HOME > RSS > BLOGS France > Terres de femmes

R S S : Terres de femmes


PageRank : 7 %

VoteRank :
(1.42 - 2 votes)





tagsTags: , , , ,


Français - French

RSS FEED READER



Véronique Bergen, Hélène Cixous, La langue plus-que-vive

par Isabelle Lévesque
">
Véronique Bergen, Hélène Cixous, La langue plus-que-vive

par Isabelle Lévesque

19 September, by Angèle Paoli[ —]

Véronique Bergen, Hélène Cixous, La langue plus-que-vive,
éditions Honoré Champion, 2017.



Lecture d’Isabelle Lévesque



Qui écrit ? Requise par l’écriture convulsive et essentielle d’Hélène Cixous, par sa « jubilation solaire », Véronique Bergen lui emboîte le pas. Dans la suite effrénée d’une langue debout, qui tient, qui renaît, qui se déplace en faisant bouger le lexique et la syntaxe pour saper (c’est salutaire !) leurs assises, Véronique Bergen entre dans la danse, le processus, « une multiplicité d’états du verbe ».

Son étude sur la langue d’Hélène Cixous s’organise en trois parties. La première retrace la « genèse de l’écriture ».

Il faut renaître, créer une langue susceptible de devenir, de n’être pas ; le mouvement est sa loi organique, son principe de survie. Il ne suffit pas d’identifier les mots nouveaux, composés inédits véhiculés par la transe qui préside à la création de cette langue inconnue, identifiable pourtant, « langue mineure dans une langue majeure ».

On accepte d’être perdu, égaré, en lisant Hélène Cixous, et Véronique Bergen nous guide dans la genèse de l’écriture d’un livre qui n’existera pas autrement que dans cette forme hybride, fatalement hybride, et que nous devrons accepter ainsi, dans sa grandeur. Le confort, le convenu : écartés, impossible d’entrer dans cette langue sans percevoir le vide traversé consciemment, courageusement, en vacillant. Se redresser ne peut que se vivre partiellement, l’équilibre menacé nourrit l’écriture au plus près du vivre dans un tourbillon où les forces vitales n’écarteront pas les morsures du réel. La blessure vécue comme possiblement mortelle irrigue la langue que l’on ne peut connaître, l’unique est son identité.

Véronique Bergen le précise dès son « Ouverture » : elle se centre sur les textes en prose d’HC, écarte de son corpus les pièces de théâtre et les publications concernant la peinture. Elle choisit la confrontation directe avec le texte, avec la langue d’HC, créée de toutes pièces ou plutôt se créant, nourrie de vie comme processus de métamorphose. « Genèse de l’écriture », dont on ne sait quel sera l’aboutissement, l’écriture du livre peut échouer, l’auteur se confronte toujours au « spectre du ″livre que je n’écrirai pas″ », ou du « ″livre que tu n’écriras pas″ », « lqjnp » ou « lqtnp ».

À l’origine, un désastre (la mort du père à Alger en 1948 alors qu’HC avait dix ans) : « Le verbe arrive dans le cône de la mort ».L’écriture est envisagée « comme un geste de contre-mort ». Si ses livres affirment la présence de ce « père intérieur », ils organisent aussi le maintien en vie de la mère-origine, Ève, puis fixent, en contre-oubli, avec tous les détails possibles, sa fin, nouvelle naissance qui ne peut pas être « sans douleur » pour cette sage-femme. Le livre survivant construit un mythe (Ève, la mère, sauvée miraculeusement ou logiquement par le processus vivant de l’écriture en devenir, en pro-création) :

« Écrire passe par la profération d’un nom, s’enracine dans le cri du prénom du disparu. »

Cette vocation sacre le mort en le perpétuant dans l’appel, elle le consacre par « l’écho transfiguré » du prénom, « Georges », prénom-graine qui enfantera les phrases. L’écriture prend corps dans cette adresse et cette matière qui devient le vivant transport du disparu retenu dans le tissu proliférant du texte qui se construit, existera. « [F]abrication du radeau sur le néant », précise HC, diffraction créatrice du moi dans les phrases générées par la blessure initiale, essentielle, inguérissable et qui contient la mort de l’auteure comme celle de son disparu premier (Georges). Le « dispositif continu de l’écriture » dresse un mur, une faille (la « scène primitive »), la blessure creusée ne l’altère pas, au contraire, son épanchement permet au fil textuel de devenir tissu. Ce tissu de mots, HC ne déplore jamais qu’il soit insuffisant :

