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(Note de lecture), Philippe Denis, Chemins faisant, par Jean-Charles Vegliante

10 juillet, par Florence Trocmé[ —]

 

Pour saluer, ou plutôt retrouver Philippe Denis


Philippe Denis  chemin faisantLe Bruit du temps, loin des bruits parisiens qui font (ou non) le buzz de notre petit monde des Lettres, a la bonne idée courageuse de mettre à portée un auteur rare, dont l’œuvre poétique considérable mais dispersée est devenue – hors de bonnes librairies ayant un fonds encore convenable – difficile d’accès pour qui n’a pas suivi les sorties des éditions originales, au Mercure de France ou dans la revue L’Éphémère de la Fondation Maeght, et jusqu’à la portugaise Ligne d’ombre de Condeixa-a-Nova. Cette anthologie, choisie et revisitée par le poète lui-même, précédée d’une belle Préface de John Jackson – sans doute le premier lecteur notable de Philippe Denis –, permet de refaire ces Chemins multiples selon un cadastre neuf, un paysage dont l’horizon n’a cessé de bouger avec le regard que l’écrivain nomade a voulu toujours porter sur ses variations infinies.

On peut commencer par l’éternel souci de la nomination, qui souvent pousse à écrire, obstinément, sans souci d’abord de la réception (mais non du lecteur), pour dire le cosmos qui nous importe. Un monde, certes, qui est tout dans les mots, est bouleversé, modifié en tout cas, d’avoir été dit. Alors, « Ce nom qui ne résonnera peut-être plus à mes oreilles [une fleur du Middle West], en ses syllabes perdues mystérieusement, m’obsède. Quelque part la fleur n’est-elle pas définitivement froissée ? » (Nommer, p. 27). Ou bien, soi-même comme le plus simple objet :

Sur ma table un caillou, un caillou aux couleurs de l’inaccessible […] ramassé (recueilli) et lui plutôt qu’un autre. (Autour d’un caillou, p. 29),      

pensée aiguë de la re-connaissance. 

Cette empathie avec les choses banales est l’autre face du vertige de l’origine, que sous d’autres cieux Ungaretti connut aussi : « Par cette conque de mémoire, / je viens, / je perce sous ma mort. » (Taire la langue, p. 50 – Ungaretti : « Nascendo / tornato da epoche troppo / vissute »). Le monde advient, on n’ose dire se réalise, et le sujet avec lui, aussi neutre et anonyme, dans la profération : « j’accomplis ce qui m’éveille, / dans le moindre vent. » (id. p. 57). Il n’est pas d’autre appartenance, comme pour le Vagabond ungarettien là aussi :

Étranger
dans une langue d’étranger,
j’ai
erré
dans la vanité d’un couple,
survécu à sa langue
silencieux
comme une fumée…
                                          (Ce que je parcours…, p. 84) ;
 
pas d’autre nostalgie : « et l’enfance / arrimée au sommeil, / refroidit / comme une lampe » (où pointe déjà le réalisme reconquis des textes les plus récents, de si cela peut s’appeler quelque chose en particulier) ; plus d’illusion en Littérature : « Je vis en avance / sur ma main – // au fond de cette page // où en réalité / chaque parole n’est qu’avancée / sur le vide, » (id. p. 101). Et encore, sortant « de terre » obscurément : « D’un vide à un autre – / comme une araignée, / je prends appui, // j’arpente ma déraison – // pour capturer une image, / un mot / saigné à blanc… » (Carnet d’un aveuglement, p. 110). Dans sa Préface, J. Jackson insiste à juste titre sur « le détachement avec lequel [le poète] est capable de considérer la nature de ce qu’il écrit », un don plutôt rare aujourd’hui (p. 17).

La poésie, sinon l’écrivant, est néanmoins toujours en quête de cohérence, c’est-à-dire de sens :

Est-ce un signe ?
– si vivre est le secret de la terre
que je vois

lent secret en elle,
                                 (Cahier d’ombres, p. 61)   

empli
de tout ce qui est arrivé
faute de signe

qui s’élève
épouvantail vivant
dans l’épouvante
de l’envol.
                                (Carnet d’un aveuglement, p. 113).     

Mais, dans l’infiniment négligeable, comme malgré soi, dirait-on, le poète rejoint là les dits plus solennels des classiques :

C’est joie d’insecte devant le trou, au sortir de la terre, qu’il me faut éprouver – à la sortie de ce jour, de ces siècles, où une unique fois je n’ai pu cesser.
C’est joie de larve […]
                             (Carnet d’un aveuglement, p. 125) ;    

ainsi que cette « unique fois », bien sûr, de Dante au sortir de l’Enfer :

[…] per quel cammino ascoso […] / tanto ch’i’ vidi de le cose belle / che porta ’l ciel, per un pertugio tondo. / E quindi uscimmo a riveder le stelle(*)

