HOME > RSS > BLOGS France > Poezibao

R S S : Poezibao


PageRank : 7 %

VoteRank :
(0 - 0 vote)





tagsTags: , , , , , ,


Français - French

RSS FEED READER



(feuilleton) Cécile Riou, "Phrase unique", 15

9 December, by Florence Trocmé[ —]

 

Lire la présentation de ce feuilleton et les épisodes déjà publiés en cliquant sur ce lien.

(…) c’est le feu du piano qui réchauffe toute la pièce d’inox, inox le pochon, inox le chinois, inox la plaque à desservir, inox la lame du couteau filet de sole, inox le bac à fond plat, inox l’éminceur grand et l’éminceur petit, tu sais que c’est prêt quand le caramel est blond et qu’il sent bon, tu entends voltiger les éclats de nougatine dans le bol du robot, tu n’as pas le temps de contempler la nuit qui s’étend autour ni de compter car cuisiner n’est pas compter, c’est jouer, et « le gras c’est le goût », surenchérit l’inscription sur le haut de la manche de la veste blanche « le beurre provocateur de gout », tu ris aussi devant le risotto aux amandes, oh qu’c’est une bonne odeur, un bel ensemble, virgule dans l’assiette (…)

(…) et toujours pas de point à la ligne, conservez la comme vous pouvez, « on n’a qu’une vie », dit-elle en ciselant le basilic qui embaume, doigts en crochet d’avare (sur une liasse épaisse de billets, (pour ciseler sans faire de sashimis de phalange)), alors que tout dit le contraire sur la paillasse d’inox : l’abondance de crème, de temps, de soin, de sucre, de beurre, d’huile, de bouillon de légumes et pas de Kubor, de temps, de tour et de retour de main, de bain-marie, sur la paillasse d’inox pas de clown triste, de danseuse mélancolique, mais des patates douces « gaufrettes » et la précieuse recette recopiée de la tempura  de sauge, laquelle ne mettra certainement pas le point final à (…)

(…) la phrase, car elle se déroule un peu comme la lanterne magique de Rentilly dans l’installation appelée « Polka dots », le regard se déplace d’un point à un autre, suiveur de lumière effecteur de mémoire, sur des photos inconnues d’inconnus cinématographiques, quotidiens, des visages chronologiquement neutres, sous la photo collée la peau du mur tremble presque sous la rétine le sol tremble presque (ce sont les installations holographiques noir et blanc cette fois, installation sonore et visuelle), lesquelles sont toutes dans le ventre du château disparu, et l’ici l’éclat du miroir jamais n’abolira le paysage, là au moins la tête tourne et vous savez pourquoi, – êtes vous sûr de n’avoir rien oublié ? – « verificate de non aver dimenticato nulla », vous savez déjà que (…)

(…) l’objet du jour est – car dans ce poème du jour, je choisis, par un exercice accru de présence et d’attention au monde, je choisis un objet – le fauteuil de Molière, tavelé, vieilli et sous plexiglas, équipé d’un système de bascule qui en fait, si on le souhaite une chaise longue, pièce de mobilier que jusque là j’associais systématiquement à Tchekhov, et aussi à la sieste – car dans ce poème du jour, je choisis, par un exercice accru de ténacité et d'application au monde, je choisis une odeur ou une matière – ce qui plus que les visages imprimés en camouflage sur les faux bouleaux de Gorki, à la Comédie Française – car dans ce poème du jour, je choisis, par un exercice accru de assiduité et de concentration au monde, je choisis une odeur ou une matière – donne le sentiment heureux et plein du temps qui passe, l’occasion, comme l’écrit la publicité francilienne de « fai[re] la rencontre de votre vie professionnelle », rencontre plus ou moins affriolante pour ce qui concerne les soudeurs, au moins côté fauteuil car on ne sait pas très bien où poser son – car dans ce poème du jour, je choisis, par un exercice accru de ponctualité et de vigilance au monde, je choisis de nommer ce dont je viens de parler, ici le fauteuil et la conscience éclairée du temps qui se promène, principalement, qui se promène– (…)




(Dossier) en hommage à Michel Butor : 6. Adèle Godefroy, "Michel Butor : enseigner à vis(ionn)er juste"

