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(Poezibao Hebdo) du samedi 4 juin 2020

4 July, by Florence Trocmé[ —]


Info poezibao nouveau-page-001Attention : Poezibao, pour ne pas encombrer les boîtes aux lettres pendant l’été, suspend l’envoi hebdomadaire de la lettre d’information.
Une lettre sera toutefois envoyée périodiquement avec les dernières nouveautés sur le site.
Celui-ci sera mis à jour très régulièrement pendant l’été, mises à part quelques courtes pauses.
Reprise de l’envoi hebdomadaire le samedi 12 septembre.

Poezibao sera fermé de ce samedi 4 juillet jusqu’au lundi 13 juillet.


Les articles parus dans Poezibao cette semaine :

Poezibao a eu la tristesse d’apprendre la disparition de Françoise Hàn :
(Disparition) Françoise Hàn

Une étude publiée le jour des 95 ans de Philippe Jaccottet :
(Etude) Un « au-delà » dans l’« en-deçà » : par-delà l’intervalle, un feu immodéré. Relire Philippe Jaccottet, par Stéphane Lambion

Notes de lecture :
(Note de lecture) Hubert Duprat, Miroir du trichoptère, par Jacques Demarcq
(Note de lecture) Laurent Albarracin, Pourquoi ? suivi de Natation, par Marc Wetzel
(Note de lecture) Dominique Fourcade, magdaléniennement, par Alexis Pelletier

Dans l’anthologie permanente
(Anthologie permanente) Florence Pazzottu, J’aime le mot homme et sa distance
(Anthologie permanente) Nathaniel Mackey, School of Udhra, traductions inédites de Jean-René Lassalle
(Anthologie permanente) Cesare Pavese, par Auxeméry
(Anthologie permanente) Anne Houdy, Mes jacques

Trois nouveaux épisodes du feuilleton de Patrice Maltaverne autour des Voyages extraordinaires de Jules Verne
(Feuilleton) Jeunes et vivants, de Patrice Maltaverne, 6/11
(Feuilleton) Jeunes et vivants, de Patrice Maltaverne, 7/11
(Feuilleton) Jeunes et vivants, de Patrice Maltaverne, 8/11

Une bio-bibliographie de poète :
(Poètes) Nathaniel Mackey

Les dix-neuf livres et revues reçus par Poezibao cette semaine :
(Poezibao a reçu) La vitrine poésie du samedi 4 juillet 2020, dix-neuf nouvelles parutions



(Poezibao a reçu) La vitrine poésie du samedi 4 juillet 2020, dix-neuf nouvelles parutions

4 July, by Florence Trocmé[ —]


CV-Exercice-de-la-disparition-Brosseau-325x478Les dix-neuf livres et revues reçus par Poezibao cette semaine :

Laurent Albarracin, L'herbier lunatique, Rougerie, 2020, 12€
Henri Droguet, Grandeur nature, Rehauts, 2020, 16€
Mathieu Brosseau, L'exercice de la disparition, Le Castor Astral, 2020, 10€
Ariane Dreyfus, Sophie ou la vie élastique, Le Castor Astral, 2020, 12€
Christian Bernard, Bougies pour Ida Mett, Walden n press, 2020
Jean-Luc Despax, Un poète n'est le chien de personne, Le Temps des cerises, 2020, 14€
Georges Chich, Quelque chose qui illumine, Jacques André éditeur, 2020, 13€

Renflouer la poesieTraductions :
John Ashbery, Autoportrait dans un miroir convexe, traduit par Pierre Alferi, Olivier Brossard et Marc Chénetier, Joca Seria, 2020, 25€
Charles Bernstein, Renflouer la poésie, traduit par Abigail Lang, Joca Seria, 2020, 18€

Prose :
Sophie Loizeau, Leur nom indien, Rehauts, 2020, 16€
Ilarie Voronca, Journal inédit suivi de Beauté de ce monde, poèmes 1940/46, édition présentée et établie par Petre Raileanu et Christophe Dauphin, deuxième édition revue et augmentée, Les Hommes sans épaules, 2020, 20€
Mireille Calle Grubert, Les comptes du temps, L'archive Claude Simon, Carnets de Tante Mie, préface de Pascal Quignard, Hdiffusion, 2020, 24€

Revues :
L'Ours blanc, n° 25, Dieter Roth, traduit de l'allemand par Vincent Barras, Héros-Limite, 2020, 5€
L'Ours blanc, n° 26, Vincent Broqua, [frais du jour], Héros-Limite, 2020, 5€
Un rectangle quelconque, n°3, mars 2020, poèmes et traductions de John Wieners, Peter Gizzi, Marie de Quatrebarbes, 2020, 5€
Point de chute, n° 0, https://is.gd/QViGpP, 2020, 5€
Traversées, N°95, 2020
Revue Gong, Revue francophone de haïku, n° 68, Association Française de haïku, 2020, 7€
Chroniques poétiques, n° 27, 28, 29 et 30.



