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(Carte blanche) à Alain Lance : 'Notre rapport à la langue"

16 October, by Florence Trocmé[ —]

 

En ouverture du colloque franco-allemand "Notre rapport à la langue-Cultures linguistiques en France et en Allemagne : Différences, contacts, passages", qui s'est déroulé à Francfort le 9 octobre dernier, on avait demandé une "déclaration d'amour" à l'autre langue à Gila Lustiger et à Alain Lance. Voici le texte de l'intervention de ce dernier.

Notre rapport à la langue : Cultures linguistiques en France et en Allemagne
par Alain Lance

Lance Alain et RenateEn 1989, quand la France fut pour la première fois l’invitée de la Foire du livre, l’institut français que je dirigeais alors fut à l’initiative de plusieurs manifestations. Je garde un excellent souvenir de notre collaboration avec Peter Weidhaas, qui dirigeait la Foire du livre. Et je pus être efficacement secondé par Micheline Bouchez et par un jeune agrégé, historien que vous connaissez : il s’agit de Pierre Monnet, que je remercie encore pour le travail qu’il effectua et félicite pour son beau parcours intellectuel et professionnel.

Le premier mot allemand entendu dans mon enfance ? Au risque de faire ressurgir un déplorable cliché, je dirais Achtung ! Avec un point d’exclamation. Peut-être sorti de la bouche d’un soldat occupant Paris au début des années quarante, ou repris en écho par ma mère.
Prisonnier de guerre au stalag XII D près de Trèves, mon père avait noué durant sa captivité des relations cordiales avec un soldat du camp, Hermann, un brave homme, cultivateur souabe, et commencé à apprendre l’allemand avec une méthode Assimil.

Lorsque j’ai commencé des études secondaires, mon père avait décidé que j’apprendrais d’abord l’allemand. Parce que, me disait cet autodidacte qui avait dû commencer à travailler à treize ans, c’est une langue de grande culture. Cela me permit par ailleurs de répondre en son nom, chaque Noël, à la carte de vœux envoyée par Hermann. Mon père, même quand il parlait des « chleuhs », se gardait d’imputer à l’ensemble du peuple allemand la responsabilité des crimes nazis.
J’eus de bons professeurs. Dans ces années cinquante, on commençait assez tôt à lire des textes littéraires. Mais lors de mon premier séjour en Allemagne, à seize ans, à Tübingen, si je connaissais par cœur « Die Kapelle », « Heidenröslein » ou « Die Lorelei », j’avais parfois du mal à demander mon chemin à un passant. Un enseignant joua un rôle décisif dans mon éveil à la culture allemande : l’écrivain alsacien Alfred Kern, prix Renaudot 1960, dont le roman Le Clown parut en 1962 en traduction allemande chez Rowohlt.

Chaque été je passais un mois en Allemagne fédérale, chez des correspondants, ou sillonnant le pays en auto-stop et fréquentant les auberges de jeunesse. Commençant des études de langue et littérature allemande à la Sorbonne et politisé par le refus de la guerre d’Algérie, j’eus envie, à l’automne 1962, de découvrir « l’autre Allemagne » et passai deux semestres à Leipzig, fréquentant les cours de la Karl-Marx-Universität, et notamment ceux de Hans Mayer, quelques mois avant son départ pour Tübingen. Comme notre petit groupe français avait notamment Hyperion de Hölderlin au programme de la licence, un jeune enseignant, Günter Mieth, anima pour nous un séminaire sur ce poète. C’est lui qui édita plus tard les œuvres de Hölderlin en quatre volumes.
Ce séjour me fit découvrir la Deutsche Demokratische Republik et… l’accent saxon. Et jamais je n’allai si souvent au concert : à l’opéra, au Gewandhaus ou dans la Thomaskirche.
        
L’écrivain allemand qui comptait surtout pour moi, c’était Brecht, depuis que j’avais assisté, à Paris en 1960, à une représentation de Arturo Ui par le Berliner Ensemble.
Au printemps 1964, je découvris la nouvelle génération de poètes révélée par Stephan Hermlin lors d’une mémorable lecture à l’Académie des arts de Berlin-Est, en décembre 62. Je lus dans Sinn und Form des poèmes de Volker Braun et, quelques mois plus tard, je frappai à sa porte à Leipzig pour lui dire mon envie de les traduire. Je ne mesurais pas les difficultés de la tâche. Mais je pus heureusement entreprendre ce travail lors d’un séjour à Berlin-Est, de novembre 1968 à l’été 1969, ce qui, après deux ans passés en Iran, me replongeait dans la langue allemande, cette fois teintée de l’humour parfois peu amène des Berlinois. Je rencontrai régulièrement Volker pour le questionner, éviter des contre-sens ou découvrir des intertextualités qui m’eussent sinon échappé. En 1970 paraissait donc son premier recueil de poèmes en français, Provocations pour moi et d’autres.

