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Comprendre la problématique énergie / climat

19 May, by Tristan[ —]

Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, j’ai voulu profiter du temps libre offert par le confinement, pour suivre le cours que donne Jean-Marc Jancovici à l’École des Mines Paris Tech. 20 heures de cours qui, parce qu’on peut arrêter le prof quand on veut d’un simple clic pour mieux prendre des notes, m’ont pris au moins 30 heures pour générer 71 pages de notes manuscrites, c’est dire si c’est passionnant.

Pourquoi s’infliger un tel effort intellectuel ? Pour comprendre les problèmes énergétiques et climatiques auxquels doit faire face l’humanité. Et pour ça, Jean-Marc Jancovici est un professeur passionnant, drôle (à condition d’aimer l’humour d’ingénieur !), un véritable puis de science, qui parle d’histoire de l’humanité, de pétrole, d’histoire des sciences, d’économie, de politique avec un charisme certain, osant poser les questions qui fâchent et en y répondant avec des informations sourcées. Bref, je recommande à tout le monde qui s’intéresse aux sujets du climat et de l’énergie. Notons que le cours s’adresse à des élèves ingénieurs de haut niveau, donc ça demande une certaine culture scientifique.

Parmi les sujets abordés :

  1. L’énergie — introduction, et pourquoi elle a permis le développement économique d’une partie du monde
  2. L’énergie fossile — À quel point nos sociétés sont dépendantes des énergies fossiles, même en France
  3. Le changement climatique (partie 1) — Comment le recours aux énergies fossiles intensifie l’effet de serre et contribue à changer le climat (et c’est grave)
  4. Le changement climatique (partie 2) — Faire face à la fois à la raréfaction des énergies fossiles et le besoin de réduire les émissions de GES
  5. Les économies d’énergie — l’équation de Kaya
  6. Le nucléaire — un argumentaire pour défendre le nucléaire comme seule option permettant de négocier plus facilement le virage énergétique et climatique
  7. Les énergies renouvelables — Les nouvelles énergies renouvelables : on en parle beaucoup, mais elles ne couvrent qu’une toute petite partie des besoins et en plus ne sont pas pilotables, par opposition aux centrales à gaz, pétrole, charbon ou nucléaires.
  8. La comptabilité carbone — Il sera difficile (euphémisme) de décarboner l’énergie et donc l’économie et il faut pourtant le faire très vite (diviser par 3 les émissions de GES D’ici à 2050).

Pour suivre le cours :


En vrac déconfiné

16 May, by Tristan[ —]

Coucher de soleil en Normandie lors du déconfinement

Quelques liens très en vrac collectés pendant le confinement :

Transports

Numérique

Économie

  • Huit pistes pour une relance verte des économies après le coronavirus. C’est intéressant, mais ça se discute. À coté des suggestions listées ci-dessous, ma version des choses :
    • 1 – Un plan pour la rénovation globale des bâtiments — Oui, clairement oui !
    • 2 – Développer le fret ferroviaire — Mais pas que le fret, le transport de passagers aussi, dont le train de nuit.
    • 3 – Une filière batteries made in Europe — Oui !
    • 4 – Soutenir l’électrification des véhicules — Attention : il faut déjà réduire énormément la dépendance à la voiture. Remplacer des diesels par des voitures électriques sans rien changer autour est une énorme erreur !
    • 5 – Accélérer le développement du vélo — Oh ouiiiiii !
    • 6 – Relocaliser la production d’énergies renouvelables — ils veulent surtout dire relocaliser la production de matériel permettant la capture d’énergies renouvelables.
    • 7 – Améliorer l’autonomie du pays en protéines — Oui, mais surtout réduire drastiquement le recours à la viande, dont le rendement est très mauvais. (Faire venir du soja de l’étranger pour nourrir un boeuf en France, c’est moins efficace que de faire pousser de la nourriture en France)
    • 8 – Encourager le développement de la filière hydrogène — Mouais. Réduire la consommation d’énergie est l’essentiel, surtout !
  • Lancement de /e/OS pour Fairphone 3. Je serais ravi de voir un système d’exploitation respectueux des données personnelles tourner sur un smartphone respectueux des gens et de la planète. Ca semble s’approcher !
  • Grise ou verte, la croissance nous conduit dans le mur, où il est fait référence du livre Prospérité sans croissance de Tim Jackson que j’ai commencé à lire et qui est passionnant ;
  • La désillusion d’une start-up de l’économie circulaire ;

