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Kevin Gilbert, Le Versant noir

par Joëlle Gardes
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Kevin Gilbert, Le Versant noir

par Joëlle Gardes

17 August, by Angèle Paoli[ —]

Kevin Gilbert, Le Versant noir,
Le Peuple est légendes et autres poèmes,

édition bilingue, Le Castor Astral, 2017.
Traduit de l’anglais (Australie) par Marie-Christine Masset.
Avant-propos d’Eleanor Gilbert.
Introduction de Kevin Gilbert.



Lecture de Joëlle Gardes



Le Versant noir est le titre du deuxième poème de ce beau et puissant recueil. Il donne son nom à l’ensemble, sous-titré Le Peuple est légendes et autres poèmes. C’est la voix de son peuple opprimé, celui des Aborigènes d’Australie, que Kevin Gilbert y fait entendre. Comme il l’explique dans une introduction, qui succède à l’avant-propos d’Eleanor Gilbert (l’un comme l’autre donnent des indications précieuses sur le travail du poète), « Le Versant noir peut être considéré comme un ensemble de portraits oraux d’opprimés, de patriotes, de libérateurs, criant leurs souffrances et leur détermination dans les vents du temps ». « Le versant noir, dit le poème, est le juste versant », car c’est celui de la couleur noire, la couleur de la peau de ceux dont ni les droits ni même l’existence n’ont été reconnus. En 1988, l’Australie a fêté le bicentenaire de l’établissement de la colonie et c’est à cette occasion que le recueil a été rassemblé. C’est contre les ordres du roi George qu’elle s’était établie sans qu’aucun traité n’ait été signé avec les indigènes, terra nullius, terre de personne, si bien que les Aborigènes, privés de tout, ne reconnurent jamais la colonisation. Même si une restitution partielle de leur terre eut lieu, certes tardivement, à partir de 1976, même si la fiction juridique de terra nullius a été rejetée, le mot d’ordre a longtemps été « l’Australie aux blancs », et l’on connaît la triste histoire des enfants arrachés à leur famille pour être assimilés, en quelque sorte blanchis. Une reconnaissance symbolique a eu lieu en 2008 lorsque le Premier ministre s’est excusé pour le tort commis aux Aborigènes. Kevin Gilbert (1933-1993) était mort depuis des années.

Kevin Gilbert était membre de la nation aborigène Wiradjuri, l’un des 250 groupes qui occupaient l’Australie avant la colonisation. Sur la tragique situation de son peuple, il a écrit de nombreux ouvrages de dénonciation. The Blackside est le premier de ses ouvrages traduit en français. Il faut remercier pour cette traduction le Castor Astral et surtout la traductrice, Marie-Christine Masset.

Dans les textes ici rassemblés défilent plusieurs personnages, réels ou symboliques, qui prennent la parole comme Oncle Paddy :

Je suis Paddy le noir. Je cueille le raisin
Et j’attrape les lapins
D’un extrême à l’autre
Du bon jus de fruits sur mes mains une semaine
L’autre des intestins puants de lapins

ou à qui il s’adresse comme « Hugh Ridgeway / Chrétien / Sobre / Noir / Décédé » (« Hôpital Taree »). Ou bien encore, il décrit les souffrances de tel ou tel, humble ou plus connu pour son engagement, comme « Sur la mort d’une patriote », celle de l’activiste Pearl Gibbs :

debout en force les patriotes et les prophètes
vont parler comme Pearl l’a fait pour
la vie précieuse la justice le peuple

Parfois, c’est un traître à la cause qui est invectivé ou durement critiqué :

Regarde-le mon frère
Regarde l’arriviste noir
[…]
Léchant souriant mentant
Suçant les Blancs…
Quand les enfants pleurent
Et meurent jours et nuits

Cette poésie engagée, militante, aux antipodes de ce qui se pratique chez nous, donne un choc salutaire. Jamais didactique, elle est parfois élégie, éloge, diatribe, poème d’amour, discours pour les droits de l’homme, mais aussi souvent récit. Ceci nous rappelle également que la poésie n’est pas simplement méditation et qu’elle a besoin de chair.

