population non immigrée32,439,430,6
Immigrés nés dans un pays de l'UE à 2735,147,232,3
Immigrés nés hors de l'UE à 2748,861,638,3
Ensemble34,442,932
Source : Insee - Données 2015 - © Observatoire des inégalités

Observer les inégalités territoriales

http://www.inegalites.fr/IMG/pdf/observatoire_des_inegalites_formation_inegalites_territoriales_7_juin_2016_programme_detaille-3.pdfplay episode download
19 January, by Observatoire des inégalités[ —]

Observer les inégalités territoriales
13 juin 2017 - Paris

De Neuilly-sur-Seine à Roubaix, des Yvelines à La Réunion, des écarts considérables séparent les territoires. Encore faut-il bien les mesurer et savoir les analyser. L'Observatoire des inégalités propose une formation sur la question des inégalités territoriales, destinée à mieux comprendre cette situation.

Destinée à un public de professionnels large, cette journée ne nécessite pas de prérequis spécifiques.

Lieu : Paris (à préciser)

Formation animée par Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités.

Programme de la journée (sous réserve de changements) :

  • Comment observer les inégalités au niveau local ? Les instruments de mesure des données sociales locales se développent. Encore faut-il savoir comment s'y prendre. Quels sont les bons outils ? Quelles sources utiliser ? Comment donner du sens aux données ?
  • Le panorama des inégalités territoriales. Un état des lieux croisant les thèmes et les échelons territoriaux, de la région au quartier. Quelle est la situation des zones urbaines sensibles ? La France périurbaine est-elle vraiment la plus pauvre ?
  • La ségrégation sociale du territoire s'accroît-elle ? Comment évolue la composition sociale des territoires en France ? Quelles sont les causes et les effets de cette ségrégation ? Mobilité choisie et mobilité subie : les moyens de la ségrégation.
  • Comment réduire les inégalités territoriales ? De quels outils disposons-nous pour réduire les inégalités territoriales ? Des impôts aux dépenses publiques, un ensemble de mécanismes redistribuent la richesse entre territoires. Quels sont-ils ? Comment évaluer leur impact ?

Afficher les tarifs et modalités pratiques

Contact et préinscription :
Anne Brunner
Observatoire des inégalités
4 allée du plessis
37000 Tours
info-formation@inegalites.fr
02 47 44 63 08


Partenaire :



La jeunesse face aux inégalités

19 January, by Observatoire des inégalités[ —]

La jeunesse face aux inégalités
mardi 21 novembre 2017 - Paris

Les générations se suivent mais leurs conditions de vie ne se ressemblent pas. La jeunesse d'aujourd'hui est frappée de plein fouet par la crise. Cette formation propose un état des lieux des inégalités auxquelles sont confrontés les jeunes à l'école, en matière d'emploi, de formation, de revenu, de logement, etc. On se demandera aussi quelles solutions apporter aux jeunesses en difficulté.

Destinée à un public professionnel très large, cette journée ne nécessite pas de pré-requis spécifiques.

Lieu : Paris (à préciser)

Formation animée par Nina Schmidt, cheffe de projet jeunes à l'Observatoire des inégalités.

Axes de travail (sous réserve de changements) :

La jeunesse en France : qui est-elle ?
La jeunesse est un objet plus complexe à saisir qu'on ne le dit. Elle est composée de populations hétéroclites selon l'âge, le milieu social, le lieu de résidence. En même temps, les jeunes sont face à des difficultés communes d'insertion, de logement, de santé, etc. Nous nous demanderons comment définir la jeunesse : qui sont les jeunes ? Quel âge ont-ils ? Quelle part de la population représentent-ils ? « La » jeunesse existe-t-elle ou existe-t-il « des » jeunesses ? Ensuite, nous dresserons un état des lieux des difficultés que les jeunes rencontrent ainsi que des jeunesses particulièrement en difficulté.

Les jeunes et l'insertion professionnelle
De l'école à l'emploi, les trajectoires des jeunes sont marquées socialement. Quoi de commun entre l'étudiant dont le studio parisien est financé par les parents et celui qui travaille comme intérimaire dans le bâtiment dès 15 ans ? La France est l'un des pays où le milieu social influe le plus sur les résultats scolaires avec des effets directs en matière d'insertion professionnelle.

Autonomie et pauvreté des jeunes
La crise est violente pour les jeunes adultes. Une partie de la jeunesse, la moins qualifiée, connaît des difficultés considérables dans la vie de tous les jours. Qui sont les jeunes concernés ? Quelles sont les conditions de l'autonomie quand on est jeune et pauvre ? Quelles sont les conséquences de la pauvreté chez les jeunes sur leurs conditions de vie ?

