ACCUEIL > RSS > BLOGS France > Terres de femmes

R S S : Terres de femmes


PageRank : 7 %

VoteRank :
(1.42 - 2 votes)





tagsTags: , , , ,


Français - French

LECTEUR FLUX RSS



Denise Le Dantec, La Seconde augmentée

par Angèle Paoli
">
Denise Le Dantec, La Seconde augmentée

par Angèle Paoli

19 septembre, par Angèle Paoli[ —]

Denise Le Dantec, La Seconde augmentée,
Tarabuste éditeur, Collection DOUTE B.A.T., 2019.



Lecture d’Angèle Paoli




« DANS L’ASYNDÈTE DU MONDE »




Philosophe et botaniste, amoureuse de la nature dont elle a une connaissance tout à la fois encyclopédique et personnelle, faite d’expérience, d’observation et d’amour, Denise Le Dantec est une artiste dont les carnets regorgent de trésors. Croquis et dessins, esquisses et aquarelles sont chez elle indissociables du monde de la poésie. Les grands poètes des siècles derniers n’ont pas de secrets pour elle et sa propre poésie leur accorde une place de choix. D’origine bretonne – son amour pour L’Île Grande n’est-il pas son amour le plus cher ? –, elle est la fière descendante de druides celtes. Fidèle à ses ancêtres, Denise Le Dantec est versée en cosmologie et détient des secrets qu’elle est seule à connaître. Magicienne, experte en constellations et en mystères, elle est une véritable pythie qui nous rappelle que la poésie est souffle et la parole, cryptée et divinatoire. Elle est celle qui écrit :

« Sur la photo
Je suis Isis
Mon rêve est
Gnostique
– Il fait noir »

Placé sous les auspices de la musique, son dernier recueil poétique – La Seconde augmentée – convoque et assemble tout le patrimoine culturel qui est le sien. Mythologique / chamanique / druidique / astrologique / musical. Poétique et historique… Mystérieux et original, le titre emprunte au domaine musical la notion d’intervalle. Il invite ainsi la lectrice que je suis à s’interroger sur le « mouvement disjoint » auquel la définition de cette « seconde augmentée », mise en exergue, fait allusion. L’adjectif « disjoint » est-il à prendre au pied de la lettre ? Quels sont dans la poésie même de ce recueil les effets de cette disjonction ? Je ne suis pas certaine de parvenir à esquisser une réponse. La suite de cette note de lecture le dira. Peut-être.

L’univers premier de la poète est celui de la magie. Fille de druides, elle a hérité de savoirs occultes, planètes et plantes, breuvages et solstices. Elle tient à sa disposition recettes et formules, parfois inquiétantes :

« Écrasez le vert de l’absinthe dans un disque avec euphraises, mauves et débrouillardises. Tournez. Ne parlez plus jamais. »

Ou encore :

POUR SALUER L’AUTOMNE, ON PEUT :

POSER UNE FEUILLE D’OR (enduire d’un gesso ;
souffler sur la feuille pour l’humidifier ; la brunir)
LIRE UN POÈME DE GUILLAUME APOLLINAIRE
FAIRE LES DEUX

En poète initiée, Denise Le Dantec interprète les rituels ainsi que les pratiques qui les caractérisent :

« Quelques-uns écrivent autour de la pierre naufragée, à la surface de l’eau ».

Des chamanes, elle possède des talents qu’elle éprouve au cours de ses journées d’automne :

« Entre deux lessives comme entre deux textes. Qu’est-ce que les heures après une journée ?
Elle coud la feuille de laurier avec la première page.
Bêche avec un pied.
Trempe son balai dans la rivière. Mange des grenouilles.
Attend la Résurrection. »

Maîtresse es-« mécaniques célestes », elle s’ingénie à réunir ce qui au monde s’oppose.

« La pesée du Soleil et la pesée de la Terre.
Nos heures primordiales. Nos courbes souterraines. »

Elle fait confiance aux vents pour rassembler ce qui en elle sépare. Rejoindre/délivrer/coudre sont des verbes qu’elle affectionne. La poète visionnaire évolue dans une dimension sienne dont elle est seule à posséder les clés. Tout à la fois spectatrice et actrice :

« J’assiste à la comptabilité des semences. À la collecte des fleurs.
Je touche au bois des choses.
La lune apparaît et disparaît.
Je vois la lumière où elle n’existe pas. »

Cependant, au cœur même de cet univers dont elle a une parfaite maîtrise, la poète n’est en rien coupée de l’Histoire. C’est avec l’Histoire que s’établit, me semble-t-il, la disjonction majeure de ce recueil. Et avec l’inclusion soudaine de poèmes ayant une relation avec le passé de l’immédiat après-guerre. Cet ensemble de poèmes introduit une rupture dans le temps idéal de l’enfance. Et dans le recueil. Il diffère en effet par sa tonalité et par les références récurrentes à un vécu douloureux. De cosmiques, chamaniques et stellaires, les poèmes deviennent historiques, lourds de menaces. « L’ange de l’Histoire » a fait irruption dans la vie de l’enfant :

« Issue du brouillard, l’enfant. Son chapeau rouge
Avec les noms des saisons brodés dessus
Et les étoiles… ».

L’Histoire charrie avec elle les noms qui ont marqué ces temps de noirceur et d’angoisse. Elle fait le jeu de la peste. De toutes les formes de peste. Noire. Rouge. Brune. Nombreuses sont les allusions aux signes funestes qui ont assombri son époque. Ainsi de l’ensemble de ces vers :

« Peste noire
Peste rouge. L’après-guerre a duré plus longtemps que prévu.


Les femmes-des-ruines
Amassent des briques
Dans les rues

Europe
Apporte un pain
Que nous modelons
– Avec nos poings

Salomé danse entre lune et étoile dans une rue du ghetto.
Les violons se taisent.
Une voiture Ford s’arrête à l’entrée du champ


Peste brune
– Masquant la lune
À la lune

Le tournis des jours. Les soulèvements rimbaldiens.
Marina Tsvetaïeva : « Il n’y a pas de réponse/ il y a des apostrophes – des résonances »
.

