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Joël-Claude Meffre, Aux alentours d’un monde

par Angèle Paoli
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Joël-Claude Meffre, Aux alentours d’un monde

par Angèle Paoli

4 April, by Angèle Paoli[ —]

Joël-Claude Meffre, Aux alentours d’un monde, proses,
éditions tituli, 2020.
Préface d’Yves Ouallet.
Avec des photographies d’Heba-Raphaëlle Meffre.



Lecture d’Angèle Paoli


LE RÊVE DE CRATYLE





L’ouvrage qui retient aujourd’hui mon attention est un livre récemment publié par les éditions tituli. Il est signé Joël-Claude Meffre. Spontanément des souvenirs refont surface. Qui me renvoient au temps de La Petite Librairie des champs. Était présent ce jour de septembre 2010, qui déambulait dans les ruelles du Vieux Boulbon, en compagnie des invités de Sylvie Durbec, le poète de Séguret, Joël-Claude Meffre.

En feuilletant Aux alentours d’un monde, je découvre des photos qui m’évoquent des paysages familiers. Les Dentelles de Montmirail, Notre-Dame d’Aubune, l’église romane de Beaumes-de-Venise. Ainsi que des collines de cyprès, d’oliviers et de chênes. Des évocations aussi de toits de lauzes qui me sont chers, de ruines de hameaux abandonnés. Je croise d’autres toponymes tout aussi évocateurs : Vaison, Ouvèze, Grignan, le Mont Ventoux… Car nous sommes bien dans le Vaucluse, pays de viticulture et région natale du poète.

Le recueil rassemble des « proses » qui sont comme autant de stèles posées sur les pages. Réunies sous un titre qui conjugue à la fois microcosme et macrocosme, ces proses sont une tentative de retenir un monde en voie de disparition.

« J’écris comme instinctivement, mon cahier ouvert sur les genoux, dans le mouvement de ce que je vois, essayant de saisir au vol ce qui subsiste d’une certaine intelligence du monde dans ces recoins solitaires. » (« Lambeaux de neige au pied des talus, dans les collines de l’est »)

Paysages aimés, sentiers et montagnes, murets et ruisseaux, arbres tutélaires sont autant de tesselles de mosaïques dispersées par le temps et ravagées par l’homme. Avec la minutie d’un archéologue, le poète patiemment exhume, vigilant et attentif au bon choix des mots, ramène au jour ce que d’autres ont peu à peu désagrégé. Du monde ancien et de son bel ordonnancement, il ne subsiste que d’infimes traces, dispersées sous les broussailles. Le poète les traque, quelles qu’elles soient. Chemins à ornières ne conduisant plus nulle part ; écorces d’arbres centenaires aux secrets enveloppés ; voies anciennes rongées par le passage des roues de charrettes ; noms oubliés gravés sur des stèles à l’abandon… Qu’il débusque au cours et au détour de ses marches en montagne. Observateur patient, Joël-Claude Meffre redonne vie aux empreintes. Par sa contemplation silencieuse, il cherche à en restituer la nature originelle, afin de permettre à chacune de recouvrer sa juste place. Une démarche qui s’inscrit dans le droit fil de celle du philosophe gréco-romain Plotin, comme le souligne Yves Ouallet, le préfacier de ce livre :

« Parlons maintenant de la terre, des arbres et des plantes ; disons comment ils contemplent, et comment nous pourrons ramener les choses produites par la terre et issues d’elle à son activité contemplative ; disons comment la nature, qui, affirme-t-on, ne possède ni représentation ni raison, a en elle la contemplation et produit tout ce qu’elle produit par cette contemplation que [dit-on], elle ne possède pas. » (Plotin, Troisième Ennéade, VIII, 1)

Ainsi, attentif aux chuchotements des signes, aux sillons laissés par les bêtes — qu’il faut savoir distinguer des traces humaines —, attentif aux rainures creusées par un filet d’eau, le poète se penche-t-il sur des détails infimes qu’il est seul à percevoir et qui dessinent toute une mémoire. Toutes empreintes presque invisibles qui sont le témoignage et la signature d’un monde disparu. Pourtant la fragilité de ce qui demeure est une invite à une méditation qui englobe tout à la fois l’infiniment discret et l’infiniment grand. Ainsi de la « ferme à l’éclipse » et de la « figure » qui se cache dans sa façade :

« Ce croissant de lune dans un cercle suggérant l’éclipse m’apparaissait comme une signature, m’invitant à méditer le mouvement d’un certain ordre cosmique, d’un certain rapport des corps célestes entre eux, de leur hiérarchie, de leur symbolique et de leur influence sur la maison de mon parent… » (« Maison à l’éclipse »)

Observateur silencieux de tout ce qui l’entoure, le poète marcheur s’interroge. Il s’interroge sur le nom des lieux qu’il habite et qu’il aime parcourir. Pareil au Cratyle de Platon, il aimerait pouvoir renoncer à leur dénomination. Ainsi de ce « pic rocheux » dont « de mémoire d’homme personne [ne] connaît le nom ». Ou de ce mont au pied duquel le marcheur s’endort et qui n’a d’autre nom que Mont.

