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Mireille Fargier-Caruso, Comme une promesse abandonnée

par Michel Ménaché
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Mireille Fargier-Caruso, Comme une promesse abandonnée

par Michel Ménaché

21 mai, par Angèle Paoli[ —]

Mireille Fargier-Caruso, Comme une promesse abandonnée,
Éditions Bruno Doucey, Collection Soleil noir, 2019.



Lecture de Michel Ménaché




Dans son dernier recueil au titre nostalgique, Comme une promesse abandonnée, Mireille Fargier-Caruso s’interroge sur les désillusions et le désenchantement d’une génération habitée par « le désir fou de vivre » qui s’opposait à toutes les oppressions, qu’elles fussent exercées au nom du socialisme totalitaire ou dans la sphère du libéralisme déshumanisé. Si sa poésie se défend de tout didactisme, l’auteure ne se tient pas à l’écart et pose un regard inquiet sur « l’avenir ceinturé » de « notre espèce en débâcle ». Après avoir rêvé de s’accorder au monde, elle tente de goûter encore le chant du « merle moqueur », de combler le manque en recueillant toujours précieusement « le pollen d’une histoire perdue ».

Si la foi de l’auteure en l’homme s’obstine à perdurer afin que vivre ait encore un sens, elle admet que pour elle « le ciel s’est tu depuis longtemps ». Elle oppose au pessimisme ambiant l’optimisme gramscien de la volonté et de l’action : « la vie se gagne ». Surtout, la vigueur régénératrice de l’amour la porte encore :

« tous les soupirs des lits défaits
de la tendresse à nos genoux

cela nous rend plus fort ».

Sans nier les fragilités du corps vieillissant qui rendent plus vulnérable, épuisent l’énergie vitale. L’écriture à la fois nerveuse, elliptique, rend compte de cette tension physique et morale qui s’exacerbe :

« un jour le corps
trahit notre confiance

l’innommé nous déborde ».

Le couperet de l’âge n’épargne personne. L’urgence du poème le crie sans épanchement, presque froidement :

« pas de compte à rebours de sursis
au bout de l’allée si courte
quelques pelletées dessus

définitif ».

Jusqu’au vertige du néant, rendu perceptible par le raccourci d’une antithèse abrupte : « le rien est là si plein ». La poésie de Mireille Fargier-Caruso est d’autant plus expressive qu’elle ne dilue ni l’émotion ni l’angoisse existentielle, elle cristallise le sens, avec une économie d’images volontiers paradoxales, sans intention rhétorique :

« très tôt on entend le silence
comme réponse à nos questions
on sait l’horizon troué ».

La violence du monde, « les massacres à côté de nous », la multiplication des laissés-pour-compte, les cadavres d’enfants rejetés sur les plages, l’injustice grandissante, tous les saccages indignes résonnent dans le poème comme le gong d’une défaite des idéaux perdus ou dévoyés :

« les écrasés
les enlisés
les en retrait
les minuscules

l’insensibilité indispensable qui dissout l’inacceptable

ranger ses émotions
ravage ».

Mais l’auteure se refuse au renoncement, l’espérance du poème frémit encore :

« vomir toute la souffrance
un jour il faudra bien

pour pouvoir dire ensemble
la vie est à nous ».

Les utopies évanouies cependant reviennent en mémoire. Elles étaient tellement fortes, tellement fédératrices :

« on avait cru que le Nord et le Sud
se partageraient le soleil

on avait chassé l’au-delà
par plus tard

on voulait tellement croire

l’espoir rebondit toujours ».

Le consumérisme orchestré, le formatage des esprits continuent de nous déshumaniser : « devenir n’est pas l’avenir ». Une dérision inquiète traverse la fin du recueil ponctuée d’un vers récurrent résumant le décervelage de masse : « du pain des jeux et stéréo ». Et demain ?

Loin de tout nihilisme, Mireille Fargier-Caruso continue de porter haut « l’émotion / des foules solidaires ». Sa poésie élague le passé des « jours abîmés / tous les chemins où Poucet s’est perdu ». Et de l’enfance retrouvée aux « lendemains qui déchantent », l’auteure garde les yeux ouverts, sans illusion :

« demain sera meilleur
bien sûr on veut y croire
l’étoile du berger en repère

on en oublierait presque
on vit moins longtemps que nos rêves
[…]
resteront ‘‘les voix écrites’’
des étoiles dans les yeux des enfants ».

Et de citer Nietzsche à la toute fin du recueil : « Nous avons l’art pour ne point mourir de la vérité. »



Michel Ménaché
pour Terres de femmes
D.R. Texte Michel Ménaché






Mireille Fargier-Caruso  Comme une promesse abandonnée





MIREILLE FARGIER-CARUSO


Fargier-Caruso 2
Ph. © Oumeya El Ouadie-Setka




■ Mireille Fargier Caruso
sur Terres de femmes

[D’un coup de dent soudain] [L’hiver avance] (extraits de Comme une promesse abandonnée)
L’arôme du silence
Entendre
Gorgée d’eau pour les lèvres sèches
Presque rien... l’eau du poème où se désaltérer (article sur le recueil Ces gestes en écho)
[S’arracher] (poème extrait d’Un lent dépaysage)
silence d’avant le souvenir (poème extrait du recueil Ces gestes en écho)
[sur la plage] (extrait de Couleur coquelicot)
→ (dans l’Anthologie poétique Terres de femmes) On a vingt ans (poème extrait du recueil Un peu de jour aux lèvres)



■ Voir aussi ▼

→ (dans la Poéthèque du site du Printemps des poètes) une fiche bio-bibliographique sur Mireille Fargier-Caruso





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» Retour Incipit de Terres de femmes


Marie Fabre | (Une petite balade dans l’impossible...)

20 mai, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour





[UNE PETITE BALADE DANS L’IMPOSSIBLE…]





(Une petite balade dans l’impossible, une petite ballade de l’impossible.)



***



Tout existe ici.
En pure perte, nous ne savons pas.
L’énergie qui ne va vers rien,
la femme qui rêve à son mari mort,
la jeune fille qui aime en vain,
l’ami à la parole duquel notre amitié ne suffira jamais,
tout cet appel qui tournoie je l’entends,
je l’imagine voler au loin,
nourrir et flétrir les feuilles des arbres,
se disperser dans le ciel,
frapper la tempe d’un inconnu qui grimace sans savoir pourquoi.
L’air est plein de nos expansions,
Il n’y a pas de vide, pas de vide, il n’y a que l’invisible plein.



***



elle a pas voulu
il a pu voulu
paraît pas prêts ?



