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(Anthologies personnelles) Jean-Pascal Dubost (avril 2020)

1er avril, par Florence Trocmé[ —]


Série anthologies personnelles 2020, n° 3, Jean-Pascal Dubost


Cul de lampe petite biblio portative  légèrePoezibao propose* à certains auteurs de constituer une anthologie personnelle d’une vingtaine de pages, comme une vue en coupe de leur travail.

La troisième de ces anthologies a été composée par Jean-Pascal Dubost qui a choisi un thème transversal, présent dans nombre de ses livres, les animaux.  


Elle est proposée en PDF, pour en faciliter la lecture et l’enregistrement.
Ouvrir l'anthologie personnelle de Jean-Pascal Dubost en cliquant sur ce lien.

Il s’agit de permettre ainsi aux lecteurs de constituer une petite bibliothèque portative de poésie contemporaine.
Anthologies personnelles déjà publiées :

Pierre Vinclair

Claude Minière


*Noter que cette nouvelle rubrique fonctionne exclusivement sur sollicitation de Poezibao aux auteurs. Aucune contribution spontanée ne sera acceptée.



(Note de lecture) De l'improbable précédé de MO(R)T, de Marie-Claire Bancquart, par Marc Wetzel

1er avril, par Florence Trocmé[ —]

 


Marie Claire Bancquart  l'improbable« En souvenir de lui-même
ne sait trop quelle survie mettre en œuvre.
N'en a plus que pour quelques semaines.
Alors quoi écrire, et comment ?
Ton dégagé ? Espèce de messe ?
Ton insolent ?
              Ou s'arrêter d'un coup, mais lequel ?
 »  (p. 57)


C'est un beau livre, mais effrayant comme l'est sa source d'écriture : une poète célèbre (de 86 ans) à l'approche de la mort, Marie-Claire Bancquart, à laquelle la souffrance et la détresse laissent ça et là quelques moments pour noter des sortes d'offrandes de rémission, d'étrennes de sursis, où il n'y a ni plainte ni espoir.

« Terre
grande respiration collective,
fleurs et moineaux, planches et livres.

Le convalescent du pauvre dimanche sort de l'hôpital et se plaît aux formes des voitures, aux herbes qui bordent les arbres.

Terre, oui, notre terre ronde et sans lumière constante, il va rêver d'elle et se croire heureux de vivre
 » (p. 68)

La nudité de destin est parfaitement acceptée : Marie-Claire Bancquart ne se soucie plus de faire bien ou mal, puisqu'elle ne peut plus rien faire. La crudité de ce même destin (comme on monte à cru une monture ultime et déréglée) est, elle, moins négociable : de quoi la douleur se permet-elle d'alerter ou d'avertir encore, puisque le fin mot de l'affaire - MO(R)T - est désormais parfaitement su ? Le corps signale encore sans cesse et sans limites que la maladie est mortelle parce qu'il ignore qu'on sait qu'on est fichu. Les douleurs finales sonnent le tocsin pour des organes qu'elles ne savent pas être devenus sourds :

« Et toi, douleur
tu t'obstines
dans les côtes, les poignets
qui seront inertes après notre mort.

Notre cadavre
déjà
rampe dans le vivant
qui ne sait comment le déloger 
» (p. 35)

Si la douleur souhaitait nous « faire grandir » dans son épreuve, nous exercer à nous rendre digne d'elle, c'est là aussi sans sens, puisque la course d'obstacles du malheur (aussi remarquables par « leur variété, leur intensité et leur durée » que le sont les inclinations satisfaites dans le bonheur selon Kant) ne nous laisse plus d'autre loisir que l'élan de les fuir et l'effort de les faire taire. Si enfin la douleur visait à surligner un salaire (« tu n'as qu'à t'en prendre à ce que tu as fait de ton corps ») ou préparer, apprêter et affûter une résilience à venir (« la prochaine fois, tu traiteras mieux ta capacité d'avenir »), la réprimande et la raillerie tombent à coté aussi, face à un futur sans prochaine fois, ni ici (Marie-Claire Bancquart est lucide, et avoir créé ne la console pas) ni ailleurs (elle est athée, et être consolée par un Créateur ne l'intéresse pas) :

