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(Note de lecture) Cédric Demangeot, "Un enfer", par Eric Darsan

22 February, by Florence Trocmé[ —]

 

DemangeotRecueil poétique introspectif et sincère, tombeau et terreau, livre des morts et d'émois, d'heures et d'horizons, sombre et lumineux à la fois, Un enfer de Cédric Demangeot, sorti le 18 janvier dans la collection Poésie des éditions Flammarion, prolonge Une inquiétude, paru il y a tout juste quatre ans. En  passeur et passager rompu, le poète et éditeur, peintre et traducteur, nous embarque dans une forme qui se libère progressivement. De l'Obstruction d'origine à La trouée, en passant par D'un désarroi : Lambeau et Dessine-moi un enfer. Quatre saisons en enfer qui se déclinent à travers une dizaine de poèmes pour former la peinture très contemporaine d'une fin du monde qui n'en finit pas de finir. 

« Caisson dégondé

parle peu : heu
reusement parle mal.

Camisole avalée.

Quintal de métal mat
la casse dans le gosier. »

Un enfer. Sans majuscule, sans mot plus haut que l'autre, émerger comme au lendemain d'une cuite, d'une défaite, d'une fêlure. Césure à l'hémistiche, poème pour deux mains, pour un temps –  noire, blanche, noire, noire. Quitter l'uniforme, a[r]b(h)or(r)er la blessure. L'estimer à sa juste mesure. Évaluer la portée, le silence parfois pesant. La rime, pour mieux se demander à quoi bon. Le pas, chassé pour ne pas vers(ifi)er dans le fossé. Le rythme, soupesé ou haletant, qui permet. La (re)découverte de mots omis à l'aller. Relire, relier, respirer peu à peu. Entre les lignes du front, plissées comme pour se rejoindre, se rappeler l'inquiétude originelle. La marche chaotique, organique et métallique coup sur coup – «  Le pharynx du revolver ».

Obstruction d'origine. Qui comprend. Caisson dégondé, corps confisqué, sourcier manchot. Qui masque et dévoile. Cédric Demangeot, que l'on découvre dans ses œuvres. Qui rappelle. Leopoldo María Panero, qu'il traduit en partie, publie aux éditions fissile. Claro et ses versions-méduses d'une même interrogation — Comment rester immobile quand on est en feu ? Décidément, résolument. Qui ellipse, qui diphtongue : ici, il est question de langue, de l'ongle qui rougeoie non de rubis, mais redouble d'effort pour gratter la paroi, s'extraire de la gangue, se sortir de soi, s'enfanter, muer, transmuter, alchimie invisible langue de feu, grégeois contre grégaire, qui (s') insinue puis déferle dans le labyrinthe ouvert.

De peur, d'effroi, reculer, voir la mort en face, passer sans trépasser ni se soustraire à son emprise, se confondre avec elle par déduction — « j'ai décidé de ne pas naître né ». Briser les scellés, sortir de soi, péter un plomb. Caisson dégondé donc, puis corps confisqué par la mère, le père, la mère de sa mère, pour enfin, la guerre, l'Afrique –  blanche, noire, blanche, blanche – l'origine, l'enfance du. So(u)rcier manchot, l'obscurité et l'incomplétude qui se font, se fondent, auxquels il faut. Donner du sens. Rapprocher les lignes des lignes, les noires des noires, les blanches des blanches à nouveau, écrire à demi page le corps jusqu'ici séparé du texte.