Nombreuses sont les interrogations qui ponctuent le long poème. Époques et espaces se mêlent dans un brouhaha indistinct ; annonciateur du pire. « Le cadran saigne ».

« Est-ce que tu entends
Ce que j’entends ?
– Des rumeurs sur une guerre
Proche. »

En ces temps d’incertitude, la poète convoque les voix qui lui sont chères. Peut-être est-ce un appel à l’aide ? Mandelstam/Tsvetaïeva/Celan/Artaud/Rimbaud/Gertrud Kolmar… Et Ezra Pound, pour retrouver la voie de la poésie :

« Venez, mes poèmes, parlons de perfection : nous nous rendrons passablement odieux ».

Et la poète de poursuivre avec sa propre voix :

« N’écris
Que ce qui est :
La furie des vents
La femme nue
– Le vol des bernaches ».

L’inquiétude demeure qui rappelle la noirceur du Welt. Dans ce contexte où dominent les signes noirs, la poésie peut-elle encore quelque chose ?

« – Cela finira-t-il par s’arranger ?
Écrire ici est un échec. »

Et la poète de définir génialement son inquiétude dans cet aveu :

« Je cours dans l’asyndète du monde, l’anaphore patience, patience me poursuit ».

Par-delà cette disjonction majeure en lien avec l’Histoire, il me semble en discerner de plus simples, de plus immédiates. Le mouvement disjoint ne provient-il pas également de l’association des contraires ? De leur juxtaposition  ? Nombreux sont les vers qui vont par paire, constituant ainsi un mouvement diatonique :

« je déploie sa surface
je ne déploie pas … »

ou encore :

« Je passe sous le pont
Je passe pas
(Je recommence)

Et plus loin :

« Je vis
Je ne vis pas … »

Ou ici, dans ce très beau passage, qui pourrait résumer à lui seul la geste cosmique et unificatrice de la poète :

« je confonds les dangers
ce qui tombe et ce qui s’élève
le monde et la destruction du monde
mon passé est présent
mon futur est présent
mes gestes sont les variations de courant atmosphérique ».

D’autres formes de disjonctions apparaissent, dont la présence de caractères italiques au cœur du poème – citations latines, noms de fleurs. Ou encore dans l’usage de l’italique pour un seul et même poème. Ainsi de ce curieux poème aux accents liturgiques qui occupe toute une page :

« C’est ma honte
Mon pain d’escargot
Ma caisse de carton
Ma raison aux cinq doigts
Ma prosopopée crasseuse
Le beurre de mes sacrements ».


La scansion latine, de nature aussi musicale sans doute, rythme ces vers. Une façon poétique pour la poète de décliner le mystère de son âge :

« – je n’ai pas cent ans
une brève une longue
une brève illimitée… »

Ailleurs, dans un long poème en italiques, l’alliance jonction/disjonction assure aux vers leur mouvement de balancier :

« entre le céleste
&
le terrestre… »


[…]

« qui se tourne
& se retourne

[…] »

Une fois éprouvés au plus près ces mouvements binaires, une fois éprouvée la malveillance des Nornes – lesquelles président au destin de tout un chacun et de tous –, Denise Le Dantec renoue avec ses rites ancestraux. Visionnaire, elle convoque « les choses cachées » et s’en remet à cet aveu qui résume tout son être : « Mon image du monde selon les quatre saisons ». Forte de cette grande sagesse, la poète restitue à l’histoire les lucioles perdues. Elle rassemble dans sa main d’or tout ce qui constitue l’essentiel de sa vie et nous fait don de la beauté qu’elle cultive avec art.

« Des poussières de sons. Des cosses de mots. Une pluie de pollen. »

Ainsi offre-t-elle à ses lecteurs son rêve d’union :

« Comme si le soleil tenait tous ensemble les vivants dans la lumière. »


Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli





Denise 2







DENISE LE DANTEC


Denise Le Dantec
Image, G.AdC




■ Denise Le Dantec
sur Terres de femmes

[La Seine est verte] (extrait de La Seconde augmentée)
29 avril | Denise Le Dantec, L’Estran
[« ceci est l’espace de la transparence »](poème extrait d’et je t’embrasse)
Mémoire des dunes
Guillevic | À Denise Le Dantec
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) Où quand
→ (dans la Galerie Visages de femmes) le Portrait de Denise Le Dantec (+ un extrait de l’Encyclopédie poétique et raisonnée des herbes)






Retour au répertoire du numéro de septembre 2019
Retour à l’ index des auteurs
Retour à l’ index des « Lectures d’Angèle »

» Retour Incipit de Terres de femmes

Laura Tirandaz, Signer les souvenirs

par Philippe Leuckx
">
Laura Tirandaz, Signer les souvenirs

par Philippe Leuckx

11 septembre, par Angèle Paoli[ —]

Laura Tirandaz, Signer les souvenirs,
Æncrages & Co, Collection Écri(peind)re, 2019.
Gravures d’Anne Slacik.
Prix de la Découverte poétique
Simone de Carfort de la Fondation de France 2016.



Lecture de Philippe Leuckx



Les vrais auteurs de voyages en poésie contemporaine sont rares : Timotéo Sergoï, connaisseur de Cendrars, Serge Delaive et quelques autres, dont Laura Tirandaz, qui, dans ce deuxième livre, offre un témoignage insigne sur un voyage en Amazonie profonde, avec une poésie subtile qui hisse les habitants perçus à une conscience juste de leur condition humaine, à protéger des mauvais regards, des clichés.