« On ne trouve guère en son œuvre de connivence avec ceux qui soupirent après la beauté incomparable de l’avant-mot et s’enferrent dans le paradoxe de qui, rêvant de retrouver le jadis pré-langagier, ne le peut qu’en usant d’un verbe. »

Les mots « transforment le dehors » et « performent ce qu’ils disent », l’écriture, acte de création, modèle une forme existante, la révèle, l’exacerbe en une forme nouvelle, vacillante, trouvée qui échappe. L’acte démiurgique d’écrire mêle la vie et la mort. La porosité est telle qu’écrire inter-agit sur ces deux phases qui ne sont pas distinctes l’une de l’autre mais porteuses l’une de l’autre. L’écriture, voix inconsciente, s’organise en « chambre d’échos ». Sont accueillis les mouvements parfois contradictoires (amour, colère, joie…) qui orchestrent les pages, l’écoute est son principe actif, on est « visité, squatté », car le moi est « disséminé ». L’infini vit dans cette dissémination qui, selon Hélène Cixous, définit l’écriture. Sa langue suit le principe gigogne d’une prolifération constante qui sape les principes d’une syntaxe normée, policée. La claudication d’abord, puis l’émergence verticale et ascensionnelle la définissent. Toujours elle se remodèle se nourrissant du disparu redevenu, la liberté, l’échappée la conditionnent, la dissolvent. Chaque nouveau livre devient le matin du monde. L’analyse de Véronique Bergen trace le portrait d’un écrivain qui « essaie les mots dans tous les sens », faisant rouler les syllabes (« Etats-Unis » : « Etazuni Et ta Zuni ? Extasunie ») de sorte que nous sommes conduits, égarés dans un labyrinthe signifiant qui ré-invente chaque fois le fil qui ne mènera qu’au perpétuel dévouement à la création. Cette soumission est une adhésion, le dieu de l’écriture parle à travers elle, traverse son espace : aucune conquête, un franchissement constant qui sera recommencé, modifié. « Langue plus-que-vive », en ce sens. Véronique Bergen montre qu’elle opère par déplacement constant de mots, syllabes, écoute de voix éteintes qui à travers elle, l’écrivain HC, reprennent corps dans la langue inventée, renaissante, « relève miraculeuse » :

« La politique de la langue consiste à se réapproprier une langue dominante en la désaxant, à la torsader, la recréer à partir d’une position d’énonciation minoritaire, celle du ″juifemme″. »

Extraire le français d’un usage policé et acceptable, le faire « sortir de ses gonds » , lui faire vivre une déraison prolixe et signifiante, voilà qui détermine un usage politique de la langue. « [F]ission » et « fusion » sont analysées par Véronique Bergen, le « OR » détaché du nom du père, devient le titre d’un livre, ou « dedandehors » rassemblés en mot unique. Mots rabotés, syllabes migrantes allongeant les mots, croisement de langue (l’allemand en particulier), un ensemble de créations propres à HC sont répertoriées, révélant la familiarité de Véronique Bergen avec l’écrivain, mais aussi sa lecture exploratrice de ce qui est mis à l’œuvre, en bouillonnement, dans les livres d’HC. La « vive allure » chère à Caroline Sagot Duvauroux trouve ici son expression vivante et propulse le lecteur dans une lecture aventureuse et active. Écrire et inventer se frottent en une jouissance « plus-que-vive ».



La deuxième partie traite de la « double injonction » à laquelle HC répond dans ses livres : « écrire / ne pas écrire », mais aussi « écrire / mais ne pas dire ». Dans La venue à l’écriture1 en particulier, HC a exposé le sentiment d’illégitimité que l’on peut (ou pouvait ?) éprouver à écrire quand on est une femme, mais aussi à écrire en français quand on a une mère allemande, un père algérien, quand on est étranger dans sa langue, et même « étranjuif ». Cette conquête, ou plutôt cette nécessaire invention de sa propre écriture, passe aussi par l’invention de soi comme corps sensible et organique, éprouvant, souffrant aussi. Elle se fait en se consacrant à « Dieu la Littérature » dont Joyce est le « prophète », à « Dieu-l’écriture ». Et HC s’affirme « religieusement athée, mais littérairement déiste ». Véronique Bergen peut ainsi parler de l’entrée « dans la liturgie des syllabes, la mystique de l’alphabet, la ré-invention de l’alphabet ». Du Livre selon Mallarmé au « Livre-messie », HC tourne donc autour de ce Livre interdit qu’elle n’écrira pas, alors qu’il est toujours présent. Peut-être se diffracte-t-il en chacun de ses livres écrits ? Il existe à l’origine et peut-être que « le livre impossible de son vivant jaillira posthume, naîtra posthume, queue de comète extraite du massif des autres livres […] ».