9 December, by Florence Trocmé[ —]

 

Sixième contribution : Adèle Godefroy

Adèle Godefroy est photographe et enseignante. Elle est doctorante et rédige une thèse sur « Enseigner avec l'œuvre de Michel Butor : un art de voir, un art de lire, un art d'écrire. » Il s’agit de « montrer comment son appropriation de l'espace par le biais de l'écriture peut devenir un dispositif pédagogique généralisable pour l'enseignement de la littérature. »
Elle a récemment participé à l’organisation de l’exposition des photographies de Michel Butor au centre Joe Bousquet à Carcassonne (2015-2016).

Pour respecter la mise en page de l'article et en faciliter l'enregistrement ou l'impression, la contribution d’Adèle Godefroy est proposée en fichier PDF à ouvrir d'un simple clic sur ce lien

 


(note de lecture) Ariane Dreyfus, "Le dernier livre des enfants", par Ludovic Degroote

9 December, by Florence Trocmé[ —]

 

DreyfusLa poésie n’a rien à devoir être : elle devient ce qu’elle peut en fonction de la sensibilité et des approches esthétiques de ceux qui l’écrivent, c’est ce qui la maintient dans le champ des possibles et, pour reprendre le mot de Rimbaud, au devenir. En témoigne la variété de son exercice dans l’espace contemporain. En témoigne donc ce nouveau livre d’Ariane Dreyfus. Ce recueil d’une soixantaine de poèmes en vers est articulé autour de cinq parties dont les quatre premières peuvent rappeler le cycle du jour, voire une fin de cycle, de Crépuscule à Avant le soir. Une cinquième, Poèmes pour que l’air passe, constituée de quelques poèmes spatiaux, sous la tutelle de Pierre Garnier, ouvre, c’est le cas de le dire, un autre espace : le trait tremblé des dessins est amusant et touchant, comme s’il montrait par analogie que le poème-texte lui aussi mais en dépit de ses apparences recelait fragilités et tremblé. Enfin, le livre se clôt en « annexe » par un « chantier de poème » (1), Un soir d’été (p. 45), qui dénonce l’excision : on y voit à l’œuvre la construction du texte dans une double orientation : faire tenir poétiquement le poème, l’engager sans ostentation ; ce chantier révèle à quel point écrire peut procéder du calcul, du hasard et de l’intuition, une somme d’accidents en quelque sorte.
Sous l’ambiguïté qu’on peut entendre dans l’adjectif « dernier » (l’ultime / le plus récent), le titre indique la place prépondérante accordée aux enfants ; elle semble de deux ordres : ce qui relève de l’enfance est empreint d’une fragilité et d’une confiance – gagnée par l’amour ou perdue par la violence des adultes – à travers lesquelles on lit en creux que ce qui semble préservé de l’enfance est un indicateur de cette confiance, de paix ; ainsi le recueil est-il traversé de onze poèmes qui se distinguent par leur forme (centrée sur la page) et leur narrativité : ils tracent une sorte de fil rouge où il est question d’enfants d’abord contraints et dépossédés d’eux-mêmes (2). On observe l’autre place accordée aux enfants à travers des citations extraites d’ateliers d’écriture, qui résonnent de façon assez proche de certains poèmes, en valorisant la richesse de l’exercice d’écrire. Ce monde des enfants, qui n’est pas un monde enfantin, est une promesse que le recueil porte à travers l’expérience des personnages qu’on y croise. Ce livre s’attache autant à ce qu’il peut y avoir d’enfance, au sens où il y aurait de la vie à ouvrir et découvrir – y compris pour les adultes – qu’à l’enfance au sens de l’âge.
La poésie d’Ariane Dreyfus, si elle regarde et interroge le monde, passe toujours par de l’humain : que les scènes semblent vécues ou qu’elles fassent référence à des œuvres (3), il est au centre. Dès lors, le lien est un élément dominant, et par la présence permanente du corps se fait le vecteur tangible de ce qui lie, d’abord par le corps et les organes sensoriels – voir et toucher au premier chef –, par les gestes – préserver, entourer, prendre soin – par l’affection ou le désir. Au-delà du corps, par la relation qui vient de l’émotion et du sentiment, qu’il s’agisse de dispositions amoureuses ou de l’amour filial (voire de la relation à l’animal) : nombreux sont les poèmes qui évoquent la protection : d’un parent envers un enfant par exemple, ou de deux amoureux entre eux, cela permet à celui qui est protégé de se révéler, à soi et à ce / ceux qui nous entourent. Epiphanies.
