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Prix « Jeunesse pour l'égalité » : qui sont les lauréats ?

29 March, by Observatoire des inégalités[ —]


Et le vainqueur est ? Suspense... Venus des quatre coins de la France, de Marseille à Hazebrouck, en passant par Pontarlier, Reims, Grenoble, Rezé, etc., 250 jeunes finalistes du concours « Jeunesse pour l'égalité » de l'Observatoire des inégalités ont assisté à la remise des prix de cette quatrième édition, le mercredi 22 mars 2017 à l'Hôtel de Ville de Paris.

C'était déjà une belle victoire pour eux d'avoir été sélectionnés parmi les 1 500 jeunes participants et aussi une bonne occasion de passer une journée à Paris où bon nombre d'entre eux n'avaient jamais mis les pieds. Hélène Bidard, adjointe à la Mairie de Paris, chargée de l'égalité femmes/hommes et de la lutte contre les discriminations, les a accueillis et a ouvert la cérémonie. Devant elle, les jeunes occupaient les sièges habituellement réservés à quelques élus parisiens très connus : Rachida Dati, Myriam El Khomri ou encore Bernard Debré. Avec - certains habitués du conseil municipal présents en ont témoigné - bien plus d'attention que leurs aînés. Nina Schmidt, cheffe de projet et responsable de l'organisation du Prix “Jeunesse pour l'égalité”, a souligné que, plus que les trophées, c'est la manière dont les jeunes ont réfléchi à l'égalité comme valeur citoyenne qui importe.

Après la projection des 29 affiches retenues, un petit groupe de jeunes venus de Trets dans les Bouches-du-Rhône, ont présenté leur réalisation : une planche de BD « Apprendre à se connaître ». Leur point de départ : les moqueries subies par les jeunes de leu entourage sur leurs origines étrangères, et notamment portugaises. Ils nous ont raconté comment ils ont créé leur mini roman-photo : de la prise des clichés à la rédaction du contenu des bulles. Les jeunes lycéens de Lons-le-Saunier ayant réalisé l'affiche « 9 m² » ont également présenté leur démarche : « On entend peu parler des inégalités d'accès au logement. Nous avons eu l'idée de travailler sur ce sujet en nous renseignant sur la taille minimale d'une chambre de bonne et la taille d'un garage. On s'est rendu compte que des personnes vivaient dans la même surface qu'une voiture », ont-ils expliqué.

La cérémonie s'est poursuivie avec la projection des 25 vidéos sélectionnées. Enfin, à 17 h, séquence émotion : l'annonce des noms des 14 équipes lauréates (voir la liste et leurs créations ci-dessous). Morgane Lecomble (en service civique à l'Observatoire des inégalités), Louis Maurin (directeur de l'Observatoire), Naïma Teï et Corinne Bord (respectivement chargée de mission et cheffe du bureau de la promotion de la citoyenneté et de la prévention des discriminations au Commissariat général à l'égalité des territoires) ont remis les trophées aux gagnants. L'ensemble des finalistes a eu droit à un diplôme ainsi qu'à de petits lots aux couleurs de l'Observatoire, en souvenir de cette journée.

Pour l'Observatoire des inégalités, c'est l'heure du bilan. Le prix « Jeunesse pour l'égalité », soutenu d'année en année par le ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, le Commissariat général à l'égalité des territoires et la Mairie de Paris, se développe et reçoit de plus en plus de candidatures. La remise des prix constitue l'un des moments forts de l'année. « L'engagement de ces jeunes, la qualité de leurs œuvres et leurs témoignages nous poussent à aller de l'avant. Je leur donne rendez-vous l'an prochain pour un nouveau prix », a conclu Nina Schmidt.

Vidéos 11-15 ans

1er prix : « Mets-toi à ma place », réalisée par Mina Bayade, Fezla Halidi, Cheima Mnioulat, Daloba Bangoura, Nanbitou Fadiga, Mundeba Martine et Kone Sitan de l'association Ville Simplement à Rezé (44).
2e prix : « Le Chemin vers l'égalité », réalisée par Hamady Badiaga, Younes Bentoumi, Tony Lima et Alexandre Velez Moreno de la Compagnie du Son des Rues à Paris (75).

Vidéos 16-25 ans [1]

1er prix : « L'homophobie : faire face à la réalité », réalisée par Laura Prieur, Laetitia Forestier, Lucie Bradbury, Alisson Lambiel et Kamilia Burlot du lycée Guillaume Fichet à Bonneville (74).
2e prix : « Trizogédie », réalisée par Emeric Berniard, Edna Berniard, Come Naulleau, Loan Pizon, Antoine Chanal du lycée Sainte-Marie du Port aux Sables-d'Olonne (85).
3e prix : « Racaille ! », réalisée par Tony Edet, Yanis Vahe et Nicolas Sacleux du lycée Lavoisier à Auchel (62).
4e prix : « Ce que nous sommes », réalisée par Lise Verger et Manon Sevenier du lycée des Eaux Claires à Grenoble (38).

Prix de la vidéo professionnelle [2]

« Toutes égales ? », réalisée par Sarah Bellanger et Lauréline Baron de Nantes (44).

Prix du jury

« La Course », réalisée par Antonin Charbonneau, Corentin Thomas et Tommy Gaudin du lycée Sainte-Marie du Port aux Sables-d'Olonne (85).

Affiches 11-15 ans


1er prix : « L'accès à l'éducation un droit pour tous », réalisée par Salomé Ledez, Léane Roque et Lana Lebouille du collège Emile Auvray à Dourdan (91).