Dans l’écriture, toujours, c’est bien « le silence / qui fait signe », là où tout « terme est ton commencement, » et où « Ce que je cherche n’est pas un lieu / mais un point de départ. » (Carnet d’un aveuglement, p. 128-31). Peut-être au mieux pour de provisoires haltes, ou adresses : « dans l’une d’entre elle – un point de départ. » (Alimentation générale, p. 243). Les Bagatelles, les Notes lentes, les Mushrooms envahissants, y compris par des Églogues de plus sévère énonciation, ne sont que des manières biaises de repousser devant soi la matière même dont sont faits nos poèmes, nos piètres barrages d’encre contre le néant. Alors que « Tout est toujours là, comme si tout avait été , à ce point de commencement obscur. » (Surplomb, p. 183). Et, faut-il le souligner, « Non, ce n’est pas simple, puisque ce n’est rien. » (Nugae, p. 198). Ou bien, dit autrement : « … le poème est ce qui n’arrive pas. » (Maintenance, p. 268). Sans éloquence inutile et pourtant à l’opposé d’une certaine sécheresse de textes voulus auto-suffisants, enfermés dans le blanc aride de leurs pages.

Comme un insolent « Ultime pied de nez à la littérature ! » les textes les plus récents, au bout de ce parcours à la fois mouvant et obstiné, semblent s’élever dans l’air, légers, lestes, ironiques souvent, avec cette politesse des esprits blessés, jusqu’à la merveilleuse, distraite, hilare apesanteur que Leopardi admirait tellement – s’en reconnaissant incapable – chez de plus âgés (et anciens) que lui, tel Anacréon. Et c’est alors la « métaphysique » joyeuse, ultime « de Maison & Jardin // … sous cellophane. » (Alimentation générale, p. 255), un peu comme un autre était à la fin, et en son commencement, « amoureux de cartes et d’estampes » (Le Voyage, titre si à propos ici, pour ce volume précieux des vers de Philippe Denis). Donc,
J’essaie de me résumer.

Res nullius – la-chose-de-
personne, sur les accotements,
dans le jargon que j’entends.

Ciel sans nuage,
être nuage
puis s’effilocher.
                              (Maintenance, p. 275)    

et aussi, pour ne pas finir :

Je me suis écarté pour laisser passer comme des bolides quelques mots et je goûte, maintenant, à la fraîcheur indemne de la poussière.
                                (si cela peut s’appeler quelque chose, p. 293, explicit).     

C’est plus lentement que nous pouvons retrouver ainsi, le long de chemins familiers, renouvelés, « imprévisibles », ces pages d’où l’émerveillement n’est jamais tout à fait banni, pour le cas d’une vraie lecture à venir : même sans illusions concernant « le vernis d’un futur »… et, en attendant, « tout / sauf / tragique ». 


Jean-Charles Vegliante

(*) Ma traduction (Gallimard, 2014) : “… sur ce chemin / caché […] / tant qu’enfin j’aperçus de ces choses belles/ que porte le ciel, par une trouée ronde. / Et là nous sortîmes revoir les étoiles.”    


Philippe Denis, Chemins faisant – Poèmes 1974-2014 choisis par l’auteur, préface de John E. Jackson, Paris, Le bruit du temps, 2019, 25 0p., 8€






(Note de lecture), Arno Calleja, Tu ouvres les yeux tu vois le titre, par Eric Darsan

10 juillet, par Florence Trocmé[ —]

 

Arno Calleja  tu ouvres les yeux tu vois le titreRecueil de nouvelles, d’énigmes rituelles, petit théâtre des cruautés de la vie quotidienne, journal intime(/)à scandale, contes défaits tous comptes faits, faits d’hi(v)er, de ce qui a été, fut(s) –  alcool, cigarettes, pornographie et infant-/su-icide, pas-/pul-/sions de mort, toutes drogues confondues – pour une série de personnages qui (de)meurent, tour à tour, systématiquement ; étude de ca(tastrophe)s psycha[nal](y)trique, psychothriller, murder-party fine ou encore bad-trip, Tu ouvres les yeux tu vois le titre, Arno Calleja, sorti le 17 mars 2018 chez LNA (Le Nouvel Attila) dans le label Othello (« dédié aux textes mutants ») est un OLNI (Objet Littéraire Non identifié) qui ne dit pas son nom. 

« J’ai dit que je l’aiderais (…) Que j’avais nagé des heures sous l’eau. Que je pouvais encore sentir le sel sur ma peau malgré le bain. Que j’avais retrouvé ma maison grâce à un renard. Que j’avais fait l’amour avec moi-même. Que moi non plus je ne savais pas que j’étais homosexuelle. Qu’il y a des passages secrets dont on ne peut pas se douter, avant de les passer. »

Tu ouvres les yeux tu vois le titre. In-édit/-connu/-at-/en-tendu/ou-i(/-ïe). Qui t'interpelle davantage en corps si tu (re)connais(sais) Arno Calleja [(l’hal)lu ici ou là, dans ces recueils choisis 2003-2007 pour ma Carte blanche sur Poezibao]. Là il y a des êtres (hommes, femmes, enfants, animaux — mêlés souvent) sans nom qui réagissent en chaîne/miroir, font l'amour ensemble (ou le croi(s)ent — c'est à dire avec eux-mêmes parfois) à divers stades de leur évolution, de leurs échang(ism)[es] et métamorphoses. Des êtres vivants, car morts/morts, car vivants. Comme si ces morts, pendants de celle de l'auteur, constituaient pour le narrateur, la narratrice, entre reconnaissance et renoncement, un (état) passage(r) obligé vers une existence (dé)livrée.

