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R S S : Terres de femmes


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Nadia Porcar | Notre monde | Noir et blanc | Les îles

14 November, by Angèle Paoli[ —]




Notre monde


Quand on est petit, ce n’est pas qu’on trouve ça tellement beau, c’est surtout que ça se trouve comme ça. Il y avait, parole, UN arbre et UN bac à sable et rien d’autre. C’est là qu’on se réunit, c’est notre monde. Là qu’Alain Chabert dira à Nora ou Aïsha : ta mère, on met une pièce et tac, y’a un enfant qui sort.




[…]




Noir et blanc


En maternelle, les méchants la traitaient de « régresse à plateau », les gentils l’appelaient « café au lait », tandis qu’elle se sentait absolument caucasienne. Quand elle réussit à se rappeler cette lointaine petite enfance où il ne faisait pas si bon être métis, quand elle parvint surtout à le for-mu-ler, ça alla vite. La nuit même, elle se vit en rêve, rose et noire. Ce drôle d’animal au miroir, avec des taches brunes sur une peau pâle, c’était elle.

Au réveil, soulagement, déception. Soulagée, car comment aller dans la vie sociale ainsi bariolée ? Déçue parce que, parce que… une panthère, tout de même ! Rien de moins !




Les îles


Une amie des Antilles m’a expliqué un jour que là-bas, quand un bébé naissait avec la peau blanche, on disait qu’il était né « sauvé ».




Nadia Porcar, Le Capital sympathie des papillons, récit, éditions Isabelle Sauvage, Collection singuliers pluriel, 29410 Plounéour-Ménez, 2017, pp. 9, 33, 34.







Nadia Porcar  Le-capital-sympathie-des-papillons






NADIA PORCAR


Nadia Porcar 2




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Isabelle Sauvage) la fiche de l’éditeur sur Le Capital sympathie des papillons





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Alexandre Romanès | [Les Tsiganes sont comme les oiseaux]

13 November, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


Luth noir collage
Collage, G.AdC







[LES TSIGANES SONT COMME LES OISEAUX]



Les Tsiganes sont comme les oiseaux
qui volent contre le vent.


Ma femme est une gitane
hongroise redoutable.
À la seconde où je l’ai vue,
j’ai su que c’était l’ange
qu’on m’avait envoyé.


Au royaume de l’espoir
il n’y a jamais d’hiver.


« Je me souviens » et « il y a longtemps » :
ce sont les deux phrases les plus
poétiques de la langue française.


Je passe souvent du temps
avec des hommes et des femmes
qui ne sont rien dans cette société,
mais qui sont beaucoup pour moi.


Les deux plus grands poètes
de la langue française
ce sont deux femmes.


Le timbre de la voix et les mots utilisés
en disent plus sur un individu
que ce qu’il prétend être.


La sonorité délicate et somptueuse
de mon luth me transporte,
que je le veuille ou non,
dans le Royaume neigeux de la mélancolie.



Alexandre Romanès, Le Luth noir, Éditions Lettres Vives, Collection entre 4 yeux, Collection dirigée par Claire Tiévant, 20213 Castellare-di-Casinca, 2017, pp. 11-12-13.






Alexandre Romanès






ALEXANDRE ROMANÈS


Alexandre-Romanès
Source



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Lettres vives) la fiche de l’éditeur sur Le Luth noir





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Bruno Krebs | [Jours vierges, blancs champs de pierre]

12 November, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour







Cristine Guinamand
Dessin de Cristine Guinamand,
in Bruno Krebs, Dans les prairies d’asphodèles,
L'Atelier contemporain, page 83.








[JOURS VIERGES, BLANCS CHAMPS DE PIERRE]



Jours vierges, blancs champs de pierre —
vent, parfums de vent rien d’autre —
pluie peut-être — pas encore.
Fils ténus se brisent sur la nuit —
se fondent en ténèbres, basculent.
Jours sans couleurs sans odeur — de vent
rien que de vent s’accomplissent se meurent.