Que faire ? Quelles politiques ?
La possibilité de poursuivre des études et les perspectives professionnelles qui en découlent, reposent pour beaucoup sur les ressources des familles. C'est ainsi que les inégalités se maintiennent et se reproduisent entre ceux qui accèderont à une formation supérieure et aux carrières qui s'ensuivent, et les autres qui en sont exclus. On s'interrogera sur les politiques sociales en matière d'éducation, de logement, de soins, dont bénéficient plus ou moins directement les jeunes. On questionnera la nécessité de mettre en œuvre des politiques spécifiquement dédiées aux jeunes via les missions locales, les écoles de la deuxième chance, une garantie jeunes, etc.

Afficher les tarifs et modalités pratiques

Contact et préinscription :
Nina Schmidt
Observatoire des inégalités
13 bis rue Alphonse Daudet
75014 Paris
info-formation@inegalites.fr
06 38 67 01 09


Présentation du projet Jeunes

17 January, by Observatoire des inégalités[ —]


L'information sur les inégalités et les discriminations est le plus souvent destinée aux adultes. Pourtant, comme le montre la participation croissante de jeunes à notre concours d'images « Jeunesse pour l'égalité », les adolescents et jeunes adultes se sentent également concernés par ces questions : racisme, homophobie, faim dans le monde, échec scolaire, travail des enfants... Il est temps de donner des réponses aux citoyens de demain.

Notre projet vise à construire un ensemble d'outils pédagogiques et ludiques pour sensibiliser les jeunes dans un langage clair et accessible. Objectif : les aider à développer leur esprit de tolérance et de solidarité et leur apporter des éléments d'information et de compréhension du monde qui les entoure.

Nous refusons une posture de simple dénonciation, qui peut avoir pour effet d'enfermer les jeunes dans un monde inégalitaire, en particulier pour les plus modestes d'entre eux. Nous souhaitons leur montrer qu'un avenir différent est possible, leur ouvrir des perspectives. Une partie de notre action montre comment ces inégalités résultent aussi de nos représentations de la société, de notre façon d'accepter ou non ces écarts.

Notre objectif est aussi de susciter l'engagement citoyen des jeunes.

Pour plus de précisions sur les outils que nous proposons, n'hésitez pas à naviguer sur notre espace numérique dédié aux 11-25 ans : www.jeunes.inegalites.fr.

Je vous souhaite une bonne navigation et me tiens à votre disposition pour tous renseignements supplémentaires.

Nina Schmidt, responsable du projet Jeunes

06 38 67 01 09
n.schmidt@inegalites.fr

Ce projet est financé par la Commission européenne, programme Progress. Il est soutenu par l'Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) et le magazine Alternatives Économiques. Il est mené par l'Observatoire des inégalités en partenariat avec la Ligue des Droits de l'Homme.



















Photo : Rido - Fotolia.com

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Les inégalités entre les femmes et les hommes en France


17 January, by Observatoire des inégalités[ —]


Les inégalités entre les femmes et les hommes en France : principaux indicateurs

Les inégalités entre les femmes et les hommes en France : principaux indicateurs
Hommes
Femmes
Education
Part des étudiants à l'université en 2015-201643,2 %56,8 %
Santé
Espérance de vie à la naissance en 2016*79,3 ans85,4 ans
Chômage
Taux de chômage en 2016**10,0 %10,1 %
Salaires
Tous temps de travail confondus, en 2012, les hommes gagnent X% de plus que les femmes et les femmes gagnent X% de moins que les hommes34,6 % 25,7 %
Emploi
Nombre d'actifs occupés en temps partiel subi en 2015471 8001 241 800
Pauvreté
Taux de pauvreté en 2014 (au seuil à 50 % du revenu médian)7,7 %8,4 %
Conditions de vie
Temps journalier consacré au travail domestique en 20102h003h26
Vie politique
Part des députés à l'Assemblée nationale française en 201273,3 %26,9 %
Part des députés au Parlement européen en 201463 %37 %
* Données provisoires. ** Troisième trimestre 2016 (données provisoires).
Source : Insee, ministère de l'Education nationale, Ined, Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, Parlement européen - © Observatoire des inégalités
  • Les inégalités entre les hommes et les femmes se réduisent en matière d'éducation

En France, les filles représentent 57 % des étudiants à l'université en 2015-2016 contre 43 % en 1960-1961. La situation s'est nettement améliorée ces cinquante dernières années pour elles. Mais les écarts persistent dans le choix des filières. Les filles représentent 75 % des étudiants en lettres et sciences humaines, mais seulement 25 % dans le domaine des sciences fondamentales qui mènent aux carrières les plus prestigieuses et les plus rémunératrices. Déjà au lycée, les filles sont moins nombreuses en série scientifique au moment du bac. Les modes de vie, l'éducation ou encore le fonctionnement du système éducatif expliquent ces choix d'orientation différenciés.