Dans le mot « montagne », il entend « terre », « ciel », « espace », « masse », « minéral ». Mais quand il prononce le mot : « le mont », paraît alors devant [lui] « une entité incontournable. Mont est le mot d’une image comme une pointe en acier. Il faut apprendre à voir le mont sans qu’on en connaisse nécessairement le nom. Pour le nommer, il suffit de le montrer, disant simplement qu’il est, lui, le mont, oubliant le nom qu’on a pu lui donner. »

Comment nommer les choses ? Et pourquoi d’ailleurs les nommer ? Ne vaudrait-il pas mieux les laisser à leur existence première sans les inscrire dans des nomenclatures, sans les classifier. En réalité, dès que les choses acquièrent un nom, elles se rangent sous la mainmise de l’homme. En lui appartenant, n’est-ce pas de leur liberté qu’elles se défont ?

Et le poète de rêver d’un temps lointain des origines où les formes, non encore nommées ni dénommées, « pouvaient se regarder, se mirer, étrangères à elles-mêmes, dans le beau vide humain. »



Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli





Jean-Claude Meffre  Aux alentours d'un monde






JOËL-CLAUDE MEFFRE


Joël-Claude Meffre





■ Voir aussi ▼


→ (sur le site de la mél, Maison des écrivains et de la littérature) une fiche bio-bibliographique sur Joël-Claude Meffre







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Fabienne Swiatly | [Instantanés de vie]

3 April, by Angèle Paoli[ —]
[INSTANTANÉS DE VIE]



Service public ! Elle répond aux usagers qui râlent de devoir partager les toilettes avec des migrants. Sur une feuille format A3 elle a traduit le mot de bienvenue en une dizaine de langues. Certains jours, elle réveille son anglais avec de jeunes Afghans qui sans cesse la questionnent. Ensemble, du bout des doigts, sur le papier glacé de l’atlas, ils remontent les routes, traversent les mers, sautent les frontières. Récits plus précieux que n’importe quel livre à emprunter.


Deux éditeurs, deux écrivains, un président d’association et le journaliste qui distribue le temps de parole. Six petites bouteilles d’eau minérale et leurs verres en plastique attendent sur la table basse. Dans le public une majorité de femmes venues parler de littérature, pas rancunières de se voir si peu représentées sur scène. L’une dit à sa voisine qu’il faudrait, d’un même élan, quitter la salle et laisser ces messieurs entre eux. Chut ! lui répond celle-ci, j’écoute.


[…]


Sabots blancs qui adhèrent au caoutchouc du sol, elle fait voyager le résident tassé dans une chaise roulante. Elle l’emporte jusqu’à la salle commune où le téléviseur a bien du mal à fixer les regards malgré le rictus blanc émail du présentateur. Elle viendra le chercher à l’heure des visites, en attendant il s’endort et le présentateur s’agite pour rien. De ses mains libres, elle frictionne son bas du dos puis l’arrière de sa nuque. Le pastel des murs est une absence de couleur.


Fabienne Swiatly, Elles sont au service, éditions Bruno Doucey, Collection « Soleil noir », 2020, pp. 30, 31, 66.





Fabienne Swiatly  Elles sont au service


FABIENNE  SWIATLY


Fabienne Swiatly
Ph. © Fabienne Swiatly





■ Voir | écouter aussi ▼


le site de Fabienne Swiatly
→ (sur le site de la mél, Maison des écrivains et de la littérature) une fiche bio-bibliographique sur Fabienne Swiatly
→ (sur le site des éditions Bruno Doucey) la fiche de l’éditeur sur Elles sont au service
→ (sur le site de rfi) Fabienne Swiatly, poétesse de services (Vous m'en direz des nouvelles, 29 février 2020)







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Carino Bucciarelli | Couleurs inouïes

2 April, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


COULEURS INOUÏES
(extrait)







COULEURS INOUÏES
Aquatinte numérique, G.AdC









Le bus de minuit devait nous ramasser tous
il ne vint jamais
nous attendîmes donc un siècle
puis un autre
et un siècle encore

Nous offrait-on l’éternité ?

