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R S S : Terres de femmes


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Thomas Chapelon | [Tournis de pensées]

3 juillet, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[TOURNIS DE PENSÉES]



Tournis de pensées,
Les miroirs
Intérieurs,



Patinés,

Architecture platonicienne.



Architecture sans architecte.

Le degré de teinte des vitres.
Création d’une espèce,
Race aux yeux d’insectes,
Métaphore machine,
Des robots efficaces,
Lustrés,
Travaux des Architectes mondiaux,
Argonautes de Bill Gates.
L’écran d’ordinateur est total,
Pixels de vitres,
Gros carrés surfaces,
Transformant l’ensemble de la réalité,
En images numériques,
Boîtes de contrôle de l’appareil photographique.
Rendez-vous à l’intérieur de l’écran.
Dans un carré de l’écran,
Où le paysage,
Statique,
Flotte en morceaux,
De verre,
Instant des morceaux,
Qu’on nettoie
En pensant à tue-tête,
Lavé le blanc,
Lavé,
Le paysage de tôle,
On glisse
Le Nuage Blanc,
À la surface de l’eau.

Proposition : Le Japon vertical règne sur les Nénuphars.

Alors il nous reste les classes de distinction
Esthétiques.
Boulevards marginaux des vitres,
Claires, sombres, troublantes,
Brunes, zéphyrs ou Syllabiques,
Zincs, Chlore, Titanium,
Infernalement chimique,
Classification des éléments,
Les couleurs merveilleuses du tensiomètre,
Des vitres de couleurs, voulait Baudelaire,
À la place :
Les miroirs déformants
D’une maison hantée
Par des fantômes professionnels.




Thomas Chapelon, Les Immeubles de verre, L’arachnoïde, 2019, pp. 31-33.






Thomas Chapelon  Les immeubles de verre 2






THOMAS CHAPELON


Thomas Chapelon
Source




■ Thomas Chapelon
sur Terres de femmes

[Je roulais vite très vite] (extrait d’Anarchie des octaves )
[Le vent] (extrait de Désertion des capitales)



■ Voir aussi ▼

le site des éditions L’arachnoïde




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» Retour Incipit de Terres de femmes


Estelle Fenzy | [Un seul pays natal]

2 juillet, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[UN SEUL PAYS NATAL]



Un seul pays natal
Une seule langue maternelle

Le poème


***


Si tout ce que je touche
pouvait s’envoler
Le monde serait plus léger

Le monde se changerait en oiseau


***


Quelque chose gratte
à la fenêtre
lumière et pluie

Le ciel demande à entrer
dans la maison


***


Je t’espère
même en plein jour
La lumière ne chasse pas les fantômes


***


Ma solitude est un paysage
Peut-être alors ne suis-je pas
tout à fait seule


***


Enlacés sur la treille
la vigne et le jasmin
se disent des fleurs tendres


***


Chaque nouveau jour
comme un étranger

Il a beaucoup à m’apprendre


***


Parfum de mai
Aube magicienne

Les rues ont fleuri cette nuit


***


Il y aura toujours une ombre
une faille une disparition

où écrire et me retrouver




Estelle Fenzy, La Minute bleue de l’aube, éditions La Part Commune, 2019, pp. 66-67.






Estelle Fenzy  La Minute bleue de l'aube 2







ESTELLE FENZY


Estelle Fenzy portrait
Ph. Tous droits réservés




■ Estelle Fenzy
sur Terres de femmes

[Rêve silex] [extrait de Chut (le monstre dort)]
[Mon tablier déborde de prières](extrait de Mère)
[Père, | tu le sais](extrait de Par là)
Poèmes Western (lecture d’AP)
[Retrouver la neige](extrait de Poèmes Western)
Rouge vive (lecture d’Isabelle Lévesque)
Rouge vive (lecture d’AP)
Sans (lecture d’AP)
[Toi les yeux moi la voix] (extrait de L’Entaille et la Couture)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions La Part Commune) la page de l’éditeur sur La Minute bleue de l’aube





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» Retour Incipit de Terres de femmes


Samira Negrouche | [J’aborde la plus haute rive]

24 juin, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[J’ABORDE LA PLUS HAUTE RIVE]



J’aborde la plus haute rive
par le chemin le plus étroit
une corde nouée
à l’envers

j’aborde la vague qui s’éteint
le port approximatif
les jambes fléchies

j’aborde un songe
une attraction

je titube
je titube

a-t-on jamais su
marcher dans le jour ?