« Kiacatoo » décrit l’attaque d’un camp et le massacre des habitants, « Le désir de Gularwundul », la mort d’une petite fille faute de « l’eau propre / coulant directement / d’un robinet dans un bidon », qui avait pourtant été promise. Les déplorables conditions de vie ou de survie sont largement évoquées, d’autant plus intolérables quand elles ont lieu sur le terrain même des missions qui devraient lutter contre elles :

Bien sûr la mission où je vis c’est un dépotoir
De vieilles cabanes que les chiens reniflent
Des bébés noirs qui meurent dans les ordures
L’homme blanc est alors pris à partie : Homme blanc
Reviens voir l’entaille
Que tu as faite dans la poitrine
De la terre en coupant la tête du Noir

Ces poèmes pratiquement sans couleurs autres que le noir et le blanc, réalistes et symboliques, ne montrent aucun pathos mais expriment une immense colère devant le « rapt du pays / le vol et les privations ». Dans cette écriture sobre et précise, de temps à autre, une image apparaît, saisissante : « votre style / votre botte coloniale masque / votre patte fourchue. »

Outre l’émotion que l’on ressent devant ces textes retenus mais puissants, l’intérêt naît des réalités et des légendes évoquées. Les termes aborigènes foisonnent, opportunément expliqués par les notes de la traductrice : le bora, lieu d’initiation sacrée, les instruments de musique, les kylles et le dijeridoos, le coolamon, petit ustensile qui sert à transporter l’eau…

Le Temps-des-Rêves, Dreamtime, qui renvoie à l’âge d’or perdu, « parti y a longtemps », est plusieurs fois rappelé, par exemple dans « L’atelier de mon père », ou dans « Corroboree » : le titre du poème désigne la cérémonie permettant l’interaction des Aborigènes avec ce Temps. Le colon a détruit les légendes, comme celle du Bunyip, créature mythique dont la proie favorite est la femme, la « lubra », il a rompu le lien avec le sacré. C’est un des reproches que le poète lui adresse dans « Le Peuple est légendes » :

Tue la légende
Massacre-la
Avec ton athéisme
Ton hypocrisie fraternelle
[…]
Pour
Former le moule d’un homme
À ton niveau et à ton image
Homme blanc

ou dans « Renversement » :

l’avidité et la haine sont à présent la règle
Où jadis toute vie sacrée
était aimée

Compassion et colère naissent de la description de la femme, la lubra, contrainte à « vendre [s]a chatte pour un dollar » (« L’autre versant de l’histoire »), afin de faire vivre ses enfants ou du Jacky, le noir qui abandonne la dignité de son peuple et qui boit pour oublier, comme l’ont fait et le font la plupart des autochtones dans les pays colonisés, à commencer par les Indiens :

Donne-moi une petite pièce pour du pinard
Frère
[…]
Je ne suis pas ivre par choix, je suis un Noir
Frère
Si je voulais être ivre par choix
Frère
Et me coucher dans le caniveau
Pas parce que je suis un homme noir,
Mais par choix
Alors tu aurais le droit de ricaner avec mépris.
(« Pas choisi »)

Mais au-delà de leur aspect circonstantiel, ce sont toutes les formes d’oppression qui sont dénoncées. Le présent quasi constant, l’absence de repères historiques précis, en dehors de quelques poèmes, soustraient le texte à un enracinement trop précis, anecdotique, et lui confèrent une valeur universelle. Et la forme est ici essentielle. Dans la simplicité des mots et des phrases, la densité, la brutalité de ces poèmes nous bouleversent, nous arrachent un moment à nos conformismes et à nos égoïsmes de nantis. La belle et fidèle traduction, au plus près de l’original, de Marie-Christine Masset permet de saisir toute la dure saveur du texte et sa portée.