Jamais nous ne pourrions atteindre nos foyers
ni l’heure de notre mort

La cohabitation s’avérait difficile
nous n’osions parler
pour nous entretenir d’une possible rédemption
car seuls des inconnus se croisent aux arrêts de bus
et chacun ici avait de l’éducation

Notre culpabilité – c’était indéniable –
était à la source de notre attente

Aucun crime ne pouvait nous être attribué
nous attendions alors notre délivrance
le visage tourné au loin vers le bout de la route



Carino Bucciarelli, « Couleurs inouïes (janvier 2019) », Singularités, éditions L’herbe qui tremble, Collection « D’autre part » dirigée par Thierry Horguelin, 2020, page 116.






Carino Bucciarelli  Singularités 2






CARINO BUCCIARELLI


Carino Bucciarelli
Source





■ Voir aussi ▼


→ (sur le site de L’association des écrivains belges de langue française) une notice bio-bibliographique sur Carino Bucciarelli
→ (sur le site des éditions L’herbe qui tremble) la fiche de l’éditeur sur Singularités





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Christian Bachelin | Testament quotidien

1 April, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


TESTAMENT QUOTIDIEN






Enfant instantané de l’ombre et du soleil
Ph., G.AdC






Je raconte une gare un fleuve une guitare
Une mansarde vague un arbre un matin nu
Haute mélancolie de la pluie sur la mer
Une seconde à peine de conscience ardente

Je raconte à voix ivre le rouge et le noir
Fenêtre délirante ouverte sur le large
Ô mon identité soumise aux quatre vents
Cortège quotidien dont retombe la cendre

Je vous dirai un pan de mur un gazomètre
Un cheval maigre une lessive sur un fil
Et comment s’acheva le voyage d’Ulysse
Sur une île perdue dans la fumée d’hiver

Je vous dirai encore une hirondelle morte
Un crime en banlieue nord le bleu d’une anémone
Je vous dirai encor une aube d’amour triste
Et le jour fermera ses volets de nuages

En vain je traduirai le cri du mâchefer
Le spasme du poisson qu’on jette sur l’évier
En vain le bruissement de l’herbe après la pluie
La parole s’envole et l’angoisse demeure

Enfant instantané de l’ombre et du soleil
N’ai-je vécu en tout que ce peu de clarté
Une seconde à peine de mémoire ardente
Toute une éternité de légende inavouable






EVERYDAY TESTAMENT




I write about a station or a river a guitar
A hazy attic room a tree a naked morning
The melancholy sweep of raina cross the sea
Scarcely a second’s burning consciousness

In a drunken voice I tell about the red and black
The raving window open to the waves
Oh my identity that’s buffeted this way and that
The daily slow procession’s falling ash

I’ll give you a gasometer a norrow width of wall
A skinny horse a wash hung out to dry
The ending of the travels of Odysseus
On a far island lost in winter smoke

I’ll tell you also of a swallow’s death
The blue of an anemone a crime in suburbs to the north
And the I’ll tell you a sad dawn of love
And day will close its shutters made of cloud

In vain I shall translate the cinders’rasp
The writhing fish that’s slapped across the sink
In vain convey the rustling of the grasses after rain
Words fly off anguish stays

Snapshot child of sun and shadow
Is all l’ve lived this little pool of light
Scarcely a burning second to look back
A whole immortal legend that I can’t admit.

Translated by Susan Wicks



Christian Bachelin [Neige exterminatrice : poèmes 1967-2003, éditions Le Temps qu’il fait, 33210 Mazères, 2004. Préface de Valérie Rouzeau*] in Agenda, Anglo/French Issue, Vol. 53, Nos 1-3, Winter 2019/2020, pp. 20-21 ; in Valérie Rouzeau, Éphéméride, éditions La Table Ronde, 2020, pp. 18-19.


__________________
* « Remarquablement méconnu du plus grand nombre, Christian Bachelin n’est pas un poète d’aujourd’hui, c’est un poète de toujours, on devrait s’en réjouir beaucoup dès maintenant. » (Valérie Rouzeau : Préface de Neige exterminatrice)






Christian Bachelin  Neige exterminatrice






CHRISTIAN BACHELIN


Christian Bachelin 4
Source




■ Voir aussi ▼


→ (sur Terre à ciel) une lecture de Neige exterminatrice par Sophie G. Lucas (+ une bibliographie)
→ (sur Les Hommes sans Épaules) une notice bio-bibliographique sur Christian Bachelin, par Paul Farellier
→ (sur L’Alamblog) une notice sur Christian Bachelin







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Christiane Veschambre | [Nous sommes à l’intérieur du temps]

31 March, by Angèle Paoli[ —]


[NOUS SOMMES A L’INTÉRIEUR DU TEMPS]



