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R S S : Terres de femmes


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Franck Villain | [l’invisible]

29 mai, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[L’INVISIBLE]




l’invisible

dans ta chambre
rien ne court
ne perfore
ne trace

dans le bol de l’œil
voix sans trame
mots sans
prise

ce qui ne
bouge
pas

et remue

le silence
(intuition)




long,

large,

lent,

dans ta chambre,
une vie, au ralenti

ton corps, dans
le silence des
formes

un sentir qui
ne sait
pas

ce qui vibre
et te place
dans
(présence)




dans : ce buisson
qui insiste sur le
silence

comme si des yeux te fixaient
dans une langue à
défricher

les mots flairaient leur socle
cherchent de quoi
remplir

l’œil fouille
bol vide
rien

il faudrait du vent
pour déranger
ce calme
(niche)



Franck Villain, « 01.03.2017 » (3, 4, 5), Saisi par l’hiver, éditions érès, collection Po&Psy princeps, 2020, s.f. Avec une linogravure de Nicolas Poignon.






Franck Villain  Saisi par l'hiver


FRANCK VILLAIN


Franck Villain
Source




■ Voir aussi ▼


→ (sur le site des éditions érès) une notice biographique sur Franck Villain
→ (sur le site des éditions érès) la page de l’éditeur sur Saisi par l’hiver





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Claude Ollier, La Mise en scène

par Angèle Paoli
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Claude Ollier, La Mise en scène

par Angèle Paoli

28 mai, par Angèle Paoli[ —]

Claude Ollier, La Mise en scène,
Les éditions de Minuit, 1958 ;
éditions Flammarion, collection Garnier/Flammarion, 1982.



Lecture d’Angèle Paoli



Claude Ollier FC
Claude Ollier en 1986 © Sophie Bassouls - Getty







LES MISES EN SCÈNE DE CLAUDE OLLIER




Je viens tout juste d’achever la lecture de La Mise en scène. Le premier en date (1958) des Prix Médicis. Un roman de Claude Ollier qui me tient encore rivée à ses pages. Livre fermé, les pages continuent en effet de me hanter. Ce livre, je l’ai déniché dans une ancienne madia, un vieux pétrin corse où je range un bon nombre d’anciens ouvrages, à lire ou à relire. Celui-ci était du nombre des livres que j’ai mis de côté. Je ne sais trop pourquoi il était resté ainsi confiné. Il avait pris l’humidité, quelques moisissures aussi, mais il était tout à fait déchiffrable. Lorsque je l’ai extirpé du coffre où il se mourait (tout livre oublié est un livre mort), j’ai imaginé qu’il s’agissait d’un roman de Claude Simon. Ce n’est qu’après avoir commencé à le feuilleter que j’ai pris conscience qu’il s’agissait bel et bien d’un ouvrage de Claude Ollier. Un écrivain dont, à mon grand regret, je n’ai gardé aucun souvenir de lecture. Il est vrai que, dans mon esprit, Claude Ollier est resté étiqueté « Nouveau Roman ». Et c’est probablement la (mauvaise) raison pour laquelle je l’avais délaissé.

Pourtant les quelques lignes du texte de présentation de la quatrième de couverture auraient dû m’aimanter car s’y trouvent rassemblés tous les ingrédients indispensables à l’éveil d’un véritable désir de lecture. D’une lecture prolongée d’ailleurs puisque La Mise en scène est le tome premier d’une suite fictionnelle (Le Jeu d’enfant) qui en comporte huit. Suite que Claude Ollier a composée entre 1955 et 1975. En première de couverture, une photo de Claude Ollier, représentant la muraille d’un grenier à grains, à Aït Bouguemez, dans la vallée du Haut-Atlas. De quoi attiser encore davantage mon intérêt pour ce roman d’aventures présenté comme « colonial », un roman policier qui « est aussi un étonnant documentaire sur une contrée retirée du monde berbère musulman ».

Sans tarder, je me suis donc lancée dans la lecture de La Mise en scène, qui a creusé en moi son sillon d’interrogations, de perplexités, de mystères et d’enthousiasmes. Quel ouvrage ! À nul autre comparable ! Quel jeu de construction ! Quel jeu de pistes magistral ! Et quelle « mise en scène » ! Ou plutôt quel emboîtement fascinant de mises en scène. Mises en scène subtiles et savamment orchestrées par l’auteur dans un lieu quasi clos de montagnes désertiques du Haut-Atlas, où les autochtones qu’on y croise semblent s’être tacitement entendus pour maintenir l’ingénieur Lassalle, l’étranger, loin de leurs petits arrangements. Mises en scène qui se succèdent d’un lieu à l’autre, dans une kyrielle de déplacements et de rencontres dont il est difficile de dire si ceux-ci sont vraiment dus au hasard ou si, au contraire, ils sont dus aux jeux du bouche à oreille qui, même dans ces douars excentrés, retranchés derrière les murailles montagneuses, circulent pleinement. Mises en scène ordonnancées avec une méticulosité d’horloger par le romancier qui place ses pions sur l’échiquier de la toile qu’il a tissée entre le bourg d’Assameur où vient d’arriver Lassalle et l’Aït Imlil où ce dernier doit se rendre. Et d’où il devra repartir pour rejoindre son point de départ. D’Assameur à Assameur, et au-delà, Dar el Hamra.

