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(Poezibao hebdo) du samedi 24 février 2018

24 February, by Florence Trocmé[ —]

 

DSC_5204Les douze articles publiés par Poezibao cette semaine, à lire aussi directement sur le site



→ Les notes de lecture de livres d’Emmanuel Moses, Jean Esponde, Aharon Appelfeld, Dominique Quélen, Lionel Richard, Olivier Domerg, par Jean-Marie Perret, Philippe Di Meo, Mireille Gansel, Jean-Pascal Dubost et Alain Lance :
(Note de lecture) Emmanuel Moses, "Dieu est à l’arrêt du tram", par Jean-Marie Perret
(Note de lecture) Jean Esponde, "Le Désert, Rimbaud", par Philippe Di Meo
(Note de lecture) Aharon Appelfeld, "Des jours d’une stupéfiante clarté", par Mireille Gansel
(Brèves de lecture) Dominique Quélen, Lionel Richard, Olivier Domerg

→ Carte blanche à Christian Désagulier et archive sonore, autour de Kenneth White :
Carte blanche) et (Archive sonore) "Kenneth White, un poète-nomade de l'espace-temps", par Christian Désagulier

→ Dans l’anthologie permanente, textes de Claude Mouchard, Franck André Jamme et Gérard Bocholier :
(Anthologie permanente) Claude Mouchard, "Entangled Papers ! Notes"
(Anthologie permanente) Franck André Jamme, "L'Apprenti dans le soleil"
(Anthologie permanente) Gérard Bocholier, "Tisons"

→ Notes sur la création, extraites d’un livre d’Herta Müller  :
(Notes sur la création) Herta Müller, "Tous les chats sautent à leur façon"

→ Archives sonores :
(Archive sonore) Franck André Jamme, Peter Gizzi et Norma Cole

→ Livres reçus cette semaine, notamment JP Honoré, W. Cliff, Christophe Grossi, Haroldo de Campos, Ceija Stojka, Giorgio Manganelli, etc. et la revue Europe, n° Yves Bonnefoy :
(Poezibao a reçu) du samedi 24 février 2018

→ Fiche poète :
(poètes) Franck André Jamme

 


(Poezibao a reçu) du samedi 24 février 2018

24 February, by Florence Trocmé[ —]

 

Europe  n° BonnefoyLes quatorze livres et revues reçus par Poezibao cette semaine :

Jean-Paul Honoré, Comment le Japon est venu à moi, Editions Nous, 2018, 12,00 €
○ William Cliff, Matières fermées, La Table Ronde, 2018, 16,00 €
○ Marco Martella, Un petit monde, un monde parfait, Poesis, 2018, 18,00 €
○ Christophe Grossi, Corderie, L'atelier contemporain, 2018, 25,00 €
○ Julie Gilbert, Tirer des flèches, héros-limite, 2018, 14,00 €
○ Lucien Noullez, Les travaux de la nuit, Editions du Pairy, 2018
○ Seyhmus Dagtekin, Juste un pont sans feu, Le Castor Astral, 2018, 12,00 €
○ Seyhmus Dagtekin, Sortir de l'abîme, manifeste, Le Castor Astral, 2018, 4,00 €
○ Christian Bobin, Le plâtrier siffleur, Poesis, 2018, 5,00 €

Traductions :
○ Haroldo De Campos,
De la raison anthropophage et autres textes, traduit du portugais et préface de Inês Oseki-Dépré, Nous, 2018, 18,00 €
○ Ceija Stojka, Nous vivons cachés, récits d'une Romni à travers le siècle, traduit de l'allemand (Autriche) par Sabine Macher, suivi de deux entretiens et un essai par Karin Berger. Edition enrichie d'un cahier de dix-neuf photographies., Editions Isabelle Sauvage, 2018, 27,00 €
○ Giorgio Manganelli, Salons, traduit de l'italien par Philippe Di Meo,
L'atelier contemporain, 2018, 20,00 €

Revue :
Europe,
n°1067, mars 2018, Yves Bonnefoy, 20,00 €

Musique :
○ Yves Balmer, Thomas Lacôte, Christopher Brent Murray,
Le modèle et l'invention, Messiaen et la technique de l'emprunt, préface de George Benjamin, Symétrie-Recherche, 2018, 65,00 €.

