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(Poezibao Hebdo) du samedi 28 novembre 2020 : 13 nouveaux articles

28 novembre, par Florence Trocmé[ —]

 


Info poezibao nouveau-page-001Les articles publiés cette semaine dans Poezibao :

Deux nouveaux épisodes du feuilleton autour de Bernard Noël :
(Feuilleton) Quel plaisir avez-vous à lire Bernard Noël ?, 2. Marie Etienne
(Feuilleton) Quel plaisir avez-vous à lire Bernard Noël ?, 3. Sophie Loizeau

Le dernier épisode du feuilleton critique autour de Pierre Vinclair autour de John Ashbery :
(Feuilleton critique), Portrait d’une énigme dans un miroir convexe, "9 et fin. Clack", par Pierre Vinclair

Une carte blanche à Auxeméry et Pierre Vinclair, « Le Pangolin de Confucius » :
(Carte blanche) Auxeméry & Pierre Vinclair : Le Pangolin de Confucius

Autour du centième anniversaire de la naissance de Paul Celan :
(Evènements) Autour du centenaire de la naissance de Paul Celan (23 novembre 1920 - 20 avril 1970)

Dans l’anthologie permanente :
(Anthologie permanente) Philippe Beck, Traité des sirènes suivi de Musiques du nom
(Anthologie permanente) Jacques Barbaut, C'est du propre, Traité d'onomastique amusante
(Anthologie permanente) Homero Aridjis, Autoportrait à quatre-vingts ans, un poème inédit traduit par François Lallier

Les notes de lecture :
(Note de lecture), Pierre-Yves Soucy, D'un pas déviant, par Thierry Martin-Scherrer
(Note de lecture), Guy Perrocheau, D'un phrasé monde, par Alexis Pelletier
(Note de lecture), Jean-Marc Baillieu, Nichane tout droit, par Alexandre Ponsart
(Note de lecture), Ishikawa Takuboku, Un Printemps à Hongo, par Isabelle Baladine Howald

La vitrine poésie de Poezibao :
(Poezibao a reçu) La vitrine poésie du samedi 28 novembre 2020, 15 nouvelles parutions




(Poezibao a reçu) La vitrine poésie du samedi 28 novembre 2020, 15 nouvelles parutions

28 novembre, par Florence Trocmé[ —]



Les quinze livres reçus par Poezibao cette semaine

1ere_COUV_Noire_substance_47mm.Etienne Faure, Et puis prendre l'air, poèmes en prose, Gallimard, 2020, 14,5€
Patrick Varetz, Deuxième mille, P.O.L., 2020, 32€
Séverine Daucourt, Noire substance, LansKine, 2020, 13€
Pierre Vinclair, le Confinement du monde, Lurlure, 2020, 9,50€
Pierre Peuchmaurd, Les cordes de patience, L'Oie de Cravan, 2020
Jacques Darras, Tout Picard que j'étais, l'exceptionnelle richesse littéraire de la Picardie à travers les siècles, Editions de la Librairie du Labyrinthe, 2020, 19€
Alexandre Castant et Iwona Tokarska-Castant, Visions de Mandiargues, modernité, avant-garde, expériences, Filigranes Editions, 2020, 25€
Valéries, Petits morceaux de jeune homme, L'Oie de Cravan, 2020
Jean-Jacques Marimbert, La boussole des rêves, Le Chat polaire, 2020
Alter Wu, Une phrase finit un beau jour par mourir, Alter Wu & le vieux sage ne va pas les peler pour vous, 2020, 27€
Alexandre Rolla, A contre jour, La Clé à molettes, 2020, 14€
Recueil collectif, Hêtre-Chair, Fol Asile, 2020, 12€
Les Amis de Michel Baglin, Texture 1, anthologie poétique, L'An Demain, 2020, 10€
Revue Florilège, n°181 /décembre 2020

et
Claire Malroux, Daybreak, new and selectet poems, translated bu Marilyn Hacker, NYRB, 2020, 18$




(Carte blanche) Auxeméry & Pierre Vinclair : Le Pangolin de Confucius

27 novembre, par Florence Trocmé[ —]



Le pangolin de Confucius 2"La Maison de la Poésie de Rennes, en partenariat avec l'Institut Confucius de Rennes, devait inviter en mars 2020 Pierre Vinclair et Auxeméry pour une soirée de lectures autour du Shijing.
Cette soirée faisait suite à la parution de la traduction du Shijing par Pierre Vinclair (2019, Le corridor bleu), et à celle de l'Anthologie classique définie par Confucius, d'Ezra Pound, par Auxeméry (2019, PG de Roux éditeur).