Au long des plages avec toi j’ai amassé tant de coquillages, de nacres — leurs éclats roses, de cuivre, d’étain en ces sombres jours paillettes le ciel cendres et ténèbres — continuel couchant.


La pluie — d’un instant à l’autre.
Pourtant le soleil ronge franges de nuages y creuse encore vastes trouées d’azur.
Mais vite, si vite se pressent vapeurs opaques, bientôt la pluie viendra battre persiennes closes, angles d’immeubles, éteindre d’un coup ultimes éclats, paillettes d’argent, tilleuls et marronniers les secouer, les brosser en longues hachures de plomb — à moins que non le soleil ne l’emporte, si vives les bourrasques là-haut pourchassent nuées de neige, reforment nappes bleues qui plus bas aux chevelures, aux épaules accrochent leurs fils d’or.


Vagues et vagues de nuits prennent force par le fond, raclent les sables les remuent, s’exhaussent par degrés tendues en arches — lames, collines de la mer s’arrachent, avec le vent s’étalent, bruissent noires, s’épanouissent noirs pétales s’élèvent encore, avec le soleil jouent, accélérant d’un coup filent, refluent, affluent, tintent rires mèches d’écume fouettées au vent tiède, volent, courent, tonnent, ébranlent les sables, rythment ma nuit sans repos.



Bruno Krebs, Dans les prairies d’asphodèles, “2. Jours”, L’Atelier Contemporain, François-Marie Deyrolle éditeur, Strasbourg, 2017, pp. 73-74. Lecture d’Antoine Emaz. Dessins de Cristine Guinamand. Ouvrage relié.






Bruno Krebs  Dans les prairies d'asphodèles 2


______________________________
NOTE : Ouvrage disponible en librairie le 14 novembre 2017.






BRUNO KREBS


Bruno Krebs
Ph. olivierroller.com
Source




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de L’Atelier contemporain) la fiche de l’éditeur sur Dans les prairies d’asphodèles
→ (sur le site de L’Atelier contemporain) une notice bio-bibliographique sur Bruno Krebs
→ (sur le site de L’Atelier contemporain) une notice bio-bibliographique sur Cristine Guinamand
→ (sur le site de L’Atelier contemporain) d'autres extraits de Dans les prairies d’asphodèles [PDF]
→ (sur Wikipedia) une notice bio-bibliographique sur Bruno Krebs
→ (sur lelitteraire.com) une note de lecture de Jean-Paul Gavard-Perret sur Dans les prairies d’asphodèles





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Jean Portante, L’Aquila

par Angèle Paoli
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Jean Portante, L’Aquila

par Angèle Paoli

11 November, by Angèle Paoli[ —]

Jean Portante & David Hébert, L’Aquila,
Éditions des Vanneaux, collection Carnets nomades, 2015.



Lecture d’ Angèle Paoli


DH Aquila
Dessin de David Hébert
in Jean Portante, L'Aquila, Éditions des Vanneaux, Carnets nomades.









DÉSESP-ERRANCE À TRAVERS LES RUINES




Septembre 2017 : Tavoliere della Puglia, les étendues s’étirent sous mes yeux, vastes et dorées sous ciel d’automne. Les éoliennes tournent plein Sud. Les villages sur éperons rocheux s’accrochent plein ciel. Veillés par les cimes du Gran Sasso. Les Tavoliere, anciennes terres de transhumances des rois d’Aragon, traversent de part en part. De Naples à Foggia et de Foggia à Naples.