2e prix : « Apprendre à se connaître », réalisée par Mariana Rodrigues Dasilva, Lamine Drimi, Paul Laquinta, Zinedine Mathlouthi, et Noah Resseguier de l'Espace Jeunes de Trets (13).

Affiches 16-18 ans


1er prix : « L'égalité ne tient qu'à un poil », réalisée par Théo Adou et Paul-Eliott Roger du lycée des Flandres à Hazebrouck (59).

2e prix : « 9m2 », réalisée par Nathan Dumont, Iris Gauthier, Clémentine Jaillet et Méline Chamouton du lycée Jean-Michel à Lons-le-Saunier (39).

3e prix : « Juste une question d'égalité », réalisée par Romane Martineau et Marie Scherpereel du lycée Jean Paul II à Sartrouville (78).

4e prix : « Demain j'irai travailler », réalisée par Lilas Billaudel, Oriane Delatour et Félicie Cantin du lycée Jean-Michel à Lons-le-Saunier (39).

Affiches 19-25 ans


1er prix : « Pauvre en argent mais riche en avenir », réalisée par Frayda Menut, Mazarine Okni et Maëva Pichard du lycée Paul Emile Victor à Avrillé (49).

2e prix : « L'inégalité dans l'alimentation », réalisée par Madjidi Ahamadi, Alexis Lalu et Nicolas Saillier du Centre de formation Médiapte à Poitiers (86).
Le Prix « Jeunesse pour l'égalité » 2016-2017 bénéficie du soutien du Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, du Commissariat Général à l'Egalité des Territoires et de la Mairie de Paris.


[1] Faute d'un nombre suffisant de candidatures dans la catégorie « vidéo 19-25 ans », nous les avons regroupées en une catégorie, les vidéos 16-25 ans.

[2] Nous avions décidé cette année pour la première fois d'ouvrir une catégorie « Professionnels », sans critère d'âge, pour les affiches, comme pour les vidéos. Cette catégorie s'adressait aux jeunes ayant bénéficié de l'aide d'adultes, professionnels de la création visuelle. Nous n'avons pas reçu suffisamment de candidatures professionnelles dans la catégorie des affiches.


Soutenez le deuxième rapport sur les inégalités en France

28 March, by Observatoire des inégalités[ —]

Prix « Jeunesse pour l'égalité » : qui sont les lauréats ?

28 March, by Observatoire des inégalités[ —]


Et le vainqueur est ? Suspense... Venus des quatre coins de la France, de Marseille à Hazebrouck, en passant par Pontarlier, Reims, Grenoble, Rezé, etc., 250 jeunes finalistes du concours « Jeunesse pour l'égalité » de l'Observatoire des inégalités ont assisté à la remise des prix de cette quatrième édition, le mercredi 22 mars 2017 à l'Hôtel de Ville de Paris.

C'était déjà une belle victoire pour eux d'avoir été sélectionnés parmi les 1 500 jeunes participants et aussi une bonne occasion de passer une journée à Paris où bon nombre d'entre eux n'avaient jamais mis les pieds. Hélène Bidard, adjointe à la Mairie de Paris, chargée de l'égalité femmes/hommes et de la lutte contre les discriminations, les a accueillis et a ouvert la cérémonie. Devant elle, les jeunes occupaient les sièges habituellement réservés à quelques élus parisiens très connus : Rachida Dati, Myriam El Khomri ou encore Bernard Debré. Avec - certains habitués du conseil municipal présents en ont témoigné - bien plus d'attention que leurs aînés. Nina Schmidt, cheffe de projet et responsable de l'organisation du Prix “Jeunesse pour l'égalité”, a souligné que, plus que les trophées, c'est la manière dont les jeunes ont réfléchi à l'égalité comme valeur citoyenne qui importe.

Après la projection des 29 affiches retenues, un petit groupe de jeunes venus de Trets dans les Bouches-du-Rhône, ont présenté leur réalisation : une planche de BD « Apprendre à se connaître ». Leur point de départ : les moqueries subies par les jeunes de leu entourage sur leurs origines étrangères, et notamment portugaises. Ils nous ont raconté comment ils ont créé leur mini roman-photo : de la prise des clichés à la rédaction du contenu des bulles. Les jeunes lycéens de Lons-le-Saunier ayant réalisé l'affiche « 9 m² » ont également présenté leur démarche : « On entend peu parler des inégalités d'accès au logement. Nous avons eu l'idée de travailler sur ce sujet en nous renseignant sur la taille minimale d'une chambre de bonne et la taille d'un garage. On s'est rendu compte que des personnes vivaient dans la même surface qu'une voiture », ont-ils expliqué.

La cérémonie s'est poursuivie avec la projection des 25 vidéos sélectionnés. Enfin, à 17 h, séquence émotion : l'annonce des noms des 14 équipes lauréates (voir la liste et leurs créations ci-dessous). Morgane Lecomble (en service civique à l'Observatoire des inégalités), Louis Maurin (directeur de l'Observatoire), Naïma Teï et Corinne Bord (respectivement chargée de mission et cheffe du bureau de la promotion de la citoyenneté et de la prévention des discriminations au Commissariat général à l'égalité des territoires) ont remis les trophées aux gagnants. L'ensemble des finalistes a eu droit à un diplôme ainsi qu'à de petits lots aux couleurs de l'Observatoire, en souvenir de cette journée.

