HOME > RSS > BLOGS France > Terres de femmes

R S S : Terres de femmes


PageRank : 13 %

VoteRank :
(1.42 - 2 votes)





tagsTags: , , , ,


Français - French

RSS FEED READER



Françoise Lison-Leroy, Le Temps tarmac

par Philippe Leuckx
">
Françoise Lison-Leroy, Le Temps tarmac

par Philippe Leuckx

20 January, by Angèle Paoli[ —]

Françoise Lison-Leroy, Le Temps tarmac,
Rougerie éditeur, 87330 Mortemart, 2017.



Lecture de Philippe Leuckx



[JE REFERAI LE VOYAGE]




Douzième livre de poèmes publié chez Rougerie par l’écrivain hainuyer (à côté d’une quarantaine d’autres édités par Luce Wilquin, L’Arbre à paroles, Esperluète, Tétras Lyre, La Bartavelle, Les Pierres, Cahiers Froissart, Unimuse, etc.) depuis Lieux tressoirs, ce Temps tarmac, constitué de sept sections, mesure combien il est tragique d’être aujourd’hui migrant. Les titres des parties disent assez la situation « barbelée », le statut « toujours un fugitif » de ces êtres bousculés d’une « rive » à l’autre de la vie.

On sent, dans ces brefs poèmes, la pulsation, l’effroi, la peur, l’inconcevable « course en haleine », l’attente lente, longue d’un avenir jamais ouvert, clôturé de part en part.

Que reste-t-il à « mâcher » quand tout a été pris ? Quand tout a été tenté en vain ?

Il en a fallu des sentiers, des grilles, des sables à traverser pour en arriver là... et buter de nouveau contre de nouveaux remparts de sauvegarde.

« Un camion vient
un autre
c’est la loi du dimanche
Je n’ai pas de levier
pour déborder la tôle »

« Je n’ai pas froid
pas la migraine
ni droits
ni faim
rien qu’une part du paysage
celle qui m’entre par les yeux »

La langue de Françoise Lison-Leroy, tissée de vers courts, d’épithètes reconnaissables (« bec et ongles / nous creusons la tanière / le charnier tapageur »), serre en versets ou en proses courtes au phrasé coupé court lui aussi, la tension brusque imposée :

« Une épave, deux lagunes, le feu mobile des goélands. Un œil et presque l'autre : la lutte me tient en bruine et en vaillance. Si quelqu’un vient, je tire du cil toute barrière. Si quelqu’un manque, je mendie son éveil. »

Le temps, prisonnier du « tarmac » (quoique ce terme réducteur — selon Le Petit Robert : « Dans un aérodrome, partie réservée à la circulation et au stationnement des avions » — n’embrasse pas toutes les dimensions de traversée, de fugue, d’escarpement franchis par les migrants), boucle le voyage :

« Et je referai le voyage
vers le pays meurtri
Les vagues rouleront à l’envers
et les nuages
auront cessé le guet
Là-bas aussi
la vie bat fort
comme une poche
d’air et d’urgence »

Un livre qui furète en notre conscience et alerte chez nous et ailleurs. Alain Souchon, dès les années 1990, le disait très fort dans C’est déjà ça :

« Je sais bien que rue d’Belleville
rien n’est fait pour moi »

ou

« Soudan, mon Soudan,
pour un air démocratique,
on t’casse les dents ».

D’aucuns ne semblent pas avoir compris la leçon. Françoise Lison-Leroy nous l’assène de ses vers coupants.



Philippe Leuckx
pour Terres de femmes
D.R. Texte Philippe Leuckx






Francoise Lison-Leroy  Le Temps tarmac









FRANÇOISE LISON-LEROY


Lisonleroyfrancoise
Source




■ Voir aussi ▼

le site de Françoise Lison-Leroy
→ (sur Le Carnet et les Instants) une lecture du Temps tarmac par Daniel Laroche





Retour au répertoire du numéro de janvier 2018
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Mazin Mamoory | Ma femme est confessionnelle

19 January, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



MA FEMME EST CONFESSIONNELLE



Pour prouver qu’elle est chiite, ma femme accroche une bannière verte au-dessus de la porte de la maison.
Moi je me rase la barbe et porte des vêtements de jeune afin de de signifier ma laïcité.
Le sunnite se rase la moustache et laisse pousser sa barbe,
comme le chiite
Ils s’habillent en noir et s’entretuent

La guerre n’aura pas de fin

Les signes de reconnaissance se renouvellent
mais ne cessent d’écrire la haine du blanc
Toutes les belles choses sont blanches
Toutes les choses hideuses sont noires

