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(Note de lecture), Gérard Cartier, "Les Métamorphoses", par Antoine Emaz

21 August, by Florence Trocmé[ —]

 

Cartier métamorphosesGérard Cartier ne sépare pas la poésie de son histoire ; il sait que « Nous courons à l’aventure dans la pénombre / De nos cabinets     dépeçant les poètes / Et nous en rassasiant… » (p63). En témoigne l’index final des « Hôtes » (p105 à 107) invités au « banquet », une image récurrente du livre :  plus de 70 auteurs, allant d’Homère jusqu’aux poètes d’aujourd’hui, célèbres ou moins connus, de nationalités multiples.  L’écriture de Cartier se développe sur ce fond, bien présent sans être pesant ; elle participe d’un lyrisme « classique » pour la rythmique, la métrique, les images… mais il y a tout autant un travail constant pour « multiplier les formes » (p87). Celle qui domine est le vers libre long, volontiers enjambant, non ponctué sauf des points de suspension en fin de poème, conservant les majuscules et troué de quelques blancs pour indiquer des pauses à l’intérieur du vers. Mais l’auteur peut employer la prose ponctuée, la prose non ponctuée trouée de blancs, le verset plus ou moins orthodoxe (p62 ou 56), la suite de tercets (p90), de quatrains (p95)… Parfois apparaissent des formes que l’on pourrait qualifier d’expérimentales comme celle uniquement employée page 96 : quatre paragraphes de prose seulement virgulée mais intempestivement semée de billes noires,  accompagnés dans la marge de gauche par des notes reprenant certains mots du poème. Parler de ce livre comme d’un laboratoire serait trop dire, mais l’auteur entretient une tension formelle entre reprise et surprise, unité globale et forte variation dans le détail.

On retrouve cette dynamique stable - instable dans l’organisation même du livre : les poèmes semblent souvent de circonstances, ou dans un rapport entre idée et moment vécu particulier, ou dans un glissement pensée - rêverie. Ils pourraient donc rester disparates, comme la vie, et simplement être rassemblés dans un recueil. A l’inverse, Cartier opère un strict travail de montage, d’organisation de l’ensemble : un poème liminaire, « La table », un poème isolé à l’exact milieu du livre, « La fenêtre », et un poème final, détaché, « Le carnet ». On ne peut être plus clair. Le corps du livre est constitué de 6 parties de 11 poèmes chacune. Aucun poème ne dépasse la page, et chaque partie commence par un « Banquet ». L’autonomie de chaque poème est donc sertie dans une structure rigoureuse, un projet ou un bâti d’ensemble qui pourrait être rapproché des « séries » chez Gérard Titus-Carmel.

Mais si la poésie est bien un travail formel, et s’il revient à chaque poète de trouver sa propre mesure entre tradition et invention, sa « sauvagerie » particulière (cf. p63), l’enjeu des Métamorphoses est ailleurs. C’est d’abord un chant à la vie, la poésie, le désir et le plaisir, le vin, le corps… et une méditation mélancolique sur le temps, la mort, la disparition, tant pour l’individu que pour la société, l’art. Une poésie lyrique et pensive sur la vanité de presque tout, comme dans cette « Leçon de choses » (p62) qui présente le désir illusoire de l’homme (« nous ») pour maîtriser le monde, « donner sens au chaos », sans qu’il puisse finalement « rien empêcher de nous échapper // et revenir au chaos ». On retrouve cette veine mélancolique ou désabusée dans « Méditation » (p37) ou dans l’évocation de vieux révolutionnaires maintenant « dégrisés inutiles / écoutant distraitement les leçons du passé / discours et bas faits      en scrutant sur les côtes / l’ouragan qui nous emportera     dispersant / dans un souffle notre cendre… » (p99). Dans certains poèmes comme « Autoportrait en faune » (p78) ou « Bacchanale au spectre » (p91), l’auteur semble revenir sur sa vie et chercher un rebond possible, un élan neuf vers le bonheur. Celui-ci peut renaître, même s’il est contré par le temps, la bêtise, la violence historique ; la mélancolie n’est que la fin d’un cycle, pas de l’histoire. Et il reste aussi, avec l’âge, un point d’équilibre possible : le présent, l’instant envisagé de façon épicurienne (cf. p76) : « A présent tout m’est don » (p77). De préférence les soirs d’été, « une saison éternelle » (p80), en compagnie d’ami(e)(s). Difficile de donner tort à Gérard Cartier sur ce point, surtout avec « la consolation     d’un calice     de Dolcetto d’Alba » (p92). Finalement, si la belle vignette de couverture, extraite de la série des « Memento mori » de Titus-Carmel fait écho à la part élégiaque de cette poésie, le peintre aurait pu tout aussi bien choisir dans sa série des « Jungles » pour renvoyer à l’énergie vitale et au bonheur. Le lyrisme est comme Janus : il peut porter tout aussi bien la joie, la vie retrouvée, que la détresse et le spleen. Une des réussites de ce livre tient à son refus de fermer l’angle ou de réduire la vie, la poésie. Il ne s’agit pas d’édicter une sagesse en simplifiant les choses mais de tracer un chemin possible dans la diversité des livres, des expériences et des émotions : « errer parmi les signes     les couleurs et les lignes     aussi loin     que l’on entre en soi     notre vie se reflète     et se ramifie… » (p79).