***



Je suis assise au bord de la piscine. Je vois ton corps illustré émerger de l’eau, je remarque le bonheur de ton corps, il me fait presque peur. Je pense sauter, je pense nager, je pense te rejoindre, je pense me retourner et laisser ma poitrine se gonfler, parader à la surface. Je pense à toi, déjà. Je me tiens sur le bord du désir. Et voilà qu’il n’est plus temps de sauter. C’est l’apnée du souvenir.




Aime-moi laisse-moi
te donner quelque chose
laisse, fais, donne, aime
me laisser quelque chose
laisse-moi quelque chose
à donner, laisse faire fais
aimer quelque chose fais
don, du don de quelque chose



***



elle l’a fait valser
il l’a atomisée
c’est l’amour
faut qu’ça pulse



***



(Une petite balade dans l’impossible, une petite ballade de l’impossible.)




Marie Fabre, Love Zibaldone et autres poèmes de l’Amerego, éditions L’arachnoïde, 2019, pp. 52-54.






Marie Fabre






MARIE FABRE


Ancienne élève de l’École normale supérieure (Lettres et Sciences humaines), Marie Fabre est agrégée d’italien. Depuis 2013, Marie Fabre est maître de conférences en études italiennes à l’ENS de Lyon.




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions l’arachnoïde) la fiche de l’éditeur sur Love Zibaldone




■ Voir encore (sur Terres de femmes) ▼

Hommage à Alix Cléo Roubaud, par Marie Fabre
Françoise Clédat | L’adresse (lecture de Marie Fabre)
Mariangela Gualtieri | [Per tutte le costole bastonate e rotte] (traduction de Marie Fabre)
Edoardo Sanguineti, Corollaire (lecture de Marie Fabre)
dossier Amelia Rosselli, par Marie Fabre
Amelia Rosselli | [La tua debolezza è la mia vittoria] (traduction de Marie Fabre)
Goliarda Sapienza, L’Art de la joie (chronique de Marie Fabre)
note de lecture d’AP sur Les Hommes et la Poussière d’Elio Vittorini (éditions Nous, 2018), traduit de l’italien et présenté par Marie Fabre





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Cécile Oumhani | Rêves de draps

15 mai, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


RÊVES DE DRAPS




Étendus face au ciel
les draps des dhobis
rêvent à un autre monde
aux abords de la rivière
d’étranges nuages
s’alignent
tissés de clarté
à même les pierres
chaque jour sans se lasser
ils adressent au soleil
leur message d’espoir

côte à côte
dans un souffle ils échangent
murmures et chuchotements
entendus la nuit dans les maisons
de toute une ville

étourdis d’air et de blancheur
ils confient au vent
secrets et paroles volées
au petit matin
les coucous koël
s’égosillent en vain
depuis les banyans
épris d’envol et de sagesse
où ils ont prudemment
élu domicile




Cécile Oumhani, Mémoires inconnues, éditions la tête à l'envers, 2019, pp. 35-36. Encres de Liliane-Ève Brendel.





Oumhani  Mémoires inconnues






CÉCILE OUMHANI

Cecile Oumhani





■ Cécile Oumhani
sur Terres de femmes

Interview de Cécile Oumhani par Rodica Draghincescu (+ notice bio-bibliographique)
Aux prémices du sable
[Dès l’aube ils s’interpellent]
Éclats de rêves
Le Café d’Yllka (lecture d’AP)
[j’ai marché dans l’ignorance] (poème extrait de La Nudité des pierres)
Ne craignons pas la nuit
La Nudité des pierres (lecture d’Isabelle Lévesque)
Temps solaire, III
Touching land (poème extrait de Passeurs de rives)
[S’abandonner au sommeil] (extrait de Tunisie, Carnets d’incertitude)
Avant-propos de Lalla ou le chant des sables d’Angèle Paoli
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) Manhattan redux
→ (dans la galerie Visages de femmes) Cécile Oumhani, « Seuils possibles », Revue Confluences Méditerranée n° 22, été 1997



■ Voir aussi ▼

→ (dans la Poéthèque du site du Printemps des poètes) une fiche bio-bibliographique sur Cécile Oumhani





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» Retour Incipit de Terres de femmes

Sylvie Fabre G., Pays perdu d’avance

par Angèle Paoli
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Sylvie Fabre G., Pays perdu d’avance

par Angèle Paoli

10 mai, par Angèle Paoli[ —]

Sylvie Fabre G., Pays perdu d’avance,
éditions L’herbe qui tremble, 2019.
Peintures de Fabrice Rebeyrolle.



Lecture d’Angèle Paoli




L’ODE ET LE LAMENTO




La mère, la montagne, « la vieille enfant ». Tel est le « trio » premier, pilier de la mémoire et de l’affect, sur lequel la poète Sylvie Fabre G. semble avoir fondé sa vie. Trio premier qui contient en son centre le couple indissociable de la vie et de la mort. Premier et vital, car chacun de ces piliers conduit à l’écriture poétique et porte en lui les germes de cette écriture, les engendre et les ravive. « La vieille enfant » d’aujourd’hui, « orpheline de sa mère », porte en elle les forces vives de la mère, son monde et son amour, demeurés intacts par-delà la séparation ultime. La mort n’a rien effacé de ce qu’a transmis la mère par sa présence aimante. Mais ce qu’elle a emporté avec elle dans la tombe est sans retour. Avec elle s’en est allée l’enfance de la « vieille enfant ». L’enfance a sombré, enclose sous la dalle. Définitivement perdue. À croire que l’enfant, la seconde du trio « blond brunes », portait déjà inscrite en sa jeune conscience le sentiment aigu d’un « pays perdu d’avance ». Or il y a l’écriture. Semblable à Énée portant son vieux père sur ses épaules pour éviter de le voir sombrer dans Troie en flammes, Sylvie Fabre G. porte sa mère « sur les épaules de l’écriture. » Par l’écriture de son dernier recueil, Pays perdu d’avance, la poète parvient à redonner vie à ce passé défunt. À redonner sens à un « pays perdu ». Ce pays où l’on n’arrive jamais. Le Grand Pays,

« Quand la lumière tombe,
la mère que tu portes sur les épaules
de l’écriture pour toucher de sa présence
le ciel garde sa réserve spirituelle,
le bonheur des jours créés ensemble. »


Par-delà, avec l’envol, l’enfant fera l’apprentissage de l’exil.