(Feuilleton) Jeunes et vivants, de Patrice Maltaverne, 8/11

3 July, by Florence Trocmé[ —]



Le sphinx des glacesEn « hommage » à Ivar Ch'Vavar qui avait publié des textes de lui en 2003 dans sa revue Le Jardin ouvrier et en hommage à Jules Verne (beaucoup lu à la maison par son père), ainsi qu’à la ville d’Amiens,  Patrice Maltaverne a écrit ce texte que Poezibao a découpé en onze épisodes de feuilleton, à paraître sur le site les lundi, mercredi et vendredi.
L’ensemble s’intitule « Jeunes et vivants », comme les héros de Jules Verne ;
- 77 poèmes car Jules Verne a vécu 77 ans, cela recouvre presque tous les voyages extraordinaires (avec les nouvelles d’un volume comptées séparément) ;
- 31 vers par poème car c’est une totalité (le tour d’un mois comme le tour d’une semaine ou d’un monde, pourquoi pas) ;
- les poèmes sont à peu près justifiés, en référence à Ivar Ch’Vavar, mais je n’ai pas voulu qu’ils le soient complètement, la contrainte étant déjà suffisante pour l’écriture ;
- la plupart des poèmes sont inspirés d’un passage des romans ou nouvelles de Jules Verne, il y a même une citation dans chaque poème (non matérialisée), qu’il n’est pas si important de reconnaître.
Patrice Maltaverne anime l’association Le Citron Gare ; revue Traction-brabant, Le Citron gare, ou encore ce blog ou celui-là, dédié aux revues. .

Huitième épisode, poèmes 54 à 60,  à découvrir d'un simple clic sur ce lien.
Les trois derniers épisodes seront publiés à partir du 13 juillet.







(Note de lecture) Dominique Fourcade, magdaléniennement, par Alexis Pelletier

3 July, by Florence Trocmé[ —]

 