Imaginer un futur souhaitable

21 April, by Tristan[ —]

Il y a quelques jours, Charles Dassonville, un ami de Montpellier, me contacte à propos d’une conversation d’un an plus tôt sur l’importance d’avoir des récits positifs permettant d’imaginer un avenir serein. Il me propose d’écrire à quatre main un tel récit visant à imaginer une sortie positive de la crise sanitaire et économique du Covid-19. Texte sous licence CC-BY par Charles Dassonville et Tristan Nitot. Photo CC-BY-NC-SA Barbara ‘aurorologue’ Crimi.

A laube dune nouvelle époque  — Lever de soleil avec un cycliste en contre-jour par Barbara Crimi

Préambule

Il nous est apparu, en cette période de confinement, que de nombreux contemporains s’interrogent sur l’émergence éventuelle d’un “nouveau monde” après le coronavirus. Comme le citoyen est le plus souvent abreuvé de scénarios catastrophe, nous avons souhaité stimuler son imagination avec des futurs meilleurs, souhaitables, qui ouvrent des horizons. En substance, pour paraphraser Clemenceau, le futur est un sujet bien trop sérieux pour le laisser aux politiques, enclins à le sacrifier pour accéder ou rester au pouvoir, ou aux écrivains de science-fiction, trop tentés par la dystopie, qui donne des récits plus poignants que l’utopie.

Voici donc notre vision utopique du monde d’après la pandémie. Utopique ? Certainement, mais au sens noble du terme : il s’agit ici de dépeindre un futur souhaitable, désirable, si nous jouons bien les cartes que nous avons en main. Car sinon, comment aller vers le meilleur si on n’arrive pas à l’imaginer ?

11 mars 2020

L’OMS annonce officiellement que le Covid-19 est désormais une pandémie. Dans le monde entier, les États annoncent des mesures radicales de confinement pour éviter une catastrophe humanitaire. Les écoles ferment, l’économie marche au ralenti, les rues se vident. Il semble bien loin, le temps de l’insouciance !

10 avril 2020

Alors que le confinement se prolonge, les chefs d’État, les élus et la population s’organisent pour que la vie continue malgré tout, notamment à travers la multiplication d’initiatives citoyennes. L’espace urbain paraît soudainement inadapté. Les personnes se déplaçant pour des raisons légitimes ont du mal à trouver l’espace de distanciation nécessaire à pied ou à vélo. En voiture, il y a désormais trop d’espace. L’urbanisme tactique, qui consiste à rapidement mettre en place des aménagements temporaires pour voir s’ils fonctionnent, entre dans les bonnes pratiques de villes dans le monde entier, qui se mettent à tester des aménagements visant à rééquilibrer l’espace urbain afin de l’adapter au contexte de la crise sanitaire. Onze ministres de l’environnement européens appellent à mettre le Green Deal au cœur du plan de relance post-coronavirus.

