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R S S : Terres de femmes


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Pierre Dhainaut | D’abord et toujours, 4

22 de febrer, per  Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



D’ABORD ET TOUJOURS, 4




La flûte, la longue flûte horizontale,
la bien-nommée, la traversière,

le musicien l’approchant de ses lèvres
ferme les yeux : si nous le regardons

sans rien entendre, lui pressent l’émergence,
le devenir du premier souffle,

en se concentrant, il accorde
à la respiration l’essor, l’alliance

de l’inquiétude et de la joie
selon un ordre exigé par l’écoute

qui ne revient pas en arrière.
Raucité, fluidité, soulèvement,

rupture, soulèvement nouveau plus rauque,
plus fluide, que les sons émanent

d’un os, d’un roseau, à marée haute,
à la fonte des glaces, les embruns s’enivrent

ou s’embrasent, les herbes, les ailes,
ils remercient de se sentir compris.

À notre tour de nous en inspirer, l’air ne refuse
personne : nous aimerons les mots

s’affranchissant des mots dans les poèmes
et dans l’intervalle, d’une page à l’autre,

la main touchera le silence, frémira
comme une âme inlassablement fugitive

en son visage.



Pierre Dhainaut, « D’abord et toujours », 4, Pour voix et flûte, Æncrages & Co, Collection Voix de chants, 2020, s.f. Encres de Caroline François-Rubino.






Pierre Dhainaut  Pour voix et flute





PIERRE DHAINAUT


Pierre dhainaut profil 3





■ Pierre Dhainaut
sur Terres de femmes


Après (lecture de Sylvie Fabre G.)
Après (lecture d'Isabelle Lévesque)
Voir de face (poème extrait d’Après)
[Ne nous en prenons pas à l’invisible] (poème extrait d’État présent du peut-être)
[Sortir sous l’averse] (poème extrait d’Et même le versant nord)
[Ce qu’est devenue la couleur] (poème d'Isabelle extrait de Progrès d’une éclaircie)
[Dès le seuil remercie] (poème extrait de Voix entre voix)
Horizons, fontanelles… (poème extrait de Vocation de l’esquisse)
[Nous étions seuls, de trop, dans nos miroirs] (poème extrait de De jour comme de nuit)
[Orage, tempête, séisme] (poème extrait de La Nuit, la nuit entière)
Passerelles
Printemps dédié (poème extrait de L’Autre Nom du vent)
Progrès d’une éclaircie suivi de Largesses de l’air (lecture d’Isabelle Lévesque)
[Soudain la tête se redresse] (autre poème extrait de La Nuit, la nuit entière)
[Où que tu ailles] (poème extrait de Rudiments de lumière)
Rituel d’adoration (poème extrait de Transferts de souffles)
Vocation de l’esquisse (lecture d’Isabelle Lévesque)
Voix entre voix (lecture d’Isabelle Lévesque)
Pierre Dhainaut | Caroline François-Rubino, Paysage de genèse, 10
Pierre Dhainaut | Caroline François-Rubino | [Laissons les mots sourdre d’eux-mêmes] (autre extrait de Paysage de genèse)
Pierre Dhainaut | Isabelle Lévesque | L’origine de l’écriture | [Si léger… tu cours] (extraits de La Grande Année)
Pierre Dhainaut | Isabelle Lévesque, La Grande Année (lecture d’AP)




■ Voir aussi ▼


le blog de Sabine Dewulf : Pierre Dhainaut, poète de la présence
le site de Caroline François-Rubino






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Marilyne Bertoncini, La Noyée d’Onagawa

par Angèle Paoli
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Marilyne Bertoncini, La Noyée d’Onagawa

par Angèle Paoli

21 de febrer, per  Angèle Paoli[ —]

Marilyne Bertoncini, La Noyée d’Onagawa
Jacques André éditeur, collection Poésie XXI N° 58,
2020. Préface de Xavier Bordes.



Lecture d’Angèle Paoli


L’AMOUR PLUS FORT QUE LA MORT ?