Dominique fourcade magdanéliennementIl y a vingt-deux poèmes dans magdaléniennement et cet ensemble creuse la même ouverture au monde par les mots. Cette spécificité fait que l’ouvrage semble être à la fois un recueil et un livre. Il rassemble des poèmes écrits entre 2011 et 2020 et les classe dans un ordre qui n’est pas forcément chronologique. Ceci participe d’une construction de l’ouvrage qui se rapproche du recueil. Et simultanément, le dernier poème – qui donne son titre à l’ouvrage – attire dans son déploiement tous les autres poèmes comme la manifestation d’une même énergie à l’œuvre au fil des pages. Et c’est ce qui fait un livre dont la lecture ne laisse pas d’être bouleversante.
Il y va, tout d’abord, d’un certain lyrisme. Il faut, quand on utilise ce mot, ne pas se laisser prendre au fait que l’époque, qui a tendance à capter le sens et à défaire notre rapport aux mots, a eu la fâcheuse tendance de confondre lyrisme et pathos. Le lyrisme de Fourcade est un chant qui sait que « tout arrive » et qui, jusque dans la mort, travaille et creuse le fait de construire une langue qui n’est jamais séparée du réel : « c’est arrivé dès mon enfance, et s’est répété maintes fois depuis avec le sentiment de terreur : ça c’est l’énormité du battement d’ailes de toutes les forces d’un pigeon qui se jette dans l’air nu, risque inutile et si beau » (p.7). Ces premières lignes du premier poème du livre mettent en évidence une attitude indissociable du poème : elle participe de la manière de s’adresser à l’autre mais aussi du risque et de l’improvisation et, enfin, dans le lyrisme même, d’une disparition du moi, même quand le « je » s’exprime : « toi, ton nom m’a échappé depuis des millénaires et quant à toi, ton nom m’échappera bientôt, mais le nom de l’auteur n’importe pas » (p.8).
L’autre, c’est une manière contemporaine – c’est-à-dire inscrite dans le temps de l’écriture – d’envisager ce qui ne peut se désigner que par l’expression œuvre d’art et qui fait signe aussi bien vers les œuvres, les artistes, les poètes que vers celles et ceux qui les font passer, qui les critiquent, et qui permettent de mieux discerner l’époque.
On comprend alors que le deuxième poème « ioche » soit une sorte d’ode à Maria Alekhina, Ekaterina Samoutsevich, Nadja Tolokonniva, les trois Pussy Riots condamnées par le pouvoir russe : « syllabes investies de l’internement, odeur d’urine, elle-même à goût d’asperge parce qu’on a été obligé d’en ingurgiter d’immondes la veille, voulez-vous de moi dans l’obscurité. » (p.15).
Et discerner l’époque, c’est pour Fourcade être en mesure, dans une sorte d’à-plat, de lier l’engagement féministe à un souvenir des rondeaux de Charles d’Orléans, à un texte d’Elfriede Jelinek ou, dans le temps du livre, à l’exposition du Metropolitan Museum de New York consacrée à « Madame Cézane », en 2014. C’est, bien sûr, le troisième poème « Madame C » : « encore ces instants dont je ne saurais dire la durée parce que tout sentiment de durée s’abolit » (p.17). Il y a une sorte de concentration voire de réduction de l’époque dans les mots pour que ceux-ci puissent se déplier ensuite et saisir le lecteur. On se rappelle d’ailleurs, même s’il n’apparaît pas directement dans magdaléniennement que Fourcade est également indissociable de l’œuvre de Simon Hantaï.
Avec « Madame C », et sans doute à l’aveugle – cette thématique intervient plus tard –, toute l’économie du livre est en place, puisque « Mme C », c’est l’occasion de faire entrer avec « cycladic you » (p.16), la force magdalénienne en même temps qu’une « chanson : / c’est très aimable à toi c’est très vertigineux à toi de poser pour moi sans te balancer / ne sois pas inquiète tu n’es pas mon motif ni toi ni rien / mon motif c’est de travailler un étal de temps-espace / une simultanéité de tous les points, des harmoniques / un inaccent dur / dans ma défaite de chaque jour / une organisation un dispositif je m’affaire ne sois pas désolée » (p.22).
Le poème devient une concentration du temps dans l’instant, en même temps que l’instant accède à un déploiement sans précédent. Et c’est ainsi que « persiennes » évoque « une périssoire de tendresse » (p.24). Ici, avec la périssoire, le complément du nom donne l’impression que quelque chose surgit du passé avec tension et douceur à la fois pour affirmer ensuite que « le grand sujet est la condition féminine » (p.24) qui doit se confronter à ce que Fourcade appelle, dans un raccourci, la « syllabique mélancolie » qui concentre au féminin l’histoire de « nous les dépossédées, les dispersées » (p.29).
Parce que « la volupté d’écrire mène à la mort » (p.24), l’écriture fait face.
Le poème « 7 splash 2015 » accompagne les attentats de Charlie Hebdo, avec « Cézanne Dickinson préhistoire même propagation » (p.31). Et c’est magdaléniennement qu’apparaît l’écriture comme réponse à la sidération. Ainsi « après les attentats », le « je » dépossédé de soi qui écrit les poèmes, a posé « des garrots aux mots en sang » (p.39).
Le poème, qu’il soit écrit pour une occasion précise ou non, touche donc à une sorte d’immémorial que Fourcade affirme dans « en allumant pour tes 80 ans ». Et cet immémorial rejoint la phrase mise en exergue du poème éponyme (p.121) : the best of the old lit. is as modern as the best of the modern. En effet, cette phrase, prise d’une lettre de Lorine Niedecker à Zukofsky, agit un peu comme la matrice de toute l’écriture du livre.
Dans une perspective qui se saisit des œuvres comme ce qui donne à voir avant ou au-delà des mots, le geste de création – Lascaux, la Vénus de Lespugue dans la perspective de Cézanne, de Matisse, de Baudelaire, de Merce Cunningham ou de Pina Bausch et inversement (pour ne citer que quelques références de magdaléniennement) – est ce qui ouvre sans retrait. Voilà ce que la citation de Niedecker fait surgir avec cet aspect déchirant qui est le propre de la poétique de Fourcade : « une déchirure, ce qui s’est déchiré c’est la présence, son effet opère au seul son d’elle-même » (« dances at a gathering », p.78).
Le propre de l’époque – la nôtre, celle qui nous fait contemporaines ou contemporains de magdaléniennement – c’est que cette présence est un abîme qui fait que le poème s’écrit aussi dans le deuil. Le poème « le cap C » écrit « pour John Ashbery / in memoriam » (p.72) le formule ainsi : « le cap C / a été toute la vie merveilleux à passer / aventureux à passer / sans retour à aimer / au-delà on ne sait plus naviguer / obligatoire tel un désir / individuel universel / l’abîme sans quoi on n’est ni un écrivain ni un écureuil » (pp.67-68).
Il y a certes dans ce livre une manière de convoquer le vécu mais il faut toujours la lire dans la tension « individuel universel » où le « je » ne s’expose qu’au prix d’une dépossession de soi. « mets-moi le mors de Nocturne », poème écrit pour un numéro d’Europe sur poésie et chanson, trouve une formulation liée au chant qui pose cette expérience avec force : « dans nos métiers, dans les métiers du lyrisme, nous avons essentiellement à être le son. non pas à utiliser le son comme un outil pour traduire un sentiment ou une idée, mais à être dans le son comme mode de l’être au monde. du dire comme seul mode de l’être. » (pp.93-94).
Fourcade y expose la force lyrique de son poème au regard contemporain de la Vénus de Lespugue. Et le lyrisme consiste alors à « épouser le polémique de toute chanson en même temps que le chansonique du poème. de ce travail dans la paroi du son les adultes ne sauront rien non plus » (pp.96-97).
Ces deux dernières citations permettent en outre de souligner le travail sur la ponctuation, rythmique et respiratoire, pneumatique si l’on peut dire. Le point sonne comme une pause, et l’absence de majuscule – jusque dans le titre – dit que le poème est un toujours-déjà contemporain comme toutes les œuvres qui ont saisi le poète à l’œuvre.
Une autre phrase mise en exergue de l’ultime poème éponyme, après celle de Lorine Niedecker, peut être également considérée comme la matrice a posteriori de magdaléniennement voire de toute l’écriture de Fourcade. C’est une citation de Bataille, dans Le Petit (1943) : « mon père m’ayant conçu aveugle ».
Fourcade l’a légèrement modifiée, lui supprimant la majuscule initiale et ne retenant qu’une partie de la phrase originelle qui est : « Mon père m’ayant conçu aveugle (aveugle absolument), je ne puis m’arracher les yeux comme Œdipe. » (Romans et récits, « Bibliothèque de la pléiade », 2004, p.364). Chez Bataille, c’est notamment une manière de s’inscrire hors du monde chrétien voire de la civilisation occidentale, c’est-à-dire de s’inscrire dans ce que Fourcade nomme « étal d’un monde sans origine » (p.124).
Toute l’œuvre de Fourcade semble procéder du même geste initial. Dans Le ciel pas d’angle, le premier poème affirme : « Enfin hors du monde chrétien, je conjugue le présent, sans refus désormais ni revendication. » (Le ciel pas d’angle, P.O.L, 1983, p.12). Évidemment, tout magdaléniennement fait écho à cela depuis les Vénus cycladiques jusqu’à Merce Cunningham, en passant par Poussin, Cézanne et Rilke. « Orion s’enfonce à grands cris dans la profondeur de la nature en quête de la lumière du soleil, toutes sortes de personnes observent ou participent, tandis que le baigneur de Cézanne est debout seul dans le plan, absorbé dans son être-là, muet et songeur, comme la nature elle-même dans le plan, muette et songeuse, tous deux dans la lumière, mais une lumière morte, une lumière pour la mort. une lumière de face. ce que peint Cézanne, c’est Orion de face, Orion ayant renoncé à n’être pas moderne. Cézanne Rilke Heidegger sont les grands penseurs de la mort hors du monde chrétien. en ce sens, ils sont l’une des trames du monde moderne. » (pp.170-171). Faut-il, ici, rappeler qu’Orion est aveugle ?
Fourcade ainsi versifie le désir comme un renversement permanent qui entraîne de la mort à la vie, par cette manière magdalénienne : « sur toute la surface / le désir / trouve plus honnête / de prévenir / fût ce en une seule syllabe / qu’il est la sentinelle de la mort » (p.179). Angoisse, deuil, anxiété, mort, tout converge dans l’écrit, au risque de ce qui se découvre par le travail des mots. C’est d’ailleurs ce travail qui permet de voir la cohérence de l’écriture de Fourcade presque comme une grande phrase commencée – sans mot – dès avant Le ciel pas d’angle.
Pour preuve : le Centre Pompidou a la bonne idée de faire un nouveau tirage du texte Rêver à trois aubergines, à propos de Matisse. Ce texte avait d’abord été publié en 1974 dans la revue Critique, puis édité par le Centre Pompidou lors de l’exposition Matisse. Paires et séries en 2012. Il reparaît pour l’exposition Matisse, comme un roman. Évoquant les intérieurs symphoniques de Matisse que sont L’Atelier rose, La Famille du peintre, Intérieur aux aubergines et L’Atelier rouge, Fourcade a cette hypothèse qui est celle de toute son écriture : « S’il est vrai que l’on n’est heureux qu’au travail, et au sein du travail, seulement dans les moments où s’enclenche et se maintient le plus fort régime ». magdaléniennement est le livre de cette lancée. Heureux dans ce travail magdalénien qui fait face à une époque d’angoisse.