Pays perdu d’avance de Sylvie Fabre G. est organisé tout entier autour de la figure tutélaire et sanctifiée de la mère. Éliane, au nom de prophète, née pour tisser et nouer autour d’elle les liens solides, indispensables, pour construire une vie. Liens avec les siens, ceux de son enfance à elle, ces vieux que « la vieille enfant » n’a guère connus, sinon à travers les récits maternels et sa présence chaleureuse ; le trio enfantin que la mère nourrit de ses mots, histoires de neige l’hiver et d’alpage l’été ; l’Oisans, « miroir indivisible de la mémoire | et de la geste familiale », pays d’origine de la mère, et ses falaises abruptes, qui vous forgent les caractères jusque dans les contrastes et dissemblances qu’elles font naître :

« La masse de la montagne n’était-elle pas
le contrepoint à l’aérien délicat de la mère ? »

La mère, une figure idéale, équanime, même au plus fort des malheurs. Profondément croyante ; cultivée et sage. « La vieille enfant », ainsi que sa sœur aînée ou le petit frère, suivent la mère dans ses gestes, partagent entre eux la même fascination pour sa langue et pour ses récits. Plus en retrait, le père, homme du Sud, avec son vécu d’immigré italien, sa personnalité construite sur le travail, sur le sens du devoir, sur l’économie des mots. Deux êtres. Un père une mère, en de nombreux points dissemblables, dont on pressent qu’ils ne sont pas vraiment assortis dans leur quête du bonheur ; qui cependant vivent ensemble, se conformant au choix initial du mariage. Chacun porteur de sa propre histoire. Il faudra du temps à la poète pour reconstituer le pays manquant et pour s’approprier l’autre langue. Tout cela fait partie de la matière/manière poétique de Sylvie Fabre G., dans la langue talentueuse et fluide qui est la sienne.

Pays perdu d’avance porte déjà en son titre la marque implicite d’une nostalgie, sinon d’une douleur inconsolable, d’une fêlure liée à la perte. Cela n’a pas échappé à Fabrice Rebeyrolle dans les peintures qui accompagnent la parole poétique de Sylvie Fabre G. : des compositions abstraites d’une grande force tellurique, strates, taches, carrés sombres, trouées de jaune dans l’opacité des masses. Des peintures où cependant la couleur prédomine. Sept si l’on inclut dans la totalité des peintures la première de couverture, d’un bleu dense et soutenu où s’enfuient des ocres en errance.

Les mots, ceux de la poésie avant tout, ont-ils un pouvoir de résilience pour la poète ? Il me semble pouvoir répondre que oui. Même si la quête, qui se lit d’un poème à l’autre, s’avère difficile, voire improbable. Ainsi dans cette strophe où la poète évoque sa démarche :

« Orpheline aujourd’hui de mon rêve et de sa réalité,
j’en rassemble autour de moi les brins épars
pour retrouver dans le poème ses paysages
sans raison, ses visages aux éclipses insensées,
et je fouille tenace la réserve du sans oubli
dans le fol espoir d’une palingénésie. »

Ou encore, quelques pages plus loin, dans cette interrogation lucide et quelque peu inquiétante, et dans la réponse philosophique qui en émane :

« […] N’ai-je fait que
transmuer la vie en poème pour y garder
tous les aimés puis lâcher prise ? Le perdu
comme l’amour et la mort est sans rémission. »

À lire ces quelques vers cueillis au hasard, on acquiert l’assurance que la poète chemine. Non seulement dans sa mémoire – porteuse de souvenirs qui nourrissent l’écriture et l’ordonnancent –, mais aussi au tréfonds d’elle-même. Les mots irradient d’un pouvoir secret, d’une magie rare et précieuse, qui agissent comme les eaux souterraines de torrents charriant images de mort et de vie, indissociablement soudées l’une à l’autre. Ainsi de tant d’autres appariements qui ponctuent ses vers. « L’ici et là-bas » | « le vécu-rêvé » | « livrée », « délivrée » | « l’ode et le lamento », « espoirs », « désespoirs »… « à vivre et à mourir »… C’est sans doute cette réflexion continue sur la mort et sur son double impossible, l’amour, qui assure à la poésie de Sylvie Fabre G. sa force de haut lyrisme. Fidèle à elle-même et à son vécu de la poésie, la poète offre au lecteur un recueil d’une densité rare, d’une émotion authentique, née d’une réflexion intime qui s’interroge sur les raisons de sa propre existence et se nourrit du dialogue suivi qu’elle entretient avec elle-même. Avec la vie, avec la mort. Dialogue aussi avec la mère :

« Ma place ici et dans le cosmos me restait
incertaine. Qui étais-je ? Où était ma pensée ?
Où mon être entier ?
Les yeux de la mère
coloraient d’un azur inaltéré mon exil qui tintait
haut dans l’étude la marche ou l’amitié
mais leur mélancolie s’effrayait de tout abandon. »

En contrepoint, dès l’exergue, les mots du poète François Cheng ouvrent la voie à la confiance retrouvée ; et peut-être même, grâce au médium de la poésie, à une forme de résurrection à laquelle la poète aspire malgré les doutes qui la tenaillent. Chez François Cheng, vie et rêve se conjuguent ainsi, dans la continuité du passé et du futur, qui assurent à la vie son possible renouveau :

« Mais ce qui a été vécu
sera rêvé
et ce qui a été rêvé
revécu ».

Pays perdu d’avance, tel qu’agencé par Sylvie Fabre G., est d’une puissante beauté. Un recueil qui s’inscrit dans une tradition tant littéraire que musicale, perceptible dans l’ordonnancement même de l’ouvrage. Un triptyque construit sur une ascendance. Mort et résurrection. La richesse du champ lexical, emprunté aux domaines culturels que la poète affectionne, nous conforte dans notre approche. Litanie / lamento / fuga / chant / envoi / finale / romance / aria / ode…

Sous la plume de la poète, la « romance » de la mère se transmue en ode à la mère, volet initial et volet final de l’ouvrage se répondant en écho : « Quand la lumière tombe » | « Quand rayonne la nuit ». Deux sections portant un sous-titre identique : Litanies de la vieille enfant. Compositions en quintils (24/23), et en italiques, encadrant la partie centrale du tableau : « L’oiseau avec sa romance », sous-titré « chant ». Introduit par un « envoi » constitué de quintils, le chant central étant suivi d’un « finale ». À l’intérieur, le chant central déroule ses douze sizains. Un ensemble placé sous l’égide de Pier Paolo Pasolini, comme en attestent ces vers en épigraphe :

Oh, quand les hirondelles volent,
elles montent si haut crier sur les toits…


L’hirondelle ouvre la voie, figure aérienne qui apparie mère et fille :

« Dans l’infusion continuelle de sa lumière | je devenais la virevoltante hirondelle », les termes « romance » et « litanies » conférant à l’ensemble de l’ouvrage sa double tonalité. Relié aux récits de la mère, le terme « romance » évoque le monde tel que narré par la mère à ses enfants. Cousu de mythologies rêvées et vécues, il renvoie à la narration idéalisée de l’enfance, son Grand Pays, ses bonheurs partagés, ses figures anciennes croisées avec celle de la « jeune mère ». C’est dans cette « romance » que se vit la relation fusionnelle mère/fille/hirondelle, ancrée dans un passé mythique, désormais inaccessible. Le terme « litanie » imprimant à l’ensemble de l’œuvre sa tonalité élégiaque. Le retour d’une note plaintive dessinant tout au long des quintils une frise mélancolique. C’est que chaque strophe prend appui sur le premier vers (reprise de l’intitulé de chacun des volets) :

« Quand la lumière tombe » | « Quand rayonne la nuit » (on remarque au passage la structure subtile du chiasme qui joue sur un double contraste : « lumière » | « nuit » ; « tombe » | « rayonne »).