Ce furent des années où l’allemand que j’aimais écouter était souvent chanté : par exemple Gisela May, dans Schweyk :

Nimms von den Pflaumen im Herbste/ Wo reif zum Pflücken sind/ Und haben Furcht vorm mächt’gen Sturm/ und Lust auf’n kleinen Wind …

Lorsque, revenu à Paris, j’ai enseigné l’allemand dans un lycée, cette langue gardait encore une place importante, et je me souviens de l’intérêt manifesté par mes élèves de première (allemand première langue !) quand nous avons étudié ensemble Herr Biedermann und die Brandstifter de Max Frisch ou le film Wir Wunderkinder, avec les savoureuses interventions chantées par Wolfgang Neuss.

C’est l’époque où j’ai rencontré Renate, étudiante de Marburg, venue poursuivre ses études à Paris. Deux ans plus tard, Alfred Kern et Volker Braun furent nos témoins de mariage. D’abord germaniste, Renate travailla au CNRS sur les manuscrits de Heine avant d’inventorier et de cataloguer les manuscrits et la correspondance d’Aragon et de soutenir plus tard une thèse de génétique textuelle sur le poète qui écrivit J’aimais déjà les étrangères quand j’étais un petit enfant…

Sauf lorsque nous étions en Allemagne, chez ses parents ou chez nos amis, Renate et moi parlions ensemble français. Les premières traductions que j’ai publiées (les poèmes de Volker Braun, ou Das Judenauto de Franz Fühmann), je les ai faites seul. Mais une coopération prit naissance quand, alors que je venais d’achever la traduction de Kein Ort. Nirgends, de Christa Wolf, Renate me proposa une relecture commune. Ses remarques pertinentes me permirent de parfaire la version française. Ce fut le début d’une fructueuse écriture de traduction à quatre mains.
Notre fille, Amélia, qui a grandi et fut scolarisée dans les deux pays, me confiait récemment qu’elle trouvait la langue allemande plus belle, peut-être à cause des berceuses que lui chantait Renate lorsqu’elle était petite.

L’allemand, dans son oralité comme dans les œuvres littéraires, demeure pour moi un étranger familier. Chez le poète que je traduis, je vais puiser ce qui me ressemble, tout autant que ce qui me déconcerte. Certaines particularités de ma poésie doivent sans doute quelque chose, par de complexes interactions, à la fréquentation des poètes étrangers, notamment allemands.
Dans notre revue action poétique la poésie allemande a toujours eu une place de choix et je veux saluer ici la mémoire du poète Maurice Regnaut, traducteur de Brecht, Rilke et Enzensberger.

Le recul de l’enseignement de l’allemand en France est préoccupant. Constat amèrement formulé dans un article de la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 12 juillet dernier intitulé : „Die Germanistik ist in Frankreich auf dem Weg zum Orchideenfach!“Et j’enrage d’entendre, même à France-Culture,  parler de Piter Handke ou de Oualter Benjamin !

Ce n’est peut-être pas la « Liebeserklärung » que vous attendiez. Mais puisque Erklärung signifie aussi bien ‘déclaration’ qu’‘explication’ (comme dans KriegsErklärung, titre d’un ensemble de brefs poèmes de Volker Braun avec des photos de la guerre états-unienne au Vietnam), disons que j’ai tenté d’expliquer les origines de (j’hésite à employer le mot amour, aussi imposant qu’un fleuve sibérien !) mon attirance, mon amitié, mon affection durables pour la langue allemande et sa littérature.

Alain Lance

Photo Alain Lance et son épouse Renate Lance-Otterbein.