Antoine Emaz

Gérard Cartier, Les Métamorphoses, Le Castor Astral, 2017, 114 pages – 12 €

 

 


(Feuilleton) L'autodaté #7

21 August, by Florence Trocmé[ —]

 

Pour autodaté7Poezibao poursuit la publication d’un feuilleton estival d’un genre inédit. À la proposition de concevoir une série pour cet été, Cécile Riou a répondu avec générosité en me proposant une aventure plurielle. Sept poètes comme sept jours de la semaine et cela sur huit semaines. 
Lorsque « son » jour arrive, chaque poète écrit un poème « autodaté », en suivant une contrainte calquée sur la date du jour au format jjmmaaaa. Chaque chiffre détermine le nombre de mots de l’un des huit vers du poème tandis que le 0 génère une ligne blanche. Le poème s’inspire d’un fait de ce jour, dans la vie du poète ou celle du monde.

Cette idée s’inscrivant dans le PPP, Projet poétique universel (toutes les explications sont dans le PDF inclus dans cet article), le poète du jour envoie son « autodaté » au destinataire du jour, pris dans une liste de cinquante-six noms choisis par Poezibao parmi ses interlocuteurs les plus fidèles ou les plus récents (ces deux critères étant croisés et à l’exception de ceux qui sont en dehors de France, car les poètes assument le coût postal de leurs envois).

Pour lire la septième semaine du feuilleton L'Autodaté, cliquer sur ce lien

Photo ©Florence Trocmé, machine à remonter le temps, Hambourg, Elbphilharmonie, 2017

 

 


(Poezibao a reçu) du samedi 19 Août 2017

19 August, by Florence Trocmé[ —]

 

DemarcqLes derniers livres et revues reçus par Poezibao :

Jacques Demarcq, Suite Apollinaire, Plaine Page, 2017, 10€
Jean-François Bory, Terminal Language, Plaine Page, 2017, 5€
Fred Griot, Cabane d'hier, Publie.net, 2017, 15€ (parution le 20 septembre)
Yves Jouan et Jean Miniac, La Phrase de notre vie, L'Atelier du Grand Tétras, 2017, 15€
Jacques Rebotier, Black is black, Plaine Page, 2017, 5€
Fabrice Caravaca, Mon nom, Plaine Page, 2017, 5€
Julien d’Abrigeon, P.Articule, le corps - à-plat, Plaine Page, 2017, 10€
Georges Mérillon, Dansevoi, archépopées, Récitactio-Scène, 2017
Christine Delbecq, Chaos carton, textes de Ludovic Degroote, 2017, 20€ +frais de port, 5€. Voir ici.
Lili Frikh, Carnet sans bord, la rumeur libre, 2017, 16€
Natyot, Je suis d'accord, Plaine Page, 2017, 5€
Nicolas Vargas, A-vanzar, Plaine Page, 2017, 5€
Kadhem Khanjar, Marchand de sang, Plaine Page, 2017, 15€