Traitant toujours de l’origine de l’écriture, la troisième partie aborde la question de « l’écriture féminine » (qui n’est pas l’exclusivité des femmes), de sa dimension physique, corporelle : « La co-constitution de l’œuvre et du sujet écrivant produit par ce qu’il écrit a lieu au fil d’une genèse/éternelle jeunesse entée sur les affects et les percepts, sur les pulsions, sur l’inconscient à partir duquel des sensations converties en mots s’extraient. » Nous voyons ainsi, dans les livres d’Hélène Cixous, la pensée, la langue et le sujet écrivant naître conjointement. Véronique Bergen, reprenant une notion développée par Deleuze et Guattari, montre que le développement de la langue chez HC est « chaoïde » (et non « chaotique »). Elle correspond au « chaos universel ». Elle se développe d’une manière végétale. Elle pousse, se soulève, va vers la lumière, descend sous terre en une infinité de racines et rhizomes. Hélène Cixous ou Le Règne végétal pourrait-on dire en paraphrasant René-Guy Cadou. Cette « écriture féminine » ne s’appuie pas sur l’idée d’un auteur pré-existant et exerçant un contrôle total. Elle « s’enroule autour d’un « être écrite », « être rêvée, traversée de phrases » au fil d’une autre connaissance qui, passant par la désorientation, la perte de soi, atteint l’état mystique d’une fusion du « sujet » écrivant et de l’objet. Le Livre s’écrit, il parle parfois à celle qui physiquement est en train de l’écrire. De nombreux « revenants » y passent et s’expriment. L’auteur est une sorte de médium ou de chaman.

Véronique Bergen s’attache aussi à caractériser l’écriture d’HC en la rapprochant de celles de ses « sœurs » : en particulier Ingeborg Bachmann, Marina Tsvétaïeva et bien sûr Clarisse Lispector.

Ainsi Hélène Cixous écrit-elle sans fin dans l’espace du « dedans » de l’écriture et de la vie, contre l’oubli. Pasolini faisait de la disparition des lucioles la fin d’un monde. Georges Didi Huberman répondait : « Les lucioles ont-elles disparu ? Bien sûr que non. Quelques-unes sont tout près de nous, elles nous frôlent dans l’obscurité ; d’autres sont parties au-delà de l’horizon, essayant de reformer ailleurs leur communauté, leur minorité, leur désir partagé. »2 Véronique Bergen affirme à propos d’Hélène Cixous : « La libération des lucioles sur les paysages du verbe produit une luminescence qui passe par le devenir lanterne-magique de l’écriture. » Cette lanterne magique proustienne, c’est le « vivrécrire » à l’œuvre dans les livres d’Hélène Cixous qui nous montre l’« outre-vie ».



Isabelle Lévesque
D.R. Isabelle Lévesque
pour Terres de femmes





__________________________________
1. Hélène Cixous, Madeleine Gagnon, Annie Leclerc, La Venue à l’écriture (UGE, 10/18, 1977).
2. Georges Didi-Huberman, Survivance des lucioles (Les éditions de Minuit, 2009).






Bergen  Cixous









HÉLÈNE CIXOUS

Cixous Guidu
Image, G.AdC






■ Hélène Cixous
sur Terres de femmes

Ève s’évade (note de lecture d’AP publiée dans la revue Europe)
Le-tablier-mémoire-de-la-mère (note de lecture d’AP sur Le Tablier de Simon Hantaï, Annagrammes)
Petites érinyes de la conscience (note de lecture d’AP sur La Mort du Loup)
→ « Mes êtres d’incandescence » (extrait de La Mort du Loup)
5 juin 1937 | Naissance d’Hélène Cixous
15 août 1964 | Hélène Cixous, Manhattan
26 février 1976 | Hélène Cixous, Portrait de Dora