Je me suis mis à colorer les choses en commençant
par les meubles, et parfois je verse volontiers des couleurs
sur ce qui est blanc ou noir
Mais souvent ma femme les essuie avec un chiffon blanc ou noir
pour m’assurer qu’elle est différente de moi
Et me dit : tu es un homme de couleur et un jour je te laverai

Dans le quartier chiite, tu es chiite avec une identité chiite.
Dans le quartier sunnite, tu es sunnite avec une identité sunnite.
Et tous s’envoient des grenades
Comme ils s’envoient les enfants dans des sacs en grosse toile,
pour l’amour de Dieu

J’ai atteint Nemrod le géant
Son cœur palpite dès qu’on touche une terre ancienne
Des torrents d’histoires deviennent navires fins prêts pour la guerre. Les monstres féroces arrosent les collines de sang

Le film ne prend pas en compte le hurlement du métal et les barricades
Seul le silence est à même de bien parler d’une tour endormie sous les nuages

J’ai plié la scène et l’ai glissée dans ma poche
Je suis monté dans une voiture boiteuse comme mon ombre
J’ai vu Nemrod pourchasser la voiture et faire signe
avec le mouchoir de sa femme tombé de son cœur lumineux



Mazin Mamoory, Cadavre dans une maison obscure, Éditions LansKine, Collection Ailleurs est aujourd’hui, Domaine irakien, 2018, pp. 21-22. Traduit de l’arabe (Irak) par Antoine Jockey.






Mazin Mamoory






MAZIN MAMOORY


Mazin




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions LansKine) la fiche de l’éditeur sur Cadavre dans une maison obscure





Retour au répertoire du numéro de janvier 2018
Retour à l' index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Lorand Gaspar | Linaria

17 January, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




Frank Widmann
“lentement elle cherche son corps”
Ph. Frank Widmann







LINARIA



Parfum de terre nue.
Vingt maisons blotties au creux de la rocaille
toutes fenêtres dehors
Soir : le ciel sur l’eau appuyé
des filles noires, des rires, des chuchotements.

La nuit est un monde grand de vingt chambres
penchées sur le halo des lampes à pétrole.



Une chapelle blanche
une vieille en noir
y brûle de l’encens.

Une taverne
des bras d’hommes pèsent sur les tables,
lourds de filets et de rames.
Ombres immenses jetées sur les murs
odeurs de poisson, des rires, des jurons —
l’huile vivace court dans les membres,
la danse !



lentement elle cherche son corps
son âme entre les bris de verre
se tend tout à coup et jaillit dans l’or
où se mêle le sang harponné.

Les voix aussi se cassent
les carafes brillent dans les yeux.

Quelqu’un regarde au large —
tant de nuit pour vingt regards à peine.



Lorand Gaspar, Patmos et autres poèmes, Éditions Gallimard [2001], Collection Poésie/Gallimard, n° 390, 2004, pp. 53-55.






Lorand Gaspar  Patmos et autres poèmes







LORAND GASPAR


Lorand_gaspar_portrait




■ Lorand Gaspar
sur Terres de femmes

Depuis tant d’années…
Voici des mains
James Sacré, Lorand Gaspar | Dans les yeux d’une femme bédouine qui regarde



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de l’IMEC) une notice bio-bibliographique sur Lorand Gaspar





Retour au répertoire du numéro de janvier 2018
Retour à l' index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Ronny Someck | Beaucoup de don Quichotte

16 January, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



BEAUCOUP DE DON QUICHOTTE



Beaucoup de don Quichotte sont en moi.
Le premier voit de ses propres yeux les doigts d’un second
dessiner la tête d’une femme
sur un mur sorti de l’imagination.
Quand il imagine un cheval, c’est un âne qu’il reçoit,
au lieu du messie un battement d’ailes
de moulins à vent.
Le vent astique les toits des maisons,
la parole coupe le vent.
Le vent claque les volets de la fenêtre où se mire Dulcinée.
Le sang de don Quichotte la dirige
sur les lèvres de don Quichotte :
elle enlève sa robe et s’évanouit
comme un baiser.



Ronny Someck, Le Piano ardent, Éditions Bruno Doucey, Collection Soleil noir, 2017, page 51. Traduit de l’hébreu par Michel Eckhard Elial.