Voyager, c’est « perdre des pays » selon Pessoa ; ici, voyager offre des vignettes de pure poésie, dans « l’attente d’un bus », dans l’observation d’un « Anglais » cossu, exhibant sa montre, dans la perception d’une nature et de « son vol de pélicans qui s’abattent sur le poisson », métaphore de certain tourisme ?

« Le lac à peine éveillé », « à rio Bijano / Des feuilles fendues comme des sabots », « Le vent contrariait le sens du labourage » : autant de visions qui privilégient l’essence d’un monde à découvrir, « à découvert », à l’aune de ce constat « celle qui décrotte ses bottes avant le matin », tâche à laquelle s’assigne la poète : se décrasser le regard pour ne faire vibrer que l’essentiel.

« Le monde une étoffe brûlante
Retrouver les eaux de l’hiver dans le lit de l’été
nous marchons côte à côte
mes années liquides et moi ».

Décrire au plus vrai, au plus juste et arrêter la vision sans doute pour que tout devienne ce poème que je lis, pour que par une capillarité intime se transfuse de la poète à moi ce voyage qui a changé le regard et fait entrer sans effraction les gens d’ailleurs, pour une communion d’âmes ?

Les gravures d’Anne Slacik, fluides bleus d’ombres de corps, relaient exactement le propos aquatique de la poète sensible aux pirogues de la mémoire, celles qui « signent » les souvenirs âpres et beaux d’un voyage, de l’autre côté du monde, à l’envers de nos pauvres certitudes de nantis. Lévi-Strauss eût aimé ces textes fluides, très anthropologiques dans l’abord du monde.

« Cayambe
Dans le bus le coup d’œil des passagers
nous traversons leurs questions pour nous asseoir
Dieu reste près du rétroviseur
La radio accompagne la sortie de scène
de toutes ces vallées vertes ces vaches blanches
Le lait frémit devient crème
Tout ce temps pour qu’une chanson d’amour fasse le tour du monde ».

La poète sait nommer la béance, la solitude, la suspension :

« La nuit était douloureuse injuste
comme une gifle pour l’enfant étourdi ».

Dans la volonté évidente de nommer en les énumérant les « visages », les « amis qui se font des tendresses », de saisir « la nuit (qui) a cloué le sommeil », Laura Tirandaz nous donne à lire les traces épuisées de longs cheminements où la langue, l’effort d’écriture, la ferveur pour les gens et la justesse pour en conserver les images cernent la beauté dans ce qu’elle a de plus inaltérable, de plus partageable aussi : comme ce « quelqu’un  » qui « s’est approché / dans la plainte des vaches / dans l’acquiescement des cochons ».

Une fois le livre terminé, une fois le voyage remisé, que reste-t-il ? « [L]a vie m’a reprise », dit-elle… « je suis déjà rentrée », forme d’épilogue nostalgique (« Il n’y a plus de musique »).

On attend avec impatience de retrouver cette voix dans un troisième opus.


Philippe Leuckx
D.R. Texte Philippe Leuckx
pour Terres de femmes






Laura Tirandaz  Signer les souvenirs 2







LAURA TIRANDAZ


Laura-tirandaz-1
Source




■ Laura Tirandaz
sur Terres de femmes


Guayasamín (extrait de Signer les souvenirs)
[Sillons des dunes sillons des cous des femmes] (extrait de Sillons)



■ Voir aussi ▼

→ (dans la Poéthèque du site du Printemps des poètes) Signer les souvenirs de Laura Tirandaz
→ (sur le site d'Æncrages & Co) la fiche de l'éditeur sur Signer les souvenirs de Laura Tirandaz





Retour au répertoire du numéro de septembre 2019
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

Marie-Josée Christien, Affolement du sang

par Marie-Hélène Prouteau
">
Marie-Josée Christien, Affolement du sang

par Marie-Hélène Prouteau

10 septembre, par Angèle Paoli[ —]

Marie-Josée Christien, Affolement du sang,
éditions Al Manar, collection Poésie, 2019.
Encres d’André Guenoun.



Lecture de Marie-Hélène Prouteau



ÉLÉGIE DE LA VIE EN SOUFFRANCE



Marie-Josée Christien a publié de nombreux recueils de poésie et anime la revue Spered Gouez/L’esprit sauvage qu’elle a fondée à Carhaix en 1991. Elle a reçu en 2016 le Grand prix international de poésie francophone pour l’ensemble de son œuvre. Pour la lecture de ce nouveau recueil (Affolement du sang) publié aux éditions Al Manar, la préface très sobre de Jean-François Mathé donne une clé. Derrière cet affolement du sang évoqué par le titre, il faut entendre une polyglobulie, un cancer du sang que la poète ne nomme jamais, préférant une mention ironique du patronyme d’Henri Vaquez, le médecin qui décrivit pour la première fois cette maladie rare (mais non orpheline, comme il est parfois dit à tort). Quant aux encres d’André Guenoun qui accompagnent le livre, elles sont en parfaite résonance avec le poème. En jouant des vertus liquides de l’encre, entre transparence et opacité, ce plasticien sait rendre un univers organique proche de celui de Marie-Josée Christien.

Comment inventer une langue qui dise la maladie quand celle-ci est pour beaucoup synonyme de mort ? Une langue qui parle à ceux qui ont connu cette expérience comme à ceux qui ne l’ont pas vécue. Nombreux sont les écrivains et les poètes, de Claude Roy à Georges Perros, qui ont confronté leur écriture à la maladie et à la hantise de la mort. L’écriture de Marie-Josée Christien est celle du lyrisme vibrant, grave, d’une lucidité aussi évidente que sa détresse.

Le recueil se présente en trois parties, « Poème absent », « Affolement du sang » qui donne son nom à l’ensemble, et « À la lueur du poème ».