Le petit port de pêche d’Onagawa porte secrètement en lui, dans l’arrondi d’une voyelle, les eaux furibondes qui l’ont anéanti. Les eaux d’Onagawa. Onagawa celait pourtant en elle les promesses du printemps même si les derniers signes de l’hiver hésitaient encore à se dissoudre dans les brumes.

Les signes avant-coureurs de la féerie printanière couvent. Le chant d’Onagawa rythme le premier poème. On pourrait se laisser prendre par la beauté de ces images évocatrices du Japon traditionnel si le titre du recueil de Marilyne Bertoncini – La Noyée d’Onagawa – ne venait faire obstacle à l’apparente sérénité de ces images millénaires. Dès la deuxième page de titre (celle qui précède la page d’incipit), l’éventuelle ambiguïté est levée, la poète annonçant qu’il s’agit là d’une « rêverie poétique inspirée d’une dépêche de l’AFP. »

Le réel va donc faire irruption. Comment la poète va-t-elle parvenir à concilier ce que tout oppose ? Sous le beau chant initial d’Onagawa va poindre La Catastrophe. Parmi les milliers de morts emportés par le tsunami, Marilyne Bertoncini exhume l’ombre de Yuko. L’inconnue d’hier rassemble dans sa silhouette fugace tous les noyés d’Onagawa. Elle devient la figure mythique de la tragédie. La roue vient de tourner. Les prémices du printemps sont brutalement englouties sous les coups de butoir du séisme. Un séisme d’une telle violence qu’il déclenche le même jour la catastrophe nucléaire de Fukushima. Le monstre Océan en furie avale tout sur son passage.

La poète s’attache à reconstituer le fil des événements, mettant en relief les faits et les moments les plus marquants. Un récit prend forme dans une temporalité anéantie, laquelle fait passer de la vie à la mort en un temps foudroyant ; la rêverie de la poète réunit temps et espace stratifiés pour l’éternité dans une même coquille. Un rapide retour en arrière sur elle-même lui permet de se remémorer ce que fut pour elle cette journée-là. Quels en furent les jalons depuis le jour naissant jusqu’à la fin du jour ? Son œil de photographe/cinéaste s’arrête sur les lignes, opère un cadrage sur les formes. Au « triangle des grues dans leur vol printanier » d’Onagawa répondent « les grues avant la gare » qui « engloutissent/le ciel » de Villefranche. À cet autre vers concernant Onagawa – « et l’attente rose des pétales fleurissait les nuages » – répond en simultané « une petite chaîne de nuages gris-bleu à l’horizon d’où suinte l’ocre-rose du matin ». Des correspondances très fines s’établissent d’un bout du monde à l’autre. On pourrait relever bien d’autres exemples qui se font écho aux extrémités du globe. Bruits et rumeurs, couleurs et lumière, oiseaux et flore… Le regard clairvoyant de la poète s’attache aux moindres détails qui habitent l’instant. Le temps s’écoule sur la Côte d’Azur et porte en lui les signes d’un obstacle. « Les barres d’immeubles », et tout ce qui alentour contribue à engloutir le ciel, sont-ils la marque insoupçonnée de ce qui se produit au même instant de l’autre côté de l’océan ?

Si je m’attarde autant sur ce poème (qui met en évidence une concomitance temporelle – le temps de la poète et celui de la « noyée d’Onagawa »), c’est que cette réflexion sur le temps se coule à merveille dans ma propre sensibilité. Elle me renvoie notamment au très beau roman de Laurent Mauvignier Autour du monde. Même si le traitement diffère – mais aussi l’écriture –, je ne peux m’empêcher de me poser à nouveau la question du « où étions-nous ce jour-là ? » « Que faisions-nous ? » Mais aussi : « Comment rendre compte de cette concomitance ? Comment la dire ? Et quelle nécessité y a-t-il à la dire ? ».

Sans nul doute, la poète a été durement ébranlée par le récit de cette tragédie. Traumatisée peut-être. D’où la nécessité pour elle de s’approprier celle-ci par l’écriture. D’accueillir dans son cimetière intérieur Yuko et ses semblables. De l’intérioriser. En réintégrant les étapes du récit qui la constituent. Car il y a un récit dans cette « rêverie poétique ». Un récit qui s’appuie sur des faits inexorables.

