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(Disparition) Philippe Jaccottet

25 February, by Florence Trocmé[ —]

 

Ce peu de bruits, dans le silence croissant,
mais presque les mêmes chez Senancour, chez Leopardi, chez Kafka
— courant dans le même sens comme vers une porte grande ouverte :
une voix d’autant plus pure que lointaine et peut-être à jamais perdue,
une partie scintillant sous un soleil qu’on ne reverra plus jamais le même.

Philippe Jaccottet
Ce peu de bruits
Gallimard, 2008


Philippe Jaccottet à Soleure lors de la remise du prix SchillerPoezibao apprend avec une grande tristesse le décès du poète Philippe Jaccottet. Un dossier d’hommage lui sera bien sûr consacré prochainement sur le site.

Philippe Jaccottet, né le 30 juin 1925 à Moudon en Suisse et décédé le 24 février 2021 à Grignan est un écrivain, poète, critique littéraire et traducteur suisse vaudois.



On peut lire cet article de Marion Graf, dans le journal Le Temps
Le poète vaudois, habitant dans la Drôme depuis les années 1950, s’est éteint dans la nuit de mercredi à jeudi. L’auteur de « La Promenade sous les arbres » ou de « Paysages avec figures absentes » a acquis une renommée et des lecteurs fervents de par le monde. Son œuvre est entrée dans la collection de la Pléiade en 2014  lire la suite

On peut lire aussi cet article du Monde, signé Monique Pétillon.

Ou cet autre, sur le site de la RTS (Radio télévision suisse) avec de nombreuses ressources.

Philippe Jaccottet et Marion Graf  Soleure  2010Philippe Jaccottet dans Poezibao :
Fiche de lecture De la poésie, extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5, extrait 6, extrait 7, extrait 8, extrait 9, extrait 10, Ce peu de bruits (parution), extrait 11, correspondance avec Ungaretti (par A. Paire),  in notes sur la poésie, « Les transactions secrètes de PJ », un article de Monique Petillon, notes sur la poésie, notes sur la poésie, ex. 12, Lauréat du Prix Schiller (par A. Paire), remise du prix Schiller et lecture à Soleure, mai 2010, ext. 13, note création, ext. 14, ext. 15, "Philippe Jaccottet, la compagnie des peintres", par Alain Paire, ext. 16, ext. 17, nc2, notes création 3, Philippe Jaccottet, "Taches de soleil, ou d'ombre", par Antoine Emaz, nc 4, nc 6, nc nc 7, nc 8, nc 9, nc 10, [Carte blanche] La "Pléiade Jaccottet" et José-Flore Tappy, par Bernadette Engel-Roux, note création, ext. 18, ext. 19, ext. 20, (musique et littérature) "An die Musik, Philippe Jaccotet et la musique", par Marc Dugardin, (Etude) Un « au-delà » dans l’« en-deçà » : par-delà l’intervalle, un feu immodéré. Relire Philippe Jaccottet, par Stéphane Lambion

Les deux photos (©Florence Trocmé) ont été prise à Soleure (Solothurn, Suisse) en 2010 lors des journées littéraires qui virent le prestigieux Prix Schiller remis à Philippe Jaccottet :
remise du prix Schiller et lecture à Soleure, mai 2010




(Disparition) Lawrence Ferlinghetti

24 February, by Florence Trocmé[ —]

 


Lawrence-ferlinghetti-by-elsa-dorfman_(cropped)  WikipediaPoezibao apprend la disparition, à l'âge de 102 ans, du poète américain Lawrence Ferlinghetti.
Il était né le 24 mars 1919 à Yonkers aux États-Unis et est mort ce 22 février 2021 à San Francisco aux États-Unis. Il était également connu comme co-fondateur de la librairie City Lights Booksellers & Publishers et d'une maison d'édition du même nom qui a fait paraître les travaux littéraires des poètes de la Beat Generation, dont Jack Kerouac et Allen Ginsberg.
Proche en effet de "Kerouac, Ginsberg et Burroughs, l’éditeur américain racontait sa vie bien remplie dans des Mémoires parues en 2019" (source @Biblioobs).

Photo Lawrence Ferlinghetti dans les années 1960, ©Elsa Dorfman (recadrée), Wikipedia



(Note de lecture), Bruno Latour, Où suis-je ?, par Marc Wetzel

24 February, by Florence Trocmé[ —]

 


Bruno Latour  où suis-je"La philosophie s'appuie sur une totalisation du savoir ; celui qui l'exerce a le devoir pratique de visite, et doit passer partout : au minimum, les travaux d'Hercule", c'est ce que répondait sobrement Michel Serres (dans "Éclaircissements, p. 185, en 1992) à Bruno Latour, qui - merveilleusement - l'interrogeait. Si Atlas est le porte-Terre, Latour semble avoir suivi cette humble leçon d'encyclopédisme actif, malicieux et collaboratif; au minimum, avec lui, les travaux d'Atlas !