Nous sommes à l’intérieur du temps, dit Deleuze, dit la femme. Dans le temps « chronométré », bien sûr, dit-il, nous y sommes. Contenant d’un temps intérieur, subjectif, dit-il, nous le sommes, mais nous sommes aussi à l’intérieur du temps.
Nous y sommes sublimes, dit-il. Sublimement bêtes si nous sommes bêtes, sublimement laids si nous sommes laids. Et nous y sommes sur des échasses, d’où nous pouvons tomber, et c’est la mort. Dit-il.
Il me semble que je ne comprends pas et pourtant j’aime beaucoup me redire ce qu’il dit là. Je pense à toi, je me dis que tu es avec moi à l’intérieur du temps, que j’y suis avec toi, un peu à la façon d’un fœtus au grand regard lové dans son œuf transparent qui apparaît sur l’espace de l’écran à la fin de 2001, l’Odyssée de l’espace. Nous sommes à l’intérieur du temps comme à l’intérieur de l’espace, qui n’a pas d’intérieur puisqu’il n’a pas d’extérieur. Nous sommes, toi comme moi, sur les échasses que Marcel Proust voit dans le salon mondain qui clôt sa recherche, les échasses que ne voient pas ceux et celles qui sont perchés dessus avec l’immensité du temps de leur vie.
Viens, approche-toi, tu ne m’approches pas.



Christiane Veschambre, dit la femme dit l’enfant, II, 1, éditions Isabelle Sauvage, collection singuliers pluriel, 2020, page 65.






Christiane Veschambre  dit la femme dit l'enfant



CHRISTIANE  VESCHAMBRE


Christiane Veschambre 2
Ph. Olivier Roller
Source





■ Christiane Veschambre
sur Terres de femmes


Basse langue (lecture d’AP)
Une Hôtesse minuscule (extrait de Basse langue)
[Cela s’est passé lundi] (extrait d’Ils dorment)
Écrire Un caractère (lecture d’AP)
[Écrire n’a pas d’objet] (extrait d’Écrire Un caractère)




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de la mél, Maison des écrivains et de la littérature) une fiche bio-bibliographique sur Christiane Veschambre
→ (sur En attendant Nadeau) un entretien avec Christiane Veschambre, par Gérard Noiret
→ (sur le site des éditions Isabelle Sauvage) la page de l’éditeur sur dit la femme dit l’enfant






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Drago Jančar | [Une panique indescriptible s’empara de la population]

31 March, by Angèle Paoli[ —]


[UNE PANIQUE INDESCRIPTIBLE S’EMPARA DE LA POPULATION]






Wolgemut
Michael Wolgemut (1434–1519),
Tanz der Gerippe, gravure sur bois, 1493
in Hartmann Schedel (1440 – 1514),
Schedel’sche Weltchronik








Tout avait éclaté cette nuit-là.
Les bruits étaient contradictoires. Les uns affirmaient qu’il y avait des dizaines et des dizaines de morts, les autres racontaient que l’hécatombe ne faisait que commencer. La maladie s’était déclarée à l’hôpital. Non, c’était un chat qui s’était glissé dans le lit d’une sœur quelques jours auparavant. Quand on avait ouvert la cellule, elle était noire. Non, un maquignon avait passé la nuit à la taverne et il était parti. Ensuite un administrateur d’une ville de province avait expiré dans le même lit. La peste s’était dissimulée dans la fourrure d’un soldat croate. Elle avait été apportée par des marchands. C’était arrivé pendant la nuit. La veille encore, personne ne s’y attendait ; hier encore, le marché était vivant, le tribunal fonctionnait, les magasins et les ateliers étaient ouverts. Cette nuit-là, on avait trouvé un cadavre avec des taches noires. La peste était tapie dans l’eau sale. Elle arrivait par l’air pestilentiel.
Au matin, les autorités avaient essayé de dissimuler la nouvelle et de rétablir l’ordre. Il n’y avait plus rien à faire. Ce qui fut bientôt clair pour tout le monde. Une panique indescriptible s’empara de la population.


[…]


La confusion et la folie durèrent deux jours. Au matin du troisième jour, des soldats affluèrent par toutes les portes de la ville, accompagnés de capucins, de commissaires de la peste, de fonctionnaires, de volontaires et de détenus à qui on avait, pour l’occasion, donné une chance. Premier signe qu’on prenait les choses en main, de grandes croix blanches peintes à la chaux se mirent à briller sur les portes et les fenêtres de certaines maisons. Des nuages de fumée roulèrent dans les rues. On enfuma les maisons pestiférées avec du genévrier et on les aéra. On alluma des feux. On éleva des bûchers dans les cours, dans les jardins ou même devant les portes des maisons. Chiffons, meubles, vêtements, on jeta tout. Des huissiers fermèrent d’autres logis et les barricadèrent avec des planches. On vida quelques demeures le long de la rivière pour y installer des hôpitaux militaires. On réquisitionna des apothicaires et on les obligea à moudre des poudres et à préparer des potions. On conduisit les barbiers dans les bains publics pour accueillir les malades et les saigner de leur sang infecté. On isola les contaminés suspects, des détenus leur apportaient de la nourriture dans des paniers accrochés au bout de leur bâton.
Il semblait que les autorités allaient au moins circonscrire le désordre à défaut d’arrêter la meurtrière.