■ Autres notes de lecture (42) d’Isabelle Lévesque
sur Terres de femmes

Marie Alloy, Cette lumière qui peint le monde
Gabrielle Althen, Soleil patient
Françoise Ascal, Noir-racine précédé de Le Fil de l’oubli
Edith Azam, Décembre m’a ciguë
Mathieu Bénézet, Premier crayon
Claudine Bohi, Mère la seule
Paul de Brancion, Qui s’oppose à l’Angkar est un cadavre
Laure Cambau, Ma peau ne protège que vous
Valérie Canat de Chizy, Je murmure au lilas (que j’aime)
Fabrice Caravaca, La Falaise
Jean-Pierre Chambon, Zélia
Colette Deblé, La même aussi
Loïc Demey, Je, d’un accident ou d’amour
Pierre Dhainaut, Progrès d’une éclaircie suivi de Largesses de l’air
Pierre Dhainaut, Vocation de l’esquisse
Pierre Dhainaut, Voix entre voix
Armand Dupuy, Mieux taire
Armand Dupuy, Présent faible
Estelle Fenzy, Rouge vive
Bruno Fern, reverbs    phrases simples
Élie-Charles Flamand, Braise de l’unité
Aurélie Foglia, Gens de peine
Raphaële George, Double intérieur
Jean-Louis Giovannoni, Issue de retour
Cécile A. Holdban, Poèmes d’après suivi de La Route de sel
Sabine Huynh, Les Colibris à reculons
Sabine Huynh, Kvar lo
Lionel Jung-Allégret, Derrière la porte ouverte
Mélanie Leblanc, Des falaises
Gérard Macé, Homère au royaume des morts a les yeux ouverts
Jean-François Mathé, Retenu par ce qui s’en va
Dominique Maurizi, Fly
Dominique Maurizi, La Lumière imaginée
Emmanuel Merle, Dernières paroles de Perceval
Nathalie Michel, Veille
Isabelle Monnin, Les Gens dans l’enveloppe
Cécile Oumhani, La Nudité des pierres
Emmanuelle Pagano, Nouons-nous
Hervé Planquois, Ô futur
Sofia Queiros, Normale saisonnière
Jacques Roman, Proférations
Pauline Von Aesch, Nu compris






Retour au répertoire du numéro de septembre 2017
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Jean-Marie Berthier | Tamié

18 September, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour





Ne plus quitter les pierres
« Ne plus quitter les pierres
au retour de la forêt
mais écouter longuement
la cohorte des siècles »
Ph., G.AdC







TAMIÉ


À François Cheng           



Aller aux pierres qui chantent
aller au dédale de leur voix pesante

plus nus qu’elles ne le sont
dans le silence qui les force à vivre

Passer les couleurs de l’automne
une à une les compter
comme un chien lèche sa plaie

et des lacets du chemin qui monte
étrangler le vent d’avant novembre

Se défaire peu à peu de son pas
si l’on veut être à l’heure des pierres

qui se rejoignent pour s’étreindre
et se délivrer ensemble du vide

De l’une d’elles peut-être
le souffle d’un oiseau
pétrifié d’amour et de peine

portera l’espace d’un seul cri
la voix d’un enfant
de l’au-delà des mots

Ne plus quitter les pierres
au retour de la forêt
mais écouter longuement
la cohorte des siècles

qui de l’une à l’autre chante la gloire
des yeux clos d’étoiles et de neige

Puis s’alléger du poids des pierres
en leur accordant le droit d’asile



Jean-Marie Berthier, Ne te retourne plus, Éditions Bruno Doucey, Collection « Soleil noir », 2017, pp. 78-79.







Jean-Marie Berthier  Ne te retourne plus






JEAN-MARIE BERTHIER


Jean-Marie Berthier
Source




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site du Scriptorium de Marseille) un hommage de Dominique Sorrente à Jean-Marie Berthier
→ (sur le site des éditions Bruno Doucey) la fiche de l’éditeur sur Ne te retourne plus de Jean-Marie Berthier





Retour au répertoire du numéro de septembre 2017
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Thomas Chapelon | [Je roulais vite très vite]

17 September, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[JE ROULAIS VITE, TRÈS VITE]




Je roulais vite très vite,
Dans la plaine entourée,

De montagnes grumeleuses d’arbres sombres,


Je roulais très vite,
La liberté        une dépression
De cet air,

Mon visage

Légèrement   parcheminé,
Je vieillissais,

Le temps        accéléré,

Il suffit        de coordonner sa temporalité,
Temps restreint,

Immensité,

De se mouvoir        d’un battement,

L’artère,

L’écroulement,

La distance,

Je          n’ignorais,

Sublime, ombre,
De l’été étouffant,
La discussion,

Elle                   venant vers moi,

Pour un livre,

Les espaces me dit-elle,

J’aime beaucoup,
Oui,

Et

Je travaille avec des enfants sourds,
Alors        je me demande,
Comment ils définiront ces espaces,

Comment ils liront ce texte,

Peut être espace silence peut être,

Ils parlent en gestes,
Feront ils des gestes,

Chacun            sera,

Je ne savais,

Elle venait vers moi,
Femme si précieuse,
De son attention.



Thomas Chapelon, Anarchie des octaves in Anarchie des octaves suivi de Les ponts ont sauté, L’arachnoïde, 2017, pp. 70-71-72.