Il y a, dans ce petit livre vif et profond, trois idées qui peuvent tout de suite intéresser un poète. D'abord, c'est parce que la raison n'a pas su "saisir ce qui permet aux vivants de rendre la terre habitable" qu'elle s'est "rendu" (avec la pollution industrielle, le réchauffement climatique, l'épuisement des sols et la surpopulation humaine), littéralement, "la vie impossible" (p.26). Ensuite, la "nature" terrestre est moins un modèle idéal qu'un laborieux compromis (entre formes de vie toutes plombées par leurs soucis constants d'engendrement, et de ressources croisées et conflictuelles), moins un principe natif que "le résultat artificiel de puissances d'agir connectées", pour le meilleur et pour le pire solidaires ("artificiel" précise-t-il, "au sens où l'invention et la liberté y sont toujours engagées - d'où les surprises à chaque pas" (p. 33). Enfin, la seule autonomie méritée serait celle des plantes, qui, comme autotrophes, peuvent subsister sans avoir à dépendre d'autres formes de vie : le seul animal alors qui prétende à l'autonomie - l'homme - ne peut donc à ce titre que se mentir à lui-même et aux autres. Il ne pourrait logiquement réaliser cette autonomie, cette autotrophie destinale, qu'en quittant ce monde de la vie (Elon Musk bientôt sur Mars, pauvre Mars ...), d'où le malicieux slogan de Bruno Latour :"Confinés de tous les pays, unissez-vous ! Vous avez les mêmes ennemis, ceux qui veulent s'échapper dans une autre planète" (p. 64) (après avoir fini de saloper leur précieuse rampe de lancement, comme si une Ascension pouvait faire l'économie d'une Crucifixion préalable).
Ces trois indications pourraient se résumer en une petite fable. Le poète en Bruno Latour lance quelque chose comme "Comment refuserais-je l'hospitalité réelle de Gaïa ? Tout le monde m'y connaît, c'est à dire devine, joue avec moi et visite".
 
En attendant, c'est vrai, on étouffe sous le masque ; mais on étouffe aussi sans masque, sous le nouveau régime climatique. Double confinement, apparemment sans issue ; mais "ce que le confinement a révélé" dit Bruno Latour, "faisons-le fructifier". Il ajoute :"puisque nous n'avons plus à nous transporter dans un ultra-monde, nous pouvons recommencer à chercher où nous loger ici-bas" (p. 88).
C'est que l'univers est infini, donc inhabitable ; il n'est accessible que par appareillage numérico-rationnel, donc jamais directement fréquentable. De "cet univers que l'on peut connaître", "on ne pourra jamais avoir d'expérience corporelle" (p. 31). A l'inverse, être "claquemuré", c'est être "ancré enfin quelque part" (p. 92). Ou, pour le dire plus paradoxalement encore, "curieusement, le confinement aide les terrestres à fuir hors de la fuite hors du monde" (p. 132).

Ce que notre dévastation industrielle de la Terre révèle, c'est que notre forme de vie influence la vie, ou que notre puissance humaine d'agir interfère nécessairement (puisque fâcheusement) avec  toutes les autres puissances d'agir de la vie terrestre, puisque toutes sont "emmêlées, embrouillées, envasées, superposées les unes dans les autres" (p. 61). La raison humaine (c'est à dire la puissance méthodique d'explication, d'ordre et de calcul de notre esprit) peut oublier qu'elle est, elle aussi, une forme de vie quand elle s'occupe des étoiles, ou du noyau de la Planète Terre (car elle n'a alors pas à aller subsister au milieu de ce qu'elle connaît, et reste parfaitement à l'abri des conséquences de son intervention), mais ici, dans la mince couche vivable que nous partageons avec toutes les autres espèces, l'être doué de raison doit vivre là où celle-ci agit, et "nous comprenons bien que la température de la bulle d'air conditionnée à l'intérieur de laquelle nous résidons dépend de notre propre action. C'est cela le véritable confinement, ce destin que nous nous sommes collectivement choisi - sans y penser" (p. 73).

Quelques kilomètres au-dessus de nous, quelques-uns dessous, voilà tout ce dont disposent, à la surface de la Terre, les vivants depuis quatre milliards d'années. La leçon du confinement est la retraversée étroite et exigeante de nos propres confins : "les terrestres peuvent se déplacer, mais seulement aussi loin que la nappe, le biofilm, le courant, le flux, la marée montante des vivants nommés Terre ou Gaïa a réussi à créer pour les suivants des conditions d'habitabilité quelques peu durables. Pas un mètre plus loin que cet estran" (p. 40). Dans ce local pédagogique inédit, où un répétiteur particulièrement inflexible plonge notre autonomie rêvée dans son non-ravaudable caca, la géniale raison est toute étonnée de se retrouver irresponsable cancre ! Il fallait vraiment être maso, ou sotte, pour ne se saisir aussi magistralement du caillou global de la Terre que pour s'en lapider !