« Dieu
ne me concerne pas,
c'est une chose cruelle.
Mais quelle joie, quelle connaissance
me viendrait de lui ?
Quelle bête sauvage me mordrait
avec moins de précaution ? 
» (p. 51)

La lucidité de cette auteur impressionne en effet (et dérange nos petits montages de sagesse bien-portante et disponible à elle-même) : elle ne s'inquiète nullement pour ses raisons de vivre, qui vont cesser avec elle ; elle dédaigne tout cheminement idéal, depuis que son corps est venu mettre l'enfer à toute possible progression. Quand le corps qui nous porte devient si douloureux, on se console de n'avoir pas si longtemps à le porter, désormais, en retour ! 

« Ancien bonheur, vertu,
main dans la main.

Allez donc ! Ce n'est pas que le jour nous
prépare, au réveil, à une bénédiction céleste.

À peine mis debout, nous avons de sévères lois
depuis la douche jusqu'au soir 
»  (p. 79)

Notre poète a, d'évidence, eu des mots pour voir la mort de près. Qu'ils soient mystérieux ne signifie pas du tout qu'ici la mort fut Muse et dicta quoi que ce soit. C'est bien la voix de Marie-Claire Bancquart, et d'elle seule, qui officie dans son retrait, qui formule sa fin (propre, privée, personnelle) de monde : une voix et un monde s'arrachant mutuellement l'un(e) de l'autre, voilà l'ultime travail de décantation d'un poète :

« Le monde est un grand coffre de mariée aux trésors fragiles ; plus vite qu'eux disparaissent la femme et les invités de la noce » (p. 14)

Travail malaisé, peu décidable, et impossible bien sûr à situer : où est-on, quand  le socle de tout lieu s'effondre ? Où va-t-on, quand toute direction perd son horizon ? Que peuvent à présent partager les exclus de toute appartenance ? D'où des images nées de nulle part, allant vers qui ne sera bientôt personne, mais venant, comme confiantes, mourir en nous :

« Laissez-moi seule
avec l'oiseau
qui m'apporte
ce que vous savez 
» (p. 80)

Ernest Renan louait Qohelet, l'auteur de l'Ecclésiaste d'avoir « vraiment touché nos douleurs ». On croit entendre ici, dans cet ultime recueil, comme un ambigu et riche « Vanité des vanités, et tout aura été vanité » : le futur antérieur est certainement le futur des morts, mais improbablement un futur mort.

Marc Wetzel


Marie-Claire Bancquart, De l'improbable, précédé de MO(R)T – Postface d'Aude Préta-de-Beaufort – Arfuyen, février 2020, 108 pages, 12€.
On peut lire des extraits de ce livre, en cliquant sur ce lien.



(Anthologie permanente), Claudia Rankine Citizen, ballade américaine, traduction de Maïtreyi et Nicolas Pesquès

1er avril, par Florence Trocmé[ —]


Citizen-Ballade-americaineMaïtreyi et Nicolas Pesquès viennent de publier leur traduction de Citizen, ballade américaine de Claudia Rankine.
Elle est parue aux éditions de de l’Olivier.







Contrôle et Fouille au corps
Texte d’une vidéo de la série Situation créée en collaboration avec John Lucas.

Je savais que tout ce qui m’attendait était en train d’arriver quand devant moi la voiture de police s’est arrêtée dans un crissement de pneus comme pour dresser un barrage. Partout des gyrophares, le son d’une sirène et un rugissement prolongé. À terre. À terre tout de suite. Alors j’ai su.

Et tu n’es pas le type du signalement mais quand même tu lui ressembles parce qu’il n’y a qu’un seul type qui est toujours le type qui lui ressemble.


J’ai quitté la maison de mon client en sachant que je serais contrôlé. Je le savais. J’en étais sûr. J’ai ouvert ma mallette sur le siège passager, juste pour qu’ils puissent voir. Oui monsieur l’agent tournait et retournait sur ma langue, tel un battant de cloche qui ne pourrait jamais sonner parce que son alarme était le glas qu’il me faudrait ravaler.