Thomas Chapelon  Anarchie des octaves






THOMAS CHAPELON


Thomas Chapelon
Source




■ Thomas Chapelon
sur Terres de femmes

[Le vent] (extrait de Désertion des capitales)



■ Voir aussi ▼

le site des éditions L’arachnoïde






Retour au répertoire du numéro de septembre 2017
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Fabio Scotto, “Musée Thyssen Bornemisza Madrid”, Jacob Isaacksz Van Ruisdael

7 September, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




Ruisdael
Jacob Isaacksz VAN RUISDAEL,
Chemin à travers champs de blé dans le Zuiderzee, v. 1660-1662
Huile sur toile, 44,8 x 54,6 cm
Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid
Tous droits reserves
Source








JACOB ISAACKSZ VAN RUISDAEL,
Camino entre campos de trigo cerca del Zuider Zee, 1660-1662




Due sentieri s’incontrano
nella piana che sale
Sole che filtra
tra le nubi
Lontani
una casa
un mulino
una cattedrale
Mucche al pascolo
un viandante
un cane
Il grigio minaccia l’azzurro
Chissà dov’è
Lo Zuider Zee…



Fabio Scotto, « Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid », Bocca segreta, Poesie 2004-2007, Bagno a Ripoli (Firenze), Passigli Poesia, 2008, p. 48.







JACOB ISAACKSZ VAN RUISDAEL,
Chemin à travers champs de blé dans le Zuiderzee, 1660-1662




Deux sentiers se rejoignent
dans la plaine qui monte
Soleil qui filtre
entre les nuages
Au loin
une maison
un moulin
une cathédrale
Des vaches en pâture
un vagabond
un chien
Le gris menace l’azur
Qui sait où c’est
le Zuiderzee…



Traduction inédite d’Angèle Paoli
pour Terres de femmes (décembre 2008)






JACOB ISAACKSZ VAN RUISDAEL,
Camino atraversando campos de trigo cerca de Zuider Zee, 1660-1662




Deux sentiers se rejoignent
dans la plaine qui monte
Soleil qui filtre
entre les nuages
Lointains
une maison
un moulin
une cathédrale
Vaches en pâturage
un passant
un chien
Le gris menace l’azur
Qui sait où est
le Zuider Zee…



Fabio Scotto, “Musée Thyssen Bornemisza Madrid” in Bouche secrète, Éditions du Noroît, Montréal (Québec), 2016, page 40. Traduit de l’italien par Francis Catalano.






Fabio Scotto  Bouche secrète





FABIO SCOTTO


Fabio Scotto
Source



■ Fabio Scotto
sur Terres de femmes

A Riva | Sur cette rive (note de lecture d’AP)
Regard sombre (extrait de A riva | Sur cette rive)
Je t’embrasse les yeux fermés (poème issu du recueil Le Corps du sable)
Le Corps du sable (note de lecture d’AP)
Ces paroles échangées (poème issu du recueil L’intoccabile)
China sull’acqua… (traductions croisées)
Tra le vene del mondo (extrait de La Grecia è morta e altre poesie)
Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid (onze « poèmes peints » traduits en 2008 par Angèle Paoli)



■ Voir | écouter aussi ▼

→ (sur le site de l'écrivain Claude Ber) un dossier Fabio Scotto (dimanche 27 février 2011)
→ (sur Lyrikline) Fabio Scotto disant dix de ses poèmes





Retour au répertoire du numéro de septembre 2017
Retour à l’ index des auteurs
Retour à l’index de la catégorie Péninsule (littérature et poésie italiennes)

» Retour Incipit de Terres de femmes


Anna Maria Ortese | « Les Petites Personnes »

6 September, by Angèle Paoli[ —]





« LES PETITES PERSONNES »
(extrait)




Mais je reviens au point important. Je considère que les animaux, à cause de leur visage, de leur sensibilité et de leur compréhension évidente, appartiennent à la même famille que celle dont est venu, terriblement armé de la faculté de raisonnement, l’homme : à celle de la vie. Ce que l’animal ne possède pas, c’est uniquement la faculté de raisonner, la férocité de vandale poussée à l’extrême, l’orgueil ridicule de la faculté de raisonner, la capacité de désacraliser et d’exploiter la vie : c’est pourquoi il n’est pas considéré comme un peuple, alors qu’il devrait l’être, ni comme un être différent, une personne appartenant à la vie, mais considéré comme une chose, et traité en tant que telle.