Ronny Someck  Le Piano ardent






RONNY SOMECK


Ronny_someck
Source




■ Ronny Sonneck
sur Terres de femmes

Le Piano ardent (lecture de Marie-Hélène Prouteau)




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Bruno Doucey) la fiche de l’éditeur sur Le Piano ardent
→ (sur le site agonia.net) un entretien avec Ronny Someck






Retour au répertoire du numéro de janvier 2018
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Attilio Bertolucci | Piccolo autoritratto (Caffè Greco)

13 January, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



PICCOLO AUTORITRATTO (CAFFÈ GRECO*)






Caffè Greco
Source





Non potevano tanti anni, diviso
ognuno in mesi i mesi in giorni,
i giorni in ore, minuti, attimi,
alterare più giustamente un viso,

il mio, che guarda in uno specchio scuro
dell’antico caffè dove impietosa
si scatena la moda ultima, io,
da questa escluso forse per il puro

lampo degli occhi e intenerito riso
della bocca alla consunta ferita
di un amore vittorioso su anni
e adipe, oh non esigente narciso.




Attilio Bertolucci, « I Pescatori » in Viaggio d’inverno, Garzanti Editore, Collezione di poesia, Milano, 1971.






Attilio Bertolucci  Viaggio d'inverno 6







PETIT AUTOPORTRAIT (CAFÉ GRECO)




Tant d’années ne pouvaient, chacune
divisée en mois, les mois en jours,
les jours en heures, minutes, instants,
altérer plus justement un visage,

le mien, qui regarde dans le miroir obscur
du vieux café où, impitoyable,
se déchaîne la dernière mode, et moi
j’en suis exclu peut-être par le simple

éclair des yeux et le sourire attendri
de la bouche— blessure consumée
d’un amour victorieux des années
et de la graisse, oh ! Narcisse content de peu.



Attilio Bertolucci, « Les Pêcheurs » in Voyage d’hiver, édition bilingue, Éditions Verdier, Collection « Terra d’altri », 1997, page 41. Traduit de l’italien par Muriel Gallot. Préface de Bernard Simeone.



______________________________________________
* Caffè Greco : Café historique et littéraire situé via Condotti, à Rome.







Attilio Bertolucci, Voyage d'hiver






ATTILIO BERTOLUCCI


Attilio Bertolucci
Source




■ Attilio Bertolucci
sur Terres de femmes

Crépuscule (un autre extrait de Viaggio d’inverno)
18 novembre 1911 | Naissance d’Attilio Bertolucci (+ un extrait de Verso le sorgenti del Cinghio)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Verdier) une bio-bibliographie écrite par Bernard Simeone
→ (sur YouTube) un hommage (en italien) à Attilio Bertolucci à l’occasion du centième anniversaire de la naissance du poète, en présence de Giuseppe et de Bernardo Bertolucci (Festivaletteratura di Mantova 2011, INEDITA ENERGIA, Omaggio ad Attilio Bertolucci, sabato 10 settembre 2011 alle 11:00, Palazzo Ducale)





Retour au répertoire du numéro de janvier 2018
Retour à l’ index des auteurs
Retour à l’index de la catégorie Péninsule (littérature et poésie italiennes)

» Retour Incipit de Terres de femmes


Bernard Chambaz | Ressac

12 January, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



RESSAC




I

Image de neige
sous de sombres et splendides marronniers
vent de force 3
classicisme
Crier :
Tout est trop tard


II

L’incohérence
le tour de France à bicyclette
le rire l’effroi l’azur Raymond Queneau


III

Ostie Verkhoiansk Tombouctou
Nous sommes là :
Comme une grue (jaune) remonte
Des ossements de lune
Enfouis plus dessous que la mer


IV

Dehors on entendait le couchant
je t’aime
hasard naufrage &
le plus grand poème par-dessus bord
jeté




Bernard Chambaz, & le plus grand poème par-dessus bord jeté, Seghers éd., Collection Poésie, 1983, in Yves di Manno & Isabelle Garron, Un nouveau monde, Poésies en France. 1960-2010, Un passage anthologique, Éditions Flammarion, Collection Mille & une pages, 2017, pp. 897-898.






Chambaz 2






BERNARD  CHAMBAZ


Bernard-chambaz





■ Voir aussi ▼

→ (sur Encres vagabondes) un entretien avec Bernard Chambaz (propos recueillis par Brigitte Aubonnet, mai 2015)






Retour au répertoire du numéro de janvier 2018
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

Denise Desautels, D’où surgit parfois un bras d’horizon

par Angèle Paoli
">
Denise Desautels, D’où surgit parfois un bras d’horizon

par Angèle Paoli

11 January, by Angèle Paoli[ —]

Denise Desautels, D’où surgit parfois un bras d’horizon,
Inventaires 2012-2016,
Éditions du Noroît, Collection Poésie, 2017.