*Conférence organisée par la Fondation Polytechnique à Francfort, le Commissariat général « Francfort en français » et l'Institut Franco-Allemand de Sciences Historiques et Sociales (IFRA/ SHS) en collaboration avec le Börsenverein des Deutschen Buchhandels et dans le cadre de « Francfort en français

On peut lire le texte de cette conférence en allemand

 

 


(notes sur la création) André Markowicz

16 October, by Florence Trocmé[ —]

 

Markowicz  le soleil« Il m’a fallu une centaine de leçons pour passer mon permis. — Je n’étais pas très assidu, il faut le dire, et, souvent, je n’avais pas le temps, mais quand même… Ç’avait commencé très mal. La première fois que je me suis assis devant le volant, la voiture était garée dans un tournant. J’ai demandé au moniteur : « Comment est-ce qu’on calcule l’angle pour tourner le volant en sortant ? ». Il y a eu un silence à côté de moi. Et puis, le moniteur a dit : « Ah, ouais…. » Et après, il n’a plus rien dit pendant un certain temps.

Je dis ça, parce qu’aujourd’hui j’aime beaucoup conduire. Notre chère voiture est la même depuis 2003, je touche mon bureau, elle roule. Elle ne pourrait pas rouler à Paris, je crois. Je ne m’en plains pas. Je ne vais pas à Paris en voiture. Et donc, elle nous sert là où nous sommes, tranquilles. Je me repose quand je conduis. Je me concentre. Je me répète des poèmes, des chansons. Ce n’est pas que je réfléchis à mon travail, — au contraire, parce que, justement, je me concentre sur la route. Mais ça m’aide à travailler, de me concentrer sur la route.

Et puis, j’en parle souvent au cours de mes rencontres publiques… Dites, qu’est-ce que vous faites quand vous conduisez ? »

NDLR : contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, ce texte a toute sa place dans les Notes sur la création de Poezibao. Il concerne en fait… la traduction, il est signé André Markowicz et on peut le lire, intégralement, ici.

Merci à Laurent Pagnier qui a signalé cette publication à Poezibao.

Illustration, couverture de Le Soleil d'Alexandre. (En Russie, depuis deux cents ans, chaque écrivain, chaque courant, chaque époque peut se retrouver dans Pouchkine, car celui-ci est un miroir, le lieu de la reconnaissance de toute personne de langue maternelle russe. André Markowicz propose dans cet ouvrage de découvrir en quoi la conversation que Pouchkine a établie par textes interposés avec les poètes de sa génération a durablement marqué la littérature et la pensée russes jusqu'à nos jours.)

 

 


(Archive) Ariana Efron, fille de Marina Tsvetaeva

16 October, by Florence Trocmé[ —]

 

Efron AriadnaSi l’œuvre de Marina Tsvetaeva est aujourd’hui reconnue, on le doit au destin et au tempérament exceptionnels de sa fille, Ariadna Efron, seule survivante d’une famille broyée par l’Histoire. Elle sera la première éditrice des poèmes de sa mère. L’émission « Une vie une œuvre » d’Irène Omelianenko était consacrée ce samedi 14 octobre à Ariadna Efron (1912-1975).
Poezibao recommande la lecture de la très belle page consacrée à A. Efron, sur le site de l’émission.
Lien vers l’émission. Durée 58'

 

 


(Note de lecture) Paul de Brancion, "L’Ogre du Vaterland", par Pierre Drogi

16 October, by Florence Trocmé[ —]

 

Brancion  l'ogreL’Ogre du Vaterland fait suite et pendant, chez le même éditeur, à Ma Mor est morte, publié en 2011. Portrait du père après celui de la mère. Et pourtant, L’Ogre du Vaterland ne se lit pas comme un prolongement direct ou comme une dérivation de Ma Mor est morte. Le rapport entre ces deux livres est plus complexe et la façon dont ils se complètent ou se répondent, en présentant séparément les deux éléments d’un couple, n’empêche pas que nous ayons affaire à deux ouvrages d’une nature différente.
La temporalité de ces deux livres (la façon dont ils appellent la lecture, d’un trait ou en plusieurs étapes), leur organisation matérielle, leur dispositif, la façon dont est posée la voix, leur objet même pour ainsi dire, diffèrent.
Si le premier pouvait se lire paradoxalement comme un exercice de compassion, à travers même l’expression réitérée de la haine (d’un amour-haine déchiré et hésitant), celui-ci constituerait plutôt un exercice de rébellion, l’expression d’une lutte sans merci pour l’existence, pour rester soi, non aliéné, face au bloc énigmatique et clos de haine, d’indifférence meurtrière ou de négation qu’on identifie comme adversaire et qu’on affronte. Le livre se conclut d’ailleurs par l’expression d’une sorte de victoire, la réaffirmation d’une résistance obstinée que l’adversaire n’est pas parvenu à vaincre.