Quant au panneau central de la « romance », il est rythmé par le retour récurrent des mots entre parenthèses (Je me souviens). Souvenir probable du titre éponyme de Georges Perec. Encarté dans le panneau central, le cinquième chant est lui tout entier consacré au poème « Dans la bibliothèque de ma mère », un ensemble de huit sizains, scandé par le retour anaphorique du vers initial.

À l’évidence, la vocation lyrique de Sylvie Fabre G. est inspirée et portée par toute une stratification culturelle, acquise de longue date. Forgée à même les mots et les récits de la mère. Renforcée plus tard par les lectures puisées « dans la bibliothèque de la mère ». Puis élargie par les études et par le travail de l’écriture. La poète est bien de longue date une poète de l’écrit, dispensatrice de sens. En atteste sa langue fluide qui coule au long des vers sans rupture ni écueils.

D’aucuns pourraient penser que la poète se complaît dans la souffrance qui est sienne — exil et perte —, inguérissable. Ce qui serait sans doute vrai si la mère n’avait pris garde de protéger « la vieille enfant » de cette tentation désespérée :

« Quand la lumière tombe,
dis non aux fausses consolations du vide,
choisis l’empreinte, et consens avec elle
au départ au legs joyeusement insensé
de la vie à d’autres vies.

« Quand la lumière tombe,
ta mère, même morte, te demande la lune :
"Continue à faire briller pour moi la lampe
de la vie, brillante comme les lucioles jadis
au cœur des choses vues, et à réinventer. "»


Sur les pas de la mère, ou en écho spirituel avec elle, François Cheng, le maître aimé, aurait-il conduit la poète jusque dans sa vérité ?

« Quand rayonne la nuit,
n’est-ce pas elle ta morte, nouvelle Eurydice,
qui a donné ce souffle orphique à ta main pour écrire
l’aria de l’apparition dans la disparition ?
"Tout est perdu, oui et tout est retrouvé." »


Il y aurait certes encore beaucoup à dire de cet ouvrage et de l’alliance étroite qui s’y noue entre l’ode et le lamento. Mort et résurrection. Mais, parvenue à cette étape de ma lecture, je reste sans voix tant la beauté de ce poème m’étreint. Je m’efface et cède à d’autres le soin de poursuivre le dialogue avec la poète.


Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli






Pays perdu d'avance 2





SYLVIE FABRE G.



Sylvie Fabre Portrait
D.R. Ph. Joseph Caprio
Source





■ Sylvie Fabre G.
sur Terres de femmes


[À l’orée] (poème issu du recueil L’Intouchable)
L’Approche infinie (note de lecture d’AP)
Sylvie Fabre G. par Sylvie Fabre G. (auto-anthologie poétique comprenant plusieurs extraits de L’Approche infinie)
[C’est un matin doux et amer](poème issu du recueil L’Autre Lumière)
Trouver le mot (autre poème issu du recueil L’Autre Lumière)
Dans l’attente d’un prolongement qui se meurt (note de lecture d’AP sur Corps subtil)
Corps subtil (poème issu du recueil Corps subtil)
La demande profonde
Frère humain (note de lecture d’AP)
Frère humain (note de lecture d’Isabelle Raviolo)
[La pensée va, et vient à ce qui revient] (poème issu du recueil Frère humain)
Celle qui n’était pas à sa fenêtre (extrait issu du recueil Le Génie des rencontres)
L’Intouchable (note de lecture d’Isabelle Raviolo)
Lettre des neiges éternelles (extrait de La Maison sans vitres)
Piero, l’arbre (autre extrait de La Maison sans vitres)
Le rêveur d’espace [hommage à Claude Margat] (autre extrait de La Maison sans vitres)
Quelque chose, quelqu’un (note de lecture d'AP)
Tombées des lèvres (note de lecture d’AP)
Tombées des lèvres (note de lecture d’Isabelle Raviolo)
[Plus forte que la forêt] (poème issu du recueil Tombées des lèvres)
[Bien sûr le chant s’apaise dans le soir] (poème issu du recueil La Vie secrète)
Maison en quête d’orient (poème issu du recueil Les Yeux levés)
Jean-Pierre Chambon, Le Petit Livre amer, par Sylvie Fabre G.
Jean-Pierre Chambon, Tout venant, par Sylvie Fabre G.
Patricia Cottron-Daubigné, Visage roman, par Sylvie Fabre G.
Alain Freixe, Vers les riveraines, par Sylvie Fabre G.
Emmanuel Merle, Ici en exil, par Sylvie Fabre G.
Emmanuel Merle & Thierry Renard, La Chance d’un autre jour, Conversation (lecture de Sylvie Fabre G.)
Pierre Péju, Enfance obscure, par Sylvie Fabre G.
Pierre Péju, L’État du ciel, par Sylvie Fabre G.
Fabrice Rebeyrolle, un peintre gardien du feu, par Sylvie Fabre G.
Erwann Rougé, Passerelle, Carnet de mer, par Sylvie Fabre G.
Roselyne Sibille, Entre les braises, par Sylvie Fabre G.
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) L’au-dehors
→ (dans les Chroniques de femmes) L’Amourier | Le Jardin de l’éditeur par Sylvie Fabre G.
→ (dans les Chroniques de femmes) Anne Slacik par Sylvie Fabre G. : Anne, la sourcière
→ (dans les Chroniques de femmes) Ludovic Degroote | Retisser la trame déchirée, par Sylvie Fabre G.
→ (dans les Chroniques de femmes) Une terre commune, deux voyages
→ (dans la galerie Visages de femmes) le Portrait de Sylvie Fabre G. (+ poème issu du recueil L’Approche infinie)






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8 mai 1982 | Mort à Trieste d’Anita Pittoni

8 mai, par Angèle Paoli[ —]
Éphéméride culturelle à rebours



Personnage mythique et talentueux du monde artistique et littéraire italien de l’après-guerre, la triestine Anita Pittoni s’éteint le 8 mai 1982, à l’âge de quatre-vingt-un ans, à l’hôpital Santa Margherita de Trieste.

« On pourrait […] définir [Anna Pittoni] comme une sorte d’hybride triestin de Margherita Sarfatti et de Peggy Guggenheim, capable, contre vents et marées, d’insuffler à [Trieste] une respiration littéraire, comme on jette une pierre dans un étang. Cette pierre, ce fut une maison d’édition, Lo Zibaldone, salon où les intellectuels venaient parler et manger » (ainsi s’exprime Simone Volpato, éminent libraire de la Libreria antiquaria Drogheria 28 de Trieste).