Quand on tient en mains un livre génial, comme est celui-ci, il ne faut pas qu'il nous lâche ; surtout si son auteur (pourtant malade, comme l'avoue avec simplicité le chapitre 10) répudie les fausses évidences d'un monde inerte (qu'il s'apprête, lucidement, à rejoindre) et refuse l'Enveloppant facile, garanti, et de contemplation mensongèrement gratuite, d'un Univers (sans chair directe, accessible seulement en distanciel, et lisible seulement "de l'intérieur de nos laboratoires, de nos télescopes ou de nos instituts, sans jamais en sortir. Sinon par l'imagination - ou mieux, par la connaissance imagée, par le truchement des images savantes", p. 24). Que chacun, tout à l'inverse, dit le chapitre 9, dessine par terre, devant les autres, comme une lucide marelle, l'exact parcours des conditions (ressources, comme obstacles) de subsistance terrestre dont il a bénéficié, et de celles que son action (ou inaction) lègue (en les pressant ou levant, stérilisant ou fécondant), et la valeur réelle de son socle de vie apparaîtra. "En décrivant pour les autres et par les autres vos interdépendances, c'est comme si le sol vous remontait dans les pieds et vous renversait sur lui" (p. 107).

Nous ne pouvons certes jamais, écrit Bruno Latour, stabiliser ce dont nous dépendons, mais nous pouvons toujours penser le présent menacé par le futur qui en dépend déjà. Nous pouvons, au moins dans la parole philosophique ou poétique, tenter de faire coïncider la pensée dans laquelle nous sommes et celle dont nous vivons. La Covid, et son "de proche en proche" tocsinal y aide.

Marc Wetzel

Bruno Latour, Où suis-je ? Leçons du confinement à l'usage des terrestres - Les empêcheurs de penser en rond, Editions La Découverte, janvier 2021, 192 pages, 15 €

Extraits  (tirés du chapitre 13):

"La terre tourne, à nouveau, aujourd'hui, mais cette fois-ci sur et par elle-même et nous nous retrouvons au milieu d'elle, insérés, confinés en elle, coincés dans la zone critique, et nous n'arrivons plus du tout à y déclamer à nouveau la grande geste de l'émancipation. J'ai l'impression d'être plutôt comme du linge qui tourne dans le tambour d'une machine à laver, à tourner follement, sous pression et à haute température ! Il faut tout réinventer à nouveau, le droit, la politique, les arts, l'architecture, les villes, mais, chose encore plus étrange, il faut aussi réinventer le mouvement même, le vecteur de nos actions. Non plus aller de l'avant dans l'infini, mais apprendre à reculer, à déboîter, devant le fini. C'est une autre manière de s'émanciper. Une forme de tâtonnement. Curieusement, redevenir capable de réagir. Oui, oui, je sais bien, "réagir" et "réactionnaire" ont même racine. Mais tant pis, c'est d'aller toujours de l'avant qui nous enfermait, et c'est d'apprendre à reculer qui nous déconfine. Nous avons besoin de retrouver des capacités de mouvement, oui des puissances d'agir".

"Ce ne sont plus des tâches de développement, mais, dans la logique du confinement, des tâches d'enveloppement. Comment conserver l'idée d'émancipation, s'il faut accepter de s'insérer, de s'engager dans ces combats ? On comprend la tentation de redevenir des humains à l'ancienne et d'en rester à la précédente métamorphose, celle des "Grandes Découvertes", en célébrant l'évasion vers le cosmos infini"

"Où est le mal alors qui a paralysé les capacités d'invention en les orientant dans une seule direction hors sol ? Mais dans cette étrange perversion qui prétend orienter l'invention vers un seul but en dépassant les limites pour se projeter hors de ce monde au lieu de les tourner, ou, plus pervers encore, qui prétend instaurer le paradis sur terre. Deux formes, l'une pseudo-religieuse de sortie du monde, l'autre pseudo-séculière, de vouloir l'introduire sur terre. C'est le terrible avertissement d'Ivan Illich : "La corruption du meilleur engendre le pire". Ce n'est pas ainsi que Gaïa s'est étendue, prolongée, compliquée, instituée. C'est parce qu'elle ne cherchait aucun but qu'elle a fini par s'autoréguler partiellement. Elle s'évase, elle se disperse, elle s'égaille. En nous forçant à aller de l'avant, en rêvant de devenir des post-humains, en imaginant que nous allons vivre "comme des dieux", ne voyez-vous pas que vous nous privez de la seule puissance de réorientation qui soit : tâtonner, essayer, revenir sur nos échecs, explorer ? Dans l'ancien monde, cela avait peut-être un sens d'aller de l'avant, de cheminer vers un point oméga, mais si nous avons basculé dans le nouveau, revenu à l'intérieur des conditions d'existence dont nous sommes obligés de ravauder les restes, alors le mouvement le plus important c'est de nous pouvoir nous égailler dans toutes les directions. Si seulement nous en avions le temps (...) Vous devez vous disperser au maximum, en éventail, pour explorer toutes les capacités de survie, pour conspirer, autant que possible, avec les puissances d'agir qui ont rendu habitables les lieux où vous avez atterri"






