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Quelles sont les conséquences du changement climatique ?

16 January, by Tristan[ —]

Lever de soleil façon apocalypse : rouge avec un panache de fumée sur la ville

C’est un sujet dont parle assez peu, mais qui est essentiel. On entend plus les injonctions classiques façon « il faut faire quelques chose », avec son chapelet d’exigences parfois justes comme « limitez l’avion, la voiture et la viande » ou fantaisistes comme « pensez à effacer vos mails et faites pipi sous la douche ».

Reste qu’on a du mal à comprendre pourquoi il faut le faire. Le changement climatique a déjà des conséquences concrètes (comme fait que la grande majorité des années les plus chaudes sont arrivées ces deux dernières décennies) mais trop peu compréhensibles pour le citoyen lambda.

Une récente interview du climatologue Jean-Pascal van Ypersele, professeur à l’Université catholique de Louvain et ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), est de ce point de vue très intéressante, même si elle est porteuse de mauvaises nouvelles. En voici un court extrait :

Des zones de la Terre seront-elles bientôt inhabitables ?

Le dérèglement climatique se traduit par une hausse de la température mais aussi de l’humidité – sous l’effet notamment de l’évaporation des océans. Cette combinaison met les organismes vivants sous pression, car notre transpiration, qui nous permet de nous réguler, a du mal à s’évaporer. Si l’humidité est par exemple de 55 %, une température de 45 °C peut être mortelle pour les humains en bonne santé en quelques heures.

Avec 70 % d’humidité, une température de 35 °C est déjà considérée comme extrêmement dangereuse. Dans les bassins du Gange et de l’Indus, où vit un cinquième de la population mondiale, 15 % des habitants connaissent aujourd’hui régulièrement ces conditions de vie dangereuses. Cette proportion augmenterait à 75 % d’ici à la fin du siècle dans un scénario d’émissions très élevées.

Le travail et la vie dehors vont devenir insupportables dans des régions de plus en plus vastes et une part de plus en plus grande de la planète sera inhabitable. Les animaux et les végétaux souffriront aussi énormément, ce qui affectera la production agricole. Si l’on n’arrête pas cette machine infernale, des centaines de millions de gens devront fuir leurs terres pour survivre. Les plus vulnérables, souvent les plus pauvres, seront les plus touchés mais les autres ne seront pas indéfiniment à l’abri.

A la fin du siècle, dans un scénario d’inaction contre le dérèglement climatique, près des deux tiers de la population européenne pourraient être affectés chaque année par des événements climatiques extrêmes, contre 5 % sur la période de référence 1981-2010. Le nombre moyen de décès annuels dus à des extrêmes climatiques en Europe pourrait passer de 3 000 aujourd’hui à environ 100 000 au milieu du siècle et 150 000$ vers 2100, principalement à cause des vagues de chaleur.

Je récapitule :

  • des zones importantes de pays pauvres vont devenir inhabitables ;
  • Les rendements de production agricole vont baisser, ce qui va dire qu’on va avoir des famines ;
  • On va donc avoir des déplacements massifs de population ;
  • On risque donc d’avoir des conflits armés pour lutter contre la migration, le contrôle des fleuves (pour l’irrigation) ;
  • Même sans cela, en Europe, le nombre de morts à cause de canicules vont être multipliés par 30 en 2050 (100 000 morts) et par 50 en 2100 (150 000 morts).

Pour comprendre comment ou pourrait en arriver là, pour saisir le fonctionnement du changement climatique et en avoir une vue d’ensemble, je vous recommande vivement de faire un atelier fresque du climat, qui repose sur les travaux du GIEC.

Ensuite, vous renseigner sur ce que l’on peut faire au quotidien pour limiter l’impact du changement climatique, avant qu’il ne bouleverse tout. Pour vous aider, voici ma démarche, entamée il y a plus de deux ans. Car oui, la démarche de chacun est importante, et chaque dixième de degré évité est une victoire.


Par quoi remplacer WhatsApp ?