Dans un décor remonté des abysses, tu ne peux pas ne pas devenir fou — tellement en colère que tu pleures. Tu ne peux pas ne pas devenir fou. Ces façons t’épuisent. Nos façons t’épuisent pourtant tu n’es pas le type en question. Puis des gyrophares, une sirène, un rugissement prolongé... et tu n’es pas le type du signalement mais quand même tu lui ressembles parce qu’il n’y a qu’un seul type qui est toujours le type qui lui ressemble.


À terre. À terre tout de suite. J’ai dû aller trop vite. Non, tu n’allais pas trop vite. Je n’allais pas trop vite ? Tu n’as rien fait de mal. Alors pourquoi me contrôlez-vous ? Pourquoi suis-je contrôlé ? Fais voir tes mains. Les mains en l’air. Lève les mains.
Puis tu es plaqué sur le capot. Puis menotté. À terre tout de suite.
Chaque fois que ça commence de la même façon, ça ne commence pas de la même façon, chaque fois que ça commence c’est la même chose. Des gyrophares, une sirène, un rugissement prolongé...

Peut-être parce que j’habitais dans un quartier que le policier ne pouvait s’offrir, non qu’une raison fût nécessaire, on m’a sorti de mon véhicule à une rue de chez moi, menotté et poussé à l’arrière de la voiture de police, le genou du policier m’appuyant sur la clavicule, l’haleine chaude du policier s’exhalant d’un visage plissé par le sourire de sa bonne blague.


Chaque fois que ça commence de la même façon, ça ne commence pas de la même façon, chaque fois que ça commence c’est la même chose.
Vas-y, frappe-moi connard m’a échappé mais le policier n’a pas eu besoin de me frapper, le policier n’avait besoin que de voir ma tête pendant toute la traversée de la ville. Tu ne peux pas ne pas devenir fou. Tu n’es pas fou. Nos façons t’épuisent. Tu n’es pas le type en question.


C’est comme ça. Tu sais que c’est une erreur. Ça n’est pas comme ça. Tu dois te taire. C’est une erreur. Tu dois la fermer maintenant. C’est comme ça. Pourquoi parles-tu si tu n’as rien fait de mal ?

Et tu n’es pas le type du signalement mais quand même tu lui ressembles parce qu’il n’y a qu’un seul type qui est toujours le type qui lui ressemble.


Dans un décor remonté des abysses, tu ne peux pas ne pas devenir fou — tellement en colère que tu ne peux pas ne pas devenir fou.

Présomption d’excès de vitesse est l’infraction déclarée par le policier. On m’a dit, après le relevé d’empreintes, de me mettre nu. Je me suis mis nu. Ce n’est qu’ensuite qu’on m’a ordonné de me rhabiller, de partir, de refaire tout le trajet à pied jusque chez moi.

Et tu n’es toujours pas le type du signalement mais quand même tu lui ressembles parce qu’il n’y a qu’un seul type qui est toujours le type qui lui ressemble.


Claudia Rankine, Citizen, ballade américaine, traduit de l’anglais (États-Unis) par Maïtreyi et Nicolas Pesquès, Editions de l’Olivier, 2020, 190 p., 21€, pp.  115 à 119. Livre disponible au format numérique.


Quatrième de couverture
« À terre. À terre tout de suite. J’ai dû aller trop vite. Non, tu n’allais pas trop vite. Je n’allais pas trop vite ? Tu n’as rien fait de mal. Alors pourquoi me contrôlez-vous ? Pourquoi suis-je contrôlé ? Fais voir tes mains. Les mains en l’air. Lève les mains. "

L’attaque est préméditée, assumée, d’une violence intolérable. Ou bien c’est simplement la langue qui fourche sans qu’on s’en rende compte, et le racisme parle à travers notre bouche. Citizen est un livre sur les agressions racistes.

Pour dire cette réalité, Claudia Rankine choisit une forme qui n’appartient qu’à elle : tour à tour poésie, récit ou pamphlet, Citizen décrit les expériences les plus intimes, les plus ténues pour y greffer ce que dépose en nous le flux de la vie quotidienne – propos saisis dans le métro, conversations, blagues, coupures de journaux, captures d’écran –, dans un vaste collage d’images et de voix. Une symphonie parfois dissonante où les mots les plus simples sont portés par une extraordinaire énergie poétique.