J’observe les noms qui surgissent le long de la transversale qui va de la Campanie aux Pouilles. Certains éveillent en moi le souvenir lointain de textes étudiés jadis au lycée. Pescara, Foggia, L’Aquila. Et celui des Abruzzes. J’aimerais bifurquer, prendre la tangente. Mystérieuses Abruzzes. Ce ne sera pas pour ce voyage. Heureusement, il y a les livres. Et parmi eux, depuis quelques jours, celui de Jean Portante. Il vient combler un vide et raviver un désir. L’Aquila/Carnets Nomades/Éditions des Vanneaux. Et des dessins signés David Hébert. L’Aquila. J’ignorais jusqu’à ce jour que la famille de Jean Portante — qui est né, vit et réside au Luxembourg — fut originaire de cette ville. L’Aquila. Un fantôme de ville. Détruite par le séisme du 6 avril 2009. Un coup de poignard pour le poète Jean Portante. Secousse dans les entrailles. Déchirement. Il faut retourner à L’Aquila. Impérativement. Et écrire, écrire. D’urgence. Pour tenter de saisir ce qu’il est advenu d’elle : « où va l’âme d’une ville quand elle s’évapore ? », s’interroge le poète. Comment ranimer les souvenirs de ce qu’elle fut sinon en remettant ses pas dans les pas de l’enfance ? Ce qu’il reste d’une vie partagée par l’enfant avec les siens. Si peu de choses. Le souvenir d’une épicerie et de son coupe-mortadelle, quelques bons mots, des visages et des sourires. Des accents. Des timbres de voix. Des fantômes, habillés de tendresse par le poète.

Revenir sur ses pas, revenir sur le passé, celui défunt de la Città, celui, tout aussi défunt, des siens. Père/mère/grands-parents, paternels/maternels, auxquels le livre est dédié. De même qu’il joue sur la trajectoire Nord/Sud (ou Sud/Nord), le texte de Jean Portante joue sur cette alternance ou cette double localisation. Connaissances historiques d’un côté. Souvenirs personnels de l’autre, ravivés par les photos prises par le père aux côtés de l’enfant de cinq ans, de douze ans... « Douze photos, pas une de plus ». Plutôt onze, parce que la dernière, celle du grand-père mineur, mort dans le Nord, est noire. S’inventer cette contrainte : « c’est comme si j’écrivais un sonnet. quatorze vers, pas un de plus. la contrainte ne bride pas. elle pousse vers l’essentiel. vers les douze stations du départ… ». Une fois fixé son cadre, le poète peut écrire. Il évoque la vie à San Demetrio, « à un battement d’aile de l’aquila ». Une vie de tous les jours, un peu à l’ancienne. Celle des années 1950. Une vie modeste. Famille de paysans du Sud, de mineurs contraints à l’exil dans le Nord pour vivre. Une vie un peu ralentie mais de qualité, et non dépourvue de grandeur. Peut-être héritée de l’Antiquité. Une grandeur qui nourrit la fierté de l’enfant. Car L’Aquila est ville sabine. Le rapt de ses femmes par les Romains a été immortalisé. Les historiens de l’Antiquité s’en sont emparé. Plus tard, les peintres. Poussin, David Cortone, Schönfeld… L’Aquila est aussi la patrie de Célestin V (1209 -1296), élu pape en 1294, dont le gisant repose à Sainte-Marie de Collemaggio. Elle est aussi celle du célèbre Salluste, né en —86 à Amiternum, ville fondée par les Sabins. Devenue par la suite Aquila. Puis L’Aquila.

« salluste l’aquilain, dont la statue de bronze noir est plantée au milieu de piazza palazzo, à l’aquila, au cœur du centre historique… ».

Ces évocations raniment en moi le souvenir des Lettres Latines de Morisset-Thevenot. La Conjuration de Catilina. L’enfant Jean Portante, lui, ne rêve que d’aigle. « L’Aigle est un rêve d’enfance qui a tenu bon », écrit-il dans « journal d’un tremblement » (29/03/2013). Qui plus est, la vieille cité des Abruzzes s’offre le luxe d’une double étymologie. Celle de l’aigle bien sûr — aquila —, devenu l’emblème de la ville et de toute la région. Mais aussi celle de l’eau (Aquila est également un dérivé du latin acqua). La ville est en effet célèbre pour sa richesse en eau. Symbolisée par la fontaine aux 99 cannelle. 99 mascarons d’où jaillissent les eaux de l’Aterno.