A la suite du premier confinement, cette soirée a été reportée à novembre 2020, où elle a été à nouveau annulée à cause du second confinement.
La Maison de la Poésie de Rennes a donc passé commande de deux textes inédits aux deux auteurs, que l'on trouvera ci-après réunis sous le titre « Le Pangolin de Confucius ».
Elle remercie chaleureusement Pierre Vinclair et Auxeméry de s'être avec plaisir prêté au jeu de cette commande, ainsi que Poezibao d'accueillir la version numérique de cette plaquette.
(Quentin Leclerc, Directeur de la Maison de la Poésie de Rennes)"


On peut donc lire cette plaquette en cliquant sur ce lien.





(Feuilleton) Quel plaisir avez-vous à lire Bernard Noël ?, 3. Sophie Loizeau

27 novembre, par Florence Trocmé[ —]

 

Maxime Godard 4Bernard Noël est l’un des écrivains et penseurs majeurs de notre temps. De la poésie au roman, du théâtre aux essais sur la peinture, en passant par des textes politiques d’une lucidité critique essentielle, son écriture a abordé tous les versants de la littérature. Né le 19 novembre 1930, il vient donc de fêter ses 90 ans.

Poezibao, en lien avec le site Atelier Bernard Noël, a souhaité célébrer cet anniversaire : onze auteurs, tous lecteurs passionnés de ses livres, ont été sollicités pour répondre à la question « Quel plaisir avez-vous à lire Bernard Noël ? ». Chacun a livré les raisons de son admiration en joignant à sa réponse, dans un désir de partage, un extrait qui lui est particulièrement cher. Les onze contributions, très variées, constituent ainsi un panorama représentatif et une invitation à se plonger dans cette œuvre considérable…

Aujourd'hui, troisième contribution, celle de Sophie Loizeau, à ouvrir d'un simple clic sur ce lien.

Ordre de diffusion (au fur et à mesure des parutions les noms ci-dessous deviendront des liens à cliquer)
Jacques Ancet
Marie Étienne
Sophie Loizeau
Jean-Marie Gleize
Jean-Louis Giovannoni
Marcel Migozzi
Claudine Galea
Ludovic Degroote
Anne Malaprade
Patrick Laupin
Amandine André

Photo ©Maxime Godard



(Anthologie permanente) Homero Aridjis, Autoportrait à quatre-vingts ans, un poème inédit traduit par François Lallier

27 novembre, par Florence Trocmé[ —]

 


AridjisLe poème d’Homero Aridjis que l’on va lire a été communiqué à François Lallier par Anthony Rudolf. François Lallier en a réalisé immédiatement une traduction, transmise à l’auteur qui l’a approuvée et  qui a dit souhaiter la voir paraître en France, comme une sorte de message adressé à des amis et lecteurs de notre pays.

Homero Aridjis, poète, romancier, diplomate, défenseur de la planète, grande voix en son pays (le Mexique) et dans le monde entier, est né le 6 avril 1940. On peut lire de lui en français, parmi d’autres livres : Le temps des anges, trad. J.-Y. Masson, Gallimard, 1997 et Les poèmes solaires, trad. I. Alechine, Mercure de France, 2009.

On peut lire ce poème, "Autoportrait à quatre-vingts an" en cliquant sur ce lien

Photo DR (source)




(Evènements) Autour du centenaire de la naissance de Paul Celan (23 novembre 1920 - 20 avril 1970)

26 novembre, par Florence Trocmé[ —]


L’anniversaire de Paul Celan le 23 novembre

Pour commémorer le centième anniversaire de Paul Celan, nous proposons une courte vidéo, en ligne dans l’audiothèque de poésie Lyrikline.
 