Alexis Pelletier

Dominique Fourcade, magdaléniennement, P.O.L, 2020, 192 pages, 21€.
Dominique Fourcade, Rêver à trois aubergines, Centre Pompidou, 2020, 48 pages, 10,50€.


Extrait
à partir de Cézanne se configurent des moments modernes antérieurs postérieurs peu importe puisqu’ils s’éclairent les uns les autres en constellation. le moment Beethoven-Hölderlin qui, dans son essence, est le plus cézannien. le moment Donatello. l’instant Cyclades syllabique. l’événementiel Lespugue-Lascaux. en chacun de ces moments se formule le désir lié à la mort. le moment raies fossiles que mon écriture me révèle et qui est celui qui me bouleverse désormais. l’épisode Dickinson-ammonite quasi les mêmes années. et, si peu après, le moment Rilke et la repensée de Cézanne par Matisse. la rencontre avec Cunningham a été d’une grande clarté. chaque moment dans sa chaux dense, dont les cristaux donnent une surface légèrement réfléchissante, étonnamment chaude. j’ai fait toutes ces expériences. s’est élaboré un nuage, ni à moi, ni de moi, une sorte d’écriture-nuage, pour les traverser

c’est l’aube, je croyais être tranquille
surgit
l’arrosage automatique
une tourterelle profite de la surprise pour se faire un pigeon
magdaléniennement, pp.181-182.




(Anthologie permanente) Anne Houdy, Mes jacques

3 July, by Florence Trocmé[ —]


Anne Houdy  mesjacquesAnne Houdy publie Mes Jacques, lettres à Jacques Rebotier aux éditions Harpo &


Jacques, vous vous êtes insupportable. Insupportable. Vous écrivez Contre les bêtes. Vous n'êtes jamais content. Jamais content. Vous êtes contre tout ! Contre vents et marées. Contre chant. Vous êtes contre Ut ! Contre ténor. Contre les lois et contre les Japonais. Vous êtes contre votre gré. Contre ce gris, ce rose. Vous êtes en bleu, envers et contre tous ! Contre le remboursement par la Sécurité Sociale, les contre-indications avec le sport, la contracture du mollet. Jacques, vous êtes contre la gauche. Vous êtes contre le retour au travail. Contre le travail au retour, les contreparties, les petits arrangements, les messes basses. Contre la contrebasse et le contrebasson à l'orchestre. Contre les vents, les bois et le contreplaqué. La contrefaçon, le contre-espionnage. Contre la censure, le Sancerre avec le poisson, le Saumur avec le saumon. La pisciculture, la pêche à contre-courant. Contre les contraventions dans les contre-allées, les contre-avenues, contre les avenants au contrat sans contrepartie. Contre les contrepèteries. Vous êtes contre X ! Vous êtes contrit, contré, vous être contraint, contre deux, contre tous ! Jacques, vous êtes contre moi. Jacques, vous êtes contre moi... tout contre moi... Jacques ? Vous dormez...