Le recueil se termine sur le poème « Arbre », mais, plus qu’un poème de clôture, il ouvre magnifiquement sur une forme d’espoir :

Je suis l’arbre
la terre dure affamée
la corneille et l’aigle
le soleil la gun et la mer
je suis l’argile sacrée
qui forme le sol
les herbes les vignes et l’homme
je suis toutes choses crées
je suis toi
et tu n’es rien
mais par moi l’arbre
tu es



Joëlle Gardes
D.R. Texte Joëlle Gardes
pour Terres de femmes






Versant-noir-325x462.jpg 2





KEVIN GILBERT


Kevin Gilbert
Source




■ Kevin Gilbert
sur Terres de femmes ▼

→ The Blackside (poème extrait du Versant noir)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Le Castor Astral) la fiche de l’éditeur sur Le Versant noir





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Souad Labbize | [J’ai pisté tes traces]

16 August, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[تعقّبتُ آثارك]



تعقّبتُ آثارك
بعضُ العلامات
على الثلج المتراكم من الليل
الرغبةُ كانت أسرع من ساقيَّ
أنفاسي المحمومة
كانت تذيب
أثر خطواتكِ






[J’AI PISTÉ TES TRACES]



J’ai pisté tes traces
quelques indices
sur la neige d’une nuit
le désir courait plus vite
que mes jambes
mon haleine fiévreuse
faisait fondre
l’empreinte de tes pas



Souad Labbize, Brouillons amoureux, Éditions des Lisières, 2017, pp. 54-55. Traduit en arabe par Mais-Alrim Karfoul et Souad Labbize.







Souad Labbize  Brouillons amoureux






SOUAD LABBIZE


Souad Labbize
Source



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions des Lisières) la fiche de l’éditeur sur Brouillons amoureux





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Paul de Roux | L’île

14 August, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




L’ÎLE



Tristesse de tous et de toutes
ainsi une île, les oiseaux :
les uns plus fréquemment s’y posent
d’autres sont des visiteurs occasionnels
— mais tous la connaissent et tous la reconnaissent
même après longtemps, même la première fois
sa topographie inscrite dans le cœur à la naissance
oubliée — tous l’oublient
et si naturellement retrouvent son chemin, d’un coup
sans tâtonner — et la tristesse amère
amère est douce cependant comme la plus grande vérité
qu’il soit donné d’atteindre.

3 VIII 84



Paul de Roux, Le Front contre la vitre, éditions Gallimard, 1987 in Entrevoir, suivi de Le Front contre la vitre et de La Halte obscure, nrf, Collection Poésie/Gallimard, 2014, page 218. Préface de Guy Goffette.






Paul de Roux  Entrevoir






PAUL DE ROUX


Paul de Roux (c) O. Giroud
Ph. © O. Giroud
Source




■ Voir aussi ▼

→ (sur Recours au Poème) Entrevoir de Paul de Roux (lecture de Philippe Bétin)





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Agota Kristof, Clous

par Martine Konorski
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Agota Kristof, Clous

par Martine Konorski

8 August, by Angèle Paoli[ —]

Agota Kristof, Clous,
poèmes hongrois et français.
Éditions Zoé, CH-1227 Carouge-Genève, 2016.
Traduit par Maria Maïlat.



Lecture de Martine Konorski



Clous, voilà un titre qui sonne incroyablement juste pour ces implacables poèmes de jeunesse d’Agota Kristof (1935-2011). Ces poèmes inédits ont récemment paru chez Zoé ; cette édition bilingue est l’édition originale en hongrois et la première traduction en français. Ces textes sont issus des archives de l’auteur qui, peu avant sa mort, avait souhaité leur publication. Les reconnaissant, seulement à ce moment, dignes d’être publiés, alors que l’on sait que c’est la poésie et le théâtre qui sont les écritures fondatrices de l’auteur de la célèbre Trilogie des jumeaux (Le Grand Cahier, La Preuve, Le Troisième Mensonge).

À travers ses « poèmes-clous », Agota Kristof nous livre des morceaux bruts de sa douleur hongroise, poèmes, ici rassemblés, et qu’elle avait perdus lors de son exil hongrois en 1956.

Réécrits de mémoire par l’auteur dans les années 1960, lors de son arrivée en Suisse, ces textes, au style tranchant inimitable, touchent le lecteur au cœur et le crucifient. Les mots, aiguisés à la pointe des sens, sont fichés dans la chair de la poète et fixent dans le temps et l’espace, la perte, l’exil, la mort, mais aussi parfois la nature et l’amour : thèmes de prédilection de l’œuvre d’Agota Kristof.