(Note de lecture), William Cliff, Matières fermées, par Alexandre Ponsart

24 February, by Florence Trocmé[ —]


William Cliff  matières ferméesUne couverture sobre – blanche et bleue – avec un bandeau en noir et blanc sur laquelle figure l’auteur avec en arrière fond une route. Étymologiquement la route, rute signifie la « voie, la direction » que l’on doit suivre pour ne pas « s’écarter du chemin ». Suivons cette direction qui nous guidera tout le long de Matières fermées.

Huit liasses composées de deux cent dix-sept sonnets viennent retracer la vie de William Cliff. Tout commence par « Me voilà déjeté, misérable séquelle (…) et lancer dans la vie » et se termine avec « Las ! tel est notre sort sur cette terre amère ». L’histoire d’une vie ou plus précisément l’histoire de la vie. L’existence n’est jamais statique et les différents sonnets de ce livre en sont le témoin : sonnets shakespeariens (4/4/4/2), sonnets inversés (3/3/4/4) ou encore des quatrains avec sizain intercalé (4/3/3/4). Ces différents poèmes retracent la jeunesse de l’auteur : « Mais au collège quelqu’un affirma que j’aurais été ‘offusqué’ en voyant telle chose (…) Notre mère aimait entendre l’accent traînant que nous avions en faisant notre parlement » ; « Mon oncle avait un côté tout à fait flamand, c’est-à-dire actif, c’est-à-dire qui ne craint point de se commettre à un travail un peu rude » ; « j’étais timide », « j’étais bête », « tel était mon état d’esprit, ce n’est pas drôle d’être obligé de supporter ce triste rôle ». Avec Cliff, les rencontres avec les autres, les inconnus occupent toujours une place importante. « Cependant ‘l’autre’ avance ses pions », « Matias », « Grâce à l’écrivain McGuinness, je rencontrai dans un pub ses amis », « par hasard une femme qui passait tout près constata mon état et prévint la police » ou encore « Yvonne était blafarde, très pâle de peau ».

Avec autant de rencontres pourquoi Matières fermées ? La réponse se trouve dans le sonnet 59 : « parce qu’étant vraies elles ne sont pas ouvertes et conservent ainsi leurs puissances innées (…) Ô matières Fermées de la vie récurrente, vous voilà donc données à lire dans ces pages où l’on verra sans doute quelques miens voyages et les trépignements de mon corps sur la terre. »

Et toujours le temps qui passe « parce que le temps est un fleuve sur sa pente qui emporte dans ses flancs » tous ceux qui nous ont aimés. En effet, « il n’y a pas longtemps nous possédions un corps que l’on aimait aimer pour son bel appareil, mais ceux qui aimaient l’aimer ne sont-ils pas morts emportés par ce fleuve ? » L’auteur entretient un rapport particulier avec le temps et les effets qu’il peut engendrer. « Ah ! l’accablement du déroulement du temps ! » ; « Ah ! la répétition des jours de la semaine ! ce jeudi qui viendra demain et qui pourtant mourra sous le prochain vendredi qui s’amène ! ». Ici, une citation de Bossuet me vient à l’esprit : « la vie humaine est semblable à un chemin dont l’issue est fatale. » Nous retrouvons cette route et cette fatalité du temps qui fait que « n’importe où s’en aller ? n’importe où s’enferrer ? » la fin du chemin reste la même.

À la fin, l’auteur remercie ses parents : « soyez bénis, vous mon père et ma mère qui m’avez jeté dans ce pays de malheur », « vous qui m’avez permis de vivre et d’être encor parfois aimé de quelqu’un d’autre ». Car dans une vie, il arrive que certaines rencontres donnent lieu à des moments magiques : « il me semblait qu’il désirait que je fasse l’amour avec lui et que je sois son amant ». Et puis, avec le temps : « je garde le souvenir de son visage qui me faisait rêver de rester avec lui pour que nous nous aimions le restant de notre âge. »

Alexandre Ponsart

William Cliff, Matières fermées, La table ronde, 2018, 256 pages, 16€

Extrait :
« La vie réelle de l’homme gît en lui-même. »
a écrit Senancour, et n’a-t-il pas raison ?
ne nous faut-il pas être à nous-même un poème ?
malgré tous les décours de la situation ?

Et regardez comment a fait Jacques Izoard
à travers les astreintes de son dur métier,
n’a-t-il pas consacré chaque soir à son art
ce qui lui permettait à nouveau d’exister ?