11 mai 2020

La France et la majorité des pays occidentaux sortent progressivement et de manière très prudente du confinement. Pour autant, l’hygiène, les gestes barrières et la peur de relancer l’épidémie sont au centre de toutes les préoccupations. De nombreuses personnes cherchent un mode de transport alternatif aux transports en commun, dans lesquels la distanciation est difficile. Or, depuis un mois, l’urbanisme tactique en a surpris plus d’un et la réalité d’une ville plus silencieuse, où l’on respire mieux, et où les enfants peuvent se réapproprier l’espace urbain en toute sécurité, séduit l’opinion publique. Dans les médias, de nombreux spécialistes de la santé appellent à des mesures urgentes et fortes pour limiter la pollution, fortement liée au taux de mortalité du Covid-19. Alors que de plus en plus d’hôpitaux utilisent ses masques de plongée comme respirateurs de fortune, l’enseigne Decathlon, après avoir fait don de centaines de milliers de ses masques à travers le monde, abandonne son droit de licence, mettant ainsi la production du masque à portée de tous. Des projets Open-Source comme le Minimal Universal Respirator et MakAir permettent à chacun de fabriquer localement et à moindre coût des respirateurs. Chaque retour d’expérience, chaque amélioration est partagée librement avec les autres utilisateurs et producteurs de ces systèmes, permettant des progrès de façon fulgurante, plus rapidement que si le projet avait été mené avec des modes d’entrepreneuriat plus classiques reposant sur la compétition darwinienne. Selon Tedros Adhanom, directeur-général de l’OMS, ces initiatives sont déjà en train de « sauver des centaines de milliers de vie ».

La Nouvelle-Zélande, le Canada ou encore le Portugal annoncent que leurs plans de relance n’incluront aucun investissement dans les industries aéronautiques ou automobiles, qui présentent trop d’externalités négatives. Les budgets sont plutôt alloués à des plans de résilience sociétale (PRS), qui visent notamment à adapter les réseaux logistiques ou combler la fracture numérique. Jacinda Ardern, première ministre néo-zélandaise, promet un débat sur le revenu universel au parlement et se prépare à réduire de 20 % son salaire et celui de ses ministres.

04 novembre 2020

Au lendemain de sa courte victoire sur Donald Trump aux présidentielles américaines, Joe Biden annonce, comme promis lors de sa campagne, qu’il souhaite mettre en place une sécurité sociale universelle d’ici la fin de son mandat, le désormais célèbre “Health for All Act”. Mesure encore inimaginable pour l’opinion publique américaine quelques mois auparavant, la catastrophe humanitaire dans la plus grande puissance du monde a fait bouger les lignes. En effet, suite au fort taux de mortalité chez les millions de personnes qui ont dû refuser le dépistage par manque de moyens, l’exécutif américain réalise qu’il aurait été bien meilleur pour l’économie de subventionner les services de santé plutôt que de voir le pays s’enfoncer dans la récession.

Au Royaume-Uni, le gouvernement de Boris Johnson met en route son plan de décarbonation des transports. En France, on avait pu observer dès décembre 2019 que les grèves avaient mis l’Ile de France en selle sans retour en arrière grâce à un effet cliquet. C’est désormais sur tout le territoire qu’on observe une forte augmentation de la pratique du vélo. Pour faire face à cet afflux de nouveaux usagers, de nombreux aménagements temporaires qui avaient été mis en place pendant le confinement sont pérennisés. Il faut dire qu’il a été démontré que le coronavirus survivait particulièrement longtemps dans l’habitacle des voitures. L’automobile, un temps présentée comme idéale pour respecter les distances sociales, perd beaucoup de son aura.

De nombreuses entreprises qui avaient été obligées d’expérimenter le télétravail pendant les grèves ont dû le reconduire pendant la période de confinement. Il est maintenant généralisé, au moins à temps partiel, d’autant que le gouvernement soutient cette approche. En conséquence, les émissions de CO2 baissent. Les objectifs des accords de Paris, qui semblaient hors de portée, ne paraissent plus si inatteignables : l’Occident, qui semblait avoir fait le deuil de ces accords, se remet à croire en la possibilité d’échapper à la catastrophe climatique. Plus généralement, les esprits changent sur la vision de la société et de l’écologie. Chez les puissants comme chez le grand public, l’heure n’est plus à la fatalité mais à la possibilité d’un réel changement.