Lecture d’ Angèle Paoli



« DIS OUI NOMBREUSE À VOIX VIOLENTE »



Je regarde ce livre, je le déplace d’un lieu à un autre, je le déplace au gré des heures. Il m’accompagne et pourtant il m’effraie. Je sais que tôt ou tard, je vais m’immerger dans les pages et peut-être m’y noyer. À l’image de cette nageuse qui, sur la première de couverture, lutte désespérément. Contre la vague submergeante. Ce que je vois me happe, je m’en détourne, de peur de. Une femme se noie, une moitié du visage dans l’eau, l’autre encore hors de l’eau. Pour combien de temps ? Son œil dilaté sectionné par la vague dit l’effroi. De même sa bouche grande ouverte sur le cri. Des bulles d’eau remontent des profondeurs, qui asphyxient la nageuse. L’eau verte l’aspire. Pourtant elle lutte. Son bras droit tente l’effort ultime. La survie. Une larme s’échappe qui tombe rejoindre les bulles. Elle pleure. Loin derrière elle, une esquisse d’horizon. Devenu inaccessible. Ce qui surprend, c’est la cigarette qui pend des lèvres, hors de la bouche. La dernière bouffée du condamné avant sa disparition finale ? Peut-être.

L’illustration de couverture est empruntée à une toile de Dana Schutz : Swimming, Smoking, Crying (2009). Titre du recueil : D’où surgit parfois un bras d’horizon. Celui-ci est signé Denise Desautels.

Je lis et je relis. Je passe d’un « inventaire » à l’autre — il y en a quatre en tout —. J’avance dans un univers où domine le noir. La nuit. La mort. La mort de la nageuse peinte par Dana Schutz, mais aussi celle pour qui ont été écrits, en hommage à la poète Anne Hébert, les poèmes d’« Inventaire I », rassemblés sous l’intitulé : « Une petite morte s’est couchée en travers de la porte. » « Obsédante petite morte qui se joue des pronoms. » Une manière sans doute pour Denise Desautels de se mettre à l’écoute du drame intime de l’autre, de partager la terreur qui en émane et qui renvoie à d’autres terreurs, personnelles celles-là. S’il y a une douleur que toutes les femmes peuvent comprendre et s’approprier, c’est bien celle de la perte d’un enfant. « À chacune sa petite morte rebelle », écrit Denise Desautels. Ou encore : « À chacune — vue de face — la terreur de toutes… ».

Des drames intimes de chacune aux douleurs de toutes. Du particulier à l’universel. De l’individuel à l’« humain ». Vertige abyssal. Qui porte avec lui, dans son flot incontrôlable, ce « fracas » permanent que le mot « fait dans la tête ». Ce lot de questionnements insolubles qu’il convoie et charrie, avec les mêmes heurts, les mêmes incompréhensions. Avec cette interrogation personnelle lancinante :

« Au seuil de soi où est-ce. Où est-on.
Où bouge l’autre. Et jusqu’où. »

Denise Desautels est de ces femmes qui vibrent à l’unisson de toutes les autres femmes, dans la même colère, dans le même effroi, dans la même souffrance. Dans le même parti pris féminin.

« À chacune tous les continents
une infinitive colère se hisse.
S’ouvre.
Où désobéir.
Où partir.
Sans mort à nos trousses. »

Écrire, pour crier ce qui meurtrit. Ce qui enrage. Lutter contre « l’effroi de la vie » qui submerge, de la vie qui anéantit.

Les « Inventaires » sont au nombre de quatre. Quatre inventaires, amples, diversifiés, numérotés et encadrés par deux dates : février/octobre. Deux mois butoirs, rédigés, en italiques, à la manière d’un journal. Il y a bien aussi (en sous-partie d’« Inventaires IV ») des « Inventaires des odeurs », isolés, avec leur crescendo de tragédies, nombre de morts et dates.

En février 2012, la poète cherche l’élan. La force de se régénérer quand le manque obsède. Celui-là même qui catalyse tous les manques. Et draine toutes les absences. Tenace, le manque originel. Qui fouaille jusqu’à l’os. Quelque chose de l’enfance meurtrie refait surface « surdité et sauvagerie maternelles. »

« Il aurait fallu […] Que se liguent tôt sur la paroi du maigre muscle de famille espoir pensée élan et langue. Que j’acquière tôt l’habitude d’être vivante. »

Comment trouver le désir lorsqu’il faut continûment chaque matin, jour après jour, « aborder la douleur » ? La nécessaire plongée dans le gouffre côtoie l’appel au secours :

« Viens, accompagne-moi, sauve-moi. »

Face à l’obsédant déchirement engendré par le chaos perpétuel, et malgré les efforts entrepris pour s’en dégager, « le poème pleure ». Et « les mots ne prennent plus ». De ce terrible constat, il s’ensuit cet appel :

« Vois vacillants mes mots par l’excès graves tordus cassés vaincus. »

Et cet aveu :

« Une nouvelle mort dépossède ma langue. »