A travers cette protection, on retrouve l’image nécessaire du lien. A contrario, la révolte surgit face à tout ce qui peut l’empêcher ; je pense à ce poème contre l’excision dont la préposition montre le degré d’engagement (poème contre et non sur l’excision) (4), mais aussi à un vers qui refuse ce qui se ferait le motif d’angoisses et d’horreurs, parce que ce n’est pas de l’ordre du lien empirique et vécu : « Le monde respire mieux sans Dieu » (p. 99). Reste donc le réel, rien que le réel qui s’éprouve dans le présent qu’on le vit. D’une certaine manière, le poème semble joindre du disjoint dans ce réel, qu’il s’agisse des êtres humains mais aussi de la nature, de tout ce qui au fond les coupe de leur promesse d’être. La dimension souvent allusive des poèmes, qui appartient à la manière de l’auteur, invite à relier, à travers les espaces blancs qui trouent le texte mais aussi dans l’esprit du lecteur, ces fragments de réalité, à leur donner corps, à se comprendre, face à soi, aux autres, au monde, un peu comme cela peut se faire dans le conte (5), sauf qu’ici il n’y a pas de mystère et de féerie autres que la possibilité d’être mieux à soi quand on est libre et librement à l’autre. La mosaïque des discours narratif et descriptif ancre ces poèmes dans cette réalité discontinue auquel le lien permet de donner du sens– même lorsqu’elle prend sa source dans un livre ou un film - ; on n’est pas dans une poésie abstraite ou même méditative, ce qui n’empêche qu’elle puisse se prolonger dans la réflexion.
La poésie d’Ariane Dreyfus est une célébration de la vie : « Est beau ce qui respire », écrit-elle p. 105. Quand la mort est évoquée, c’est par son refus. Et même si le vers liminaire du livre pourrait sembler tragique – « J’écris parce que je vais disparaître » -, la vie s’affirme aussitôt possible qu’il y a un geste, une attitude, un regard, une attention à l’autre : on peut lire cet infime comme porteur de promesse par la récurrence de l’adverbe « très », mais aussi par quelques éléments discrets (ponctuation par exemple) qui expriment un lyrisme contrôlé, mesuré. La nature elle-même participe à ce désir de vivre et d’aimer ; lorsqu’elle est séparée de ceux qui la traversent, elle semble se donner à qui a des dispositions de s’y révéler, par le corps et les sens, par l’esprit. Ainsi voit-on des éléments de la nature devenir des sujets actifs – à propos de quelqu’un qui trébuche : « l’herbe le reçoit » (p. 82), « Une graminée s’élance, la touche presque au visage » (p. 97). Rien de niais, au contraire, une manière de voir le monde, de l’écrire, de s’y lier par la vie et par l’écriture, dans une espérance qui n’occulte pas ses horreurs (6).

Ludovic Degroote

Ariane Dreyfus,  Le dernier livre des enfants, Flammarion  2016, 180 p., 16 €



1. Exercice déjà pratiqué par exemple dans Iris, c’est votre bleu, Le Castor Astral, 2008. Voir aussi dans Poezibao : Un chantier de poème et un autre chantier de poème
2 On apprend par une note à la fin du recueil (et non du livre, où il y a une autre série de notes bibliographiques) que ces enfants sont repris du roman Un cyclone à la Jamaïque de Richard Hughes, adapté au cinéma dans les années 1960. A travers cette évocation, résonne aussi le monde littéraire et féerique des contes qu’Ariane Dreyfus a souvent évoqué dans ses livres.
3 Cette même note indique qu’un certain nombre de poèmes ont pour source (et donc pour lien) films, photos, romans ou spectacles par exemple, dont la trace est parfois explicite : danse (p. 71 et 89) ou funambules (p. 89). Les prénoms qui apparaissent dans les poèmes proviennent de ces œuvres.
4 Dans son « chantier de poème », l’auteur relie l’excision à la citation d’un commentaire salafiste tout en rappelant que cette mutilation « n’est pourtant liée à aucune religion monothéiste » (p. 153).
5 Vers espacés / isolés et les blancs qui les séparent (autre forme de lien) comme les cailloux du Petit Poucet ?
6 On peut se rappeler par exemple un poème, Rwanda, dans Iris, c’est votre bleu.