Pourtant, dans la nuit du 6 avril 2009, pareille grandeur n’a servi à rien. Une fois encore, L’Aquila, capitale des Abruzzes, a subi les assauts de la Terre, a vécu déchirures et tremblements imprévisibles. En quelques heures, comme cela s’était déjà produit en 1461 et en 1703, les plus beaux monuments, leurs architectures ouvragées, témoignages d’art et d’histoire, se sont écroulés, transformant les rues et les places en un vaste champ de ruines. Un paysage de guerre sans le vrombissement des avions de bombardement.

Les allusions à cette tragédie récente sont consignées dans le « journal du tremblement. » Lequel s’étire sur quelques années. Du 3 avril 2009 au 3 mai 2014. Rédigé en italiques, le texte de ce journal alterne avec le texte courant en caractères romains et non daté. Cependant, quelle que soit la forme choisie, ce qui caractérise l’écriture de ce Carnet nomade consacré à L’Aquila, c’est le « brouillage de pistes », dont l’absence totale de capitales après les points. De sorte que les phrases s’enchaînent sans répit et que patronymes et toponymes sont mis au même rang que les noms communs. De sorte aussi qu’il faut garder son calme pour retrouver l’histoire du cantore epico dell’[a]quila [b]uccio di [r]anallo (1294-1363), noyée dans le texte courant. Il arrive que les yeux tombent par hasard sur les noms de « natalia ginzburg, moravia, calvino, pasolini, gadda, pirandello » et de tant d’autres encore… La lecture bute quelques instants, le temps de revenir à la phrase précédente pour vérifier si un enchaînement possible aurait échappé. Puis l’œil s’accoutume et imprime lui-même ses pauses et ses reprises sans la moindre hésitation. Parfois un souffle puissant s’empare de la page, secoue les torpeurs, emporte dans sa flamme. On ne peut qu’être pris par ce récit qui mêle intime et explicitations savantes, références historiques et gestes du quotidien. Avec toujours, en ligne de fond, pareille à une trajectoire imprimée en filigrane, cette déchirure qui va du Nord au Sud et du Nord au Sud. Ligne qui suit les déplacements imposés par l’exil ; depuis les terres ancestrales jusqu’aux terres d’accueil.

Ainsi de cet extrait :

« le lac de sinizzo. en face il y a le cimetière. le cimetière sud. avec son allée de cyprès. y dort grand-père. l’autre grand-père dort sous un bloc de minerai. un bloc du nord. on dit que mourir est une tasse d’obscurité. et on dit que boire dans cette tasse n’empêche pas de voir que les aigles qui passent ont un brin de temps dans leur bec. grand-mère est morte à quatre-vingt-dix-neuf ans. comme elle, l’aquila est restée dévouée au nombre quatre-vingt-dix-neuf. »

Au détour d’une rue, au détour d’une réflexion, une question brûlante fait soudain irruption. Que deviennent les morts dont les tombes ont été éventrées par le séisme ? Où vont les âmes secouées par les déchirures de la croûte terrestre ? Il faut être originaire de pays méditerranéens pour s’interroger de la sorte. Jean Portante, davantage homme du sud que luxembourgeois, résout avec humour cette préoccupation :

« on m’a dit que le cimetière de san demetrio n’a pas été épargné par le séisme. c’est là que vit l’âme de mon grand-père. au pied d’un énorme cyprès qui lui fait de l’ombre. j’imagine la tombe, la dalle qui tremble et grand-père qui par une fente toute fine se glisse dans le monde des tremblants. je le vois jouant aux cartes devant sa tombe avec les autres âmes qui se sont faufilées hors de leurs demeures crevassées. ils jouent à quatre trois sept, ils jouent à scopa, ils se racontent des histoires. à quoi bon peuvent bien ressembler les histoires des âmes après le tremblement de terre ? »