Chaque soir il reprenait avant de dormir
son cahier où il écrivait sa poésie
afin de ne point manquer à son existence,

et nous poètes ne devenons-nous pas écrire
pour nous éviter de nous enfoncer au pire
en nous oubliant dans une coupable absence ?





(Anthologie permanente) Clayton Eshleman, traductions inédites, par Auxeméry

24 February, by Florence Trocmé[ —]



Eshlmann 2En contrepoint de l'hommage offert à Poezibao, Auxeméry propose ici un important ensemble de traductions du poète américain Clayton Eshleman récemment disparu.


Ce dossier est ici donné au format PDF, à ouvrir d'un simple clic sur ce lien.

source de la photo



(Hommage) à Clayton Eshleman (1935-2021) par Auxeméry

https://poezibao.typepad.com/poezibao/2021/02/anthologie-permanente-clayton-eshleman-traductions-in%C3%A9dites-par-auxem%C3%A9ry.htmlplay episode download
24 February, by Florence Trocmé[ —]

 

Clayton Eshleman, 1935-2021

Auxemery et EshlemanClayton Eshleman était de l’espèce des navigateurs au long cours.

On permettra au traducteur d’évoquer ici un aspect attachant de sa personne. Nous sommes plusieurs à avoir souvent croisé le fer avec lui sur des points de détail, lors de travaux à voix alternées, et nous connaissions ses exigences de précision. Mais ce qui aujourd’hui met en branle le souvenir est d’ordre plus intime, plus essentiel, selon ses vues à lui. Sa vision, même, au plus profond des choses.

Je relis la lettre que cite Michel Deguy à la fin de Made in USA (Seuil, 1978) ; elle date d’octobre 1976, et Clayton vient d’achever son recueil What She Means. Le principe de condensation est là déjà pleinement actif, mais le plus dense est à venir encore.
La lettre dit à l’ami : Daily I brood on how to get back to the Dordogne caves, « Pas un jour où je ne rumine la façon de revenir aux grottes de Dordogne. » Là fut en effet le lieu de l’accomplissement. Devaient suivre de nombreux volumes aux titres explicites, entre autres : Hades in Manganese, Hotel Cro-Magnon, Juniper Fuse… Clayton, examinant à la lampe frontale, scrutant la marche erratique du monde, s’était définitivement saisi du bâton de genévrier carbonisé pour tracer sur la paroi de la caverne les linéaments, les ratures, les traits pertinents de l’aventure humaine – signes & charmes, points obscurs en ligne, spectres animaux, cupules creusées au doigt par l’ancêtre évanoui dans les siècles mais hantant à jamais le cours de la rivière & la falaise.

Cette rumination, cet appétit des cavernes où l’être va obstinément sonder sa source mémorielle, j’en ai été le témoin, et je reste reconnaissant à Clayton de m’avoir fait parcourir avec lui une partie du chemin. Il faut dire que notre première rencontre se fit à la porte même de la grotte de Lascaux – le désir de Clayton était d’aller se mesurer (le terme olsonien, lui comme moi l’aurions employé, n’est pas excessif) avec la figure chamanique de l’homme-oiseau en catalepsie face au bison au fond du Puits, ne fut pas exaucé ce jour-là, il était impossible de descendre.
Nous avons suivi la Vézère, attentifs aux accrocs du paysage, là où les êtres du jadis avaient inscrit à l’évidence leur toujours-présence. Nous avons séjourné à l’Hôtel Cro-Magnon, à deux pas du trou : je n’ai jamais dit à Clayton que cette vénérable cavité, je l’avais découverte plus tard servant de garage à un tracteur agricole, avant que ne s’installa une échoppe de souvenirs en peluche – il détestait le tourisme et ses nigauderies. Les derniers temps ! Parmi les ultimes messages que j’aie reçus, des regrets de ne plus pouvoir voir ce qu’il faut voir dans le ventre matriciel.

Et puis ceci : un jour (je revenais d’un séjour dans le Southwest, et nous étant retrouvés aux alentours du château des Milandes, nous feuilletions des brochures que j’avais ramenées, en écoutant Peggy Lee chanter Black Coffee – Clayton dans sa jeunesse avait joué en compagnie du frère du pianiste de jazz Bud Powell), et comme nous regardions les cartes des territoires alloués aux nations indiennes, et leur rétrécissement depuis l’époque des traités, j’ai vu Clayton au bord des larmes
Nous nous souviendrons de l’inlassable prospecteur des tréfonds de la conscience humaine des destins inscrits sur les parois obscures, à la recherche d’archétypes, de figures aimantées, et de réponses à l’énigme de vivre & d’aimer. Parmi ceux qu’il considérait comme des frères en exploration, et qu’il a traduits : Artaud, Vallejo, Césaire, et aussi Deguy, Neruda. Bei Dao.