 


(Archive) "Marseille Postcards" par Liliane Giraudon et Jean-Jacques Viton

9 December, by Florence Trocmé[ —]

 

Lecture et musique
à l’occasion du FID-Marseille : Marseille Postcards - Liliane Giraudon, Jean-Jacques Viton et François Rossi à la batterie, avec la participation de Paul-Emmanuel Odin

Enregistré à la compagnie, lieu de création, 2 juin 2015

Pour cette soirée, à l’écriture de Liliane et Jean-Jacques va s’ajouter une troisième écriture, celle de François Rossi à la batterie. Le magnétisme hypnotique, sauvage, de ses sons, viendra se frotter aux voix et au silence.

Un texte têtu, mythique, qui s’est déployé sur trois éditions déjà, et qui est pourtant quasiment épuisé -c’est dire sa nécessité- : la première partie est parue en 1981 dans un numéro d’Action Poétique. Puis, il y a eu l’édition Some post cards about C. R.-J. and other cards, en 1983 aux éditions Spectres Familiers. Enfin le matériel fut réédité, développé, transformé pour devenir Marseille Postcards, Le Bleu du Ciel éditions, Coutras, 2006.

document vidéo (youtube) : lien
durée : 59’58’’


(anthologie permanente) Jean-Jacques Viton, "ce nom, il le dira demain au papillon"

9 December, by Florence Trocmé[ —]

 

Jean-Jacques Viton publie cette histoire n’est plus la nôtre mais à qui la voudra aux éditions P.O.L.

II

Sa voix est celle d’un fantôme

j’ai été un peu simpliste comme toujours c’est pénible
tributaire de l’espace page   pas de rapport bien précis
la peur du faux que tout ce qui avait été écrit jusque-là
ne corresponde en rien avec le rythme décidé et donné
étrange cette impression de cahot alors que rien n’était
prévu et arrêté comme tel   ça donne à tout une allure
difficile à décrire   vivant et inerte se ronge   en silence
manière de page morte   autorise tout   début ou liaison
c’est à lignes forcées l’avancée directe qui est le choix
rien ne les retient grelot sonnaille sirène cloche  alerte

/

il bondit comme une couleur bolide rien ne le tient nulle
peur ou presque à terre splendides couleurs teintes celles-
ci de renard celles-là de morio    ce nom il le dira demain
au papillon   il ne les revoit jamais  ni  papillon  ni morio
la jument blanche égarée est revenue  ici  bride pendante
aube fraîche et délicieuse il aimerait ne pas bouger Clara
nous marchons sur du bruit ne sens-tu pas le mouvement
ne t’occupe pas de tes mains  ne pense plus   à ton clavier
commençons une voie nouvelle   rêvons nous sommes en
tournée   ils sont là   et   certains pour la dernière partie

/

le vert de la terre brillera à nouveau    une fin d’averse
n’a rien à faire dans cette affirmation   elle encourage
la sortie reprise   aucune contrariété à peser   il faut ici
imiter l’arbre qui n’en veut jamais à l’oiseau   et voilà
fatigué je tombe à terre comme un sac vide   une série
de dessins sans explication  et je fume un mégot âcre
l’heure n’avait plus d’importance un laurier rose dans
les détritus   longe un ruisseau   une explosion muette
d’un dahlia  c’est très napolitaine elle évite deux chiens
la lumière est dans sa flétrissure  un gâchis de langage.

Jean-Jacques Viton, cette histoire n’est plus la nôtre mais à qui la voudra, éditions P.O.L., 2016, pp. 51 à 53.