Voici la traduction du texte entourant ce petit film :
« Dans le catholicisme, le Jour des Morts est le jour de commémoration des âmes défuntes et il a lieu chaque année le 2 novembre. Dans la vidéo d’aujourd’hui nous voyons Paul Celan (23 novembre 1920 – 20 avril 1970), né dans une famille juive germanophone de Czernowitz (Roumanie), lire son poème Allerseelen (Jour des Défunts) extrait du recueil Sprachgitter (Grille de parole, 1959).
Les textes de Celan peuvent apparaître scellés hermétiquement. Dans son œuvre, non seulement une contextualisation est souvent complexe, mais en plus des modes linguistiques, historiques et religieux s’interpénètrent et interagissent entre eux.
Dans Allerseelen, interprètent certains, Celan parlerait de l’acte de création poétique (de l’écriture) et commémorerait pour ainsi dire les créations elles-mêmes, ses poèmes, les ayant vus comme des âmes vivantes dans leur singularité. »

 




Voici le texte original allemand de Paul Celan, suivi d’une transposition en français :

Paul Celan


Allerseelen

Was hab ich
getan?
Die Nacht besamt, als könnt es
noch andere geben, nächtiger als
diese.

Vogelflug, Steinflug, tausend
beschriebene Bahnen. Blicke,
geraubt und gepflückt. Das Meer,
gekostet, vertrunken, verträumt. Eine Stunde,
seelenverfinstert. Die nächste, ein Herbstlicht,
dargebracht einem blinden
Gefühl, das des Wegs kam. Andere, viele,
ortlos und schwer aus sich selbst: erblickt und umgangen.
Findlinge, Sterne,
schwarz und voll Sprache: benannt
nach zerschwiegenem Schwur.

Und einmal (wann? auch dies ist vergessen):
den Widerhaken gefühlt,
wo der Puls den Gegentakt wagte.

----------------------

Jour des défunts

Qu’ai-je
fait ?
Inséminé la nuit comme s’il pouvait
en exister d’autres, plus nocturnes que
celle-ci.

Vol d’oiseau, vol d’une pierre, mille
voies décrites. Regards,
pillés et cueillis. La mer,
goûtée, enivré, enrêvé. Une heure,
obscurcie d’âmes. La suivante, lueur automnale
offerte à un aveugle
sentiment qui venait au chemin. D’autres, nombreuses,
sans lieu et lourdes d’elles-mêmes : aperçues et évitées.
Erratiques orphelins, astres,
noirs et gros de langage : nommés
d’après serment rompu de silence.

Puis une fois (quand ? ceci aussi oublié) ;
ressenti l’ardillon
où le pouls tentait un contre-rythme.


Cette modeste tentative d’une version française possible de notre part ne sert qu’à permettre une meilleure appréciation de la vidéo. C’est en même temps une invitation à lire les importantes traductions en français de Paul Celan par Jean-Pierre Lefebvre, Martine Broda, Jean Daive, John E. Jackson, André Du Bouchet, Bertrand Badiou, Valérie Briet et d’autres grands traducteurs et poètes…

Jean-René Lassalle




(Note de lecture), Ishikawa Takuboku, Un Printemps à Hongo, par Isabelle Baladine Howald

https://poezibao.typepad.com/files/takuboku-un-printemps-%C3%A0-hongo-extrait.pdfplay episode download
25 novembre, par Florence Trocmé[ —]



Ce livre d’Ishikawa Takuboku, publié par les éditions Arfuyen,  vient de recevoir le prix Clarens du Journal intime 2020.


Takuboku  jusqu’au bout


Printemps-hongoEcrit entre le 7 avril et le 16 juin 1909, Un printemps à Hongo d’Ishikawa Takuboku, publié chez Arfuyen, a la particularité d’être écrit bien sûr en langue japonaise mais en caractères latins, tentative de Takuboku pour renouveler la forme de l’écriture de la poésie. En effet Takuboku pensait que la poésie avait le devoir d’ « être un compte-rendu exact, un honnête journal, des changements dans la vie émotionnelle d’un homme » comme le cite Paul Decottignies dans sa préface très fine mettant par exemple en rapport le poète japonais et Proust. Menant une vie très précaire, pauvre et tourmenté, Takuboku est en quelque sorte acculé à ne plus tenir compte que de ses ultimes besoins physiques mais aussi intellectuels qui sont pour lui arrivés à bout de souffle : il veut faire une brèche dans la littérature japonaise pour y trouver une issue pour lui mais aussi pour elle, trop alourdie de traditions. « Je cherche seulement l’apaisement » écrit-il tout en s’obstinant tout autant à trouver des solutions pour continuer à se supporter lui autant qu’à écrire. Très attaché à sa femme dont il est séparé pour des raisons pécuniaires, Takuboku vit une sexualité qui le harcèle, tombe amoureux d’une jeune geisha qui lui inspirera nombre de poèmes, il se trouve faible de caractère, mais a le courage de ne jamais rien éluder à ce sujet, il assume droit devant sa nature de poète qui n’a aucune excuse, un poète est un homme comme un autre et sa poésie doit en rendre compte de façon simple.