Revue Docks,
4ème Série, Numéro 25/26/27/28, , Edition Akenaton, 2017, 50€ (avec un DVD)

 

 


(Note de lecture), Paul Valéry, "Lettres à Néère", par Auxeméry

18 August, by Florence Trocmé[ —]

 

Lettres à néérePoezibao propose ici une recension, par Auxeméry, des Lettres à Néère de Paul Valéry, que les éditions de La Coopérative ont publiées récemment. Pour en faciliter l'enregistrement et la lecture, cette note est proposée au format PDF à ouvrir d'un simple clic sur ce lien.



Paul Valéry, Lettres à Néère, édition établie, présentée et annotée par Michel Jarrety, Éditions de la Coopérative, 2017, 250 p., 20€. On peut lire la fiche du livre et quelques pages en libre accès sur le site de La Coopérative.

 

 


(Note de lecture), Julien Blaine, "Dé buts de Ro man *&", par Joëlle Gardes

16 August, by Florence Trocmé[ —]

 

Blaine débuts de romanLe dernier livre, recueil (on ne sait exactement quel terme utiliser) de Julien Blaine est fait de 85 exercices (le mot figure en 27 et l’on pense à d’autres exercices relevant de la littérature à contraintes, les Exercices de style de Queneau). Il se situe dans l’entre-deux : entre poèmes en prose et incipit de romans, entre rire et larmes, entre dérision et compassion, entre clôture et ouverture. Comme le dit le titre, il s’agit de proposer des débuts de romans. Le 32 est explicite : « il ne put s’empêcher de lire cette ligne et de penser aussitôt que c’était la première ligne d’un roman fleuve. »
Ces débuts relatent des anecdotes :

7 En retournant de chez ses parents : lui, le père nonagénaire dégoulinant sur son fauteuil roulant et elle, la mère, dont l’ego était si éblouissant qu’il brûlait toutes celles et tous ceux qui l’approchaient, il envoya ce texto à ces enfants : « si un jour je me suicide, je n’aurais pas besoin de laisser un mot ! »

des descriptions, comme celle de la mer à la Seyne, des souvenirs :

29 […] Il se souvint alors de cette matinée de novembre où, au milieu des vignes d’Allauch, il traversait les rangées de ceps, une à une, en culotte courte, les genoux gercés, un cartable insupportable à la main droite

Certains textes, comme précisément le 7, se suffisent, et la fermeture que marque la ponctuation accompagne celle de l’histoire relatée. Certes, tout peut toujours être continué, mais la différence est nette entre certains poèmes-débuts achevés et d’autres où la disparition progressive de la ponctuation, deux points, point-virgule, virgule puis rien comme dans le 29, est une invitation à poursuivre. Au fur et à mesure de l’avancée du recueil, les mots eux-mêmes se défont :

80 Taha se tourna vers son frère :

« Ne penses-tu pas plutôt q

Et cela pourrait n’être qu’un amusement, un jeu avec règle qu’on s’est donnée d’aller vers toujours plus d’effacement. Il arrive même qu’une note commente avec humour l’exercice : « je ne peux pas broder » et elle se met alors à expliciter ce qui n’est pas dans l’ « exercice ».
En réalité, on est devant un ensemble grave derrière sa légèreté de surface, à mes yeux, l’un des écrits les plus personnels de Julien Blaine. La vie s’amuït comme les dé buts, et ce n’est pas un hasard si l’incipit 2 renvoie à l’âge :

C’est à partir de ses 66 ans
& 10 mois qu’il dut se contenter pour seule
fréquentation et commerce érotique d’un massage
par sa shampouineuse à qui il quémandait
un traitement du cuir chevelu.