Ainsi La Catastrophe d’Onagawa s’inscrit-elle dans une réalité géographique dénommée avec soin : « un petit port de pêche sur la côte orientale /du Japon – préfecture de Miyagi… ». Elle s’inscrit aussi dans une temporalité précise. « C’était un vendredi, ce onze mars 2011… ». En un moment chronométriquement identifié : « 14h46 minutes 23 secondes. » Plus loin est indiquée nommément la force du « séisme d’intensité neuf point un sur l’échelle de Richter ». Vient aussi l’ultime message que Yuko adresse à son mari depuis son téléphone portable. Message de terreur devant la mort qui arrive au galop et qui tient en deux mots : « Tsunami énorme ». Un portable « relique » qui parvient à son mari trois ans après le raz-de-marée ; « une moderne/bouteille à la mer », rescapée du naufrage. Tout ce qui subsiste de Yuko dont l’histoire est comme le dernier témoignage de tant d’autres disparitions anonymes, englouties et anéanties sans laisser de traces autres que celles de décombres mêlés aux décombres. Dans son avidité monstrueuse, la mer tentaculaire a tout arraché sur son passage, elle a fusionné les éléments, les a broyés et malaxés pour en faire une pâte immonde. Plus rien n’a de forme. Tout est sens dessus dessous. Le chaos règne en maitre :

« plus rien ne distingue
fluide vivant ou minéral ».

De ce bouleversement de « noire Apocalypse », la poète rend compte, qui imagine « les blêmes corps des noyés de pleine terre », « à la dérive dans l’eau froide ». Trois ans plus tard persistent les visions d’un broiement qui a dissipé les frontières du réel, créant un gigantesque fatras de terre d’épaves de ciment.

Au sein de ce chaos un homme attend. Qui espère retrouver le corps de Yuko. C’est Yasuo. Il s’est lancé dans une quête éperdue. Il espère retrouver sa femme au fond des eaux glacées d’Onagawa. C’est là qu’il la cherche, « évanescente comme / le blanc fantôme d’Oyuki », parmi les enchevêtrements des algues et « les carcasses rouillées d’improbables vestiges », fouillant et écumant les fonds marins d’Onagawa. Obstination insensée que celle de l’époux ? Peut-être. Mais Yuko, avant d’être emportée du toit où elle s’était réfugiée, s’était écriée : « je veux rentrer chez nous ». Et Yasuo, nouvel Orphée, n’a de cesse que de soustraire la « noyée » de son « enfer marin ». L’amour plus fort que la mort ? C’est ce que laisse entrevoir le très émouvant recueil de Marilyne Bertoncini.



Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli






Marilyne Bertoncini  La Noyée d'Onagawa





MARILYNE   BERTONCINI


Marilyne Bertoncini
Source




■ Marilyne Bertoncini
sur Terres de femmes


[Je l’imagine] (extrait de La Noyée d’Onagawa)
À l’ombre du mûrier (extrait de L’Anneau de Chillida)
La Dernière Œuvre de Phidias (lecture d’AP)
[Ici… Là] (extrait de La Dernière Œuvre de Phidias)
Labyrinthe des nuits (lecture d’AP)
Mémoire vive des replis (lecture de Sophie Brassart)
[En nageant jusqu’au bout de ton rêve] (extrait de Mémoire vive des replis)
Sable (extrait)



■ Voir aussi ▼


→ (sur Recours au poème) une fiche bio-bibliographique sur Marilyne Bertoncini
→ (sur le site de la mél [Maison des écrivains et de la littérature]) une fiche bio-bibliographique sur Marilyne Bertoncini
Minotaur/a, le blog de Marilyne Bertoncini






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Hélène Jacquier | [un jour, comme une page froissée]

20 de febrer, per  Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[UN JOUR, COMME UNE PAGE FROISSÉE]




Parfois écrire ressemble à une aube,
à une révolution intime et secrète
parfois, c’est un matin qui entre dans la nuit,

un trait dans le silence

adossés à une solitude, les étoiles,
l’immensité que je regarde,

écrire est une lame, un renversement

parfois
la lune est si blanche, les contours si nets,
que le ciel autour semble rouge.