01 janvier 2022

En ce début d’année, de nombreux chefs d’État font preuve d’optimisme. Le Covid-19 semble désormais maîtrisé. Le développement du vaccin par une équipe multinationale financée via l’OMS est unanimement salué comme un des meilleurs exemples de coopération entre États de notre histoire. Comme la formule du gel hydro-alcoolique qui fut si utile pour faciliter l’hygiène des mains tout au long de la pandémie, la formule du vaccin est libre de droit pour une accessibilité universelle. Un thème clé de la campagne des présidentielles française est la résilience, notamment face à une nouvelle crise sanitaire éventuelle. La pandémie a permis une prise de conscience collective de l’importance de rester en bonne santé, avec une nette hausse de l’activité physique, mais aussi un rejet de la malbouffe, aidé il est vrai par la révolution numérique des producteurs et des services de distribution locaux en France et ailleurs. Les travailleurs étrangers saisonniers non déclarés, à qui les agriculteurs avaient souvent recours par le passé, ont été remplacés par des travailleurs locaux déclarés, réduisant ainsi le chômage et améliorant la protection sociale. Les batailles commerciales autour du manque de masques et de respirateurs ont clairement démontré les limites de la mondialisation. Aussi, la relocalisation partielle de l’industrie est bien intégrée par le politique et les citoyens. Des usines désaffectées sont rouvertes, des emplois sont créés, d’autant que la Chine, qui pensait être sortie d’affaire, subit malheureusement une nouvelle vague de Covid-19.

05 mars 2030

Après des discussions jusqu’au bout de la nuit, 185 chefs d’État signent l’accord de Bogota sur la santé et le climat. Celui-ci va au delà des accords de Paris, désormais considérés comme trop peu ambitieux et n’explicitant pas assez les liens directs entre santé et climat. En France, les rapports sociaux sont méconnaissables. La remise en cause de beaucoup de principes d’organisation du monde économique a fait éclater au grand jour l’absurdité des discriminations qui étaient pourtant couramment acceptées au siècle précédent, en particulier celles fondées sur les caractéristiques physiques et en premier lieu le sexe biologique. Marqueur économique, pour la 4ème année consécutive les salaires de femmes sont supérieurs à ceux des hommes. Dans l’éducation, suite à la grande réforme de 2025 le nombre d’élèves par classe est plafonné à 15 dans le primaire et 20 dans le secondaire, et chaque enfant a “le droit au numérique”, c’est à dire qu’un terminal numérique et une connexion internet sont fournis gratuitement à tout enfant dont les parents en font la demande. En s’inspirant du modèle finlandais, la confiance individuelle de l’enfant est mise au centre du processus éducatif, et les différents types d’intelligence humaine sont reconnus et valorisés. L’imagination et la créativité sont considérés comme des compétences clés, et deviennent donc des matières à l’égal des mathématiques ou du français.

Née à Montpellier, la campagne #LocalPride a fait le buzz sur les réseaux sociaux l’été dernier, bien au delà des frontières nationales : elle consiste à se photographier en vacances dans son propre pays, fier et convaincu que l’esprit de voyage et de découverte n’est pas proportionnel aux kilomètres parcourus. Il est devenu inconvenant de poster des photos de lieux exotiques et lointains. Ce mouvement est d’ailleurs encouragé par les algorithmes des plateformes qui sont programmés pour moins relayer les photos prises loin de leurs pays d’origine, répondant ainsi aux aspirations des utilisateurs. L’envie profonde des citoyens de rester en bonne santé couplé avec la création de réseaux véloroutes un peu partout dans le monde font que les vacances à vélo ont remplacé les vacances en avion.

Parallèlement, la coopération internationale n’a jamais été aussi importante. Au delà de l’accord de Bogota, l’importance d’une population bien informée en cas de crise majeure est désormais évidente. Aussi, tous les journaux et publications scientifiques ont convenu que les articles sur les épidémies ainsi que sur le changement climatique seraient gratuits et publiés sous licence Creative Commons, facilitant ainsi la mise en commun des connaissances. De même, le projet HAND, initié à la fin des années 2010, permet l’alerte des populations et leur information en un temps très réduit, gagnant du temps de réaction face aux catastrophes naturelles. Pour lutter contre l’obsolescence programmée, l’État fait passer la garantie des objets électroniques grand public à 5 ans en prévoyant de la passer à terme à 10 ans, poussant ainsi les constructeurs à produire des objets plus solides, plus fiables et plus réparables.