Nous croyons tout savoir sur les élevages, les abattoirs et la chasse, les expériences et les jeux, qui ont pour cible, depuis un temps immémorial, les Petites Personnes. Nous ne savons rien. Et si nous savions vraiment, nous mourrions de douleur et de honte, et nous frapperions irrémédiablement les cœurs humains qui existent pourtant, parmi nous. C’est donc une entreprise que je ne tenterai pas. Mais gare, a-t-on envie de dire, gare à l’homme qui accepte et pratique ces choses-là, et gare aux pays qui n’ont jamais eu scrupule à les faire, gare à tous ces garnements qui s’en lavent les mains et qui répètent stupidement : cela a toujours existé et cela doit continuer à exister. Au fond, ce ne sont que des animaux. Seul l’homme est important.

Quel homme ! aurais-je envie de répondre. Sans fraternité, il n’y a pas d’hommes, mais des contenants de viscères, et un peuple constitué de contenants n’existe pas, ce n’est pas un peuple. L’homme est fait de fraternité, qui dit « homme » dit essentiellement « fraternité ». Et un homme — ou un peuple — qui se place au centre de la vie en disant « Moi », en frappant fort sa poitrine, n’est qu’un singe dégradé (alors que le singe ne l’est pas).

J’écris tout cela sans ordre. C’est que mon caractère est méchant, il n’est pas bon, il n’est pas tendre, et dès que je rencontre de la présomption et de la lâcheté, qui entrent en maîtres dans le territoire de l’innocence et de la faiblesse, je voudrais prendre les armes, m’emparer d’un sabre, et faire tomber des têtes infectées. Mais je me transformerais alors en l’une d’elles, et donc, chassons ce désir.

C’est juste une manière de dire. À partir du jour où j’ai commencé à comprendre certaines choses (et c’est un jour d’il y a longtemps, il appartient à ma première jeunesse), je n’ai plus aimé l’homme sincèrement, ou je l’ai aimé avec tristesse.

Je dirais que je me suis efforcée de l’aimer, j’ai été émue par lui et j’ai tenté de comprendre l’origine de sa dégradation, d’être humain en maître. Ce serait trop long à raconter, et je ne peux pas le faire ici. Mais j’ai compris que plus l’homme (et la femme) ignore les Petites Personnes, plus il est indigne de s’appeler « homme », et que son autorité, lorsqu’il l’a gagnée, est mortelle pour les hommes.



Anna Maria Ortese, « Les Petites Personnes » in « Frères différents » in Les Petites Personnes, En défense des animaux et autres écrits [Le Piccole Persone, Adelphi edizioni, Milano, 2016], Actes Sud, Collection « un endroit où aller », 2017, pp. 148-149-150. Traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli.






Anna Maria Ortese  Les Petites Personnes  Actes Sud





ANNA MARIA ORTESE


Anna Maria Ortese





■ Voir | écouter aussi ▼

→ (sur le site des éditions Actes Sud) la fiche de l’éditeur sur Anna Maria Ortese
→ (sur YouTube) un entretien avec Marguerite Pozzoli, traductrice du livre Les Petites Personnes. En défense des animaux et autres écrits par Anna Maria Ortese. Entretien réalisé par Michele Canonica pour le site L’Italie en direct. Février 2017.





Retour au répertoire du numéro de septembre 2017
Retour à l’ index des auteurs
Retour à l’index de la catégorie Péninsule (littérature et poésie italiennes)

» Retour Incipit de Terres de femmes


Laure Gauthier | [Réinvestir la forêt]

5 September, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[RÉINVESTIR LA FORÊT]




Réinvestir la forêt, faire bosquet,
Et le taureau passe au loin, dans un bruissement de feuilles,

Inventer des clairières paisibles,
Ciel buriné, course de branchage, gris, de ces beaux gris secs d’hiver,
Où l’on avance le pied mou, accueilli par la mousse, la glaise ou la flaque,
Le tapis de sons humides,
Et de ces fossés récréatifs et puis les cimes, bien sûr.
Mais la foule ne s’y déplace qu’en groupe, au pas de courses, harnachée de vélos, de jeux ou de tenues d’escalades.
L’occidental a la forêt dominicale et diurne.
Oser regarder les troncs la nuit ?
Partir promener l’œil, se heurter aux branches, abandonner une jambe de pantalon, oublier le bruit du papier glacé, l’odeur d’encre des gros titres, quand l’on avance d’arbre en arbre dans la clarté retrouvée. Repeupler le bois.



Je ne songe pas à l’espace poilu entre les deux cornes, ces centimètres jamais caressés, je n’y planterai rien et aurai le courage de passer mon chemin.



Laure Gauthier, La Cité dolente, éditions Châtelet-Voltaire, 2015, pp. 60-61. Photo de Jean-Marc Chouvel.