« Chapitre quatre, c’est un jour de pluie. On sort d’un cinéma. C’était un film d’Eustache. On marche en parlant, mouillés. On cite des phrases on chante un air, comme dans le film. On rentre on fait l’amour, c’est la vie facile. Personne n’aurait l’idée de se tirer un coup de fusil dans la bouche. »

Au gré des chapitres annoncés en toutes lettres dans le corps du texte – et non par les pages bleues (couleur de la police [gros yeux, gros caractères] et de la couverture métallisée), simple jeu d'inter-lu/-mè-des, de colin-maillard au bord de la falaise – tu vois grandir ce qui était en puissance dans l'œuvre antérieure d'Arno Calleja, créature homoncule dotée d’une bonne composition et d’une double nature : un art brut naïf et complexe, abstrait et concret, oral et l’écrit, qui lie rite et réalité. Où, via le symbole et l’archétype, la psychologie des profondeurs, analytique et viscérale, tape là où ça fait mal pour (re)constituer sensiblement, entre Eros et Thanatos, le fondement du récit. 

Au fil des pages (souples du livre souple), tu vois revenir des o-/ré-currences, correspondances et synchronicités, enchaînements mor(d)bides et mortifères, motifs en ma-n/-t-ière de spatule, de raclette, de truelle, de taloche. Ici, pas de latin de cuisine, on y va comme à la bétonnière, à coups de ponceuse intrusif, de tableaux marteaux pas piqués des vers, de poncifs inédits (comme un pochoir à graff sur une bouteille de scotch, une décolleuse à papier peint sur une laque glycéro) qui constituent une trame, un canevas, dont on ne sait (s'il sait) où il va, mais qui y va. [Va, ne t’inquiète pas, ne te retourne pas, Tu ouvres les yeux tu vois le titre, là.]

Des sensations de déjà-vu et des impressions de jamais lu. Chez Julien d’Abrigeon (Le Zaroff), Pablo Katchadjian (Quoi faire) et Jason Hrivnak (La Maison des Epreuves) ; Carola Diebel, Alison Bechdel et Angela Carter ; David Lynch, Romain Verger et Mathieu Brosseau. Du Saccage à La ville fond, du chemin parcouru d’un ouvrage à l’autre par Quentin Leclerc, des recueils passés au présent par Arno Calleja. Un chemin que tu as toi-même entrepris, de la déconstruction, de l'ellipse et de l'énumération, à un retour vers le futur de la narration, de sa réalité augmentée. Un récit réinvestit par la poésie, où le cycle s(')e(m)mêle à (la faveur d'une linéarité extrême, de son acc-élération/umulation, pour retomber sur ses pieds.

Comme si tout menait à ce livre que tout désigne pourtant (et d'abord lui-même, dans le fond et la forme) comme étranger à ce qui se fait. Où l’essentiel n’est pas tant l’effet [à l'opposé no-t-/am-/mm-é-ment du Glose de Juan José Saer (morne à force de réalisme, mais dépassant les portes et bornes de la perception)] que les faits, gestes et images, qui provoquent le trouble, l'effarement : Incept-/abdu-tion, zoo-nécro-géronto-pédo-philie, sadomasochisme, prostitution, chutes d’O(n/-an/-ir/-isme), chevaux, renards & poils de chatte, (s)cène(s) mystique(s), (es)TOCS de l’enfance, tactiques d’adultes et tic-tac d’une existence en modèle réduit, particule(s), at( h)ome. Home sweet & Fun home, mais pas tant.

« J’étais bien. Je n’avais personne à qui penser, à part un enfant, celui que j’aurais aimé avoir. J’aurais été le seul enfant que j’ai connu je me suis dit. Là, je crois, j’ai un peu pleuré. Un hélicoptère est arrivé. J’ai été appareillé. J’entendais l’air tourner dans les hélices. Dans le ciel j’ai dormi, pour ça, les piqûres aident. »

Tu ouvres les yeux tu vois le titre (cela va sans dire, la plupart du temps) et ce titre (Tu ouvres les yeux tu vois le titre, mais est-ce vraiment le titre ?) nomme sans le nommer cet ouvrage qui t’est désigné (en trois mots, dans la quatrième : « C'est un livre. Une action, une phrase ») et destiné sans que tu puisses le pressentir encore, mais s’offre déjà. A ton regard qui se dessille, à ta morale qui (sour)cille, au je(u) auquel le tu cèdes lorsque cela advient. Lorsque l’extime rejoint l’intime, que l’issue de secours devient porte d’entrée, que le vice versa si bien son tribut à la vie que celle-ci, malgré la mort subi(t)e, surgit pour rendre de belle, hardcore, ultrash & tragique façon, la monnaie de sa pièce à la littérature par la poésie.

En fin d’ouvrage un(e) band(e) son[g], dédicace aux ami·e·s, suivi d’un court manifeste biographique, éclairent la démarche vitale et littéraire d’Arno Calleja, entre amoncellement et évidement, pensée-fictions et inconscient

Eric Darsan


Arno Calleja, Tu ouvres les yeux tu vois le titre, Othello éditions, 2018, 128 p., 12€.