« centre se déplace. on ne sait pas

quelle menace invisible

inquiète le cœur. hoquet
d'angoisse. À l'idée de devoir

naître ici – par contre-corps. »

D'un désarroi : Lambeau. Que l'on a vu venir – (dé)filer pour mieux dire – avant de revenir à la semaine treize, en trois temps cette fois. Qui a lieu/donne lieu/à. La perte des sens et leur sollicitation. La sollicitude de l'essence à rameuter le silence et l'obscurité, remparts de dents contre l'appui du dehors, aérien, chirurgical — « répéter : ma tête est un trou. La vie n'a pas de prix. La France est mon pays. » Sauver (ce qui fait) l'âme/l'homme/la femme – mesures de toutes choses, quantité négligeable et tutti quanti – de l'ineffable fardeau. De l'histoire, de la grande et de la petite. De la terreur et de la haine. De l'enfer sur ou sous terre, du temps mort qui sourd, émerge par intermittence, du clair et de l'obscur.

L'espoir d'apercevoir le b(o)ut du tunnel « ou la folie d'aller frôler les trains la nuit, » Ou chacun de ces éléments comme un rappel, un avertissement – « La bête se love (…) on dit que ça lui passera avec l'époque. » Apocalypse joyeuse, désir mortifère d'en finir avec l'hypothèse solipsiste — « j’attends la fin, dit-il, du monde pour y voir clair. La fin — pour voir. » Laisser parler (le texte), s'échapper (les mots). Convoquer à nouveau le métal, le sang, la chair, qui évoquent le Saccage de Quentin Leclerc — « on est fait – on essaie d'être le corps qu'on a : on a du mal : on ». S'enfile La chopine de Schopenhauer, le monde comme volonté quand il ne reste que. L'amer à boire, comme une envie de suicide, comme une consolation — impossible à rassasier, « dit-il en reposant son flingue. »

« — Ne m'appelez pas par mon nom :
mon corps a disparu de sa définition. »

Dessine-moi un enfer. Et, dedans, un ciel de latrines et, par pensée du dos, une dernière fois oui. Trois poèmes à nouveau. La mort, la guerre, les corps — « planque ta peur dans une petite boîte & la boîte dans un trou : ton petit trou garde-souci ». Assailli, acculé, (ren)cogné par la mitraille, « amalgame de limaille & de morceaux noircis » qui rappelle l'horreur de La scie patriotique de Nicole Caligaris, dont acte : « démissionner de la partouze. On a bien lu : du massacre. » Orgie de mots (sic), de maux (sick), de typo, pour contrer le type au, brouiller les pistes, effacer les traces, se mélanger les pinceaux à dessein, trouver d'autres usages, ne pas demeurer indemne, surprendre pour ne pas se laisser idem — « ici on coupe les mains des poètes, on vide la pensée de son sang. »

En attendant la curée. Faire comme si de rien n'était n'est, ne sera. Avancer sans se retourner. Faire face encore une fois, dut-on s'effacer pour cela, tenir tête. A la pollution physique et mentale. Aux maladies de l'âme. Au sacrifice d'Abraham, à l'infanticide christique que subissent toutes les générations — « Dis, papa, dit l'enfant : dessine-moi un mouton qu'on égorge avec ce couteau-là ». Au jeu de Baal des nations. « Imagine, la petite fille vêtue de rouge comme dans un conte fabriqué par des hommes (…) Ton enfer, dis papa, je te le dessinerais demain, quand tu auras mangé ta soupe ». De mémoire, de plasma, de quarks et de gluons. « Il sera toujours temps, dit le bourreau, dit papa » avant.

« et c'est pour cette raison, parce que nos pères, pauvres d'eux
sont réduits à n'avoir jamais entendu parler de leur siècle
que nous avons quelque peine & souci, mes amis
et moi-même, à démêler aujourd'hui ce tas très compliqué
de corps divers – quoiqu'unanimes quant à la mort –
qui nous pend aux loques, aux moignons, s'agrippe
à nos vieilles chemises décolorées d'horreur et de fumée. »

La trouée. La tordue, la tranchée, les poilus, la trachée. S(')e(n) sortir par quelque moyen que ce. Soi(t). La raison du rat vivant est toujours la meilleure face. A la mort à la force des choses – « abécédaire ouvert incontinence du cœur. » Céder la parole. Effacer les heurts, les heures qui tuaient parfois – « On parle beaucoup pour occuper l'espace. » Politique du pot de fer contre le pot de terre, de la terre brûlée, passée par le fer de la lance, de la herse, de l'araire avant ça. Champs lexical séminal où l'instinct de survie est devenu pulsion de mort. Où l'air, (ex-)pulsé lui aussi, manque. Où la tragédie devenue comédie (Brumaire enfumé d'un Marx devenu Groucho, Harpo, Chico, Gummo, Zeppo et Pippo), n'en est pas moins léthale.  