En octobre 2013, « l’inconsolable insomniaque » continue de ne voir que la nuit. Comment faire pour « [é]chapper au ressassement de l’obscur » ? s’interroge la poète. Comment supporter et affronter « l’immense pourquoi » ? La réponse émerge dans les mots de Louise Dupré, une réponse encourageante, consolatrice, qui dit la confiance :

« Il y a longtemps que tu penses noir, que tu vois noir, que tu parles noir en plein soleil. La nature humaine est incurable, tu le sais depuis longtemps, tu es nombreuse en ta solitude, ce n’est pas une consolation, tout au plus un constat. Tu n’as pas fini de compter les chaises vides autour de toi et tu les observes du coin de l’œil en jurant que tu ne t’y assoiras pas. C’est debout que tu veux t’habiter, debout parmi les vivants. »

C’est sur ces mots parégoriques, apaisants que se clôt le recueil de Denise Desautels.

La traversée poétique du recueil se fait sur quatre années (2012-2016) et sur plusieurs épisodes. Chacun de ces « inventaires » est explicité par un sous-titre qui en donne la coloration spécifique : « la mémoire/l’oubli » ; « la résistance/la colère » ; « le désir /la douleur » ; « la vie/le vieillissement/l’apocalypse /l’art ».

Nombreux sont les indices textuels du paratexte qui disent la violence qui malmène l’âme en perdition, et qui la conduisent vers la nuit. Ainsi des nombreuses citations, exergues (mais pas seulement), qui ponctuent les poèmes. Ils constituent à eux seuls des textes à part entière. Ils sont autant de jalons, d’appuis, de repères que Denise Desautels arrime, au fur et à mesure, tout au long de son cheminement poétique. On y croise nombre de poètes québécois, connus, mais bien d’autres poètes encore, venus d’ailleurs, Anise Koltz, Alejandra Pizarnik, Emily Dickinson, Tita Reut, Christa Wolf, Yves Bonnefoy, Rainer Maria Rilke, Fernando Pessoa… Pour n’en citer que quelques-uns. Mais les thématiques qui les réunissent dans la toile tissée par la poète, sont les mêmes. Elles reprennent en écho ce qu’énonce ou que dénonce Denise Desautels. Ainsi des textes en prose de « Pour dire nous voici » — Inventaire II, la résistance, la colère — : l’exergue emprunté à Nicole Brossard donne le ton :

« À quoi ressemble une colère amplifiée de pluriel féminin ? »

Et Denise Desautels de reprendre à la suite : « Dis oui nombreuse à voix violente » ou encore : « Nous seins nus pour dire non pour dire nous voici. »

Et de clore par ces mots exaltés qui disent la révolte et l’unisson dans la révolte :

« Nous toi tes camarades dans le même cœur menacé avec nos corps nos morts nos désordres distincts. Nous en spirale planétaires pour penser nid d’espérance. Le poids réel de notre cœur menacé ajusté à la haute résonance des livres. »

La douleur qui habite la poète est polymorphe. Inassouvissable, elle se nourrit de sa propre monstrueuse « humanité ».

« Ça flirte parfois avec l’insensé. Ai déjà moi-même soulevé carnage levé main poing poignard. Aurais pu aller loin loin. Grâce à cette panoplie de monstres en moi — qui fouillent partout jusqu’à la pointe des os. Émeute, mugissement. Solidaire par tous mes pores.
C’est fou à lier ou rien du tout ou simplement humaine —
Le suis-je encore. Avec ou sans camisole. »

Polymorphe également, l’écriture pour dire cette douleur, pour la traquer et la cerner. Une écriture au vitriol. Pour dénoncer les vies saccagées, les os dépecés. Dense serrée, nourrie de la douleur multiple d’autrui, artistes surtout, poètes, et femmes, l’écriture de Denise Desautels est un cri. Tantôt saccadé, heurté, brisé ; tantôt fluent comme l’eau qui enserre le naufrage. Le cri est partout. Que domine d’emblée celui de Munch, entraînant à sa suite bien d’autres cris. Ceux de l’artiste belge Berlinde de B[ruyckere] et ces « arbres-corps tombés blessés pansés » ou encore ce « tas de chair » de la voix de Geneviève Blais, « ces sons de gorge mal accordée/ de gorge éraillée un bruit d’animal à l’abattoir ». Œuvres majeures avec lesquelles Denise Desautels a établi un lien indéfectible. Un apparentement :

« On transmigre. On se rapproche du fond. C’est vacarme en nous filles et mères humaines face à l’autre océan. Doigts bras grilles — appelant on dirait. Plateforme de caresses soudain mobilisées. En attente. D’être sauvées. Ta voix cogne. Toi. Moi. Nos complots d’éclopées. Un long mur de ronces penche. Avant même notre première rencontre. La forêt ne tient plus — qui la réparera. »

Pourtant, çà et là, parmi les décombres et l’encagement, surgissent une lueur, un éclair de tendresse.