Inutilité de la poésie mais impossible de faire autrement qu’écrire les tankas (poèmes ancêtres du haïku) qui l’ont rendu célèbre. L’écriture d’un journal en caractères latins permet une sorte de dégagement de l’emprise d’un tradition lourde à tous points de vue, sociale, matrimoniale, littéraire. Ne se passant rien, lucide, rigoureux, Takuboku laisse là également un témoignage d’une grande exigence sur ses souffrances morales.

Les éditions Arfuyen éditent Takuboku depuis longtemps : Ceux qu’on oublie difficilement précédé de Fumées, L’Amour de moi, le Jouet triste. La parution de ce journal, traduit par Alain Gouvret en collaboration avec William English, témoigne de la fidélité d’un éditeur à un poète qu’on ne connaît toujours pas assez.

Né en 1886, Takuboku est une étoile filante puisqu’il meurt en 1912 après une vie courte mais très dense, reconnu tôt dans le milieu littéraire tokyoïte pour son talent. Sa santé est fragile, son statut social précaire, sa vie personnelle très difficile, ne pouvant se résigner à une vie familiale qui l’entrave tout en étant très attaché à sa femme et à sa fille. Atteint de tuberculose, il meurt à 26 ans, laissant son dernier recueil terminé, le Jouet triste.

Durant l’année 1909, il écrit ce journal Un printemps à Hongo, période de sa vie avant l’arrivée de sa femme, de sa mère et de sa fille venues le rejoindre, mettant fin à cette liberté dont il avait besoin autant qu’il la maudissait. Takuboku est un être pétri de contradictions, « à nourrir une anxiété sans force » dont il souffre énormément. Hongo est un quartier de Tokyo où il vit très chichement, souffrant du mépris social, cherchant constamment des moyens de subsistance, travaillant dans un bureau en ayant envie d’être chez lui pour y faire quelque chose sans savoir quoi, prenant jour de congé sur jour de congé : « je ne sais toujours pas ce que je suis censé faire ; mais derrière moi, il y a toujours ce « quelque chose à faire » qui me poursuit ». Quelque chose ? Quoi ? Écrire. Insatisfait, constamment déplacé en lui-même par tout et rien, quelque chose qu’il voit, fleur, nuage, ou ennemi potentiel : «  En dépit du fait qu’il y ait eu devant moi aucun ennemi de ce nom, j’ai passé ces cents jours continuellement en armes. Tout le monde sans exception me semblait être un ennemi ».
La fatigue voire un harassement certain le conduisant à l’apathie le cloue souvent sur son lit. En proie à des désirs qui le torturent, malgré son amour pour sa femme Setsuko « Pourquoi devrais-je être enchaîné à cause de mes parents, de ma femme, de mon enfant ? Pourquoi mes parents, ma femme, mon enfant devraient-ils être sacrifiés pour moi ? » Takuboku se rebelle souvent pour sauvegarder sa liberté mais aussi celle des autres, comme on le voit ici. De jour en jour, de semaine en semaine s’écrit ce journal plein d’autodérision, de lucidité, de tourments affectifs. L’écriture en caractères latins a certainement ouvert une possibilité d’air dans la langue japonaise. Mais aura-t-elle délivré ce jeune grand poète de sa détresse, rien n’est moins sûr.
Un pied dans le XIX ème s, un autre dans le XX ème, quasiment à égalité au niveau du temps (14 et 12 ans) Takuboku signe aussi une fin de romantisme et un début de récit du moi moderne. Le journal se termine par l’arrivée de sa famille, son monde était « flottant » mais il reste cette tentative éprouvante et forte de « changer la vie » comme dirait un autre un peu plus jeune que lui mais qui mourra trois ans avant la naissance de la comète Takuboku, Arthur Rimbaud.
Le jouet triste (qu’est pour Takuboku la poésie), qu’il faudrait relire APRÈS avoir lu le journal tant c’est en poésie son double, paraîtra après sa mort, recueil empli de la même tristesse, lassitude, dérision, impossibilité et désir. La mélancolie moderne au Japon commençait son œuvre.