Du grand âge, de la vieillesse, il est souvent question, comme en 22 : « En fait, de cet état, de cet âge, il n’en savait rien. » Et il faut bien découvrir que, loin d’apporter la sérénité et la sagesse, il apporte avec lui l’oubli, le sentiment d’être devenu étranger à soi (67). Ainsi s’agit-il avant tout de proposer une sorte de bilan, sur les comportements humains, souvent particuliers, pour ne pas dire étranges, comme celui du restaurateur de la Madrague-Montredon, qui jeûne quatre jours tous les quarante jours, celui qui vomit « quand les restaurants sont trop chers », celui qui rêve que ce sont les chiens qui attendant que leur maître « ait fini de chier ». Ce sont aussi des comportements mesquins comme celui du conducteur de bus qui se déporte sciemment pour empêcher un scooter de passer. Mais heureusement, face à la petitesse humaine, la poésie résiste et on se prend à rêver devant l’étonnante mais si juste définition qui en est donnée en 14 :

– c’est quoi être poète ?
– C’est aller au fond de l’eau caresser les poulpes tandis que les autres les cueillent et les mangent.

Et heureusement qu’elle existe et prouve que l’homme ne se réduit pas à ses fonctions excrémentielles. Nombreux sont les textes qui évoquent la merde, le pet, la morve, qui sont aussi ce qui nous définit et devraient nous inciter à l’humilité. Julien Blaine ferait-il partie de ces moralistes tristes comme Pascal ou La Rochefoucauld ? Mais les clowns aussi sont tristes.
D’une certaine façon ce livre parle avant tout de l’avancée vers la mort, qui est, elle, la fin du roman de notre vie. Du reste, c’est sur la mort du père, que, sans transition, s’achève le livre, sur le long et admirable 85, sorte de journal de l’agonie et de la disparition, du samedi 5 septembre à

courant octobre, continuant novembre, poursuivant décembre, janvier et février 2016
La nuit quand je somnole, dans mes éclats d’éveil, je me surprends à imiter l’agonie de mon père…

La confidence est sans pathos, sans cri, et l’on a peine à croire que c’est celui qui se flatte de vociférer qui se taise, que celui qui s’est toujours révolté, contre les dogmes et les conformismes, accepte de dire « ma mère » et « ma sœur » aux religieuses de l’hôpital où est son père, parce qu’il est des heures de grand sens où seule l’acceptation est possible : « Et cela ne m’a pas posé de problème. » 
La conclusion est un texte non numéroté : « Fin / des /débuts de / Ro / man »
Cette fin-là n’a pas besoin d’être écrite, car elle est toujours la même et la même pour tous.


Joëlle Gardes

Julien Blaine, Dé buts de Ro man *&,  2017, Éditions des Vanneaux, non paginé, 19 euros.

 

 


(Anthologie permanente) Kofi Awoonor, par Jean-René Lassalle

16 August, by Florence Trocmé[ —]

 

Awoonor livreL’endroit

        Parfois tu te rappelles
que l’endroit donne sur la mer,
De temps en temps tu vois un goëland
        s’élever
        vif vers le soleil étincelant
        dans des couleurs éblouissantes jouant
avec les éclats du midi.
Toujours si vif, si bref
La nuit tu te remémores toute la vision
tandis que la porte est verrouillée.

Extrait de : Kofi Awoonor : cycle des poèmes de prison, The House by the Sea, 1978. Traduit de l’anglais (Ghana) par Jean-René Lassalle.


The place

        You remember sometimes
that the place is by the sea,
And once in a while you see a gull
        rise
        swift against the blazing sun
        in dazzling colors playing
in the shards of a noonday.
It’s always so swift, so brief
At night you recall it all
while the door is locked.


Extrait de : Kofi Awoonor : cycle des poèmes de prison, The House by the Sea, 1978.

/

Graines et larmes

La roche de la rivière depuis longtemps
s’est résignée au froid ;
où sont allés les crocodiles femelles
quand les flammes ont frappé le village ?
Où sont-ils allés
quand le feu a réduit les logis à des moignons de murs ?

Un grain grandi dans des champs de larmes
pour des orphelins inassouvis
suppliés de se laver les mains,
est un repas de vie

Pars et dis-leur que j’ai payé le prix
Je me suis accroché à la vérité
J’ai combattu la colère et la haine
au service du peuple.
J’ai mangé leur maigre pain dans les casernes
partagé leurs pas et leurs larmes
au nom de la liberté
Un jour dans une maison d’esclaves à Usher j’ai promis
de reporter ma mort
jusqu’au matin d’après la liberté.
Je le promets.

