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R S S : Terres de femmes


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Noémia de Sousa | Nossa voz (extrait)

23 March, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



NOSSA VOZ
(extrait)




Ao José Craveirinha


Nossa voz ergueu — se consciente e bárbara
sobre o branco egoísmo dos hornens
sobre a indiferença assassina de todos.
Nossa voz molhada das cacimbadas do sertão
nossa voz ardente como o sol das malangas
nossa voz atabaque chamando
nossa voz lança de Maguiguana
nossa voz, irmão,
nossa voz trespassou a atmosfera conformista da cidade
e revolucionou-a
arrastou — a como um ciclone de conhecimento.

E acordou remorsos de olhos amarelos de hiena
e fez escorrer suores frios de condenados
e acendeu luzes de esperança em almas sombrias de desesperados…
Nossa voz, Irmão!
nossa voz atabaque chamando.

Nossa voz lua cheia em noite escura de desperança
nossa voz farol em mar de tempestade
nossa voz limando grades, grades seculares
nossa voz, Irmão! nossa voz milhares,
nossa voz milhões de vozes clamando! [...]






NOTRE VOIX
(extrait)




À José Craveirinha



Notre voix s’est dressée consciente et barbare
sur l’égoïsme blanc des hommes
sur l’indifférence assassine de tous.
Notre voix humectée des cacimbadas du sertão
notre voix ardente comme le soleil des malangas
notre voix atabaque qui appelle
notre voix lance de Maguiguana
notre voix, frère,
notre voix a crevé la chape de conformisme de la ville
et l’a révolutionnée
balayée d’un cyclone de connaissance.

Et elle a suscité des remords aux yeux jaunes de hyène
et fait goutteler les sueurs froides des condamnés
et rallumé des éclats d’espoir dans les âmes sombres des désespérés…
Notre voix, frère !
notre voix atabaque qui appelle.

Notre voix pleine lune dans une nuit sombre de désespérance
notre voix phare sur une mer de tempête
notre voix qui lime les barreaux, lime les barreaux séculaires
notre voix, frère ! notre voix des milliers,
notre voix des millions de voix qui clament ! [...]



Noémia de Sousa, Notre voix, Éditions Isabelle Sauvage, Collection corp/us dirigée par Sika Fakambi, 2017. Traduit par Elisabeth Monteiro Rodrigues.






Noémia de Sousa







NOÉMIA DE SOUSA


Noémia de Sousa  portrait
Source




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Isabelle Sauvage) la fiche de l’éditeur sur Notre voix





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» Retour Incipit de Terres de femmes


Tanella Boni | [Me voici à la porte du jour le plus long]

22 March, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[ME VOICI À LA PORTE DU JOUR LE PLUS LONG]




Me voici à la porte du jour le plus long
Là où il fait si clair en moi
Ma maison refuse l’évidente clarté séculaire
Qui sépare l’humanité en portions inégales
L’humanité si divisée si malmenée
Et transparente
Comme celle dont j’ai hérité
Par la faute de ma peau invisible
À force d’être visible

Cette peau qui m’a tout donné
Cette peau dont je suis si fière
Ma peau de femme qui n’en fait
Qu’à sa tête
Une tête qui n’est qu’une infime partie de moi



Tanella Boni, « Mémoire de femme » in Là où il fait si clair en moi, Éditions Bruno Doucey, Collection « L’autre langue », 2017, page 39.







Tanella Boni  Là où il fait si clair en moi





TANELLA BONI


Tanella Boni
Source




■ Tanella Boni
sur Terres de femmes

Le détail des choses



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site l'IEA de Paris) une notice bio-bibliographique sur Tanella Boni
→ (dans la Poethèque du site du Printemps des Poètes) une notice bio-bibliographique sur Tanella Boni
→ (sur le site des éditions Bruno Doucey) la fiche de l’éditeur sur Là où il fait si clair en moi






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» Retour Incipit de Terres de femmes


Warsan Shire | Conversations à propos de chez soi
(au centre d’expulsion)

21 March, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



CONVERSATIONS ABOUT HOME
(at a deportation centre)




Well, I think home spat me out, the blackouts and curfews like tongue against loose tooth. God, do you know how difficult it is, to talk about the day your own city dragged you by the hair, past the old prison, past the school gates, past the burning torsos erected on poles like flags? When I meet others like me I recognise the longing, the missing, the memory of ash on their faces. No one leaves home unless home is the mouth of a shark. I’ve been carrying the old anthem in my mouth for so long that there’s no space for another song, another tongue or another language. I know a shame that shrouds, totally engulfs. I tore up and ate my own passport in an airport hotel. I’m bloated with language I can’t afford to forget.