Née en 1963 à Kingston (Jamaïque), Claudia Rankine est poète, universitaire, dramaturge et essayiste. La publication en 2014 de Citizen a constitué un événement inattendu : vendu à plus de 200000 exemplaires, ce texte a figuré dans la liste des meilleurs livres de plus de quinze magazines américains.



(Informations) Fil utile pour confinés / Mardi 31 mars 2020

31 mars, par Florence Trocmé[ —]

 

Des ressources, des informations, des propositions de lecture, des vidéos, etc.
Littérature, poésie bien sûr, mais aussi sciences et musique.

Il faut porter en soi cette indulgence et cette attention
qui font fleurir les pensées d'autrui.
(Joseph Joubert*)



• Un kiosque pour les pro de la scène
Dans la situation inédite que nous traversons, soucieux d’exercer notre mission essentielle d’information de la filière professionnelle, nous avons décidé de partager nos publications avec le plus grand nombre. 
La Scène, La Lettre du Spectacle, Le Jurisculture, La Lettre de l'entreprise culturelle, Le Juriscène, Le Piccolo, Culturelink... Profitez-en, sur ordinateur, tablette ou mobile !
Cliquer sur ce lien pour plus d’informations

• La nouvelle du jour des éditions Zulma
Elle est signée Hubert Haddad.
Pour la lire, cliquer ici.

• *Joseph Joubert bien sûr
Poezibao offre à ses lecteurs cette citation de Joubert : « Au lieu de me plaindre de ce que la rose a des épines, je me félicite de ce que l'épine est surmontée de roses et de ce que le buisson porte des fleurs. »
Joubert l’indispensable, mis en avant sur le site de Patrick Corneau ; « il y a de plus en plus d’écrivants, rivalisant d’écriture au nom d’un « individualisme expressif » revendiqué comme un droit qui a désormais valeur de norme. Surtout, en remontant la généalogie de ce qui fonde cette pulsion d’affirmation graphomaniaque et de ceux qui l’ont illustré, j’ai senti le besoin d’interroger la posture caractéristique d’une famille d’écrivains de l’intime et du secret. Cette « lignée » qui ne recherche ni visibilité ni reconnaissance – à l’opposé de cet immense orchestre contemporain de plaintes concordantes participant au grand sommeil collectif – cherche dans la littérature un processus d’intensification du langage passant paradoxalement par l’art du peu, le resserrement du plus savant au plus simple, l’esprit de perfection intérieure, la discrétion, la pudeur, la confidence chuchotée auprès de quelques lecteurs fervents formant une postérité feutrée. Parmi ces quelques perles* que les unhappy many ne remarqueront jamais, celle qui possède le lustre et l’orient les plus beaux : Joseph Joubert. »
Pour lire la suite, cliquer sur ce lien.  

• Rêves d’anticipation et futurs merveilleux au XIXe siècle
Comment construire un monde meilleur ? Cette question, qui occupe perpétuellement nos sociétés, a particulièrement marqué le XIXe siècle. Phalanstères, communautés alternatives... : @retronews consacre un cycle à ces utopies des XIX et XXe s
Lire un grand ensemble de textes en cliquant sur ce lien

• Aujourd’hui Pierre Vinclair propose une villanelle

Tu es ma prisonnière et je suis ton otage.
Je fais comme un poisson dont l’eau est agitée
Quand tu rugis, nerveuse, une panthère en cage.

Tu demandes : « Combien durera ce blocage ?
Cela ne fait-il pas déjà l’éternité ! »
Tu es ma prisonnière et je suis ton otage.

Les courses, le repas, les corvées de ménage —
Tu te jettes sur toutes les activités
Quand tu rugis, nerveuse, une panthère en cage.

Je m’égaye en confectionnant sur une page
Un mécanisme prosodique bien monté :
Tu es ma prisonnière et je suis ton otage.

Je n’ose imaginer occupation moins sage :
Les enfants curieux pourraient nous écouter
Quand tu rugis, nerveuse, une panthère en cage.

Peu importe ! Je sens que je tourne sauvage
Viens me battre ! Je vais te mordre et te fouetter !
Tu es ma prisonnière et je suis ton otage
Quand tu rugis, nerveuse, une panthère en cage.