Le livre est scandé en trois parties. L’une enlevée, jubilatoire, excessive, assumant pleinement l’hyperbole ; la fiction y emporte le tout. Deux plus sèches et factuelles, dégagés au couteau (avec du sang sur la clef). Le livre en ressort plus heurté, plus tranchant que le précédent. Il apparaît surtout plus circonstanciel dans ses deux dernières parties, entrant davantage dans le biographique. Comme s’il y allait aussi avec cela de la peau de son auteur.
On n’y fait plus dialoguer, ou s’opposer, ou fusionner plusieurs idiomes en un seul texte, redoublant ce dernier par son écho « traduit » et clarifié (apaisé, lissé ?) sur la page d’en face : trois langues (anglais, danois, français) aux prises sur la page de gauche, et leur « traduction » ou réduction musicale à une, le français, sur la page de droite. C’est qu’il n’est plus question d’interroger la mère à travers une langue maternelle impossible ou piégée. Ni de trouver proprement les chemins de sa propre langue (d’écrivain, entre autres). Dans L’Ogre du Vaterland le recours, beaucoup plus discret, plus ponctuel, à des mots d’une seule langue étrangère, l’allemand, en regard du français, pointe et durcit le rapport en réduisant le jeu des langues à une opposition binaire. La langue allemande semble désigner à la fois la distance terrifiante où se situe le père (à travers notamment la figure du Roi des Aulnes, à travers aussi ce royaume que constitue le Vaterland) et, en face, le point d’appui unique du « je » qui se dit systématiquement « Ich ». Elle définit ainsi une guerre de positions à laquelle il s’agit de survivre, intact si l’on peut. Une guerre qu’on livre en quelque sorte à l’étranger, sous le masque (ou les mots), ou le casque, d’une autre langue.

La langue en tant que condition de l’expression était affaire de mère, c’est entendu, l’affaire de la mère. Il fallait inventer autre chose (un autre instrument) pour dire cette autre guerre : moins de langage à présent, lorsqu’envisagée sous l’angle du père, que de position et d’identité. Un nouveau dispositif d’ordre mental vient donc remplacer la confrontation et la confusion babélique des langues. On dira le père comme Ogre en se référant aux contes, mettant en écho, subtilement, mais presque mécaniquement ou sèchement aussi (en faisant entendre les frottements entre les deux plans), des citations de contes avec le texte « principal ».
Ces citations diffractent le sens premier ou bien en fournissent un contrepoint ; comme un commentaire moqueur. Et cela grince. La confrontation avec l’univers cruel et revendiqué comme fictif des contes de Perrault fait office de révélateur. L’ironie trace à l’eau forte le portrait d’une solitude enfermée hostilement en elle-même, retranchée, restée jusqu’au bout presque incompréhensible. Comme restent incompréhensibles la solitude des parents du Petit Poucet ou celle de la Barbe Bleue…
Dans un impossible règlement de contes, pour ainsi dire…

Pierre Drogi


Paul de Brancion, L’Ogre du Vaterland, éd. Bruno Doucey, 2017, 120 p., 14,50€.

 

 


(Anthologie permanente) Auxeméry, "Failles / traces"

16 October, by Florence Trocmé[ —]

 

Auxeméry  faillesAuxeméry publie Failles/traces, aux éditions Flammarion. Poezibao propose ici deux poèmes extraits du livre et pour en respecter la mise en page, en faciliter l'impression ou l'enregistrement, les propose au format PDF à ouvrir d'un simple clic sur ce lien.

 

 


(Poezibao hebdo) du samedi 14 octobre 2017

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2017/10/note-de-lecture-jean-fran%C3%A7ois-billeter-par-auxem%C3%A9ry.htmlplay episode download
14 October, by Florence Trocmé[ —]

 

Auxeméry  faillesVoici les  treize articles parus dans Poezibao au cours de la semaine du 9 au 14 octobre 2017.
Toutes les lignes bleues sont des liens, que l’on peut cliquer pour aller directement aux articles concernés, sur le site.