13 January, by Tristan[ —]

Bon, on va évacuer d’emblée ma colère en vous avouant que j’ai failli titrer ce billet « va te faire foutre, Zuckerberg ». Voilà, c’est dit, ça va mieux, on va pouvoir passer à la suite. Pourquoi suis-je en colère ? À cause d’une nouvelle bourde de Facebook, qui a après avoir acheté l’application de messagerie instantanée sécurisée WhatsApp, vient en toute logique de pondre de nouvelles conditions générales d’utilisation qui vont lui permettre de collecter des données personnelles (pour faire de la publicité ciblée). Au sein d’une messagerie sécurisée.

Comme le dit Raphael Grably, journaliste tech chez BFM :

Vous voulez utiliser WhatsApp sans livrer vos données à Facebook? Ce ne sera plus possible à partir du 8 février prochain.

Le très juste Michel Audiard disait « Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait ». Les fumiers aussi. Sauf que Zuckerberg n’a même pas l’excuse d’être con.

Depuis quelques jours, WhatsApp m’affiche un message me disant que dois accepter les nouvelles conditions juridiques et donc d’être espionné. Et je refuse. Donc je me prépare à quitter WhatsApp, d’autant que non seulement ils collectent les données, mais ils prévoient d’en faire encore plus à l’avenir[1] !

Mais par quoi remplacer WhatsApp, et sur quels critères ?

Aujourd’hui, il y a de nombreuses messageries instantanées disponibles. Comment s’y retrouver ? Heureusement, il existe des comparatifs :

Signal me semble être la meilleure solution, celle que je recommande à tous mes proches, et pas seulement parce qu’elle est recommandée par Edward Snowden (bis) ou Bruce Schneier.

Pour être sûr qu’un logiciel soit sécurisé, il faut que son protocole de chiffrement soit documenté et que son code soit ouvert. C’est le cas de Signal, coté serveur (AGPL v3) mais aussi pour Android, et iOS. Son protocole a été audité par un chercheur en crypto de l’ANSSI (la très sérieuse agence de cybersécurité du gouvernement).

Il y a aussi d’autres critères. Par exemple, WhatsApp était sécurisé, mais il était aux mains de personnes peu recommandables[2]. Signal, pour sa part, est édité par l’organisation à but non-lucratif Signal.org, qui est financée par des dons. C’est un signal (ahah) fort en terme de business model : là où Facebook collecte des données pour vendre des publicités ciblées, Signal.org n’a pas de but lucratif.

La taille (du réseau) ça compte

« Oui, mais mes amis sont sur WhatsApp me suivront-ils ? »

C’est un point crucial. Les geeks connaissent la loi de Metcalfe, qui dit (je simplifie) que la valeur d’un réseau augmente fortement avec le nombre de personnes qui y sont connectées. C’est pour ça que quand un réseau est populaire, c’est très difficile de le déloger de sa position dominante. On a quand même réussi à se débarrasser du Telex et du Fax, donc il y a de l’espoir :-)

Bref, pour que la migration vers un autre réseau soit réussie, il faut que vos amis vous suivent. C’est tout l’objectif du présent billet : Signal est le réseau qu’il faut recommander en priorité, et ce pour les raisons suivantes :

  1. C’est un bon produit, sécurisé et convivial ;
  2. Il est déjà populaire, en tous cas parmi les plus populaires
  3. Pousser un réseau en particulier, c’est lui donner plus de chance d’émerger et de déloger WhatsApp.

Mais rassurez-vous, la beauté de la chose est que vous n’avez pas à choisir entre Signal et d’autres comme Telegram ou Wire : vous pouvez installer plusieurs applications sur votre téléphone. Mais je vous encourage à indiquer que c’est Signal que vous préférez[3].

Alors que faire ?

Voici comment je vois les choses, c’est à dire ce que je vais faire et que je recommande :