Pour l'Observatoire des inégalités, c'est l'heure du bilan. Le prix « Jeunesse pour l'égalité », soutenu d'année en année par le ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, le Commissariat général à l'égalité des territoires et la Mairie de Paris, se développe et reçoit de plus en plus de candidatures. La remise des prix constitue l'un des moments forts de l'année. « L'engagement de ces jeunes, la qualité de leurs œuvres et leurs témoignages nous poussent à aller de l'avant. Je leur donne rendez-vous l'an prochain pour un nouveau prix », a conclu Nina Schmidt.

Vidéos 11-15 ans

1er prix : « Mets-toi à ma place », réalisée par Mina Bayade, Fezla Halidi, Cheima Mnioulat, Daloba Bangoura, Nanbitou Fadiga, Mundeba Martine et Kone Sitan de l'association Ville Simplement à Rezé (44).
2e prix : « Le Chemin vers l'égalité », réalisée par Hamady Badiaga, Younes Bentoumi, Tony Lima et Alexandre Velez Moreno de la Compagnie du Son des Rues à Paris (75).

Vidéos 16-25 ans [1]

1er prix : « L'homophobie : faire face à la réalité », réalisée par Laura Prieur, Laetitia Forestier, Lucie Bradbury, Alisson Lambiel et Kamilia Burlot du lycée Guillaume Fichet à Bonneville (74).
2e prix : « Trizogédie », réalisée par Emeric Berniard, Edna Berniard, Come Naulleau, Loan Pizon, Antoine Chanal du lycée Sainte-Marie du Port aux Sables-d'Olonne (85).
3e prix : « Racaille ! », réalisée par Tony Edet, Yanis Vahe et Nicolas Sacleux du lycée Lavoisier à Auchel (62).
4e prix : « Ce que nous sommes », réalisée par Lise Verger et Manon Sevenier du lycée des Eaux Claires à Grenoble (38).

Prix de la vidéo professionnelle [2]

« Toutes égales ? », réalisée par Sarah Bellanger et Lauréline Baron de Nantes (44).

Prix du jury

« La Course », réalisée par Antonin Charbonneau, Corentin Thomas et Tommy Gaudin du lycée Sainte-Marie du Port aux Sables-d'Olonne (85).

Affiches 11-15 ans


1er prix : « L'accès à l'éducation un droit pour tous », réalisée par Salomé Ledez, Léane Roque et Lana Lebouille du collège Emile Auvray à Dourdan (91).

2e prix : « Apprendre à se connaître », réalisée par Mariana Rodrigues Dasilva, Lamine Drimi, Paul Laquinta, Zinedine Mathlouthi, et Noah Resseguier de l'Espace Jeunes de Trets (13).

Affiches 16-18 ans


1er prix : « L'égalité ne tient qu'à un poil », réalisée par Théo Adou et Paul-Eliott Roger du lycée des Flandres à Hazebrouck (59).

2e prix : « 9m2 », réalisée par Nathan Dumont, Iris Gauthier, Clémentine Jaillet et Méline Chamouton du lycée Jean-Michel à Lons-le-Saunier (39).

3e prix : « Juste une question d'égalité », réalisée par Romane Martineau et Marie Scherpereel du lycée Jean Paul II à Sartrouville (78).

4e prix : « Demain j'irai travailler », réalisée par Lilas Billaudel, Oriane Delatour et Félicie Cantin du lycée Jean-Michel à Lons-le-Saunier (39).

Affiches 19-25 ans


1er prix : « Pauvre en argent mais riche en avenir », réalisée par Frayda Menut, Mazarine Okni et Maëva Pichard du lycée Paul Emile Victor à Avrillé (49).

2e prix : « L'inégalité dans l'alimentation », réalisée par Madjidi Ahamadi, Alexis Lalu et Nicolas Saillier du Centre de formation Médiapte à Poitiers (86).
Le Prix « Jeunesse pour l'égalité » 2016-2017 bénéficie du soutien du Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, du Commissariat Général à l'Egalité des Territoires et de la Mairie de Paris.


[1] Faute d'un nombre suffisant de candidatures dans la catégorie « vidéo 19-25 ans », nous les avons regroupées en une catégorie, les vidéos 16-25 ans.

[2] Nous avions décidé cette année pour la première fois d'ouvrir une catégorie « Professionnels », sans critère d'âge, pour les affiches, comme pour les vidéos. Cette catégorie s'adressait aux jeunes ayant bénéficié de l'aide d'adultes, professionnels de la création visuelle. Nous n'avons pas reçu suffisamment de candidatures professionnelles dans la catégorie des affiches.


La représentation des catégories socioprofessionnelles à la télévision


21 March, by Observatoire des inégalités[ —]


Les cadres supérieurs représentent près des deux tiers des personnes que l'on peut entendre dans les programmes de la télévision via la fiction, les divertissements et les programmes d'information, selon le « Baromètre de la diversité à la télévision pour l'année 2016 », publié par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) [1], alors qu'ils constituent 9 % de la population totale. Les ouvriers (12 % de la population totale toujours selon les données du CSA) ne représentent que 3 % des personnes entendues à la télévision. Les retraités forment 32 % de la population, mais seulement 2 % des personnages de la télévision.

Cette représentation des catégories socioprofessionnelles est en complet décalage avec la structure sociale réelle. Elle construit une image d'une société déformée, largement plus favorisée que ce qu'elle est en réalité. La télévision constituant d'abord un divertissement, on préfère toujours y observer une situation sous un jour plus favorable. Quant à ceux qui parlent à la télévision, mieux vaut qu'ils sachent maîtriser le discours en public. La parole est donnée, dans l'immense majorité des cas, à ceux qui manient le mieux la parole, c'est-à-dire aux plus diplômés.