La première partie est empreinte d’une tonalité sombre, on imagine l’annonce de la maladie, la pénible attente. Le choc émotif, intense, s’éprouve dans le silence qui s’entend à chaque page et a quelque chose de médusant. Pour la poète, c’est l’heure crépusculaire ou nocturne avec son lot d’insomnies qui exprime le mieux ce qu’elle ressent. Repris en leitmotiv, le mot désespoir est à la mesure de la violence de l’épreuve. Les vers semblent martelés, énoncés presque souffle coupé.



La mort en moi


Exceptées deux références au vent, le monde extérieur, sa réalité et ses couleurs, ont disparu : il n’y a plus que l’être seul face à cette révélation bouleversante, au sens le plus fort du terme. Expérience-limite qui pressent le réel de la mort proche au creux du corps :

« je me résous à consentir à la fatigue
des mots tremblants
à ne plus espérer ».

Dans ce moment premier du recueil, le thème de l’attente - des résultats, des soins, on ne sait - et le motif de la solitude s’entrecroisent. La poète a l’impression d’un « l’éloignement » du monde dont parviennent « juste quelques paroles/ au loin ». Car la maladie enferme dans ce corps qui, à présent, fait défaillance jusqu’à isoler des autres :

« À l’instant
où la main
tendue
se replie sur le vide ».

La seconde partie, « Affolement du sang », évoque quelques références à la maladie, jamais cliniques cependant. Comme le montrent les images « l’ecchymose du jour » ou « l’azur coagulé » où se fait jour une écriture oblique, travaillée par les formes de syncope et de distorsion des vers. La parole de Marie-Josée Christien a cette vertu de déréaliser et de poétiser les moments de cette traversée douloureuse avec une violence presque baroque :

« La moelle affolée
essaime ses larmes coagulées
dans la chaleur du sang épaissi ».

Ce faisant, c’est moins à la maladie que la poète s’attache qu’à l’écho du mal en elle, à l’effet qu’elle provoque dans son univers mental et affectif. Rien de larmoyant ni de complaisant pour autant. Elle se figure elle-même avec une lucidité triste :

« Une ombre à bout
de souffle
chancelle
de peur et d’espérance ».

Dans la dédicace de cette partie « À Vaquez l’ami fidèle », la poète trouve le moyen de sourire, en détournant sa véritable relation à ce médecin sur le mode de l’antiphrase. Tout se passe comme si elle voulait mettre à distance la maladie, faire silence sur une partie de ce qui a trait à celle-ci, les soins, les traitements et jusqu’à son nom. C’est sa manière à elle de lutter, de prendre force de sa faiblesse même.



Je et la blessure


Avec la présence du je, la poète veut habiter sa douleur, la restituer dans son acuité. C’est à une élégie de la vie en souffrance que nous convie Marie-Josée Christien. La parole oscille entre des mots percutants comme des coups de poing, tels gouffre, supplice, naufragée, des néologismes « me désastrent ». Comme si les mots habituels étaient usés et impuissants. L’interrogation ne peut manquer de surgir : entre les vivants et les morts, où est la place du sujet ?

L’écriture se fait laconique, dépouillée :

« La douleur m’écarlate ».

Les expressions disant l’irréversible, « ne… plus », « ne plus… que », reviennent à plusieurs reprises : « Je ne parviens plus / à retenir la vie ». La vie à présent devient synonyme d’engourdissement, de fermeture, de perte des jours d’avant. Le souvenir de la vie d’hier s’épanouit dans une page, « Ce temps-là », dédiée à Xavier Grall, autre clin d’œil à la maladie. Ailleurs, un conditionnel pointe le vouloir-vivre : « je voudrais dire la vie. » En vain. Ne lui répond que le vide au cœur de la nuit. Le jaillissement sans retenue de l’émotion atteint par moments une sorte de cri. Cri de désespoir devant l’épreuve et sa fatale menace.

La circulation de l’émotion jusqu’à la montée des larmes s’écrit sans pathos, sans fioritures. Le lecteur est face à une parole essentielle. Face à la vérité nue d’un sujet qui assume sa faiblesse et dit sa peur de mourir. Car le sujet qui parle est traversé par une ambivalence. Il est à la fois celui qui a le courage d’entrevoir sa mort proche et celui qui dit dans l’effroi son existence laminée. Cet inexorable, la poète le rapproche des peurs d’enfance. Comment mieux énoncer la fragilité et la force que par cette superbe alliance des contraires : « j’aguerris mes larmes » ?

La dernière partie « À la lueur du poème » entrouvre un peu de lumière et d’espoir. Écrire, c’est reprendre le dessus, redevenir le sujet d’une vie où toute la place n’est plus prise par le mal. La poète se tourne vers le cercle des amis convoqués dans les dédicaces. Quelques pensées lumineuses irriguent ces pages. Le regard a changé. Des mots tels rêve, espoir, force d’appui, chant d’amour, tendresse semblent pouvoir se décliner à nouveau.

Le recueil se boucle sur un moment d’épiphanie. L’enfermement mortifère du début, symbolisé par la main tombant désespérément dans le vide, fait place au geste vers l’autre : « À nouveau / je tends la main ».

Le lecteur imagine ce qu’il a fallu chercher au plus profond pour parvenir à cette sortie de soi. La vie, la mort, le poème : sur la ligne de crête entre la puissance de la mort et la fragilité de l’être, Marie-Josée Christien a trouvé les mots. Graves et magnifiques.



Marie-Hélène Prouteau

D.R. Texte Marie-Hélène Prouteau
pour Terres de femmes







Marie-Josée Christien  Affolement du sang  éditions Al Manar  collection Poésie  2019.