Tout se déroule en quinze jours. Et l’on voit surgir dans les mémoires, autour de l’ingénieur Lassalle, en relation avec un passé antérieur vieux de deux années, un certain Moritz, ingénieur dans la même Société. Le nom de ce Moritz revient régulièrement dans la bouche des divers interlocuteurs de Lassalle. Lequel emboite les pas de son prédécesseur afin de réussir là où ce dernier a échoué. Plus intéressant encore, il y a ce géologue au nom systématiquement déformé : « Un nommé Hessing, ou Gessing, ou quelque chose d’approchant »… Cet étranger, dont la venue est antérieure de quelques jours à celle de Lassalle, et qui est mort dans des circonstances mal élucidées. Un accident de montagne, sans doute. C’est si vite arrivé. Affaire étouffée. Classée. Comme semble être très vite classée aussi la mort de la jeune Jamila. Dont Lassalle a entrevu le corps lacéré de deux coups de couteau à l’infirmerie d’Assameur. D’autres jalons participent au maillage qui se tisse autour de Lassalle. Le capitaine Weiss, qui héberge le nouvel arrivant, lequel ignore qu’il occupera la chambre du mort. Mais, dès le premier chapitre, des signes inquiétants se font jour ; des menaces qui empêchent le voyageur de dormir. À commencer par la carte murale, obsédante, qui prend des formes animales ou végétales. Qui s’animent comme autant de signes avant-coureurs dont le lecteur retrouvera la présence au cours du récit. Weiss cependant procure à son hôte ce dont il a besoin : gîte, couverts, mulets guides. Weiss émaille leur rencontre de conseils et de commentaires sur la carte murale qui orne son bureau. Carte étrange car incomplète. Muette par endroits.

« Imlil et ses hautes chaînes environnantes, en plein sud d’Assameur, sont invisibles sur la carte d’état-major, perdues quelque part au centre d’une zone non cartographiée. »

Arrive ensuite le brigadier Pozzi, chargé de conduire Lassalle jusqu’à Tafrent où l’ingénieur est confié au garde Piantoni, lequel sera chargé de lui procurer mulets et guide qui prendront la relève sur les sentiers escarpés qui mènent au pied de l’Angoun. Au cours de ces moments partagés entre haltes, déplacements en camionnette et installation à la maison forestière de Tafrent, Pozzi, Lassalle et Piantoni échangent les nouvelles du jour. Où l’on reparle de Moritz et de son échec, des « Mines et pistes minières », motif de la présence de Lassalle dans ces lieux, projet que l’on aimerait bien voir aboutir – « ça rendrait bien service à tout le monde »… Soirée où l’on reparle aussi de Jamila, transportée par « trois ou quatre types » de la tribu des Aït Andiss… Une histoire parmi tant d’autres.

« Sans compter [les histoires] qu’ils arrangent entre eux et dont on n’entend jamais parler. »

Le lecteur doit patienter pour connaître la suite et pour que s’ouvrent d’autres pistes. De Jamila à Yamina ; de Gessing (ou Hessing) à Jamila, de Lassalle à Yamina. Chaque épisode de l’histoire est repris en miroir et en dédoublements inattendus. Le lecteur s’y perd un peu parfois, mais n’est-ce pas le principe même du jeu de pistes ? Flash-backs, repérages des toponymes, des objets qui ponctuent de leurs signes la narration, et d’arbres, de rochers, de sentiers qui jalonnent les descriptions. Tout cela entre en scène et compose la mise en perspective éblouissante du récit.

Mais poursuivons la lecture. De Tafrent, Lassalle se remet en route avec un guide et trois mulets. Cet équipage cahotant grimpe en direction du col Tizi n’Arfamane. Et redescend vers Ouzli où Lassalle devra trouver un autre guide et d’autres mulets. En chemin surgit comme par miracle un individu qui aborde Lassalle. Un certain Ba Iken, sergent de son état, qui propose à Lassalle de le conduire jusqu’à Imlil et de lui venir en aide. Lassalle ne parle pas un mot d’arabe mais Ba Iken, lui, parle un français à « la prononciation impeccable ». Il sera désormais l’interprète tout terrain de Lassalle. Mais qui nous dit qu’il ne jouera pas double jeu sur le double échiquier de la mort du géologue et de celle de Jamina ? En tout cas, très serviable, très prévenant, mais impassible, Ba Iken se met en quatre pour accueillir l’étranger. Ba Iken entrecoupe ses gestes de détails sur la montagne et sur ses raccourcis. Mais s’il fait preuve de bonne volonté, il n’est pas certain que les éclaircissements qu’il apporte en soient vraiment. Ses interprétations sont invérifiables pour Lassalle. Néanmoins, ils dineront ensemble chez le cheikh Agouram. Lequel connaît tout de son district et au-delà mais n’a pas entendu parler de l’histoire de Jamila. D’ailleurs, sur ce sujet, Cheikh Agouram coupe court par une interjection monosyllabique : « La ! », « dont le sens est immédiatement accessible : c’est la dénégation absolue. »