A propos de l'ordure et de l'éclairement. De la main à la main. Qui participent de La trouée. Ne plus faire (esprit de) corps avec. La mémoire et l'oubli. Ne plus chercher le souffle dans. Les silences et les blancs. Leur trouver de nouveaux mots – D'amuïr. Du moins d'inusité, ou si peu. (Se) Concentrer (et) avec soi tout le contenu du dit et du non-dit – « Prière d'interrompre : ici même. » D'insérer. D'a(c) érer. (In) Jonction. Mourir comme l'on naît – « La tête a trouvé la sortie : de l'enfer par le bas ». Non par le siège, non par l'écrit. Et cependant, le réaliser en l'écrivant, en le lisant, en le liant. Donner sens et donner forme au fond. Magie élémentaire, transmutation – « : de la main à la main : » - pour revenir à toute fin « à la forêt, aux amis. »

Regard en arrière. D'Un enfer (2005-2015) à Une inquiétude (1999 - 2012), sorti il y a tout juste quatre ans. Qui en couvrent à eux plus de quinze, dont la moitié se recouvrent pour mieux se renforcer et (re)constituer. Cette somme de sept-cent pages au total, parue chez Flamamarion, dans la collection Poésie. Dont les ouvrages – sous une couverture fragile et végétale, une mise en page claire et aérienne, apanage du genre – dissimulent une menace poétique bien réelle. Une inquiétude Qui se saisit pour l'heure du journal, de l'aphorisme dans une première partie éponyme. Pour, dans une seconde intitulée Morceaux, qui réunit une dizaine de poèmes – Caprices, Observations, Erosions suivi de Degré noir, Ferraille (encore), Grimaces, Desdémone, Amitié des morts, Meute – développer des images qui déclenchent, commandent au réflex(e), photographique et littéraire, thématique et critique. Il y a du corps, toujours. Le bruit et l'odeur de la vie. Et de l'humour, cette fois. Le constat et les coups. D'une violence qui n'est pas un accident, pas la bavure, mais le corps – policier, militaire, institutionnalisé – totalitaire de l'arbitraire. Qui relègue l'humanité – des individus comme de leur somme – dans la marge.

Il y a, avant toute chose, la question. De la conscience faite identité. De l'inaptitude au monde – « Je n'ai pas les moyens de penser ma vie (…) Il me faut des missiles sol-sol/& des démissions. » De l'imaginaire. De la langue – « La langue aujourd'hui n'est qu'ordre, marchandise et mort. » Du paradis perdu. Des saisons – « L'hiver, lire ». De la chimie, du café, des joints, de l'ecstasy, du psilocybe – « Champignon plein de bras. ». Du Saccage, déjà. De la femme. De l'autre. De la peur, de la douleur, du désespoir. De la reproduction sociale. Du sens. De l'impossibilité du nihil. De la mort. De ce qui n'a pas été/sera/ne sera pas développé dans moriturus/en enfer/chez fissile – « Se faire – se réitérer fissile – & faire feu de ça (…) Un titre : Corps confisqué (…) moriturus n'est pas une revue de poésie. moriturus est/quelque chose (ou rien) comme/une brique (réfractaire) du mur de Bartleby.» Comme un mot pour un autre, la traduction de quelque chose, qui (s')échappe à la lecture. La chronique d'un futur révolu, d'un passé à venir, d'une réaction en chaîne. Et le désir toujours. De vivre, par la langue et l'écrit.