MARIE-JOSÉE CHRISTIEN


Marie-Josée Christien à Quiberon  2013
Source



■ Marie-Josée Christien
sur Terres de femmes

[Je creuse les mots](poème extrait d’Entre-temps )



■ Voir aussi ▼

→ (dans la Poéthèque du site du Printemps des poètes) une notice bio-bibliographique sur Marie-Josée Christien
le site personnel de Marie-Josée Christien



■ Autres chroniques et lectures (21) de Marie-Hélène Prouteau
sur Terres de femmes

Chambre d’enfant gris tristesse
La croisière immobile
Anne Bihan, Ton ventre est l’océan
Jean-Claude Caër, Alaska
Jean-Louis Coatrieux, Alejo Carpentier, De la Bretagne à Cuba
Guénane, Atacama
Luce Guilbaud ou la traversée de l’intime
Denis Heudré, sèmes semés
Jacques Josse, Liscorno
Ève de Laudec & Bruno Toffano, Ainsi font…
Jean-François Mathé, Prendre et perdre
Monsieur Mandela, Poèmes réunis par Paul Dakeyo
Daniel Morvan, Lucia Antonia, funambule
Daniel Morvan, L’Orgue du Sonnenberg
Yves Namur, Les Lèvres et la Soif
Jacqueline Saint-Jean ou l’aventure d’être au monde en poésie
Dominique Sampiero, Chante-perce
Dominique Sampiero, Où vont les robes la nuit
Ronny Someck, Le Piano ardent
Pierre Tanguy, Ma fille au ventre rond
Pierre Tanguy, Michel Remaud, Ici même





Retour au répertoire du numéro de septembre 2019
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

Florentine Rey, Le bûcher sera doux

par Michel Ménaché
">
Florentine Rey, Le bûcher sera doux

par Michel Ménaché

7 septembre, par Angèle Paoli[ —]

Florentine Rey, Le bûcher sera doux,
La rumeur libre éditions, 2019.



Lecture de Michel Ménaché



Poète, performeuse, animatrice d’ateliers d’écriture, Florentine Rey réédite une version nouvelle d’un recueil d’abord publié par Gros Textes sous un titre différent (Je danse encore après minuit, 2017). Pour cet ouvrage remanié, Le bûcher sera doux, elle a bénéficié d’une bourse de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Elle affiche un féminisme teinté d’une ironie mordante et fait preuve d’un humour roboratif, jouant sur les détournements d’expressions, les renversements de situation, la déconstruction par l’absurde des idées reçues…

L’auteure rit souvent d’elle-même en multipliant les autoportraits nonsensiques :

« J’ai un cœur de bouchère qui rissole à chacun de mes coups de sang ».

Ou encore :

« L’orage dehors c’est moi.
J’inonde. »

Elle se met en scène dans des tableaux grotesques qui font penser à certains dessins cruellement drolatiques de Topor :

« Je rêve de me faire plumer et de sentir des œufs chauds sous mes fesses. »

Plus incisive, ardemment polémique, Florentine Rey s’interroge sur la parité et constate :

« Il y a peu de candidates pour enfermer les hommes
les tabasser
les violer
en faire des marchandises
[…]
Il y a des femmes perdues dans un monde d’hommes
elles traversent la vie à la nage en tenant d’un côté
le réel
et de l’autre
la main de leurs enfants. »

Nettement plus concise que Simone de Beauvoir, elle réduit à un diptyque choc Le Deuxième Sexe :

« Les hommes ont des outils
les femmes des accessoires. »

Avec légèreté, elle franchit le pas, des revendications féministes au plaisir érotique intime, simplement suggéré d’une ellipse finement provocante :

« J’ai trouvé le commutateur pour faire tourner la terre
plus vite.
Touche ! »

Ou encore, conjuguant érotisme, humour et vertige métaphysique :

« L’équerre de mes cuisses mesure le vide entre
la bouche de Dieu
et mon désir. »

L’auteure s’inscrit radicalement dans l’errance avec son corps pour seul lieu, ou comme pour y avoir lieu. Elle évoque son nomadisme d’une métaphore lumineuse :

« À chaque halte, nouvelle lumière.
Derrière mes yeux : une grange où je stocke mes soleils. Quand finira l’errance je les allumerai tous.
Le bûcher sera doux. »

Frémissements à fleur de peau que le poème capte au rebond de la langue, en éclats sensibles et jubilatoires…



Michel Ménaché

D.R. Texte Michel Ménaché
pour Terres de femmes







Florentine Rey  Le bûcher sera doux 2






FLORENTINE REY


Florentine Rey 2
Source



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions La rumeur libre) la page de l’éditeur sur Le bûcher sera doux





Retour au répertoire du numéro de septembre 2019
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

Estelle Fenzy, La Minute bleue de l’aube

par Murielle Compère-Demarcy
">
Estelle Fenzy, La Minute bleue de l’aube

par Murielle Compère-Demarcy

6 septembre, par Angèle Paoli[ —]

Estelle Fenzy, La Minute bleue de l’aube,
éditions La Part Commune, 2019 .



Lecture de Murielle Compère-Demarcy







L’opus est de tout recueillement, La Minute bleue de l’aube d’Estelle Fenzy ouvre un opéra intimiste et intérieur où tous les sens à l’éveil, les perceptions qu’ils déclenchent, la voix du poème qu’ils murmurent, jouent la partition d’une musique de chambre avant que la symphonie du monde entame avec l’aurore l’ébrouement, voire le vacarme, de ses manifestations. À l’instant précis et trouble où l’aube paraît – dans la clairière où se répondent encore, avec des correspondances subtiles de pénombre et de lumière, la nuit et le jour – la poétesse est à l’écoute et détecte par ses mots les paysages intérieurs / extérieurs :

« Entends-tu le pouls ralenti
de la nuit

L’aube
comme une paix retrouvée
une convalescence »

avant les « premières voitures / sur l’avenue », avant le « bruit d’enfer » des déchets d’une semaine passée qui tombent dans la benne des camions poubelles, avant que

« [l]a lumière se faufile
entre les branches
Flaques de ciel
où étancher nos soifs ».