  • Les femmes vivent plus longtemps mais les écarts se réduisent

Si les femmes vivent toujours plus longtemps en France, l'écart d'espérance de vie à la naissance entre les hommes et les femmes s'est réduit entre 2000 et 2016 passant de 7,5 années à 6,1 années en faveur des femmes. Il faut dire que les modes de vie des hommes et des femmes se rapprochent, qu'il s'agisse de travail, comme de consommation de tabac ou d'alcool. A la naissance, l'écart d'espérance de vie en bonne santé (sans problème de santé gênant la vie quotidienne) n'est que d'une année.

  • Égaux devant le chômage

Alors que, depuis les années 1970, le chômage des femmes en France a toujours dépassé celui des hommes, depuis la fin des années 2000, les taux se sont rapprochés pour devenir équivalents : 10 % d'hommes étaient sans emploi en 2016 et 10,1 % de femmes. Ces dernières ont bénéficié des créations d'emplois dans le secteur des services, de la distribution aux emplois domestiques, en passant par l'enseignement ou la santé alors que la baisse d'emplois dans l'intérim et dans l'industrie a davantage frappé les hommes.

  • Les femmes moins bien payées et plus souvent en temps partiel subi

Des inégalités de salaire persistantes avec les hommes

Tous temps de travail confondus, les femmes touchent au total un salaire 25,7 % moins élevé que celui des hommes ou, dit autrement, les hommes gagnent 34,6 % de plus que les femmes [1], selon les données 2012 du ministère du Travail. Pour des temps complets, les femmes touchent 16,3 % de moins. A poste et expérience équivalents, les femmes touchent 12,8 % de moins.

Plus on s'élève dans la hiérarchie des salaires, plus les écarts sont grands. En équivalent temps plein, les femmes cadres touchent en moyenne 26,3 % de moins que les hommes cadres. A l'inverse, l'écart le plus faible se trouve parmi les employés (9,3 %), une catégorie majoritairement féminisée.

Les écarts de salaires ont nettement baissé depuis les années 1950. Mais depuis les années 1990, le rattrapage s'est ralenti, en partie parce que les femmes demeurent à l'écart des postes à responsabilités les mieux rémunérés, et qu'elles sont plus souvent employées dans des secteurs où les salaires sont bas tels que les services, le commerce ou l'aide à la personne par exemple.

Le temps partiel subi est essentiellement féminin

Les femmes demeurent largement défavorisées sur le marché du travail. Elles occupent plus souvent des emplois de mauvaise qualité à temps partiel, souvent subi, avec de moindres responsabilités. En 2015, 1,2 million de femmes salariées sont en situation de temps partiel subi, contre 471 800 hommes.

  • Les femmes plus pauvres que les hommes

En 2014, 8,4 % des femmes étaient en situation de pauvreté contre 7,7 % des hommes (au seuil à 50 % du revenu médian ). Cette précarité est plus grande après 75 ans où près de deux fois plus de femmes que d'hommes sont pauvres. Cette situation s'explique par le fait que les femmes vivent plus longtemps et qu'elles ont moins souvent occupé une activité professionnelle rémunérée. Elles perçoivent des pensions en moyenne très inférieures à celles des hommes.

Les jeunes femmes de moins de 30 ans sont aussi plus nombreuses que les hommes à connaître la précarité. Il s'agit notamment de mères célibataires avec de faibles revenus qui perçoivent une allocation de parent isolé ou un maigre salaire à temps partiel.

  • L'inégal partage du travail domestique

Que les femmes aient ou non un emploi, elles sont toujours les « championnes » du travail domestique, comparé aux hommes. Avec l'arrivée d'un enfant, ce partage inégal perdure, voire se creuse. En moyenne, les femmes consacrent 3h26 par jour aux tâches domestiques, en 2010 (dernière donnée disponible), contre 2h pour les hommes.

  • Davantage de femmes dans la sphère politique mais on est encore très loin de l'égalité

La loi de juin 2000 sur la parité a contribué à une meilleure représentation féminine dans les exécutifs nationaux et locaux. Mais seulement 26,9 % de femmes siègent à l'Assemblée nationale. Au rythme actuel de progression en nombre de sièges obtenus par les femmes, la parité devrait être atteinte… dans 25 ans. Au niveau local, seules trois femmes sont à la tête d'une des treize régions, alors qu'elles représentent près de la moitié des conseillers de ces instances. 16 % des maires sont des femmes alors que 40,3 % des conseillers municipaux le sont.