14 juillet 2050

Place de la Bastille, le défilé des docteurs, infirmiers, pharmaciens, travailleurs sociaux, chercheurs, agriculteurs, caissiers, et autres professions essentielles bat des records d’audience et rassemble comme chaque année autant d’hommes que de femmes. Il faut dire que ces professions sont les grandes gagnantes de ce qu’on appelle désormais “la révolution sociale de 2040”. Sous l’impulsion de la présidente de la république qui l’avait promis lors de sa campagne, cette série de mesures a permis de transformer l’impressionnante sympathie qu’ont développé les français pour ces personnes depuis 2020. Entre 2030 et 2049, le sondage annuel sur la personnalité préférée des français récompense des experts de la santé à 9 reprises, des responsables associatifs à 4 reprises, et des sportifs seulement 2 fois. Cela s’est aussi traduit, quelques décennies plus tôt, par une revalorisation sensible des salaires des professions de santé. Il avait été argué dans les années 2010 que les entrepreneurs prenaient plus de risques que les autres professionnels, raison pour laquelle ils devaient être plus rémunérés. Le principe a été appliqué aux professions les plus exposées à des risques sanitaires.

A l’échelle mondiale, le PIB « différentiel » a remplacé le PIB brut comme marqueur de succès économique. Celui-ci fait la distinction entre les secteurs d’avenir dans lesquels il faut investir (santé, éducation, énergies renouvelables, agriculture biologique, infrastructures cyclables…) et ceux qu’il faut aider à décroître (industries pétrolières et minières, publicité, automobile, aviation…).

La crise sanitaire de 2048 liée au nouveau virus HIV-3, bien plus contagieux que ses prédécesseurs, a été bien gérée par la communauté internationale, confortée par les enseignements qu’elle a tiré de la crise du Covid-19 trente ans auparavant. Seuls les rares pays encore dirigés par des gouvernements populistes voient leurs systèmes de santé submergés et leurs économies repartir en récession.

L’atteinte des objectifs climatiques fixés par les accords de Paris et Bogota semblent à portée de main. Il reste encore 50 ans pour mesurer si les objectifs globaux seront durablement atteints, mais une chose est sûre : la France est plus paisible qu’avant, avec plus de justice sociale, moins de pollution et son chômage a nettement baissé. On retrouve la Douce France et sa « tendre insouciance » de Charles Trenet, tout juste un siècle après l’écriture de sa chanson.


Le point sur les applications de pistage pour lutter contre Covid-19

18 April, by Tristan[ —]

Ce billet est un peu une suite du précédent, Covid-19 et la surveillance, avec des liens sur le sujet pour compléter :


Covid-19 et la surveillance

8 April, by Tristan[ —]

Tristan Nitot sur le plateau de LCI

Face à l’épidémie de Covid-19, au confinement qui s’éternise (plus de trois semaine au moment où j’écris ces lignes), nombreux sont ceux qui se demandent comment le numérique, et les applications pour smartphones en particulier, pourraient aider gagner cette « guerre » contre le virus. D’aucuns pointent les pays qui ont mis en place de tels moyens en place et se demandent comment la France pourrait les imiter.

C’est un sujet sur lequel j’ai eu l’occasion de travailler au sein du comité national pilote de l’éthique du numérique, lequel vient de publier un premier bulletin sur le sujet. Ce matin, j’étais invité sur le plateau de LCI (photo ci-dessus) pour en débattre. Les textes écrits à plusieurs mains et les débats télévisés étant ce qu’ils sont, il me semble judicieux de livrer ici le fond de ma pensée, avec mes mots à moi.

Je pense que nous sommes dans une période où il faut être particulièrement prudent car le contexte est assez unique.

Une situation tendue

Nous sommes dans une situation très particulière. En effet :

  • Les français sont prêts à tout pour vaincre le virus car il fait peur à juste titre ;
  • Les français espèrent une sortie aussi rapide que possible du confinement qui leur pèse personnellement et économiquement ;
  • Le gouvernement doit démontrer son action et son leadership dans cette situation particulièrement difficile.