Ainsi s’interroge Jean Portante dans son journal d’un tremblement (30/04/09)

Les dessins de David Hébert disent tout cela, qui émaillent le texte et l’enrichissent dans l’important dossier qui fait suite. Structures éventrées, échafaudages, imbrications de lignes distordues, colonnes déstructurées, clochers tremblant sur leurs fondations, rosaces décentrées. Les étais, les écoperches et les traverses empêcheront-ils les murs de s’effondrer à la prochaine colère de la croûte terrestre ? Des traits grillagent l’espace. Le regard tente une percée dans ces enchevêtrements. L’architecture ainsi bousculée prend des allures piranésiennes inquiétantes et fascinantes. Parfois un ange s’élance, acrobate ailé, à la rescousse des cloches muettes. D’autres fois, la silhouette d’un chien solitaire traverse la page blanche. Trouée de silence. Le vide prend à la gorge. Une étrange tristesse nous saisit. Celle d’une longue errance éperdue à travers ruines.



Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli






Jean Portante  L'Aquila 3






JEAN PORTANTE


Jean Portante
Ph. Guy Jallay
Source




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions des Vanneaux ) la fiche de l’éditeur sur L’Aquila







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Jean Le Boël | [femme noire | toujours vêtue de ta couleur]

10 November, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


[FEMME NOIRE | TOUJOURS VÊTUE DE TA COULEUR]
(extrait)


à Léopold Sédar Senghor


femme noire
toujours vêtue de ta couleur
et de la lumière

voici que tu n’es plus nue
voici qu’ils vocifèrent
qu’ils colonisent ton ventre
qu’ils te veulent leur esclave volontaire

femme
qu’il leur faut violer
et sans trêve soumettre
jusqu’à ton nom qu’ils interdisent
fille de la négritude

de qui de quoi se vengent-ils

oublient-ils ton sein
et ta main qui les façonnèrent

n’entendent-ils ton cri et ta voix
qui toujours est vie

j’avais rêvé crocodiles, barrissements
et palabres sous l’arbre
palmeraies paisibles et industrieuses
peuples dignes partageant
les fruits de la terre aux mille couleurs

j’ai vu des villes énervées
énormes
pressées de poussière
et d’ordure

j’ai reconnu la violence et la misère
les vieilles lunes qu’on ressasse
dans l’oubli de ses propres fautes
les chimères de l’argent et de l’exil

j’ai douté

jusqu’à ton bras
jusqu’à tes yeux
pleins de fraternelle lumière

ce qui te manque ce n’est pas la mer
l’océan glauque et aveugle de toute sagesse
ni les collines boisées
de l’étroit paradis des peurs enfantines

c’est le sommeil qui n’a
pas de rêve
pas de corps
qui a dévoré ses envies
qui a bu toutes les soifs
et se meurt dans l’indifférence polie des pierres



Jean Le Boël, et leurs bras frêles tordant le destin, éditions Henry, Collection Les Écrits du Nord, 62170 Montreuil-sur-Mer, 2017, pp. 61-62-63. Couverture d’Isabelle Clement.






Jean Le Boël  et leurs bras frêles tordant le destin,






JEAN LE BOËL


Jean Le Boël
Source




■ Jean Le Boël
sur Terres de femmes

[Ce lien que nous étions] (extrait de Clôtures)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de la SGDL) une notice bio-bibliographique sur Jean Le Boël





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Daniel Blanchard | [Année après année]

9 November, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour






Daniel Blanchard  Bruire 4
Dessin de Farhad Ostovani,
in Daniel Blanchard, Bruire, L'Atelier contemporain, p. 11.







[ANNÉE APRÈS ANNÉE]



Année après année,
L’horizon par-dessus les yeux.
Je regarde en arrière.




Un piano lointain,
le tourbillon des martinets…
le soir tombe sur nous.




Le regard fugitif
sur la rivière en fleur s’endort.
Halte brève….




Le ciel qui précipite,
voile de neige sur les yeux…
Une pensée sans mots.