 


(Note de lecture) Aharon Appelfeld, "Des jours d’une stupéfiante clarté", par Mireille Gansel

24 February, by Florence Trocmé[ —]

 

Aharon Appelfeld  des jours d'une stupéfiante clartéDans Histoire d’une vie, il y a cette phrase de Aharon Appelfeld : « la musique est l’âme de toute poésie, de toute prose ». Ce récit, je l’ai lu, je l’ai entendu comme une fugue. Sous le signe de Bach qui accompagne et guide l’errance de cette mère visionnaire et la route de cet enfant-homme. Cette route qui ouvre le livre avec la première phrase : « A la fin de la guerre, Theo décida qu’il ferait seul le chemin de retour jusqu’à sa maison, tout droit et sans faire de détour ». Et qui se poursuivra plus loin bien au-delà de la dernière phrase : « Le peloton entoura Theo et chaque recrue l’embrassa en lui souhaitant bonne route. Puis le commandant lui lança : « Que tes bien-aimés soient toujours avec toi. Marche tout droit, franchis le pont, et tu arriveras chez toi avec la dernière obscurité de la nuit ». Et en lisant ces lignes, on entend, comme en écho, les mots qui terminent Les Partisans* : « Mon commandant, où allons-nous ? - A la maison. - Quelle maison ? - Nous n’avons qu’une maison, dans laquelle nous avons grandi et que nous avons aimée, c’est vers elle que nous retournons. » Le rescapé fut sidéré par la réponse de Félix et un sourire involontaire illumina son visage. »
Oui, ce livre, telle une longue marche dans un pays intérieur. A travers tant de paysages humains où l’arbre et l’eau sont un langage et toutes les clartés du jour et des crépuscules et des saisons. Tant d’espaces désertiques et désolés. Où chaque pas a son poids de beauté, de silence, de lumière. De gestes les plus humbles, de compassion et de réparation, de guérison. En résistance opposée, pas à pas, aux gestes et aux mots de haine, de lâcheté, d’abrutissement. Une marche habitée par l’esprit. Ainsi dans la langue allemande de Buber traduisant les récits du hassidisme et le Baal Chem Tov, ce riche mot de Be-geisterung, à la fois discernement de l’intelligence et force spirituelle au-delà de toutes les appartenances et tous les enfermements. Ferveur et enfance du cœur. Ce livre en est le conte. Son temps a la durée immédiate de ces temps exceptionnels, où les minutes ont valeur de jours, de mois, d’années… Et chaque étincelle d’humanité rencontrée au plus noir de la boue et de la nuit a poids de vie. Et de joie.
Ce livre, je l’ai lu, je l’ai entendu comme une dernière parole comme un testament de Aharon Appelfeld. Justement en ces temps. Où il nous vient de nous quitter. Ce 4 janvier 2018.  

Mireille Gansel

Aharon Appelfeld, Des jours d’une stupéfiante clarté, traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti. Editions de l’Olivier, 2018, 272 p., 20,50€

*Aharon Appelfeld, Les Partisans, éditions de l’Olivier, 2015

 


(Brèves de lecture) Dominique Quélen, Lionel Richard, Olivier Domerg

23 February, by Florence Trocmé[ —]

 