Drago Jančar, La Fuite extraordinaire de Johannes Ott, éditions Phébus, 2020, pp. 328-330. Traduit du slovène par Andrée Lücke-Gaye.






Drago Jancar





DRAGO JANČAR


Drago Jancar portrait 2





■ Drago Jančar
sur Terres de femmes


La Fuite extraordinaire de Johannes Ott (lecture d’AP)
Aurore boréale (lecture d’AP) (+ une notice bio-bibliographique)
Cette nuit, je l’ai vue (lecture d’AP)




■ Voir aussi ▼


→ (sur le site des éditions Phébus) la fiche de l’éditeur sur La Fuite extraordinaire de Johannes Ott







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Drago Jančar, La Fuite extraordinaire de Johannes Ott

par Angèle Paoli
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Drago Jančar, La Fuite extraordinaire de Johannes Ott

par Angèle Paoli

30 March, by Angèle Paoli[ —]

Drago Jančar, La Fuite extraordinaire de Johannes Ott,
éditions Phébus, 2020.
Traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye.



Lecture d’Angèle Paoli


DANS LA SPIRALE VERTIGINEUSE DE DRAGO JANČAR





Drago Jančar a tout juste trente ans lorsqu’est publié en 1978 Galjot, son premier roman. Une fiction historique magistrale traduite du slovène en de nombreuses langues. Il a fallu attendre 2020 pour que l’ouvrage paraisse en France, dans une traduction d’Andrée Lücke-Gaye, sous le titre La Fuite extraordinaire de Johannes Ott. Faut-il voir dans ce récit, tout nouvellement paru, en pleine pandémie de covid-19, un récit prémonitoire ? Ma lecture me pousse à penser que oui, tant les événements décrits dans ce récit, et les réactions que ces derniers suscitent, me semblent être comme un miroir de la crise sanitaire que nous traversons aujourd’hui.

Le roman de Drago Jančar est une vaste fresque de l’Europe du XVIIe siècle, dévastée par la peste noire. Au cœur de cette fresque, un homme fuit. De pays en pays, traversant villes et villages, il se cache dans des maisons abandonnées ou dans des terriers, poursuivi par de multiples ennemis, n’échappant que par miracle à ses geôliers. Accusé d’appartenir à une « société secrète », il est envoyé aux galères, d’où il s’échappe à nouveau. Mais, quelles que soient les circonstances, Johannes Ott reste animé d’une fureur de vivre qui toujours le sauve. In extremis. « Je m’en sortirai, pensa-t-il, je m’en sortirai. »

En vingt-cinq chapitres d’un récit haletant, l’auteur slovène fait revivre l’Autriche de Léopold 1er de Habsbourg, secouée par les guerres contre les Turcs, divisée par les conflits religieux, saccagée par les épidémies, secouée par les procès en sorcellerie et les chasses aux sorcières qui conduisent au bûcher. Au hasard de ses errances, Johannnes Ott, « l’étranger inconnu », est confronté à tous les mouvements, rumeurs, dangers, rébellions, rassemblements de foule, bagarres et débauches, folies et extrémismes qui agitent et soulèvent les régions qu’il parcourt tout au long de ses vagabondages. Carniole, Styrie, Carinthie, Slovénie… Partout la rumeur le poursuit et le traque. Chaque nouvelle rencontre contient en germes un nouveau péril. Qui est-il ? D’où vient-il ? Que fuit-il ? Que cherche -t-il ? Mais Johannes Ott le sait-il lui-même ? La fuite, comme leitmotiv de survie, court de page en page.

« Pourquoi est-ce que je suis en fuite, et pourquoi est-ce que je rôde de-ci de-là, avec cette peur et cette agitation dans la poitrine ? Quelle énergie et quelle force inconnue me poussent à fuir continument ?
Il essaya de revenir en pensée sur ses raisons et ses mobiles. Sur sa quiétude et sa maison autrefois, mais dans ce passé lointain, tout lui semblait si nébuleux et sombre, si vague et étrange qu’il ne savait plus s’il l’avait vraiment vécu. »

Poursuivi par des « signes dangereux », Ott semble être la proie du diable. Aurait-il signé un pacte avec Satan ? C’est ce dont on l’accuse, et dont il finit par se persuader lui-même. Plus tard, envoyé aux galères par suite d’une erreur judiciaire, il aborde aux ports de la Méditerranée. Il devient alors le « galérien ». Perdu au milieu des mers, harcelé par de nouveaux périls, dont la tempête de la peste, et par les monstres qui menacent l’embarcation sur laquelle il trime jour et nuit, Ott se prend à rêver de montagnes et de lacs de verdure. Il rêve de forêts.