Laure Gauthier  La Cité dolente






LAURE GAUTHIER


Laure Gauthier
Source



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de Laure Gauthier) une fiche bio-bibliographique
→ (sur le site de Laure Gauthier) une fiche sur La Cité dolente
→ (sur Poesia, di Luigia Sorrentino) Laure Gauthier, “La Città dolente” (Nota dell’autrice)[en italien]
→ (sur Sitaudis) La Cité dolente de Laure Gauthier (lecture de Pascal Boulanger)
→ (sur remue.net) Laure Gauthier | Kaspar de pierre | 1 (extrait de Kaspar de pierre, éditions La lettre volée, à paraître en novembre 2017)





Retour au répertoire du numéro de septembre 2017
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Fadwa Souleimane | [pluie sur pluie]

3 September, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[PLUIE SUR PLUIE]




pluie sur pluie
argile sur argile
elle inclina sa nuque au vent
et son buste devant le tronc d’un arbre mûr
ses genoux elle les plia devant les cailloux
et son front elle l’abaissa devant la terre
elle offrit ses doigts aux abeilles
ses dents à la vérité
ses chansons aux roseaux
et ses pieds aux racines
elle donna son sang pour la noce du pollen
et laissa tomber sa chevelure sur le récit



Fadwa Souleimane, À la pleine lune, Poésie [éditions Dar Al Ghawoun, Beyrouth, 2013], Éditions Le Soupirail, 2014, page 58. Traduction de l’arabe (Syrie) par Nabil El Azan. Préface de Brigitte Rémer.







Fadwa Souleimane  A la pleine lune 2






FADWA SOULEIMANE


Fadwa Sète




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site du Printemps des poètes) une fiche sur À la pleine lune
→ (sur le site Les Découvreurs) une lecture d’À la pleine lune par Georges Guillain
→ (sur le site Les Découvreurs) d’autres extraits d’À la pleine lune [PDF]
→ (sur le site Les Découvreurs) disparition de Fadwa Souleimane, preuve de lumière et de nuit





Retour au répertoire du numéro de septembre 2017
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Sylvie Fabre G. | [Bien sûr le chant s’apaise dans le soir]

1 September, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[BIEN SÛR LE CHANT S’APAISE DANS LE SOIR]




Bien sûr le chant s’apaise dans le soir.
On ramasse éclats et feux.
On range les douleurs, encore plus loin,
oui, bien profond.
Le corps retrouve sa mouvance, retisse ses ailes,
perd son extase.
Le cri n’effleure plus la bouche.
Grande est sa nostalgie.
Et l’être a de nouveau un nom.
Il subsiste malgré l’absence de ciel,
il va, son souvenir est nu.

Tu redescends. Plus bas la vie.
Plus bas ma sœur.





Dessin de la pensée, trace du cœur, cendre, plaie et béance, cicatrice chaude, peau douce, montagnes et vallées, mer qui déferle, fruits de ma terre, paradis,

c’est là que je reviens.



Sylvie Fabre G., La Vie secrète, Éditions Unes, 1995, pp. 38-39.






Sylvie Fabre G.  'La Vie secrète', Éditions Unes  1995.





SYLVIE FABRE G.


Sylvie Fabre G.
Source



■ Sylvie Fabre G.
sur Terres de femmes


[À l’orée] (poème issu du recueil L’Intouchable)
L’Intouchable (note de lecture d’Isabelle Raviolo)
L’Approche infinie (note de lecture d’AP)
Sylvie Fabre G. par Sylvie Fabre G. (auto-anthologie poétique comprenant plusieurs extraits de L’Approche infinie)
[C’est un matin doux et amer](poème issu du recueil L’Autre Lumière)
Trouver le mot (autre poème issu du recueil L’Autre Lumière)
Dans l’attente d’un prolongement qui se meurt (note de lecture d’AP sur Corps subtil)
Corps subtil (poème issu du recueil Corps subtil)
La demande profonde
Frère humain (note de lecture d’AP)
Frère humain (note de lecture d’Isabelle Raviolo)
[La pensée va, et vient à ce qui revient] (poème issu du recueil Frère humain)
Celle qui n’était pas à sa fenêtre (extrait issu du recueil Le Génie des rencontres)
Quelque chose, quelqu’un (note de lecture d'AP)
Tombées des lèvres (note de lecture d’AP)
Tombées des lèvres (note de lecture d’Isabelle Raviolo)
[Plus forte que la forêt] (poème issu du recueil Tombées des lèvres)
Maison en quête d’orient (poème issu du recueil Les Yeux levés)
Jean-Pierre Chambon, Le Petit Livre amer, par Sylvie Fabre G.
Jean-Pierre Chambon, Tout venant, par Sylvie Fabre G.
Patricia Cottron-Daubigné, Visage roman, par Sylvie Fabre G.
Alain Freixe, Vers les riveraines, par Sylvie Fabre G.
Emmanuel Merle, Ici en exil, par Sylvie Fabre G.
Emmanuel Merle & Thierry Renard, La Chance d’un autre jour, Conversation (lecture de Sylvie Fabre G.)
Pierre Péju, Enfance obscure, par Sylvie Fabre G.
Pierre Péju, L’État du ciel, par Sylvie Fabre G.
Fabrice Rebeyrolle, un peintre gardien du feu, par Sylvie Fabre G.
Erwann Rougé, Passerelle, Carnet de mer, par Sylvie Fabre G.
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) L’au-dehors
→ (dans les Chroniques de femmes) L’Amourier | Le Jardin de l’éditeur par Sylvie Fabre G.
→ (dans les Chroniques de femmes) Anne Slacik par Sylvie Fabre G. : Anne, la sourcière
→ (dans les Chroniques de femmes) Ludovic Degroote | Retisser la trame déchirée, par Sylvie Fabre G.
→ (dans la galerie Visages de femmes) le Portrait de Sylvie Fabre G. (+ poème issu du recueil L’Approche infinie)