Eric Darsan

Cédric Demangeot, Un enfer, Flammarion, collection Poésie, 2017.

quelques extraits du livre dans Poezibao

 

 

 


(notes sur la création) Jacques Dupin, "la poésie telle qu'elle est reçue..."

22 February, by Florence Trocmé[ —]

 

« La poésie telle qu’elle est reçue, ou plutôt éconduite, égarée, perdue de vue, me suffit et me comble. Elle n’est pas et refuse d’être un genre littéraire, un produit culturel, une marchandise éditoriale. Elle est par bonheur déficitaire dans les calculs de marketing. Elle est irrécupérable dans l’ordinateur de la diffusion et la herse médiatique. Elle n’a pas de rayonnement au sens où vous l’entendez car elle a renoncé, depuis le premier jour, à l’éclat public, pour l’irradiation dans le corps obscur, la déflagration invisible et les transmutations souterraines. Elle est écriture vivante, écorchée – ou non-écriture en activité dans le sous-sol de la langue – ou projection du désir et des mots de chaque jour dans le balbutiement du futur. Donc absente du marché. »


Jacques Dupin, Éclisses, 1992, cité in Yves di Manno & Isabelle Garron, Un nouveau monde, Poésies en France 1960-2010, coll. 1001 pages, Flammarion, 2017, p. 139


(Archive) André Breton

22 February, by Florence Trocmé[ —]

 



En 1961, Judith Jasmin s'entretient avec le poète André Breton dans son atelier de Paris. Pour situer les téléspectateurs, la journaliste demande d'entrée de jeu à l'écrivain de lui définir le surréalisme. Celui que ses détracteurs surnomment le « pape du surréalisme » voit ce mouvement comme une « réaction contre le rationalisme et contre le positivisme scientifique ». Pour André Breton, les artistes surréalistes adoptent une attitude libre de tout intérêt esthétique ou moral dans leur production. Ils laissent à l'inconscient une large place dans leur processus de création.
document vidéo, durée 26’27, lien de la vidéo
Merci à Auxeméry

 

 


(anthologie permanente) Thomas Clerc, "le poète est omnistructurel"

22 February, by Florence Trocmé[ —]

 

Thomas Clerc publie Poeasy chez L’Arbalète/Gallimard.


LE POÈTE EST OMNISTRUCTUREL

Le névrosé demande : pourquoi ne m’a-t-on pas invité ?
Le paranoïaque suggère : pourquoi m’a-t-on invité ?
L’hystérique crie : je suis bien invité ?
Et le psychotique lâche : je vais tous vous inviter !


LE PROBLÈME PHILOSOPHIQUE MIEN

Le problème philosophique mien
c’est que j’aime le monde. J’aime
le monde, le bruit du monde, le silence
du monde, les gens du monde et le monde
des gens

Ce qui ne signifie nullement que j’aime
ce monde. Mais alors plus forte
est la contradiction, plus violente est la scène.


LE ROI DES ANIMAUX

Tu vois le lion
c’est le roi des animaux dit le père
à son fils
et ça me dégoûte
au-delà de toute expression
j’y vois régner
le zoo entier
le père inculquant à son fils
comme dans un clip
pour l’assurance-vie
qu’il y a des rois des métaphores
usées comme les eaux moi je n’aime
ni les catachrèses
ni les animaux ni les rois
ni les rois des animaux ni les pères
ni les fils ni les leçons ni
les dessins mille fois
déjà animés.


LE SCRET

Je vais maintenant vous livrer le secret
qui préside à l’agencement global de ce livre
et que personne n’aura l’idée d’aller chercher
au fond d’un livre de poèmes dans un poème
lui-même caché au centre du recueil (une bonne
place pour ne pas se faire remarquer), mais
finalement je préfère attendre encore
quelques années le sceau du scret.