Musique
• Anniversaire de la création des Six pièces pour orchestre, op. 6 de Webern en 1913
L'œuvre est jouée pour la première fois le 31 mars 1913 à Vienne, sous la direction d'Arnold Schönberg. Le compositeur en a donné une version remaniée en 1928.
Écouter l’œuvre sous la direction de Simon Rattle version de 1928
Écouter l’œuvre sous la direction de Pierre Boulez version de 1913

• Jazz, le choix d’Auxeméry : Slim Gaillard
Écouter Slim Gaillard, dans ses œuvres 

Voir les ressources précédemment proposées en cliquant sur ce lien
On peut lire aussi une nouvelle parution du Flotoir.



(Anthologie permanente), série Poèmes du confinement, par Auxeméry, Masques Dogon

31 mars, par Florence Trocmé[ —]


La falaise DogonAuxeméry propose à Poezibao une brève série intitulée Poèmes du confinement.
Aujourd'hui balade en pays Dogon.


Pour accéder à ce texte, proposé ici en PDF, cliquer sur ce lien.




(Note de lecture) 7 soleils et autres poèmes, de Denise Le Dantec, par Michaël Bishop

31 mars, par Florence Trocmé[ —]

 

Le-dantec-sept-soleilsMichaël Bishop a proposé à Poezibao cette note de lecture du livre 7 soleils et autres poèmes de Denise Le Dantec, accompagnée de quelques extraits du livre.


Cette note est proposée au format PDF, plus facile à enregistrer ou à imprimer. Elle est accessible d'un simple clic sur ce lien.




(Chantier de poème) Pierre Vinclair, Agir non agir

31 mars, par Florence Trocmé[ —]


Pierre Vinclair  agir non agirLes éditions Corti ont publié récemment deux livres* de Pierre Vinclair, qui n'ont pu malheureusement pour l'instant être distribués en librairie. Ils sont toutefois en cours de lecture par Poezibao. Qui a relevé dans Agir non agir un ensemble de quatre pages qui constituent un magnifique "chantier de poème". Avec l'autorisation de l'auteur et de l'éditeur, ces pages sont ici reproduites. Elles le sont au format PDF pour respecter la mise en page du texte, en faciliter l'impression ou l'enregistrement. Cliquer sur ce lien pour accéder à ces pages.



*Pierre Vinclair, agir non agir, éléments pour une poésie de résistance écologique, coll. en lisant en écrivant, éditions Corti, 2020, 240 p., 19 €. En librairie à une date ultérieure.
Pierre Vinclair, La Sauvagerie, collection Biophila, éditions Corti, 2020, 335 p., 22€. En librairie à une date ultérieure.



(Anthologie permanente), Eustache Deschamps (1340-1410), quatre ballades

31 mars, par Florence Trocmé[ —]


Oeuvres_complètes_de_Eustache_Deschamps_[...]Eustache_Deschamps_bpt6k9763119jJean-Pascal Dubost, fin connaisseur de poésie ancienne, a proposé à Poezibao ces quatre ballades d’Eustache Deschamps.
Si on veut en savoir plus sur Eustache Deschamps, cliquer sur ce lien.
On peut lire Eustache Deschamps sur Gallica en cliquant sur ce lien
Poezibao recommande toutefois de ne surtout pas suivre certains conseils d'Eustache Deschamps.






Trois ballades sur l’épidémie
et une ballade sur la grande mutation des temps
d’Eustache Deschamps (1340-1410)

C’est volontairement que nous avons maintenu la graphie d’époque afin que le lecteur inhabitué à icelle puisse en avoir une bonne appréciation, et goûter la saveur d’une langue pas encore fixée.
           

Ballade
Sur l’épidémie

Qui veult son corps en santé maintenir,
Et résister à mort d'épidémie,
Il doit courroux et tristesce fuir ;
Laissier le lieu où est la maladie,
Et fréquenter joieuse compaignie ;
Boire bon vin, nette viande user ;
Port bonne odour contre la punaisie,
Et ne voist hors s'il ne fait bel et cler.