  1. Installer Signal sur son smartphone et encourager ses proches à le faire (franchement, c’est trivial et les deux apps se ressemblent beaucoup en terme de fonctionnalités) ;
  2. Changer sa bio WhatsApp (dans le menu Réglages) pour dire qu’on va fermer son compte prochainement et qu’on va vers Signal à la place, par exemple Quittons WhatsApp pour Signal pour éviter le pompage de nos données. Installe l’app Signal (ce compte sera prochainement détruit).
  3. Si on a des groupes/boucles (c’est mon cas) : créer des groupes équivalents dans Signal et annoncer dans chaque groupe WhatsApp la migration avec une deadline ;
  4. Contacter ses contacts importants / fréquents pour les prévenir du changement (voir ci-dessous) ;
  5. Le 8 février, fermer son compte WhatsApp ou désinstaller l’application (c’est moins bien mais c’est un compromis acceptable) ;
  6. Le faire savoir sur les réseaux sociaux ! (Twitter, LinkedIn, Facebook, Juste avant de fermer son compte Facebook ;-)
  7. Facultatif : hurler « Vas te faire foutre Zuckerberg » depuis sa fenêtre ouverte ;-)

BONUS TRACK, un exemple de message à copier / coller

Comme je sais qu’il y a parmi des lecteurs des gens aussi flemmards que moi, je reprends ici le message que Mozilette envoie à ses contacts, pour vous faciliter la vie :

Hello !

Juste pour t’informer qu’à partir du mois prochain je ne serais plus joignable sur WhatsApp

Tu me connais, j’aime faire gaffe à mes données et ne suis pas hyper à l’aise avec les dernières décisions de Facebook/WhatsApp (j’ignore si t’es au courant), du coup j’ai pris la décision de passer sur Signal App ! (Plus sécurisée, plus respectueuse de nos données que Whatsapp, et déjà utilisée par plein de gens en fait). Et si jamais avoir une app en plus sur ton téléphone est trop te demander, tu peux m’écrire par SMS ou email comme au bon vieux temps : 06 XX XX XX XX ou par mail sur blablabla@example.com

Et ne me cherche pas sur Facebook, je suis en train d’y supprimer mon compte aussi :)

Pour me joindre, ce sera donc dorénavant sur Signal !

On peut déjà commencer à se réjouir

En effet, Signal est en tête des téléchargements sur Android. En voilà une excellente nouvelle !

Je compte sur vous pour migrer et faire migrer vos proches sur Signal, qu’on arrive à desserrer un peu les griffes de Zuckerberg sur nos vies privées !

Notes

[1] Comprendre : « Pour l’instant, on ne peut pas vous entuber avec vos données à la hauteur de ce qu’on voudrait, mais on continue d’essayer ».

[2] Si vous avez un doute, je vous encourage à lire les 57 pages A4 de l’article Wikipédia Criticism of Facebook, votre doute devrait se dissiper rapidement.

[3] Note : cela va sans dire que je ne suis bien sûr pas rémunéré pour dire cela (mais ça va mieux en le disant).


La vision cornucopienne de Gille Babinet

December 2020, by Tristan[ —]

Le temps me manque, mais je ne peux pas laisser passer un fil Twitter de Gilles Babinet sur la 5G et l’écologie qui me parait manquer — disons pudiquement — d’objectivité et de précision.

Allez, c’est parti pour un debunk express, forcément critiquable, mais nécessaire.

Gilles Babinet, entrepreneur du numérique et conseiller du très libéral Institut Montaigne, qui nous parle d’écologie, chouette alors ! Et, surprise, il s’oppose aux experts du climat du Haut Conseil pour le Climat qui vient justement de publier un rapport sur la 5G.

Les hypothèses à propos des externalités de la 5G véhiculés dans l’étude du @hc_climat et préalablement du @theShiftPR0JECT sont largement contestables sur plusieurs points fondamentaux.

Contestables ? Allons donc. Mais encore ?

Il faudrait expliquer pourquoi, alors que la croissance du nombre d’usager de l’internet ralentit en FR, on aurait une accélération de la consommation.

Pourquoi le volume de données par utilisateur augmente ? C’est une excellente question, mais je m’étonne que Gilles la pose, tellement la réponse est évidente : les débits augmentent, les usages nouveaux apparaissent avec ces nouveaux débits, et ils touchent une population de plus en plus large qui adopte ces nouveaux usages plus consommateurs. Donc les volumes par utilisateurs explosent. Pour le comprendre, il suffit de voir dans la rue les gens faire de la visio juste parce qu’ils le peuvent, à la place d’un simple appel téléphonique. À titre d’exemple, je mesurais hier un call vidéo avec Jitsi, j’étais à 1200 kO/s. Un appel vocal, c’est 8 kO/s, soit 150 fois moins. Voilà comment, pour un service comparable (permettre à deux personnes de se parler), on multiplie la consommation par 150.

depuis vingt ans, le cycle de vie des terminaux mobiles se rallonge inexorablement. De 14 mois en 1997, il est désormais de 34 mois.