Si le lecteur prend le temps de s’arrêter un peu pour reprendre souffle avant de poursuivre, il peut remarquer que le chiffre « trois » est omniprésent. Jusque dans les plus petits détails. Trois fauteuils / trois cadres / trois sacs / trois mulets… Trois chapitres composent le récit. Trois étrangers sont venus troubler la vie des autochtones. Moritz. Hessing (ou Gessing ou Lessing) / Lassalle. Weiss (remplacé au retour par Waton) / Pozzi / Piantoni. Puis Cheikh Agouram / Ba Iken / Idder. Idder, petit propriétaire terrien agressif voit d’un mauvais œil l’arrivée de Lassalle. Il craint d’être exproprié. Mais il craint davantage encore qu’un regard étranger vienne fouiner dans ses affaires. Et notamment sur ses liens avec les jumelles Jamila/Yamina. Qui est-il au juste, cet Idder qui se fait passer pour le frère des jeunes filles ? Quel rôle a-t-il joué dans la mort de Jamila ? Et dans celle du géologue ? Pourquoi se décide-t-il enfin à céder une part de son terrain ? Toutes ses interventions précédentes n’ont-elles été qu’une mise en scène ? Ou bien est-ce que Ba Iken lui a conseillé d’agir ainsi ? Pour quelle raison ?

Rien n’est jamais tout à fait certain dans les conclusions que le lecteur peut tirer de ses interrogations. Toutes les réponses sont possibles. Mais il faut être patient car le récit, simple en apparence si le lecteur se maintient au premier niveau narratif, se révèle en réalité complexe. La forme très travaillée joue un rôle déterminant dans cette complexité. Le temps s’étire dans la lenteur des quinze journées dont faits et dates sont consignés dans les cases de l’agenda de Lassalle. Le temps s’étire en trente-cinq chapitres. Sept pour la première partie consacrée à l’entrée en scène de Lassalle, à ses pérégrinations jusqu’à Imlil soit soixante-trois pages au total. Vingt-et-un chapitres et cent-quarante-huit pages pour la seconde partie consacrée aux différents déplacements sur les entours de l’Angoun, au travail de repérage lié à la piste, aux veillées et aux rencontres, aux déplacements nocturnes mystérieux, aux découvertes de Lassalle, la nuit dans la grotte, aux dialogues avec Ichou, le jeune muet qui l’accompagne dans la montagne… Et sept chapitres à nouveau et quarante-huit pages pour la troisième partie qui concerne le dénouement, le retour périlleux vers Assameur, aggravé par un orage et par le débordement d’un oued. Marqué par la perte dans les eaux tempétueuses de l’oued d’une pièce importante du puzzle. Le périple de Lassalle et les péripéties qu’il a affrontées s’achèvent dans la chambre d’Assameur où il retrouve le même décor – lit, moustiquaire, arbres ; les mêmes bruits, les mêmes jeux d’ombre et de lumière, les mêmes ombres sur les murs et sur le carrelage ; les mêmes objets. Avec des variations infimes. À peine perceptibles. Changements de place dans le décor ou disparitions. Variations aussi dans la perception que Lassalle a des objets qui l’entourent, chargés d’images et d’interprétations qui se superposent aux formes réelles. Les objets eux-mêmes jouent un rôle primordial, qui peuvent aussi se charger de signes nouveaux. Et d’une histoire.

Ainsi de « cet ustensile en terre cuite » qui poursuit Lassalle depuis le début de son aventure, ustensile

« rebelle à toute symétrie, avec son manche court de travers et sa masse sphérique démesurément grossie – de cet enfumoir aperçu pour la première fois le lendemain dans le bureau du capitaine, revu le jour même au souk du haut de la terrasse de la "mahakma" et beaucoup plus tard à Imi n’Oucchène, un soir, au coucher de soleil, brandi à bout de bras comme une arme.

L’objet est là maintenant, à portée de main, redécouvert sur le souk au hasard du coude à coude sous le soleil accablant, soustrait pour un prix modique à l’ébahissement du potier, peu après que l’adjoint du capitaine l’a fait disparaître de la cheminée du bureau pour y substituer un nouvel agencement décoratif : des piles de revues techniques, de registres et de formulaires. »

On pourrait s’imaginer que le récit tourne en boucle puisque Lassalle revient à son point de départ. En réalité, entre temps, le récit a suivi d’autres méandres, les pistes ont bifurqué, débouchant sur d’autres intersections, d’autres embranchements. Davantage qu’en cercle, le récit semble procéder par spirales. Avec ses retours en arrière et ses anticipations. Ses descriptions qui se réitèrent, en apparence à l’identique, mais qui comportent de menus écarts, à peine perceptibles. Et ce à intervalles réguliers.

Ainsi peut-on lire dans l’incipit cette observation :

« Sous l’effet de la torpeur, le point de vue se dédouble, se multiplie. Entre l’œil et l’objet le sommeil s’interpose ; l’attention peu à peu s’affine, analysant les perspectives, improvisant des variations sur le schéma simplifié qui d’ordinaire s’offre à elle. Les contours s’estompent, les plans se distendent ; au seuil de la pénombre, le cloisonnement s’effrite : sur des données nouvelles, l’espace blanc se réédifie. »

Et dans les dernières pages :

« Tout se réduit désormais à un seul grand rectangle, à l’intérieur même duquel s’opèrent les variations : déplacements de lignes, translations de surfaces, apparition de nouveaux assemblages qui, sitôt édifiés, se désagrègent avec une lenteur implacable. »

N’y a-t-il pas là une définition possible de l’écriture telle que la pratique si excellemment Claude Ollier, tout au long de ce roman éblouissant qu’est La Mise en scène ?