De ce fait, l'écart est énorme entre les catégories sociales Les cadres sont 21 fois plus présents que les ouvriers à la télévision et sept fois plus souvent qu'ils ne le devraient si le temps d'antenne était réparti en fonction de leur part dans la population. En soi, l'égalité de présence des catégories sociales à la télévision n'a pas grand sens, mais l'ampleur du déséquilibre est marquante. On peut difficilement penser que ce phénomène n'a pas de conséquences auprès de la population et des commentateurs sur la construction de l'image des catégories sociales et sur la représentation des intérêts de celles les moins favorisées. Enfin, il faut le noter, autant il existe un débat sur la présence des femmes et des minorités visibles à la télévision, autant la question de celle des différents milieux sociaux est totalement absente.

Représentation des catégories sociales à la télévision
Unité : %
Part dans la population totale
Représentation à la télévision *
Artisans, commerçants35
Agriculteurs exploitants2ns**
Cadres, professions intellectuelles libérales, chefs d'entreprises962
Professions intermédiaires149
Employés1611
Ouvriers123
Retraités322
Autres inactifs129
Semaines du 9 au 15 mai et du 5 au 11 septembre 2016 * Dans les fictions, les divertissements, les magazines et documentaires, le sport et les programmes d'information diffusés sur 17 chaines de la TNT gratuite ainsi que sur Canal +. ** non significatif.
Source : CSA - Baromètre de la diversité - Données 2016 - © Observatoire des inégalités

Photo / GFDL, via Wikimedia Commons


[1] Baromètre publié en janvier 2017. L'étude a été réalisée en observant les personnes intervenant oralement - sauf dans les publicités - sur les principales chaînes entre 17 h et 23 h entre mai et septembre 2016. Les programmes d'information de mi-journée de TF1, France 2, France 3, M6, Canal+, NT1, TMC et France Ô ont également été inclus.

Des données à utiliser avec précaution
Les résultats de ce baromètre sont obtenus à partir de l'observation des programmes, et non de l'interrogation des personnes présentes à la télévision. Il s'agit d'évaluations approximatives. Ces données ne prennent pas non plus en compte la position plus ou moins valorisée dans laquelle est présenté l'intervenant.

Emploi : 7,7 millions de personnes fragilisées

16 March, by Observatoire des inégalités[ —]


La France compte 2,9 millions de chômeurs selon les données 2015 de l'Insee, soit un dixième de la population dite « active » (celle qui a un emploi ou en cherche un). Ce chiffre, à lui seul, reflète bien mal la situation du marché du travail. Selon nos calculs, on peut estimer le nombre de personnes fragilisées face à l'emploi à 7,7 millions au total. En effet, en plus de ses 2,9 millions de chômeurs, la France compte 3,4 millions de travailleurs précaires : principalement des personnes en intérim ou en contrat à durée déterminée, que ce soit dans le secteur privé comme dans celui du public, très friand lui aussi de précarité. On compte aussi 1,4 million de découragés, qui ne recherchent plus activement un travail tant la situation est dégradée. Ils ne sont donc plus comptés comme « actifs ». Mais quand l'Insee les interroge, ils répondent pourtant qu'ils souhaiteraient travailler. Parmi eux, des femmes qui n'ont aucun mode de garde pour leurs enfants, des adultes très peu qualifiés qui baissent les bras devant le type d'emploi et les rémunérations qu'on leur propose.

Si on additionne les chômeurs et toutes les populations marginalisées (précaires et découragés) par rapport à la norme d'emploi de notre société, on aboutit à un total de près de huit millions de personnes, soit un quart du total des actifs. Dans le meilleur des cas, on peut se dire qu'une partie des chômeurs est depuis peu sans emploi et ne le restera pas longtemps, que certains « précaires » ont choisi ce type de statut pour mener une vie plus « flexible ». Imaginons donc que l'on puisse amputer notre chiffre d'un million de personnes. L'estimation porterait alors sur sept millions de personnes en mal-emploi, au minimum.

Mais on devrait aussi ajouter tous les découragés qui n'osent même plus déclarer à l'Insee qu'ils voudraient travailler tant ils sont marginalisés. Ceux qui, par exemple, trop âgés et trop peu qualifiés, attendent l'âge de la retraite sans rien demander. Ils n'apparaissent plus dans aucun chiffre. D'autre part, qui a noté que le taux d'activité des hommes de 25-49 ans, âge auquel quasiment plus personne n'étudie est passé de 97 % au milieu des années 1980 à 93 % en 2015 ? Ce mouvement qui semble modeste représente l'équivalent de 600 000 hommes qui se seraient retirés du marché du travail : combien d'entre eux l'ont choisi et combien ont jeté l'éponge ? Il faudrait aussi ajouter les 1,7 million de salariés, dans leur immense majorité des femmes, qui occupent un temps partiel subi et voudraient travailler davantage. Enfin, nos données ne comptabilisent pas ceux que certains présentent désormais comme « l'avenir du travail » parce que, à l'instar des chauffeurs Uber, ils sont « à leur compte », sans contrat durable. Toute une partie de ces non-salariés, en particulier les peu qualifiés, vivotent dans une précarité encore plus grande, en enchaînant les heures de travail pour de très faibles rémunérations.