Mais les péripéties dans lesquelles Johannes Ott entraîne le lecteur sont-elles vécues ou rêvées par « l’inconnu » ? À de nombreuses reprises, c’est la question que le lecteur se pose. Où est-on ? Dans quel pays et dans quel univers ? Dans les pensées du fuyard ? Dans ses élucubrations et dans ses interrogations ? Où est la réalité&nsp;?

D’autant que lorsqu’il aborde les dernières pages du roman, le lecteur retrouve l’atmosphère et les caractéristiques du premier chapitre. Il retrouve la chapelle humide et son « mur imbibé d’un liquide poisseux » ; il retrouve ses deux saints thaumaturges, le saint Sébastien percé de flèches (c’est à la vitesse des flèches que la peste se répand) et le saint Roch qui montre du doigt son genou pustuleux. Il retrouve le « vieux » qui autrefois lui avait dit :

« Tous les signes sont là. La maladie arrive. Seul saint Roch peut encore nous sauver. »

Le « vieux » qui avait jadis conduit « l’étranger extravagant » jusqu’à la taverne où il avait pu se restaurer. Johannes Ott semble être en terrain connu, même si les choses ont fini par changer sous la pression incontrôlable des événements. Ainsi du tavernier qui, après s’être montré réticent à poursuivre son dialogue avec Ott, finit par avouer :

« Quand même, je crois bien que j’ai déjà vu ton visage sombre quelque part.
— Et moi le tien, dit Johan Ot en se retournant. »

D’autres événements presque identiques suivis d’autres rencontres de personnes connues, croisées ou fréquentées dans une vie antérieure, avant le temps de la peste et le temps des galères, confirment à Johannes Ott qu’il est revenu à son point de départ. Ainsi le fuyard a-t-il la conviction que toujours tout recommence. Presque à l’identique.

« Soudainement, encore aviné, il avait décidé d’aller à la rencontre de son destin. Soudainement et simplement, il entrait dans une histoire dont on ne pouvait imaginer la fin.
Il était arrivé la nuit et il était arrivé seul.
C’est ainsi que commençait cette pénible affaire. »

Telles sont les pensées qui animent Johannes Ott à la fin du premier chapitre du récit.

« Il sentit que le médecin bec le tirait avec le crochet. Sa tête frappa le sol.
Je m’en sortirai, pensa-t-il, je m’en sortirai.
Au matin, je serai dessoûlé et ces maudits rêves auront disparu. »

Telles sont les dernières pensées de Johannes Ott.

Faite d’anticipations multiples tout autant que de retours en arrière inattendus, construite autour de répétitions qui rythment chaque épisode de façon particulière, l’écriture puissante de Drago Jančar entraîne le lecteur dans les labyrinthes d’une épopée humaine impitoyable, faite de cercles où se mêlent sans cesse l’identique et le nouveau, brouillant ainsi à l’infini les lignes du rêve et celles de la réalité. Une spirale vertigineuse qui font se rejoindre sans relâche commencement et fin. Fin et commencement.

« Je connais tout ça. Autrefois, je me suis promené ici. Ici se rencontrent tous mes chemins. Tous les fils se relient. Tout s’accomplit. »

D’une écriture admirable, le roman de Drago Jančar met le lecteur d’aujourd’hui face à ses contradictions et face à ses peurs.



Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli





Drago Jancar





DRAGO JANČAR


Vignette drago-jancar





■ Drago Jančar
sur Terres de femmes


[Une panique indescriptible s’empara de la population] (extrait de La Fuite extraordinaire de Johannes Ott)
Aurore boréale (lecture d’AP) (+ une notice bio-bibliographique)
Cette nuit, je l’ai vue (lecture d’AP)




■ Voir aussi ▼


→ (sur le site des éditions Phébus) la fiche de l’éditeur sur La Fuite extraordinaire de Johannes Ott







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Florence Noël | Sarabande

29 March, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


SARABANDE
(extrait)



c’est là : le bougé du sujet, le flouté du dire que peint la feuille parmi ses sœurs et chacune liée à la souplesse de la branche, chacune et toutes ensemble dessinant le verbe, et sa gésine dans le désir d’un moineau pour l’envol, toutes en chacune s’animent,

c’est là : dans le bougé des sèves, poussée organiste, ligneuse impatience – infléchie d’un soubresaut – dans le bougé des lèvres gonflées et si tendues dans le vouloir te dire,

c’est là : l’à peine relié au trop, le fleuve ancré dans le filé du ciel, bougé d’un regard perdu de cible éperdu et perdant, le regard qu’on ne peut, le regard entier, et si osé le regard qui nous cloue nu et pantelant,



Florence Noël, « Deuxième mouvement : Sarabande », Branche d’acacia brassée par le vent, Huit mouvements sur des photographies de Pierre Gaudu, Le Chat polaire, 1348 Louvain-la-Neuve (Belgique), 2020, page 19.