j’avance toujours
sur un fil incertain
sur une rupture certaine
et je tends la voix
comme je tendrais ma joue
j’allonge le pas
comme je frôlerais un seuil



je n’ai pas peur
du jour qui passe
ni des êtres qui
ne passent plus

je n’ai pas peur du vide
le vide n’est pas rien
le vide est sur le fil
le fil incertain
le fil invisible
sur lequel je suspends l’être
sur lequel me suspend l’être
là où ça se passe
là où ça accroche
là où tu abordes
le quai



j’avance à peine
les pas suspendus
sur la surface de l’huile

ou c’est le quai
qui avance
qui se détache
s’éloigne
sur la peau de cuir
la peau indomptable
aux reflets d’argent

ou c’est mon regard
qui glisse
qui se rapproche
du quai
qui me rapproche du quai



je vais nu.e
dans les champs d’oignons
et dans la jungle luxuriante
dans les bas-fonds
de Mexico
de Ouagadougou
et d’Aden
je vais nu.e
l’articulation libre
le dos sûr
je me balance
le dos vaste
le cou léger
le cou tendu



le jour s’invite
dans mes yeux
précoces

un fou danse
dans mes yeux
fait vaciller
mes mains
sur l’air qui vogue
dans le ciel
qui se laisse peindre

un fou danse
ou c’est moi qui danse
quand la ronde s’ouvre.




Samira Negrouche, Quai 2|1, Partition à trois axes, I, éditions Mazette, 2019, pp. 17-22.






Samira Negrouche  Quai 2 1






SAMIRA NEGROUCHE


Portrait de Samira  Negrouche
Image, G.AdC




■ Samira Negrouche
sur Terres de femmes

[Des sillons se creusent](extrait du Jazz des oliviers)
Six arbres de fortune autour de ma baignoire (lecture d’AP)
Tes vagues
[Tu ne te résignes pas] (extrait de Six arbres de fortune autour de ma baignoire)
→ (dans l'anthologie poétique Terres de femmes) Il se peut





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» Retour Incipit de Terres de femmes


Sabine Péglion | Naxos

22 juin, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




NAXOS



Les yeux rivés au rivage
obstinément
elle avance
et son pas cherche le lieu
où se dérobe l’absence

Algues en tresses
chevelure d’Ariane
enlaçant l’écume
couleur de sa détresse
couleur de l’abandon
de cet amour blessé

Arabesque de sable
déposées par le vent
où les pas se confondent
roulent      s’enroulent
nouent      dénouent

les offrir
à l’espace      à la mer

Obstinément
tête baissée
enfouissant ses yeux
elle cherche
quelques galets troués
où le vent du silence
trouverait un chemin
où les mots murmurés
s’élèveraient en chant
agates en volutes
coquillages froissés
marbre éclaté

fouillant la berge
obstinément
tête baissée
elle rassemble
au plus près de la dune
dans la sauge
et le bleu des chardons
les traces d’un ciel épars

L’horizon s’est enfui
au-delà des rochers
fil où son corps se pend
On ne défie pas les dieux      Arachné

La toile à présent se referme
sur les mots du poème




Sabine Péglion, « Inscrire ce qui donne poids » in Ces mots si clairsemés, éditions La tête à l’envers, 2019, pp. 72, 73.






Sabine Péglion  Ces mots si clairsemés 2






SABINE PÉGLION


Sabine Péglion portrait
Source




■ Sabine Péglion
sur Terres de femmes

Sabine Péglion | Jacques Bret, Australie, notes croisées (note de lecture de Cécile Oumhani)
[La glace dans les verres] (extrait de Derrière la vitre)
[L’eau s’écarte] (extrait de Faire un trou à la nuit)
[Ombre noire] (extrait du Nid)
Prendre le temps (extrait de Traversée nomade)
Que sais-tu
[Tu sais il n’est de lieu] (extrait d'Écrire à Yaoundé)
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) Malhabile



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions La tête à l’envers) la fiche de l’éditeur sur Ces mots si clairsemés





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» Retour Incipit de Terres de femmes