Extrait de : Kofi Awoonor : Until the Morning After, 1987. Traduit de l’anglais (Ghana) par Jean-René Lassalle.


Grains and tears

The river rock has long resigned
itself to cold;
where did the female crocodiles go
when fire hit the village?
Where did they go
when fire reduced the houses to stump walls?

A grain grown in tears fields
for orphans not satisfied
implored to wash their hands,
is meal of life

Go and tell them I paid the price
I stood by the truth
I fought anger and hatred
on behalf of the people.
I ate their meager meals in the barracks
shared their footsteps and tears
in freedom's name
I promised once in a slave house at Usher
to postpone dying until
the morning after freedom.
I promise.


Extrait de : Kofi Awoonor : Until the Morning After, 1987.

/

Dont la chair hérita

Des éclairs de lumière aurorale
        rayon
        étoile
En agonies de joie, comblées, reniées.
Quoi qu’il y ait, existent le rite et la cérémonie
Les fonctions non accomplies.
Et chair faiblit face à l’agonie de la mort
Les larmes deviennent eau infusée d’herbes amères.
Elles nous accompagnent
        Mais nos pensées s’envolent cherchant des lieux
                jamais présents.
Par delà le crépuscule
La couleur en myriade et la splendeur de l’arc-en-ciel
Confirment notre immortalité.
S’effrite l’étreinte des enveloppes charnelles
tandis qu’une résurrection nous est dévolue
Vaste au pied de la croix sur le calvaire
Et nous prions pour nous à l’heure de notre naissance.


Extrait de : Kofi Awoonor : Rediscovery, 1964. Traduit de l’anglais (Ghana) par Jean-René Lassalle.


That flesh is heir to

Flashes of dawn light
        beam
        star
In agonies of joy, fulfilled, denied.
Whatever is, is the rite and ceremony
The functions unperformed.
Flesh weakens before the agony of death
And tears become the brewing water of bitter herbs.
These are with us
        Yet our thoughts soar searching for lands that are
                never there.
Beyond the twilight
The myriad color and the dazzle of the rainbow
Confirm our immortality.
The mortal coils of flesh peel off
and resurrection awaits us
Large at the foot of the cross on Calvary
While we pray for us at the hour of our birth.


Extrait de : Kofi Awoonor : Rediscovery, 1964.

Choix et traductions inédites de Jean-René Lassalle.

Biobibliographie de Kofi Awoonor

 

 


(poètes) Kofi Awoonor

16 August, by Florence Trocmé[ —]

 

Awwonor portraitKofi Awoonor (1935-2013) est un poète ghanéen d’expression anglophone. Au Ghana il dirige un institut de cinéma, un théâtre, fonde une revue, puis est professeur à New York et ensuite de nouveau au Ghana. En 1976 il est emprisonné presqu’un an au Fort Usher à Accra pour avoir aidé un opposant politique, dans une prison construite au 17è siècle par les Hollandais qui servait au système de l’esclavage. Ensuite il est gracié et devient ambassadeur du Ghana au Brésil puis à Cuba et enfin à l’ONU. Il est tué à Nairobi au Kenya dans un attentat islamiste pendant un festival des littératures africaines. Il a édité une anthologie des chants de son ethnie Éwé et plusieurs livres sur l’histoire de l’Afrique. Sa poésie est influencée par sa culture natale (structures répétitives d’incantation, mythes ancestraux) et par sa vie de voyageur et universitaire (traces historiques de l’esclavage, comparaison des situations des Noirs en Afrique et aux Amériques). Certainement attaché à une tradition de la poésie orale, sa voix digne et grave en lecture publique mérite d’être entendue.