Anita Pittoni est notamment l’auteure de proses poétiques aujourd’hui rassemblées par les éditions genevoises La Baconnière sous le titre Confession téméraire [parution le 10 mai 2019].





CONFESSION TÉMÉRAIRE
(extrait)



Je suis une femme dénuée de toute raison, incapable de sentiments. Je ne sais pas nourrir de vrais sentiments, qui plus est, j’ai d’autres défauts. Il suffit que je veuille bien me voir telle que je suis, que j’aie le courage de reconnaître clairement le jugement que l’on porte sur moi et sur mes mouvements pour me sentir toute chamboulée. Franchement, je ne sais pas comment j’ai eu la force de me supporter. Je compile les mauvaises actions : la moindre de mes respirations, mon plus fugitif coup d’œil, la plus douce et bonne parole qui sort d’entre mes lèvres, tout n’est que mauvaise action. Et jamais, au grand jamais, ces mauvaises actions ne sont dirigées contre moi-même. Elles sont réservées aux êtres qui me sont les plus chers. Personne, jamais, ne devrait me croire, quoi que je fasse, et mon geste le plus amoureux, mon geste le plus enchanteur et désintéressé, je vous déconseille d’y croire.

Je m’active, je m’agite, je me démène et me cache derrière des sentiments sublimes. Mais la vérité, c’est que je ne suis rien. Je n’existe pas. Je n’ai aucune consistance. Je ne suis que le centre d’un mouvement, un centre vital sans loi, sans morale, sans éducation, capable seulement de mystifier. Même si je mourais de douleur, ce serait une mystification. En moi, rien n’est vrai, rien ne part d’un sentiment profond, tout provient d’un désir obscur, contraignant, impérieux de mouvement. À chacun son mouvement, et si, pour y parvenir, il faut que j’aie des sentiments, j’en ai, j’ai les sentiments qui sont nécessaires, et si, pour imprimer ce mouvement, je devais mourir, je mourrais, j’irais jusqu’à mourir de douleur.

Je ne suis pas un être, je suis simplement une force qui s’est incarnée, qui s’est concrétisée dans un corps. D’ailleurs, je ne sens pas mon corps physique, ou plutôt je le sens comme un accident du moment. Donc, tout ce qui en dérive est aussi un accident du moment. Voilà ce qu’est ma vie, dans cet accident qu’est la vie que je subis à présent. Les songes aussi peuvent s’emparer de moi, maintenant que je suis dans cette vie, mais quelle que soit la profondeur avec laquelle je ressens les choses, tout reste superficiel, comme ma vie elle-même. Tel est mon tourment.

Il n’y a qu’une mystification dont je n’ai pas été capable : demander pardon, c’est là mon point faible, la preuve que je ne suis pas un être mais une force. Ah ! si seulement j’éprouvais le besoin de demander pardon ! Alors là, oui, je serais moi aussi un être mortel et je pourrais espérer le repos de la mort.




Anita Pittoni, Confession téméraire, suivi de Cher Saba et La Cité de Bobi, Éditions la Baconnière, 1207 Genève, 2019, pp. 75-76. Préface de Simone Volpato. Traduit de l’italien par Marie Périer et Valérie Barranger.






Anita Pittoni  Confession téméraire





ANITA PITTONI


Anita Pittoni





Née à Trieste le 6 avril 1901, Anita Pittoni est la fille de Francesco Tosoni Pittoni (1876-1917), ingénieur, et d’Angela Marcolin Bosco (1880-1940), couturière brodeuse.

Anita Pittoni grandit au sein des milieux artistiques de sa ville natale et se passionne très tôt pour l’art textile, tant dans le domaine de la mode que dans celui de l’ameublement. Après avoir créé son propre atelier de stylisme, Anita Pittoni confectionne vêtements et accessoires, tissus d’ameublement, tapisseries et tapis, faisant usage d’une grande variété de matériaux, simples ou précieux, qu’elle prend plaisir à assembler. Elle privilégie des produits naturels comme le chanvre ou le lin, mais aussi des fibres synthétiques (notamment la rayonne), ou des fibres d’origine végétale (tel le genêt). Les techniques qu’elle a acquises auprès de sa mère et sur les bancs d’école se conjuguent à un talent artistique personnel et original qu’elle bonifie grâce aux nombreuses personnalités de l’avant-garde artistique qu'elle côtoie. À Trieste tout d’abord, puis à Milan, et enfin dans toute la péninsule italienne. On lui doit, entre autres créations, celle des costumes de l’adaptation italienne (sous le titre La veglia dei lestofanti) de L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht (Milan, 1930, mise en scène d’Anton Giulio Bragaglia) ; ainsi que les tissus et panneaux d’ameublement du paquebot transatlantique Conte di Savoia…

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, délaissant sa première passion, Anita Pittoni se lance dans l’édition. En 1949, elle fonde avec Giani Stuparich (son futur époux) la maison d’édition Lo Zibaldone. « Rédigé comme un manifeste littéraire », le programme éditorial du Zibaldone se fixe pour objectif de délimiter « les contours complexes de Trieste et de sa région » par la production (dans une collection au format à la fois léger et maniable) d’œuvres originales et universelles qui, grâce à la diversité des sujets abordés, puissent dresser « un tableau objectif de la physionomie de la contrée julienne, si peu et si mal connue », et être ainsi « un fidèle miroir de Trieste, porte de l’Italie ouverte à l’Europe ». Parmi ses auteurs les plus connus du grand public figurent notamment Umberto Saba, Benedetto Croce, Virgilio Giotti, Giani Stuparich, Italo Svevo et Tullio Kezich…

Anita Pittoni mettra fin au cours des années 1970 à cette aventure littéraire ardemment menée.





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Anne-Lise Blanchard | [La nuit vient en dormant]

7 mai, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


[LA NUIT VIENT EN DORMANT]




La nuit vient en dormant
pour s’emparer
de nos lointains enfouis

D’elle quelques mots
feraient
belle présence

la neige des saisons
renonçant à effacer ce tout dont on dit
qu’il a une fin

Parenthèse à intermittence
qui exhale lumière
souffle léger

la nuit – chant
de basse
en sa proximité
soit l’heure où l’on regarde les âmes




Le soir âpre emporte les scories
        qui obscurcissent le chemin





Anne-Lise Blanchard, Épitomé du mort et du vif, Jacques André éditeur, collection Poésie XXI n° 49, 2019, page 41.