Par conséquent, la majorité des français est prête à signer un chèque en blanc et ainsi sacrifier beaucoup dans l’objectif de sortir du cauchemar Covid-19 aussitôt que possible.

Un enjeu colossal, la deuxième loi de Godwin

Décider ou non de mettre la population sous surveillance pour une noble cause (combattre le coronavirus) est lourde de conséquences. En effet, comme le dit Mike Godwin (l’inventeur du fameux point Godwin), “Surveillance is the crack cocaine of governments”. « La surveillance est une drogue dure pour les gouvernements ». Une fois qu’ils y ont goûté, impossible de s’en passer.

Un exemple tout simple confirme qu’en France, certains dispositifs temporaires peuvent durer : Vigipirate, créé en 1995[1] et toujours en vigueur aujourd’hui, au point même qu’il est entré dans le droit commun. C’était il y a vingt-cinq ans.

C’est à mon sens le plus grand danger : laisser l’épidémie nous convaincre d’accepter des limitation temporaires de nos libertés, mais avec un aspect temporaire qui dure indéfiniment.

Une large combinaison d’options technologiques et politiques

Dans ce contexte, différentes options s’offrent à nous. Il conviendra de choisir quelle type d’application est acceptable pour nous.

  • Approche centralisée ou stockage de données sur les terminaux ?
  • Approche visant la population dans son ensemble (anonyme)[2], ou visant chaque individu (nominatif) ?
  • Approche à l’esbroufe (‘regardez, on fait quelque chose”) ou efficace quant à l’épidémie ? (“Regardez, ça marche !”)
  • Approche propriétaire (code fermé) ou logiciel libre / open-source (code ouvert et auditable) ?
  • Données stockées en clair ou chiffrement des données ? En cas de chiffrement, qui contrôle la clé ?
  • App destinée à informer la police d’une violation du confinement ou à informer l’individu d’un risque de contagion ?

C’est sur ces options et sûrement d’autres que j’ai oublié qu’il va falloir juger l’intérêt d’éventuelles solutions applicatives.

Mettre en place aujourd’hui un système de pistage des individus n’est envisageable que si nous sommes sûrs qu’il est limité dans sa collecte de données, transparent, respectueux de la vie privée et surtout limité dans le temps, s’arrêtant dès que possible.

C’est sur la durée limitée du système qu’il nous faut être particulièrement vigilants. Nous éviterons ainsi, en France, de valider le coté prémonitoire des affirmations de Mike Godwin sur la surveillance.


Au revoir, Qwant !

4 March, by Tristan[ —]

Neon affichant le mot Qwant

Voilà, aujourd’hui, 4 mars 2020, c’est mon dernier jour chez Qwant. Cela fait presque deux ans passés à construire et promouvoir un moteur de recherche Européen et respectueux de la vie privée, ce qui le différencie des géants américains.

Ce n’est pas facile de quitter l’entreprise et les équipes, après plusieurs centaines d’interventions médiatiques, institutionnelles et publiques, au service d’un projet audacieux, d’autant que de nombreuses amitiés se sont nouées avec des collègues à partager la même mission.

Résumons les épisodes précédents : après 16 mois en tant que VP Advocacy, j’ai été nommé Directeur Général par intérim de septembre 2019 à fin décembre 2019, au moment où intervenait un changement de la structure de gouvernance et une évolution de l’actionnariat.

Parmi les choses dont je suis fier, la réussite des audits de l’État qui permettront le déploiement de Qwant dans les administrations, et une réorganisation de l’entreprise visant à mieux se focaliser sur l’essentiel.

Comme prévu, j’ai retrouvé mon poste de VP Advocacy début janvier 2020, mais le cœur n’y était plus. La direction, les actionnaires et moi avons donc décidé ces dernières semaines que je partirai. Nous y voici donc.

Et maintenant, que vais-je faire ?