Bibliographie sélective :
Rediscovery (1964)
Night of My Blood (1971)
Ride me, Memory (1973)
The House By the Sea (1978)
Until the Morning After (1987)
The Latin American and Caribbean Notebook (1992)
The Promise of Hope, University of Nebraska Press, 2014 (anthologie)


Traduction en français :
Kofi Awoonor : La prière de mon père, Editions Isabelle Sauvage 2017, traduit par Sika Fakambi (coffret avec un poème-affiche, un livret et un CD) (voir cet article de Poezibao)


Sitographie :
Photo et biographie dans le Guardian
• Petite vidéo de Kofi Awonoor lisant son poème « Before the time of bayonets » au festival international de poésie de Medellin en Colombie (en anglais sous-titré en espagnol)

Jean-René Lassalle

 

 


(Note de lecture), Lionel Ray, "Souvenirs de la maison du Temps", par Matthieu Gosztola

14 August, by Florence Trocmé[ —]

 

RayAujourd’hui ? « Un je-ne-sais-quoi d’azur et de cristal / C’est le diamant du regard sous des cheveux cendrés […] » Hier ? « On vivait à voix haute de fêtes furtives / Et d’innocence sous le regard radieux / Des saisons souveraines. »
Lionel Ray dont le noir de l’écriture est comme ébloui par le soleil paradoxal de l’écriture et de l’errance de Rimbaud, soleil fuyant tout recouvert de sources (ainsi qu’en témoigne, par exemple, ce titre – magnifique – d’un recueil paru en 1973 : L’interdit est mon opéra), a façonné une œuvre fort intéressante, à rebours de toute volonté de profération, de tout désir d’érection d’une parole qui ne soit pas l’enfant malhabile d’un chuchotis – de plus en plus malhabile, tremblant, humain. Car c’est par l’écriture que, recueil après recueil, Lionel Ray poursuit une « quête éperdue du silence ».
Ira d’abord vers le Poésie / Gallimard qui lui est consacré (Comme un château défait suivi de Syllabes de sable, préface d'Olivier Barbarant, 2004) le lecteur désireux de lire, en aveugle, le visage de son écriture, tant lire Lionel Ray, c’est se défaire de son regard pour être main doucement posée sur la page, tâtonnant. Dans le noir. Jusqu’à ce que se lève une lueur, depuis l’oreille jusqu’au cœur. Mot à mot.
C’est seulement ensuite que pourront être savourés les Souvenirs de la maison du Temps qui, pour certains, semblent cousins de Matière de nuit suivi d’Éloge de l’éphémère (Gallimard, collection Blanche, 2004), pour d’autres, sont, avec certitude, frères de Pages d’ombre suivi d’Un besoin d’azur et d’Haïku et autres poèmes (Gallimard, collection Blanche, 2000).
« La cour aux tilleuls qui vibrent parmi les anges / Mon école d’autrefois »… Là se présente, dans un entremêlement d’ombres et de chuchotements (qui sont cette façon qu’ont les souvenirs d’enfance de percer le voile de nos réveils, de nos sommeils, d’avec grâce poser un coude sur la rembarde du temps qui passe), le – si beau – recueil d’une fin de vie (« île simple à la dérive des heures ») qui, par – tout à la fois – l’attention fine (sans relâche) et l’entier lâcher-prise auxquels elle donne forme (sans chercher à donner forme), vient embrasser (dans le sens étymologique du terme), par moments, le sublime.
Comme en témoignent ces extraits choisis :

[…] Impalpable comme / Un vol de martinets entre les toits / Comme l’éclat des voix / Ou le miracle d’une source / Impalpable comme l’accent du secret. // Et la chronique des Heures disparues / La scintillation des chansons anciennes / Impalpable comme l’horizon du temps / Dans la brume d’une enfance / Au carrefour des échos. […]

[…] Été. L’arbre et l’enfant. / Me voici éveillé / Avec le premier soleil / Et la danse dans un rayon / Des poussières silencieuses. // Je cherche un oiseau qui hésite / Entre les branches. / Les mots sont des aventures / Avec des flamboyances de marbre / Entre fenêtres et tentures. […]