Sans détours, dans une économie de mots, avec cette « langue-lame » qui la caractérise, Agota Kristof nous plonge au cœur de la perdition humaine, dans le noir qui surplombe l’abîme et qu’illustre magnifiquement le très émouvant poème [Pas mourir] écrit directement en français :

« Pas mourir
pas encore
trop tôt le couteau
le poison, trop tôt
je m’aime encore
j’aime mes mains qui fument
qui écrivent
Qui tiennent la cigarette
La plume
Le verre.
J’aime mes mains qui tremblent
qui nettoient malgré tout
qui bougent
Les ongles y poussent encore
mes mains remettent les lunettes en place
pour que j’écrive ».

Clouer la mort par ses mots, c’est ce que nous offre Agota Kristof pour s’écarter temporairement du malheur, alors que quelques faibles notes d’espoir éclairent cet opus. En effet, la poète est « sans ailes », ailes coupées par son histoire d’exil et l’Histoire ; elle semble avancer en titubant, dans un trébuchement où elle trouve toujours cet équilibre fragile :

« Dans le crépuscule perdant son équilibre
un oiseau libre s’envole de travers »,

au bord du gouffre, « au-dessus des fosses et des morts ».

Dans un rythme et une sonorité propres à l’auteur, « les poèmes-clous » d’Agota Kristof sont habités de mots simples, précis, pointus, concrets, presque quotidiens, et s’ancrent dans le corps comme un aiguillon qui nous rappelle que nous avons à supporter le poids des choses et du temps. En effet, la nostalgie de la douceur du passé,

« Hier tout était plus beau
la musique dans les arbres
le vent dans mes cheveux
et dans tes mains tendues
le soleil »

ne doit pas empêcher d’affronter la dureté des temps :

« Maintenant il neige sur mes paupières
mon corps
est lourd comme le rocher
mais aucune raison de changer de trottoir
et aucune raison de
s’en aller dans les montagnes ».

Le lecteur se laisse transpercer de part en part par cette langue « efficace et noire », par cette langue d’exil aussi, qui laisse un trou dans l’âme de qui a été mutilé par la souffrance.

Dans un mouvement de l’extérieur vers l’intérieur, les mots acérés d’Agota Kristof condensent le réel avec précision dans une écriture « au couteau », quasi « expressionniste », loin de toute grandiloquence. L’attention se recentre sur le point focal du texte et la parole poétique émerge pure, dans sa nudité écorchée, déracinée, restituée dans la vérité d’une langue natale ou adoptée de force (ce que l’auteur explique dans L’Analphabète, récit autobiographique, éditions Zoé, 2004).

Hommes cloués, dos au mur, voilà ce que nous sommes, aucune échappatoire possible dans cette poésie qui glace le sang, tant l’espoir est éphémère face à la menace de mort car

« Le soir les lumières sombrent dans le silence
[…]
ton regard se refroidit
ta main se refroidit
ton front se refroidit

Où vas-tu ici le sentier touche à sa fin
dans le mur
le maître a oublié de découper une porte
il n’y a même pas une seule brèche par laquelle
tu pourrais regarder de l’autre côté
il y a une seule possibilité
se mettre droit debout ».

Là encore, la ténacité envers et contre tout comme acte de résilience des exilés, damnés de la terre :

« et je m’efforçais de me persuader que dans la ville étrangère
j’étais de passage ».

Quel sens alors donner à l’amour et au « Vivre » auquel la poète s’abandonne… pour mieux disparaître,

« […] Élever éduquer soigner punir embrasser
Pardonner guérir s’angoisser attendre
Aimer
Se quitter souffrir voyager oublier
Se rider se vider se fatiguer
Mourir »

lorsqu’

« [a]u-dessus des maisons et des vies
un léger brouillard gris
[…]
clous
émoussés et pointus
ferment les portes clouent les barreaux
aux fenêtres de long en large
ainsi se bâtissent les années ainsi se bâtit
la mort ».

Les quelques photos qui émaillent le livre nous montrent une Agota Kristof arborant un léger sourire… les yeux exilés dans l’Ailleurs, puisque « la forêt garda le silence et s’en fut plus loin ». Pour autant, « aucune raison de changer de trottoir », nous dit l’auteur.

À découvrir absolument.