Photo/ © olly - Fotolia.com


[1] Pour une explication des mathématiques appliqués aux inégalités, voir notre article Les inégalités de salaires entre les femmes et les hommes : état des lieux

Hommes Femmes
Education
Part des étudiants à l'université en France en 2013-2014 43,1 % 56,9 %
Santé
Espérance de vie à la naissance en France en 2012 78,4 ans 84,8 ans
Chômage
Taux de chômage en France en 2013 10 % 9,7 %
Salaires
Tous temps de travail confondus, les femmes gagnent 24 % de moins
Emploi
Taux de temps partiel subi en France en 2011 2,8 % 8 %
Pauvreté
Taux de pauvreté en France en 2011 (au seuil de 50 % du revenu médian) 7,7 % 8,2 %
Conditions de vie
Temps journalier consacré au travail domestique en France en 2010 2h24 3h52
Vie politique
Part des députés à l'Assemblée nationale française en 2012 73,3 % 26,9 %
Part des députés au Parlement européen en 2014 63,6 % 36,4 %

Prix « Jeunesse pour l'égalité » : il ne vous reste plus que quelques jours pour participer


13 January, by Observatoire des inégalités[ —]


Avis aux candidats : la date limite de remise de vos œuvres pour la quatrième édition du Prix « Jeunesse pour l'égalité » sur le thème « Tous égaux ? » est fixée au 30 janvier prochain. Cette date est impérative : aucune candidature ne sera acceptée au-delà. Non seulement nous sommes impatients de découvrir votre travail mais le concours prend de plus en plus d'ampleur chaque année et il nous faut du temps pour départager les participants ensuite.

Dans la préparation de vos dossiers, il faut impérativement respecter nos indications, sous peine d'être disqualifié. Lisez attentivement le règlement du concours. Attention à la durée de votre vidéo : elle ne doit pas dépasser 1'30 + 15 secondes de générique. Pour les affiches et photos, le format numérique est obligatoire. Nous ne pourrons pas accepter les formats papier. Envoyez-nous des fichiers haute définition, sinon nous ne pourrons pas les mettre en ligne ou les imprimer sous forme d'affiches. Vérifiez que les composants (notamment la musique mais aussi les images, photos de personnages célèbres) soient libres de droits. Ne filmez pas en mode « portrait » mais en mode « paysage » ! Votre film n'est pas destiné à être vu uniquement par un portable mais aussi sur un écran plus grand. Vérifiez aussi que le son soit audible par tous.

Vous n'avez pas encore commencé ? Le délai est court, mais pour ceux qui voudraient se lancer, c'est encore possible. Cette année, le thème est « Tous égaux ? » : répondez en envoyant une vidéo, une affiche, une photo, un dessin, une animation web, etc. Les œuvres sont réparties en deux catégories : les films d'un côté et de l'autre, tous les autres supports de communication visuelle. Pour participer, il faut avoir entre 11 et 25 ans et former une équipe d'au moins deux personnes. Il y a trois catégories d'âge : les 11-15 ans, les 16-18 ans, les 19-25 ans.

Et n'oubliez pas : nous n'attendons pas un clip vidéo publicitaire professionnel. Bien sûr, il faut que les réalisations puissent être diffusées et soient donc d'une qualité minimum. Mais nos critères portent d'abord sur le fond : les idées présentées, leur originalité, leur traitement. Pour nous, la forme importe beaucoup moins que le contenu de vos propos.

Pour en savoir plus sur le concours : voir notre article « Participe au Prix « Jeunesse pour l'égalité » 2016-2017 ! »

Découvrez les réalisations des années précédentes :

Renseignements :
Morgane Lecomble
07 70 11 03 80
concoursvideo@inegalites.fr

Illustration réalisée par Clotilde Szymanski.

Le Prix « Jeunesse pour l'égalité » 2016-2017 bénéficie du soutien du Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, du Commissariat Général à l'Egalité des Territoires et de la Mairie de Paris.


Prix « Jeunesse pour l'égalité » : il ne vous reste plus que quelques jours pour participer


13 January, by Observatoire des inégalités[ —]


Avis aux candidats : la date limite de remise de vos œuvres pour la quatrième édition du Prix « Jeunesse pour l'égalité » sur le thème « Tous égaux ? » est fixée au 30 janvier prochain. Cette date est impérative : aucune candidature ne sera acceptée au-delà. Non seulement nous sommes impatients de découvrir votre travail mais le concours prend de plus en plus d'ampleur chaque année et il nous faut du temps pour départager les participants ensuite.

Dans la préparation de vos dossiers, il faut impérativement respecter nos indications, sous peine d'être disqualifié. Lisez attentivement le règlement du concours. Attention à la durée de votre vidéo : elle ne doit pas dépasser 1'30 + 15 secondes de générique. Pour les affiches et photos, le format numérique est obligatoire. Nous ne pourrons pas accepter les formats papier. Envoyez-nous des fichiers haute définition, sinon nous ne pourrons pas les mettre en ligne ou les imprimer sous forme d'affiches. Vérifiez que les composants (notamment la musique mais aussi les images, photos de personnages célèbres) soient libres de droits. Ne filmez pas en mode « portrait » mais en « paysage » ! Votre film n'est pas destiné à être vu uniquement par un portable mais aussi sur un écran plus grand. Vérifiez aussi que le son soit audible par tous.