[…] Il arrive que des noms à nouveau brillent / Des mots choisis à la dérobée / Feuilles qui bougent petites voix. // Il y a aussi des pierres gravées / Des effondrements des larmes / Et des nuages légers. // Figures et tombes anciennes / La robe sévère d’une église / Et le vent qui froisse les blés. // Le sourire pâle d’une enfance / Un filet d’eau sous la glycine / Le brouillard des heures et des joies // La trace infime d’un oiseau / En plein ciel / Et le silence des croix. […]

[…] C’est un chemin flanqué de feuilles / De grands éclats de ciel entre les branches […] // Ici respire une enfance qui fut mienne croyant / Suivre à la trace les passereaux gris ou bleus / Comme des chiffons improbables. // On cherchait l’impossible le soleil des lointains / On parlait aux peupliers aux nuages aux pierres / Et la vie était simple comme un fruit familier. // On écoutait la musique des arbres / Le frisson des sources la monodie des aubes / Et le jour brûlait comme une flamme. […]  

[…] Avec les mots tu fais des paysages / Et c’est un champ de pierres imprévisibles / Une floraison brouillonne d’herbes et de nuages // Ce gribouillis ces griffures ces froissements / De routes sinueuses ces rivières violentes / Cet épanouissement des buissons et des brumes // Avec les mots tu ouvres la voie aux migrations / Et c’est un surgissement d’hirondelles de sources / Vives de ronces de mousses de corolles […]

[…] Des pas s’éloignent comme / Des lumières dans ma nuit. // Voici que s’ouvre / La porte des mots / Ce sont des façons de voyage / Au plus profond de soi // Pour remonter le temps / Jusqu’au château des contes / Où personne / Ne viendra plus. // Sauf vous qui m’êtes proche / Au vaste champ des chimères / Ce minuit nu / Comme la voix. […]

[…] Les mots silencieux /
À peine pensés / À peine écrits / Qui vous ressemblent // On les prononce / Du bout des lèvres / Ce sont ceux-là / Qui font métier de vivre. // En pays inconnu / Ils portent en eux / Des philtres et des rêves / Un ciel continu // C’est la clé du temps / Et le chiffre / D’un perpétuel présent. […]

[…] Nuit en moi nuit sans visage et sans larmes / Je viens vers toi / Tu es mon regard tu es ma source // Il y a une nuit blanche et noire / En chaque parole dite / Il y a une nuit dans la cendre / La trace et l’écho / Aucune ombre un simple souffle […]

Matthieu Gosztola

Lionel Ray, Souvenirs de la maison du Temps, Gallimard, collection Blanche, 2017, 104 p., 14€

 

 


(Feuilleton) L'autodaté #6

14 August, by Florence Trocmé[ —]

 

Horloge astronomique StralsundPoezibao poursuit la publication d’un feuilleton estival d’un genre inédit. À la proposition de concevoir une série pour cet été, Cécile Riou a répondu avec générosité en me proposant une aventure plurielle. Sept poètes comme sept jours de la semaine et cela sur huit semaines. 
Lorsque « son » jour arrive, chaque poète écrit un poème « autodaté », en suivant une contrainte calquée sur la date du jour au format jjmmaaaa. Chaque chiffre détermine le nombre de mots de l’un des huit vers du poème tandis que le 0 génère une ligne blanche. Le poème s’inspire d’un fait de ce jour, dans la vie du poète ou celle du monde. 

Poezibao publiera régulièrement des PDF regroupant les sept poèmes de la semaine écoulée. 

Cette idée s’inscrivant dans le PPP, Projet poétique universel (toutes les explications sont dans le PDF inclus dans cet article), le poète du jour envoie son « autodaté » au destinataire du jour, pris dans une liste de cinquante-six noms choisis par Poezibao parmi ses interlocuteurs les plus fidèles ou les plus récents (ces deux critères étant croisés et à l’exception de ceux qui sont en dehors de France, car les poètes assument le coût postal de leurs envois).

Pour lire la sixième semaine (7 au 13 Août 2017) du feuilleton L'Autodatécliquer sur ce lien

Photo Florence Trocmé, horloge astronomique, Stralsund, Allemagne (on peut l'agrandir en cliquant sur l'image)

 


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