Écrire ce chemin, blessé jadis par nos voix,

apparaît enfoui au creux des phrases
un visage qui les dénonce toutes et les rendent inutiles

un jour, comme une page froissée



Hélène Jacquier, Contre-ciel, Gros textes, Collection la petite porte, 2018, page 15.






Helene Jacquier





HÉLÈNE JACQUIER


Helene Jacquier  portrait





■ Voir aussi ▼


le site personnel d’Hélène Jacquier






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Sofia Queiros | Jour 13

19 de febrer, per  Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



JOUR 13




Cyprès, entre table et chaises, entre couteau et assiette, regards derrière une bouteille, un verre d’eau, un quignon de pain sur la nappe à carreaux s’effrite.

Il ou plutôt elle,

ils s’évitent.

Les bavardages vont bon train à la tribune.

Une main agile perçoit le léger tremblement de la surface formica, le palpitement du pouls à la base du cou, sous la pomme d’Adam.

Les bords des paupières s’enflamment. De l’amour peut-être,

sans doute du désir.



La lune est dentelle à la brume.

Sous le pêcher deux belles âmes. L’une aussi claire que l’eau. L’autre aussi profonde que le puits du sourcier.

Une chauve-souris, une peur, et les âmes se grisent, dans la chair nocturne.

Deux cousins pattes filent et fragiles dans une lueur.
Avant la fin.

L’une dit à l’autre que rien. L’autre plus circonspecte dit que possible.



Sofia Queiros, Une même lunaison, éditions Isabelle Sauvage, Collection présent (im)parfait, 29410 Plounéour-Ménez, 2019, pp. 32-33.






Queiros_couv-Lunaison_19





SOFIA QUEIROS


Sofia Queiros
Source




■ Sofia Queiros
sur Terres de femmes


Normale saisonnière (lecture d’Isabelle Lévesque)
Normale saisonnière (extraits)
et puis plus rien de rêves (extraits)[+ une notice bio-bibliographique]
[je à la pointe du jour] (extrait de Sommes nous)




■ Voir aussi ▼


→ (sur le site des éditions Isabelle Sauvage) la fiche de l’éditeur sur Une même lunaison






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Apirana Taylor | La terre au-delà du fleuve du temps

18 de febrer, per  Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




Pepetuna 2
Source






THE LAND BEYOND THE RIVER OF TIME




The land beyond the river of time
needs water the giants are thirsty
the dwarfs are dry
the witches have blocked the river
the wizards have drunk the wine
the fairies have been killed
the stars do not shine
the wind has lost its voice
let the
patupaiarehe* flow
bringing water from the spring
so we may laugh and dance once more
so the tree may sing







LA TERRE AU-DELA DU FLEUVE DU TEMPS




La terre au-delà du fleuve du temps
a besoin d’eau les géants ont soif
les nains sont desséchés
les sorcières ont barré la rivière
les magiciens ont bu le vin
les fées ont été tuées
les étoiles ne brillent pas
le vent a perdu sa voix
laissez couler le patupaiarehe*
qui apporte l’eau de la source
afin que nous puissions rire et danser encore une fois
afin que l’arbre puisse chanter


Apirana Taylor, Pepetuna**, poèmes traduits de l’anglais (Nouvelle-Zélande) et du māori par Manuel Van Thienen et Sonia A. Protti, peinture de Germain Roesz, éditions érès, collection PO&PSY, 2019, pp. 74-75.


___________________
*patupaiarehe : dans la mythologie māori, être surnaturel à peau claire, habitant les forêts profondes et les sommets des montagnes souvent hostiles aux humains.
**pepetuna : papillon de nuit endémique de l’île du nord de la Nouvelle- Zélande. Il est vert et son envergure atteint 15 cm.