Anne-Lise Blanchard  épitomé





ANNE-LISE BLANCHARD


Anne-Lise Blanchard
Ph. © Sally Bataillard





■ Anne-Lise Blanchard ▼
sur Terres de femmes

Éclats
[Combien de joies vivons-nous en une vie ?] (extrait des Jours suffisent à son émerveillement)
Les jours suffisent à son émerveillement (lecture de Michel Ménaché)
Le Soleil s’est réfugié sous les cailloux (lecture d’AP)
[Hurlements sirènes] (extrait du Soleil s’est réfugié sous les cailloux)
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) Elle est à marée



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de Jacques André éditeur) la fiche de l’éditeur sur Épitomé du mort et du vif
le site personnel d’Anne-Lise Blanchard
→ (dans la Poéthèque du site du Printemps des poètes) une fiche bio-bibliographique sur Anne-Lise Blanchard





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Florence Noël | [tu dis c’est l’heure jaune]

6 mai, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


[TU DIS C’EST L’HEURE JAUNE]




tu dis c’est l’heure jaune
cette coulée au revers des nuages
car là s’insinuent les ombres
plates
d’une promesse – cette antienne
prélude pour l’attente
dans les alvéoles de ton silence
en cette fin d’après-midi
– ton silence ingéré –
l’attente s’y lasse

tu dis c’est ainsi
que vienne l’heure – l’eau
jaune
oindre la silhouette attentiste des hortensias
rose sous la ruée
d’or gris

l’heure grosse – penses-tu –
et c’est le jaune de l’heure que tu cherches
à renouer aux heures antérieures
les bottes cerise – la robe vichy
la parka cirée qui luit
les flaques égratignées de boues
sur la commissure
tant et tant de miroirs pour ce ciel
tant d’arbres dédoublés dans leurs cris
leurs bras jetés comme des brasiers
de tendre
à t’arracher l’amour de la gorge
l’amour prescient des enfants
de l’orage


jaune un peu trouble
tu ajoutes, l’heure est un peu trouble
mais si paisible avant les trombes
obliques qui bientôt
strieront le portrait de l’enfance
oscillant là
à mi-hauteur
entre glaise et braise
de cet air gommé des soirs

tu souris à l’épreuve
ce jaune c’est l’éternité qui s’attarde
un instant


alors la nuit couche son bec
dans l’herbe
sa nuque requiert
du moindre
la rose
et le mystère




Florence Noël, Solombre, Le Taillis Pré, 6200 Châtelineau, Belgique, 2019, pp. 49-51. Frontispice de Pierre Gaudu.






Florence Noël  Solombre






FLORENCE NOËL


Florence Noel portrait





■ Florence Noël
sur Terres de femmes

L’Étrangère (lecture d’AP)
[parler de soi] (poème extrait de L’Étrangère)
Initiation au crépuscule
[Donnez-nous des pierres] (Vases communicants)
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) autant revivre en mon jardin




■ Voir aussi ▼

le site de Pierre Gaudu





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Michel Diaz, Comme un chemin qui s’ouvre

par Angèle Paoli
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Michel Diaz, Comme un chemin qui s’ouvre

par Angèle Paoli

5 mai, par Angèle Paoli[ —]

Michel Diaz, Comme un chemin qui s’ouvre,
L’Amourier éditions, Collection Fonds Poésie,
Collection dirigée par Alain Freixe, 2019.



Lecture d’Angèle Paoli




« DANS LA COMPLICITÉ DES ARBRES ET LA CONFIDENCE DU FLEUVE »




Il est des proses qui sont de vrais joyaux de poésie. Des proses nourricières, riches en réflexions et en images ; aussi belles qu’émouvantes. Telle est la prose de Michel Diaz, tissée de métaphores singulières qui constituent l’essence même de son écriture. Soumises aux fluctuations continues de la pensée, poésie et ontologie s’inscrivent dans un même continuum d’images partagées. Ainsi des textes qui composent le dernier recueil du poète, paru sous le titre Comme un chemin qui s’ouvre. L’ensemble des proses — réparties en cinq chapitres en forme d’itinéraire et de parcours ascendant — est dédié aux sentiers douaniers qui longent les côtes de France et « traversent les pays de Loire », ainsi qu’à Lola, la chienne du poète, « compagne de ces jours ». L’œuvre dans son entier est consacrée à la marche, laquelle va l’amble avec la réflexion sur l’écriture. Et avec le cheminement intérieur auquel se livre le poète. Entre sommeil et rêve, sur des sentiers hors frontières, s’élabore une poésie du seuil, ancrée dans la nature, portée par la « lenteur de l’air » et la lenteur du ciel. Une poésie en marge. En marge du monde et de la fureur qui le mine. En marge de toute certitude. C’est là, arrimé aux monticules des dunes et aux criaillements des sternes, que le poète « se défait doucement de la douceur d’appartenir au temps. »

Qui est-il ce marcheur solitaire et têtu, qui va son chemin d’un paysage à l’autre et poursuit sa route à l’intérieur de lui-même ? Pour quelle quête, pour quelle poursuite se met-il en marche, sinon pour celle qui s’enharmonise au vent et à la lumière ? Pour saisir au passage le clapotis d’une source ? Et, en définitive, au terme d’une descente dans le puits du labyrinthe, pour se convaincre d’une unique vérité, « [c]elle d’appartenir à tout, comme un maillon, même fourbu de rouille, appartient à la chaîne de l’ancre » ?

Il faudra en cours de route renoncer à céder au « désir infini de se perdre au bout de soi-même, dans le vent frais du soir et les odeurs de pierre sèche. » Renoncer à la tentation de l’autolyse. Et, en amont de ce geste ultime, se délester. Se déprendre de ce qui obsède ; déposer à ses pieds le fardeau de soi-même. Se délivrer de sa pesanteur. Et se couler dans un corps autre.

« Un corps flottant dans la lumière en brumes, pareil à un éclat de rire du soleil après la pluie. »

Telle est la philosophie du marcheur. Corrélée à un rêve de légèreté. En osmose avec la nature. C’est sur la nature, en effet, que bâtit son credo le poète incroyant. Mais là où le credo de l’ermite se hausse en prière, celui du poète libéré de Dieu s’élance vers la dénonciation de ce qu’il réprouve et de ce contre quoi il lutte. Ce credo se dit dans une page sublime où le poète se définit lui-même par l’affirmation anaphorique de ses convictions :

« Je suis pour ce qui s’arme contre le pain noir de l’hiver, pour la pierre claire du givre, pour la neige aux seins odorants ».