Toutes les lignes de l’univers tremblent, vibrent, au diapason du cœur et du recueillement, à cet instant où la poétesse peut « à l’aube / découvrir (s)on cœur intact / au milieu des cendres » après avoir « un soir / fai(t) un feu avec (s)es poèmes » pour « les entendre crépiter joyeux / Compter les étincelles ».
La Minute bleue de l’aube d’Estelle Fenzy est ainsi, telle une étincelle d’espoir et de joie ravivant son souffle par-dessus tout, afin que dure le feu du poème.

« Je suis celle
qui désire le jour
et aspire à la nuit

Les ailes désaccordées
d’un même oiseau »,

écrit Estelle Fenzy, l’âme (ré-)conciliatrice des différences, des états ou éléments contraires. Poète-médiatrice, tel le souffleur d’une représentation de cette farce qu’est la vie :

« Quelle comédie la vie

Heureusement
j’ai choisi
le rôle du souffleur ».

Le lecteur sent bien qu’une quiétude – même en partie inquiète – porte ces aubes et leurs poèmes. Le silence accompagne, sous-tend, cette partition, « incessant voyage » maintenant « le poème en suspens », oscillation sensible palpable et tendue vers ses interrogations, entre « l’attente et la soif ».
Le ressenti douloureux de l’absence flotte par intermittences dans le regard de la poétesse, voilé aussi par la mélancolie (l’absence évoquée nous reporte à un livret précédent d’Estelle Fenzy, publié aux éditions La Porte : Sans, dont la poésie contenue et poignante face à la perte d’un être cher avait été remarquée).
Les poèmes d’Estelle Fenzy crépitent ou frémissent dans l’âtre / l’âme / dans l’espace de la page, tel le craquement doux d’une feuille d’automne sous la marche, tel le souffle avenant d’une étincelle. Leur lumière est celle de l’aube, ni violente ni obscure, à mi-parcours entre la nuit mystérieuse et l’aube frissonnante. Les mots réunis dans le chant matutinal du poème sont « un autre silence », ils avancent sous la peau / sur la carapace du monde, à pas feutrés, sans nous heurter, sans nous brusquer, nous tenant à leur lisière attentifs, alertes et consentants sur le seuil de l’écoute absolue, celle de La Minute bleue de l’aube.

« Mon poème
commence par une aube
une extrémité du jour
une lisière du temps

et continue »,

écrit Estelle Fenzy. L’écriture ici déroule à la pointe du jour et de ses perceptions / émotions la bobine d’un film intimiste tourné sur « un territoire d’aubes éraillées / de ciels parallèles » mais aussi d’aubes légendaires (au sens étymologique de legenda : « ce qui est à lire » ; « l’aube est une légende », écrit d’ailleurs la poétesse), fraîcheur de rosées riches en filigrane de l’ivraie contenue dans le jour qui vient.
Le sentiment de l’absence circule dans cette « Minute bleue » mais aussi l’amour, la mélancolie, la mort, le bonheur, le laps de la page blanche, le chagrin, des rires d’autant plus éclatants qu’ils secouent l’introspection du silence. Ces rires remontent et fusent de l’enfance.

« Emmitouflés jusqu’au museau
les enfants jouent au loup
au chat à la souris

Tout le jardin est une course

J’entrouvre la fenêtre
Ce n’est pas le froid qui vient
mais le sillage de leurs rires

l’éclat de cet instant ».

« L’éclat de cet instant »… certains de ces poèmes condensent l’aube en leur robe cousue de lettres et de sensations suggestives, d’une lumière instinctive fugace et fugitive, surprenante, à la manière parfois de haïkus.

« Prends garde

Cette grenade
entre tes mains
dégoupillée

C’est mon cœur ».

Leur allure quelquefois aphoristique éclaire le flux poétique qui court / couve au réveil sous les cendres du sommeil encore chaudes, et peut révéler l’un des visages du jour :

« Le jour tarde à se lever
Il a dû passer une nuit blanche ».

La poétesse nous embarque avec elle par la voix du Poème sur le cours apparemment tranquille, silencieux de « l’eau vive de (s)on ruisseau » et nous suivons volontiers sa navigation, quitte à déborder, de sortir parfois du « lit de cailloux » que nous glissons aussi dans notre poche pour nous souvenir d’où nous venons. Nous avançons au fil de l’aube, dans « la Minute bleue » d’un silence autre, messagers lucides de ce qui nous sépare : nous singularise, au coeur d’un univers dont nous sommes partie intégrante et dont nous tissons une part de la totalité dans l’harmonie dissonante de nos gestes et de nos paroles.
Nous trouvons trace dans La Minute bleue de l’aube de nos vies minuscules, grandies par la voix du Poème à l’écoute du vivant / vécu qui trame et ourdit sa toile translucide, à pas feutrés / comptés / esquivés aussi quelquefois, comme les chats savent guetter pour mieux (re-)bondir dans l’invisibilité éclairante de la nuit – « une perle de sang à l’oreille ». Car l’aube est bondissement – « Aube » avec un « A » majuscule et sans article pourrions-nous écrire, dans la lignée d’un poète qui en célébra les illuminations : Arthur Rimbaud, et qui personnifia lui aussi « la déesse » comme Estelle Fenzy écrit :

« L’aube s’est jetée
à ma bouche

Elle était nue
Je l’ai aimée ».