→ Les notes de lecture.
Livres de Laure Gauthier, Gertrud Kolmar, Yves Jouan et Jean Miniac, Jean-François Billeter et Warsan Shire.
Par Florence Trocmé, Véronique Pittolo, Antoine Emaz, Auxeméry, Camille Loivier :

(Note de lecture) Laure Gauthier, "kaspar de pierre", par Florence Trocmé
(Note de lecture) Gertrud Kolmar, "Robespierre", par Véronique Pittolo
(Note de lecture) Yves Jouan – Jean Miniac, "La phrase de notre vie", par Antoine Emaz
(Note de lecture) Jean-François Billeter par Auxeméry
(Note de lecture) Warsan Shire, "Où j’apprends à ma mère à donner naissance", par Camille Loivier

→ Dans l’anthologie permanente.
Extraits de livres récents de Laure Gauthier, Nadine Agostini et Christian Bernard :

(Anthologie permanente) Laure Gauthier, "kaspar de pierre"
(Anthologie permanente) Nadine Agostini, "Histoire d’Io, de Pasiphaé, par conséquent du Minotaure"
(Anthologie permanente) Christian Bernard, "Catelles pour Freundlich"

→ Dans les archives audio et vidéo.
Thomas Hardy, Valérie Rouzeau et Sylvia Plath :

(Archive) Thomas Hardy, une émission de 1962
(Archive) Valérie Rouzeau parle de Sylvia Plath (2009)

→ Agenda et revue de presse :
(agenda et revue de presse) journal du lundi 9 octobre 2017
(agenda et revue de presse) journal du jeudi 12 octobre 2017

→ Les quatorze livres reçus par Poezibao cette semaine, notamment Auxeméry, Boris Wolowiec, Marc Dugardin, Marina Tsvetaeva, Rose Ausländer, etc. :
(Poezibao a reçu) du samedi 14 octobre 2017


On peut aussi signaler cette nouvelle parution du Flotoir, "don et contre-don", autour de Jean-Baptiste Para et la traduction, Santiago Espinosa et les apparences, Jean-François Billeter, Sylvain Tesson, Liliane Giraudon, Ian Bostridge et Schubert, Luciano Berio, Anne Malaprade, Pierre Michon, Joseph Joubert, etc.

 

 


(Poezibao a reçu) du samedi 14 octobre 2017

14 October, by Florence Trocmé[ —]

 

Auxeméry  faillesLes quatorze livres reçus par Poezibao cette semaine :

○ Auxeméry, Failles /traces, Flammarion, 2017, 23€
○ Boris Wolowiec, Gestes, Le Cadran ligné, 2017, 14€
○ François Jacqmin, Traité de la poussière, Le Cadran ligné, 2017, 17€
○ Marc Dugardin, Notes sur le chantier de vivre, Rougerie & Centrifuges, 2017, 13€
○ Charles Dobzynski, Je est un juif, roman, Poésie / Gallimard, 2017
○ Kristelle Loquet, Sous l'obscurité de mon manteau, dessins Jean-Luc Parant, Dernier Télégramme, 2017, 14€
○ Jean Le Boël, et leurs bras frêles tordant le destin, Les Ecrits du Nord/ Éditions Henry, 2017, 10€
○ Alain Freixe, Contre le désert, L'Amourier, 2017, 13,50€
○ Elisabeth Chabuel, La Légende de la belle Justine, éditions-imprévues, 2017, 15€

Traductions : 
○ Marina Tsvetaeva,
Le Charmeur de rats, satire lyrique, en annexe Correspondance 1922-1936, avec Boris Pasternak, extraits, traduit du russe, préfacé et annoté par Éveline Amoursky, édition bilingue, La Barque, 2017, 24€
○ Rose Ausländer, Ich spiele noch - je joue encore, préface Lambert Barthélémy, traduction Alba Chaillou, édition bilingue, Le Bousquet-La Barthe éditions, 2017, 13€
○ Anthologie Le grand 8, Achterbahn, une anthologie de poèmes allemands et français, Französische und deutsche Gedichte, Wallstein, le Castor Astral, 2017, 15€
○ Ko Un, La première personne est triste, anthologie, traduit du coréen par No Mi-Sug et Alain Génétiot, Serge Safran éditeur, 2017, 18,90€

Anthologie :
Poésie naissante, une anthologie contemporaine inédite, textes rassemblés par Mathieu Hilfiger, Le Bateau Fantôme, 2017, 23€

 

 


(Archive) Valérie Rouzeau parle de Sylvia Plath (2009)

13 October, by Florence Trocmé[ —]

 

Rouzeau plathDans l’émission « ça rime à quoi », en 2009, Valérie Rouzeau évoquait Sylvia Plath qu’elle a traduite.
Lien de l’émission, durée 35’
Merci à Jean-Paul Louis-Lambert

On pourra lire aussi de Valérie Rouzeau, Sylvia Plath, un galop infatigable, dans la belle collection Poésie de Jean-Michel Place (illustration de cet article)