Thomas Clerc, Poeasy, L’arbalète/Gallimard, 2017, 409 p., 24€, pp. 218 et 219.


sur le site de l’éditeur :
Après avoir exploré Le dixième arrondissement de Paris où il habite, et son appartement dans Intérieur, il fallait, pour Thomas Clerc, ouvrir les fenêtres. Poeasy est un appel d’air vers d’autres espaces littéraires, sous la forme du vers libre et du foisonnement. Classés par ordre alphabétique, les 751 poèmes de Poeasy offrent autant de genres – lyrique, politique, narratif, autobiographique, etc. – que de facettes d’un auteur qui se donne ici comme une sorte d’artiste de variétés. Poésie légère en surface, où l’on retrouve les obsessions d’un homme qui remet toujours en jeu sa mise, qui ne réécrit jamais le même livre.

Thomas Clerc est né en 1965. Il a déjà publié, aux Éditions Gallimard, Paris, musée du XXIe siècle : le dixième arrondissement (L’arbalète/Gallimard, 2007), et L’homme qui tua Roland Barthes et autres nouvelles (L’arbalète/Gallimard, 2010), Grand Prix de la nouvelle de l’Académie française, Intérieur (L’arbalète/Gallimard, 2013) et aux éditions Allia, Maurice Sachs, le désœuvré. (2005)

fiche Wikipédia de l’auteur

 

 


(Reportage) Dans l'exposition L'Ineffacé, à L'IMEC, à Caen, par Florence Trocmé

20 February, by Florence Trocmé[ —]

 

L’Ineffacé

109_pongeA l’IMEC, Institut mémoire de l’édition contemporaine, se tient pour encore un grand mois (jusqu'au 2 avril 2017) une superbe exposition, conçue par Jean-Christophe Bailly.

L’IMEC est un très grand centre d’archives, installé non loin de Caen, en Normandie, sur la commune de Saint-Germain-La-Blanche-Herbe, sur le site d’une ancienne abbaye, l’Abbaye d’Ardenne. Fondée au XIIème siècle, restaurée et complétée de bâtiments modernes, elle abrite aujourd’hui une des collections d’archives les plus réputées d’Europe. Dorment ici plus de 600 fonds de créateurs et d’intellectuels contemporains. À titre d’exemples, parmi de très nombreux autres, on peut citer Hélène Bessette, Yves Bonnefoy, Roger Blin, Cornelius Castoriadis, Michel Deguy, Jacques Doucet, Claude Esteban, Jean Genet, Alain Jouffroy, Emmanuel Levinas, Henri Meschonnic, Maurice Roche, Claude Vigée, Kenneth White. Cela pour les auteurs mais il y là aussi des fonds d’éditeur (P.O.L. par exemple), d’institutions ou de revues (Change, Tel Quel, etc…)
On peut accéder à cette liste impressionnante, dont chaque item est cliquable et ouvre sur la fiche du fonds concerné. On apprend ainsi que le fonds Anne-Marie Albiach compte 35 boîtes d’archives.
Poezibao renvoie à cet enregistrement audio du début du très beau texte que Jean-Christophe Bailly donne en tête du catalogue de l’exposition en cours.