/

Des Jacques j'en connais des centaines ! Vous n'êtes pas le premier ! T'es pas tout seul. Par exemple, je connais très bien Jacques Audiberti. Jacques Tardi, Tati, Toubon, tout ça... Attali, t'as pas lu. Toi t'as pas lu au lit Attali. En vrai t'as rien lu. Tu lis que toi. Tu lis que toi. Que toi. Que toi ! Oui c'est vrai, j'ai lu vos livres... Mais faut pas croire que j'ai pris mon pied à chaque fois. Jacques, j'ai découvert un nouvel auteur que j'aime beaucoup. Je tairai son nom pour ne pas vous, te, blesser. J'ai de nouveaux projets d'écriture et vous et tu n'en fais plus partie. En plus, vous n'êtes pas si beau que ça.

/

J'ai perdu ma liberté. Je me lève Jacques, je me pense Jacques, je me coiffe Jacques, je m'habille en Jacques, je pars travailler en Jacques, je suis tous les jours en Jacques, je ne lis que du Rebotier. En réalité je ne cuisine pas beaucoup je préfère manger du Jacques tout fait. C'est un budget. Je mange du Jacques trois fois par jour donc je mange moins de pain, j'ai enlevé le Jacques du matin, je n'en prends qu'un demi le soir, parfois juste une jambe. Je fais ça toute seule quand je rentre, des fois je fais ça la nuit, c'est mieux quand y fait noir.

Quand je rentre le soir, Jacques m'attend sur la table dans sa chemise cartonnée, pas toujours bien ajusté. Je dois le classer, je le plie, je le coupe, je le déplace, je le range sur le bureau, je le jette à la corbeille, je vais à pied à la déchetterie, j'en ai pour la nuit. Souvent je dors sur place.

J'ai vendu mon bureau, je n'ai plus ni tiroirs, ni placards, j'ai vendu toutes les portes pour me faire de l'argent, pour m'acheter du Rebotier. C'est de plus en plus cher. L'autre jour j'en ai vu sur l'étal au marché de la poésie, j'ai rien pris, ce n'était pas frais.

*

Postface de Jacques Rebotier : « J'ai reçu ces pages par courrier. C'est aussi simple, et peu supportable, que cela.
Vous-même, jadis, vous avez jeté un livre à la mer, enclos petite bouteille, espérant avec vagues que ça parvienne à quelqu'un, assez heureux aussi de pouvoir enfin vous en débarrasser. Et bing, boomerang ressac : le truc vous revient, pleine face.
Six ans durant, un flux obstiné de La Poste vous dépose, en six livredéraisons successives, d'autres petits paquets de feuilles. Vous ouvrez : mes jacques. Une Une qui gros-titre votre prénom, anonymé bas de casse, approprié possessif, démultiplié pluriel. (...) »


NDLR : un petit livre jubilatoire, merveilleusement drôle et inventif et qui, mine de rien, va chercher loin dans nos tics et nos tocs, nos emballements, nos allégeances temporaires ou plus profondes, notre dépendance à nos livres, à nos auteurs fétiches : « Jacques Rebotier est une dépendance. C’est une addiction ». Et la postface de Jacques Rebotier joue sa partition, un rien déplacée, un rien décalée : « L’altrofiction vous inventez / greffe d’autrui, demandez !


Anne Houdy, mes jacques, Lettres à Jacques Rebotier, postface de Jacques Rebotier, Harpo &, 2020, 48 p., 13€
Site de Anne Houdy
Site des éditions Harpo &



(Disparition) Françoise Hàn

3 July, by Florence Trocmé[ —]

 


Françoise HanPoezibao a appris hier soir, avec tristesse, de ses enfants Fabrice et Valérie, la disparition ce 1er juillet de Françoise Hàn. Poète et critique littéraire, elle était née en 1928. On peut consulter cette note sur le site de l'éditeur Jacques Brémon (source de la photographie) avec une bonne bibliographie.
On peut lire dans Poezibao :
extrait 1, Un été sans fin (par MC Bancquart), (note de lecture) Françoise Hàn, Ce pli ouvert suivi de Sans fragment de bleu, par Brigitte Gyr


Cérémonie au crématorium du Père Lachaise, 71 rue des Rondeaux 75020 Paris, le lundi 6 juillet à 16h.



(Anthologie permanente) Cesare Pavese, par Auxeméry

1 July, by Florence Trocmé[ —]


PaveseAuxeméry avait proposé une série de poèmes de tous temps et toutes provenances pendant la période du confinement. Quelques propositions seront encore publiées, à raison d'une par semaine environ.

Aujourd'hui Cesare Pavese


On peut ouvrir ce dossier par un simple clic sur ce lien.



(Feuilleton) Jeunes et vivants, de Patrice Maltaverne, 7/11

1 July, by Florence Trocmé[ —]



Ptit bonhommeEn « hommage » à Ivar Ch'Vavar qui avait publié des textes de lui en 2003 dans sa revue Le Jardin ouvrier et en hommage à Jules Verne (beaucoup lu à la maison par son père), ainsi qu’à la ville d’Amiens,  Patrice Maltaverne a écrit ce texte que Poezibao a découpé en onze épisodes de feuilleton, à paraître sur le site les lundi, mercredi et vendredi.
L’ensemble s’intitule « Jeunes et vivants », comme les héros de Jules Verne ;
- 77 poèmes car Jules Verne a vécu 77 ans, cela recouvre presque tous les voyages extraordinaires (avec les nouvelles d’un volume comptées séparément) ;
- 31 vers par poème car c’est une totalité (le tour d’un mois comme le tour d’une semaine ou d’un monde, pourquoi pas) ;
- les poèmes sont à peu près justifiés, en référence à Ivar Ch’Vavar, mais je n’ai pas voulu qu’ils le soient complètement, la contrainte étant déjà suffisante pour l’écriture ;
- la plupart des poèmes sont inspirés d’un passage des romans ou nouvelles de Jules Verne, il y a même une citation dans chaque poème (non matérialisée), qu’il n’est pas si important de reconnaître.
Patrice Maltaverne anime l’association Le Citron Gare ; revue Traction-brabant, Le Citron gare, ou encore ce blog ou celui-là, dédié aux revues. .