Un quart des actifs est concerné : pourquoi alors ne s'inquiète-t-on pas davantage de cette situation ? Parce que le mal-emploi ne frappe pas au hasard : il concerne une population peu organisée collectivement, dont les intérêts sont mal représentés. Contrairement au discours commun, le risque d'être au chômage et d'y rester, d'occuper un emploi précaire, ou de décrocher de l'univers professionnel ne se réduit pas au fait d'être qualifié ou non. La masse des ces « mal-employés » sont des jeunes qui n'ont pas réussi à obtenir un titre scolaire, mais aussi des femmes qui ont cru pouvoir s'arrêter temporairement pour élever leurs enfants et qui n'arrivent plus à reprendre pied dans l'emploi, des plus âgés qui baissent les bras.

Le bilan du mal-emploi en France
Nombre (en milliers)
Part (en %)
Mal-emploi7 70025
- Dont précaires 3 40011
- Dont chômeurs2 9009
- Dont inactifs1 4005
Actifs ou souhaitant travailler30 900100
En temps partiel contraint1 7006
Chômage au sens du BIT.
Source : calculs de l'Observatoire des inégalités d'après Insee - Données 2015 - © Observatoire des inégalités

Photo / © ignacio sanz - Fotolia.com


Soutenez le deuxième rapport sur les inégalités en France

16 March, by Observatoire des inégalités[ —]


La publication de notre deuxième rapport sur les inégalités est désormais entre vos mains. L'Observatoire des inégalités lance une opération de financement : en la soutenant, vous rendez possible l'édition de ce document.

Contribuez à la campagne de financement participatif :



Il s'agit, comme nous le faisons tous les deux ans, de rassembler un ensemble de données précises et actualisées sur les inégalités en France, des revenus à l'éducation, en passant par la santé, le logement, les modes de vie, la vie politique, etc. Inégalités entre femmes et hommes, entre catégories sociales, entre générations, entre Français et étrangers. L'objectif est d'éclairer un débat marqué aussi bien par des exagérations que par le déni des fractures qui traversent notre société.

Ce rapport est destiné à un large public. Composé de tableaux, de graphiques et de textes simples, il n'est pas réservé à des « experts » qui connaissent déjà bien le sujet. Tous ces éléments sont accompagnés d'analyses, de définitions, d'explications sur la méthode employée.

Peser dans le débat public

En soutenant ce rapport, vous avez la capacité de peser dans le débat public. De montrer qu'il est important de mesurer, de rendre visible la situation de certaines catégories de genre, d'âge, d'origine géographique ou encore sociales, catégories qui sont pour partie les laissées pour compte du progrès. Dans cet ouvrage, vous trouverez par exemple un certain nombre de données sur le monde du travail d'aujourd'hui (accidents, maladies professionnelles, conditions de travail…), beaucoup trop rarement évoquées.

La France reste l'un des meilleurs modèles sociaux au monde : cela n'empêche pas que le décalage est énorme entre les discours sur l'égalité et la situation réelle d'une grande partie de la population. Derrière sa façade égalitaire, notre pays cultive les privilèges dont bénéficient les couches favorisées, qu'il s'agisse de revenus ou de diplômes.

En soutenant ce rapport, vous lancez un signal fort. Notre pays souffre de sa rhétorique, de petites phrases, de l'à-peu-près, où chacun a raison en même temps. Nous devons avancer dans la connaissance de la situation sociale. Nous devons élaborer un diagnostic informé et le plus large possible, pas uniquement en ce qui concerne les revenus ou l'éducation par exemple, dont on parle le plus souvent. Pas seulement non plus pour dénoncer l'indécente « richesse des plus riches » en pleine période de chômage, mais aussi pour montrer en quoi les inégalités sont liées entre elles et forment un ensemble. Pour dire en quoi « l'égalité des chances » n'est qu'une partie du problème et qu'il faut réfléchir au fonctionnement global de notre système, à l'école, dans l'entreprise et dans la vie quotidienne.

L'édition de ce document est un nouveau pari pour l'Observatoire des inégalités. Depuis 14 ans maintenant, nous œuvrons pour essayer d'améliorer l'information sur le sujet, avec des moyens limités. L'Observatoire ne dispose pas de partenariats avec les géants de l'économie, n'accepte pas de publicité sur son site et ne reçoit que très peu d'argent public. Ce rapport n'est pas un document officiel commandé par un ministère ou une commission quelconque. Il est réalisé en totale indépendance par un organisme libre de tout engagement envers un parti politique, un syndicat ou une entreprise. L'Observatoire des inégalités vit principalement des dons de citoyens de bords divers qui estiment que ce travail d'information est indispensable à notre démocratie. Nous comptons sur vous.

Le deuxième rapport sur les inégalités en France
• 192 pages en couleurs, dont une synthèse de quatre pages
• 200 tableaux actualisés, des graphiques et infographies
• des analyses rigoureuses
• un tirage minimum de 2 000 exemplaires
• un prix de vente volontairement modique de 8,50 euros

Photo / © Virginie de Galzain


Les discriminations à l'embauche persistent en France

14 March, by Observatoire des inégalités[ —]


Sur 843 réponses positives reçues en retour de 3 000 candidatures envoyées à une quarantaine de grandes entreprises françaises pour des postes d'employés et de managers, 36 % favorisent le candidat dit « hexagonal », 16 % le candidat « maghrébin » [1], soit 20 points d'écart selon le résultat d'un testing mené par ISM Corum pour le ministère du Travail [2]. 1 500 paires de CV (soit 3 000 candidatures) ont été envoyées en réponse aux offres d'emploi de 43 grandes entreprises de plus de 1 000 salariés, représentant neuf secteurs d'activité et réparties sur la France entière. Seuls les noms et prénoms des CV différaient. La formation, l'expérience, l'âge, le diplôme et l'adresse étaient équivalents. La nationalité française figurait explicitement sur chaque CV, en particulier sur ceux aux patronymes à consonance maghrébine.