Antoine Emaz, Plaie, XV

21 juin, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




PLAIE, XV
(extrait)




guérir
un mot bonbon presque
une pastille de menthe bleue
bocal en verre
bouchon de liège
en haut de l’armoire

ce ne sont pas les mots qui aident
pour dormir
mais les images qui traînent tranquilles

des mots de traîne lente
vers le sommeil
voilà ce qu’il faut mettre
dans le bocal de tête

se débrouiller
de soi
par soi

autant commencer
tout de suite

réapprendre le simple
le naturel

c’est bizarre

toucher une peau
regarder dans les yeux
sans peur

on revient
à la rame
d’un pays seul




Antoine Emaz, Plaie, Tarabuste éditeur, Collection DOUTE B.A.T., 2009, pp. 119, 120. Encres de Djamel Meskache.






Antoine Emaz  Plaie






ANTOINE EMAZ


Emaz 2
D.R. Ph. Dominique Houyet




■ Antoine Emaz
sur Terres de femmes

Cambouis
Je travaille et je vois, après
[Le faiseur]
Poème des dunes
Poème-lettre
La poésie ?
Soirs




■ Voir aussi ▼

→ (sur lemonde.fr) Plaie, d’Antoine Emaz : Emaz, la poésie à vif, par Didier Cahen





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Louise Dupré | [Comment écrire depuis le cœur qui souffre animal ?]

20 juin, par Angèle Paoli[ —]
« Poésies d’un jour




[COMMENT ÉCRIRE DEPUIS LE CŒUR QUI SOUFFRE ANIMAL ?]


Comment écrire depuis le cœur qui souffre animal ? Tu reviens à la rudesse des langues velues, tu voudrais parler chien ou chat, savoir ce qu’on ressent quand une femme ferme la cage qui nous conduira à notre éternité, tu voudrais savoir si, le dernier matin, la brise prend l’odeur des feuillages ou des cendres. Tu voudrais décomposer la détresse en nanosecondes, l’avaler, la fixer dans tes os, qu’elle accueille l’ombre du poème comme une deuxième chance, un tremblement apeuré en toi, une âme indigne dont tu apprendrais à t’approcher sans mépris. Tu pourrais alors écrire je, comme si ce pronom se creusait enfin, devenait caverne, pierre poreuse qu’il suffirait de caresser de la paume pour que surgisse de l’oubli la forme des fossiles.




[…]




[TON TERRITOIRE S’EST CONSTRUIT MALGRÉ TOI]


Ton territoire s’est construit malgré toi sur une plaie à ciel ouvert, il inquiète les jours et leurs ailes, les nuits et leurs ailes, c’est sans repos où tu habites, un guet permanent. Tu voudrais délivrer du mal tous les oiseaux, tu attaches des clochettes au cou des chats, et tu te promènes la tête dans la grisaille des nuages en rêvant que ton geste ridicule puisse empêcher la ville de sombrer. Tu ne sauveras que quelques passereaux, mais tu agis, tu oses agir avec l’espoir d’alléger un rien la détresse, puisque la détresse risque de t’emporter. Juste un geste, et ce mot tout droit sorti d’un autre siècle, charité, que tu récupères en cherchant une posture pour vivre adossée à l’abîme.




[ADOSSÉE À L’ABÎME]


Adossée à l’abîme, tu apprends à squatter un peu d’air pour ta survie, ça pénètre dans ton ventre avec la poussière du sol, ça te fait pierres au foie, pierres aux reins, tu apprends à parler minéral, comme si tu voulais apprivoiser les fossiles déposés en toi, reliques des morts trop morts pour renaître au printemps. Tu portes un temps qui n’a plus souvenir des semailles ni des herbes affolées par le vent, te voilà revenue aux balbutiements d’un monde sans leçons à donner, sans terres à défendre. Tu aurais beau posséder toute la science de ton siècle, connaître des centaines de langues, aucune ne pourrait te soulager. Tu es un deuil qui se casse sans cesse contre la faille des continents, une humiliation quotidienne. Tu es là, preuve parfaite que Dieu ne sait pas exister.




Louise Dupré, La Main hantée [éditions du Noroît, Montréal, 2016], éditions Bruno Doucey, Collection Soleil noir, 2018, pp. 36, 70, 71.