Warsan Shire, Teaching my mother how to give birth, Flipped eye publishing, London, 2011.






CONVERSATIONS À PROPOS DE CHEZ SOI
(au centre d’expulsion)




Donc, je pense que chez moi m’a crachée dehors, coupures d’électricité et couvre-feux comme une langue butant contre la dent branlante. Dieu, sais-tu comme il est difficile de parler du jour où ta propre ville t’a traînée par les cheveux, devant l’ancienne prison, devant les portails des écoles, devant les torses incendiés dressés sur des poteaux comme des drapeaux ? Quand il m’arrive d’en rencontrer d’autres comme moi je sais sur leur visage la nostalgie, le manque, le souvenir des cendres. Nul ne part de chez soi à moins que chez soi ne soit la gueule d’un requin. J’ai si longtemps porté en bouche l’hymne ancien qu’il ne reste plus de place pour aucun autre chant, aucune autre langue ou aucun autre langage. Je sais une honte qui te couvre d’un linceul, t’engloutit bout entier. J’ai déchiqueté et mangé mon passeport dans un hôtel d’aéroport. Je suis ballonnée d’une langue que je ne peux me permettre d’oublier.



Ils demandent comment vous êtes arrivée ici ? Tu ne le vois pas sur mon corps ? Le désert lybien rouge des corps des migrants, le golfe d’Aden ballonné, la ville de Rome sans veste. J’espère que ce voyage signifie plus que ces kilomètres, parce que tous mes enfants sont au fond de l’eau. Je croyais que la mer était plus sûre que la terre ferme. Je veux faire l’amour, mais j’ai les cheveux qui puent la guerre et courir et courir. Je veux m’allonger, mais tous ces pays sont comme ces oncles qui te touchent quand tu es enfant et endormi. Regarde toutes ces frontières, leurs bouches écumantes de corps brisés désespérés. Je suis la couleur d’un soleil ardent au visage, la dépouille de ma mère n’a jamais été ensevelie. J’ai passé des jours et des nuits dans le ventre du camion ; je n’en suis pas sortie la même. Quelquefois j’ai l’impression que quelqu’un d’autre s’est revêtu de mon corps.



[…]



Je les entends dire rentre chez toi, je les entends dire putain de migrants, putain de réfugiés. Sont-ils vraiment si arrogants ? Ne savent-ils pas que la stabilité est pareille à cet amant à la bouche pleine de douceur se coulant sur ton corps un instant ; et l’instant d’après te voici tremblement gisant sous les décombres et les devises anciennes, attendant son retour. Tout ce que je peux dire, c’est que naguère j’étais pareille à toi, cette apathie, cette pitié, cet accueil à contrecœur et maintenant chez moi c’est la gueule d’un requin, maintenant chez moi c’est le canon d’un fusil. On se reverra de l’autre côté.



Warsan Shire, Où j’apprends à ma mère à donner naissance [Teaching my mother how to give birth, Flipped eye publishing, Londres, 2011], éditions Isabelle Sauvage, Collection corp/us dirigée par Sika Fakambi, 2017, pp. 28-29-31. Traduit par Sika Fakambi.






Warsan Shire  Où j’apprends à ma mère à donner naissance





WARSAN SHIRE


Warsan Shire 3
Source




■ Voir aussi ▼

→ (sur vimeo.com) Warsan Shire reads her poem 'Conversations about home at the deportation centre'
→ (sur le site des éditions Isabelle Sauvage) une notice bio-bibliographique sur Warsan Shire
→ (sur okayafrica.com) [Interview] Warsan Shire’s Raw & Vulnerable Poetry
→ (sur YouTube) [un poème de Warsan Shire] Excuses pour avoir perdu en amour (Excuses for why we failed at love)





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» Retour Incipit de Terres de femmes


Jean-Charles Vegliante | [Au fond de moi est un animal sauvage]

19 March, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[AU FOND DE MOI EST UN ANIMAL SAUVAGE]




(Au fond de moi est un animal sauvage
qui a été blessé à mort une fois
et ne survit, si ça s’appelle survivre,
qu’en se protégeant, me séparant des êtres
chers, vivants et disparus, ou qui voudraient
le devenir — je suppose —, mais on ne
peut pas raisonner le petit solitaire,
compenser l’injustice d’avant les mots.