Florence N 1






FLORENCE NOËL


Florence Noël






■ Florence Noël
sur Terres de femmes


Solombre (lecture d'AP)
[tu dis c’est l’heure jaune] (extrait de Solombre)
L’Étrangère (lecture d’AP)
[parler de soi] (poème extrait de L’Étrangère)
Initiation au crépuscule
[Donnez-nous des pierres] (Vases communicants)
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) autant revivre en mon jardin




■ Voir aussi ▼


le site de Pierre Gaudu
panta rei, les dits de la clepsydre de Florence Noël







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Alain Duault | Comprendre la poésie

28 March, by Angèle Paoli[ —]


COMPRENDRE LA POÉSIE
(extrait)



Dans quelle « île » peut-on apercevoir la beauté, par quelle fente du ciel ? Dans le fond d’une grotte ou au sommet d’une montagne-vigie ? Peut-être dans l’eau qui la cerne, bleue, verte, changeante – et transparente quand je m’approche, quand j’essaie de la saisir entre mes mains ? Peut-être dans le reflet de la lumière sur une épaule inconnue ? Alors que la beauté est comme. Le ciel, le secret de la grotte, la transparence de l’eau, le désir que fait naître la peau. Le beau serait-il donc ce qui retient le temps dans la forme, contre la pourriture, contre la corruption ? Quand Milan Kundera écrit que « la laideur s’empare du monde », il ne pointe en fait qu’une réalité sociologique, un effet – dont la cause demeure le désir de beauté que manifeste en creux une telle phrase. La beauté nous est nécessaire, résistance à la putréfaction, expression d’une sorte de chœur au fond de nous, au fond de la langue, résurgence face à la violence illimitée du monde et à la dégradation de plus en plus grande de nos destins misérables ? Ou n’est-elle qu’une immanence à découvrir, à interroger – puisqu’elle ne nous appartient pas, jamais ? Ou bien encore n’existe-t-elle que dans la célébration, la poésie, l’art, la musique ?



Alain Duault, « Comprendre la poésie », La Poésie, le ciel, Petite méditation lyrique, éditions Gallimard, Hors série Littérature, 2020, page 78.





Alain Duauly  La Poésie  le ciel couv



ALAIN DUAULT


Alain Duault
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■ Alain Duault
sur Terres de femmes


[Tempêtes tempêtes] (poème extrait de L’Effarant Intérieur des ombres)
Le dos (poème extrait de Nudités)




■ Voir aussi ▼


→ (sur le site des éditions Gallimard) la fiche de l’éditeur sur La Poésie, le ciel
l’humeur d’Alain Duault (le blog d’Alain Duault)






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27 mars 2012 | Mort d’Adrienne Rich

27 March, by Angèle Paoli[ —]
Éphéméride culturelle à rebours
« Poésie d’un jour



Le 27 mars 2012 meurt à Santa Cruz (Californie) la poète américaine Adrienne Rich.




Née à Baltimore, dans le Maryland, le 16 mai 1929, Adrienne Rich est la fille de la compositrice et pianiste Helen Elizabeth Rich et d’Arnold Rich, médecin légiste et professeur de médecine. Adrienne Rich est issue d’un mariage mixte : d’un père juif d’origine austro-hongroise et d’une mère élevée dans le culte protestant.
Encouragée par son père dans sa vocation d’écrivain, Adrienne Rich publie son premier recueil, A Change of World, en 1951, l’année même de l’obtention de sa licence (Bachelor of Arts). En 1953, lors d’un voyage à Florence, la jeune poète découvre qu’elle souffre d’une polyarthrite rhumatoïde.
La même année 1953, de retour aux États-Unis, Adrienne Rich épouse l’économiste Alfred H. Conrad, qui sera le père de ses trois enfants. Ensemble ils luttent contre l’injustice sociale, pour la défense des droits civiques et pour les droits des femmes. En 1966, le couple s’installe à New York. À l’Université de Columbia, où elle enseigne la poésie, Adrienne Rich va plus avant dans ses engagements. Le couple se sépare. En 1970, Alfred Conrad met fin à ses jours.
En 1976 commence une nouvelle vie pour Adrienne Rich. Elle vit aux côtés de la romancière et éditrice Michelle Cliff, d’origine jamaïcaine. La même année, Adrienne Rich publie Twenty-One Love Poems. Ensemble les deux amantes dirigent un journal littéraire et artistique lesbien dans lequel publie Adrienne Rich. Dans ses articles, l’essayiste aborde ses thèmes de prédilection : le pacifisme, la maternité, le racisme, la violence exercée à l’encontre des femmes, le féminisme, l’homosexualité… La poète vit à Santa Cruz (Californie) avec sa compagne jusqu’à sa mort.