La différence majeure entre le début et la fin du roman vient de ce qu’à son retour, Lassalle sait. Il a compris. Il porte sur ses épaules le poids des circonstances de la mort des deux victimes. De retour à la chambre d’Assameur, le corps fourbu par les fatigues du voyage, Lassalle somnole. Dans son demi-sommeil, les images se fondent. Les scènes vues et les scènes imaginées s’entremêlent. De sorte que le corps de Lassalle semble soudain fusionner avec celui du géologue en train de mourir. Déchiqueté par sa chute dans le ravin où il s’est abîmé. À qui appartient ce « corps allongé », qui « glisse à contre-courant, immobile, les jambes raidies, les bras serrés contre la poitrine, la nuque droite, les yeux grands ouverts » ? À Lessing ou à Lassalle ? À l’un et l’autre peut-être.

Le lecteur l’aura compris. Ce premier roman de Claude Ollier est une œuvre majeure. Une talentueuse mise en scène de l’écriture romanesque. Passionnante et magistrale.



Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli





Claude Ollier  La Mise en scène  Garnier-Flammarion







CLAUDE OLLIER (1922-2014)


Claude Ollier portrait
Source






■ Voir aussi ▼


→ (sur le site de France Culture) une notice bio-bibliographique sur Claude Ollier






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Pierre-Albert Jourdan | La source

27 mai, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



LA SOURCE



Tu es venue. Nul lyrisme dans ta voix. Le seul bruissement de ton bonjour feuillu, étouffé ; tes grands gestes qui se dissolvent dans le ciel. Tout est discrétion, profondeur.

Je m’avance les yeux fermés, sourd à tout bruit alentour. Tu es toute ma mémoire. Des premières pluies languissent. Je respire cet air amoureux.

Les plaies apparaîtront plus tard, lorsque le sang de la vigne pillée s’étalera contre le flanc de la montagne, le ciel pâle.

Plus lointaine alors et douce, terriblement vivante.

Plus lointaine encore et tu seras l’adieu, la dernière relation imperceptible d’un geste las.



Pierre-Albert Jourdan, La Terre seule (1959-1964), in Le Bonjour et l’Adieu, Mercure de France, 1991, page 180. Préface de Philippe Jaccottet. Édition établie et annotée par Yves Leclair.






Pierre-Albert Jourdan  Le Bonjour et l'Adieu




PIERRE-ALBERT JOURDAN


Jourdan portrait
Ph. Gilles Jourdan
Source





■ Pierre-Albert Jourdan
sur Terres de femmes


[Ceci est ma forêt]
Chute (extrait de L’Espace de la perte)
Le Fil du courant
L’Entrée dans le jardin
Les nuages parfois s’enlisent
3 février 1924 | Naissance de Pierre-Albert Jourdan (+ un extrait du Bonjour et l’Adieu)




■ Voir aussi ▼


le site d’Élodie Meunier consacré à Pierre-Albert Jourdan





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Martine Audet | [Parfois]

26 mai, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



Martine Audet montage 1







[PARFOIS]



Parfois je cherche à conserver
le silence d’une réponse.

Parfois j’écrase les nuits
de glace bleue
entre mes paumes.

Peu de mots exigent ma voix.

Rien, dans le carnet,
ne se fixe longtemps.

Je laisse aux êtres de l’enfance
la parfaite solitude.



Martine Audet, Rêve sur rêve, éditions La tête à l’envers, Collection fibre·s animée par Jean-Marc Barrier, 2020, s.f. Dessins d’Alexandre Hollan.





Martine Audet  Rêve sur rêve 1




MARTINE AUDET


Martine Audet portrait





■ Martine Audet
sur Terres de femmes


Dos




■ Voir | écouter aussi ▼


→ (sur L’île, l’infocentre littéraire des écrivains québécois) une notice bio-bibliographique sur Martine Audet
→ (sur le site des éditions La tête à l’envers) une notice biographique sur Martine Audet
→ (sur le site des éditions La tête à l’envers) la fiche de l’éditeur sur Rêve sur rêve
→ (sur Voix d’ici, répertoire audio de la poésie québécoise) de nombreux poèmes dits par Martine Audet et José Acquelin
→ (sur Lyrikline) plusieurs poèmes de Martine Audet (extraits du recueil Les Manivelles, éditions de l’Hexagone, Montréal, 2006) dits par leur auteure
Martine Audet lit un extrait de Rêve sur rêve





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Margherita Rimi | Nero

25 mai, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



NERO
(estratto)



Abbiamo tirato fuori i miei fratelli

uno stava pregando

uno sorrideva


Erano così belli


Io ero ferito
non avevo paura però piangevo

Mia madre sopra di me era morta
mi ha salvato ma lei è morta



Adesso non voglio parlare più



Ci sono stati i bombardamenti
io credevo un terremoto

siamo usciti e non abbiamo visto più niente.