(Note de lecture), Laurine Rousselet, ruine balance, par Alexandre Ponsart

10 juillet, par Florence Trocmé[ —]

 

Laurine Rousselet  Ruine balanceRuine balance forme avec Nuit témoin (2016) et Journal de l’attente (2013) une très belle trilogie. Ces trois livres sont publiés aux éditions isabelle sauvage avec à chaque fois une couverture qui accompagne l’écriture et donne une idée de ce qui va suivre. Ici, elle est de couleur sombre avec un léger reflet de bordeaux témoignant que l’obscurité n’est jamais totalement monochrome. La nuit comporte ses nuances et les ruines ne sont jamais identiques. La poésie est là ; Laurine Rousselet s’en saisit pour décrire l’indicible, l’inexprimable des moments qui marquent une vie et changent les hommes. Converser traverser les noms / la langue ébranle la connaissance / l’aube se distingue de l’infini / échapper tombe de la perdition / saisir la couleur / courir violemment.

Ruine balance
est le témoin d’une vie qu’il faut vivre intensément car éphémère. l’intensité explose aux flancs / sur ta peau des lettres de passage / accidents   ailes   foudroiements /  ruine balance. Et parce que nous sommes des êtres de chair la notion de plaisir – charnel – est présente. Les corps se rencontrent et s’enlacent pour ne faire qu’un : désir sans encombre / le sexe imprime / les lèvres appuient la parole assise / couvrir le noir brasser la fièvre / sans délai jouir tranche avec la peur. Cette tension érotico-sensuelle donne naissance à une écriture mouvante qui elle-même cherche le plaisir. Le verbe devient carné ; écrire dans l’autre langue (…) dans le bouillonnement du crire (…) le sexe son excentricité jusque dans la gorge / les sauts de ligne à l’assaut de la pénétration / des lèvres la souillure imprime. La phrase devient vivante, autonome et recherche un partenaire pour se perdre en lui et se laisser aller. Car écrire signifie disparaître / se perdre dans le vague.

Le poème est la scène où se déroule cette magnifique alchimie des corps, des mots. Au fond, on retrouve l’océan, la Bretagne. Qui mieux que l’océan peut accompagner avec autant de vigueur cette ruine balance. Balancement des vagues, balancement des corps car l’océan est survolté pointe Saint-Mathieu (…) La rade de Brest se défigure et de grandes étoiles s’emploient à redescendre l’hébé Ouessant bleu vers le phare.

Une fois la lecture terminée, il me vient à l’esprit une phrase de Marguerite Duras : « C’est ça l’écriture. C’est le train de l’écrit qui passe par votre corps. Le traverse. C’est de là qu’on part pour parler de ces émotions difficiles à dire, si étrangères et qui néanmoins, tout à coup, s’emparent de vous. »

Alexandre Ponsart


Laurine Rousselet, ruine balance, isabelle sauvage, 2019, 118 pages, 17 euros. Sur le site de l’éditeur, feuilleter les premières pages.


(Poezibao a reçu) du mardi 9 juillet 2019

9 juillet, par Florence Trocmé[ —]


Revue-nunc-47Les derniers livres et revues reçus par Poezibao

Régis Lefort, D'Une, Tarabuste, 2019, 13€
Nicolas Grégoire, Travail de dire, Rougerie, 2019, 12€
Nohad Salameh, Les Eveilleuses, L'Atelier du Grand Tétras, 2019, 15€
Benjamin Guérin, Chants du voyageur, Revue Nunc/Éditions de Corlevour, 2019, 15€
Chantal Dupuy-Dunier, Cathédrale, Editions Petra, 2019, 20€
Yves Jouan, Depuis les fleurs, Rougier V. éd., 2019, 13€
Danielle Bassez, Baïkal, Cheyne Éditeur, 2019, 17€
Mikaël Hautchamp, Le Vol des oiseaux filles, Cheyne Éditeur, 2019, 17€
Emmanuel Echivard, Avec l'ombre, Cheyne Éditeur, 2019, 17€
Patrice Maltaverne, Selfies du diable, Rougier V. éd., 2019, 9€
Claire Kalfon, Poème des intervalles, Editions Unicité, 2019, 13€

Prose
Adonis et Pierre Joris, Conversations dans les Pyrénées, Contra Mundum Press, 2019
Régis Lefort, Bernard Vargaftif, esthétique du renversement, Brill / Rodopi, 2019
Luminitza C. Tigirlas, Fileuse de l'invisible, Marina Tsvetaeva, Revue Nunc/Éditions de Corlevour, 2019, 18,5€
Michel Baglin, La perte du réel, Des écrans entre le monde et nous, Rhubarbe, 2019, 14€
Lionel Bourg, C'est là que j'ai vécu (en librairie le 3 octobre), Quidam éditeur, 2019, 14€
Christine Jeanney, Mais qu'est-ce que je raconte, qu'est-ce que tu racontes, IMEC, 2019

Revues
Revue de Belles-Lettres,2019,1
Nunc, n°47, printemps 2019, Dossier Roberto Juarroz,, 2019, 24€
Gong, n° 64 juillet septembre 2019, 5€
Traction-Brabant, n°84, juin 2019
Chroniques poétiques, n° 20, été 2019