Avant est un mot illusoire, il n’avance
à rien qu’à avancer notre marche au rien,
quand on ne se retrouve plus sous le vent
d’abordage, le bon courant qui te tient
dressé aux aguets, prêt à accueillir
à mordre à baiser cette ombre du beau.)
(…caler la voile et rouler les cordages, Enfer XXVII)



Jean-Charles Vegliante, Après in Où nul ne veut se tenir, La Lettre volée, Collection « Poiesis », 2016, page 53.






Jean-Charles Vegliante  Où nul ne veut se tenir






JEAN-CHARLES  VEGLIANTE


Jean-Charles Vegliante
Source




■ Jean-Charles Vegliante
sur Terres de femmes

Celle qui dort... (extrait des Oublies)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de La Lettre volée) la fiche de l’éditeur sur Où nul ne veut se tenir
→ (sur Recours au Poème) une notice bio-bibliographique sur Jean-Charles Vegliante (+ 6 poèmes choisis)





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» Retour Incipit de Terres de femmes


Françoise Matthey | [À quoi bon ces colères]

18 March, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[À QUOI BON CES COLÈRES]





À quoi bon ces colères qu’avec obstination
le matin réajuste
ces désarrois brûlants
suppliant la présence de gués

Aux bords extrêmes noués de bourrasques et d’oiseaux
des schistes bleus disputent aux reflets
la sereine patience qui me fait tant défaut

Contre l’épaule indulgente du jour
tenter d’appréhender
ce qui cherche
à se dire



Françoise Matthey, Avec la connivence des embruns, Éditions Empreintes, CH-1022 Chavannes près-Renens, 2016, page 25.






Françoise Matthey  Avec la connivence des embruns





FRANÇOISE  MATTHEY


Françoise Matthey 3
Source



■ Françoise Matthey
sur Terres de femmes

[C’est un genre de journée où l’on laisse tout tomber] (extrait de Pour qu’au loin s’élargisse l’estuaire)
[Une louve au souffle court] (extrait de Moins avec mes mains qu’avec le ciel)



■ Voir aussi ▼

→ (sur Cultur@ctif) plusieurs pages sur Françoise Matthey





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» Retour Incipit de Terres de femmes


Caroline Sagot Duvauroux | Une source

17 March, by Angèle Paoli[ —]




UNE SOURCE




J’aurais aimé écrire sur Bernard Noël, bien que ce fut souvent fait, mais je ne sais pas, j’ignore pourquoi. L’urgence de l’écouter voir, peut-être. Le regarder prêter l’oreille à ce qui n’a pas encore parlé, à tout ce dont la langue fut coupée, s’insurger contre l’ordre insupportable du monde, contre le saccage d’une bibliothèque palestinienne par le colon.
Non, pas envie de parler de lui mais avec lui. Et même de ne pas trop parler mais qu’il soit là près d’une fenêtre avec un arbre au moins derrière la fenêtre et tout l’arpentage de l’arbre jusqu’au feuillage et puis le poitrail rouge de l’oiseau d’hiver pour outrepasser le feuillage et s’enfuir du palais des vents qu’avait pour lui bâti l’arbre patient. Ce serait l’aube. Nous regarderions des métaphores d’arbres et d’oiseaux se métamorphoser dans la petite gorge palpitante en quelques notes qui vocalisent vivre. Nous ne dirions pas c’est trop tard ni levons-nous mais peut-être faut-il couper le rameau mort ou bien : laissons-le fabriquer la forêt. Nous irions juste après la porte d’un jardin regarder s’enfuir les graminées de nos enclos. Et nous boirions un verre pour cesser un instant de compter les blessés. La lumière déchirerait la lumière du vin blanc. L’œil éperdu de beau nous volerions cinq minutes camarades à la faillite du monde.
Je ne lui dirais pas ce qu’il mit en mes mains d’audace ni de grâce, ni que j’ai suivi lettre à lettre et levées de silence, de l’amour à la dissolution d’être, les cascades que son désir remontait, ni que j’ai recueilli de sa voix la parole que l’arc passe au saut des barricades. Je ne dirais rien pour ne pas troubler l’ignorance de l’aube ni surgir. Je sais qu’il écoute surgir.