Jeun estomac ne se doit point partir,
Boire matin, et mener sobre vie,
Face cler feu en sa chambre tenir ;
De femme avoir ne li souviengne mie ;
Bains, estuves à son povoir dénie,
Car les humeurs font mouvoir et troubler ;
Soit bien vestus, ait toudis chière lie,
Et ne voist hors s'il ne fait bel et cler.

De grosses chars et de choulz abstenir
Et de tous fruiz se doit-on en partie,
Cler vin avoir ; sa poulaille rostir,
Connins, perdriz, et pour espicerie,
Canelle avoir, safran, gingembre, et prie ;
Tout d'aigrevin et vergus destremper ;
Dormir au main : ce régime n'oublie,
Et ne voist hors s'il ne fait bel et cler.


Ballade
Des remèdes contre l’épidémie

Qui veult fuir la persécucion
Et le péril d'épidémie avoir,
Vivre le fault en consolacion ;
Du lieu régnant le convient remouvoir ;
Pain cuit d'un jour, bon vin cler recevoir
Poucins, chapons eu rost, chars de pourccaulx,
[Ne de chevres, lievres ne de toreaux]
De cerfs, de buefs ne mangiez nullement,
Oés , cannes , ne poissons lymonneaulx,
Se vous voulez vie avoir longuement.

Usez d'un mès sanz prolongation
De longuement à la table seoir ;
Fuiez gros air, toute corrupcion ;
Vinaigre usez, osille à vo povoir,
En voz sausses ; et si vous faiz sçavoir
Gingembre fault, safren est bons et beaux,
La canelle , vergus , oingnons , poreaulx ,
Les aulx aussi. Fuiez généralment
Potaiges , choulz , laiz , fruiz viez et nouveaux ,
Se vous voulez vie avoir longuement.

Suiez les lieux de délectacion,
Soiez joieux sanz le cuer esmouvoir ;
Feu net et cler de genèvre en saison,
Ou jeune bois, faictes en chambre ardoir ;
D'eaues roses vous devez pourveoir,
Odeurs porter, robes plaisans, joyaulx ;
Joye mener, converser entre ceaulx
Que vous amez, et eulx vous ensement,
Et vous gardez des faiz luxuriaux,
Se vous voulez vie avoir longuement.

Prince, encor fault faire purgacion
Sanz différer l'évacuacion
Que chascun doit avoir naturelment,
User d'eaue de bonne région,
Ou flums courans, par modéracion ,
Se vous voulez vie avoir longuement.


Autre ballade
            qui moustre les causes et raisons dont vient l'epidemie

L'air corrompu, la terre venimeuse,
Les corps infects en cymetiere, et mors
En my les champs, en guerre doleureuse,
Chambres coyes ou est li amas ors
D'infections, de puours de dehors
Qu'om fait aux champs, es villes, es chasteaulx
D'ordures grans, de fians par monceaulx,
D'immondices qu'om art, dont c'est folie,
Du mauvais air corrrumpu, de pourceaulx,
Font en mains lieux causer l'epidemie.
 
La bouche avoir gloute, vie oultrageuse,
Boire et mangier sanz appetit du corps,
Longue seoir a table est perilleuse
Chose, et de mes pluseurs faire rappors,
Et trop salé cerf, vaches, buefs et pors,
Tanche, anguille, congre, tous bestiaulx,
Poissons de mer, lestages , fruiz, poreaulx,
Oingnons et aulx, gros vin trouble en sa lie,
Dur pain mangier et sanz levain gasteaux,
Font en maint lieu causer l'epidemie.
 
Vivre d'eaues de terre marcageuse,
Estre au gros air quant li brouillas est fors,
Trop main lever, vie luxurieuse,
Sanz mouvement soy courcier est la mors.
Trop chaut, trop froit quant sont ouvers les pors,
Estuves, baings frequenter entre ceaulx
Qui sont infects gens, pourris et meseaulx,
Gendrent a maint semblable maladie,
Et telz choses en ces cas principaulx
Font en mains lieux causer l'epidemie.
 
Prince, bon fait ces cas especiaulx
Pour sa santé, et outrageux travaulx
Fuir du tout ou du moins en partie.
Que l'en s'espurge, et qu'om se teingne chaux,
Car non garder son corps par telz deffaulx
Font en mains lieux causer l'epidemie.