Résumé du livre sur le site de l’éditeur où l’on peut également feuilleter quelques pages de l’ouvrage.

Jean-Jacques Viton dans Poezibao :
Bio-bibliographie, extrait 1, extrait 2 et feuilleton P.O.L. Je voulais m’en aller mais je n’ai pas bougé (parution), Hôtel (par F. Trocmé), un article d’Alain Paire, selected sueurs, (par B. Moreau), ext. 4,  Entretien avec JJ Viton par Sandra Raguenet, Catwalk, [note de lecture] Jean-Jacques Viton et La Rochegaussen, "Catwalk", par Anne Malaprade, ext. 5, ext. 6, (revue Sur Zone), n° 27, Jean-Jacques Viton, "Sa voix est celle d'un fantôme"

Voir notamment dans la revue Sur Zone de Poezibao le texte repris ici et une séquence plus longue de cette deuxième partie du livre.


(Dossier) en hommage à Michel Butor : 5. Frédéric-Yves Jeannet, "L'enjeu épistolaire"

7 December, by Florence Trocmé[ —]

 

Cinquième contribution : Frédéric-Yves Jeannet, "L'enjeu épistolaire"

Frédéric-Yves Jeannet a proposé à Poezibao, pour ce dossier en hommage à Michel Butor, la reprise d’un article ancien et inaccessible sur la correspondance entre Georges Perros et Michel Butor, publié pour la première fois dans The New Novel Review, série 5, n°1, en 1998, aux États-Unis, comme compte-rendu de la parution de cette correspondance complète chez Joseph K., en 1996.
Poezibao remercie tout particulièrement les six copistes qui ont bien voulu répondre à son appel pour retranscrire cet article : Renaud Ego, Joël Kerouanton, Nathalie de Courson, Murielle Compère-Demarcy, Hélène Verdier et Ampôl Kassis.
L’auteur, qui les remercie aussi, a finalement souhaité, en relisant cette transcription, y ajouter une coda, vingt ans après.
Pour respecter la mise en page de l'article et en faciliter l'enregistrement ou l'impression, il est proposé en fichier PDF à ouvrir d'un simple clic sur ce lien.

Frédéric-Yves Jeannet quitte la France en 1975 et s'installe au Mexique en 1977, pays dont il adopte la nationalité en 1987. Après avoir enseigné à New York, de 1996 à 2004, et à l'Université Victoria de Wellington, en Nouvelle-Zélande, de 2005 à 2008, il vit désormais à Cuernavaca, au Mexique.
Il est l’auteur d’un ouvrage-clé, De la distance : déambulation, avec Michel Butor, éd. Ubacs, 1990.
Frédéric-Yves Jeannet a publié une lettre à Michel Butor, « deuxième lettre anthume » dans le numéro de la revue Europe consacré à l’écrivain, n° 1049 -1050 – Paul Celan – septembre / octobre 2016
La première "lettre anthume" était parue sur le site Diacritik, en février 2016 et a été reprise par le site, après la mort de Michel Butor.

 


(Archive) "Le Pont Mirabeau" et "Marie", dits par Guillaume Apollinaire

7 December, by Florence Trocmé[ —]

 

Le poète Guillaume Apollinaire (1880-1918) interprète deux de ses poèmes, "Le pont Mirabeau" et "Marie". Enregistrements réalisés entre 1911 et 1914.
Avertissement : bien qu'améliorée, la qualité de cet enregistrement sonore est médiocre, mais audible.
source : INA
document audio
durée : 2’26



(feuilleton) Cécile Riou, "Phrase unique", 14

7 December, by Florence Trocmé[ —]

 


Lire la présentation de ce feuilleton et les épisodes déjà publiés en cliquant sur ce lien.