Antoine Cardi_Imec_01-2017_expo L'Inefface¦ü_inte¦ürieur_-01L’exposition L’ineffacé
En effet l’IMEC s’est doté d’une nouvelle surface d’exposition La Nef, en transformant un ancien corps de ferme (voir cet article des Carnets de l’IMEC) et va y proposer régulièrement des expositions conçues à partir de ses collections.
Chaque exposition sera confiée à un commissaire différent, à charge pour lui d’inventer un thème et de monter une exposition à partir des archives du centre.
C’est Jean-Christophe Bailly qui a inauguré la formule avec une superbe exposition, sur le thème de L’Ineffacé : « Entre un document de la taille d’une vignette et une surface écrite grande comme une chambre, entre le scénario complet d’un film jamais tourné et le graphique d’un pas de danse, entre une écriture régulière et un buissonnement de ratures, l’exposition L’Ineffacé offre une traversée de la création et de la pensée du XXe siècle, révélée au détour d’une esquisse, d’une empreinte incertaine, d’une ligne qui insiste. »
Ce qu’on découvre là ce sont en effet des esquisses, des brouillons, des carnets, des ébauches de projets, des paperolles et des croquis, tout un monde de papier, reflet du travail de pensée de grands créateurs, écrivains comme Paul Celan, Marguerite Duras, Jean Paulhan, Philippe Lacoue-Labarthe, Hubert Lucot (dont il faut signaler la présence tout à fait exceptionnelle du Grand Graphe), mais aussi hommes de théâtre comme Audiberti ou Bernard-Marie Koltès, chorégraphes comme Dominique Bagouet ou Merce Cunningham, philosophes comme Jacques Derrida ou Emmanuel Levinas
Présentés dans une semi-pénombre, pour des raisons de conservation, mais néanmoins très lisibles, les documents sont distribués par ensemble, introduits par des cartels explicites. C’est que Jean-Christophe Bailly a voulu aussi éditorialiser l’exposition, y provoquer des rencontres, parfois intrigantes. Telle celle qui le fait partir de dessins d’enfants Guyaqui (Amérique du Sud) à des relevés faits par Fernand Deligny, autres enfants, autres dessins, en passant par des petits croquis d’un très vieux monsieur, Philippe Soupault.
Les archives dorment jusqu’à ce qu’on les sorte de leur sommeil, explique Jean-Christophe Bailly dans le texte passionnant du catalogue. Et les réveiller ce n’est pas seulement les tirer de leurs boîtes, au hasard, c’est chercher au travers des rayons et des fonds des chemins, opérer des rapprochements, susciter du nouveau à partir de ces dépôts d’ancien (il faut rappeler que Jean-Christophe Bailly fait partie de ceux qui sont proches des méthodes du grand iconographe allemand, Aby Warburg qu’ils ont remis sur le devant de la scène).

On se promène d’écriture en écriture : ici les petits feuillets vert vif porteurs de la minuscule et si régulière écriture de Philippe Lacoue-Labarthe, là les carnets de Jacques Derrida, ici Audiberti écrivant, faute d’autre papier, sur des chutes de papier peint pris dans le stock de son père, maçon, pendant la guerre, ou le grand carnet de notes sur le Japon de Robert Pinguet ; voici un tapuscrit de Paul Celan avec une tentative de traduction, au crayon, par lui-même, de l’allemand vers le français ; des dessins et fragments de partition d’Erik Satie ; la centaine de tentatives, sur un seul feuillet, recherches de titre pour La Rage de l’expression par Francis Ponge ; un « tas de feuille » de Christophe Tarkos, etc. (liste des auteurs de l’exposition ici)


IMEC-Linefface-couv-225x300Le catalogue
L’exposition est accompagnée d’un livre où sont reproduites toutes les œuvres choisies par Jean-Christophe Bailly.

Ressources
On peut lire ici :
• Un article sur le chantier du nouvel espace d’exposition.
• Un entretien avec Jean-Christophe Bailly (à partir de la page 13)
• Une description du livre-catalogue de l’exposition (à partir de la page 25)

On peut aussi
Ecouter la première page du texte de Jean-Christophe Bailly
Voir une courte intervention de JC Bailly qui présente l’exposition



Illustrations
en haut, le nouvel espace d'exposition, photo © Antoine Cardi
au milieu, Francis Ponge, recherche d'un titre pour La Rage de l'expression, fonds Jean Paulhan, IMEC, photo © M. Quemener
En bas, couverture du livre-catalogue de l'exposition

 

 


(entretien) avec Michel Murat, sur le thème de l'anthologie de poésie

20 February, by Florence Trocmé[ —]

 

La question de l’anthologie de poésie est au centre de l’actualité poétique cette semaine. Avec le lancement de Un nouveau Monde, Poésies en France, 1960-2010, la somme réalisée par Yves di Manno et Isabelle Garron, qui vient de paraître aux éditions Flammarion.*
Cette anthologie sera présentée ce jeudi 23 février, à la Maison de la Poésie de Paris, en présence d’Yves di Manno et d’Isabelle Garron, avec des lectures de la comédienne Sophie Bourel, une soirée animée par Florence Trocmé.