Par la beauté concise et la grâce des mots d’Estelle Fenzy, ces aubes saisies en leur « Minute bleue » nous sont perceptibles à ciel ouvert, qu’elles soient intérieures ou extérieures. Estelle Fenzy fait venir l’aube en notre réalité, autrement dit là où elle existe.
Le ciel circule aussi en ces poèmes qui lui donnent couleur, envergure, voire un nom même où l’aube en son point indéfini, sans limites déterminées, s’entrevoit mieux que ce qui serait « mesure pâle / entre la nuit et le jour. » Le ciel, libre… où demeurer un peu, en passant ; rassemblant son territoire et ses orages, ses accalmies ; là où respirer avec le silence  : là où le poème nous élève…


Murielle Compère-Demarcy (MCDem.)
D.R. Texte Murielle Compère-Demarcy
pour Terres de femmes







Estelle Fenzy  La Minute bleue de l'aube 2







ESTELLE FENZY


Estelle Fenzy portrait
Ph. Tous droits réservés




■ Estelle Fenzy
sur Terres de femmes

[Un seul pays natal](extrait de La Minute bleue de l’aube)
[Rêve silex] [extrait de Chut (le monstre dort)]
[Mon tablier déborde de prières](extrait de Mère)
[Père, | tu le sais](extrait de Par là)
Poèmes Western (lecture d’AP)
[Retrouver la neige](extrait de Poèmes Western)
Rouge vive (lecture d’Isabelle Lévesque)
Rouge vive (lecture d’AP)
Sans (lecture d’AP)
[Toi les yeux moi la voix] (extrait de L’Entaille et la Couture)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions La Part Commune) la page de l’éditeur sur La Minute bleue de l’aube






Retour au répertoire du numéro de septembre 2019
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Thomas Chapelon | [Tournis de pensées]

3 juillet, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[TOURNIS DE PENSÉES]



Tournis de pensées,
Les miroirs
Intérieurs,



Patinés,

Architecture platonicienne.



Architecture sans architecte.

Le degré de teinte des vitres.
Création d’une espèce,
Race aux yeux d’insectes,
Métaphore machine,
Des robots efficaces,
Lustrés,
Travaux des Architectes mondiaux,
Argonautes de Bill Gates.
L’écran d’ordinateur est total,
Pixels de vitres,
Gros carrés surfaces,
Transformant l’ensemble de la réalité,
En images numériques,
Boîtes de contrôle de l’appareil photographique.
Rendez-vous à l’intérieur de l’écran.
Dans un carré de l’écran,
Où le paysage,
Statique,
Flotte en morceaux,
De verre,
Instant des morceaux,
Qu’on nettoie
En pensant à tue-tête,
Lavé le blanc,
Lavé,
Le paysage de tôle,
On glisse
Le Nuage Blanc,
À la surface de l’eau.

Proposition : Le Japon vertical règne sur les Nénuphars.

Alors il nous reste les classes de distinction
Esthétiques.
Boulevards marginaux des vitres,
Claires, sombres, troublantes,
Brunes, zéphyrs ou Syllabiques,
Zincs, Chlore, Titanium,
Infernalement chimique,
Classification des éléments,
Les couleurs merveilleuses du tensiomètre,
Des vitres de couleurs, voulait Baudelaire,
À la place :
Les miroirs déformants
D’une maison hantée
Par des fantômes professionnels.




Thomas Chapelon, Les Immeubles de verre, L’arachnoïde, 2019, pp. 31-33.






Thomas Chapelon  Les immeubles de verre 2






THOMAS CHAPELON


Thomas Chapelon
Source




■ Thomas Chapelon
sur Terres de femmes

[Je roulais vite très vite] (extrait d’Anarchie des octaves )
[Le vent] (extrait de Désertion des capitales)



■ Voir aussi ▼

le site des éditions L’arachnoïde




Retour au répertoire du numéro de juillet 2019
Retour à l’ index des auteurs


» Retour Incipit de Terres de femmes


Estelle Fenzy | [Un seul pays natal]

2 juillet, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[UN SEUL PAYS NATAL]



Un seul pays natal
Une seule langue maternelle

Le poème


***


Si tout ce que je touche
pouvait s’envoler
Le monde serait plus léger

Le monde se changerait en oiseau


***


Quelque chose gratte
à la fenêtre
lumière et pluie

Le ciel demande à entrer
dans la maison


***


Je t’espère
même en plein jour
La lumière ne chasse pas les fantômes


***


Ma solitude est un paysage
Peut-être alors ne suis-je pas
tout à fait seule


***


Enlacés sur la treille
la vigne et le jasmin
se disent des fleurs tendres


***


Chaque nouveau jour
comme un étranger

Il a beaucoup à m’apprendre


***


Parfum de mai
Aube magicienne

Les rues ont fleuri cette nuit


***


Il y aura toujours une ombre
une faille une disparition

où écrire et me retrouver




Estelle Fenzy, La Minute bleue de l’aube, éditions La Part Commune, 2019, pp. 66-67.






Estelle Fenzy  La Minute bleue de l'aube 2







ESTELLE FENZY


Estelle Fenzy portrait
Ph. Tous droits réservés




■ Estelle Fenzy
sur Terres de femmes

La Minute bleue de l’aube (lecture de Murielle Compère-Demarcy)
[Rêve silex] [extrait de Chut (le monstre dort)]
[Mon tablier déborde de prières](extrait de Mère)
[Père, | tu le sais](extrait de Par là)
Poèmes Western (lecture d’AP)
[Retrouver la neige](extrait de Poèmes Western)
Rouge vive (lecture d’Isabelle Lévesque)
Rouge vive (lecture d’AP)
Sans (lecture d’AP)
[Toi les yeux moi la voix] (extrait de L’Entaille et la Couture)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions La Part Commune) la page de l’éditeur sur La Minute bleue de l’aube





Retour au répertoire du numéro de juillet 2019
Retour à l’ index des auteurs


» Retour Incipit de Terres de femmes


Samira Negrouche | [J’aborde la plus haute rive]

24 juin, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[J’ABORDE LA PLUS HAUTE RIVE]



J’aborde la plus haute rive
par le chemin le plus étroit
une corde nouée
à l’envers

j’aborde la vague qui s’éteint
le port approximatif
les jambes fléchies

j’aborde un songe
une attraction

je titube
je titube

a-t-on jamais su
marcher dans le jour ?