(Note de lecture), Christine Bonduelle, La Déligature, par Mazrim Ohrti 

9 juillet, par Florence Trocmé[ —]

 

Christine Bonduelle  la déligatureCe livre étiqueté théâtre s’apparente fort bien à de la poésie. Puisqu’au commencement était le verbe, le verbe résout par là même toute tentative d’équivoque à cet égard. Le lecteur en décidera. S’il ne s’agit pas d’exercice de style au sens novateur, l’exercice est tout au moins stylé. Cette pièce en quatre actes est présentée ainsi : « Les dialogues réels ou fantasmés mettent en correspondance le songe d’Abimélek, roi de Ghérard, avec l’intervention de l’ange lors du sacrifice d’Isaac sur le mont Moriah. Six poèmes chorégraphiés au prologue, sont repris dans la pièce. » On connaît moins l’épisode biblique où Abimélek enlève Sarah, la femme d’Abraham, la croyant sa sœur que celui où Dieu demande à Abraham de lui sacrifier son fils Isaac ; épisode qu’on appelle également : la ligature d’Isaac. C’est la mise en correspondance de ces deux épisodes qui forme la matière de « La Déligature ». Poésie certes, mais avec une histoire mise en scène, des personnages, des décors et des didascalies comme il se doit (« les vers des trente-quatre strophes sont projetés en continu sur le fond de la scène »). Abimélek est le seul personnage véritablement incarné, les autres étant définis par leur fonction, parfois insignifiante socialement parlant, et ainsi désincarnés ; comme les Cinq gardes, Elle et Lui, et carrément la Voix-off. Avec Le fils et Le page, le casting est au complet. Si Abimélek est le personnage central de la pièce, la « voix d’Abimélek » en est un autre, parfois dans la même scène et bien qu’absent du générique. Conscience ? Voix schizophrénique calculant le chemin de sa défaite et au bout sa contrition (« Le gant jeté à terre je ne le relève plus / Me revoici main nue ») ? Quoi qu’il en soit, c’est le verbe qui donne sa valeur au texte, plus que son contenu affiché. Et ce, même si la parole exégétique de Christine Bonduelle sert sa position sur ce sujet. Le titre déjà évoque cette mise à distance de la souffrance mythique : « Là où me brûlent les rigoles / Creusées de l’ancienne corde / Je rirai ». Les situations reflètent l’ambiance du Grand Livre selon sa résonance poétique, en dépit de la patte de l’auteure s’inscrivant par le rythme en des vers très courts où le verbe (en tant que catégorie grammaticale) est souvent absent. Ce qui confère au dialogue entre les personnages une tonalité froide (éthérée ?), parfois monocorde. On rappellera de ce point de vue que le rythme est une constante chez Christine Bonduelle comme en témoignent ses recueils précédents. Ici et là plane l’ombre de Mallarmé : « Capitulatoire langue / Qu’esseule son muscle / Arqué de désir / Sens rendant l’arme / Du sens ». On dira une langue dans la langue, en vue d’abstraire la matière sensible de derrière les mots, véritable révélation ; comme pour déligaturer le logos avant tout, afin de révéler toujours plus sa sensualité. C’est ici que commence le travail de poésie. Ce ton rythmé, mat et haché ne délaisse pas pour autant l’humour, voire une tendance à l’iconoclasme, à la manière d’un Saint François d’Assise moderne croisant un Jarry religieux peut-être ? Ainsi le livre démarre en ces termes : « L’âme se culotte toujours d’abord / Se soutient gorge ». « La Déligature » se réapproprie le message initial (d’amour et d’appel à la créativité émancipatrice) galvaudé par la morale judéo-chrétienne connue à ce jour. Rire et humour, à l’occasion instruments de critique et de dialectique, ne sont pas, il est vrai, les expressions les plus marquantes des livres sacrés. On peut imaginer enfin, le cas échéant, que le spectacle vivant sur une scène dispenserait au public toute la substance du texte, toute sa moelle, en insufflant la vie aux mots, en prêtant une voix inspirée au corps du langage.

Mazrim Ohrti 

Christine Bonduelle, La Déligature, éditions Tituli, 2017, 104 p., 14€.



(Anthologie permanente) Henri Droguet, Quatre poèmes inédits

9 juillet, par Florence Trocmé[ —]

 

Logo_poezibao_2Poezibao publie aujourd’hui quatre poèmes inédits d’Henri Droguet.




QUITUS

1

nuit de cocagne
le grand soufflet le vent
tremblé bouscule et déménage
le roulis doux des cumulo
nimbus la cabane au loin sur la dune


2

la mer berceuse patiente chevelue
matraque la falaise accore
déjuque au quai
déjuque au dock numéro 22
            à la digue emboutie
le ciel c'est de l'épais de l'oiseau
coupé dans l'arbre c'est
un nuage orge et seigle
ça passe


3

les hommes ont fait silence
et blanchi leurs mains
ils affûtent leurs lames
partagent la corde des pendus
goûtent l'herbe noire
boivent au broc du cidre amer
reconnaissent l'odeur crue des juments
jamais ils n'écoutent les aveugles
ils ne regardent pas les sourds
et déchantent: "Voilà dimanche
                        désossé saccagé l'homme est
                        à choir en pièces détachées
                        de la nue sauvage
                        chair d'auge et d'armoire
                        bidoche à cercueil
                        bidoche à Dieu
                        c'est bientôt nous
".