Oui, c’est vrai que la durée de vie des terminaux s’allonge. Dans un sens, c’est une excellente nouvelle. Et en même temps, et c’est une véritable catastrophe que ça ne change pas plus vite que ça. La vraie raison est que les constructeurs ont bien compris que les gens changent de mobile soit parce qu’ils l’abiment (mais avec les smartphones étanches et les housses de protection qui se généralisent, c’est moins fréquent) soit parce qu’il est démodé. Et la 5G, c’est ce qui justement démode les smartphones… et permet d’en vendre des nouveaux en remplacement. C’est bien pour cela que c’est utilisé comme argument de vente par tout le monde dans le secteur… alors que le réseau 5G débute à peine son déploiement et peine à convaincre.

Les pages daccueils des 4 principaux opérateurs mobiles français font toutes la promotion du passage à la 5G

Les pages d’accueils des 4 principaux opérateurs mobiles français font toutes la promotion du passage à la 5G

Soyons clairs : le marché du smartphone est en plein ralentissement, et c’est une très mauvaise nouvelle pour les constructeurs, mais une excellente nouvelle… pour l’environnement.

En effet, si on regarde l’empreinte carbone d’un smartphone, on se rend compte que 90% de l’énergie dépensée sur son cycle de vie provient de sa construction, et seulement 10% lors de son utilisation. Cela fait que la meilleure façon de limiter les émissions de gaz à effet de serre dans l’industrie du smartphone, c’est de faire durer le plus possible le terminal. Le législateur l’a bien compris. En effet, si on se réfère à la proposition de loi sur l’impact environnemental du numérique, on voit que tout le chapitre II vise à « limiter le renouvellements des terminaux, principaux responsables de l’empreinte carbone du numérique ».

Et le 5G ne changement pas grand chose à cela car beaucoup de terminaux vendus sont déjà 5G ready (sic[1])

Je n’ai pas les chiffres sur la proportion de smartphones compatibles 5G, mais je doute que la plupart des terminaux déjà vendus et donc dans les mains des consommateurs soient 5G ready. À titre d’exemple, l’iPhone 12, premier iPhone compatible 5G, est disponible depuis 10 semaines seulement. D’autres fabricants comme Xiaomi, ont lancé des smartphones 5G bien avant, mais n’ont pas rencontré leur public vue l’absence totale de réseau 5G déployé en France.

En fait, la 5G change beaucoup de choses pour les fabricants avant tout ! Constructeurs de smartphones qui voyaient jusqu’à présent leur marché ralentir et espèrent le voir redémarrer, fabricants d’équipements réseaux qui voient ici l’occasion de relancer leurs ventes aux pays occidentaux déjà équipés en 4G. Pour eux, la 5G est une aubaine incroyable.

Les études sur les externalités sont peu nombreuses, 2021 devrait voir plusieurs publications de référence s’effectuer (MIT, ZTH, Instituts Fraunhofer…) à ce propos.

Oui, là je suis vraiment d’accord avec Gilles : il faut plus d’études sur les externalités, positives et négatives, du numérique… à condition qu’elles soient objectives. Et c’est là que le bât blesse…

Gilles enchaîne alors sur une étude :

Une attachée (étude ?) de Carbon Trust / GSMA

Le problème des trop rares études disponibles, c’est qui les finance. Par exemple, celle citée ci-dessus l’est par la GSMA. Qui est GSMA (à part être l’organisateur du Mobile World Congress, le plus gros salon de promotion du mobile à Barcelone) ? C’est marqué page 4 de l’étude : ce sont les gens qui « représentent les intérêts des opérateurs dans le monde, ainsi que l’écosystème mobile, fabricants de terminaux, fournisseurs d’équipement, éditeurs de logiciels et entreprises de l’Internet ». Cela change-t-il quelque chose ? Oui, bien sûr, dans la mesure où ces cabinets, qui commercialisent leur travaux à prix d’or, s’assurent que les conclusions n’iront pas à l’encontre des intérêts de leurs commanditaires…

je suis indépendant de tout intérêt économique dans ce domaine. Je pense par ailleurs pouvoir affirmer avoir une sensibilité écologique forte.