j’avance toujours
sur un fil incertain
sur une rupture certaine
et je tends la voix
comme je tendrais ma joue
j’allonge le pas
comme je frôlerais un seuil



je n’ai pas peur
du jour qui passe
ni des êtres qui
ne passent plus

je n’ai pas peur du vide
le vide n’est pas rien
le vide est sur le fil
le fil incertain
le fil invisible
sur lequel je suspends l’être
sur lequel me suspend l’être
là où ça se passe
là où ça accroche
là où tu abordes
le quai



j’avance à peine
les pas suspendus
sur la surface de l’huile

ou c’est le quai
qui avance
qui se détache
s’éloigne
sur la peau de cuir
la peau indomptable
aux reflets d’argent

ou c’est mon regard
qui glisse
qui se rapproche
du quai
qui me rapproche du quai



je vais nu.e
dans les champs d’oignons
et dans la jungle luxuriante
dans les bas-fonds
de Mexico
de Ouagadougou
et d’Aden
je vais nu.e
l’articulation libre
le dos sûr
je me balance
le dos vaste
le cou léger
le cou tendu



le jour s’invite
dans mes yeux
précoces

un fou danse
dans mes yeux
fait vaciller
mes mains
sur l’air qui vogue
dans le ciel
qui se laisse peindre

un fou danse
ou c’est moi qui danse
quand la ronde s’ouvre.




Samira Negrouche, Quai 2|1, Partition à trois axes, I, éditions Mazette, 2019, pp. 17-22.






Samira Negrouche  Quai 2 1






SAMIRA NEGROUCHE


Portrait de Samira  Negrouche
Image, G.AdC




■ Samira Negrouche
sur Terres de femmes

[Des sillons se creusent](extrait du Jazz des oliviers)
Six arbres de fortune autour de ma baignoire (lecture d’AP)
Tes vagues
[Tu ne te résignes pas] (extrait de Six arbres de fortune autour de ma baignoire)
→ (dans l'anthologie poétique Terres de femmes) Il se peut





Retour au répertoire du numéro de juin 2019
Retour à l’ index des auteurs


» Retour Incipit de Terres de femmes


Sabine Péglion | Naxos

22 juin, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




NAXOS



Les yeux rivés au rivage
obstinément
elle avance
et son pas cherche le lieu
où se dérobe l’absence

Algues en tresses
chevelure d’Ariane
enlaçant l’écume
couleur de sa détresse
couleur de l’abandon
de cet amour blessé

Arabesque de sable
déposées par le vent
où les pas se confondent
roulent      s’enroulent
nouent      dénouent

les offrir
à l’espace      à la mer

Obstinément
tête baissée
enfouissant ses yeux
elle cherche
quelques galets troués
où le vent du silence
trouverait un chemin
où les mots murmurés
s’élèveraient en chant
agates en volutes
coquillages froissés
marbre éclaté

fouillant la berge
obstinément
tête baissée
elle rassemble
au plus près de la dune
dans la sauge
et le bleu des chardons
les traces d’un ciel épars

L’horizon s’est enfui
au-delà des rochers
fil où son corps se pend
On ne défie pas les dieux      Arachné

La toile à présent se referme
sur les mots du poème




Sabine Péglion, « Inscrire ce qui donne poids » in Ces mots si clairsemés, éditions La tête à l’envers, 2019, pp. 72, 73.






Sabine Péglion  Ces mots si clairsemés 2






SABINE PÉGLION


Sabine Péglion portrait
Source




■ Sabine Péglion
sur Terres de femmes

Sabine Péglion | Jacques Bret, Australie, notes croisées (note de lecture de Cécile Oumhani)
[La glace dans les verres] (extrait de Derrière la vitre)
[L’eau s’écarte] (extrait de Faire un trou à la nuit)
[Ombre noire] (extrait du Nid)
Prendre le temps (extrait de Traversée nomade)
Que sais-tu
[Tu sais il n’est de lieu] (extrait d'Écrire à Yaoundé)
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) Malhabile



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions La tête à l’envers) la fiche de l’éditeur sur Ces mots si clairsemés





Retour au répertoire du numéro de juin 2019
Retour à l’ index des auteurs


» Retour Incipit de Terres de femmes


Antoine Emaz, Plaie, XV

21 juin, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




PLAIE, XV
(extrait)




guérir
un mot bonbon presque
une pastille de menthe bleue
bocal en verre
bouchon de liège
en haut de l’armoire

ce ne sont pas les mots qui aident
pour dormir
mais les images qui traînent tranquilles

des mots de traîne lente
vers le sommeil
voilà ce qu’il faut mettre
dans le bocal de tête

se débrouiller
de soi
par soi

autant commencer
tout de suite

réapprendre le simple
le naturel

c’est bizarre

toucher une peau
regarder dans les yeux
sans peur

on revient
à la rame
d’un pays seul




Antoine Emaz, Plaie, Tarabuste éditeur, Collection DOUTE B.A.T., 2009, pp. 119, 120. Encres de Djamel Meskache.






Antoine Emaz  Plaie






ANTOINE EMAZ


Emaz 2
D.R. Ph. Dominique Houyet




■ Antoine Emaz
sur Terres de femmes

Cambouis
Je travaille et je vois, après
[Le faiseur]
Poème des dunes
Poème-lettre
La poésie ?
Soirs




■ Voir aussi ▼

→ (sur lemonde.fr) Plaie, d’Antoine Emaz : Emaz, la poésie à vif, par Didier Cahen





Retour au répertoire du numéro de juin 2019
Retour à l’ index des auteurs


» Retour Incipit de Terres de femmes

0 | 10










mirPod.com is the best way to tune in to the Web.

Chercher, découvrir, news, podcast francais, radios, webtv, videos. Vous trouverez du contenu du Monde entier et de la France. Vous pourrez créer votre propre contenu et le partager avec vos amis.


ACCEUIL add podcastAjouter votre Podcast FORUM By Jordi Mir & mirPod since April 2005....
A PROPOS Supporter lequipe mirPod Terms of Use BLOG OnlyFamousPeople MIRTWITTER