Pour bien cadrer les choses, Poezibao a souhaité en savoir un peu plus sur le principe et l’histoire de l’anthologie. Dans cet esprit a été réalisé un grand entretien avec Michel Murat, professeur à la Sorbonne.
Pour faciliter la lecture, l’enregistrement et l’impression de cet entretien (environ 5 pages), il est proposé en fichier PDF à ouvrir par simple clic sur ce lien.


Antho Flam*Yves di Manno & Isabelle Garron
Un nouveau monde, Poésies en France, 1960-2010
collection Mille&une pages, éditions Flammarion 2017
1525 p., 39€.

 

 

 

 


(notes sur la création) Jean-Christophe Bailly

20 February, by Florence Trocmé[ —]

 

« Même si la tentation est grande de se figurer le langage comme un stock dans lequel on peut puiser sans fin, il faut avoir en permanence à l’esprit cette inventivité qui est sa véritable nature. Il y a là, très vite, une ivresse, et aussi une impatience : ce que la main attrape, ce qu’elle saisit, ce n’est pas tout ce qui est venu ou demandait à venir, ce n’en est que l’affleurement ou la crête, oui l’écriture est comme un doigt qui suivrait cette crête mais qui, même en allant le plus vite et le plus droit possible, saurait qu’elle ne peut qu’abandonner en chemin quantité de bifurcations et de pistes et que, loin de pouvoir tout étreindre, elle ne se serre au fond que sur elle-même, ce qui est simultanément sa gloire et son deuil. » (p. XV)

Jean-Christophe Bailly, L’Ineffacé, in catalogue de l’exposition L’Ineffacé, IMEC, abbaye d’Ardenne, 2016-2017, p. XV.

 

 


(Note de lecture) Mary-Laure Zoss, "Ceux-là qu'on maudit", par Antoine Bertot

20 February, by Florence Trocmé[ —]

 

ZossLe titre, Ceux-là qu'on maudit, interroge : qui sont « ceux-là » et qui inclure ou exclure de ce « on » ? Le recueil participe-t-il, par ses mots, de cette malédiction ou, au contraire, tente-t-il de la conjurer ?

Si l'on doit faire le portrait de ceux-là, disons que la première section (« ceux-là qu'on maudit ») décrit une étrange fratrie d'êtres abîmés, « l'oeil cousu à gros points » (p.17) ou ayant reçu une « beigne au crâne » (p.12) ; des êtres gueulant, « l'un piqué de hargne » (p.22), l'autre frappant  fort pour se venger (« œil pour œil, dix fois plus fort s'il le faut », p.23), tous écorchant la langue, l'articulant comme ils peuvent (« le moindre verbe saisi à la griffe, acculé avant terme à ses consonnes », p.24). De quoi effrayer. Et pourtant, une attention singulière leur est portée. Par eux, une énergie puissante et, certes, ravageuse se manifeste. Ils refusent les « disettes » (p.17) et s'accaparent ce qu'ils trouvent : des « copeaux frais ou retailles de lumière », « l'herbe maigre », un « ciel d'automne », un « champ d'orties » (p.20). Ils récupèrent ainsi ce qui reste de saisissant, de lumineux, de vivace. Ils persistent dans leur mouvement « extravaguant » (p.19), participent à la ruine, mais poursuivent la vie à l'extérieur et en eux-mêmes, quitte à la risquer : « si ça se trouve, c'est la sienne d'âme en premier lieu qu'il finit, à en fouailler tant d'autres comme un sourd, par tailler en pièces » (p.23).  