(…) l’envers et l’endroit seraient de la même étoffe, la même côte droite et la même rayure, ce serait pratique et réversible, si on était faits de tissu cellulaire, si on était de cette étoffe interchangeable, par grâce il n’en est rien car assembler l’envers contre l’envers ne rassemble pas l’endroit au bon endroit, c’est un amas confus de fils, des crottes de bourre dans tous les plis, passepoil, biais, fronces, droit-fil, des diagonales qui marquent et relient les pinces au bout desquelles pend un double fil, ne le coupez pas, ne coupez pas ! c’est là la vie, que vous en semble ?, (…)

(…)  l’envers et l’endroit, on peut dire aussi le gauche et le droit, on peut dire le piano et ses cordes, le bois frappé, l’ivoire frappé sur le piano de la main gauche, vous avez les basses, de la main droite les aigus, supposez maintenant que ce sont des cordes (violon, alto, violoncelle) qui s’accordent de droite et de gauche, alors c’est l’inverse car la main gauche fait les notes, la main droite fait le son –toutes choses également importantes–, et le dos s’arrondit, la fesse se soulève, la jambe tape, le son gonfle, remplit toute l’oreille, chaud, rond, cinglant, et du côté des spectateurs, tout à gauche, tout en bas, le parfum monte des cheveux qui s’étalent sur votre épaule gauche, tandis qu’à votre droite, les doigts se serrent au son des Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach,  vous ne distinguez plus votre droite de votre gauche, toutes choses inégales par ailleurs (…)

(…) comme la carpe inégale d’écailles, comme le lièvre et la tortue d’inégale vitesse, comme le violoncelle et l’alto, d’inégale taille, comme la mélancolie et la tristesse d’inégale morosité, généralités toutes auxquelles on ne saurait toutefois pas rattacher l’attente un peu comique, un peu naïf, de votre panier de saison, de plastique rouge ajouré, garni cette fois encore d’égale manière, de carottes fanes bien fraiches, de bettes pas tant que ça, d’oseille et il en faut, de pommes de terre et il en faut, des rattes qui ne craignent pas les bons chats bons rats, de laitue blonde grosse dormeuse, d’anémones dites sucrines, dont l’œil noir te regarde dans son cerne blanc d’égale intensité d’ouverture corollaire(…)

(…) dont ne dépend pas l’écarquillement d’incompréhension, voire d’hostilité, voire de dénégation ou même pire de déréliction, sentiment auquel le mouton noir se frotte comme asinus asinum fricat, si tu es seul alors réchauffe toi ton fricot toi même, tu ne sais pas qui te tricotera, aussi vrai que la laine ne souffre pas d’être différente, mêlée de brindilles, de suint, de fleurs, de foin, aussi vrai qu’elle a dit, ma voisine de photocopies « aujourd’hui je suis la seule à aimer la pluie » , tricote toi ton pull toi même, tu ne sais pas qui te réchauffera, et pourtant (…)


(note de lecture) Revue "Bébé", n°0, par Yves Boudier

7 December, by Florence Trocmé[ —]

 

Revue BébéDis-moi, c’est quoi la poésie ?

Une question, peut-être « la » question que l’on se pose tous, mais avec cette demande contenue dans les deux premiers mots : « Dis-moi… ». Ce « quoi » qui serait poésie, la poésie, précédé de l’attente d’une réponse adressée à un vis-à-vis familier presque intime dans ce que le « tu » contient implicitement, se décline ici en quatorze propositions, hypothèses, en textes, notes graphiques et/ou poèmes.
Une question du type retour aux sources, redoublée par le lieu même où elle s’énonce : Bébé, nouvelle revue, « la revue que nous avions envie de lire » nous précisent d’emblée Nadine Agostini (Nad) et François Bladier (Blad), autrement nommés Blad&Nad. Bébé car la revue a choisi de ne paraître qu’une fois l’an ?
Quatorze invités donc, parmi des poètes d’aujourd’hui qui pour Blad&Nad « travaillent au renouvellement de la langue et du dire », qui « pensent la poésie et qui contribuent à l’essor, la divulgation, la monstration, la dissémination, le partage de la parole poétique par les actions qu’ils entreprennent ». Adeptes d’une « action poétique », pour reprendre un syntagme-titre bien connu et une fois encore d’une grande pertinence.
Qu’on en juge avec les extraits suivants, dans l’ordre même de cette première livraison :


La poésie nous prend à la gorge.
Elle nous tient par le trou qu’on lui a fiché plein cœur.
La poésie nous meurt / mille fois mieux que nous.
(Edith Azam)