Vous n'avez pas encore commencé ? Le délai est court, mais pour ceux qui voudraient se lancer, c'est encore possible. Cette année, le thème est « Tous égaux ? » : répondez en envoyant une vidéo, une affiche, une photo, un dessin, une animation web, etc. Les œuvres sont réparties en deux catégories : les films d'un côté et de l'autre, tous les autres supports de communication visuelle. Pour participer, il faut avoir entre 11 et 25 ans et former une équipe d'au moins deux personnes. Il y a trois catégories d'âge : les 11-15 ans, les 16-18 ans, les 19-25 ans.

Et n'oubliez pas : nous n'attendons pas un clip vidéo publicitaire professionnel. Bien sûr, il faut que les réalisations puissent être diffusées et soient donc d'une qualité minimum. Mais nos critères portent d'abord sur le fond : les idées présentées, leur originalité, leur traitement. Pour nous, la forme importe beaucoup moins que le contenu de vos propos.

Pour en savoir plus sur le concours : voir notre article « Participe au Prix « Jeunesse pour l'égalité » 2016-2017 ! »

Découvrez les réalisations des années précédentes :

Renseignements :
Morgane Lecomble
07 70 11 03 80
concoursvideo@inegalites.fr

Illustration réalisée par Clotilde Szymanski.

Le Prix « Jeunesse pour l'égalité » 2016-2017 bénéficie du soutien du Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, du Commissariat Général à l'Egalité des Territoires et de la Mairie de Paris.


« Que faire contre les inégalités ? » : des propositions concrètes

10 January, by Observatoire des inégalités[ —]


À quelques mois de l'élection présidentielle, l'enjeu est crucial. Chacun doit pouvoir débattre de façon informée des mesures pour réduire les inégalités et interpeller les élus sur des actions concrètes à mettre en œuvre. L'ouvrage « Que faire contre les inégalités ? 30 experts s'engagent » donne la parole à une trentaine d'experts : sociologues, économistes, philosophes ou juristes livrent leurs solutions pour réduire les inégalités de revenus, à l'école, dans l'accès au logement, aux soins, etc.

Faire une synthèse des propositions de ce livre n'est pas chose aisée. Parfois proches d'un texte à l'autre, comme la façon de lutter contre les inégalités à l'école, sur laquelle s'accordent plusieurs auteurs (Marie Duru-Bellat, Jean-Paul Delahaye, Camille Peugny, Guillaume Allègre et Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot). Parfois opposées, comme la question du vote obligatoire qui a la faveur de Michel Pinçon et de Monique Pinçon-Charlot, quand Nicolas Framont trouve qu'il dédouane les institutions de leur responsabilité dans la faible participation électorale. L'ouvrage ne cherche pas à établir un « programme commun » mais davantage à donner des pistes. Tentons malgré tout l'exercice de présenter ce que l'on y trouve.

Pour commencer, quelles sont les propositions pour une fiscalité plus juste ? Aller vers un impôt plus progressif qui fusionnerait la contribution sociale généralisée et l'impôt sur le revenu expliquent Jean Gadrey mais aussi Louis Maurin et Nina Schmidt. Redonner de la progressivité à l'impôt sur le revenu, dont le taux marginal [1] est de 45 % en 2013 contre 65 % en 1986. Augmenter l'impôt sur les sociétés, qui est de 33 % actuellement contre 45 % en 1986 (Jean Gadrey). En finir avec le quotient familial [2] de l'impôt sur le revenu (Jean Gadrey), abolir la plupart des niches fiscales (Louis Maurin & Nina Schmidt), mais Jean Gadrey propose de maintenir par exemple la défiscalisation des dons aux associations reconnues d'utilité publique ou des travaux d'isolation thermique. Lutter contre l'évasion fiscale (Jean Gadrey, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot). Redéfinir la fiscalité locale (taxe d'habitation [3] et taxe foncière [4]) inchangée depuis les années 1970 (Manuel Domergue, Louis Maurin & Nina Schmidt). Renforcer la taxation des donations et successions (Jean Gadrey, Manuel Domergue). Mieux redistribuer les recettes de la TVA (Jean Gadrey). Voilà déjà un programme fiscal bien fourni.

Au travail, que les salariés soient mieux représentés dans les conseils d'administration, où se prennent les décisions, est une idée partagée par plusieurs auteurs (Guillaume Duval, Louis Maurin & Nina Schmidt, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot). D'autres propositions pour améliorer la situation de l'emploi : majorer les cotisations chômage des entreprises qui recourent trop fréquemment aux licenciements, aux contrats temporaires et aux ruptures conventionnelles (Denis Clerc). Récompenser l'emploi de meilleure qualité en réservant les déductions d'impôts aux emplois de personnel qui respectent les conventions collectives et proposent des formations aux salariés (Denis Clerc). Mieux former à la base et favoriser l'apprentissage (Denis Clerc). Créer un salaire maximum, réduire le temps de travail et harmoniser les droits sociaux des salariés des petites entreprises et ceux des grandes entreprises, entre salariés et indépendants (Guillaume Duval).