Dominique Quélen  reversDominique Quélen
Revers
Flammarion, 2017
122 p., 16€

Une voix parle en prose, et en phrases courtes, ou très courtes, et sur un rythme effréné et saccadé et s’exclame et s’amuse de son propre discours qui est sans queue ni tête selon les apparences pourtant d’une limpidité très étrange. Musicale et dansante, cette voix adopte un ton familier mais avec finesse et légèreté, s’adresse de façon complice au lecteur et à elle-même. L’oiseau est le motif qui court (ou vole) dans ces poèmes régis par une contrainte indécelable et tirés et liés par un fil conducteur invisible et serrés en blocs de prose composés de 11 ou 12 lignes qui ressemblent à une cage dans laquelle le poète enferme son chant pour qu’il ne soit d’envolée lyrique, parce qu’il est en proie à un enthousiasme, perceptible et à contenir pour que ça ne déborde pas. Le poème devient alors une mécanique de voix et crée sa propre liberté dans un espace restreint ; « une forme libre est fixe et cherche la fixité où on se libère » ; la « prose à définir » devient un bloc de voix qui s’amplifie au fur et à mesure du livre.

Jean-Pascal Dubost

///

Lionel Richard  débris sur le rivageLionel Richard
Débris sur le rivage,
Illustration de couverture par Ordmüd.
Éditions Pétra, 2018, 164 p., 10€

Ce livre conclut une trilogie, après Marchandise non dédouanée (2002), et Terrain de manœuvre (2008). Comme les précédents, il combine poèmes et passages narratifs en prose, où cette fois un personnage imaginaire, Abel Zéfirin, notre contemporain, nous raconte – et se raconte – des histoires. Les poèmes, d’une tonalité souvent sarcastique et sombre, font écho à notre univers guère réjouissant, comme celui intitulé rayon nouveautés :
 
Même les serrures des harems
Et les ceintures de chasteté
En stock dans les ferblanteries
Ne portent plus en poinçons de garantie
Les arrière-boutiques des bazars

Comme tout le reste du toc
MADE IN THE WORLD est la marque de fabrique
De new york à vladivostok
 
C’est une voix singulière dans la poésie contemporaine. Dans le texte qui concluait Terrain de manœuvres, Lionel Richard écrivait d’ailleurs déjà : « je me sens décalé par rapport aux feux d’artifice et aux palmarès fumigènes des manifestations publiques actuelles prétendument de poésie. »
Lionel Richard commença d’abord, il y a six décennies, à publier des poèmes. Je me souviens de son livre Le Bois et la cendre, en 1959, qui lui valut le Prix Coaraze. Nous nous rencontrâmes alors autour de la revue action poétique. Par la suite il se consacra surtout à ses recherches sur la culture allemande, avec des ouvrages comme une anthologie des expressionnistes allemands, ou D’une apocalypse à l’autre, Le nazisme et la culture, et bien d’autres livres qui font désormais autorité. Sans oublier l’essai plus récent, Malheureux le pays qui a besoin d’un héros – la fabrication d’Adolf Hitler (2014). Et rappelons que c’est lui qui fit découvrir aux lecteurs français la poète Nelly Sachs, en la traduisant (Brasier d’énigmes (Maurice Nadeau, 1967). Et dans les années quatre-vingt il intervenait régulièrement au Panorama de France culture, heureux temps où cette émission était consacrée, une fois par semaine, à la poésie…
Ce nouveau livre permet donc de constater que l’essayiste et traducteur réputé n’a heureusement pas abandonné la poésie.
 
Alain Lance

///

Olivier Domerg  La Sainte Victoire de trois quarts
Olivier Domerg
La Sainte-Victoire de trois-quarts
La Lettre Volée, 2018
128 p., 18€

Olivier Domerg est un décrivant qui fait bouger les montagnes, et s’animer les paysages. Par la force d’une pensée observatrice et extérieure, d’une prise en charge du texte à l’infinitif distant ou d’un « tu » générique, il objectifie pongiennement la montagne (Sainte-Victoire) (ou le paysage), mais à la notable différence avec le poète des « choses » qu’il pénètre l’objet de son poème, fait ekphrasis intérieure. S’il honnit, et parfois avec virulence, toute expression subjective, sa verve rageuse à l’égard des « paysagistes » de la croûte poétique ou peinturlurante, et son rapport conflictuel à la ferveur lyrique que peut susciter le paysage, la façon indique bien que, questionnant sans relâche ici la montagne (en un triptyque de longue haleine), c’est l’écriture poétique, qu’il questionne, et lui-même, de manière la plus impersonnelle possible, « Tu travailles une forme, la forme Sainte-Victoire », écrit-il. De près comme de loin, interroge la montagne, elle te dira qui tu es.