Eau qui remue dans l’eau,
haleine au fil du vent tiède…
(souvenir d’un regard)




Daniel Blanchard, Bruire, L’Atelier contemporain, François-Marie Deyrolle éditeur, 2017, pp. 22-23-24.
Dessins de Farhad Ostovani.






Daniel Blanchard  Bruire




______________________________
NOTE : Ouvrage disponible en librairie le 14 novembre 2017.






DANIEL BLANCHARD

Daniel Blanchard
Source



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de L’Atelier contemporain) la fiche de l’éditeur sur Bruire de Daniel Blanchard
→ (sur le site de L’Atelier contemporain) d'autres extraits de Bruire [PDF]
→ (sur le site de P.O.L éditeur) une fiche bio-bibliographique sur Daniel Blanchard
→ (sur lelitteraire.com) une note de lecture de Jean-Paul Gavard-Perret sur Bruire





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Lucie Taïeb | [se cacher sous les mots]

8 November, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


[SE CACHER SOUS LES MOTS]



se cacher sous les mots
non comme une métaphore mais comme un mouvement
une danse, jouer la mort.
f.w. sous le papier peint d’une chambre romaine —
sous le papier écrit, dissimulant un corps, une chair,
soudain surface et non volume. ou :
se recouvrir de mots, s’écrire la peau de mots
et devenir indécelable,
mot parmi les autres,
papier à peine bombé, ici saillant, point sur le i, ou pointe d’un sein
sous le papier.
il n’y a naturellement aucune raison,
existant,
de vouloir s’annuler.
aussi n’est-ce pas de cela qu’il est question, mais s’extraire :
du corps des choses,
de la matière :
soustraire.



Lucie Taïeb, La Retenue, Éditions LansKine, 2015, page 49.






Lucie Taïeb  La Retenue







LUCIE TAÏEB


Lucie Taïeb
Source



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions LansKine) la fiche de l’éditeur sur La Retenue de Lucie Taïeb
→ (sur Diacritik) « Écrire sans se retourner », par Lucie Taïeb (Écrire aujourd’hui) [+ une mini bio-bibliographie]
→ (sur remue.net) [POÉSIE ET FILM] Lucie Taïeb | Une bataille






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Hélène Lanscotte | [pas seulement le nombre la multitude]

6 November, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


[PAS SEULEMENT LE NOMBRE LA MULTITUDE]



pas seulement le nombre la multitude qui juxtapose
pareillement

pas seulement les tournesols à face noire la dessiccation
de leurs tiges l’abandon résigné

mais l’absorption dans la surface le laminé clinquant
la disparition des vivants l’obéissance des œillères dans
les yeux

seulement la solitude qui s’en va vers tout ce qui est seul
vers ce qui jamais ne s’unira à elle

encore la clandestine




pas seulement déjouer l’évidence en revenir stupéfaite
chaque fois infléchir la tête la fleur dans son œuvre

mais encore se laisser aller à la joie pour ne pas mourir




pas seulement le lapidaire précieux comparable étonnement

mais la reprise fine le raccommodage de fils par-delà la
béance des rompus enjoints de poursuivre chevauchées
d’allées et de venues pour l’épaisseur de l’histoire en son
nom

encore le choix d’unir les nœuds



Hélène Lanscotte, Ajours, 43 ouvertures pour commencer le jour, Éditions Isabelle Sauvage, Collection présent (im)parfait, 2017, pp. 21-22-23.






Lanscotte.jpg 3






HÉLÈNE LANSCOTTE


Helene Lanscotte




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de la mél, Maison des écrivains et de la littérature) une fiche bio-bibliographique sur Hélène Lanscotte
→ (sur le site des éditions Isabelle Sauvage) la fiche de l’éditeur sur Ajours d’Hélène Lanscotte






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Nimrod, Gens de brume

par Angèle Paoli
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Nimrod, Gens de brume

par Angèle Paoli

5 November, by Angèle Paoli[ —]

Nimrod, Gens de brume,
éditions Actes Sud, Collection Essences, 2017.