Ainsi, dans ces quelques vers extraits du dernier poème dédié à Hélène Monette :

« pourtant nous veille
rêve
dis viens poème
petite paix »

Et puis, ces vers clairsemés, sans pareil, de la « faiseuse de poèmes » :

« Il neige inconditionnellement. »

« Vivre. Irrésistiblement vaste. »

« Nous ne sommes pas celles que nous sommes. »

« Je perds un monde chaque jour. »

Et tant d’autres vers à méditer en silence, dans le silence, soulevés par la voix puissante de Denise Desautels.



Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli







Denise Desautels  D'où surgit parfois un bras d'horizon






DENISE DESAUTELS


Denise-desautels
Ph. Rémy Boily
Source





■ Denise Desautels
sur Terres de femmes

Pour dire nous voici (extrait de D’où surgit parfois un bras d’horizon)
La dernière rivière (extrait de L’Angle noir de la joie)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de Dimedia) une fiche sur D’où surgit parfois un bras d’horizon
→ (sur le site de la Mél [Maison des écrivains et de la littérature]) une fiche bio-bibliographique sur Denise Desautels
→ (sur Mediapart) « Denise Desautels ou la résistance à l’écriture », par Pascal Maillard





Retour au répertoire du numéro de janvier 2018
Retour à l’ index des auteurs
Retour à l’ index des « Lectures d’Angèle »

» Retour Incipit de Terres de femmes

Ronny Someck, Le Piano ardent

par Marie-Hélène Prouteau
">
Ronny Someck, Le Piano ardent

par Marie-Hélène Prouteau

10 January, by Angèle Paoli[ —]

Ronny Someck, Le Piano ardent,
Éditions Bruno Doucey, Collection Soleil noir, 2017.
Traduit de l’hébreu par Michel Eckhard Elial.



Lecture de Marie-Hélène Prouteau


Ronny Someck est un poète israélien, né en 1951 à Bagdad dans une famille juive d’Irak. Son œuvre reconnue par différents prix (Prix Yehuda-Amichaï pour la poésie hébraïque [2005], Prix de poésie Hans-Berghhuis 2006 dans le cadre du Festival international « Les Nuits de la Poésie » de Maastricht, Pays-Bas), traduite en plusieurs langues, fait de lui l’une des grandes voix de la poésie israélienne d’aujourd’hui. Il nous offre dans le recueil bilingue (hébreu et français) Le Piano ardent, une suite de soixante poèmes courts.

Le titre est celui du quatrième poème, écrit à la mémoire du jeune pianiste Matiah Eckhard, le fils disparu (à l’âge de dix-neuf ans, en janvier 2014) de son traducteur français. Malgré cet arrière-plan douloureux, ce poème donne le ton à l’ensemble du recueil qui partout suit un chemin onirique, libératoire :

« Éloignez les nuages
dirigez le projecteur du soleil
sur le moment de la rencontre entre
les doigts de Matiah
et les touches du clavier ardent
en haut des marches du jardin d’Eden. »

Ce pouvoir du rêve et de l’imaginaire d’alléger le réel se nourrit de la diversité des thèmes, tels l’enfance, celle de sa fille comme celle du poète, la paternité, la femme aimée, la culture populaire, le jazz, l’amitié.

Ancrée dans le réel — les attentats, la guerre, le racisme pointent à l’horizon du vers, sans que le poète s’y appesantisse —, sa poésie reste pourtant infiniment ouverte au rêve, à la fantaisie, à l’humour. Ainsi, ce « Poème du bonheur » :

« Nous sommes posés sur le gâteau
comme des figurines de mariés
quand le couteau tranchera
essayons de rester sur la même tranche ».

Il y a dans cette écriture de l’allant et de l’énergie vitale qui donnent au lecteur le plaisir de voir s’élargir le monde : on surprend le poète à écrire une lettre à Marcel Proust ou à la poétesse Léa Goldberg. Pour cadeau à sa fille, il rêve d’acheter des terres sur la Lune plutôt que dans les territoires occupés. Il fait se croiser dans ses vers Marilyn Monroe, la chanteuse Oum Kalsoum, Don Quichotte et le joueur de football Lionel Messi.

Autant de rencontres d’apparence incongrue qui ont ce pouvoir d’abolir les murs, qu’ils soient d’espace, de temps ou de langue, si présents dans ce Moyen-Orient d’aujourd’hui. À l’image de ce traité de paix merveilleux, conclu en toute innocence par des gamins, dont la petite-fille du poète, qui jouent avec les enfants des écrivains arabes invités à un séminaire de poésie.