Septième épisode, poèmes 46 à 53,  à découvrir en cliquant sur ce lien.





(Note de lecture) Laurent Albarracin, Pourquoi ? suivi de Natation, par Marc Wetzel

1 July, by Florence Trocmé[ —]


Pourquoi-de-laurent-albarracin-1591597842est-ce pour cela qu'elle
(une rose) est le fleuron de l'être ( 54-12)

Il s'agit ici, une nouvelle fois, pour Laurent Albarracin (né en 1970) d'interroger les choses. Les choses, pas les personnes (ce n'est ni interpellation, ni consultation : on ne demande pas une seule fois - sur plus d'un millier de fois - à quiconque son avis ou son pedigree) ; et les choses, pas les actions (ce n'est pas examen des fins et mobiles, pas contrôle de motivations ; il n'y a pas un seul sondage d'initiatives ni expertise d'interventions. C'est d'ailleurs, par souci de clarté, un monde sans autrui : l'auteur, tout au long de son livre, reste aussi seul pour formuler et jauger le monde que Dieu a pu l'être pour le créer et le pourra pour le juger). Bien sûr, questionner les seules choses (négliger les sujets et écarter les actes) est un étrange pari : quels services attendre en retour d'elles ? Le mystère devrait-il en savoir plus long sur lui-même que nous ? Quelle chose est donc le chososcope lui-même ?

pourquoi le mystère semble savoir de lui ce qu'on ne sait de lui (26-2)

la goutte d'eau n'est-elle pas le pas de trop du peu
(34-12)

le mystère n'est-ce pas le rien qui en fait trop
(62-8)

comment elle
(la rose) fait son profit du mystère (76-16)

Il s'agit, deuxièmement, d'interroger ici la nature des choses. On ne recense ni leur âge, ni leur emplacement, ni pour elles-mêmes leurs variations de port, de taille ou de texture. Albarracin est le contraire d'un chroniqueur de la présence, d'un journaliste des aléas ou des tendances lourdes du cosmos. L'auteur n'a pas à choisir d'être métaphysicien, il l'est : la nature de la réalité est son exclusive, constante (et envahissante !) obsession. Et cette "nature" des choses - on le saisit d'entrée - aura bien ici la richesse et l'ambiguïté de toutes ses significations : provenance, assise constitutive, caractère propre, cours ordonné, général et spontané des phénomènes, fondement dispensateur des pouvoirs, limites et correspondances des choses. L'homme est comme ça : sa vigilance est totale ou rien ; il aime et explore pour lui-même le relief intime du cosmos.

est-ce qu'une inquiétude sereine traverse les choses (17-5)

est-ce que le cœur secret des choses n'est pas fait des précautions prises pour le conserver
(58-12)

est-ce que le monde est le monde parce qu'il est à la fois trop grand et trop petit pour lui-même
(60-2)

la rose est-elle le volant de la partie de badminton que se dispute l'univers
(62-11)

D'autant que, troisième point : on convoque ici, pour répondre à la question de leur nature, les choses elles-mêmes. Non pour les cuisiner (sur leur emploi du temps, leur intelligence ou non avec l'ennemi, leurs capitaux et dettes secrets), mais bien pour entrer directement, par cœur de discours et discours du cœur, dans leur cuisine même (dans la sorte d'universalité privée de leur immense atelier) : l'apprêt de leurs ingrédients, les tourments et délices de leur maturation, la conduite de leurs gradients, les courroies de leurs métamorphoses.

pourquoi elle (la rose) est un buisson de moues
pourquoi elle est un ange de tics
pourquoi elle est une forêt de dédains
(52 -7 à 9)

pourquoi le papillon batifole entre deux fleurs sinon parce qu'il est une fleur libre d'aller de fleur en fleur
(59-2)

pourquoi la fleur est un diamant qu'on traverse
(73-13)

pourquoi les fleurs sont les pas de ce qui ne marche pas
(75-9)

Cette autocélébration jubilatoire des choses prend donc partout la forme (provisoirement sceptique, ironiquement naïve) de l'interrogation - d'une armada grandiose d'un gros millier de "quoi" , "comment", "y a-t-il", "jusqu'où", "est-ce que", "faut-il", "à (en, de, sous, sur ...) quel (le)", "pourquoi" -  qui