Jean-Pascal Dubost

 


(Note de lecture) Jean Esponde, "Le Désert, Rimbaud", par Philippe Di Meo

23 February, by Florence Trocmé[ —]

 

Jean Esponde  le désert RimbaudY a-t-il un ou deux Rimbaud ? D’un côté le poète, de l’autre l’aventurier ? La question est ancienne et débattue.
Jean Esponde reprend l’écheveau après deux décennies d’enquêtes minutieuses dans la vaste documentation héritée de la tradition des études rimbaldiennes.
Pour établir son texte, il ne s’est pas borné à lire mais a également choisi de se transporter à Aden, Djibouti et en Éthiopie. Avec Alain Borer, il est le seul à avoir fait le voyage.
Car dans cette dispute tout se joue autour de l’appréciation des activités « sieur Rimbaud se disant négociant ».

L’ouvrage retrace pas à pas les années orientales du poète en  produisant tout à la fois avec aplomb, sensibilité et sobriété une vaste documentation bien maîtrisée.
Inclassable, n’épousant aucun modèle, coulé dans une langue limpide aux associations subtiles, et autres raccourcis riches de sens, le texte de Jean Esponde relève de l’écrit ″impur″. Ne mêle-t-il pas récit des itinéraires du caravanier Rimbaud au sien propre, effectué plus d’un siècle plus tard, archives, impressions personnelles, extraits de correspondances, données ethnographiques, historiques et photographies, parfois rares, des principaux protagonistes ?
Un vaste collage expressif en résulte d’aplats en aplats. Comme d’une toile mêlant temps et lieux, commentaires et documents de toute sorte avec une aisance qui ne laisse pas d’étonner. Aucune lourdeur n’est perceptible dans ces pages. Aucun abaissement du niveau du discours non plus. Un équilibre est atteint entre le circonstanciel et la glose. Écrivain et critique fusionnent dans un style inhabituellement expressif.
La forme de l’organisation du riche matériau à disposition, à l’évidence obtenue par des années d’application assidue, livre à elle seule le point de vue de l’auteur.

Chaque partie – on ne peut véritablement parler de chapitre, la matière étant tout à la fois continue et discontinue comme dans un parchemin métaphoriquement roulé – se trouve précédée, ou même suivie, d’une ou plusieurs citations d’Arthur Rimbaud, pour la plupart tirées d’Une saison en enfer, mais aussi de la correspondance du poète.
La rencontre de la description, du discours critique et de la citation crée alors un court-circuit.
Réitéré tout au long, le procédé assoit sans équivoque le point de vue de l’auteur. Il n’y a qu’un seul et unique Rimbaud. Une continuité entre le prétendu Rimbaud de l’″avant″ (le poète) et celui de l’″après″ (le négociant) ressort des extraits de la Saison sélectionnés par Jean Esponde.  
En l’état, ces rappels constituent une sorte de prédiction, et même d’annotation, par Rimbaud lui-même, de ses errances orientales futures. Il y a donc bel et bien cercle. Unité tout à la fois physique et imaginaire.
Ainsi, dans le texte en lecture, peut-on percevoir l’apposition de l’un à l’autre : du prétendu ″premier Rimbaud″ et du prétendu ″second Rimbaud″.  Il y a apposition plutôt qu’opposition. Comme la prose élégante de l’écrivain-critique (est-ce bien un mot-valise pertinent ? n’est-il pas par trop réducteur ?) s’appose non sans bonheur à celle du Carolopolitain. Nous sommes en présence d’une construction formelle aussi cohérente qu’éloquente.