« Je suis ici sans pouvoir bouger ni guérir, lourd du plomb d’un secret qui ne se révèle jamais, seulement sidéré par la clarté du jour. »

Sidération. Qui s’accompagne d’un flot d’interrogations sur ce qui entoure l’homme et qui va son chemin d’indifférence, laissant le poète à ses incertitudes et à « sa douleur d’être ». L’abandonnant à un permanent et solitaire face-à-face avec son propre naufrage et à un sentiment taraudant de débâcle. Sidération toujours d’être là, encore, lorsque le poète se laisse prendre par « la rumeur du monde ». Sidération d’avoir franchi les tortures que lui infligent les questionnements multiples qui accompagnent toute vie livrée au vide de l’existence ; livrée à la révolte qui nourrit ce vide ; livrée à l’inanité de toute chose, y compris de l’être et de soi. Être là, pourtant, jour après jour, à devoir se renouer sans cesse à « la blessure de l’inconsolable » et au « froid pétrifiant des étoiles ».

Chaque jour se renouer. À la blessure et au consentement qui la tisonne. Chaque matin retrouver, arrimée à l’aube et à la lumière, une tristesse indéracinable ; une tristesse à peine sensible à la beauté éphémère, et néanmoins vitale, de l’infime.

Revient alors la nécessité de la marche. Qui fait du poète rescapé un pèlerin sans autre finalité que celle de prendre la route :

« J’ai marché, aujourd’hui encore, comme on peut s’égarer dans le labyrinthe de ses pensées ».

Pourtant, marcher ne délivre pas toujours des questionnements essentiels.

« Marcher, marcher encore, et pour quoi faire, quoi ?... Aller où ? Vers quoi ?... » Il en est de même pour l’écriture. « Pourquoi écrire, dira-t-on ?... Ne serions-nous nés que pour être oubliés ? Pour ne laisser place qu’aux terres désolées, aux os calcinés de lumière et aux divers ingrédients du désert ? ».

Ainsi va le poète Michel Diaz, en proie à ses doutes, à sa douleur inguérissable, à la plaie ouverte qui le met à la torture. Quoi alors ? Que reste-t-il ? Que reste-t-il « pour se consoler de l’obscure origine du monde, de la nuit indéchiffrable d’où l’on est venu ? ».

Le poète détient pourtant les réponses à ses propres questions. Et il en a de multiples. Celle-ci, par exemple : « En vérité, les seuls comptes à rendre sont à ce qui engage le corps dans l’affrontement à lui-même ».

Le poète héberge ses rêves de poucet, réunis en « un galet poli par la vague ». En cet ami qui l’accompagne, à la fois « conseiller » et « protecteur », il découvre celui qui l’aide à trouver la voie, celle qui le conduit sur « le chemin de sa vérité singulière […], unique, celle que chaque être est le seul à pouvoir secréter. »

Une fois retourné à la mer, le galet laisse de sa présence le souvenir d’un rêve ancien. « Comme un rêve de délivrance ». Et la conviction profonde que chaque chose, rêvée ou non, a l’existence à laquelle elle est destinée.

« Le galet retourne à la mer, et l’esprit à sa veille. » Le poète, à son adéquation avec le monde. « Dans la complicité des arbres et la confidence du fleuve. »


Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli






Michel Diaz  Comme un chemin qui s'ouvre






MICHEL DIAZ


Michel Diaz portrait
Source




■ Michel Diaz
sur Terres de femmes

Ce qui gouverne le silence (extrait de Comme un chemin qui s’ouvre)
clair-obscur (extrait de Lignes de crête)




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de L’Amourier éditions) la fiche de l’éditeur sur Comme un chemin qui s’ouvre
le site de Michel Diaz




■ Notes de lecture de Michel Diaz
sur Terres de femmes

Jeanne Bastide, La nuit déborde
Alain Freixe, Contre le désert
Françoise Oriot, À un jour de la source





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Jean-Pierre Chambon, Un écart de conscience, II

4 mai, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


UN ÉCART DE CONSCIENCE, II
(extrait)




J’ai bien peur que la sensation
dont je voudrais te faire ressentir l’étrangeté
m’ait fui
et qu’il me faille me référer dès lors
à mes seuls souvenirs
pourtant je ne peux encore me résoudre
à parler au passé.

Sans doute convient-il de se trouver
dans une disposition particulière
un relâchement de la volonté
un abandon de tout contrôle
une attente sans attente
sans conjecture ni désir
pour que se produise l’imperceptible miracle.






Le phénomène que je tente de cerner
est si ténu que je ne sais même pas
s’il existe vraiment
pourtant j’en éprouve le vertige
jusqu’aux tréfonds de mon être
et c’est comme si en moi le nerf
d’une perception autre se mettait à vibrer.

Il ne s’agit nullement
d’une quelconque hallucination
la réalité reste telle qu’en elle-même
mais il se produit en elle comme un suspens
une intime discordance
qui ouvre tout à coup une perspective infinie
inattendue.




Jean-Pierre Chambon, Un écart de conscience, II, éditions Le Réalgar, Collection l’Orpiment dirigée par Lionel Bourg, 42000 Saint-Étienne, 2019, pp. 34-35. Photographies de Christiane Sintès.






Jean-Pierre Chambon  Un écart de conscience






JEAN-PIERRE CHAMBON


Jean-Pierre Chambon  en vignette
Source




■ Jean-Pierre Chambon
sur Terres de femmes

L’Écorce terrestre (lecture de Cécile A. Holdban)
L’Écorce terrestre (lecture d'AP)
[Je touche le grain du silence] (extrait de L’Écorce terrestre)
Des lecteurs (lecture d’AP)
Des lecteurs (extrait)
Noir de mouches (extrait)
Le Petit Livre amer (lecture de Sylvie Fabre G.)
Détour par la Chine intérieure (poème extrait du Petit Livre amer)
[Fleurs dans la fleur]
Fragments d’un règne (poème extrait du Roi errant)
[Sur le papier la lumière](extrait de Sur un poème d’André du Bouchet)
Tout venant (lecture de Sylvie Fabre G.)
[À partir de l’inaliénable singulier] (extrait de Tout venant)
Zélia (lecture d’Isabelle Lévesque)
L’invention de l’écriture (extrait de Zélia)
Jean-Pierre Chambon | Marc Negri, Fleuve sans bords (lecture d’AP)




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Le Réalgar) la fiche de l'éditeur sur Un écart de conscience de Jean-Pierre Chambon





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» Retour Incipit de Terres de femmes

Isabelle Alentour, Louise

par Angèle Paoli
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Isabelle Alentour, Louise

par Angèle Paoli

2 mai, par Angèle Paoli[ —]

Isabelle Alentour, Louise,
éditions LansKine, 2019.



Lecture d’Angèle Paoli




ELLE INVENTE POUR ELLE « UN BERCEAU QUI CONTIENDRAIT LE CIEL »




Louise. Derrière la simplicité, derrière l’aménité d’un prénom — qui donne son titre au dernier recueil d’Isabelle Alentour — se profile la complexité d’une femme. La complexité aussi d’une vie. D’une vie de femme. Marquée dans sa jeunesse par une indicible tragédie personnelle qui laissera marquée au fer l’adolescente qu’elle fut. C’est de la vie de cette femme que la poète fait le récit, alternant prose poétique et poèmes dans une langue diaphane, limpide. La force de ce recueil tient à mes yeux dans l’ingéniosité dont fait preuve Isabelle Alentour, qui conjugue dans son écriture tragique et lumière.