Louise Dupré  La Main hantée







LOUISE DUPRÉ

Louise Dupré NB2





■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Bruno Doucey) la fiche de l’éditeur sur La Main hantée





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» Retour Incipit de Terres de femmes


Pierre Vinclair | Prises de vers avec Laurent Albarracin

19 juin, par Angèle Paoli[ —]
« Poésies d’un jour




PRISES DE VERS AVEC LAURENT ALBARRACIN (74, 75)



Tant va la cruche à l’eau qu’elle en prend les reflets,
La teinte vineuse du début de la fin,
La couleur usée de la mer, d’étain déteint,
Qu’elle fait apercevoir sur ses flancs replets.

Allant de la vase au vase et du vase au vague,
Le poème, dans un aller-retour qui fore
En ramant dans la mer, sans y pêcher d’amphore,
Rapporte au moins une forme du fond qu’il drague.

Si tu veux surfer sur la télé de la mer,
Vas-y, je t’en prie, sois nouveau et méthodique,
Prends la vague dedans les tubes cathodiques,

Et fais gaffe dans le spot au publicitaire.
Amusons-nous au sein des failles exiguës
Et polissons nos vers pour qu’ils soient ambigus.

L. A.






En effeuillant un brin de thym sur mes lasagnes,
je songe aux beaux tableaux des lettrés de jadis
où la trace d’une encre de Chine, au lavis,
en bambou nonchalant, pleure sur les montagnes.

Ce n’est pas le bambou poussant dans les campagnes ;
ni sur l’échafaudage en marge du parvis
de Jing’An ; ni sur le marché, près des radis ;
ni le d’aïkido, servant quand tu castagnes…

Est-ce une chose, ce bambou ? Moins qu’une image,
c’est un geste, trace épurée, l’Unique Trait
de pinceau dont parle Citrouille-Amère (un sage

chinois ancien) ; pas une chose ; un schème abstrait.
Lasagnes sans objet, thym aveugle, poème
fondant en bouche, on peut vous déguster quand même.

P. V.




Pierre Vinclair, « Prises de vers avec Laurent Albarracin », 74, 75 in Sans adresse, éditions Lurlure, 14000 Caen, 2018, pp. 86-87.






Pierre Vinclair  Sans adresse







PIERRE VINCLAIR


Pierre-Vinclair
Source




■ Pierre Vinclair
sur Terres de femmes

[nuages] (extrait de Barbares)




■ Voir aussi ▼

L’atelier en ligne, le site officiel de Pierre Vinclair
→ (sur le site des éditions Lurlure) la fiche de l’éditeur sur Sans Adresse
→ (sur Diacritik) Le poème sans bords de Pierre Vinclair : Sans adresse (lecture de Mathieu Jung)





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Irène Gayraud | Magmatiques, 10

18 juin, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




MAGMATIQUES, 10



Dans un recoin du lieu sont rassemblées les cendres volcaniques. On n’y entre que peu et pour entendre les grands récits d’un crachat de feu dense, d’un ciel opaque et interdit.

Là, courbés au plus près d’un unique cristal, les hommes cherchent l’instant de l’envolée des cendres.

D’isotope en isotope, ils atteignent la nuit rouge et grise des temps.



Les cendres brûlantes se suspendent
éreintent l’air poudroyé
lui donnent
la consistance d’un fruit cuit
que j’avale en respirant.

Sur ma tête levée s’amoncellent
comme un lange chaud
entre mes flancs entre mes lèvres
les téphras ardents.




Irène Gayraud, « Magmatiques », 10, in Téphra, éditions Al Manar, 2019, pp. 28-29. Gravures de Bouchaïb Maoual.






Irène Gayraud  Téphra






IRÈNE GAYRAUD


Irene Gayraud
Source




■ Irène Gayraud
sur Terres de femmes

Dans les spires (extrait de Voltes)




■ Voir aussi ▼

pupilles d’encre, le blog d’Irène Gayraud
→ (sur le site des éditions Al Manar) la fiche de l’éditeur sur Téphra





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Valérie Canat de Chizy | [Poésie quand le vert…]

17 juin, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[POESIE QUAND LE VERT…]



poésie quand le vert
déverse l’eau des arbres

la poche à l’intérieur
où baignent les tiges

tête recourbée
le coquelicot

j’ai des pétales
pour sentir

le monde vibrer




la grotte est tapissée
de silhouettes et d’ombres

femmes sauvages
vêtues de peaux
réunies autour du feu


elles
chantent et dansent

la grotte résonne
de leurs entrailles

dans un récipient macèrent
des fleurs des champs




Valérie Canat de Chizy, Caché dévoilé, Jacques André éditeur, Collection poésie XXI n° 50, 2019, pp. 45-46.