À l'école, il faut davantage encourager les élèves, alléger leur charge de travail (Louis Maurin & Nina Schmidt), moderniser les programmes (Marie Duru-Bellat), enseigner les sciences humaines (Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot), encourager la coopération entre les élèves, mieux former les enseignants à la pédagogie, mieux informer sur les différentes voies d'orientation (Jean-Paul Delahaye). Plus concrètement, relever le montant des bourses sur critères sociaux, revaloriser les indemnités des enseignants de l'éducation prioritaire (Jean- Paul Delahaye). Mais encore supprimer les grandes écoles (Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot) et atténuer l'importance des diplômes dans l'embauche (Marie Duru-Bellat).

Chaque jeune pourrait être doté d'un capital formation indépendant du revenu de ses parents pour financer ses études ou bien de la formation continue ou encore une formation payante telle que, par exemple, le permis de conduire (Guillaume Allègre). Dans le même ordre d'idées, chaque jeune pourrait bénéficier de 60 « bons autonomie » mensuels de 800 euros, consommables en plusieurs fois afin de permettre les allers et retours entre les études et l'emploi (Camille Peugny). Et encore : rabaisser à 18 ans l'âge d'ouverture des droits notamment au RSA (Camille Peugny), généraliser la garantie jeunes à ceux qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études (Guillaume Allègre).

En matière d'égalité entre les femmes et les hommes, la lutte contre le temps partiel subi, très répandu dans les secteurs d'emploi féminin (services à la personne), ou l'augmentation du nombre de places en crèche sont cités (Françoise Milewski). À l'appui d'obligations inscrites dans la loi qui, non respectées, mènent à des sanctions réelles. Des efforts en termes de sensibilisation aux rôles sociaux des femmes et des hommes restent essentiels (Louis Maurin & Nina Schmidt, Françoise Milewski).

En politique : interdire le cumul des mandats et de leurs indemnités, en limiter leur nombre (Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Nicolas Framont), créer un statut professionnel d'élu, rendre le vote obligatoire (Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot), comptabiliser les votes blancs, constitutionnaliser les référendums, faciliter la carrière politique des salariés (Nicolas Framont), sont quelques pistes pour une représentation politique améliorée.

Pour lutter contre la précarité des étrangers, rétablir la carte de résident valable dix ans (Danièle Lochak), réduire la part des emplois fermés aux étrangers (Danièle Lochak, Louis Maurin & Nina Schmidt), accorder le droit de vote aux étrangers (Danièle Lochak). Et pourquoi ne pas établir des statistiques fondées sur l'origine ethnique pour mieux identifier les discriminations qu'ils subissent dans l'accès au logement, au travail, etc. ? Instaurer des quotas d'accès aux logements sociaux, aux fonctions politiques, comme le suggère Patrick Simon ? Quoiqu'il en soit, recourir aux testings pour prouver la discrimination (Patrick Simon). Plus généralement, établir un code de la non-discrimination qui rassemblerait et simplifierait les différentes normes pouvant s'apparenter au droit sur les discriminations (loi informatique et libertés, lois sur la presse et les propos racistes ou sur le libre exercice du culte, etc.). Créer des « Maisons de l'égalité », guichets uniques regroupant les différents intervenants compétents sur la question pouvant accompagner les victimes comme les auteurs, propose de son côté Gwénaële Calvès.

Encadrer les loyers du parc privé en fonction du loyer médian du territoire, limiter les hausses de loyer à la relocation, favoriseraient l'accès du plus grand nombre au logement, estime Manuel Domergue. Ou encore : proposer un garant public (la Garantie universelle des loyers) plutôt qu'une caution parentale. Redistribuer la rente foncière par une « Contribution de solidarité urbaine » consisterait à surtaxer les transactions des biens immobiliers les plus chers pour financer la rénovation et la production de logements abordables (Manuel Domergue).

Pour réduire la pauvreté, Julien Damon propose, dans « une triple ambition de clarté, d'efficacité et d'équité », une allocation unique. « Mais quelles prestations regrouper ? », se demande-t-il. Cela implique un gestionnaire unique face à des situations familiales, de logement, territoriales diverses. Quid des droits connexes locaux (tarifs sociaux de l'eau, taxe d'habitation, accès gratuit à certains équipements culturels, sportifs des collectivités) ? Simplifier s'avère compliqué. Mais rendre plus lisible les conditions d'accès aux droits sociaux est une nécessité. Christophe Ramaux suggère également d'étendre et d'augmenter les minima sociaux.