Caroline Sagot Duvauroux, « Retour à la prairie », in Un bout du pré, Éditions Corti, Collection « en lisant en écrivant », 2017, page 84.






Sagot pré 2






CAROLINE SAGOT DUVAUROUX


Caroline Sagot Duvauroux 2




■ Caroline Sagot Duvauroux
sur Terres de femmes

Le Livre d’El d’où (lecture d’AP)
[La poésie ne traduit pas] (extrait du Livre d’El d’où)
→ (dans la galerie Visages de femmes) Le silence serait-il l’enjeu de la parole ? (extrait du Livre d’El d’où)
[Être serait-il le reflet d’une hypothèse… ?] (extrait de ’j)
L’eau puissante ? (extrait de Aa Journal d’un poème)
Le Buffre (lecture de Tristan Hordé)
[Je dissone] (extrait de L’Herbe écrit)
Mais avant (extrait du Buffre)
Le Vent chaule (lecture d’AP)



■ Voir | écouter aussi ▼

→ (sur le site José Corti) la page consacrée à Un bout du pré, de Caroline Sagot Duvauroux






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» Retour Incipit de Terres de femmes

Anne-Lise Blanchard, Le Soleil s’est réfugié sous les cailloux

par Angèle Paoli
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Anne-Lise Blanchard, Le Soleil s’est réfugié sous les cailloux

par Angèle Paoli

16 March, by Angèle Paoli[ —]

Anne-Lise Blanchard,
Le Soleil s’est réfugié sous les cailloux, Poésie,
éditions Ad Solem, 2017.



Lecture d’Angèle Paoli


DERRIÈRE LA MENACE, UN CHANT D’ESPOIR




Il faut beaucoup de courage pour faire entendre une voix qui témoigne du martyre infligé de nos jours aux chrétiens d’Orient. Il a fallu beaucoup de courage à la poète Anne-Lise Blanchard pour vivre pendant cinq mois — c’était en 2014 — auprès des populations meurtries de Syrie et pour affronter avec elles le pilonnage des villes la vie détruite la mort brandie comme une victoire.

De cet enfer, Anne-Lise Blanchard a tiré un recueil de poèmes. Le Soleil s’est réfugié dans les cailloux. Ce très beau vers, choisi pour titre de son ouvrage, résume à lui seul tout l’obscur toute la peur qui pèsent depuis des années sur la Syrie. Dans ce chaos ininterrompu de feu et de cendres, où la vie peut-elle donc trouver refuge sinon sous ce qui reste de ce qui fut jadis la beauté et la grandeur d’un pays ? Des cailloux secs qu’aucune eau ne vient plus désormais rafraîchir de son chant.

« Vous quitterez
jasmins et orangers
leurs oiseaux
les fontaines
et les conversations du soir
qui se prolongent ».

Pour la plupart d’entre eux, les poèmes sont marqués d’une date. Août 2014-août 2016. L’écriture et la composition du recueil se prolongent en effet bien au-delà des cinq mois vécus en Syrie aux côtés d’« une jeune association fondée à la suite de la prise de Maaloula… ». La plupart des poèmes, remarquables de densité et de sobriété, égrènent les toponymes de la Syrie détruite. Damas Alep Qalamoun Homs… ou Maaloula, l’araméenne. Mais on croise aussi en chemin les noms de villes assiégées dans les contrées limitrophes, dont Zahlé, au Liban ; Araden ou Duhok, villes irakiennes du Kurdistan ; Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan, au nord de l’Irak. Des noms qui bruissent dans ma mémoire, dans nos mémoires, par-delà nos croyances et nos engagements.

Que reste-t-il de la « mémorable Hellab » ? L’Alep millénaire que j’ai tant aimée est aujourd’hui méconnaissable :

« Voilà Alep
à la blancheur de lait
devenue ce lointain mouroir
sans fin ni commencement »

Alep, août 2015.