Comment ne pas être frappé par l’héritage universel qui est celui du poète ? L’Orient est là avec les grands legs, ceux de la Bible, ceux de la Perse, où vient brutalement cogner le vif du présent :

« à cause de Bagdad je suis de la tribu de ceux qui sont nés
dans la ville des Mille et Une nuits,
et, à cause d’une nuit d’octobre 73 je suis parfois
suspendu à la tribu du trait d’union qui existe
entre les mots « choc » et « bombe ».

Familier conjointement d’autres rivages de l’imagination, Ronny Someck se décrit ainsi dans une interview : « Je suis un soldat dans l’armée de Rimbaud, un oiseau dans le ciel de Prévert, je salue René Char, mais le poète avec qui je communique par l’écriture, c’est Max Jacob ». Héritage, alliage singulièrement croisés.

Le poème a ainsi la capacité de se faire lieu d’échanges où, par les mots, se tissent des passerelles avec des poètes tels que le poète juif Bialik, le Syrien Adonis, les Palestiniens Mahmoud Darwich, Samih al-Qâssim et Mohammed Hamza Ghanayem. Il s’agit de dire, sans fioritures ni grande déclaration, ces petites choses qui créent un terreau commun entre les êtres. Là, une parole de fraternité, ici, le salut amical aux couleurs du drapeau de Palestine qui, sur un mode faussement léger, déjoue les pesanteurs du monde :

« Allons-y, qu’ils aient enfin leur État
et rendez le vert à la terre
le blanc à la chemise des fêtes,
le noir au café
et le rouge du désir aux lèvres des jolies filles,
venues à Ramallah pour le concours de Miss Palestine
qui a été annulé »

Le parti-pris de cette poésie empreinte d’humour et de générosité fait pièce à la violence, tant dans ses images d’aujourd’hui que dans celles de ce passé qu’évoque le magnifique poème « Buchenwald : Un mot s’est échappé ». Ronny Someck est le poète en situation, facétieux et curieux de tout ce qui fait l’humain, à la manière du poète Prévert qu’il admire. Celui qui se définit comme « un cow-boy de la poésie » regarde le monde, la main posée sur le revolver du poème. La fantaisie comme arme suprême.

C’est la force d’écriture de ce poète que de nous emporter dans l’espace décalé de son imaginaire, de nous y faire découvrir un monde redevenu habitable par son insolite beauté.



Marie-Hélène Prouteau
D.R. Marie-Hélène Prouteau
pour Terres de femmes







Ronny Someck  Le Piano ardent






RONNY SOMECK


Ronny_someck
Source




■ Ronny Sonneck
sur Terres de femmes

Beaucoup de don Quichotte (extrait du Piano ardent)




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Bruno Doucey) la fiche de l’éditeur sur Le Piano ardent
→ (sur le site agonia.net) un entretien avec Ronny Someck




■ Autres chroniques et lectures de Marie-Hélène Prouteau
sur Terres de femmes

Chambre d’enfant gris tristesse
La croisière immobile
Anne Bihan, Ton ventre est l’océan
Jean-Claude Caër, Alaska
Jean-Louis Coatrieux, Alejo Carpentier, De la Bretagne à Cuba
Guénane, Atacama
Luce Guilbaud ou la traversée de l’intime
Jacques Josse, Liscorno
Ève de Laudec & Bruno Toffano, Ainsi font…
Monsieur Mandela, Poèmes réunis par Paul Dakeyo
Daniel Morvan, Lucia Antonia, funambule
Yves Namur, Les Lèvres et la Soif
Dominique Sampiero, Chante-perce
Pierre Tanguy, Ma fille au ventre rond
Pierre Tanguy, Michel Remaud, Ici même





Retour au répertoire du numéro de janvier 2018
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Marilyne Bertoncini | Sable (extrait)

9 January, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



SABLE
(extrait)




La dune mime l’océan
les nuages y dessinent de fuyants paysages
dont l’image s’épuise dans l’onde vagabonde
d’un récit ineffable

et femme Sable nage dans le ciel des centaures
à l’envers
où sa robe poudreuse ondoie dans les nuages

sa bouche ouverte dans le sable
crache la cendre des mots
flocons arrachés au silence
dans la mer où
peut-être

puis se noie ou se perd en rumeur indistincte

Commencements




Marilyne Bertoncini, « Sable » (extrait d’un travail inédit) in Phoenix, Cahiers littéraires internationaux, « Partage des voix », numéro 27, 2017, page 57.