Martine Konorski
D.R. Texte Martine Konorski
pour Terres de femmes







Agota Kristof, Clous,





AGOTA KRISTOF


Agota-kristof
Source




■ Agota Kristof
sur Terres de femmes

Des routes hurlantes (poème extrait de Clous d’Agota Kristof)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Zoé) la page de l’éditeur sur Clous d’Agota Kristof






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Philippe Leuckx | [Il reste au-dessus du jour quelque vœu d’enfance]

1 August, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[IL RESTE AU-DESSUS DU JOUR QUELQUE VŒU D’ENFANCE]



Il reste au-dessus du jour quelque vœu d’enfance
Quand aux talus nous plongions sans voir
Le feu d’alouettes ni la patience d’herbes
Le simple déroulement du temps, l’odeur de fête



Les murs ne me reconnaissent plus et de la grange
Me reste le froid glacial quand portes ouvertes
L’hiver montait jusqu’aux échelles
De gerbes
Là le souvenir grimpe à peine
Peine trop haute



La lumière sait notre juste place entre le vent de braise
Et la poussière des noms épelés en vain
Et combien éventés
La fête sera pour plus tard et les gestes d’hier
Rameuteront l’inquiète blessure d’un pays tanné de soirs.



Philippe Leuckx, « II Ces cordes obscures » in D’obscures rumeurs, Éditions Pétra, Collection Pierres écrites/L’Oiseau des runes, 2017, pp. 35-36-37.






Philippe Leuckx  D'obscures rumeurs






PHILIPPE LEUCKX


Vignette PHILIPPE LEUCKX
Ph. Christelle Dossche



■ Philippe Leuckx
sur Terres de femmes

[On a vécu sous le verre] (poème extrait de L’imparfait nous mène)
[On ose à peine la lumière](poème extrait de L’Effeuillement des choses vers les confins)
[Parfois il est bon de s’égarer](poème extrait des Ruelles montent vers la nuit)
Piéton de Rome, 13 (poème extrait de Rome rumeurs nomades)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Petra) la fiche de l’éditeur sur D’obscures rumeurs






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Jeanine Baude | Ô, solitude, l’île

29 July, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




Ô, SOLITUDE, L’ÎLE
(extrait)




Ô, solitude, l’île et dansent les gorgones quand tu restes muet
Assoiffé de ton propre sang, en retard sur le dire et le regard du rêve
Cloué à ton fauteuil sous la nue silencieuse et le jour apprêté de son fard
Quand tu te refuses à prévaloir de la sagesse sur la mélopée doucereuse et
L’antienne qui verse son miel ; la pointe acérée de son stylet sur la page
Ourlant l’entaille rouge, tout lien rompu, ton visage inaccessible
A toi-même, d’abord, et ce corps, ce corps de l’abîme éructant comme glas
D’un clocher invisible sur un décor de givre et de belle saison, tu
Rayonnes, tournant et tournant, de ce fauteuil à ces mains, de
Ce tremblement, nausée épaisse, à ce qui commence à peine du
Côté du cœur à sonner les semailles, l’appel du plus haut que toi
Et venant de la terre pour sauver la clarté sur l’étrange bête humaine



Jeanine Baude, « Ô Solitude, l’île » in Oui, La Rumeur libre Éditions, Collection Plupart du temps, 2017, page 92.






Jeanine Baude  Oui  2






JEANINE BAUDE


Jeanine Baude
Source



■ Jeanine Baude
sur Terres de femmes

Aveux simples & Soudain (lecture de Michel Ménaché)
C’est affaire de corps
[Dans la démesure des torrents]
Jeanine Baude & David Hébert, Ouessant (lecture d’Angèle Paoli)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de la mél [Maison des écrivains et de la littérature]) une fiche bio-bibliographique sur Jeanine Baude
→ (sur le site des éditions La rumeur libre) la page de l’éditeur consacrée à Jeanine Baude
→ (sur le site des éditions La rumeur libre) la page de l’éditeur consacrée à Oui de Jeanine Baude





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Sylvie-E. Saliceti | [Dans la mer et le corps]

28 July, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[DANS LA MER ET LE CORPS]




Dans la mer et le corps, il y a l’eau, le minéral, le fer. Les muscles durs de la fatigue, du charbon et de l’or. Quelques fièvres, des froidures, des volcans. Il y a du temps juste pour le plaisir, du temps à perdre et à mourir, le dur désir de durer et les horloges internes, les heures de feu, les instants de glace prête à rompre.