Pepetuna





APIRANA   TAYLOR


Apirana Taylor photo  jean-Louis Goodall
Ph. : Jean-Louis Goodall
Source




Apirana Taylor, né en 1955 à Wellington (Nouvelle-Zélande), est un écrivain māori et pākehā (européen). Poète, scénariste, romancier, nouvelliste, conteur, acteur, peintre et musicien, il voyage sur le territoire néo-zélandais et au-delà (Inde, Europe, Colombie…) en qualité de poète et de conteur.




■ Voir aussi ▼


→ (sur le site des éditions érès) une notice bio-bibliographique sur Apirana Taylor






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Emmanuel Moses | [Mais voilà il y a un au-delà des apparences]

17 de febrer, per  Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[MAIS VOILÀ IL Y A UN AU-DELÀ DES APPARENCES]




Mais voilà il y a un au-delà des apparences
Il y a comme un ciel vertigineux qui nie les apparences
Et c’est l’indifférence
L’indifférence aux heures qui trottent sur le cadran translucide de la vie
L’indifférence aux saisons
Au bas du parchemin duquel est apposé un sceau de quatre couleurs différentes :
Vert, jaune, marron et blanc. Ad aeternam
(qu’on pourrait représenter aussi sous l’aspect de quatre oiseaux empaillés dans une vitrine)
L’indifférence aux années qui roulent depuis toujours et sans fin
Peut-être que c’est cela Dieu : l’au-delà des apparences diverses
L’indifférence suprême, l’indifférencié suprême
Le temps, Dieu et les hommes, indifférents les uns vis-à-vis des autres
Tels les acteurs, le public, l’auteur, indifférents les uns envers les autres
Pour échapper à la mort
Et non pas comme événement individuel mais comme condition
L’indifférence arc-boutée à l’indifférence
L’une articulée à l’autre
Et formant ensemble un bras plus puissant que celui qui fendit les flots de la Mer rouge…
Un bras à défier les machines-robots qui déshumanisent l’homme en le dépossédant
Qui ont vaincu l’humanité comme Moïse vainquit l’onde
Pour y faire passer à pied sec son pauvre peuple
L’indifférence de l’aigle qui vire en cercles larges et lents à hauteur de cime
Et pour l’œil brillant et minuscule de qui la vallée n’est rien, le fleuve n’est rien
L’activité humaine n’est rien, la circulation des automobiles et des trains, rien
La fumée des cheminées d’usines et les chantiers, les carrières, rien
Les champs et les prés, avec leurs tracteurs, leurs moissonneuses-batteuses, rien
Et même les moutons qu’ils enlèveront dans les airs sans parler des menus rongeurs
Ne sont rien sous leur regard souverain où on lirait le refus et le mépris
Si on pouvait l’observer de près
Voyez comme il promène sa silhouette cruciforme sur le fond du ciel d’azur
Et de quelle manière il joue avec les courants de l’air
Quelle leçon que les jeux de l’aigle en sa sagesse !
Le soleil décline devant ma fenêtre
L’instant est silencieux et ce qu’il y a de plus muet entonne un chant nouveau
J’ouvre le livre des anciens visages d’Égypte
Et je les écoute
Ils me parlent de la mort et de sa morsure
De l’éternité qu’elle fait sourdre de la chair du temps
Et comme je les en remercie, ces très vieux morts
Peints à l’encaustique sur des sarcophages en bois de tilleul
Ou peints à la détrempe sur des sarcophages en bois d’if, en bois de sycomore
Peints sur des masques de plâtre et sur des voiles en lin
Ces hommes, ces matrones, ces jeunes filles, ces enfants
Prenant éternellement congé de nous
Sur les vertes collines des adieux.