Philippe Di Meo

Jean Esponde, Le Désert, Rimbaud, Atelier de l’agneau, 2018, 163 p. 17€.

 


(Anthologie permanente) Gérard Bocholier, "Tisons"

23 February, by Florence Trocmé[ —]

 

Gérard Bocholier  TisonsLes Editions de la Coopérative publient Tisons de Gérard Bocholier.






Il doit bien y avoir un fond
Quelque part
A cette souffrance

La fenêtre ne répond rien
Mêmes murs
Et mêmes étoiles

A moins que cette lumière …

/

Dans un coin
Sur sa chaise basse
Elle regarde
Sans rien dire
Avec son air de petite orpheline

Si vieille pourtant
Si lasse

La pitié
De chacun pour l’autre

/

L’aube venue
Fuir l’inconnu
Qui m’interroge
Dans les miroirs
Au bord des larmes

Le fuir
Sans me retourner

/

La train file vers le sud
Nous restons là
Côte à côte

Ta main parfois
Cherche encore
Ma main
Pour lui faire l’aumône

/

Le poème
Que pourrait-il encore
Qu’il n’a déjà en vain
Tenté ?

Saisir un contour invisible
Lâcher ses ailes
Et le regarder se perdre

/

Il suffit de si peu
Retrouver la clairière

Savoir qu’attendait là
Une source perdue

Accueillir son absence
Se serrer dans sa peur

Gérard Bocholier, Tisons, Editions de la Coopérative, 2018, 112 p., 15€,  pp. 58 à 61 et 64/65.

Dans Poezibao
Bio-bibliographie (mise à jour), ext. 1

 


(Archive sonore) Franck André Jamme, Peter Gizzi et Norma Cole

21 February, by Florence Trocmé[ —]

 

Une lecture de Franck André Jamme et Peter Gizzi.
Franck André Jamme lit en français, à partir de 7’, environ, puis il est traduit en anglais par Norma Cole.



Lien de la vidéo, à partir de la lecture de Franck André Jamme

 


(Note de lecture) Emmanuel Moses, "Dieu est à l’arrêt du tram", par Jean-Marie Perret

21 February, by Florence Trocmé[ —]

 

Emmanuel Moses  Dieu est à l'arrêt du tramOn pourrait se demander quel est cet arrêt de tram qu'on voit avant même d'ouvrir le livre d'Emmanuel Moses. S'il se trouve à Paris, à Casablanca, à Jérusalem ou dans quelque autre métropole terrestre, où il est difficile de négliger les transports en commun, avec leurs rencontres, leurs frictions et leurs destins contraires... Et pourquoi Dieu est là, à moins qu'il soit annoncé pour la rame suivante, ou que la précédente l'ait déjà emporté. Car c'est une zone, quelle qu'elle soit, de labeurs et d'emportements. Dieu crée à l'arrêt du tram comme encore entre les stations, comme fait, après lui, le poète. Après lui, car le poète a toujours l'impression d'avoir été précédé dans son poème : ce que l'on convenait d'appeler, naguère, l'"inspiration".

Le poète inspire et expire, comme un tout un chacun. Mais voici qu'il rencontre, à l'arrêt du tram ou ailleurs, un homme ou une femme de large souffle et de forte présence, qui lui en inspire. C'est peut-être un dieu, essayaient les anciens avec subtilité. Ce peut-être aussi un poème ... Le poète a conscience qu'il ne faut pas laisser Dieu sans succession. Il lui propose l'arrêt du tram, mais chacun comprend que c'est une image. L'arrêt ou ailleurs, sur cette ligne qui sera longue, et rapproche ou éloigne d'un verger aux fruits décisifs, d'une maison maternelle ou de la tombe d'un parent. Car la lecture de Dieu peut être légère, mais non frivole. C'est parce qu'il a perçu quelque chose de grave dans l'alléluia du matin ou le harassement du jour que le poète ose parler de Dieu. Et puis ce Dieu qui s'en va pince le cœur : qui après lui tiendra ouvert le Livre ?