À l’intérieur du corps tremblent les formes du cri de la soie, à l’endroit où la soif nous dénude, et laisse pour seul vêtement la peau des feuilles de mûrier blanc.

Sciences de la mer, dites-moi les mers courtes et longues, les cyclones, les grands frais de mers froides, répondez-moi : est-ce que la mort est une lueur bleue ? Est-ce qu’elle blanchit comme nos cheveux  ?

Le corps secoué, tendu à l’endroit de ses masques, s’écartèle entre rythmes contraires, énergies premières et magie du double.


L’appui, l’élan, le point d’appel : tout se réduit à un geste unique.

Est-ce ici l’origine de la nage, de la danse, des éclats de lecture ?

Ici le brandon ? Ici où la première voix brûle ?




Sylvie-E. Saliceti, La Voix de l’eau, I, Éditions de l’Aire, Collection métaphores, Vevey, 2017, pp. 32-33.






Sylvie-E. Saliceti  La Voix de l'eau









SYLVIE-E. SALICETI


Sylvie Saliceti



■ Sylvie-E. Saliceti
sur Terres de femmes

Le batelier
[Ces fresques sur les murs] (extrait de Couteau de lumière)
Couteau de lumière (lecture d’AP)
La danse de Sakuntala
Je compte les écorces de mes mots (lecture de Sabine Huynh)
→ (dans l’anthologie Terres de femmes) La grenade



■ Voir aussi ▼

→ (sur La Pierre et le Sel) d’autres extraits de La Voix de l’eau
le site des éditions de l’Aire





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Terres de femmes | Terre di donne : 12 poètes corses

par Alain Nouvel
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Terres de femmes | Terre di donne : 12 poètes corses

par Alain Nouvel

25 July, by Angèle Paoli[ —]

Terres de femmes | Terre di donne
12 poètes corses,

anthologie bilingue (français-corse)
coordonnée par Angèle Paoli,
Éditions des Lisières, Collection Hêtraie
(voix poétiques féminines bilingues), 2017.
Linogravure de Maud Leroy.



Lecture d’Alain Nouvel



COULEURS DE FÉMININ(S) ?



« rien ce soir
rien au couchant
rien à l’aube
rien »

Marianne Costa,
« Solstice d’hiver »



« La femme, ce continent noir », soupirait Freud, et Lacan poursuivait en affirmant : « La femme n’existe pas ». Or, Terres de femmes | Terre di donne nous donne à lire 12 « poètes » au féminin, et non pas 12 « poétesses ». C’est que le féminin n’est pas dans les images stéréotypées de « LA » femme, ou de ce que devrait être une prétendue « poésie féminine ».

Ce que j’ai entendu, en lisant ces voix de femmes (et l’objet-livre donne à entendre-voir ces « noms de femmes », appelés l’un après l’autre, avant chaque corps de texte), c’est la couleur du féminin, et, pour tout dire, les multiples couleurs des féminins.

Le titre du recueil, déjà, renseigne. Le pluriel est de mise. Même si ces femmes sont toutes corses (ou apparentées corses), leur île est multiple. D’ailleurs chacune est « isolée » chaque fois des autres par une page blanche, comme par une étendue marine. Avec chaque poète, nous touchons un nouveau rivage, une terre nouvelle, autre.

« Nul ne sait que je suis étrangère », dit Catherine Getten Medori, mais nul n’ignore que nous le sommes tous, et Danièle Maoudj, dans son poème dédié à Angèle, semble répondre en évoquant les Antilles : « J’atteins la prunelle du volcan » ou encore : « La nuit des mots épice l’insomnie des archipels » […] C’est que « [m]aronne le sens de la vie », et la poésie pourrait bien m’inviter « à traverser l’épreuve de l’étrangère »…

Que savons-nous de nos prétendues « identités », de nos genres ? Ne sommes-nous pas obscurs à nous-mêmes ? Comme le dit Anne Marguerite Milleliri : « L’enfance tremble jusqu’aux os | dans le corps d’une femme » et si « [t]remble l’absence », alors, il ne reste plus que « le risque du chemin », « ce risque d’amour qu’est l’amour », et Lucia Santucci semble lui faire écho en faisant chanter « le marin qui s’improvise sage-femme » et qui accueille dans ses bras le nouveau-né de « l’africaine, la migrante ».