 

 


(Note de lecture) Warsan Shire, "Où j’apprends à ma mère à donner naissance", par Camille Loivier

13 October, by Florence Trocmé[ —]

 

Shire_corpusQuand j’ouvre le recueil, je ne m’attends à rien. Je n’ai même pas l’intention de lire, j’ouvre le livre à cause de son titre que je comprends de travers : je donne naissance à ma mère.
La phrase en exergue est troublante de candeur « J’ai la bouche de ma mère et les yeux de mon père ;/sur mon visage ils sont toujours ensemble » Le premier poème, court, de trois vers, est frais et caustique. Ensuite on plonge dans tout autre chose : de sensuel, de violent, de sanguin, – mais de féminin.
C’est bien un autre monde qui nous parle en ces mots, d’autres cultures, d’autres langues, et toujours multiples, métissées, complexes, denses et odorantes. On ne sait pas où l’on est, cela fait appel au fond de soi. Bien sûr, on n’a pas lu la quatrième de couverture, qui nous aurait donné des clefs, des repères. On peut ne pas en vouloir, s’assurer après. On préfère entrer directement dans le vif du sujet, comme Warsan Shire, poétesse somalie et britannique, née en 1988, vivant à Londres, nous invite à la faire, avec une hospitalité étouffante, exubérante.
J’ai en tête des femmes aux robes merveilleuses, drapées, aux bijoux argentés, des odeurs de maïs grillé, de cannelle, de parfums suaves, des dattes sucrées. En lisant des mots, on voit, on entend, on sent, on côtoie des personnes, leurs corps malmenés ou aimés, frottent et froissent joie et douleur ensemble.
Pas de doute, on retient sa respiration comme dans « Le premier baiser de ta mère »:

Elle a si longtemps retenu son souffle qu’elle s’est évanouie

Le sang et le jus de raisin se mêlent. Elle rit, mais pas soi.
La vie familiale est violente, les hommes partent, reviennent, font des enfants qu’ils oublient. Les hommes tapent :
 « comme son père aimait cogner les filles/ en pleine figure »

Dans ces poèmes, on n’excuse pas les coups, on ne les accepte pas au nom de l’amour ou d’un dieu. Ce sont des faits, on ne peut les taire. Mais les jeunes filles se préparent à l’amour qui n’est pas platonique :

Je découvre qu’une fille de la taille d’un petit gémir
habite dans la chambre d’amis. Elle ressemble à qui j’étais à quinze ans
tout en pulpe et piquant.
Elle passe la journée entière dans la chambre
à mesurer ses cuisses.
(Os)

Certes la vie est prosaïque, la chair n’est jamais lasse, ces vers bien charpentés nous emportent et nous offrent leur vitalité. Ils nous regardent droit dans les yeux, sans faillir, et il est difficile de ne pas rougir, quand les mots fouettent le sang et stimulent la pensée.
Le souvenir de guerres lointaines afflue aussi dans les voix de ces en allées, de ces nouvellement installées qui souffrent :

Elle est un bateau de guerre à l’amarrage,
Son corps, un village incendié, une prison
aux grilles ouvertes. Elle refuse que je l’enlace
maintenant, qu’elle en a plus que jamais besoin.

(Ma femme est étrangère et se meurt et ne veut pas être touchée) 

On perçoit dans l’accent des mots un regard de femme sur le monde des hommes et des femmes, ce qui ne veut pas dire que les femmes sont d’une seule voix, mais qu’il y a quelque chose à décrypter dans cette langue là aussi, à côté de laquelle on pourrait passer sans voir.
Le recueil se clôt sur un poème qui le résume dans son interrogation « En amour et en guerre » :

À ma fille je dirai,
« Quand viendront les hommes, tu t’incendieras » 

Invocation mystérieuse, passionnée qui brûle tout le long de ce recueil, où des mots étrangers nous émeuvent parfois comme des Macaanto, langue de Somalie, langue aussi de l’Islam, car la religion est là pour nous adoucir.
Saluons la traduction de Sika Fakambi qui sait si bien donner du rythme à sa langue, si bien la chahuter, elle nous approche si bien du texte original que l’on ne ressent pas le besoin de le lire.

Camille Loivier

Warsan Shire, Où j’apprends à ma mère à donner naissance, traduit de l’anglais par Sika Fakambi, Isabelle Sauvage, 2017, 44 p., 16€

 

 


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