Valérie Canat de Chizy  caché dévoilé






VALÉRIE CANAT DE CHIZY


Valérie Canat de Chizy





■ Valérie Canat de Chizy
sur Terres de femmes

[Je me tiens à une rampe, pour ne pas tomber] (poèmes extraits de Je murmure au lilas (que j’aime))
Je murmure au lilas (que j’aime)[lecture d’Isabelle Lévesque]
[L’écriture s’étiole] (extrait de Pieuvre)
[La clôture est autour] (poème extrait de Talisman)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de Jacques André éditeur) la fiche de l’éditeur sur Caché dévoilé de Valérie Canat de Chizy
le blog de Valérie Canat de Chizy





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Luigia Sorrentino | Hypérion, la chute

16 juin, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




IPERIONE, LA CADUTA



nulla può crescere e nulla
può così perdutamente dissolversi
come l’uomo

(F. HÖLDERLIN, Iperione)




Coro 1


tutto stava su di lei
e lei sosteneva tutto quel peso
e il peso erano i suoi figli
creature che non erano ancora
venute al mondo
lei stava lì sotto e dentro

questa pena l’attraversava ancora
quando venne meno qualcosa

le acque la accolsero

e quando si avvicinò alla costa
della piccola isola, tutti
portava nel suo grembo




Coro 2


c’è una notte arcaica in ognuno di noi
una notte dalla quale veniamo
una notte piena di stupore
quella perduta identità dei feriti
si popola di volti,
quell’abbraccio mortale

in un tempo sospeso tra mente e cuore
mai la notte fu così stellata

gettati in mare ingoiarono acqua
e pietre, e strisciarono sulla sabbia
e furono in totale discordia
ebbero passi pesanti
e sparirono, sottoterra

il cenno si dissolve
da sé cade il fragile umano
frutto effimero, del mortale




Coro 3


nella cintura d’acqua
fluttuava immenso l’indistinto
inattuato attaccava la nebbia
melmosa, non era ancora luce ma
notte continua, durava
in quello spazio la non luce

si volse la notte si volse
bisognosa a noi che aprimmo
lo sguardo alla forma sollevata

solo questo gesto che vede
qualcosa si schiarisce
illumina e avvicina
nell’istante posato
negli occhi che egli chiude




Coro 4


si comportava da colosso
come se dovesse stringersi
inghiottito dal nero della pietra
sul confine piantava bastoni inestirpabili

ci sorpresero le lunghe impronte
rifugio di mole e di potenza
fissate
lastre di pietra

il volto nostro sovrastò la figura
altissima,
negli occhi si schiuse la forma inguainata
con braccia e gambe saldate contro il corpo

lo sguardo nostro entrò in quel suo essere
infinitamente mortale




Coro 5


la luce si disperdeva,
cadeva la massa corporea
appoggiato alla densità della goccia
egli era là nel suo confine
il mutamento fu uno svanire
arbitrario
dal fondo del vento sprigionava
trascinando fuori da sé
qualcosa che lentamente appare

così in esso
ciò che ripetutamente arriva
entra nel suo sguardo

nel sollevarsi contro la nebulosa
divenne la brezza distesa sull’acqua
a lei si infranse perdutamente
alla nettezza di lei che si apriva
davanti a lei si lasciò cadere, infine
Iperione




Coro 6


abbiamo perso tutto
caduti in un eterno
frammento
la prima luce su noi
infuocata ha bruciato tutto

la prima creatura di umana
bellezza è morta, ignota
a se stessa
i popoli appartengono alla città
che li ama
privi di questo amore ogni stato
scheletrisce e annera
la natura imperfetta non sopporta
il dolore






IL CONFINE



Appariva gradualmente scendendo dai ripiani delle scale. Una parte di lei era visibilmente sommersa. La città nuova costruita sulla vecchia dentro l’acqua si rifrangeva, lasciando cadere su di sé l’immagine sfigurata dell’altra. La guardai morente e mutata… se ne andava, ma dove ? Quando mi voltai mi venne di fronte nel suo biancore una divinità decapitata. Dalla roccia il giovane indicava il confine delle’orizzonte terreno, il limite a cui pian piano approdavamo, gonfi di mare.