Isabelle Baladine Howald

Ishikawa Takuboku Un printemps à Hongo, traduit du japonais par Alain Gouvret,
Arfuyen, 157 p., 16€
Lire quelques extraits de ce livre en cliquant sur ce lien.




(Note de lecture), Jean-Marc Baillieu, Nichane tout droit, par Alexandre Ponsart

25 novembre, par Florence Trocmé[ —]



Nichane tout droitNichane
tout droit ou la multitude de chemins sur lesquels le lecteur rencontre des arbres, des rochers, des Koubas, des villes et villages avec des puits, des ruines et des ports. Comme le souligne l’auteur, « un chemin coupé de marches mène au creux du vallon où se pressent plusieurs petits marabouts d’un intérêt limité. » Il faut ouvrir le coffret et regarder l’intérieur : un afflux de chemins traversant des zones rurales et urbaines avec de nombreuses dénominations. Le voyage est d’abord visuel. Le lecteur pénètre le livre par un chemin, celui de la couverture, et s’engouffre dans un Maghreb à mille facettes. Ce tour dans le Nord de l’Afrique ne peut se concevoir comme un mouvement continu ; il faut chaque fois franchir une « marche », une « ruelle » et derrière celles-ci s’en découvre toujours d’autres. L’auteur nous guide et nous introduit dans l’intimité marocaine.

Tout commence à Tanger. « D’abord Tanger. Du Grand Socco dans la médina par Bab Fahs, et prendre la rue Siaghins vers la place du Petit Socco. » Il faut dire que de nombreux mythes et légendes entourent les origines de cette ville qui, pour de nombreux navigateurs, constituait le dernier port avant l’immensité de l’Atlantique. Selon la mythologie grecque Tanger fut fondée par le fils de Poséidon et de Gaïa, le géant Antée qui lui donna le nom de sa femme Tingo. Il y a aussi Fez « aux milles fontaines », Marrakech, Meknès « douceur du climat, qualité de ses fruits, beauté de ses arbres, parfum de ses fleurs » qui « contribuèrent à la réputation d’un lieu qui, fertile, semble dédié à une vie paisible pour ses habitants. » Comment ne pas mentionner Volubilis « n’a-t-on pas évoqué et chanté les splendeurs de cette cité, primitivement Ksar-Pharaoun, dans la belle région sauvage du Zerhoum où se distinguent le sanctuaire et la zaouïa de Moulay-Idris ? »
Le Maroc ne se limite pas seulement à ces grandes villes et l’auteur détaille un des bijoux du Maroc : le Toubkal. « Sur fond de sommets enneigés, marnes rouges ravinées et cultures vivrières d’orge (…) Hiver, tombe la neige sur les agdal du Haut-Atlas. Le Toubkal se détache avec ses 4167 m et est le point culminant du Haut Atlas. La vallée du Draa est présente : « À l’est du haut-plateau du Draa, dans la Hmada de la Daoura, l’oasis de Tabelbala au pied de la chaîne éponyme (…)  Au sud, le massif des Eglab est un désert de pierres qui rejoint le Yitti au sud-ouest d’Aouinet Legraa près de Jouf El Aouina, vaste dépression un peu ensablée. »
Le voyage se termine là où il a commencé : « Retour à Tanger. » « Traverser la place de France ‘sous les branches basses des chênes verts’ et passer devant le consulat de France. Café de Paris et Brasserie de France fermés. Perspective du boulevard Pasteur éclairé qui s’enfonce dans la nuit. » Il faut dire que Tanger bénéficie d’une situation géographique exceptionnelle puisqu’à seulement quelques kilomètres se trouve en face d’elle l’Espagne, l’Europe et Gibraltar. Tanger, cœur du Maroc apparaît comme un arbre dont les racines plongent en Afrique et qui respire par ses feuilles en Europe (Hassan II).

Ce livre est une escapade en pays Chérifien. Comme l’écrivait J. Kessel : Les grands voyages ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant le départ même. On ouvre les atlas, on rêve sur les cartes. On répète les noms magnifiques des villes inconnues. C’est chose faite avec Nichane tout droit.