On retrouve dans la deuxième section (« et du temps jusqu'aux épaules ») des corps meurtris, cette fois, par le temps qui les submerge. Ces « vieux enfants » (p.31) ont le visage en « papier mâché » (p.43) et le corps désarticulé (« sur l'épaule gauche le corps à remettre, puis la droite », p.33). Leur langue est à leur image, proche de disparaître, trouée, hésitante : « une langue devenue grêle à force » (p.34). Mais ainsi, ils incarnent notre propre présence au « désastre » (p.37) : « nous voici nous consumant à ourdir notre ruine, à l'évidence si près de suivre leurs brisées » (p.46). Il faut donc en prendre la « juste mesure » (p.47) et interroger notre manière de les mettre à distance : « une façon de garde-fou la troisième personne qui les verrouille en champ clos, du mauvais côté tenus en respect, dans ce leurre qu'étrangers ils nous restent » (p.44). L'emploi du pronom ils est une affaire de regard. Il vaut sans doute mieux s'approcher pour mieux voir « ce qui envers et contre tout s'obstine » (p.40).

La troisième section (« de droite et de gauche bégayant ») approfondit ces enjeux. Mêmes corps en ruine (« peu de salive, et plus guère de sang dans les doigts », p.58), même langue approximative (« les lettres, tu les arranges pas comme il faut », p.56), et même exclusion (« pas des leurs […], on t'entend pas », p. 52). Mais domine le pronom tu. Il permet à la fois une adresse directe à l'un de ceux-là et à soi-même. Il exprime la reconnaissance d'un monde commun où une exigence est formulée : essayer encore de nommer, d'entendre, de se « cramponner » (p.59) et ainsi perpétuer, au cœur de la « mise à sac » (p.61), « le désir d'un lieu à toute épreuve » (p.60).

En somme, il faut reconnaître le « désastre » comme nôtre, s'obstiner à regarder, en ceux-là, notre égarement pour y vivre, y parler, et, à défaut d'en sortir, en perpétuer autant que possible le « murmure » (pp. 52 et 65), en retrouver les traces anciennes et faire place ainsi, dans toute sa force, à « l'inattendu » (p.65).

Antoine Bertot

Mary-Laure Zoss, Ceux-là qu'on maudit, encres de Jean-Gilles Badaire, Fario, 2016, 64p., 15 €.

 

 


(Archive) Valère Novarina parle de son livre "Voie négative"

20 February, by Florence Trocmé[ —]

 

Valère Novarina présente son livre La Voie Négative, 2017, par Valère Novarina
Document vidéo, 8’42, lien de la vidéo

 




Où Valère Novarina tente de dire de quoi est composé son nouveau livre Voie négative et où il est notamment question des quatre parties du livre: "Écrit dans l'air", "L'acte de la parole", "Niement", "Entrée perpétuelle", de Mallarmé et du Moyen-Âge, de mots et de pensées, à l’occasion de la parution de Voie négative aux éditions P.O.L; à Paris le 6 février 2017
« Un jour de septembre, il y a assez longtemps, après m’être nourri pendant quinze mois du théâtre de Stéphane Mallarmé — théâtre que l’on ouvre de ses mains ; scènes que l’on ressuscite ; lettres à qui nous redonnons vie en les respirant — je lus, dans mes initiales : Voie négative et pensai donner un jour ce titre à un livre… Le voici. Quatre textes, ou plutôt creusements, quatre variations sur une idée fixe.
"Écrit dans l’air", récit d’une rencontre avec huit acteurs venus d’Haïti. "L’acte de la parole", descente dans notre langue jusqu’au latin et parfois bien plus bas. "Niement", suite de notes prises au cours de quatre promenades dans la montagne, "Entrée perpétuelle", version théâtrale, orchestrée (et pythagoricienne ?) du Vivier des noms. »

Lire un extrait de ce livre dans l'anthologie permanente de Poezibao.

 

 


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