Oui, alors en fait c’est compliqué. Entendons-nous bien : je ne dis pas que Gilles Babinet ment ou qu’il a des actions chez les fabricants de terminaux ou les opérateurs. Je l’ignore et je lui fais confiance sur le sujet. Par contre, comme indiqué dans l’article qu’il mentionne, Gilles Babinet est entrepreneur et conseiller de l’Institut Montaigne, lequel est bien connu pour ses positions économiquement très libérales[2], c’est à dire empreint d’une certaine vision du monde.

Cette vision cornucopienne, qui estime que les innovations technologiques permettront à l’humanité de subvenir éternellement à ses besoins matériels, j’ai pu la partager en partie par le passé. Malheureusement, elle n’est pas compatible avec le changement climatique qui, comme je l’écrivais hier change tout. En effet, Gilles — comme beaucoup de gens de son âge et de son milieu professionnel — est encore ancré dans l’ancien paradigme où la croissance et le solutionnisme technologique nous sauverons.

D’autres, dont je fais partie, comme Jean-Marc Jancovici du Shift Project et probablement les autres membres du Haut Conseil pour le Climat, ont dépassé cette croyance et réalisé qu’elle n’était pas compatible avec l’impératif de réduire massivement (diviser par 6 !) nos émissions de gaz à effet de serre de façon à laisser une planète habitable à nos enfants.

À ce titre, ils sont en droit de questionner l’idée comme quoi en renouvelant toutes les infrastructures mobiles et tous les terminaux mobiles, en faisant exploser les usages et la bande passante, on va diviser par 6 l’empreinte carbone du numérique des français. Car c’est bien l’enjeu principal auquel nous devons faire face, en préférant les concepts de résilience et de frugalité à la croissance et au solutionnisme technologique.

Notes

[1] Je pars du principe qu’il a voulu écrire “le passage à la 5G ne changera pas grand chose à cela car beaucoup de terminaux son déjà 5G ready”.

[2] Cela lui a valu quelques controverses.


Le changement climatique, ça change tout !

December 2020, by Tristan[ —]

Tout le monde aujourd’hui ou presque a entendu parler du changement climatique. Une infime minorité n’y croit pas, laissons les de coté. Prenons ceux qui savent que le changement climatique est en cours, c’est à dire toi, cher lecteur. Je me permets de te tutoyer parce que nous ne sommes pas si nombreux ici. Alors voilà, tu sais que le climat change. Et tu sais qu’il va falloir changer nos habitudes, nos modes de consommation. Bien !

Mais sais-tu à quel point il va falloir changer et pourquoi ?

Il y a une question que je pose souvent autour de moi (encore cette après-midi à quelqu’un que je rencontrais pour la première fois) :

Sais-tu quelle est ton empreinte carbone ?

La réponse 99 fois sur 100, est négative : on ne connait que rarement son empreinte carbone. Seulement voilà, l’histoire démontre qu’on ne peut bien changer que ce que l’on mesure. Et notre empreinte carbone est probablement la principale chose à changer dans les années à venir. Et pour ça, il faut la mesurer (c’est très compliqué), ou au moins l’estimer (c’est beaucoup plus facile).

Tiens, on va le faire maintenant, tu prends 5 minutes, et tu réponds au questionnaire de l’ADEME. Vas-y, je t’attends ici, ça va te prendre 5 minutes.

Ça y est, c’est fait ? (Je te rassure, même si ça n’est pas le cas, tu peux continuer à lire l’article).

Tu as trouvé un nombre de tonnes d’équivalent CO2 par an qui doit être quelque part entre 3 et 30. La moyenne française est entre 11 et 12 t[1].

Dans tous les cas, c’est trop. Je m’explique.