4

les geais filent bas
les chiens traversent la forêt hors sol
hors temps des présages et des songes
un cheval rit près d'une pompe
un étang miroir presque bleu tari sédimente
les biefs intersectés flamboient
à la rivière les fagots sont jetés
les gendarmes pyrrhocoris apterus
aux chevrons rouges et noirs grouillent dans un parterre
les paquebots glissent au large des ilôts


5

il est 20h et des poussières T.U.
et le sempiternel poucet rêveur à sa vadrouille
ouvre très grand ses petits bleus yeux
zyeute et balbutie marmonne
son action de grâce 

19 mars 2019

/

CHARIVARI, p.c.c.

Badaud musard et coi
que les lassitudes et la mélancolie 
démangent et désemparent
il parle d'autre chose aux quatre coins
du fabuleux monde
aboli dépoli peuplé
d'attentes incertaines
le temps mort mord
à vif sa viande (et la vôtre)
et ses mains à tendre au petit feu

la bruine se dissipe inévitablement
sur un chien jouasse et quasi bleu
le taillis abrupt ouvert où les amants s'aiment
un chaudron fendu parmi les épilobes
l'osmonde et les digitales
la bauge par en-bas où se vautrent les porcs
un chalutier en pêche au large
l'enclume d'un cap à lande fleurie
que le crépuscule oblitère

le ciel débarbouillé s'entasse
le vent hors d'âge désherbe

ce que l'on voit c'est l'ombre
une femme qui passe puis une autre et puis
une autre encore et des enfants
qui bientôt seront tretous cendre et poudre
au grand tout le grand trou
le Grand Trou là là itou
et le temps marteau-pilonne

Adieu les beaux jours noirs et roses
adieu les vivants
adieu les mots auxquels je cause
adieu le vent
adieu son ronron juste avant
l'éternité ni
paralysée ni décalcomaniaque.

20 avril 2019

/

GRAND BEAU

La grêle tacatac   tchac
a mitrailllé les orges l'opaque étang
le lieu-dit du loup perdu pendu
un pré gris où les corbeaux s'abattent
et démantèlent
la redoutable cicinde lle
aux extravagants mandibules
tout le grand beau désordre
des centaurées caille-lait gratterons
vains ornements   préhistoire naturelle
et tout le jadis ciel absent échancré
grantouvert
guenille et roncier mécompte et déchirure

un sécheron séche sur la falaise
les eaux fument dans les eaux-
delà d'herbages vieux comme
les chemins la nuit le vent
sauvage et la mer
aux vives-eaux dissymétriques
intérimaires

imminent
surgi dans les dérinçures un embardement
d'ombre et le repli
d'un nuage ébréché décousu
flotte un semblant de sourire
noir dont la grâce tout-à-coup
désopile
            puis plus
                        ou moins s'efface

ici l'imparfait délivre
et Dieu c'est le petit enfant scribouilleur
et perdu cloué

11 mai 2019

/

PARADE

La mer c'est pré gagné
champ d'écailles & placenta croustillé
sourcier   fulgurant misérable miroir
paillasse à compagnons et gamelle aux étoiles
l'énorme crépitant fossoyeur mémoriel
chaudron des métaphores et route
dans l'ouvert
pour le partage et le dénuement la besogne
malgré les toujours incertains savoirs
ça mûrit vaguement dans les grains
les bruines les songes
                                    pour aller

            si tu pars
            n'oublie pas la lumière

au fond d'un enclos un homme bleu
se laboure et pleure
ricane rigole et pleure

Le vent épais(sement) découche
roule dans l'île aux cent promesses
le gratte-cul le laiteron
la salicorne et le cresson
un peuplier verdit
l'aube confuse et laiteuse
c'est.

30 mai 2019

Henri Droguet, quatre poèmes inédits.



(Note de lecture), Didier Cahen, Déjà vu, par Esther Tellermann

8 juillet, par Florence Trocmé[ —]

 