« [L]a poésie [d’Adrienne Rich] conserve l’empreinte de son cheminement personnel et politique. Ses poèmes sont, à ses débuts, composés suivant une technique de montage cinématographique, puis sa voix s’affermit, soutenue par sa détermination à « agir d’emblée et ouvertement comme une femme ayant un corps de femme et une expérience de femme. » (Chantal Bizzini)

« Adrienne Rich parle pour tous ceux qui n’ont pas la parole, par le témoignage ou par la fable ; elle rappelle ce qui a été oublié, réinvente la vie des femmes et des hommes là où leur trace a été effacée. » (Chantal Bizzini)






HERE IS A MAP OF OUR COUNTRY



Here is a map of our country :
here is the Sea of Indifference, glazed with salt
This is the haunted river flowing from brow to groin
we dare not taste its water
This is the desert where missiles are planted like corms
This is the breadbasket of foreclosed farms
This is the birthplace of the rockabilly boy
This is the cemetery of the poor
who died for democracy     This is a battlefield
from a nineteenth-century war     the shrine is famous
This is the sea-town of nymph and story     when the fishing fleets
went bankrupt     here is where the jobs are     on the pier
processing frozen fishsticks hourly wages and no shares
These are other battlefields     Centralia     Detroit
here are the forests primeval     the copper     the silver lodes
These are the suburbs of acquiescence     silence rising fumelike
from the streets
This is the capital of money and dolor whose spires
flare up through air inversions whose bridges are crumbling
whose children are drifting blind alleys pent
between coiled rolls of razor wire
I promised to show you a map you say but this is a mural
then yes it it be     these are small distinctions
where do we see it from is the question



Adrienne Rich, An Atlas of the Difficult World: Poems, 1988-1991, W.W. Norton, New York City (NY), 1991, page 6.





Adrienne Rich  An Atlas of the Difficult World







[VOICI UNE CARTE DE NOTRE PAYS]



Voici une carte de notre pays :
voici la Mer de l’Indifférence, glacée de sel,
C’est la rivière hantée, coulant des sourcils à l’aine,
nous n’osons pas goûter son eau,
C’est le désert, où des missiles sont plantés comme des bulbes,
C’est le grenier à blé des fermes hypothéquées,
C’est le lieu de naissance du rockabilly boy,
C’est le cimetière des pauvres
qui sont morts pour la démocratie     C’est le champ de bataille
d’une guerre du dix-neuvième siècle,     la chapelle en est célèbre,
C’est la ville balnéaire du mythe et de l’histoire,     quand les flottes de pêcheurs
ont fait faillite,     c’est ici qu’il y avait du travail,     sur le quai,
on traitait des bâtonnets de poisson congelés, salaires journaliers, sans intéressement,
Voici d’autres champs de bataille,     Centralia,     Detroit,
là sont les forêts vierges,     le cuivre,     les gisements d’argent,
Voici les banlieues de l’acquiescement,     le silence monte des rues,
comme une fumée,
Voici la capitale de l’argent et de la douleur dont les tours
s’enflamment sous les courants inverses de l’air, dont les ponts s’effritent,
dont les enfants flânent dans des voies sans issue, confinés
entre les spirales de fils barbelés
j’ai promis de te montrer une carte, dis-tu, mais c’est une fresque,
eh bien oui,     il y a quelques petites nuances,
savoir d’où l’on regarde, c’est la question.



Adrienne Rich, Un atlas du monde difficile in Paroles d’un monde difficile, Poèmes 1988-2004, éditions La rumeur libre, Série mεtaphrasi | Domaine américain, 2019, page 32. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Chantal Bizzini.





Adrienne Rich  Paroles d'un monde difficile






ADRIENNE RICH


Adrienne Rich
Source




■ Adrienne Rich
sur Terres de femmes


From An Old House In America




■ Voir | écouter aussi ▼


→ (sur le site des éditions La rumeur libre) une notice biographique sur Adrienne Rich
→ (sur Poetry Foundation) une biographie d’Adrienne Rich
→ (sur Modern American Poetry) un ensemble d’articles sur Adrienne Rich






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