I miei occhi
hanno fatto una foto


così mi ricordo

mia madre



Margherita Rimi, “Nero”, Le voci dei bambini, Poesie 2007-2017, Mursia Editore, Collana Argani, 2019, pp. 34-35-36.






Margherita Rimi montage








NOIR
(extrait)



Nous avons sorti mes frères

l’un était en train de prier

l’autre souriait


Ils étaient si beaux


Moi, j’étais blessé
je n’avais pas peur, pourtant je pleurais

Ma mère sur moi était morte
elle m’a sauvé mais elle, elle est morte



À présent je ne veux plus parler



Il y a eu des bombardements
je croyais que c’était un tremblement de terre

nous sommes sortis et n’avons plus rien vu


mes yeux
ont pris une photo


comme ça je me souviens

de ma mère



Traduction en français d’Irène Dubœuf.




MARGHERITA RIMI


Margherita Rimi portrait





■ Margherita Rimi
sur Terres de femmes


La carezza (extrait de Nomi di cosa-Nomi di persona)




■ Voir aussi ▼


→ (sur larecherche.it) une notice bio-bibliographique sur Margherita Rimi
→ (sur Poeti del Parco) une lecture (en italien) des Voci dei bambini par Anna Maria Curci -+ extraits)





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Marie-Hélène Prouteau |

Cécile Guivarch, mots et mémoire en double

24 mai, par Angèle Paoli[ —]

Chroniques de femmes - EDITO

Chronique de Marie-Hélène Prouteau



Guivarch montage 3








CÉCILE GUIVARCH : MOTS ET MÉMOIRE EN DOUBLE



Une dimension frappe dans l’écriture de Cécile Guivarch : c’est cette langue double, français et espagnol, qui fait irruption au fil des pages de ses recueils, de leurs titres et des exergues. Cet agencement verbal fluide se fait naturellement, rien d’étonnant à cela. Entre une mère espagnole et un père français, Cécile Guivarch a, dès l’enfance, été habituée à vivre entre deux langues, à retrouver « l’autre » pays lors des grandes vacances. Au fondement de sa sensibilité, cette curiosité pour un vécu langagier déroutant, hésitant — les maladresses de prononciation sont bien là —, et stimulant tout à la fois :

« Je ne sais pas vraiment rouler les R. Je mets les accents aux mauvais endroits […] Ma langue n’est pas celle de ma mère. Ma langue n’est pas maternelle. Ma langue est paternelle ».

Expérience fortement ancrée d’un écart, aussi bien langagier que spatial, entre deux cultures, entre deux lieux, qui va ouvrir en elle un imaginaire fécond pour la rêverie et la poésie. Les recueils Un petit peu d’herbe et des bruits d’amour, Sans Abuelo Petite, S’il existe des fleurs sont traversés par cette dualité de lieux où la conscience trouve éveil. Jusqu’à créer un sentiment d’étrangeté chez la « petite fille aux questions »…

C’est la scène réitérée de l’enfant auprès de sa mère qui est le moment premier de cet envol sensible :

« Chaque fois que ma mère parle au petit-déjeuner je suis en Espagne. Ma mère parle toujours de là-bas. Et quand elle est là-bas elle parle d’ici en disant là-bas ».

S’y rajoute la fierté d’avoir une mère que les copains de l’école appellent l’Espagnole. L’enfant s’amuse même des défauts de prononciation de sa mère qui déforme les mots coulotte ou guedasses.

Avec les cousins retrouvés aux vacances qui parlent galicien, elle ressent la barrière de la langue. Certes, passées les Pyrénées, la « frontière invisible » est bien là mais, des deux « côtés » de celle-ci, Cécile Guivarch éprouve le même éveil des sens et de la beauté qui va miroiter en elle. Et la certitude d’appartenir à une même lignée. Magnifiquement illustrée dans la scène imaginée avec l’aïeule dans Renée en elle. Celle-ci, morte en 1817, lui parle en breton, l’obstacle entre elles semble total. Et pourtant :

« Il lui faut aussi apprendre ma langue que nous puissions nous comprendre. Cela me demande aussi un grand effort de déchiffrer ses phrases ».

Étonnant rapport d’amour entre des êtres qui ont vécu à deux siècles de distance qui vont finir par se parler, par retrouver les mots empêchés, enfouis dans l’histoire familiale. Ceux de « la langue venue des ancêtres ». Si cette altérité est chez Cécile Guivarch le rapport premier au monde, elle n’est pas vécue sur un mode déchirant. C’est pour la poète un déclencheur : ce qui nourrit une vraie passion de l’autre, de sa langue, de ses douleurs, de son destin.

La complicité à l’œuvre en imagination entre une petite-fille toute à l’écoute et son aïeule se rejoue pareillement avec le grand-père qu’elle n’a jamais connu non plus et qui a quitté l’Espagne pour Cuba dans des circonstances troubles. Un secret de famille. La formule qui interdit à l’enfant l’échange imaginaire avec lui est une trouvaille grammaticale qui bouscule superbement les pronoms :

« On me dit de te taire.
Comment puis-je te faire cesser de me parler […]
Tu me coulais dans le corps avant même ma naissance ».