HYPÉRION, LA CHUTE


rien ne peut grandir,
rien ne peut aussi irrémédiablement disparaître
comme l’homme

(F. HÖLDERLIN, Hypérion)




Chœur 1


tout reposait sur elle
et c’est elle qui supportait tout ce poids
et ce poids c’était ses enfants
des créatures qui n’étaient pas encore
venues au monde
elle se tenait là dessous et dedans

ce tourment la traversait encore
quand quelque chose vint à s’évanouir

les eaux l’accueillirent

et lorsqu’elle s’approcha du rivage
de la petite île, elle les portait
tous dans son giron




Chœur 2


en chacun de nous demeure une nuit archaïque
une nuit d’où nous venons
une nuit pleine de stupeur
cette identité perdue des blessés
se peuple de visages,
cette étreinte mortelle

en un temps suspendu entre cœur et esprit
jamais la nuit ne fut si étoilée

jetés à la mer ils ingurgitèrent eau
et pierres, et rampèrent sur la grève
et furent en totale discorde
leurs pas étaient lourds
et ils disparurent, sous terre

le signe se dissout
tombe de lui-même le fruit humain
fragile et éphémère, du mortel




Chœur 3


dans la ceinture d’eau
l’indistinct flottait, immense
inabouti il se fondait à la brume
fangeuse, il ne faisait pas encore jour
mais une nuit inachevée, se prolongeait
dans cet espace la non-lumière

se tourna la nuit se tourna
besogneuse pour nous qui ouvrîmes
les yeux sur la forme en suspens

seul ce geste qui voit
quelque chose se met à briller
illumine et avoisine
dans l’instant posé
dans les yeux qu’il ferme




Chœur 4


il se comportait en colosse
comme s’il eut dû se rapetisser
englouti par le noir de la pierre
sur le seuil il plantait des bâtons indéracinables

nous surprirent les longues empreintes
refuge de poids et de puissance
fixées
dalles de pierre

la figure dépassa notre visage,
très haute,
dans nos yeux s’entrouvrit la forme engainée
bras et jambes soudés au corps

notre regard pénétra son être
infiniment mortel




Chœur 5


la lumière se dispersait,
chutait la masse corporelle
appuyée à la densité de la goutte
il se tenait là sur le seuil
le changement fut un évanouissement
arbitraire
du fond du vent se dégageait
traînant hors de lui
quelque chose qui lentement apparut

ainsi en lui
ce qui ne cesse d’arriver
entre dans son regard

en se soulevant contre la nébuleuse
il devint la brise étendue sur l’eau
éperdu il se brisa contre elle
contre la pureté de celle qui s’ouvrait
devant elle il se laissa tomber, enfin
Hypérion




Chœur 6


tombés dans un éternel
fragment
nous avons tout perdu
la première lumière sur nous
embrasée a tout brûlé

la toute première créature à l'humaine
beauté est morte, sans qu'elle le sût
elle-même
les peuples appartiennent à la ville
qui les aime
privé de cet amour chacun
devient noir squelette
la nature imparfaite ne supporte pas
la douleur






LA FRONTIÈRE



Elle apparaissait descendant pas à pas les marches d’escaliers. Une partie d’elle était visiblement submergée. La ville nouvelle édifiée sur l’ancienne se réfléchissait dans l’eau, laissant tomber sur elle l’image déformée de l’autre. Je la regardai mourante et mouvante… elle s’en allait, mais où ? Quand je me retournai me fit face dans toute sa blancheur une divinité décapitée. Depuis son rocher le jeune homme pointait la ligne d’horizon de la terre, les confins auxquels nous abordions tout doucement, gonflés de mer.




Luigia Sorrentino, Olympia, éditions Al Manar, 2019, pp. 60-72. Dessins de Giulia Napoleone. Traduit de l’italien par Angèle Paoli. Préface de Milo De Angelis. Postface de Mario Benedetti.






Olympia






LUIGIA SORRENTINO


Luigia Sorrentino
Source



Originaire de Naples, Luigia Sorrentino est poète et journaliste. Son métier de journaliste la conduit à réaliser des interviews de personnalités aussi éminentes que les Prix Nobel Orhan Pamuk, Derek Walcott et Seamus Heaney. Productrice de programmes culturels radiophoniques, elle anime sur Rai Radio Uno l’émission Notti d’autore, « viaggio nella vita e nelle opere dei protagonisti del nostro tempo ».