* annonce tout de suite, honnêtement, la couleur (les questions avouent d'emblée qu'elles seront sans réponse puisqu'elles se présentent, sur soixante-quinze pages serrées, sans point d'interrogation - sinon un seul à la toute-fin, p. 85)
* assume avec un rare courage intellectuel les trois risques inhérents à un tel choix de faire parler les choses par et pour elles-mêmes : la facilité (une chose est par principe un support fixe et identifiable de propriétés ; ainsi la chose est comme munie du travail dont elle résulte, et porteuse de l'information qu'elle garantit. On n'aura donc pas de mal à prélever son sens ou le faire fructifier ailleurs) ; la régression (une chose, c'est un morceau primitif, indéterminé, pré-objectif de réel : son allure de quant-à-soi natif, de jouet primordial perdu, autorise tous les fantasmes); et bien sûr l'animisme (toute chose ayant valeur d'échange, évoquer comme le fait ici l'auteur une sorte d'autogestion du monde par ses choses mêmes, c'est prétendre déchiffrer et révéler leur propre circuit d'échanges, leurs canaux de communication et transmission. Faire dialoguer ainsi les choses, c'est les doter d'appels d'être que nous entendrions pour elles, et de réponses d'être que nous relayerions).
* crache le morceau : les choses témoignent irréfutablement de ce que la nature est poète. Elle produit ce dont elle s'enchante. Elle n'a pas besoin de savoir ce qu'elle est pour se suffire (dans les modalités interrogatives du recueil, on trouve quelques "faut-il", mais aucun "suffit-il" - c'est bien le signe que l'autosuffisance des choses de nature est hors de ... question !). Enfin, la nature persiste par son pouvoir de causer des choses et des propriétés de choses qui la causent en retour : elle s'arrime donc à son propre essor, comme toute inspiration !

Laurent Albarracin chante ainsi l'idée que la nature aime les choses, car ni les événements (la chose, elle, n'a pas besoin d'arriver pour être là !), ni les phénomènes (la chose, elle, n'a pas besoin d'apparaître pour être !), ni les objets ( la chose, elle, n'a pas besoin de l'aval d'un sujet pour se distinguer de lui !) ne pourraient, au contraire des choses (qui seules lui assurent à la fois stabilité, consistance et indépendance), lui permettre de se suffire.
Et c'est chanté, cela, avec une justesse et une profondeur rares, car toutes les formulations retenues par l'auteur montrent comment c'est l'expérience (jamais le pur savoir) qui fixe les qualités, et la parole (jamais la programmation ni le calcul) qui conduit et affine l'expérience.
Dans la familière onomatopée, par exemple, c'est l'expérience directement qui prend la parole :

la fleur n'est-elle son plouf en fleur (43-5)

comment elle
(la rose) fait pschitt en couleurs (53-6)

la goutte d'eau un floc qui aura floculé
(67-9)

pourquoi la fleur est un flop miraculeux
(76-7)

quel pouah délicieux la rose pousse avec des moues
(84-4),

comme dans le néologisme, la parole relance l'expérience :

plutôt que l'être de la rose qui éclot avec la rose, n'est-ce pas la rose qui s'êtrise dans la rose (65-2)

pourquoi la rose est une capsule d'infervescence
(80-5)

Et cette immense litanie de questions (on dirait le croisement de Péguy et J.H. Fabre, ou d'Héraclite et Aragon, ou de Thomas d'Aquin et Saint-François), loin de défier ou différer la vérité, est un mode interrogatif qui ne suspend rien, qui ne dilue rien, ne suspecte rien - mais ouvre, tout à l'inverse, sur les autres modes, affirmant la poésie même du monde que cette inépuisable Interrogation suppose, souhaitant la cohabitation durable des éléments qu'elle relance, ordonnant même (d'un impératif courtois, mais non-négociable) la croissance de soi à soi qu'elle ausculte et enregistre partout et toujours.
La gymnastique ubiquitaire et l'endurance analogique du monde naturel ont rarement été célébrées (et pour tout dire secondées) par une pensée aussi ferme et subtile, une attention à la disponibilité même du monde (et un usinage fin et massif à la fois de cette attention). Quelques exemples magnifiques, sans commentaire :

pourquoi la rivière est la réponse de la berge à la berge (17-9)

pourquoi le cou du cygne s'interroge
(18-4)

quel sabot de quel galop imprime les choses
(24-13)

quel pistil absent dans la mer forme les vagues
(25-8)

est-ce un flocon qui a embouti la rose
(27-5)

pourquoi les horloges sont des horloges sinon parce qu'elles sont des meules qui ne mordent sur rien
(46-10) 

est-ce que le temps qui passe ne s'arrête pas un peu dans les choses qui fuient
(58-11)

est-ce que la rose est le lutrin d'un évangile du rien
(80-13)

Et, courtoisie supérieure, l'auteur s'offre de répondre à cette question d'A. Silesius (pourquoi la rose est sans pourquoi, comment elle fleurit sans autre raison) qui a engendré ici toutes les autres. En trois passages, dont le dernier vient clore le livre :

est-ce que son pourquoi certifie la rose
son sans pourquoi n'est-il son pourquoi
le sans pourquoi de la rose ne renforce-t-il pas la rose dans la rose et dans son pourquoi
le parce qu'elle fleurit fait-il fleurir seulement la rose
ne fait-il pas fleurir aussi le pourquoi de la rose
(42 - 2 à 6)

la rose est-elle la rose parce qu'elle pose une question définitive (...)
comment c'est avec son pourquoi que la rose fleurit
comment c'est avec la manière de son pourquoi qu'elle répond à sa matière
(64 - 3 et 5 à 6)

comment la rose se découvre de chair
avec quel toupet elle se moque de ses raisons en un plumeau de causes
comment la rose évacue son pourquoi dans un soupir de rose ?
 (84-16 et 85)

Tout nous montre donc que le réel, incroyablement, se va :

pourquoi tout est bel et bon en étant soi (45-7)

L'exemplaire intelligence d'un tel auteur ne doit pas décourager, ni sa profondeur nous paraître indiscrète (ce perplexe répertoire général des correspondances possibles dans la nature ne peut, par principe, épuiser le déclic de présence qui anime celui même qui le hante). On a là un grand poète, un très grand, et disons-le carrément, pour une fois le talent n'empêche pas le génie. 