Réduire le mal-logement, la précarité, et plus globalement la pauvreté, augmenter les bas revenus, bref, agir sur les conditions de vie contribuerait à diminuer les inégalités sociales de santé. Mais aussi : poursuivre l'effort en matière de prévention dans le domaine de la santé, lutter contre les déserts médicaux. En termes de soins, favoriser le travail en équipe de soignants, renforcer les liens entre les institutions administratives et les médecins, pratiquer une médecine de suivi des patients plutôt qu'à l'acte. Plus radicalement : restaurer le niveau de couverture de base de l'assurance maladie (Pierre Volovitch).
L'amour de l'art, le désir de culture ne sont pas innés, écrit Olivier Donnat. C'est pour cela qu'il faut inscrire durablement l'éducation artistique et culturelle dans les politiques éducatives. Et enseigner l'histoire de l'art, les pratiques artistiques, les nouvelles technologies.

Il est indispensable de doter la justice de plus de moyens (Sybille Gollac & Julie Minoc, Laurent Mucchielli). En permettant plus souvent la saisie et la confiscation des biens notamment des justiciables les plus aisés. En augmentant les amendes et les périodes d'inéligibilité pour la classe politique. En repensant l'aide juridictionnelle qui permet de lutter contre les inégalités entre ceux qui ont les moyens d'avoir un bon avocat et ceux qui reçoivent un commis d'office. Enfin, il faut aller vers un renversement des représentations : derrière les distinctions de vocabulaire pour désigner tel ou tel délinquant (traders versus dealers) ressortent les distinctions de milieux sociaux dont sont issus les uns et les autres. Et aussi, combattre l'idée que la délinquance en col blanc serait moins grave et condamnable que le vol à l'arrachée, le trafic de drogues… (Laurent Mucchielli).

La dépense publique doit être réhabilitée selon Christophe Ramaux : plus de la moitié est constituée de prestations (retraites, remboursement des médicaments et des soins) qui améliorent le pouvoir d'achat des ménages vers le secteur privé (commerçants par exemple). Il faut redynamiser les déserts productifs en relançant l'activité et en rénovant l'habitat dans les zones appauvries. Et répondre sérieusement aux défis écologiques : rénovation thermique des bâtiments, transports collectifs, énergies renouvelables. Enfin, les usagers des services publics doivent être associés à la gestion de ces services.

Pour plus d'égalité entre les territoires : développer la qualité de vie et l'offre de services publics dans tous les quartiers (Christophe Ramaux, Marco Oberti), avec, à l'appui, une fiscalité locale réellement redistributive. Autre argument pour attirer les populations : améliorer la qualité de l'offre scolaire. Lutter contre le sentiment d'enfermement des populations en favorisant la mobilité. Observer ce qui fonctionne : des quartiers où cohabitent des catégories sociales différentes, aux statuts d'occupation multiples existent (Marco Oberti). Au niveau européen, des objectifs communs de droits sociaux pour tous les Européens sont à définir, tout en laissant à chaque Etat les moyens d'atteindre ces objectifs (Cédric Rio).

« Vaste programme » ?, pour reprendre la formule du général de Gaulle. La liste des actions à entreprendre est longue. Ces propositions indiquent des directions, montrent l'univers des choix possibles, d'autres pourraient être envisagées. Certaines pistes sont très générales et demandent des années de mise en œuvre, d'autres pourraient être appliquées très rapidement. Il faudrait aussi s'interroger sur les conditions politiques de leur mise en œuvre, sur les compromis sociaux que notre pays doit faire, sur les négociations à entamer sur le long terme entre les différentes parties prenantes et leurs représentants : syndicats, patronat, associations, partis politiques, etc. La réduction des inégalités est à ce prix.

On peut légitimement s'indigner du niveau du débat public actuel. Il n'est que le produit de la médiatisation, ajouté à une circulation hyper rapide de l'information via les réseaux sociaux qui conduit à la simplification et à l'exagération. Où les plus forts, bien organisés, prennent encore plus de poids. Où ce sont quasiment toujours les mêmes qui s'expriment, pas toujours les mieux informés. Pourtant, des chercheurs explorent, analysent, réfléchissent sur le fond. Qu'on soit ou non d'accord avec eux, cet ouvrage en est l'illustration. Leurs travaux mériteraient d'être davantage entendus.

Pour en savoir plus :

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« Que faire contre les inégalités ? 30 experts s'engagent ». Sous la direction de Louis Maurin et Nina Schmidt, édition de l'Observatoire des inégalités, juin 2016, 120 p., 7,50 € (hors frais d'envoi).


[1] Le taux auquel est imposée la tranche supérieure du revenu d'un contribuable. Le revenu est découpé en tranches, imposées à des taux croissants.

[2] Le calcul de l'impôt sur le revenu est réalisé à partir du revenu net global imposable divisé par le nombre de parts du foyer qui dépendent du nombre de personnes. Un enfant de famille aisée fait gagner davantage en impôt qu'un enfant de famille qui l'est moins.