Emmanuel Moses, Quatuor, II , Poème, Le Bruit du temps éditions, 2020, pp. 40-42. [en librairie le 6 mars 2020]






Moses quatuor 2






EMMANUEL   MOSES


Emmanuel_moses_didier_pruvot_flammarion
Ph. © Didier Pruvot/Flammarion
Source





■ Emmanuel Moses
sur Terres de femmes


La fleur « Shortia » (extrait de Polonaise)
Ivresse (lecture de Gérard Cartier)
[Derniers feux](extrait d’Ivresse)
[Aujourd’hui j’ai ouvert le journal de l’éternité](extrait de Dieu est à l’arrêt du tram)
[Je ferme les yeux](autre extrait de Dieu est à l’arrêt du tram)
[Je suis allée au puits](extrait de Comment trouver comment chercher)
[La mer, à peau de cétacé](extrait du Paradis aux acacias)
[Mettre un éléphant dans un poème](extrait d’Un dernier verre à l’auberge)
[Le cahier vide et le cahier qui se remplit](extrait du Voyageur amoureux)






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Claudine Bohi | Secret de la neige

16 de febrer, per  Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



SECRET DE LA NEIGE
(extrait)




La neige
est cette suspension
du temps

dans un espace
qui le rend visible




avant la neige
le cœur bat
autrement

avant la neige
le corps bouge
plus loin




cette vive lenteur
dans les bras

un vieux Noël s’étire
renversé
depuis longtemps

recouvert
par d’autres blancheurs

cet étonnement
dans les mains




un puits ouvert
dans le ciel

ce calme ravage
dans les mots

avant la neige




comme une attente
qui serait comblée

avant d’être
éprouvée

avant même
d’être venue

une attente
dans son comblement même

déployée là

dans l’exactitude
du comblement




est-ce la nuit
est-ce le jour

cette blancheur
témoigne
d’autre chose




est-ce présent

est-ce passé

ce grand charivari
de signes

ce mélange de blancs




Claudine Bohi, « Secret de la neige », L’Enfant de neige, éditions L’herbe qui tremble, 2020, pp. 103-109. Peintures d’Anne Slacik.






Claudine Bohi L'enfant de neige




CLAUDINE  BOHI


Claudine Bohi 2
Source




■ Claudine Bohi
sur Terres de femmes



[brouillard n’est pas absence] (poème extrait d’Éloge du brouillard)
[Duels de lumière] (poème extrait de La plus mendiante)
Le funambule sans son fil (poème extrait de Même pas)
Mère la seule (lecture d’Isabelle Lévesque)
[je laisse tomber le mot maman] (poème extrait de Mère la seule)
L’invisible (poème extrait de Mettre au monde)
Naître c’est longtemps (lecture d’AP)
Naître c’est longtemps (lecture de Philippe Leuckx)
Corps levé (poème extrait de Naître c’est longtemps)
[L’eau son puits étrange] (poème extrait d’On serre les mots)
Une lumière de terre (poème extrait d’Une saison de neige avec thé)
Claudine Bohi | Olivier Gouéry [Voici donc le matin]
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) si ce n’est pas trembler




■ Voir aussi ▼


→ (sur le site des éditions L’herbe qui tremble) la fiche de l’éditeur sur L’Enfant de neige
→ (dans la poéthèque du site du Printemps des poètes) une fiche bio-bibliographique sur Claudine Bohi






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Simone Molina | [étrange vision dans une nuit sans lune]

15 de febrer, per  Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[ÉTRANGE VISION DANS UNE NUIT SANS LUNE]




étrange vision dans une nuit sans lune
le jardin s’illumine

ce ne sont pas les grandes fontaines de lumière
simplement une vibration blanche dressée vers les étoiles
ponctuations de l’ombre où se perdent nos pas

jusque dans la nuit
la lumière des acanthes
candélabres austères
sentinelles du jardin

une nuit de larmes pures
offre son souffle apprivoisé

l’arbre rejoint le ciel

la nuit est un exil

au loin            les lumières de la ville
le grondement lointain d’une route
où s’égare la noblesse du monde




Simone Molina, L’Indien au-delà des miroirs, La tête à l’envers, 58330 Crux-la-Ville, 2019, page 42. Écho visuel (peintures) de Marcel Chetrit.