Poète, elle a publié plusieurs recueils de poésie : C’è un padre (Manni, Lecce, 2003) ; La cattedrale (Il ragazzo innocuo, Milano, 2008) ; L’asse del cuore (in Almanacco dello specchio, Mondadori, Milano, 2008) ; La nascita, solo la nascita (Manni, Lecce, 2009) ; Inizio e Fine, Cahiers de La Collana, Stampa, 2009 ; Varese, 2016 (trad. fr. par Joëlle Gardes, éditions Al Manar, 2018) ; Figure de l’eau | Figura d’acqua, éditions Al Manar, 2017 (traduit en français par Angèle Paoli), Olimpia (Interlinea edizioni, 2013) | Olympia, éditions Al Manar, 2019 (traduit en français par Angèle Paoli).

En août 2013 a paru aux éditions Interlinea de Novare, le recueil poétique Olimpia (Olympia) préfacé par Milo De Angelis et postfacé par Mario Benedetti. Dans la préface de l’ouvrage, Milo De Angelis souligne l’importance de ce recueil qui touche à l’essentiel, « aborde en profondeur les grandes questions de l’origine et de la mort, de l’humain et du sacré, de notre rencontre avec les millénaires. » De la poète Luigia Sorrentino, il souligne le regard visionnaire : un « regard ample, prospectif, à vol d’aigle ». Mais aussi ses « immersions imprévues dans la flamme du vers ».

Dans ce parcours initiatique qu’est le « livre orphique » Olympia — de la grotte de la naissance jusqu’à la pleine exposition de soi dans les forces telluriques —, le lecteur est confronté à une perte irrémédiable : celle de la condition humaine. Cette quête conduit à travers un hors-temps et un hors-espace à la recherche « d’époques de notre vie ». La rencontre se fait dans une Grèce — Olympie — démesurée qui, dans les pages du recueil, ressurgit « vivante, intérieure, palpitante ». D’autres rencontres ont aussi lieu : « avec les ombres des corps que nous avons aimés ; puis, parmi les ombres, […] avec nous-mêmes  ». Il importe alors « d’assumer [son] nouveau visage : celui du souffle, de la voix, du vent, des cigales, des rochers, des oliviers ».

Ainsi, en dépit du fait que tout est désormais accompli, au milieu de notre existence dépouillée, « s’élève un cri d’éternité et d’amour ». Comme le souligne Milo De Angelis, « Olympia parvient à exprimer ce temps absolu, et le fait de manière admirable », avec une grande puissance architectonique mais aussi « avec les éclairs fulgurants de la vraie poésie. Un Temps absolu qui contient chaque temps. » Un recueil qui nous plonge de temps à autre dans diverses périodes de notre vie, comme si nous étions à la fois « des hommes de l’Antiquité et des adolescents, sûrs » de nous et tout à la fois « perdus », et que nous nous immergions « dans ce jour chargé d’attente et de révélation, sans cesse sur le seuil d’une découverte cruciale ».




■ Luigia Sorrentino
sur Terres de femmes

[tous les jours étaient tombés sur son visage] (extrait de Début et fin | Inizio e fine)



■ Voir | écouter aussi ▼

→ (sur le site des éditions Al Manar) la fiche de l’éditeur sur le recueil Olympia
→ (sur le site des éditions Interlinea) une page sur le recueil Olimpia
→ (sur Poesia, di Luigia Sorrentino) une recension (en italien) d’Olimpia par Alessio Alessandrini
le blog Poesia de Luigia Sorrentino
→ (sur le blog Poesia de Luigia Sorrentino) Luigia Sorrentino lit un extrait du recueil Olimpia : “Giovane monte in mezzo all’ignoto” (+ une note de lecture de Diego Caiazzo)
→ (sur Sulla letteratura | On literature) un autre extrait d’Olimpia traduit en anglais par Alfred Corn
→ (sur PostPopuli) un entretien de Luigia Sorrentino avec Giovanni Agnoloni
→ (sur Poesia 2.0) une recension d’Olimpia par Chiara De Luca
→ (sur le blog du Corriera della sera) une recension d’Olimpia par Ottavio Rossani
→ (sur YouTube) a creatura perpetua (une vidéopoésie de Chiara De Luca sur un extrait d’Olimpia)





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