On saluera le maître d’œuvre de plusieurs revues sans lesquelles la poésie américaine n’aurait pas de sens, Caterpillar dans les années 70 (Eshleman y publia des extraits de ce qui allait devenir le H.D. Book de Robert Duncan) et Sulfur à partir du début des années 80, où se retrouvèrent les meilleurs, Eliot Weinberger, Rachel Blau Du Plessis, Jerome Rothenberg, Michael Palmer entre autres. Sulfur suivait la piste inaugurée par PO&SIE : je note que le premier numéro de la seconde offre une sélection de poèmes olsoniens, et que les premiers numéros de la revue de Clayton publiaient une partie de la correspondance d’Olson avec son mentor Edward Dahlberg.

Le Minotaure mugit du fond du labyrinthe & l’araignée-fétiche tisse les mots qui scellent une destinée. Clayton Eshleman parlait aux ombres.

Auxeméry, février 2021
Lire cette importante sélection de traductions réalisées par Auxeméry


Un choix de poèmes est paru en France en 1998, sous le titre de Hadès en manganèse, reprenant celui d’un de ses recueils majeurs (Belin, L’Extrême Contemporain).
Nous donnons ici la version de l’ultime texte sur lequel nous avions travaillé : on y trouve la plupart des thèmes qui ont animé sa pensée.
Le site Alligatorzine a accueilli plusieurs fois Clayton Eshleman.
Signalons un texte sur le site Œuvres ouvertes : Qu’est-ce qui est américain dans la poésie américaine ?

Photo © Auxeméry, Clayton Eshleman et Auxeméry, rue de Rivoli, années 2000. Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

 


(Les Disputaisons) De la prose ou du vers, avant toute chose ?, 11. Camille Loivier

https://poezibao.typepad.com/poezibao/2021/02/les-disputaisons-de-la-prose-ou-du-vers-avant-toute-chose-9-patrick-beurard-valdoye.htmlplay episode download
22 February, by Florence Trocmé[ —]


De la prose ou du vers, avant toute chose ?

Liliane Giraudon  image disputaison janvier 2021C’est, en poésie, un vieux débat ; une vieille dispute. On connaît le refrain, un peu malmené d’ailleurs, voire détourné, souvent tronqué, émis par Gérard de Nerval : « C’est ainsi que la poésie tomba dans la prose et mon château théâtral dans le troisième dessous » (« Second château » des Petits châteaux de Bohème). Phrase qui a sonné comme hallali du vers en poésie.
Mais la dichotomie vers/prose en poésie fait-elle encore sens ?
Jean-Pascal Dubost


On peut lire l’argumentaire envoyé aux auteurs sollicités en cliquant sur ce lien.

Image : dessin inédit de Liliane Giraudon, réalisé pour cette Disputaison (cliquer sur l'image pour l'agrandir)

SOMMAIRE
1.            Ivar Ch’Vavar
2.            Sabine Macher
3.            Christophe Lamiot Enos
4.            Julien d’Abrigeon
5.            Jacques Demarcq
6.            Véronique Vassiliou
7.            Pierre Drogi
8.            Isabelle Pinçon
9.            Patrick Beurard-Valdoye
10.          Ludovic Degroote
11.          Camille Loivier
12.          Bruno Fern
13.          Mathieu Jung
14.          Auxeméry


Aujourd’hui, onzième contribution, celle de Camille Loivier à ouvrir d'un simple clic sur ce lien.




(Note de lecture), Hervé Bauer, Manière noire, par Daniel Hervé

22 February, by Florence Trocmé[ —]


Hervé Bauer  manière noireLe dernier opus d'Hervé Bauer intitulé Manière noire, si fascinant par sa richesse polymorphe et si singulier par sa facture, mériterait d'être considéré comme l'une des plus belles réussites de la littérature française ; on pourrait le définir comme une forme de rhapsodie, une succession de récits apparemment indépendants qu'unifie cependant l'omniprésence de la Mort et du Temps. Ces pages demeurent dans l'esprit et l'imaginaire du lecteur bien après qu'à regret, on en a achevé la lecture et elles continuent d'y déployer leurs prestiges.

Originalité immédiatement perceptible, chaque récit s'ouvre sur la reprise d'une expression métaphorique réinterprétée dans un sens littéral. L'auteur amplifie ainsi le décalage existant entre toute formulation et le monde réel qu'elle est censée refléter. Cette distanciation comparable à celle d'un rayon lumineux se réfractant à la surface de l'eau favorise une méditation sur le langage et sur le monde ; elle fait vivre aussi un voyage onirique dans un univers imprévisible même s'il y règne paradoxalement une forme de fatalité. Et chacune de ces expressions familières n'est pas un simple incipit, un procédé artificiel : elle est comme la première maille d'un tissu indéchirable.