MARILYNE  BERTONCINI


Bertoncini
Source



■ Marilyne Bertoncini
sur Terres de femmes

La Dernière Œuvre de Phidias (lecture d’AP)
[Ici… Là] (extrait de La Dernière Œuvre de Phidias)
Labyrinthe des nuits (lecture d’AP)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de la mél [Maison des écrivains et de la littérature]) une fiche bio-bibliographique sur Marilyne Bertoncini
→ (sur Recours au poème) plusieurs pages sur Marilyne Bertoncini
→ (sur Ce Qui reste) Marilyne Bertoncini & Bérénice Mollet
Minotaur/a, le blog de Marilyne Bertoncini





Retour au répertoire du numéro de janvier 2018
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Denise Desautels | Pour dire nous voici

8 January, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



POUR DIRE NOUS VOICI
(extrait)




Avant. Mais tout est si récent. Avais-je déjà fait un voyage. M’étais-je déjà vue avant. Avais-je même déjà pensé maison. Autre chose que « mes murs à perpétuité ». Mon genre ma place ma joue tendue sur le miroir. Fresque officielle. Jamais complète ni future et nul pont probable. Qui étais-je — de quel amour. L’une parmi tant taboues que rien ne soigne. Dans grande famine qui broie. Maintenue à la cheville de son sexe. Et loin l’immensité du territoire.





Depuis — un autel mon nom d’effroi et un volcan. Ça a poussé. Quelque chose s’est fait en mon absence. Arrivée lente à l’aveugle autobiographie de mon espèce. Je commence tard à mourir à chaque aube. Me relève tard mais rude résiste revis veux me battre. Jusqu’aux étoiles. Dis oui nombreuse à voix violente.





Je commence tard à hurler à chaque aube.
À « notre moi désaxé ». À nous. Nous sauve « ma force fracassée / ma force noire. » Fenêtre d’âme offerte sans faste. Nous « corrige notre vie ». Nous — claire conscience colère de femmes — « n’irons plus mourir de langueur mon amour / à des mille de distances dans nos rêves bourrasques / des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres ». Nous souches errantes volontaires avançons. Nous seins nus pour dire non pour dire nous voici.





Où commencer. Car toujours cœur d’os d’armes d’émois s’emballe. Vitriol à nerf vif de nos peurs. Avançons manœuvrons catalogues d’infos chagrins de première heure. Poitrines d’abus. Jusqu’au parti pris. Ni le monde ni le sans espoir de nous du monde ne nous reconnaissent.
Nous ne sommes pas celles que nous sommes.





Or tout (re)commence à mon soudain cri. Je suis espèce deuillante indignée. J’envisage chaque jour prochain en nuit. Chancelante résiste. Mon poing sur des sons drus d’encre. Mon poing retient alarme et plaie respire planète et nostalgie future. Me voici plurielle. Nous. En force qui soulève ce qui s’effondre. Qu’on arrache. Qui revient s’afficher aux murs d’angle de passage des villes — espoir aux phrases mobiles. Vieille colère rose feu qui nous a fait nous dresser. À cet ébranlement de la configuration antique des espèces humaines. Ombre unanime. Les rubans hurlants de Jenny Holzer s’y enfouissent encore. S’ouvrent encore somptueusement l’esprit le lieu — océan de marbre d’un pavillon des Giardini.





« car le mystère est cécité
et projection d’antennes vers une seconde lueur »
MICHELINE SAINTE-MARIE





Denise Desautels, « Inventaire II, Pour dire nous voici », in D’où surgit parfois un bras d’horizon, Inventaires 2012-2016, Éditions du Noroît, Collection Poésie, 2017, pp. 59-61.







Denise Desautels  D'où surgit parfois un bras d'horizon







DENISE DESAUTELS


Denise-desautels
Ph. Rémy Boily
Source





■ Denise Desautels
sur Terres de femmes

D’où surgit parfois un bras d’horizon (lecture d'AP)
La dernière rivière (extrait de L’Angle noir de la joie)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de Dimedia) une fiche sur D’où surgit parfois un bras d’horizon
→ (sur le site de la Mél [Maison des écrivains et de la littérature]) une fiche bio-bibliographique sur Denise Desautels
→ (sur Mediapart) « Denise Desautels ou la résistance à l’écriture », par Pascal Maillard





Retour au répertoire du numéro de janvier 2018
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

0 | 10 | 20 | 30 | 40










mirPod.com is the best way to tune in to the Web.

Search, discover, enjoy, news, english podcast, radios, webtv, videos. You can find content from the World & USA & UK. Make your own content and share it with your friends.


HOME add podcastADD PODCAST FORUM By Jordi Mir & mirPod since April 2005....
ABOUT US SUPPORT MIRPOD TERMS OF USE BLOG OnlyFamousPeople MIRTWITTER