Alexandre Ponsart

Jean-Marc Baillieu, Nichane tout droit, , Fidel Anthelm X, 2020, 42 pages, 7 euros.


Extraits :

 « La fontaine cependant n’avait pas encore parlé comme l’avait prédit Aïcha la sorcière, et le vieillard chaque jour s’y asseyait des heures durant contemplant le filet d’eau  murmurant et rebondissant sur la vasque de pierre. Un soir, un filet de sang sourdit en lieu et place du filet d’eau : ‘Louanges à Dieu, maître de l’univers, le clément, le miséricordieux ! Tu es vengé’, commenta Aïcha la sorcière. Dès lors, la haine entre Zemmours et Beni-Hassen s’exaspéra jusqu’à ce qu’ils se réconcilient sous l’autorité du Maghzen. »

*

Et retour à Tanger
-Nta (toi) Fransawi, ana (moi) Magribia

Rues d’Emsallah boueuses en cas de pluie. Traverser la place de France « sous les branches basses des chênes verts » et passer devant le consulat de France. Café de Paris et Brasserie de France fermés. Perspective du boulevard Pasteur éclairé qui s’enfonce dans la nuit. Un mauvais rêve peut-être

- Chacun sait que tu es une Tanjaouina

Lundi matin : ciel nuageux et menaçant, tempête d’est, inévitable vent qui fait/voit tanguer les cargos amarrés dans le port, bruit et écume sur la plage. Légation des U.S.A. « dans la ville indigène »

Un chèque sur la Banco Salvador Hassan et Hijos signé par Nadia Jouvenon à l’ordre de Nelson Douar pour qui avoir de l’argent est une clef

Ex-zone internationale, horloge de l’église de Siaghins qui sonne les quarts

Moulay Ali :
« Le jour où un Français apprendra la patience, les chameaux se mettront à prier dans la Karaouine »

- Allons acheter un paquet de Cassa Sports !






(Note de lecture), Guy Perrocheau, D'un phrasé monde, par Alexis Pelletier

25 novembre, par Florence Trocmé[ —]

 

POUR LE PRÉSENT D’UN PHRASÉ MONDE


31Y5FBWCmcL._SX326_BO1 204 203 200_« Avec toi, un jour ». L’ouvrage s’ouvre par cette citation en allemand (« Mit dir, irgendwann, ») sans qu’il soit précisé si elle vient d’un autre livre ou de ce que j’appellerai la fantaisie de Guy Perrocheau. Mais s’il s’agit de fantaisie, ce mot doit tout de suite faire signe vers la musique, ou plus exactement vers le sens mélodique et rythmique du poète. L’amplitude versifiée de ces poèmes, dans l’irrégularité assumée de la versification, de 2 à 15 syllabes, s’appuie sur une écoute de la langue qui met en avant une voix lyrique faite d’affirmations, d’hésitations, de retour sur soi : « da capo / ou pas / mes formes de vie vont le / mouvement continu qu’elles sont / seules à connaître » (p.46). Ainsi, ce sens (mélodique et rythmique) de ce qui fait le poème permet des jeux d’échos ou de suspens avec les mots. Et si le poème liminaire constate que « le temps final s’est fripé », ce rapport au temps est illuminé (le rôle de Rimbaud est essentiel dans ce recueil) par une rupture rythmique qui lance l’énergie du livre : « on y prend le large jusqu’à / plus rien que la lumière » (p.9) Car la lumière est omniprésente dans ce livre. La lumière ou plutôt les variations sur celle-ci. Les six poèmes qui composent l’ouvrage les placent très régulièrement en évidence : « Comme une enfance en Colchide », « Voyageurs du comment dire », « Ce chant est tout notre voyage », « Des voix prennent leurs couleurs de la nuit », « Sans lieu sans cesse » et « La vie ne se ressemble pas ». Outre les références que drainent ces titres, ils disent également ce souci musical de l’écriture.