Le changement climatique en une minute

On sait depuis plusieurs décennies que le climat change et se réchauffe en moyenne. On a pris comme référence de température celle des débuts de la révolution industrielle, autour des années 1850. Pour l’instant, nous sommes à 1°C environ au dessus de cette référence. Idéalement, il faudrait éviter d’aller au delà de 1,5°C pour éviter de trop changer le climat. À 2°C de plus que la moyenne de 1850, on commence à vraiment changer le climat. Au dessus, ça vire à la catastrophe[2].

Par ailleurs, on sait calculer combien on peut émettre de CO2 pour rester en dessous de 1,5°C (ou 2°C). On sait combien on a d’habitants sur la planète, donc on sait combien chacun peut encore produire de CO2 pour rester dans les limites de réchauffement qu’on s’est fixé, entre 1,5°C et 2°C. C’est ce qu’on appelle le budget carbone.

Bref, de 11 à 12 tonnes de CO2 émis par français par an en moyenne, il va falloir passer à 2 t. Oui, il va falloir diviser nos émission de CO2 par 5 ou 6. En quelques décennies ! Voilà pourquoi j’estime que le changement climatique change tout… Cela nécessite de repenser plein de choses, en profondeur !

Voici un graphe qui explique combien on peut encore dépenser pour rester en dessous de 1,5°C :

Graphe 1.5°C

On voit que plus on tarde, plus le changement doit être rapide. C’est un peu comme un virage qu’on doit prendre face à un mur : plus on tarde, plus il faut tourner le volant fort et subir d’autant plus la force centrifuge…

Ainsi, si on avait commencé à prendre le virage en 2000, il aurait suffit réduire nos émission de 4% par an pour rester à 1,5°C. Mais on a attendu 20 ans de plus, et pour y arriver, il faudrait les réduire de 7,6 % par an, ce qui est évidemment beaucoup plus difficile, presque 2 fois plus…

Voici les trajectoires possibles pour rester en dessous de 2,0°C :

Graphe 1.5°C

L’objectif étant moins audacieux (mais le climat sera beaucoup moins clément), le virage sera un peu moins difficile à négocier.

Il n’en reste pas moins que même si on sait cela, et on le sait depuis très longtemps, on tarde à agir.

L’inaction jusqu’à ce jour

Voici par exemple la concentration de CO2 (principal gaz à effet de serre) tel que mesurée à l’Observatoire de Mauna Loa, avec les multiples engagements internationaux pour réduire les gaz à effet de serre.

concentration_CO2_1960-2020.jpg, déc. 2020

On le voit, les engagements des États succèdent aux discours grandiloquents mais la courbe monte comme si de rien n’était.

Parallèlement, les travaux des scientifiques, compilés par le GIEC, sont sans appel : chaque dixième de degré évité compte.

Ce maudit virage, il va bien falloir le prendre, et soit on l’anticipe, on choisit d’y faire face, soit on va le subir, et le choc sera infiniment plus violent. On peut toujours nier les travaux des scientifiques, mais il est très difficile de négocier avec les lois de la physique et de la nature. Autrement dit, on n’échappera pas au changement, et la vraie question est de savoir si on choisit le changement ou si on le subit.

Ce que cela implique dans nos métiers

Alors que nous vivons dans un système capitaliste qui décrète que la croissance est absolument indispensable, on se retrouve avec l’obligation de réduire d’urgence nos émissions de gaz à effet de serre (GES), CO2 en tête.

Cela veut dire que toutes les décisions structurantes que nous prenons actuellement doivent être mises en rapport avec l’absolue nécessité de faire face au changement climatique. Et cela touche toutes les industries et activités humaines. Absolument toutes, soit parce qu’elles sont productrices de beaucoup de GES (logement, agriculture, transport routier), soit parce qu’elles sont en forte croissance et donc leur production de GES est en forte croissance aussi alors qu’il faut la réduire d’urgence.

Pour recourir à une métaphore, je pense à un paquebot dont la coque est pleine de trous, et dont les passagers qui ont des petits trous dans leurs cabine estiment qu’on peut les agrandir, puisqu’ils sont petits, alors que ceux qui ont des gros trous feraient bien de s’activer pour les boucher, sinon on va tous mourir. Bien sûr, une telle attitude est aberrante, inacceptable. Et pourtant, aujourd’hui, de trop nombreuses industries, de l’aviation à la 5G, veulent accélérer et déployer des équipements qui vont à l’inverse de ce dont l’humanité a besoin, à savoir plus de frugalité.