Molina 3




SIMONE   MOLINA


Simone Molina
Source




■ Simone Molina
sur Terres de femmes


[tu n’es ni savant ni prophète] (extrait de Voile blanche sur fond d’écran)




■ Voir aussi ▼


→ (sur le site de la mél, Maison des écrivains et de la littérature) une notice bio-bibliographique sur Simone Molina
→ (sur le site des éditions La tête à l’envers) la page de l’éditeur sur L’Indien au-delà des miroirs
le site de Simone Molina






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Emmanuel Moses | [Mettre un éléphant dans un poème]

14 de febrer, per  Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[METTRE UN ÉLÉPHANT DANS UN POÈME]




Mettre un éléphant dans un poème c’est tout à fait possible
Il suffit de ménager un espace suffisant entre deux mots
Pas un espace sur la page blanche
Un espace de sens
Comme entre joie et peine
Amour et haine
Âme et corps
Vie et mort
Enfin, vous comprenez
Vous y placez alors votre pachyderme
Qui croyez-moi
Pourra courir et balancer sa trompe à son aise
Sans jamais se sentir à l’étroit.




Emmanuel Moses, Un dernier verre à l’auberge, éditions LansKine, 2019, page 31.






Emmanuel Moses  Un dernier verre à l'auberge




EMMANUEL   MOSES


Emmanuel_moses_didier_pruvot_flammarion
Ph. © Didier Pruvot/Flammarion
Source





■ Emmanuel Moses
sur Terres de femmes


La fleur « Shortia » (extrait de Polonaise)
Ivresse (lecture de Gérard Cartier)
[Derniers feux](extrait d’Ivresse)
[Aujourd’hui j’ai ouvert le journal de l’éternité](extrait de Dieu est à l’arrêt du tram)
[Je ferme les yeux](autre extrait de Dieu est à l’arrêt du tram)
[Je suis allée au puits](extrait de Comment trouver comment chercher)
[La mer, à peau de cétacé](extrait du Paradis aux acacias)
[Mais voilà il y a un au-delà des apparences](extrait de Quatuor)
[Le cahier vide et le cahier qui se remplit](extrait du Voyageur amoureux)




■ Voir aussi ▼


→ (sur le site des éditions LansKine) la fiche de l’éditeur sur Un dernier verre à l’auberge






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Marilyne Bertoncini | [Je l’imagine]

13 de febrer, per  Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[JE L’IMAGINE]




Je l’imagine, infime signe noir
sur la plage de l’océan refermée
sur les naufrages, les blêmes corps des noyés en pleine terre
arrachés jusqu’à dix kilomètres de la côte,
flottant entre deux eaux,
entre les bancs argentés ondulant dans les zébrures sombres
des courants
comme pétales au vent,
écartant la chevelure fluorescente des méduses,
caressant les rideaux d’algues sur les restes d’étranges épaves
où rampent des étoiles,
frôlant d’improbables poissons aux yeux vitreux
dans les cavernes
de ciment brisé
et le flanc de collines des étraves couchées
où nidifie la pierre arborescente des coraux,
cerisiers inversés

à la dérive dans l’eau froide,
avec l’espoir en fil d’Ariane.




Marilyne Bertoncini, La Noyée d’Onagawa, Jacques André éditeur, collection Poésie XXI N° 58, 2020, page 30. Préface de Xavier Bordes.






Marilyne Bertoncini  La Noyée d'Onagawa





MARILYNE   BERTONCINI


Marilyne Bertoncini
Source




■ Marilyne Bertoncini
sur Terres de femmes


La Noyée d’Onagawa (lecture d’AP)
À l’ombre du mûrier (extrait de L’Anneau de Chillida)
La Dernière Œuvre de Phidias (lecture d’AP)
[Ici… Là] (extrait de La Dernière Œuvre de Phidias)
Labyrinthe des nuits (lecture d’AP)
Mémoire vive des replis (lecture de Sophie Brassart)
[En nageant jusqu’au bout de ton rêve] (extrait de Mémoire vive des replis)
Sable (extrait)



■ Voir aussi ▼


→ (sur Recours au poème) une fiche bio-bibliographique sur Marilyne Bertoncini
→ (sur le site de la mél [Maison des écrivains et de la littérature]) une fiche bio-bibliographique sur Marilyne Bertoncini
Minotaur/a, le blog de Marilyne Bertoncini






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