La comparaison avec l’enfance en Colchide – la terre des Argonautes et le pays des Amazones – dit l’effroi comme une sorte d’arrière-monde à l’écriture : « tant je suis semé de mers à l’intérieur de moi je ne / reconnais plus la forme de mes mots » (p.14). Mais c’est pour partir vers une quête (impossible, aurait pu écrire Georges Bataille) vers le soleil qui « n’a pas encore / repris son nom » (p.15). Pareillement « Voyageurs du comment dire » dit l’errance, la pénurie, le manque pour se heurter aux mots et affirmer à la fin du poème : « la fonte du printemps / dans le passage du sombre à la lumière on s’y mêle / comme l’eau dans l’eau / parleurs volubiles / la nuit le jour / vers le tout-présent / qui nous réveille un en deux / deux en un » (p.49). Un chant est trouvé par cette écoute du monde qui vient dans le poème. Un chant qui est bien une variation ou une variante lumineuse. C’est ce que le premier poème de « Ce chant est tout notre voyage » exprime à son tour, par l’analogie avec « le soleil ou la pluie / jusqu’à cette matière d’âme / qui met de la chimère dans la vie » (p.53).

Il s’agit bien, alors, d’une quête de l’impossible dans les mots. Et elle s’inscrit avec la lumière. « Ce chant qui est notre voyage » passe par l’image d’un cadran qui me semble, évidemment solaire : « tu me demandes quel grand pré va / suivre le cadran / continuer d’être du silence / par le sentier qui craque / ou le luxe des lilas / je suis un gué / et je passe » (p.67). Ici, la figure du passeur – plus que celle du créateur – vient comme façonner la poétique de Perrocheau. Et les diverses citations qu’on vient de lire conduisent à comprendre que celle-ci s’inscrit dans un lyrisme assumé et sans concession. Il ne s’agit pas d’exprimer des sentiments intimes avec exaltation mais de manifester la présence indispensable et discrète de l’autre dans cette quête du sens. « tu me demandes » est bien une reprise de la citation en exergue du livre…

Le poème ou la partie « Des voix prennent leurs couleurs de la nuit » donne naissance à cette trouvaille : « notre ciel est le ciel / non pas citerne à souvenirs / mais surplus de / résonances / confluant avec / la matière d’un monde / et les routes en marche » (p.73). Faut-il remarquer, dans le titre comme dans la citation, la présence simultanée de la musique (« voix », « résonances ») et des variations (variantes) lumineuses (« couleurs de la nuit », « notre ciel est le ciel ») ?
Tout se passe comme si Perrocheau proposait à celles et ceux qui le liront une quête du sens qui, à défaut de faire entrer la totalité du monde, parle de la totalité du sien : « la matière d’un monde » peut devenir plus loin : « des souvenirs de soleils en feu » (p.81). Et cela fonctionne comme une sorte d’archipel qui contient aussi bien les références prégnantes aux Illuminations de Rimbaud, qu’un vers de Serge Ritman, et les notes placées à la fin du recueil de l’expliquer, avec un renvoi, également à James Sacré.
Ce paysage personnel – peut-on le désigner ainsi ? – touche à un poème qui est comme sans commencement ni fin. Il n’y a d’ailleurs aucune majuscule et aucun point (aucun signe de ponctuation) dans ce livre, comme pour souligner discrètement cet infini du dire ou plutôt cette quête de l’infini du dire en tant que point d’application du poème, en lui-même, si je peux risquer cette phrase un peu lourde.

On ne s’étonnera pas de lire dans « Sans lieu sans cesse », presque de manière prosaïque (mais la découpe du vers est toujours maîtrisée) : « mettons que je suis confus mais / pour ces drôles de mots qui vont / d’une aube à l’autre / et combien et comment / c’est à chacun selon son envie » (p.99). La lecture nous embarque, d’un jour à l’autre, en passant par les couleurs de la nuit, vers un pays qui n’existe pas et qui pourtant est peut-être plus réel que ce que l’époque voudrait faire passer pour réel. C’est en tout cas un pays marqué par – au terme d’une lutte contre l’effroi – le fait que « jamais dans le souvenir / les fleurs ne se fanent » (p.99).
L’ultime étape de ce parcours – « La vie ne se ressemble pas » – conduit au titre de l’ouvrage et rappelle que, dans la complexité commune de la relation au sens, le poème fait entrer musicalement un sens du phrasé dans l’écrit, c’est-à-dire une manière de faire surgir le rythme et la mélodie comme expression « d’un phrasé monde ». Ce sont les derniers mots du recueil et ils confirment que la fin et le commencement sont un même terme ou en tout cas un même but, une même quête.
Il faudrait mentionner en outre comme l’écriture de Perrocheau sait à la fois se contraindre et lâcher prise.
La contrainte, c’est la poursuite dans tout le recueil d’un même point d’application. Le lâcher-prise, c’est la mise à distance qui pointe régulièrement non pour détendre l’atmosphère mais pour faire revenir encore à plus de réalité dans l’écrit : « jusqu’où cette voix se met-elle en scène / et jusqu’où se prolonge-t-elle en son propre chant » (p.77).