Alors on écrit encore, de peur ou d'amusement. Les voyageurs se succèdent à l'arrêt du tram, il n'y a pas Dieu tous les jours. Il n'y en a peut-être jamais eu. Était-ce simplement ce joueur de oud, chantant "l'amour joyeux, pur, infini" ? Ou cet enfant, peur du loup, de la nuit, et disant en son langage : "Mère, sauve-moi / Père, penche-toi vers moi du haut du ciel" ? Ou encore "le grand rebut qui t'entraînera avec lui / Vers le gouffre de la lumière" ?

Dans l'autre partie du livre, le poète quitte le tram et séjourne à Istambul, que le brouillard peut envahir, avec ses automnes "que ne soulage aucun hiver". Un lieu pour éprouver et pour craindre, pour voir et pour rêver  - témoin cette étourdissante villanelle :

Nos cœurs seront réunis par une belle journée d'hiver
Ce sera un vendredi
Les fleurs répandront un parfum de givre
Tu ne m'attendras pas sur le quai de la gare
Ni à notre table du café sous les arbres
Mais nos deux cœurs seront réunis
Je tournerai la clé dans la serrure
Je t'appellerai, seul le silence répondra
Pourtant nos cœurs seront réunis
Entouré de la blancheur du jour
Je m'allongerai alors sur le lit vide
Car nos cœurs seront réunis.


Tantôt triste, tantôt riant, parfois crevant de solitude et d'autres fois la désirant, ainsi va le poème, protégeant le poète d'être blessé par d'autres verbes et d'autres pensées que celles qu'il consent. Dieu est à l’arrêt du tram est un livre simple et fluide, beau dans son équilibre, et qu'on ne cesse de lire quand on l'a fermé.

Dieu est à l'arrêt du tram
Ou peut-être au café
Je l'imagine aussi parfois dans une salle d'attente
Encombrée de revues qu'il feuilletterait
En jetant de temps en temps un œil vers la porte
Pour voir si nous arrivons.


Jean-Marie Perret.

Emmanuel Moses, Dieu est à l’arrêt du tram, Gallimard, 2017, 115 p., 15 €.

 


(Anthologie permanente) Franck André Jamme, "L'Apprenti dans le soleil"

21 February, by Florence Trocmé[ —]

 

Franck André Jamme  L'apprenti dans le soleilLes éditions Isabelle Sauvage publient L’Apprenti dans le soleil de Franck André Jamme







les appels
en forme de spirales
chaque fois un peu éméchées

à la pointe de la langue

l’examen
en toute confiance
des points culminants dans le paysage

la part
délicieusement louche
de tant d’actes

/

la sensation désagréable
que vos oreilles
fonctionnaient de temps à autre
à l’envers

qu’elles ne percevaient plus
que ce qui se passait en vous

l’envie folle
que les songes fussent
presque tous étourdissants

les moments qui glissaient

à peine

manquaient même
de tomber

mais ce n’était pas une raison
pour les rejeter

/

les aiguilles valsant
à notre poignet

les nuits
pleines de style

quand rien
n’y expliquait rien

les fauves de ma rue
soudainement rouges
pour quelques jours

qui sautaient
d’un balcon à l’autre
avec une nonchalance
idéale

/

l’infini délassement
à vivre seul

un peu comme à écrire

la plupart du temps

pas toujours

les grands vases d’étude

qui n’étaient
que des pieds de nez
à l’infamie

les remords

insistants cousins
de la mort

/

l’aubaine
de toucher au but
par surprise

alors qu’au vrai
ce n’était pas vraiment
l’heure prévue

les zébrures qui passaient
d’un œil à l’autre des rapaces
juste avant la chasse
ou les fiançailles

quelques danses
au bon moment :

elles aidaient
à omettre
les blessures

(...)

Franck André Jamme, L’Apprenti dans le soleil, dessins de James HD Brown, éditions Isabelle Sauvage, 2017, 134 p., 17€, pp. 59 à 63. Fiche du livre sur le site des éditions.