(Comme chantait Gilbert Bécaud, mais en plus enjoué)

C’est la vraie question… Où précisément que faire, pour quoi, chez/avec qui ?

Que faire ?

C’est en fait ce qui change le moins : je compte miser sur mes fondamentaux, faire ce que je sais faire, à savoir aider à monter un projet numérique éthique au service de tous, et à le promouvoir.

Pour quoi ?

C’est là que les choses peuvent évoluer un peu. Le numérique, le Web et ses standards, le logiciel Libre, les communs numériques, les communautés, l’impact du numérique sur la société, l’éthique du numérique, la vie privée, les données personnelles, voilà les sujets que je connais bien, qui m’intéressent, et sur lesquels j’ai pu travailler jusqu’à présent, et je compte bien continuer à creuser ce sillon.

Mais il y a un autre sujet sur lequel j’ai commencé à développer une expertise, fruit d’un intérêt personnel : la transition écologique et énergétique. J’ai lu, pensé et écrit là-dessus depuis plusieurs années en amateur, et j’ai commencé ces derniers mois un nouveau projet d’écriture (une fiction futuriste en lien avec la crise climatique) que j’ai du mettre en pause en prenant des responsabilités chez Qwant l’été dernier. J’ignore encore si je vais reprendre ce travail d’écriture, mais le sujet me passionne et je pense que mes compétences peuvent s’y exercer.

Chez/avec qui ?

C’est là la plus grande inconnue : où vais-je pouvoir travailler, et à quelle échéance ? Après 5 ans[1] au service de la startup nation, j’ignore encore si je souhaite y retourner. Restent le monde associatif (après 17 ans de Mozilla) ou la possibilité de rejoindre une entreprise existante non financée par le capital risque, voire enfin de monter ma propre structure. Il est trop tôt pour le dire.

Quoi qu’il en soit, si vous avez un projet autour du numérique et de l’environnement, pensez à moi ! Je suis joignable par mail à l’adresse que je vous laisse deviner (indice : c’est monprenom@monNomDeFamille.com)

Et mon moral ?

Il est possible que vous vous posiez la question, alors je l’anticipe : mon moral est au beau fixe. J’ai plusieurs mois devant moi pour avancer sur ce projet (délai de carence de Pole Emploi oblige). Du coup je vais en profiter pour donner des conférences, réfléchir à ce que je veux faire, prendre des vacances à vélo et à moto. Et peut-être écrire si ma recherche d’emploi m’en laisse le temps ?

En fait, si je regarde dans le rétroviseur, je constate que mes périodes entre employeurs ont été très bénéfiques :

  • En 2003 après mon départ d’AOL/Netscape, j’ai monté Mozilla Europe et préparé le lancement de Firefox ;
  • En 2015, lors de mon départ de Mozilla, j’ai écris le livre Surveillance ;
  • En 2018, en quittant Cozy Cloud, j’ai fait un grand voyage à moto (c’était avant ma redécouverte du vélo ;-)

Bref, sans préjuger de l’avenir, c’est enthousiasmant de voir tant d’opportunités s’ouvrir et d’avoir un peu de temps pour moi et mes projets créatifs…

Et si vous avez envie de prendre un café avec moi pour imaginer ce que pourrait être mon prochain job ou simplement pour boire un café, vous savez où me joindre !

Mise à jour du 11 mars 2020

Des centaines de messages de soutien, sur Twitter, LinkedIn, mails et textos génèrent à la fois un travail de réponse et surtout beaucoup de gratitude. Je suis désolé si mes réponses tardent à venir mais mon carnet de bal se remplit vite ! Déjà plusieurs rendez-vous très intéressants avec des gens que j’apprécie, qui me font phosphorer. C’est génial ! Si je ne vous ai pas encore répondu, soyez patients, ça va venir… promis !

Coté presse, quelques retombées :

Note

[1] sans compter mes 5 années chez Netscape / AOL !


En vrac sur l'environnement

28 February, by Tristan[ —]

Lever de soleil sur Paris


En Vrac transports et vélos

27 February, by Tristan[ —]

velo sur le point de la Concorde











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