Retour au répertoire du numéro de septembre 2017
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


TdF n° 154 ― septembre 2017  (Sommaire)

1 September, by Angèle Paoli[ —]




TDF septembre 2017
Image, G.AdC






SOMMAIRE DU MOIS DE SEPTEMBRE 2017


Terres de femmes ― N° du mois d’août 2017
Sylvie Fabre G. | [Bien sûr le chant s’apaise dans le soir]
Fadwa Souleimane | [pluie sur pluie]
Laure Gauthier | [Réinvestir la forêt]
Anna Maria Ortese | « Les Petites Personnes »
Fabio Scotto, “Musée Thyssen Bornemisza Madrid”, Jacob Isaacksz Van Ruisdael
Thomas Chapelon | [Je roulais vite très vite]
Jean-Marie Berthier | Tamié
Véronique Bergen, Hélène Cixous, La langue plus-que-vive (lecture d’Isabelle Lévesque)




Retour au répertoire chronologique de Terres de femmes

» Retour Incipit de Terres de femmes


Christophe Manon | [Que reste-t-il des]

30 August, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[QUE RESTE-T-IL DES]




Que reste-t-il des.          Amours qui n’ont pas su.       Durer que reste-t-il.      De ces émois dont nous fûmes.      Épris et qui n’ont plus.       Cours à présent sont-ils.           À jamais enfouis ou bien.      Laissent-ils dans le cœur.        D’infimes résidus dont le poison.   Très lentement nous tue.





Rien n’est plus.      Incertain que le bruit que l’on. Fait lorsqu’on marche à tâtons dans.    L’obscurité et nos pas.         N’ont plus la ferme assurance du jour quand.         Ils avancent dans l’impermanence aussi.         Est-ce pourquoi souvent.         On chute sur les genoux mais toujours on demeure.         Fiers indéfectibles et dignes.         De cette dignité très désinvolte de ceux.         Qui vivent à plein régime.





Nous ondoyons en plein.         Sous le soleil nous oublions nous chantons nous courrons après.     La belle aubaine le sang.         Danse dans les veines lentement la carne toutefois.         Se flétrit les yeux se perdent dans.         La nuit brute le sourire se corrompt fondent les.         Ultimes fibres puis la faux âcre enfin.         Nous saisit encore inaboutis tout.         Suants suffoquant malgré.         Notre valeureuse endurance et nous expédie illico à la.         Bourbe première.



Christophe Manon, Jours redoutables, éditions Les Inaperçus, 2017, pp. 50-52-53. Photographies de Frédéric D. Oberland.






Jours redoutables






CHRISTOPHE MANON


Christophe Manon




■ Christophe Manon
sur Terres de femmes

Au nord du futur (lecture d’AP)
[Longue fut l’attente] (extrait d’Au nord du futur)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Les Inaperçus) la fiche de l’éditeur sur Jours redoutables






Retour au répertoire du numéro d’août 2017
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

0 | 10 | 20 | 30 | 40










mirPod.com is the best way to tune in to the Web.

Search, discover, enjoy, news, english podcast, radios, webtv, videos. You can find content from the World & USA & UK. Make your own content and share it with your friends.


HOME add podcastADD PODCAST FORUM By Jordi Mir & mirPod since April 2005....
ABOUT US SUPPORT MIRPOD TERMS OF USE BLOG OnlyFamousPeople MIRTWITTER