D’un phrasé monde
est donc un livre du et pour le présent : la voix lyrique est aujourd’hui ce qui ne peut pas lâcher : « Mit dir, irgendwann ». On a un besoin absolu de cette voix, maintenant, de cette voix qui tient la main des celles et ceux qui lisent.

Guy Perrocheau, D’un phrasé monde, Tarabuste Editeur, 132 pages, 14€.


sans doute une voix
n’est-elle plus rien qui se chiffre
tellement par elle en elle
c’est comprendre vite
qui se dissout
dans son propre élan
sa propre légende
une illumination sans cesse
happe plans et niveaux je vois
des souvenirs soleils en feu
et l’océan leur ventre
anomalies n’ouvrant sur rien
linge sur le fil ou cerf-volant
flottements comment
filtrer ce dire
en canaliser l’appel tu voudrais
que je n’en sois pas transformé
même à des siècles de distance
on s’y rafraîchit les mains
d’une eau douce souterraine
et caressante en nous
par le bougé des mots dans leur
bref emmêlement de syntaxe
prorogée sans trêve
avec aussi le plus de
marge possible
entre un sourire
et rien
ce chantonnement suranné
donnerait-il tant soit peu le change
au divisé du jour je
ne connais pas ma prison
mes chaînes tiennent à un fil
                                                                                (p.81-82)

d’un seul vieux fond de ténèbres c’est
miracle qu’un chemin se prolonge
et qu’il soit passé joueur
et sans encombre
et qu’il soit passé
comme une plage lisse
susurre à la robe de l’air
un jour longtemps peut-être toujours
des départs n’auront compté pour rien
la joie parlera toute seule
auréolée des lointains complices
dans le raccordement
des souvenirs inventés
parlera toute seule
d’un souffle
un bout
de ritournelle
au plus court instant
recommencé
même un mur
même un arbre
au doigt et à l’œil
l’auront suivie jusqu’à
reprendre en nous les parcours
d’un phrasé monde
                                                                                (p.125)




(Feuilleton critique), Portrait d’une énigme dans un miroir convexe, "9 et fin. Clack", par Pierre Vinclair

25 novembre, par Florence Trocmé[ —]


Portrait d’une énigme dans un miroir convexe


Pierre Vinclair a proposé à Poezibao ce feuilleton critique à propos de de John Ashbery, Autoportrait dans un miroir convexe, tr. Pierre Alferi, Olivier Brossard et Marc Chénetier, Joca Seria, 2020.

Autoportrait AshberyVient de paraitre chez Joca Seria une nouvelle traduction d’Autoportrait dans un miroir convexe, le livre le plus célèbre (paru en 1975) de John Ashbery (1927-2017), le poète américain sans doute le plus marquant des cinquante dernières années. Un livre à la fois déroutant et attachant, énigmatique pour ne pas dire mystérieux, excitant la pulsion d’interprétation autant qu’il se refuse résolument au commentaire. La quatrième de couverture ne met-elle d’ailleurs pas en garde ? « Tout artiste qui se respecte devrait avoir comme seul objectif de créer une œuvre dont le critique ne saurait même commencer à parler », y proclame Ashbery. Attention, donc : No trespassing. Poète méchant. Donc n’en parlons pas… ! À moins que, mal élevé ou titillé par une mise en garde sonnant comme une provocation, on y entende un défi — et même, une invitation. Tout critique qui se respecte ne devrait-il pas avoir comme objectif de dire la vérité sur l’œuvre qui se refuse à lui ? Dire la vérité, c’est un bien grand mot. Mais décrire de manière satisfaisante, quitte à pointer ce qui apparait fuyant. Ou encore, tracer les contours d’un mystère : faire le portrait, pour paraphraser Paul, de ce qui se donne comme une énigme dans un miroir ? Avec beaucoup d’humilité (et un peu de liberté).

Neuvième et dernier épisode : 9. ‘Clack’

Ce dernier épisode est proposé au format PDF à ouvrir d'un simple clic sur ce lien.




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