Marc Wetzel

Laurent Albarracin, Pourquoi ? suivi de Natation, Presses Universitaires de Rouen et du Havre, 2020, 110 pages, 13€



(Anthologie permanente) Nathaniel Mackey, School of Udhra, traductions inédites de Jean-René Lassalle

1 July, by Florence Trocmé[ —]


Mackey
Traductions inédites de poèmes de Nathaniel Mackey, extraits de School of Udhra, par Jean-René Lassalle. Voir la présentation du poète et sa bibliographie, en cliquant sur ce lien.

le ventre de Nout…

   le ventre de Nout enflé d’étoiles
corrompu de dieux. Sous
la neuve croissance annuelle de nos
                                                                       paupières
les yeux inéclairés obligés à couler
   viennent arpéger la lumière stellaire,
                                                           caresser
de la nuit la ruisselante
chevelure

Source : Nathaniel Mackey : School of Udhra, City Lights 1993. Traduit de l’anglais (américain) par Jean-René Lassalle.

Nut’s belly…

  
Nut’s belly bloated with stars
corrupt with gods. Beneath
our year’s new growth of
eyelids
unlit eyes kept running
   come strumming the starlight,
stroke
night’s watery
locks

Source : Nathaniel Mackey : School of Udhra, City Lights 1993.

----------------

Le jour numéro trois…

Le jour numéro trois se dispersa en fragments.
   Interminé quatrième… Incommençable cinquième…

   Désirant son retour mais heureux de l’avoir
abandonné, laissé partir en retenant
chaque souffle comme si c’était
      ou devait être le dernier.

   Gospel ré-activé. Vérité de bonhomme-alumette.
Chanté avec criquet coincé dans ma
                                                           gorge.

Langue enfoncée que je suçai chantant au travers
des fissures dans un mur qui s’écroule. Peut-être la
mienne, sinon à quelqu’un d’autre.

                                                                       Enfoncée
   cette  langue gonflée, folle beauté.

Celle de soi-même

Source : Nathaniel Mackey : School of Udhra, City Lights 1993. Traduit de l’anglais (américain) par Jean-René Lassalle.


Day three…

Day three fell away in fragments.
   Unfinished fourth… Unbeginnable fifth…

   Wanting it back but glad one
gave it away, to’ve let go holding
each breath as if it was
   or would be one’s last.

   Warmed-over gospel. Stick-figure truth.
Sang with a cricket caught inside my
throat.

Stuck tongue I sucked singing thru
cracks in a falling wall. Maybe my
own, maybe someone else’s
Stuck
   tongue bloated, foolish beauty.
One’s own

Source : Nathaniel Mackey : School of Udhra, City Lights 1993.

--------------------

Chant de l’Andoumboulou 9

   Récoltai la poussière d’une érodée trace de pas,
et roulai croyant qu’au travers de débris j’entre
     verrais l’avancée de soleils.
   Semé les ruines de ce qui alors viendrait
dont les murs s’effondrent
                                               s’effritent,
   l’air est si fin derviché que le propre
rythme cardiaque
bourdonne…

Bras haut levés d’un funambulisme osirien,
erratique
écluse de lune, béquillon de Legba.
                                                                       Les
   inbalancés danseurs de Toth, larges pupilles
interprétant,
   leur livre : les braises éparpillées
du crépuscule.

   Frais bourgeon de musc immergé dans
l’étoffe sans limites, amarrée
abondance de nuages recueillant
des lacs pour nos
paumes en coupes.     Nos paumes qui préservent,
   leurs eaux boueuses jouxtant
     la racine de l’axe du monde
                                               entrainent
   de notre vaisseau, notre litière les soufflées
graines de sueur…

  Le corps flotte. Les gens de l’ancien temps chantent,
disent qu’est blessée la lumière que mangent les anges,
     longent en leur doux murmure les
rives
de la rivière belle,
Pain de cendre, un lit en
dents
de caïman

Source : Nathaniel Mackey : School of Udhra, City Lights 1993. Traduit de l’anglais (américain) par Jean-René Lassalle.


Song of the Andoumboulou 9

     Took the dust of an eroded footprint,
rolled as if thru dirt I’d
   see the coming forth of suns.
  Sowed ruins of what by then would
whose walls collapse and
crumble,
dervished air so thin one’s
heartbeats
                                    hum…

Uplifted arms of an Osirian ropewalk,
                                                                       erratic
            moonsluice, Legba’s crutch.
                                                           The
  unswung dancers of Thoth, wide-eyed
interpreters,
   their book the loosed embers
   of dusk.

New bud of musk immersed in
     limitless cloth, moored
abundance of clouds collecting
pools our
     palms cupped.       Our palms keep,
their muddied waters near
the root of the world-axis
tug
our boat’s, our bed of sweat’s
blown seeds…

   The body floats. The oldtime people sing,
say hurt is light angels eat,
     come whispering meekly by the
banks
of the beautiful river,
Bread of ash, bed of
caiman’s
teeth

Source : Nathaniel Mackey : School of Udhra, City Lights 1993.




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