L'écart est plus important pour les postes d'employés que pour ceux de managers : sur les 387 réponses positives reçues pour les postes d'employés, la candidature « hexagonale » est retenue dans 40 % des cas, contre 17 % pour la candidature « maghrébine », soit 23 points de différence. Sur les 456 réponses positives pour les postes de managers, la candidature hexagonale est retenue dans 32 % des cas, contre 16 % des candidatures maghrébines, soit 16 points d'écart.

Que nous dit ce testing ?

Il faut prendre ces données avec précaution : il s'agit d'une expérience menée dans un petit nombre de grandes entreprises privées (40) sur quelques offres spécifiques (en particulier des postes d'employés et de managers). Une part de l'écart tient aussi au fait que le recruteur peut choisir un CV plutôt qu'un autre sans que ce choix soit basé sur un critère de discrimination basée sur l'origine supposée (le premier CV venu, le hasard…). Cela dit, au total, plus de deux fois plus de candidatures « hexagonales » sont favorisées par rapport aux candidatures « maghrébines ». Ce chiffre montre l'étendue des préjugés qui persistent. Et pour celles et ceux qui en font l'expérience, la violence de cette discrimination est extrême : elle heurte la valeur fondamentale de l'égalité entre citoyens.

Il ne faut pas oublier que l'origine migratoire peut aussi être un signe d'appartenance aux milieux populaires et cela peut aussi jouer dans le processus de sélection. Une partie de la sélection se fait en amont, par le biais des inégalités sociales qui frappent en premier lieu les personnes d'origine immigrée.

Les discriminations à l'embauche selon l'origine
Unité : %
Proposition identique
Choix favorisant la candidature hexagonale
Choix favorisant la candidature maghrébine
Total
Poste d'employé434017100
Poste de manager523216100
Ensemble483616100
Champ : 40 entreprises de 1 000 salariés ou plus. Testing réalisé du 31 mars au 31 juillet 2016. 387 réponses positives ont été reçues pour les postes d'employés et 456 pour les postes de managers.
Source : ISM Corum, ministère du Travail - © Observatoire des inégalités

Illustration : affiche réalisée par Laura GOULAY-MARTEL et Aissata GASSAMA dans le cadre du Prix « Jeunesse pour l'égalité » 2015.


[1] Une centaine d'identités ont été utilisées, les unes aux noms et prénoms à consonance « hexagonale » (Céline Parmentier, Guillaume Clerc) et les autres à consonance « maghrébine » (Malika Sayed, Fayçal Brahimi).


Chômage : les hommes dépassent les femmes


8 March, by Observatoire des inégalités[ —]


Du milieu des années 1970 à la fin des années 1980, l'écart de taux de chômage entre les femmes et les hommes s'est accru. Il a atteint quatre points en 1989. À l'époque, le taux de chômage des femmes était 1,7 fois supérieur à celui des hommes. Par la suite, les indicateurs ont progressivement convergé jusqu'à l'égalité en 2009. Une dégradation de l'emploi féminin a rouvert l'écart en 2011 (un taux de chômage de 9,7 % pour les femmes, de 8,7 % pour les hommes), mais en 2012, le chômage masculin a nettement progressé (9,7 % contre 10 % pour les femmes). Depuis début 2014, celui-ci dépasse ou est équivalent au chômage féminin.



L'impact de la crise

Le nombre d'hommes au chômage a augmenté de 52 % entre le premier trimestre 2008 et le dernier trimestre 2016, contre + 40 % pour les femmes. Au total, on a enregistré sur la période 507 000 hommes et 377 000 femmes supplémentaires parmi les demandeurs d'emploi. On en compte désormais 160 000 de plus chez les hommes que chez les femmes. Celles-ci ont tiré davantage profit des créations d'emplois dans le secteur des services, de la distribution aux emplois domestiques, en passant par l'enseignement ou la santé. Elles subissent aussi la crise, mais moins que les hommes davantage présents dans l'industrie. Par ailleurs, le niveau de diplôme des femmes se rapproche de celui des hommes, voire le dépasse pour les jeunes générations, même si elles s'orientent vers des filières moins valorisées sur le marché du travail.

L'emploi féminin se porte mieux, mais ces chiffres très généraux sur le chômage ne disent pas tout. Les femmes occupent la plus grande part des emplois non-qualifiés et restent moins rémunérées à poste équivalent. Elles sont bien plus souvent en temps partiel contraint. Enfin, une partie des femmes les moins qualifiées, découragées, ont décroché du marché du travail et ne sont plus comptabilisées parmi les actives.



Photo / Pôle emploi Versailles


L'évolution des inégalités de salaires entre hommes et femmes


8 March, by Observatoire des inégalités[ —]


Dans les années 1950, les femmes employées à temps complet [1] percevaient en moyenne deux tiers des salaires masculins. En 1998, elles ont franchi le seuil des 80 %. Le rattrapage a été particulièrement rapide entre le milieu des années 1970 et le milieu des années 1980. Depuis, il se poursuit à un rythme plus lent. Les femmes ont grignoté seulement trois points au cours des 15 dernières années, pour atteindre 83 % du niveau de salaire des hommes en 2013.