Ballade de la grant mutacion des temps et abreviacion de toute nature et approuchement de fin de monde
                       
                        Les temps, les ans, les meurs, les gens,                        
                        Les bestes et tous animaulx,                
                        Les terres, les quatre elemens,             
                        Les complections corporaulx,             
                        Toutes les vertus cardinaulx,               
                        Les arbres, les fruis, les poissons,                    
                        Les prez, les blez, vins et moissons,                
                        Et le genrre en toute nature                
                        Diminuent et les saisons :                    
                        Toute chose se desnature.                   
                                                 
                        Autonpne, yver, esté, printemps                     
                        Et tous les climats principaulx,                       
                        Du monde varie li temps ;                   
                        Trop sont les pechiéz generaulx                      
                        D'argent querir, estaz, joyaulx.             
                        Envie, orgueil, detractions                  
                        Regnent et dissolucions,                     
                        Toute couvoitise et ordure.                 
                        La fin de ce monde approuchons :                  
                        Toute chose se desnature.                   
                                                 
                        La foy, la loy sont vaxillens                 
                        Par noz pechiéz et pour noz maulx.                
                        Met Dieux sur nous guerre et contemps,                    
                        En l'eglise, entre les royaulx,               
                        Et envie, pour noz deffaulx ,
                        Froidures, inundacions,                       
                        Pestillences, divisions,             
                        Mortalitéz, famine dure.                      
                        Mais pour ce ne nous amendons :                   
                        Toute chose se desnature.                   
                                                                                                 
                        Princes, se bien considerons                
                        Noz pechiéz, les pugnicions
                        Que Dieux envoie a creature,              
                        Devers lui nous amenderons,              
                        Ou autrement tuit perirons :               
                        Toute chose se desnature.




(Informations) Fil utile pour confinés / Lundi 30 mars 2020

30 mars, par Florence Trocmé[ —]

 

Cul de lampe poezibao infoDes ressources, des informations, des propositions de lecture, des vidéos, etc.
Littérature, poésie bien sûr, mais aussi sciences et musique.

• De la lecture
Chaque lundi, les éditions Plon rendrons l'un de leur ouvrage accessible gratuitement. Le premier est Le dictionnaire amoureux de la philosophie de Luc Ferry.
Tous les ouvrages de Zones éditions sont disponibles gratuitement en version Lyber sur leur site internet et cela dès leur parution. Afin de proposer un meilleur confort de lecture durant cette crise, la maison d’édition en passera plusieurs au format livre numérique. Le premier : Chez soi, de Mona Chollet.
(voir d’autres ressources sur le site du Magazine Littéraire)

• Écouter un récit autobiographique de Patti Smith
En 2010, Patti Smith et Isabelle Huppert faisaient découvrir, en anglais et en français, le premier récit autobiographique de Patti Smith sur ses années de bohème dans le New York arty et sur son amitié amoureuse avec Robert Mapplethorpe, son compagnon de galère et d’inspiration.
Just Kids, de Patti Smith (Fictions) : Chronique d'un âge d'or à jamais perdu, Just Kids se lit à la fois comme un récit initiatique, une ode à un amour disparu et un témoignage sur le New York arty des années 1970, celui des grandes heures du Chelsea Hotel et de la Factory.
Écouter en cliquant sur ce lien

Arts
• Les collections de livres et catalogues de trois grands musées américains (Textes des livres en anglais bien sûr)
Le Guggenheim a numérisé catalogues et travail éditorial de ces cinq dernières années. Ils sont consultables sur le site ou téléchargeables au format PDF ou ePub. Parmi tant d’autres, un magnifique « Expressionism – De Van Gogh à Picasso, de Kandinsky à Pollock ».
Même richesse des contenus offerts aux internautes passionnés du monde entier par le Getty Museum. À découvrir par exemple un magnifique « Cézanne in the Studio: Still Life in Watercolors, 2004″.
Le Met propose sans doute une des collections les plus riches de ces trois institutions américaines. Plus riche par le nombre de volumes mais aussi par la qualité des fichiers proposés à la lecture et au téléchargement. Par exemple « The Art of Illumination: The Limbourg Brothers and the Belles Heures of Jean de France, Duc de Berry ».
via le site de la Ville de Paris


• Le sonnet de Pierre Vinclair

Nous sommes confinés dans un lieu plus petit
que ce que l’on croyait : bloqués à l’intérieur
des douze pouces de l’écran d’ordinateur
à préparer des cours, corriger des copies

digitales, pulvérisées par le wifi
dans une magie fusionnant loisirs, labeurs
en une journée homogène de seize heures.
À confinement, confinement et demi.