Il convient à chacun de regarder le problème en face, y compris pour son propre métier, et se demander si, face au changement climatique, qui est le plus grand défi auquel l’humanité doit faire face, son métier, son travail, vont dans le sens qui va permettre de prendre le virage ou si au contraire, son action en tant que professionnel mène l’humanité droit dans le mur.

Bien sûr, c’est difficile. C’est bien plus facile de s’énerver, de tomber dans le déni, de s’emporter contre les “khmers verts” et de traiter l’autre camp d’Amishs. C’est crétin mais c’est humain : les émotions ne sont pas toujours compatibles avec la raison. Pourtant, alors que je vois mes concitoyens et mes collègues s’emporter et nier le climat, je me souviens que le déni et la colère sont en fait les deux premières étapes du deuil du monde d’avant, qui permet ensuite l’acceptation du changement en cours, laquelle permet de trouver un nouveau sens au monde qui vient et de se mettre en action et y trouver sa place.

Notes

[1] Au passage, le top 1% des européens est en moyenne à… 55 t d’équivalent CO2 par an !

[2] Il faut que je revienne sur ce sujet dans un prochain billet, mais pour résumer, le changement climatique va amener 4 dangers : des famines, des réfugiés climatiques, donc des conflits armés et donc au final un impact négatif (euphémisme) sur la santé humaine.


En vrac du jeudi

December 2020, by Tristan[ —]

Vélo en bord de Seine

Climat

Technologie

Ego trip

  • J’étais invité à Futurapolis Planète pour parler de vélo. Les vidéos sont maintenant en ligne. Voici la mienne : Le vélo, cet ami qui vous veut du bien .J’espérais y échanger avec Eric Fottorino (journaliste, auteur, fan de vélo et pilote de Brompton) mais il a été touché par la Covid-19… Je lui souhaite un prompt rétablissement !
  • J’ai publié un article sur Souveraineté et communs numériques. Je crois qu’il est important de souligner que les communs de la connaissance (logiciel libre, mais pas que, ça comprend aussi les données et contenus comme Wikipedia et OpenStreetMap) sont de précieux alliés si l’Europe veut retrouver une certaine souveraineté numérique et ainsi éviter de devenir une colonie numérique des USA et de la Chine…

L'énergie et le climat expliqués aux jeunes

November 2020, by Tristan[ —]

Je découvre (avec beaucoup de retard) qu’il existe un MOOC Energie & Climat à l’attention des jeunes, produit par l’association Avenir Climatique et l’Association Bilan Carbone. Je viens de visualiser la Saison 1, et elle est vraiment bien faite. On pourrait dire que c’est comme le cours de JM Jancovici à l’école des Mines, mais moins pointu en terme de pré-requis scientifiques.

copie décran de Youtube

Ca se présente sous forme de 5 épisodes d’une vingtaine de minutes :

  1. MOOC Energie / Climat S01E01 : Nous sommes accros aux énergies fossiles
  2. MOOC Energie / Climat S01E02 : Combien nous reste t-il d’énergie fossile ?
  3. MOOC Energie / Climat S01E03 : Changement Climatique - Chaud Devant !
  4. MOOC Energie / Climat S01E04 : 2°C - Evitons l’ingérable, gérons l”inévitable !
  5. MOOC Energie / Climat S01E05 : Et maintenant qu’est ce qu’on fait ?

Tout l’intérêt est que contenu est très professionnel, bien présenté, bien filmé, avec les bonnes sources scientifiques et même le support associé (kit du conférencier). Par la suite, deux autres saisons vous attendent :

Allez hop, au boulot !


Allo Apple, on a un problème !

November 2020, by Tristan[ —]

Voir la mise à jour en fin de billet avant de diffuser l’information (en gros, Apple fait marche arrière). Sinon, lire Les utilisateurs de macOS Big Sur pistés par Apple ? Ce n’est pas aussi simple…

Je découvre avec stupéfaction qu’Apple surveille les utilisateurs de Mac.