Cette forme quasi magique de l’in-corporation d’êtres fantômes dans le moi, le lecteur l’entend dans le texte. Jusque dans la coulée en abyme de bribes de littérature : «  Connais-tu les grands cimetières sous la lune ? ». C’est le pouvoir du langage poétique de faire revenir les morts, les oubliés emportés dans les drames de la vie et de l’Histoire.

Spontanément, dans la soudaineté de l’instant, semble fuser la langue de l’origine, celle transmise par la mère, par la grand-mère, la langue espagnole :

« Se muere quien quiere libertad ».

Phénomène de surgissement de l’« autre langue » : comme si celle-ci débordait, se déployait sur la page en français, à peine recadrée par une note de traduction en bas de page — « Se meurt celui qui veut la liberté ».



Déclinaison de la mémoire perdue


Cette expérience de l’altérité langagière est intimement liée à la quête de la mémoire chez Cécile Guivarch. Mémoire meurtrie, enfouie dans l’usage familial où l’on ne parlait ni de l’aïeule devenue folle de désespoir ni du grand-père ayant quitté la jeune mère enceinte. Ce legs de silence, Cécile Guivarch s’en saisit. Elle travaille les données arides des archives du Finistère pour les métamorphoser en matériau poétique. Reconstitue le chemin de souffrances de Renée, sur fond de misère et de sang, de perte des enfants à la naissance. Tant est forte la certitude qu’un accord profond la lie à l’aïeule. Authentique revenance.

Quant à la mémoire douloureuse de son héritage espagnol, il a, pour la poète, un nom précis : « les disparus ». Ce mot désignant les victimes de disparitions forcées dans la guerre civile et peut-être plus intimement ses disparus. Il revient en leitmotiv de recueil en recueil, rappel du destin tragique des personnes réprimées sous le franquisme. Il accompagne le lamento des mères dont les fils ont été fusillés :

« Ce seront toujours des enfants,
toujours, même avec
trente balles dans le corps ».

Dans la tête de Cécile Guivarch, trop jeune pour avoir connu la Guerre civile, des flashs, quasi surréalistes, font surgir des images d’hommes en armes :

« Ils ont aux pieds
les restes de la guerre ».

Histoire encore à vif transmise par chaque génération. Les images de réfugiés, de la Retirada, de familles forcées à passer la frontière, avec pour seul bien quelques valises, ont la simplicité et la beauté des photographies de Gerda Taro, longtemps oubliée de l’histoire elle aussi. En noir et blanc passent des enfants dans les villages, des hommes et des femmes travaillant aux champs. Comme si, en mettant ses pas dans ceux de cet abuelo et de ces parents espagnols, Cécile Guivarch vivait ces moments où elle n’était pas née en même temps que la saveur douce des vacances là-bas. Le regard qu’elle porte sur ces gens est magnifique, plein de tendresse, de tendresse triste. Mais toujours cette douleur est tenue à distance. La mort est très présente. Pas question de s’y laisser enfermer. Et puis il y a ces jeux d’ombres et de lumière qu’elle fait naître des souvenirs de vacances, pleins de saveurs sensorielles, arbres, sourires, jeux de plage :

« Mon abuela joue aux cartes espagnoles avec moi. Ma grand-mère n’aime pas perdre ».

Si, dans sa double langue, la poète se sent chez elle, heureuse, à l’opposé le lien à la mémoire se colore des teintes sombres de l’absence et de la perte. Cécile Guivarch est celle qui a une dette envers ses morts. Le poème prend la forme d’un appel intérieur à ressusciter l’histoire de tous ceux qui lui tiennent à cœur :

« Je ressasse sans cesse l’histoire
qu’on avait crue enfouie
elle remonte et déborde »


Il est le lieu où l’identité double se réconcilie. Comme le précise la dédicace du recueil Un petit peu d’herbe et de bruits d’amour : « à ma mère/ à la grande famille de ma mère/à l’Espagne, là-bas ». L’appartenance fière aussi à la grande famille espagnole des artistes réprimés sous le franquisme, comme le montre la citation finale de Federico García Lorca qui clôt ce recueil.

Cet élan donne à Cécile Guivarch sa sensibilité plus vaste aux « guerres de partout dans le monde / Au quotidien sang, armes, exil. »

Dans cet entre-deux, c’est le poème qui, en des mots simples, assure une sorte d’ancrage révélateur de tous les possibles. Le superbe final du recueil S’il existe des fleurs est hautement symbolique :

« au milieu de nulle part
deux enfants l’un près de l’autre
conservent sous leurs ongles
les graines de la terre ».

Vision de deux, unifiée, harmonieuse, surgie de la lyrique même du poème.