Le recours à l''intertextualité constitue l'un des attraits du livre : on y reconnaît toute la thématique baudelairienne, les images splénétiques du gouffre, du cachot, de la lumière perdue, de l'impression de suffocation au milieu des miasmes morbides. Dans la boue où s'enlise l'un des personnages, on retrouve le spleen, une matière sombre et visqueuse où s'englue le rêve d'un ailleurs et où s'abolit la lumière ; mais ce n'est pas le seul rapprochement qu'on puisse faire : à travers le sentiment de culpabilité inhérent à la condition humaine, on pense à La Chute d'Albert Camus et au Procès de Franz Kafka. Citons encore Héraclite et l'idée que tout est emporté dans le flot incoercible de la vie : Πάντα ῥεῖ.

Le titre Manière noire est polysémique : il renvoie à la technique de gravure permettant d'imprimer de nombreuses nuances de noir, du gris à la couleur de l'ébène en faisant ainsi référence à la peinture de P. Soulages mais c'est aussi le parti-pris d'évoquer les côtés les plus sombres de la vie, liés au passage obsédant du temps et à la perspective de la mort. Les miroirs disent l'inéluctable dégradation de l'homme au fil du Temps qui nous tue plus que nous ne le tuons. Souvent, les personnages soucieux de leur reflet ne se reconnaissent plus... Comme amputés, ils se réduisent à une voix, une ombre abandonnant chaque jour une part d'humanité. Thanatos commence son œuvre avant l'heure fatale...

Tous écrits à la première personne à une exception près, les récits n'émanent pas d'un narrateur unique mais de voix disparates et multiples qui, paradoxalement, reflètent cependant l'expérience de tous : singularité des identités mais communauté des destins. On parlerait à tort de personnages car beaucoup de récits relèvent de la prosopopée : On entend parler un corbeau, une statue, des fragments de corps mutilés. Nul portrait : dans ce monde de ténèbres n'évoluent que des fantômes.

Les récits ne progressent pas selon la cohérence attendue mais, véritables flux oniriques, ils suivent leur cours naturel à l'instar des rêves surgissant lors de la phase paradoxale du sommeil. Les idées se succèdent en fonction d'affinités mystérieuses nées dans le subconscient (1) et elles ne sont pas unifiées ni organisées en vue d'une logique. Le texte produit son propre cheminement, l'auteur n'étant parfois qu'un spectateur. « Mes paroles me surprennent moi-même, et m’enseignent ma pensée », observe Merleau-Ponty dans Signes ; les phrases progressent selon leur cinétique propre.

En permanence, Manière noire invite à une réflexion sur la création littéraire : est-elle la coalescence de la maîtrise d'un artisan-poète et d'un mécanisme extrinsèque se déroulant sans le concours de l'écrivain, par l'effet d'une forme de déterminisme lexical ?  

Il n'est aucun interstice où puisse se glisser la lumière : nulle espérance ne luit durablement dans ces récits : fragile et éphémère, elle est toujours vaincue in fine : reflété dans les miroitements de la mer, le soleil aveugle au lieu d'enchanter : la lumière si majestueusement évoquée ne fait que souligner la victoire de Thanatos : elle renforce par contraste la sombre menace de la mort et du temps qui décolore nos horizons.
Les références mythologiques, à la fois ornements poétiques et invitations à la réflexion,  constituent aussi l'un des attraits majeurs de ce livre : au détour des pages, nous rencontrons notamment le nocher Charon, Icare, les célèbres Parques au nom antiphrastique puisqu'elles n'épargnent personne : les commères qui tricotent dans un parc reproduisent les tâches respectives de ces divinités dont elles sont des avatars à la fois cocasses et légèrement démythifiés. On devine aussi la présence du couple formé par Éros et Thanatos...

Les récits de Manière noire sont servis par la grande virtuosité du style. Hervé Bauer, en authentique poète, nous propose une merveilleuse évocation d'une île grecque où même l'éternel soleil, triomphant et divinisé, ne peut rien contre l'inexorable marche du temps. Il s'agit d'un véritable poème en prose où l'on reconnaît tout ce qui peut exalter un lecteur amoureux de la beauté : l'euphonie, l’eurythmie, le sens de la clausule, clôture qui est aussi l'ouverture sur une méditation.          

Même si chacun des récits ressortit à la littérature fragmentaire, même si les personnages sont des figures morcelées, parfois des restes de pantins désarticulés et démantelés, réduits à des chairs en voie de désagrégation, même s'ils sont des esquisses d'ombres fugitives qu'aucun présent ne peut figer, l'œuvre est profondément cohérente : c'est la Mort flanquée de l'exécuteur de ses basses besognes, le Temps, qui est la source où naissent nos angoisses et l'aboutissement où elles ne s'évanouissent pas.
 
Daniel Hervé

1. Du hasard des homophonies parfois ; par exemple, le titre «Parc» évoque les Parques

Hervé Bauer, Manière noire, Hippocampe, 2020, 280 p., 20€



(Note de lecture), Marcel Cohen, Villes, par Didier Cahen

22 February, by Florence Trocmé[ —]



Marcel Cohen  VillesMarcel Cohen a publié chez Gallimard deux livres, ce 11 février, Détails (suite et fin) et Villes où il reprend ses trois premiers livres.
Didier Cahen a proposé à Poezibao de reprendre cet article sur Galpa, le premier de ces trois livres, article paru dans A Livre ouvert, publié par lui chez Hermann en 2013. 