Mais c’est Hélène Sanguinetti qui apporte à cette question la réponse la plus radicale et la plus forte :

« Le mal ? vouloir tout […] Ici, je sais qui je suis : personne. »

C’est sur une plage que la révélation peut avoir lieu, au moment où se confondent la mer et la nuit, au moment où « deux surfaces se sont éprises, battent ensemble ». Et l’on peut également penser à ce « Personne » que fut Ulysse.

Nous sommes nos contradictions, nous en vivons, elles nous bâtissent. « Une mère pleure », dit Marianghjula Antonetti-Orsoni déplorant la guerre qui « anéantit les couleurs de l’humanité », et Angèle Paoli évoque, elle, « l’ultime conciliabule » entre une mère et sa fille, ce passage terrible de la vie au trépas de « mamma », ce moment où « ELLE EST » tandis qu’elle n’est plus, où « elle » passe d’ici en ailleurs, où elle devient autre, où elle devient tout.

Peut-être que l’un des traits les plus caractéristiques du « féminin » serait cette aptitude à la métamorphose, ce « oui » dit au passage, à l’accueil de l’autre, en soi ou avec soi. D’ailleurs, nous lecteurs, glissons sans cesse de la langue corse au français, du français au corse comme pour mieux entendre ce qui se dit entre les mots, ce qui s’élabore à travers eux et leur échappe. La poésie est dans cet écart, dans ce mouvement de l’une à l’autre langue : « mer masculine en notre langue, mer-femme en d’autres langues », dit Lucia Santucci. Et Marie-Ange Sebasti continue en inventant en corse le mot Migrazione, qui n’existe pas encore mais qu’elle fait exister dans son poème. Elle parle de « villes grouillantes » dans la version française de son texte, ce qui est traduit en corse par cità bufunime (mot à mot, « villes bourdonnantes »)… Nous avons besoin des deux, du grouillant et du bourdonnant, pour entendre et voir ces villes.

Après vous avoir lues, poètes, j’ose vous dire :

« Je me sens femme comme vous, poète et corse, comme vous. »



Alain Nouvel
D.R. Texte Alain Nouvel
pour Terres de femmes




______________________________________
NOTE : Les auteures :

Marianghjula Antonetti-Orsoni, Marianne Costa, Patrizia Gattaceca, Annette Luciani, Danièle Maoudj, Catherine Medori, Anne Marguerite Milleliri, Angèle Paoli, Isabelle Pellegrini-Alentour, Hélène Sanguinetti, Lucia Santucci, Marie-Ange Sebasti.





Terre di donne Z







ALAIN  NOUVEL


Alain Nouvel portrait 2
Ph. D.R.




■ Alain Nouvel
sur Terres de femmes

une lecture d’Au nom du Nord, du Sud, de l’Est et de l’Ouest par Angèle Paoli



■ Voir aussi ▼

le site des éditions des Lisières
→ (sur le site des éditions des Lisières) la fiche de l’éditeur sur Terres de femmes | Terre di donne, 12 poètes corses
→ (sur Terres de femmes) Kallistè, la Corse, ma terre de mémoire





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Constance Chlore | [L’été n’en finit plus]

5 July, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[L’ÉTÉ N’EN FINIT PLUS]






Constance Chlore Bastia 29 juin 2017
lecture poétique de Constance Chlore
29 juin 2017, Citadelle de Bastia, piazza Santa Croce
Ph. angelepaoli







L’été n’en finit plus
Silencieuses baies rouges, noires Pétales colorés
Partout : tes pas.

Longues tiges mauves qui m’atteignent aux genoux ; mouvants des lumières des chemins éclairent l’épreuve en sa faim perpétuelle. La vie sonne l’indéchiffrable au visage.