[3] Impôt local payé par ceux qui utilisent un logement à titre d'habitation, propriétaire ou locataire.

[4] Impôt local dû par les propriétaires de biens immobiliers, qu'ils utilisent ou non ce logement.


Ouvriers : un travail sous contrôle

10 January, by Observatoire des inégalités[ —]


Près de la moitié des ouvriers (qualifiés ou non) n'ont pas la possibilité de faire varier les délais fixés pour accomplir une tâche, contre trois cadres sur dix, selon le ministère du Travail [1] en 2013. 38 % des ouvriers non qualifiés n'ont pas la possibilité d'interrompre une tâche à tout moment, à peu près dans les mêmes proportions que les employés (36,4 %) et les ouvriers qualifiés (31,8 %), contre 18,6 % des cadres supérieurs. La part de salariés concernés par des contraintes liées au travail à la chaîne est de 4 % en 2013 [2]. Pour l'essentiel, il s'agit d'ouvriers non qualifiés (le taux pour eux est de 13,7 %) qui voient leurs gestes au quotidien rythmés par une machine. Ces contraintes sont beaucoup moins répandues chez les professions intermédiaires et les employés (moins de 3 %) dont beaucoup travaillent dans le secteur tertiaire. Pouvoir organiser son temps de travail, gérer soi-même ses tâches ou ne pas dépendre d'une machine automatisée, composent quelques-uns des indicateurs qui déterminent l'autonomie des salariés au travail (voir encadré). L'absence de marges de manœuvre, la répétitivité et l'automatisation des actions a des conséquences sur la santé des salariés.

Il faudrait entrer davantage dans le détail pour bien comprendre le monde du travail. Ces données occultent des écarts bien plus importants à l'intérieur même des catégories socioprofessionnelles. Entre un employé de banque et un caissier de grand magasin, le niveau d'autonomie n'a rien à voir.

L'autonomie dans le travail reste un marqueur profond de la structuration de l'univers professionnel et donc de la société tout entière. Elle est pourtant largement occultée dans le débat public. Les heures de travail ne se valent pas selon les métiers. Une heure de travail à la chaîne, rythmée par une machine, n'a rien à voir avec une heure durant laquelle on va pouvoir passer par la machine à café ou jeter un coup d'œil à ses messages personnels sur Internet. Aux inégalités de rémunérations s'ajoutent des écarts dans la contrainte. Malgré les discours sur l'importance de « l'épanouissement au travail », la réalité reste bien celle d'un monde scindé entre les dirigeants et les exécutants, même s'il faut ajouter les intermédiaires entre ces deux catégories.

Ce décalage entre un monde du travail idéalisé et la réalité heurte ceux qui sont confrontés à ce manque d'autonomie, nourrissant un mal-être [3]. Le choc est d'autant plus fort que ce contrôle s'étend de plus en plus dans le secteur des services, par exemple au sein des centres d'appels téléphoniques ou des entreprises de nettoyage. Une partie des jeunes, de mieux en mieux diplômés, que le parcours scolaire destine à être du « bon côté » du pouvoir, se retrouve à subir les injonctions du métier, sans avoir droit au chapitre.

L'autonomie dans le travail par catégorie socioprofessionnelle
Unité : %
Cadres et professions intellectuelles supérieures
Professions intermédiaires
Employés
Ouvriers qualifiés
Ouvriers non qualifiés
Ensemble
Rapport ouvriers non qualifiés/cadres
Part de salariés qui déclarent ne pas pouvoir interrompre leur travail18,628,636,431,837,930,22,0
Part de salariés soumis à un travail à la chaîne 0,32,02,610,413,74,145,7
Part de salariés qui ne peuvent pas faire varier les délais fixés30,234,633,646,648,536,31,6
Ensemble des salariés. France métropolitaine.
Source : ministère du Travail, Insee - Données 2013 - © Observatoire des inégalités
Les formes de l'autonomie dans le travail
Plusieurs facteurs peuvent déterminer l'autonomie dans le travail. Le fait, par exemple, de ne pas pouvoir interrompre une tâche librement ou d'être dépendant physiquement d'une machine qui détermine les gestes quotidiens. Cela peut aussi être le fait de ne pas pouvoir faire varier les délais d'exécution des tâches. Enfin, l'autonomie peut être liée à la participation aux décisions qui concernent l'activité. On peut avoir des tâches répétitives mais pouvoir en changer, par exemple, plus ou moins librement, les organiser différemment.

Pour en savoir plus :

Photo / © Kadmy - Fotolia


[1] « Autonomie dans le travail », Synthèse.Stat' n°16, ministère du Travail, octobre 2015.

[2] « Intensité du travail et usages des technologies de l'information et de la communication », ministère du Travail, Synthèse.Stat' n°14, 30 juin 2015.











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