C’est avec la mort que s’ouvre l’histoire de Louise. C’est avec la mort que cette histoire se clôt. Au commencement cinq vers pour dire le passage entre un avant et un après. Un passage « calme » et « feutré » qui s’opère dans la douceur. Une même douceur se dit dans le dernier vers, ouvert vers la lumière, isolé par un long blanc d’interlignage.

« Alors la belle clarté, alors la belle sérénité du matin. »

La présence de la lumière facilite l’émergence du souvenir de l’autre que l’on a peut-être accompagné jusque vers l’autre rive. Et plus loin encore, bien au-delà du souvenir, puisque c’est de partage et d’une continuité d’échange qu’il s’agit entre une vivante et une morte :

« [C]’est comme être avec toi », répète la poète sur trois vers (plus un 4e isolé) pour ponctuer son propos.

Entre ces deux moments extrêmes — celui du caveau et celui de l’adieu final —, la poète retrace une vie. Elle tente d’en (r)assembler les fragments éclatés. Comme dans toute vie, il y a des seuils il y a des passages, souvent douloureux. Ici, un premier seuil entre l’enfance rieuse, solaire, fruitée, caressante, odorante de Louise ; et son adolescence traumatisée par l’expérience sordide vécue dans sa chair. Plus tard, entre sa vie passée en HP et sa mort.

Analepses et prolepses se suivent, se juxtaposent, qui suggèrent les brisures de la mémoire et du corps, les fêlures, les failles, indélébiles, inguérissables. Ainsi alternent les flashbacks, les moments accordés aux souvenirs heureux et les incursions dans le présent. En italiques se disent les jours paisibles d’antan :

« À l’ombre d’un tilleul la mère somnole,
enveloppée dans ses laines.
À ses pieds l’enfant joue. »


Différents « je » s’entrecroisent, celui peut-être de la poète qui suit son amie Louise dans l’HP où elle accompagne ses patients. Louise, âgée, au « visage de brioche », au regard qui absorbe l’autre et le transfigure, aux souvenirs cabossés, aux secrets tenus enclos dans le mutisme. Louise et son « soleil noir ».

Au fil des pages, l’histoire de Louise prend forme, son visage se recompose à mesure que se dévoilent les meurtrissures. Avec toujours la même douceur qui se dit encore et toujours dans la lenteur. Les mots choisis, leur répétition, leur musicalité justement dosée, confèrent au poème sa beauté. Et enveloppent Louise de toute l’émotion dont elle est détentrice, celle-là même qui émane d’elle. Une beauté simple qui rend presque hors d’atteinte toute mise en mots autre que celle d’Isabelle Alentour.

Soudain le rideau se déchire. N’est-ce pas plutôt la poète qui intervient pour qu’enfin la parole se libère ?

« Lentement je déchire le rideau.

Efface le monde d’un trait de sommeil et te rejoins dans ton soleil noir. »

Le rideau tiré, les deux mondes brusquement se séparent. Entre rêve et réel. Le rideau s’ouvre sur une page blanche. Il se passe quelque chose. « Quelque chose échappe, je ne sais encore quoi. » Cet autre chose, c’est un j/e éclaté.

Ainsi l’autre « je » s’est-il un jour morcelé, qui donne son titre à la partie la plus développée du recueil. Scindé en deux, le j/e éclate, la voyelle se séparant de la consonne : j/e. Le décor a changé qui disjoint le réel du rêve. L’enfance perdue et l’HP. Louise : « ventre fauve » ; Louise sa « folie » ; Louise « ventre de fille ébréché ». Louise prise entre ses souvenirs solaires (en italiques) et sa vie de recluse parmi d’autres semblables. La « folle » se souvient, qui voudrait ouvrir les yeux de sa mère sur le réel de ce qu’elle a vécu : « Maman, vois l’erreur sur ce nom qui me cloue ! ». Louise parle, Louise crache ses mots, chapelets de « caillots », qui s’échappent chaque lundi de son « être morcelé ». La « pierre manquante » fait soudain irruption sur la page, qui, d’un poème à l’autre, prend forme, se développe. La pierre manquante, c’est le v.i.o.l. Louise a quatorze ans lorsqu’elle fait l’expérience du viol. Le mot n’arrive que tard sous la plume de la poète. En amont se vit la terreur de l’enfant, la peur de cet autre qui est son beau-père, sa présence « répugnante » et le ravage qu’il inflige à la toute jeune fille qu’elle est. Mère absente, assommée dans son sommeil par les calmants. Impossible de lui confier cette obsession de chaque soir. Impossible de la secouer par des supplications silencieuses : « Qu’as-tu fait de ton enfant, dis, qu’en as-tu fait ? » Impossible d’ailleurs pour l’enfant de mettre en mots « la chose » qu’elle subit, nuit après nuit. Louise de jadis aux robes virevoltant dans le soleil, découvre la réclusion. Le verrouillage. Le refus. Cerveau segmenté. L’innommable résiste au dire. Seuls persistent la peur, la honte, l’incompréhension, le refus, le cauchemar, l’horreur, la bestialité de l’autre. Le sentiment d’avoir été détruite-désarticulée-déconstruite-salie-abîmée. Avec le viol perpétré chaque soir s’en est allée l’enfance, s’en sont allés les rêves, emportés par un en-deçà inaccessible. Comment vivre dès lors ?

Faire silence sur l’indicible.

« Lisser lac,
faire taire tout bruit. »

C’est tout cela que la poète accueille auprès de Louise. Portée par une infinie tendresse. Avec sa parole, avec son silence, elle lui fait place en poésie, de la manière la plus humaine et la plus douce. Elle invente pour elle « un berceau qui contiendrait le ciel. »


Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli






Louise Alentour





ISABELLE ALENTOUR
[PELLEGRINI]



Isabelle Pellegrini





■ Isabelle Alentour
sur Terres de femmes

[Heures douces d’un après-midi d’été] (extrait de Louise)
[Lac étal comme un épuisement] (extrait de Je t’écris fenêtres ouvertes)
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) [Pour ne pas perdre la pluie]



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions LansKine) la fiche de l’éditeur sur Louise
→ (sur le site des éditions la Boucherie littéraire) plusieurs extraits de Je t’écris fenêtres ouvertes
→ (sur Terre à ciel) une page sur Isabelle Alentour [+ mini-entretien avec Roselyne Sibille]
→ (sur Ce Qui Reste) une page sur Isabelle Alentour





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