J’entre avec précaution
Dans une végétation sans air : je cherche un nu de lumière
L’ombre pleine de jambes me frappe au visage
Avancer, avancer à grands coups de respiration
Brusquement ce fut la fièvre
Des yeux étincelaient dans l’herbe haute
Ondulante et mystérieuse
Alors commença l’ascension sur un étroit sentier
Les herbes s’étendaient en eaux sources, en eaux fleuves, en grandes
eaux transporteuses de flux, remous assourdissants
Glissades À toute vitesse Le sang fit le tour de tout mon corps
Pour oublier ton nom au mien mêlé
Pour endormir ma fièvre
Je n’ai rien vu
Non
Je n’ai rien vu
J’ai senti tant de mouvements
Me creusant
Me vidant
Tant de plaisir.

Écoute Écoute à l’Est Écoute
Quelques lampes allument encore ce que la digue retient
Seule devant les eaux
Les ombres rapides du vent Scrutent ce que je ne peux plus voir :
Tu cherches ma bouche avec ton œil profond.

Voir est plus prudent que toucher
Voir est déjà te toucher
Dans la mâchoire et l’œil
Le soleil couve, habillé de mains.



Constance Chlore, « La diagonale de l’animal », II, L’Alphabet plutôt que rien, poèmes, Éditions Éoliennes, Bastia, 2017, pp. 25-26.






Constance Chlore  L'Alphabet plutôt que rien




CONSTANCE CHLORE




■ Constance Chlore
sur Terres de femmes

Pierre étincelante



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de la mél [Maison des écrivains et de la littérature]) une notice bio-bibliographique consacrée à Constance Chlore
→ (sur le site des éditions éoliennes) la fiche de l'éditeur sur L’Alphabet plutôt que rien





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Emmanuel Merle | ils attendent ce qui

2 July, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




ILS ATTENDENT CE QUI


ne viendra pas, ce qui est
au-delà d’eux, la très ancienne grande marée,
qui vide la mer une fois tous les millions d’années,
qu’on appelle l’enfance, ce crépuscule du matin.

L’étrange lumière rouge du soir couchant
ruisselle sur la peau, un chant carmin
de plaintes qui coule sur leurs joues.





MA MAIN NÉGATIVE


apparaît sur la vitre, dessinée par la buée.
Je les regarde tendus de l’autre côté :
Ils marchent mais n’avancent pas,

alors je pose mon front sur le tableau
de la fenêtre, pour rafraîchir ma fièvre.
Rien n’est réel que quelques gestes d’effiloche,
des visages rapiécés, des manteaux sans autre
porte-manteau que des épaules maigres.





DANS CE MOUVEMENT


figé, c’est un peuple qui surgit au fur et à mesure
du sol dur, de la marée, mais, c’est étrange,
la terre et l’eau paraissent réunies dans leur être,

liées par autre chose que la matière : ce n’est plus,
dans cette levée d’humains, le combat premier
de l’ombre et de la lumière, c’est l’ajointement
d’âmes naturelles, un horizon rebouté.



Emmanuel Merle, Le Grand Rassemblement, Jacques André éditeur, Collection la marque d’eau N° 8, 2017, pp. 8-10-11. Peintures de Philippe Agostini, photographies d’Adèle Nègre.






Emmanuel Merle Le Grand Rassemblement





EMMANUEL MERLE


Vignette Emmanuel Merle




■ Emmanuel Merle
sur Terres de femmes

Amère Indienne
[Cape Cod]
Le Chien de Goya (lecture d'AP)
[Le rouge] (extrait de Dernières paroles de Perceval)
Dernières paroles de Perceval (lecture d’Isabelle Lévesque)
Dernières paroles de Perceval (lecture d’AP)
Ici en exil (lecture de Sylvie Fabre G.)
[Je me discerne davantage dans le miroir de la couleur](extrait des Mots du peintre)
[Ramper sur la glace](extrait de Nord, seul point cardinal)
[Tout est matière, sauf ma décision] (extrait de Olan)
[Une promesse, dis-tu]
Emmanuel Merle & Thierry Renard | La Chance d’un autre jour, Conversation (lecture de Sylvie Fabre G.)
Emmanuel Merle & Thierry Renard | [Jour de pluie ici aussi]



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de la mél [Maison des écrivains et de la littérature]) une fiche bio-bibliographique sur Emmanuel Merle
→ (sur le site de Jacques André éditeur) la fiche de l’éditeur sur Le Grand Rassemblement





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