Marie-Hélène Prouteau
pour Terres de femmes
D.R. Texte Marie-Hélène Prouteau





CÉCILE  GUIVARCH


Cécile Guivach Ph. Michel Durigneux
Ph. : Michel Durigneux
Source





■ Cécile Guivarch
sur Terres de femmes


Sans Abuelo Petite (lecture d’Isabelle Lévesque)
[Je ne sais pas si tu es encore jeune](extrait de Sans Abuelo Petite)
[J’ai marché sur les morts]
Renée, en elle (lecture d’AP)
[des hommes tressaillent](extrait de S’il existe des fleurs)
Vous êtes mes aïeux (lecture de Gérard Cartier)
→ (dans l’anthologie Terres de femmes) [ma grand-mère avait beaucoup de clés]




■ Voir aussi ▼


le site terre à ciel | poésie d’aujourd’hui





■ Autres chroniques et lectures (22) de Marie-Hélène Prouteau
sur Terres de femmes


Chambre d’enfant gris tristesse
La croisière immobile
Anne Bihan, Ton ventre est l’océan
Jean-Claude Caër, Alaska
Jean-Louis Coatrieux, Alejo Carpentier, De la Bretagne à Cuba
Marie-Josée Christien, Affolement du sang
Guénane, Atacama
Luce Guilbaud ou la traversée de l’intime
Denis Heudré, sèmes semés
Jacques Josse, Liscorno
Ève de Laudec & Bruno Toffano, Ainsi font…
Jean-François Mathé, Prendre et perdre
Monsieur Mandela, Poèmes réunis par Paul Dakeyo
Daniel Morvan, Lucia Antonia, funambule
Daniel Morvan, L’Orgue du Sonnenberg
Yves Namur, Les Lèvres et la Soif
Jacqueline Saint-Jean ou l’aventure d’être au monde en poésie
Dominique Sampiero, Chante-perce
Dominique Sampiero, Où vont les robes la nuit
Ronny Someck, Le Piano ardent
Pierre Tanguy, Ma fille au ventre rond
Pierre Tanguy, Michel Remaud, Ici même






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Francesco Scarabicchi | Sixième prélude

23 mai, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



SESTO PRELUDIO



Come discreta e intatta
alla quiete d’un mese
a sé m’attrasse
l’ora del pomeriggio

di pietre e vie infinite
e un vento d’aria
a sponda d’ancoraggio
dove il vento finisce,

nell’eterna stagione
d’alba ferma,
immobile sui rami
e sulle cose.



Francesco Scarabicchi, Il prato bianco, l'Obliquo, 1997 ; reed. Giulio Einaudi Editore, 2017.






Francesco Scarabicchi  Il prato bianco bis








SIXIÈME PRÉLUDE


Comme discrète et intouchée
par la quiétude d’un mois
vers elle m’a attiré
l’heure de l’après-midi

de pierres et de voies infinies
et un souffle d’air
au bord de mouillage
où le temps finit,

dans l’éternelle saison
d’aube figée,
immobile sur les branches
et sur les choses.



Francesco Scarabicchi, « Ombres », Un oubli de neige, dessins de Miloš Cvach, éditions érès, Collection Po&Psy, 2020, page 56. Traduit de l’italien par Danièle Faugeras & Pascale Janot. À paraître le 11 juin 2020.





Francesco Scarabicchi  Un oubli de neige




FRANCESCO  SCARABICCHI


Francesco Scarabicchi portrait





■ Francesco Scarabicchi
sur Terres de femmes


[Sarai di me l’unica luce ancora] (extrait de L’esperienza della neve)[+ une notice bio-bibliographique]




■ Voir aussi ▼


→ (sur le site des éditions érès) la fiche de l’éditeur sur Un oubli de neige





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Arnaud Beaujeu | Ouvrir une fenêtre sur un soleil d’été

22 mai, par Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




FENETRE Guidu
Ph. angèlepaoli








OUVRIR UNE FENÊTRE SUR UN SOLEIL D’ÉTÉ




Ouvrir une fenêtre sur un soleil d’été, dormir sous un cyprès, s’en aller
de l’autre côté de la mer, où la lumière peut s’arrêter,
[où la lumière est un mystère,       éveillé

Et dormir à la belle étoile, écrire des nuits entières, s’en aller

Plonger dans le bleu du ciel ou s’y jeter sans ailes — au milieu —
s’élever dans les airs, rutilances légères, amoureux

Marcher au bord d’un lac de pierre et de désert, s’en aller
peut-être ou bien rester auprès du cirque des montagnes,
[s’arrêter
sans savoir ni que faire… ou aller
pour reprendre la route au mystère, et rester

La ligne bleue d’azur où point un œil tout bleu>



Arnaud Beaujeu, in « Couleurs, Lumière », Thαumα n° 11, Revue de philosophie et de poésie, La Compagnie des Argonautes, 2013, page 191.





Thauma bis




ARNAUD  BEAUJEU


Arnaud Beaujeu





■ Arnaud Beaujeu
sur Terres de femmes


« La lumière et les mots »




■ Voir aussi ▼


→ (sur Recours au poème) Arnaud Beaujeu, Fleur d’encre (+ une notice bio-bibliographique)
→ (sur Terres de femmes) « Oiseaux », Thαumα, Revue de philosophie et poésie





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Lydia Padellec | [Ma chambre, c’est mon sanctuaire]

21 mai, par Angèle Paoli[ —]



[MA CHAMBRE, C’EST MON SANCTUAIRE]



Ma chambre, c’est mon sanctuaire. Sur la porte j’ai mis un écriteau : « Défense d’entrer – Ne pas déranger l’enfant qui rêve ».

J’invite qui je veux. Même la fourmi, le scarabée, le ver de terre et le papillon de nuit sont les bienvenus. Mon thé au pissenlit, aux pétales de marguerite, aux ailes de mouche, est délicieux.