Il est ici donné au format PDF pour en respecter la mise en page. On l'ouvrira d'un simple clic sur ce lien.

 

 


(Anthologie permanente) James Sacré, Quel tissu se déchire ?

22 February, by Florence Trocmé[ —]

 

James Sacré  quel tissu se déchireJames Sacré publie Quel tissu se déchire ? Le livre est constitué de trois parties, reprise de deux livres publiés par Olivier Brun aux Editions de la Dragonne, avec des lithographies de Djamel Meskache. Ils ouvrent ce recueil : S’il n’y a que du silence (alors intitulé Portrait du père en travers du temps) et Un effacement continué. Vient donc ensuite Quel tissu se déchire ? dont on trouvera ci-dessous quelques extraits.

2014
Il faut avoir beaucoup vu, senti, éprouvé ;
Il faut être resté assis auprès des morts.
Paroles de Rilke que rapporte Jean-Claude
Pinson
Dans un livre en forme de question.

Je n'ai pas vu ton visage apaisé
Comme a dit quelqu'un, parce que surtout
C'est rester dans ta compagnie de frère vivant
Qu'il fallait.

Il n'y a pas d'apaisement dans la mort, il y a
Que tu as quitté la couleur et les bruits du monde
Comme a fait le père.

À quoi bon ce poème dont maintenant les mots
Sont si peu que j'ai vu, si peu que j'ai senti
De votre vie, et seulement
Vaine douceur au désarroi d'aujourd'hui ?

                (Pensant à mon frère Rémy, le 4 janvier 2014)
(149)


On voit par la fenêtre un arbre de Judée,
En rose quasi violet
Violent sur le sombre du branchage.
Dans la chambre d'hôpital où nous attendons, le silence
A la couleur d'une couverture à rayures sur un lit étroit,
La couleur des murs tapissés de papier clair :
Je me souviens mal de celle
Où je t'ai vu vivant. Une dernière fois.

Il y a toujours ces dernières fois si maladroites
On n'a rien dit. Le temps disparu
Continuait quand même.

On ne voyait pas comment repriser la déchirure
Entre un présent muet
Et l'avenir comme une attente sans merci.

            (21 mars 2017, clinique Beau Soleil à Montpellier,
et le 27 juin)

///

Parce qu'en attendant qu'un prélèvement biopsique soit fait —
Quelqu'un souffre de tant de tant de misère dans son corps
Alors que me voilà, pain au chocolat et mon lait chaud
À la cafétéria —
Je pense à comme on accompagnait
Dans l'ignorance et l'espoir de la voir guérir
La petite fille silencieuse que tu n'auras pas revue mon père
Et qui s'en allait
Avec des souvenirs de la ferme et de ses lapins blancs

Tu ne l'auras pas revue mais sans doute
Que tu portais vers ta propre mort
Le bruit de son enfance qui n'aurait pas de suite.

Biopsie de façons d'écrire qui souffrent
De l'absence d'aucune souffrance.

            (21 mars 2017, clinique Beau Soleil, à Montpellier)
(194-195)

///

Faut-il que je sois nulle part,
Nef d'église ou gare entre deux trains,
Pour ne pas te rejoindre
Là où tu n'es plus rien ?
Il n'y a plus qu'un peu de ma pensée
Prise en du sentiment qui s'inquiète
De ne plus savoir ce qu'il est.
Chocolat chaud, chausson aux pommes
Tablette étroite contre paroi de verre
Des gens passent vite ou sont là debout
Devant des indications d'horaires. Le temps
Qu'ils ne vont pas mesurer longtemps ;
Déjà sont-ils pas comme n'existant pas
Devant mes yeux qui regardent
Qui regardent
Et qui ne te voient pas.

            (13 février 2019, et 27, 28 décembre)
(219)

James Sacré, Quel tissu se déchire ?, Tarabuste, 2020, 241 p., 15€

Note de l’éditeur : Ce volume reprend en format poche les titres Portrait du père en travers du temps et Un effacement continué, accompagnés d'un ensemble de poèmes inédits Quel tissu se déchire ? / "Le livre continué n'oublie pas. Il oublie quand même : le portrait du père n'est que le portrait des souvenirs incertains de celui qui l'écrit sinon même l'invention en mots de ces souvenirs. Portrait de souvenirs en travers de ce qui serait le courant vif d'une mémoire. Chaque poème comme un caillou d'oubli dans le tourment de ne plus être avec ceux qui sont partis : car avec chaque poème la main sait dès les premiers mots venus qu'elle désire écrire un poème autant que penser à quelqu'un qui n'est plus là pour le lire."



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