Moi aussi je suis las de vivre mon écran ;
non qu’il soit trop petit, mais parce qu’il est trop grand —
j’essaie de me glisser dans un plus petit corps :

un rectangle où je pense, où je blague, où je lime
pendant l’éternité, un sarcophage intime
où l’on me trouvera en forme, une fois mort.


Musique
• Le Boléro de Ravel dans une version bien particulière
Les musiciens de l’Orchestre National de France jouent le Boléro de Ravel, ensemble, mais chacun chez soi !
Écouter en cliquant sur ce lien.

Jazz : Oscar Peterson
Oscar Peterson,  piano
Ray Brown, basse
Ed Thigpen, batterie
Concert, Danemarc, 1964
Une raison de se mettre ce morceau dans l’oreille : la belle introduction d’Oscar, un petite méditation ; une raison de regarder : l’écoute réciproque manifestement très attentive des deux accompagnateurs et du chef… lequel comme à son habitude se récite la chose en travaillant. Ces trois-là se connaissaient sur le bout des doigts. Écouter en cliquant sur ce lien.
Auxeméry

Voir les ressources précédemment proposées en cliquant sur ce lien



(Carte blanche) à Claude Minière : Le théâtre Artaud

30 mars, par Florence Trocmé[ —]

 

Le théâtre Artaud

ArtaudSi d’Antonin Artaud on relit les PREMIERS POEMES (1913-1923), Le Pèse-nerfs, les PREMIERES PROSES et, en définitive, l’ensemble des textes recueillis dans le volume I des ŒUVRES COMPLETES (1), un trajet apparaît nettement : Artaud se dégage de la poésie du début du vingtième siècle pour avancer vers le théâtre, et, disons, un théâtre de lui-même (« je me connais parce que je m’assiste, j’assiste à Antonin Artaud » (2), lui-même se faisant théâtre, manifestation et sujet d’observation dramatique. Le jeune poète (il est né en 1896) observe son esprit et son corps (véritable théâtre des opérations) et constate son incapacité à s’insérer dans la grille esthétique de l’époque. Il publie ici et là dans la variété de revues (3), en 1923 ses poèmes sont refusés à la Nrf par Jacques Rivière (4). Il écrira : « Là où d’autres proposent des œuvres je ne prétends pas autre chose que de montrer mon esprit » (5) et « Il me manque une concordance des mots avec la minute de mes états » (6). Il considère Pascal comme un philosophe : « je veux dire UNE pensée, une seule, et une pensée EN INTERIEUR ; mais je ne veux pas dire une pensée de Pascal, une pensée de philosophe, je veux dire la fixation contournée, la sclérose d’un certain état. » (7). Mais cette pensée se refait sans cesse : « Je n’ai plus qu’une occupation, me refaire. » (8)  La vérité est pressentie : « Je vois dans le fait de jeter le dé et de me lancer dans l’affirmation d’une vérité pressentie, si aléatoire soit-elle, toute la raison de ma vie. » (9).

Claude Minière

1. volume double : I* et I**, Gallimard, 1984. Les textes que je citerai se trouvent dans I*.
2. Le Pèse-nerfs.
3. la Revue de Hollande ; la Criée ; Demain/ Efforts de pensée et de vie meilleures (sic !) ; le Disque vert ; les Cahiers du Sud ; Commerce ; la Revue européenne ; Rose des vents ; les Cahiers de philosophie et d’art ; Action (André Malraux est membre du Comité de rédaction) ; Images de Paris ; la Révolution Surréaliste,…
4. avant que, à l’instigation de Jean Paulhan et de Aragon, il y soit régulièrement édité.

5. L’Ombilic des limbes.
6. Le Pèse-nerfs.
7. ibid.
8. ibid.
9.
Fragments d’un journal d’enfer.




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