En effet, MacOS envoie silencieusement à Apple une empreinte (un identifiant) pour chaque logiciel que vous utilisez(mise à jour : c’est en fait un identifiant du développeur qui a fait le logiciel, pas le logiciel lui-même[1]). Cela fait plusieurs mois que cela dure. Il était possible de modifier ce comportement si on allait bidouiller dans le système mais visiblement, avec MacOS Big Sur (la nouvelle version qui vient de sortir), cela va devenir impossible à désactiver. Ah, et les nouveaux Mac ne fonctionne qu’avec Big Sur…

Bien sûr, l”excuse invoquée est la sécurité via la lutte contre les malware. Je ne nie pas que cela puisse avoir un intérêt pour les béotiens, mais cela doit être transparent et désactivable pour qui le souhaite.

copie décran du site Apple qui promet la main sur le coeur que la vie privée ça compte pour eux

Qu’est-ce que cela signifie ?

  1. À chaque fois qu’on lance une application sur un Mac, Apple récupère la date et l’heure, l’identifiant du développeur, l’adresse IP de l’ordinateur ;
  2. Cette information transite en clair sur le réseau, ce qui veut dire que des personnes mal intentionnées peuvent la récupérer
  3. Ces personnes, Apple en tête, savent qui a fait les logiciels que vous faites tourner sur votre ordinateur, y compris des logiciels sensibles comme par exemple Tor Browser.

De façon générale, c’est très inquiétant car les ordinateurs personnels, depuis leurs débuts, sont des general purpose computers, des outils sur lesquels on peut faire tourner les logiciels que l’on veut, quitte à les écrire soi-même. Avec un tel système, l’ordinateur se retourne contre son propriétaire.

Pour Apple, qui prétend respecter la vie privée, ça l’est encore plus. Alors Apple, on corrige le tir ou on retire sa page sur la confidentialité et on se met à copier Google ? On joue la transparence ou on enfume ses clients ? On permet de désactiver la fonctionnalité ou on force les utilisateurs (quitte à se prendre un shitstorm) ?

Mise à jour du 16/11/2020 08:30 :

Après publication de ce billet de blog et la levée de boucliers sur les blogs et réseaux sociaux, Apple vient de mettre à jour cette nuit son article Safely open apps on your Mac avec les modifications que j’attendais (merci Floflo530 pour l’info). On notera que l’essentiel est à ce jour une promesse dont il faudra vérifier qu’elle est tenue à l’avenir :

To further protect privacy, we have stopped logging IP addresses associated with Developer ID certificate checks, and we will ensure that any collected IP addresses are removed from logs.

In addition, over the the next year we will introduce several changes to our security checks:

  • A new encrypted protocol for Developer ID certificate revocation checks
  • Strong protections against server failure
  • A new preference for users to opt out of these security protections

Note

[1] Merci à Minable pour l’info, j’ai modifié le reste du billet pour rester exact.


En vrac confiné

November 2020, by Tristan[ —]

Spéciale dédicace à Laurent Seguin

J’apprends avec une immense tristesse la disparition de Laurent Séguin, un type atypique, bourré d’énergie, d’humour et d’une grande intégrité, promoteur du logiciel libre depuis toujours, impliqué dans plusieurs associations du logiciel libre (ancien président de l’AFUL). Laurent était aussi un compositeur de musique libre de talent, très éclectique. Par exemple, voici un titre d’électro Welcome et un titre de Flamenco-Métal, Burnenco. Laurent, tu vas nous manquer !

Citation du jour

Interview de François Jarrige, historien des techniques qui, dans son livre Face à la puissance : une histoire des énergies alternatives à l’âge industriel (La Découverte, 2020), propose une définition du progrès :

le progrès, aujourd’hui, ce n’est pas tant utiliser des techniques toujours plus puissantes qu’avoir recours à des techniques adaptées aux limites environnementales et plus justes socialement

Sur la technologie

Complètement en vrac

Sur le climat

Sur le vélo

  • DansMonRayon.fr, une initiative de l’équipe de l’excellent Geovelo.fr pour trouver une balade à vélo près de chez vous (à moins d’un km et moins d’une heure) ;
  • Je découvre que chez BL Évolution (cabinet de conseil), on propose un vélo de fonction, et c’est classe !
  • Vendredi, depuis mon ordinateur, je vais participer à Futurapolis.










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