Tout poème fait son (à l’oreille), signe (sur la page) et sens (dans la tête), selon différents dosages. (Jean-Marc Baillieu)

L’expression arts poétiques s’est substituée à poésie, au sens d’une poésie élargie.
Les arts poétiques forment un archipel entre continent langage et continent mémoire.
[Ils sont] une science parlière. (Patrick Beurard-Valdoye)

La poésie c’est un / pli / âge / (un pli à prendre !) / Résumé / Poëme / amen / âgé (Julien Blaine)

Poésie n’est plus ce qu’elle n’est pas encore qu’elle sera. (Jean-Pierre Bobillot)

Le poème n’appartient pas à celui qui l’écrit. Il fabrique son auteur puis l’aide à vivre. (Patrick Dubost)

Séparation d’une langue imposée > partition externe > processus sanglant de dévoration > peut-être excrément > pas la poésie mais du poème > j’en sais rien mais je m’en tape (…)  (Liliane Giraudon)

dans cet obscur-là      la langue œuvre         le poème revient
il entraîne le troupeau            l’aide à s’égarer         maintenant     il va s’écrire
l’enfant s’est tu           l’enfant sait où ses mains      ne doivent se poser     où
la langue doit cesser   (…) laissant ainsi libre le passage
     (Frédérique Guétat-Liviani)

(…)
des vers nous ouvrent la possibilité de l’
inattendre /
une entrée dans le vif vil du sujet /
la commande des lenteurs /
de l’effacement
effarement et des phares
(…)
La poésie sait la poésie c’est ce qui dit
non
aux ivresses de la parole
       (Pierre Le Pillouër)

Quant au poète / Petit coq / Des basses cours littéraires / Que sait-il des mots ? / Est-il vraiment poétologue ?             (Michèle Métail)

Je poserai que la poésie n’est revêtue que d’une armure de papier et a rapport avec la peste.
Et conclurai :
Venant des toujours ailleurs, c’est-à-dire d’ici, le bateau des rats est à quai
la peste arrive toujours à destination.
          (Yvan Mignot)

La poésie a toujours été l’affaire de revenir à ce côté non naturel et juste qu’est cet artifice nommé parole.            (Charles Pennequin)

(…) sur quoi l’œil se laisse sinon aller tout droit latérale-
ment entraîner, rivé, la précision entre parenthèses :
« (dont on n’avait pas à s’occuper) ». – Voilà, voilà
-mais blâme ou définition ? – voilà ce que c’est !
    (Pascal Poyet)

Nadine, François
Depuis plus de trente ans, je cherche la poésie. Elle m’a toujours échappé. C’est ainsi que j’ai trouvé que je n’étais que
cerceur et que la poésie n’est pas un mythe mais une anguille. (Véronique Vassiliou)


Les acteurs de Bébé nous confient qu’ils se sont « réjouis à la lecture de chaque réponse ». Des réponses en écho à celles qui figurent en première page, dialogue entre Nadine et François, « Et si on posait la question à d’autres poètes ? ». Chose faite, et bien faite.

Que ces extraits choisis, (j’en connais la part d’arbitraire, et l’on me pardonnera ces « déchirures », faites comme on prélève un pétale qui dirait la fleur), vous conduisent à découvrir cette nouvelle revue. Qu’ils vous amènent à reprendre la construction d’un puzzle dont vous avez sous les yeux quelques pièces à la forme à chaque fois unique mais dont l’assemblage pourtant fait cohérence et image. Sans oublier qu’un puzzle appelle un recommencement.


Yves Boudier

Revue Bébé, n° 0, novembre 2016, Marseille, 48 pages, 12 €. (Noir et blanc, format cahier 17,3 x 22) ; pour se procurer la revue, écrire à bladenad@laposte.net

 


0 | 10 | 20 | 30










mirPod.com is the best way to tune in to the Web.

Search, discover, enjoy, news, english podcast, radios, webtv, videos. You can find content from the World & USA & UK. Make your own content and share it with your friends.


HOME add podcastADD PODCAST FORUM By Jordi Mir & mirPod since April 2005....
ABOUT US SUPPORT MIRPOD TERMS OF USE BLOG OnlyFamousPeople MIRTWITTER