Lecture d’ Angèle Paoli




J’AI ATTEINT LE SUD DE MON ÊTRE




Parler du sortilège des parfums n’est pas chose aisée. S’il y a un orfèvre en la matière, c’est bien le poète Nimrod. Avec ce petit opus intitulé Gens de brume, le poète offre au lecteur son coffret de santal. Un écrin, tout nouvellement arrivé, d’où émanent tout à la fois les odeurs de l’enfance et les exhalaisons envoutantes de l’adolescence ; puis bien d’autres fragrances où s’affrontent et se rencontrent souvenirs de Provence et d’Italie, saveurs de saisons de voyages et toute une gamme de sensations qui s’osmosent dans le creuset magique des phrases de Nimrod. Ici, dans ce texte subtil, s’opèrent toutes les correspondances avec un talent et une élégance dont seul le poète des bords du Chari détient le savoir et le secret. Peut-être la brume qui émane du fleuve joue-t-elle un rôle dans l’atelier de parfumeur du poète ? Peut-être contribue-t-elle à ce qu’advienne la magie ?

C’est au bord du fleuve que se forge le sortilège. Dès l’enfance. Rien de plus puissant que cette montée dans la lenteur qui ouvre la voix aux parfums. De là il prendra son envol, déploiera ses essences majestueuses et s’accomplira pleinement sous d’autres cieux, en terres de Provence, « sur la route des vignes » où le vol même d’« une buse esquissait le profil d’un improbable flacon. »

Trois temps pour traverser le temps d’une vie, trois temps concentrés dans l’exigence d’une écriture pour dire ce qui fut « le parfum d’estime » composé au saut du lit par l’enfant. Avec pour sésame l’odeur alléchante de « la bouillie de riz à la pâte d’arachide » concoctée par la mère. Avec la mère, le cosmos est tout entier contenu dans le grain de riz, cette « étoile comestible », savamment préparée. La dégustation de la bouillie s’accompagne du sourire maternel et le bonheur se lit dans les regards échangés/esquivés.

« Des senteurs d’amande, de lait, de miel et de soleil caressent la peau de mon visage comme si quelque puissance migrait de mon ventre vers mon sternum en passant par ma gorge pour s’échapper en sueurs toutes fines par le milieu de mon crâne »

Soudain relayée sur le chemin de l’école par l’odeur des harengs, l’odeur première semble un moment menacée. Heureusement, les manguiers veillent. « Gardiens de la mémoire », ils obligent l’odeur de harengs, cependant elle aussi très prisée par l’enfant, à refluer pour laisser le passage à celle du sucre. Quelques pages encore pour dire le baptême fluvial noyé, sur les bords du Chari, par la présence imprévue de la « fiancée mystique ». Odile. La fée. La grande initiatrice de la « carte du tendre » du poète — embaumé des « fragrances d’Onalia » dont le « parfum subtil ne se développe qu’une fois » — s’éloigne. Le premier ravissement cède la place à un tout autre, celui de la libération d’un amour. « Je suis si faible soudain, comme ravi par la pensée d’être enfin libéré d’Odile. » Cependant quelque chose d’infini et d’éternel demeure, à jamais gravé sous la peau du jeune homme. Une langue particulière, constellée de toutes sortes d’odeurs qui se marient se superposent se croisent et rivalisent :

« Cette première amorce de discours sur le parfum accroît son importance en moi, qui le rend aussi insaisissable qu’une luciole dans les plis de la nuit. »

Quelques pages, enfin, pour évoquer le temps de Sauve, temps adulte, amours et séparations, et le poète de conclure ce récit enchanteur (à plus d’un titre) avec ces mots qui disent la quiétude :

« Assurément, j’ai atteint le sud de mon être ! Je me suis acquis un royaume inespéré. Chaque atome respiré, c’est comme si en son sein un ver à soie filait l’étoffe de mon futur linceul. J’y mourrai en transparence, parfumé par des mûres qui le sont tout autant. »

Ainsi se clôt le récit d’une vie tout entière tissée par le soin de trois femmes. Trois initiatrices. Expertes en onguents et en charmes odorants. Trois amantes. Passion/Séparations/Libérations.



Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli






Nimrod  Gens de brume






NIMROD


Nimrod-02
Ph. D.R. Olivier Roller
Source




■ Nimrod
sur Terres de femmes

Des « paroles plus précieuses que l’or » (chronique d’AP)
L’enfant n’est pas mort (lecture d’AP)
[J’ai aimé ma mère] (poème extrait de Sur les berges du Chari, district nord de la beauté)
[je suis la dernière figure de l’homme] (poème extrait de Babel, Babylone)
L’herbe (poème extrait d’En Saison)
Sous les étoiles
Sur les berges du Chari (lecture d’AP)
[Tu poseras ton faix] (poème extrait de J’aurais un royaume en bois flottés)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site du Point) un entretien de Nimrod avec Valérie Marin La Meslée
→ (sur e-littérature.net) une fiche bio-bibliographique et de nombreux articles d'Alice Granger sur les ouvrages de Nimrod
→ (sur fr.wikipedia) une fiche bio-bibliographique sur Nimrod






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4 novembre 2012 | Jacques Ancet [Sous le bruissement du sang, tweet]

4 November, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour
Éphéméride culturelle à rebours


[SOUS LE BRUISSEMENT DU SANG]



Sous le bruissement du sang, ce qui parle.
En haut, dans l’éclat terne, le geai bleu
et roux. Laisse entrer le monde, disait-il.

4 novembre 2012



Il se frotte l’œil, regarde tout autour.
Quelque chose en lui s’arrête. Soudain,
il ne voit rien d’autre que ce qu’il voit.

5 novembre 2012



Le goût du café, la danse des mésanges.
Ça se rapproche, dit-il — la lumière entre
et se retire —, c’est presque là.

6 novembre 2012



Vite, pense-t-il, vite. Le jour est bas. Quelqu’un
hurle quelque part. Comment l’entendre ?
Comment ne pas l’entendre ?

8 novembre 2012



Une fois encore — la même — le pouce
blessé, la brume qui refait les couleurs
et le coq aveugle dans le silence de midi.

11 novembre 2012



Ensuite — ensuite ? — une clarté tombée
du haut parmi ailes et feuilles. La terre
pèse un peu plus, dit la voix.

11 novembre 2012



Et maintenant, refaire maintenant : la
main, le ciel, le buisson et la lampe. Les
mots sont des doigts. Ce qui parle ne
dit pas mais montre.

12 novembre 2012



Jacques Ancet, Quelque chose comme un cri, tweets, Éditions Érès, Collection Po&psy in extenso, Toulouse, 2017, s.f. Dessins de Danielle Desnoues.






Ancet - quelque chose comme un cri - tweets






JACQUES ANCET


VIGNETTE JACQUES ANCET
Source



■ Jacques Ancet
sur Terres de femmes

[Le chant du même oiseau n’a pas cessé de me poursuivre] (extrait de Huit fois le jour)
Dans l’indéfini (extrait de Chronique d’un égarement)
L’égarement
L’identité obscure (extrait du chant 9 de L’Identité obscure)
[Je cherche] (extrait de L’Âge du fragment)
Je reviens
[On dit quelqu’un] (extrait des Travaux de l’infime)
On voit toujours (extrait de Puesto que él es este silencio)
Oublier l’heure (extrait de Chronique d’un égarement)
14 juillet | Jacques Ancet, Comme si de rien
10 décembre 2001 | Jacques Ancet, Un morceau de lumière



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Érès) la fiche de l’éditeur sur Quelque chose comme un cri de Jacques Ancet
→ (sur Esprits Nomades) une page Jacques Ancet
Lumière des jours, le blog de Jacques Ancet





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