Deux grandes raisons expliquent le rattrapage. Les discriminations purement liées au sexe (difficiles à mesurer) ont sans doute diminué : la généralisation du travail salarié des femmes a banalisé leur emploi, au moins dans certains secteurs (droit, médecine et communication par exemple). Surtout, la scolarisation des filles a nettement élevé le niveau de qualification des femmes sur le marché du travail. Les places des hommes et des femmes au travail se sont rééquilibrées.

Que s'est-il passé depuis 1995 pour que le rattrapage ralentisse, alors que les femmes sont désormais plus diplômées que les hommes ? Les femmes semblent confrontées à un « plafond de verre » qui les empêche d'atteindre la pleine égalité salariale. Un grand nombre d'emplois qu'elles occupent se trouvent dans le secteur des services, peu qualifié, où les salaires sont faibles : grande distribution, services à la personne, etc. En même temps, de nombreux postes à responsabilités, les mieux rémunérés, leur restent fermés. Enfin, une part des femmes semble refuser la compétition à laquelle elles devraient se livrer pour obtenir l'égalité des salaires, dans un marché du travail très hiérarchisé. Pour de nombreuses raisons : par choix personnel – orienté notamment par l'éducation des jeunes filles –, du fait du soin aux enfants toujours inégalement réparti, ou parce qu'elles savent qu'elles partent dans la compétition avec un handicap.


GrapheGraphe plein écran PlusPlus de données
Rupture de série en 1994. Données pour le secteur privé. Lecture : en 2013, le salaire moyen des femmes qui travaillent à temps complet est égal à 83 % de celui des hommes.

Photo / © stefanolunardi - Fotolia


[1] On ne dispose pas d'éléments historiques pour les salaires tous temps de travail confondus. Les données présentées passent sous silence l'écart de rémunération lié au temps partiel, qui concerne plus souvent les femmes que les hommes.


Vers l'égalité réelle entre les sexes

7 March, by Observatoire des inégalités[ —]





Ce texte est extrait de l'ouvrage « Que faire contre les inégalités ? 30 experts s'engagent », sous la direction de Louis Maurin et Nina Schmidt, édition de l'Observatoire des inégalités, juin 2016, 120 p., 7,50 €.
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Actuellement, un écart d'environ sept points entre le taux d'emploi des femmes et celui des hommes demeure. Or l'emploi est une garantie d'indépendance financière, voire d'indépendance tout court. Elle est cruciale en cas de rupture conjugale. Mais cette condition nécessaire n'est pas suffisante. La qualité de l'emploi est en effet essentielle, tant du point de vue des conditions de travail et de vie que de l'autonomie. Les femmes sont les premières concernées par les emplois instables et à temps partiel, et, de fait, sont les plus touchées par la précarité et la pauvreté en emploi.

Inciter à l'accroissement du taux d'emploi des femmes ?

Pour de nombreuses femmes, les ruptures de parcours, la fragilité de l'insertion et de la réinsertion après un congé parental, par exemple, créent une relation instable au marché du travail. Certains temps partiels (notamment dans les services) dégradent les conditions de vie : horaires fragmentés, atypiques, imprévisibles, à grande amplitude horaire, et donc, incidemment, une non-maîtrise du temps. Lorsque ces emplois sont exercés par des femmes peu ou pas qualifiées, donc à faible salaire horaire (proche du Smic), ils sont porteurs de pauvreté en emploi, surtout si ces femmes supportent seules des charges de famille.

Les politiques publiques ne devraient donc pas avoir seulement des objectifs en termes de taux d'emploi mais aussi en termes de qualité de l'emploi. Alors que les réformes du marché du travail vont, au contraire, vers un accroissement de la flexibilité.

Des lois contraignantes ?

Des lois sans contrainte ni sanction n'ont jamais fait bouger la réalité. De nombreuses lois (1972, 1983, 2001) ont inscrit l'objectif de l'égalité salariale, sans que les écarts de salaires entre les femmes et les hommes ne soient vraiment réduits. La loi de 2006 a ouvert la voie vers les sanctions financières, mais leur mise en œuvre fut spectaculairement longue : il a fallu attendre 2012 pour que les décrets d'application de la loi concrétisent l'obligation de publier des rapports de situation comparée entre les femmes et les hommes dans l'entreprise, de négocier des accords d'égalité salariale et professionnelle, et à défaut, d'élaborer des plans d'action unilatéraux des employeurs. Les premières sanctions financières sont tombées. Depuis, la loi sur le dialogue social de 2015 a dissous, au nom de la simplification, les objectifs de l'égalité dans un ensemble plus vaste de la qualité de vie au travail, lui faisant perdre sa spécificité (tant pour le constat que pour la négociation).