Bio-bibliographie de Franck André Jamme (mise à jour ce mercredi 21 février 2018)

Autres extraits dans Poezibao :
extrait 1, extrait 2, extrait 3, ext. 4, ext. 5, ext.6

 


(poètes) Franck André Jamme

21 February, by Florence Trocmé[ —]

 

Franck André JammeFranck André Jamme, né en 1947, a publié une quinzaine de livres de poèmes et de fragments depuis 1981 (chez Fata Morgana, Unes, Virgile, ...), ainsi que de nombreux petits tirages illustrés par James HD Brown, Olivier Debré ou Jan Voss, entre autres. Maître d'œuvre de la Pléiade de René Char en 1983, spécialiste des arts tantriques, bruts et tribaux de l'Inde contemporaine (commissariats pour diverses expositions en France, dont « Magiciens de la Terre » au centre Pompidou, et aux États-Unis), il est aussi traducteur de Lokenath Bhattacharya, Udayan Vajpeyi et de John Ashbery. Six de ses titres ont été traduits et publiés aux États-Unis depuis 2000 (dont La Récitation de l'oubli, par John Ashbery et Au secret — publié aux éditions Isabelle Sauvage en 2010 —, par Norma Cole). Il a aussi collaboré avec des musiciens et comédiens comme Steve Lacy, Claire Renard ou Michael Lonsdale, et avec Les Souffleurs, qui ont monté Au secret en 2011 sous le titre Forêt sensible(reprise en 2016). Franck André Jamme a reçu en 2005 le Grand Prix de poésie de la SGDL pour l'ensemble de son œuvre.
(notice des Editions Isabelle Sauvage)

Extraits de bibliographie
L’Ombre des biens à venir, Thierry Bouchard, 1981.
Absence de résidence et pratique du songe, Granit, 1985.
La Récitation de l’oubli, Fata Morgana, 1986.
Pour les simples, Fata Morgana, 1987.
Bois de lune, Fata Morgana, 1990.
De la multiplication des brèches et des obstacles, Fata Morgana, 1993.
Un Diamant sans étonnement, Unes, 1998.
Encore une attaque silencieuse, Unes, 1999.
L’Avantage de la parole, Unes, 1999.
La récitation de l’oubli, Flammarion 2004
Extraits de la vie du scarabée, Melville, 2004.
De la Distraction
, avec Virgile Novarina, Virgile/Ulysse fin de siècle, 2005
Mantra des réalités invisibles et des doigts troués de la vue, Ragage, 2006
Au secret, collection « pas de côté », éditions Isabelle Sauvage, 2010
L’Apprenti dans le soleil, dessins de James hd Brown, éditions Isabelle Sauvage, 2017
Près d’une cinquantaine de tirages limités, la plupart illustrés par des peintres : Nicolas Alquin, Pierre André Benoit, François Bouillon, James Brown, Francesca Chandon, Marc Couturier, Olivier Debré, Suzan Frecon, Monique Frydman, Madame Ladho, Marcel Miracle, Valérie-Catherine Richez, Raja Babu Sharma, tantriques anonymes, Richard Texier, Jan Voss, Acharya Vyakul, Yang Jiechang, Zao Wou-Ki, Jean Zuber...
Et quelques poèmes musicaux et livrets avec Frank Royon Le Mée, Steve Lacy et Claire Renard – cette dernière pour l’opéra Col Canto, créé en 1995.
Traductions :
Le Danseur de cour, Les Marches du vide, Débris reconstruits, La Danse et Dieu à quatre têtes de Lokenath Bhattacharya (du bengali, avec l’aide de l’auteur, chez Granit et Fata Morgana, entre 1985 et 1993 ; les deux premiers titres repris en 2000 chez Gallimard).
Vie invisible de Udayan Vajpeyi (du hindi, avec l’aide de l’auteur, Cheyne éditeur, 2001).

source de la photo

 


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