Didier Cahen  déjà vuNon ce n’est pas « déjà vu » le récent livre de Didier Cahen, le poème - obligeant de relire le monde dans les trous - là où ne se donne pas sa représentation : quand les mots manquent, les êtres, les voix.
Car nous ne cessons de l’attendre et quelques-uns sommes - pour tous - à vouloir ouvrir les yeux sur le vide, et apprendre. Apprendre ce que révèle le chant qui affleure dans l’appel. Amour, larme, musique ne sont-ils dessous ou dans « un simple courant d’air », sur les bords du corps et de la parole, là où l’Autre toujours se dérobe et reste ?
Oui, il faut faire vite quand le poème passe et restitue : le fruit, le sable, un grain de matière, une virgule et la chair.
Alors le poème passe et restitue, en forme de sagesse, son « plaisir simple ». Il recueille. Des fragments de rêve et d’enfance. Quelques miettes de ciel, « des nœuds légers dans l’air ». Un peu de pluie, de Toi, et de poussière.
Un peu encore d’être, de dernier soir. Pour noter encore - un refrain, un bruit de pas, là où nous sommes - en arrière de l’âme - mais dans la langue qui sommeille.
Et l’on veut une fois encore croire, « épier le matin », l’ombre où dormir, et le verbe à l’envers afin de glisser vers l’autre rive, avec ceux qui accompagnent.
Car avec le poème recommence le « Tu » qui ouvre un ici qui perdure et pose l’Ailleurs dans les intervalles de la mémoire. Et vient un vers, puis l’autre, quand celui qui écrit se fait poreux afin que le poème donne corps à l’incertain - une vie peut-être, un amour, un deuil ; « un temps pour vieillir » avec ce qui reste.
Ce qui reste « trois fois rien/on croit gagner/la guerre », les yeux sèchent, on cherche à nouveau le sommeil, « on se relève », on se souvient de la rumeur et des empreintes, « on ne sait quel paysage », un été encore, un chien, « une rose intérieure ».
Alors l’« on vérifie son rêve », l’on se demande pourquoi encore le vent et l’air, une poignée de mots soudain soulèvent l’ombre et revient l’épaisseur. On note le rouge, on éclabousse la page d’encre pour inscrire le parfum, le papillon, le juif, on retourne les preuves, « on imagine des vers », « on se console ». « On dit le rien/on égrène l’univers », « on s’oppose », « on se voit /seul et nu », « on règle la nuit /avec ses propres mains ».

Esther Tellermann

Didier Cahen, Déjà vu, éditions Tarabuste, 2019, 176 p., 14€




(Note de lecture), Anne-Marie Albiach, La Mezzanine, par Isabelle Baladine Howald

8 juillet, par Florence Trocmé[ —]

 

Anne-Marie Albiach, enfermée dehors comme dedans


Anne-Marie Albiach  La MezzanineClaude Royet-Journoud et Marie-louise Chapelle ont édité au Seuil, dans la merveilleuse et impeccable collection de Maurice Olender, « la Librairie du XXIème siècle », La Mezzanine, sous titré « le dernier récit de Catarina Quia » d’Anne-Marie Albiach. L’enveloppe contenant ces textes très travaillés a été trouvée dans les papiers d’Anne-Marie-Albiach après sa mort en 2012. L’ensemble est inachevé, ce qui était peut-être le projet même, comme le souligne Jacques Roubaud dans sa préface en 5 parties et nombreux fragments numérotés, plus intelligente et émouvante que toute théorisation détaillée. Trois cahiers et un récit composent cet ensemble, qui se tient parfaitement, dont Jacques Roubaud souligne « l’audace … avant tout formelle : ne pas dissimuler le contexte proprement infernal de la composition ». Lutter avec le texte mais aussi avec sa forme, c’est peut-être ce qui pourrait définir en partie le travail d’Anne-Marie Albiach, ici comme ailleurs.

A la fois journal (écrit à Ste Anne à Paris où elle est obligée de séjourner en raison de grandes difficultés psychiques, chez sa mère ou dans son propre appartement, selon ce que j’ai pu comprendre, elle-même dévorée d’angoisses et d’obsessions), et élaboration fictionnelle, les textes bouleversent par la douleur proférée mais aussi par la lucidité proprement implacable dont Anne-Marie Albiach fait preuve envers elle-même (envers les autres également, majoritairement amis ou amants masculins).
La figure inventée de Catarina Quia, qui lui sert aussi de double, sans que l’on puisse jamais rabattre ce personnage à la moindre interprétation psychologisante, et une énigmatique Anne-Lisa, permettent d’élaborer avec une certaine distance le récit prosaïque, parfois difficilement supportable quant à ce qu’il révèle de souffrance et de solitude. On pense souvent aux Journaux d’Alejandra Pizarnik ou au Journal d’Alix Cléo-roubaud  : « Catarina Quia aurait voulu être Fiction, Fiction d’elle-même, afin de pouvoir se dire. Mais qu’était-elle, et qui ? ». « Assez vivement fatiguée par ce doublage de soi » et comment ne pas l’être, jamais apaisée, jamais tranquille, jamais sans mille inquiétudes (« où est le stylo vert de Claude ? », souci du destin de ses bijoux, d’un pull destiné à Gisèle Celan-Lestrange, toutes choses minuscules, futiles, essentielles à la simple sensation d’être en vie).