Autre exemple : l'accès aux postes de direction. La loi Coppé-Zimmermann de 2011 pour le secteur privé (conseils d'administration) et Sauvadet en 2012 pour la fonction publique (emplois d'encadrement supérieur) ont défini des quotas (40 % de femmes à ces postes à l'horizon 2017), avec des sanctions financières en cas de non-respect. L'objectif est d'opposer des « discriminations positives » ou « actions positives » aux discriminations que subissent les femmes. Il s'agit de corriger des situations inégalitaires de fait. Tenir compte de situations inégales qui conduisent à des discriminations et les compenser par des mesures favorables à celles qui les subissent (mesures préférentielles) ne constituent pas une rupture d'égalité, au contraire. C'est le principe même du droit européen de la non-discrimination, qui autorise leur mise en œuvre. Ces mesures sont conçues comme étant provisoires, tant que l'égalité n'est pas réalisée dans les faits, en dérogeant temporairement à l'égalité de droit pour atteindre l'égalité réelle. La constitutionnalité de ces mesures est désormais acquise pour les sphères politique et économique (réforme constitutionnelle de juillet 2008). Les lois de 2011 et 2012 ont fait grimper la part des femmes aux plus hauts postes de direction, mais elles ne résolvent pas les discriminations tout au long du parcours professionnel. Ces deux exemples montrent l'importance de faire peser des contraintes réelles, et de ne pas se contenter seulement d'objectifs généraux souvent incantatoires.

Des politiques neutres ?

L'effectivité d'une politique luttant contre les inégalités entre les femmes et les hommes tient à la cohérence des mesures prises et, plus généralement, à l'attention portée aux effets de toutes les politiques publiques, pour éviter que des discriminations indirectes [1] en résultent. Par exemple, le temps partiel des femmes découle d'une tendance longue de développement des services − créateurs d'emplois, souvent à temps partiel. Les mesures de politique économique ont, de plus, favorisé le temps partiel en 1992 et 1993 pour lutter contre le chômage par des incitations financières : abattement des cotisations employeurs (supprimé en 2000) et allégements de charges, qui ont pris fin en 2002, sous l'effet de la loi sur la réduction du temps de travail.

Les mesures de soutien au temps partiel n'étaient pas destinées spécifiquement aux femmes. Mais elles ont conduit à faire croître le temps partiel des femmes de façon significative entre 1993 et 2000. Mesure neutre, elle est devenue discriminatoire dans le contexte général de l'emploi des femmes. Au regard de la politique de lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes, des politiques « neutres » ont des effets inégalitaires.

Plus récemment, les politiques publiques ont tenté de contrecarrer le développement du temps partiel, en particulier les temps partiels très courts, pour lutter contre la précarité. Un minimum de 24 heures hebdomadaires a été institué par la loi de sécurisation des parcours (2014), mais les multiples dérogations possibles en ont atténué la portée.

Les politiques familiales

Les structures d'accueil de la petite enfance jouent un rôle majeur : si elles sont en nombre suffisant, de qualité et accessibles financièrement, elles favorisent à la fois la natalité et l'emploi des femmes. Dans les pays où elles sont notoirement insuffisantes, la natalité est faible et/ou l'emploi des femmes en retrait. La France apparaît en meilleure situation que d'autres pays européens. Pourtant, dans la tranche d'âge des 0-3 ans, la pénurie est importante et l'accent devrait être mis sur le développement des structures d'accueil.

De plus, des congés parentaux longs et mal rémunérés favorisent le fait que ce soient les femmes qui les prennent. Or, un long retrait du marché du travail complique la réinsertion pour les salariées peu ou pas qualifiées. Certaines politiques familiales peuvent être contradictoires avec les politiques d'égalité : par exemple, l'extension du congé parental aux parents de deux enfants avait fait chuter le taux d'emploi des mères lorsqu'elle fut adoptée au milieu des années 1990.

Les politiques éducatives ont également un rôle crucial. La différenciation des rôles des filles et des garçons se forge dès la petite enfance. Puis, c'est à l'école et tout au long de la formation que s'établit la ségrégation des métiers dits « de femmes » et ceux dits « d'hommes », archétypes des stéréotypes. La non-mixité des métiers joue un rôle important dans la reproduction des inégalités professionnelles, d'où l'importance de politiques éducatives, notamment au moment des choix d'orientation.

Peut-on modifier l'inégal partage des tâches domestiques et parentales ?

Le partage des tâches domestiques et parentales témoigne d'une inertie spectaculaire. Les enquêtes « emploi du temps » de l'Insee montrent que les progrès sont très ténus et que, si les femmes en font moins, cela tient surtout au fait qu'elles délèguent en partie ces tâches (plats cuisinés, lave-linge, etc.) et non au fait que les hommes en fassent plus, leur implication ayant peu augmenté au cours des années. Ainsi, les femmes ont intégré le marché du travail, tandis que les hommes n'ont pas investi la sphère domestique dans les mêmes proportions.

Les politiques publiques peuvent-elles infléchir ces comportements, ou bien le « privé » est-il hors de leur champ d'intervention ? En réalité, nombre de ces politiques ont une influence sur ce qui s'y passe : on peut citer les politiques familiales (en particulier l'accès des pères aux congés parentaux et l'allongement des congés de paternité), les politiques éducatives, les politiques contre les violences, les mesures contre le sexisme, etc. Le partage inégal des tâches est un phénomène qui résulte d'une construction sociale, non d'une simple décision individuelle de l'ordre de l'intime.

La conquête de l'égalité met en cause les différences construites entre les sexes, c'est-à-dire la division sexuée des rôles sociaux. Les politiques doivent donc agir sur les inégalités professionnelles comme privées et s'attaquer tant à leurs fondements qu'aux situations qu'elles produisent.

Françoise Milewski, auteure de Les discriminations entre les femmes et les hommes (dir.) avec Hélène Périvier, Presses de Sciences Po, 2011.

Photo / DR


[1] Discrimination indirecte : existence d'une disposition, d'un critère ou d'une pratique apparemment neutre, mais susceptible d'entraîner un désavantage particulier pour certaines catégories de personnes (ethnie, religion, sexe,etc.).











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