Tous les chemins mènent à ma chambre. Une petite musique dans mon cerveau me guide au cas où j’oublierais la clé. Je crois bien que vieillir c’est oublier la clé.

Pourquoi n’est-il pas possible de rajeunir ou de rester enfant ?
Qui a décidé que ça devait être comme ça ?

[...]

Qu’on me laisse gribouiller mes poèmes sur les murs de ma chambre. Je ne fais rien de mal. Si les murs sont blancs, c’est forcément pour écrire dessus. Mes cahiers sont trop petits et les lignes me font mal aux yeux. Moi je préfère voir le poème en grand.

J’aime la pluie quand elle frappe à ma fenêtre. C’est difficile de la faire entrer entièrement dans ma chambre. Sa mélodie d’eau m’aide à apprendre le poème de René Guy Cadou : « Odeur de pluie de mon enfance… »



Lydia Padellec, Mémoires d’une enfant dérangée, éditions Lunatique, collection « Les mots cœurs », 35500 Vitré, 2020, pp. 43-49, 53-55.





Lydia Padellec  Mémoires d'une enfant dérangée



LYDIA PADELLEC


Lydia Padellec portrait
Source




■ Lydia Padellec
sur Terres de femmes


[C’est dans l’intimité du brin d’herbe…] (extraits de Cicatrice de l’Avant-jour)[+ une notice bio-bibliographique]
Entre l’herbe et son ombre (Titre provisoire) [extraits]
« Île muette » (extrait de Mélancolie des embruns)
→ (dans l’anthologie Terres de femmes) La mère [extrait d’Entre l’herbe et son ombre (Titre provisoire)]




■ Voir aussi ▼


Sur la trace du vent, le blog personnel de Lydia Padellec
→ (sur le site de la Maison des écrivains et de la littérature) une notice bio-bibliographique (+ des extraits)
le site des éditions Lunatique





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Salah Stétié, Le Voyage d’Alep, XII

20 mai, par Angèle Paoli[ —]



Alep 1
Citadelle d'Alep
Source




LE VOYAGE D’ALEP, XII




Sur les plateaux, le printemps grave est d’herbe pure. Nul arbre, ici, pour limiter le rêve. Les lignes douces des collines me brûlent. Une noirceur gagne les dunes mauves.
La terre est rousse et mal verdie souvent. Trésor du géologue. Elle est grosse de mystère et de clés. Elle échappe à sa toison domestique. Qu’elle est belle de couleur intégrale !
Les villages de la paix dorment dans la lumière fraîche. Nul bruit n’en vient. Nul prophète ne les a dénoncés. L’homme même est accordé au silence.
Partout l’œil touche une pensée prochaine. Et la lumière est toute pénétrée d’ombre…
Des nuages me traversent, pleins d’oiseaux. Une fraîcheur débouche de la nuit. Les forces nues du monde chantent.
Ici, tout pousse l’homme à partir. Tout l’incite à ne jamais s’attacher.
Cela commence.
Le jour se referme à regret sur l’origine.



Salah Stétié, Le Voyage d’Alep, XII, éditions Fata Morgana, 2002 ; 2017 (nouvelle édition), pp. 29-30. Dessins de Jean Capdeville. In En un lieu de brûlure, éditions Robert Laffont, Collection Bouquins, 2009, page 807.







Alep 2
Citadelle d'Alep
Source




[ALEP EXISTE-T-IL ENCORE ?]



Alep existe-t-il encore ? J’entends parler de la vieille, très vieille ville autour de son cœur de grès doré et de merveilleuse pierre grise et rosâtre, cette hautaine citadelle, que le soleil et la lune, puissants messagers astraux, venaient chaque jour et chaque nuit lécher de leur langue immatérielle comme une chatte son chaton préféré sous la main suzeraine des divinités d’antan, du Dieu d’après.

[…]

Alep a reçu des tonnes d’obus, des tonneaux débordant de roquettes tous les jours pendant des années plus nocives et dévastatrices que les siècles. Des avions syriens ont rasé la ville, la tendre ville des hommes, des femmes et des enfants autant qu’ils ont pu le faire. Combien d’années ces siècles ? Sept, bientôt huit. […] Je pleure désormais en relisant ces quelques pages que j’ai écrites jadis dans le bonheur de vivre l’Orient et Alep en particulier dans leur splendeur. La splendeur n’est rien, rien, si elle ne signifie pas en son sein le beau et possible rayonnement de l’homme.


Le Tremblay-sur-Mauldre, le 11 août 2017.



Salah Stétié, avant propos de la nouvelle édition (2017) du Voyage d’Alep, pp. 10-11.





Alep montage




SALAH STÉTIÉ (1929-2020)


Salah Stétié portrait
Source




■ Salah Stétié
sur Terres de femmes


Méditation sur la mort d’une figue (extrait de Fiançailles de la fraîcheur)
Mes oiseaux, mes enfants (autre extrait de Fiançailles de la fraîcheur)
Tranchant de l’aube
Une lampe sous l’orage (contribution de Nathalie Riera sur En un lieu de brûlure, éditions Robert Laffont, Collection Bouquins, 2009)




■ Voir aussi ▼


le site officiel de Salah Stétié





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