La peur, le rapport au corps (le corps du malade assommé de tranquillisants et neuroleptiques divers change, Anne-Marie Albiach est une femme qui se voit elle-même sans aucun faux-semblant, à tous points de vue) et l’amour, si recherché, si présent, si malheureux enserrent le cœur et le corps douloureux : « L’Angoisse muette, assourdie, habitait le corps de Catarina Quia. Le dedans l’enfermait – le dehors également ». Sans issue dans quatre murs, où que ce soit. L’amour parcourt chaque page mais également la haine, haine de soi, haine perçue chez l’autre, dégoût, fuite du désir ou désir malgré tout, hantise de l’enfantement.
La beauté n’est plus perceptible, il n’en est jamais question, pas plus que de ce qui fait notre possibilité de vivre quelque part, ville aimée, quartier ou la nature, tous absents.
Le cadre, c’est le cadre des quatre murs d’une chambre, à l’hôpital ou chez soi, le temps est celui des médicaments et de la recherche du sommeil, de l’observation du corps abimé, des cheveux qui restent beaux, de la visite ou de l’absence des fidèles et des infidèles, des lettres qui rassurent de de celles qui ne répondent pas à son espoir d’être comprise, et aimée.
Le tribut à payer à l’institution psychiatrique est lourd, en tout ce qu’il faut supporter des « soignants », du voisinage, de l’enfermement, de l’attente d’une autorisation de sortie, attente pourtant ambivalente car l’institution est aussi un abri, une sécurité, faut-il le souligner… et le travail psychanalytique ici sans résultat.
La Mezzanine est un lieu sans lieu ? En hauteur pour un détachement qui pourrait soulager ? Je ne sais pas.
Les textes d’Anne-Marie Albiach renforcent encore davantage l’admiration que nous avions déjà pour son travail poétique, réuni chez Flammarion par Yves di Mano en 2014 sous le titre Cinq le chœur, ensemble infiniment précieux car les textes étaient édités un peu partout, à petits tirages. Ils n’éclairent pas son travail poétique, en aucun cas. Ils permettent d’y retourner en en mesurant simplement davantage l’effort.

Lire ce livre au début de l’été est éprouvant. Mais on peut aussi mesurer à l’aune de cette souffrance la chance qu’on l’on a eue d’avoir, par quel miracle, échappé à de telles douleurs : « sentiment de perte, et j’espère de respiration ».
De ce lieu de toute beauté duquel j’ai la chance de pouvoir écrire ces jours-ci sur Anne-Marie Albiach, je pense simplement à elle.

Isabelle Baladine Howald

Anne-Marie Albiach, La Mezzanine, le dernier récit de Catarina Quia, préface de Jacques Roubaud, collection « La librairie du XXIème siècle », Seuil, 2019, 270 p, 22€.



(Feuilleton) "A voir été", #1

8 juillet, par Florence Trocmé[ —]

 

À voir été
Poezibao 2019.

Marine Vaillant
Guillaume Marie
Annie Pellet
Idi Nouhou
Patrick Biau
Jacques jouet
Cécile Riou
passent leur été avec une œuvre d’art

Image semaine 1 du feuilletonSemaine 1,
du 1er juillet au 7 juillet 2019.

Jamais deux sans trois, le feuilleton poétique estival du PPP revient pour la troisième année hanter Poezibao.
Le PPP est le projet poétique planétaire : chaque habitant de la planète doit recevoir par la poste un poème qui lui est adressé ; les quatre poètes Jacques Jouet, Jean-Paul Honoré, Natali Leduc et Cécile Riou suivent l’ordre de l’annuaire téléphonique, commune par commune, l’Ain, puis l’Aisne, etc., et se permettent des anticipations dans d’autres communes que celles entamées, voire d’autres pays.

Une équipe toute neuve de poètes plus ou moins neufs est rassemblée pour l’été 2019, le lundi Marine Vaillant, le mardi Guillaume Marie, le mercredi Annie Pellet, le jeudi Idi Nouhou, le vendredi Patrick Biau, le samedi Jacques Jouet et le dimanche Cécile Riou.
Cette année, chaque poète passera l’été avec une (et une seule) œuvre d’art, et composera à son sujet un poème par semaine, pendant sept semaines.

Chaque poème sera adressé personnellement par la poste aux habitants de la commune de La Chapelle Spinasse, qui a le bon goût cette année de se trouver dans le département de la Corrèze (19). Poezibao publie au rythme de plus ou moins une fois par semaine un fichier rassemblant les poèmes déjà composés.
Les encouragements sont les bienvenus, que l’on reçoive un poème ou non, sous forme de lettre, de carte postale, ou de dons de timbres.


Les textes de chaque semaine sont proposés sous la forme d’un fichier PDF, plus facile à enregistrer ou à imprimer, à ouvrir d’un simple clic sur ce lien.

Photo, Mélanie Vincent, Percée (bleue), 2015, feuille de plomb, tube fluorescent bleu, 30 cm. Source.



(Carte blanche) à Claude Minière : La ligne finie

3 juillet, par Florence Trocmé[ —]

 

La ligne finie


« la ligne infinie
est le principe de la ligne finie. »
NICOLAS DE CUES




J’ai écrit plusieurs poèmes toujours le même
montagne et rivière
                                  poème à plusieurs voix



les poèmes autorisent
ils autorisent les sorties
                                   d’un trait accompli
                                   d’une ligne finie


de longue portée
la portée au départ
du commencement jusqu’au titre
jusqu’à la fin de la ligne
dans et sur la ligne
                                       danse des sons
                                                       des sensations



les sensations apportent la pensée
on ne le dirait pas autrement
autrement on ne ferait pas de ces sorties









au fond je dessine
je dessine ce qui se destine
montagne et rivière
au déploiement et au pli
à l’enveloppement qui laisse
                                                complète incomplète
                                                 fermée ouverte
                                                                           une ligne finie



comme une vie et une éternité
sans fin une irruption
les pulsations dans le bras
le haut et le bas
                                                  le jour accentué



en avoir le cœur net



un poète décide seul de la longueur de la ligne
il en répond
                      il mesure le juste et l’injuste
                         il est dans sa ligne
                             il se renverse



et reversant le fini à l’infini



Claude Minière



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