Que reste-t-il de « l’antique Emèse » aujourd’hui « flagellée de roquettes rompue d’obus », vouée à la vindicte des « modérés » d’Al Nosra et « marquée au fer rouge » ?

« Nous sommes heureux de nous repaître du sang des chrétiens. »

Homs, août 2014.

Que reste-t-il de la petite Cristina (3 ans) « arrachée des bras de sa mère par les djihadistes à Qaraqosh » ? Il reste une « Berceuse pour Cristina » et un immense chagrin :

« le jour s’est fait nuit
nuit de longue prière
chante mes entrailles
sans commencement sans fin
berçant l’abîme
de ton petit corps »

Ainkawa, avril 2015.

En page de gauche, des phrases isolées rapportent en italiques ce que disent les murs ; ce que les voix font entendre d’appels au secours et de menaces. Phrases notées par la poète au fil des rencontres, au cours des déplacements :

« Tu te convertis à l’islam ou on te coupe la tête. »

« Nous sommes ici chez nous, nous ne voulons pas quitter notre terre de toujours. »

« D’ici quelques années, l’Europe va boire le même calice que nous. »


Poésie engagée alors ? Oui, sans aucun doute. Car Anne-Lise Blanchard prend ouvertement la défense des chrétiens d’Orient. Sa sensibilité à fleur de peau la place d’emblée au cœur de la tragédie syrienne et sa vie bat /se bat pour dénoncer la violence aveugle que Daesh ou Al Nosra font peser sur le pays mais aussi bien au-delà :

« L’élégance aérienne
des norias
aura-t-elle raison
de la fatale pesanteur
des niqabs ? »

Hama, août 2016.

9 août 1942 : Édith Stein, jeune juive convertie au christianisme, arrêtée au carmel d’Echt aux Pays-Bas, meurt à Auschwitz sous le nom de Thérèse-Bénédicte de la Croix.

Le 9 août 2014, Anne-Lise Blanchard évoque à Kessab, en Syrie, le souvenir de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix :

« j’ai pleuré face à la croix
ouverte sur le ciel de Kessab
déchirée mais non vaincue
qu’éventra un tir de mortier
[…]
j’ai chanté à la mémoire
en cette terre d’Orient
des martyrs de la Croix »

Engagée, oui, jusque dans l’écriture poétique :

« Il faut bien
que l’autre parle en soi
pour qu’il y ait poème »

Un très beau chant que celui d’Anne-Lise Blanchard dans ce recueil ; fluide et bouleversant. Empli de l’espoir de résurrection de la Syrie :

« Au coin du cœur veille
un coquelicot
qui garde ouverte
la porte du retour »



Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli






Anne-Lise Blanchard  Le Soleil s'est réfugié dans les cailloux






ANNE-LISE BLANCHARD


Anne-Lise Blanchard
Ph. © Sally Bataillard




■ Anne-Lise Blanchard ▼
sur Terres de femmes

[Hurlements sirènes] (extrait du Soleil s’est réfugié sous les cailloux)
Éclats
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) Elle est à marée



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Ad Solem) la fiche de l’éditeur sur Le Soleil s’est réfugié dans les cailloux d’Anne-Lise Blanchard
le site personnel d’Anne-Lise Blanchard
→ (dans la Poéthèque du site du Printemps des poètes) une fiche bio-bibliographique sur Anne-Lise Blanchard






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» Retour Incipit de Terres de femmes


Erwann Rougé | [la brûlure a une odeur de fleuve]

14 March, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[LA BRÛLURE A UNE ODEUR DE FLEUVE]





la brûlure a une odeur de fleuve
elle bascule sur l’autre rive

noue et délivre
le toucher des genoux et des épaules

guette
ce qui se met en déséquilibre


elle croit qu’elle mène la lumière
sous la langue

veut le retour de la pluie






et l’ombre portée rassemble ses morts
étoupe la faille du temps

parle
au-delà         d’une chair
blancheur de cendre


elle croit que le sel et le carmin
d’une herbe suffisent

pour la soif du bois



Erwann Rougé, L’Enclos du vent, éditions Isabelle Sauvage, Collection « ligatures », 29410 Plounéour-Ménez, 2017, pp. 32-33. Photographies Magali Ballet.






Erwann Rougé  L'Enclos du vent







ERWANN ROUGÉ


Erwann-rougé
Source




■ Erwann Rougé
sur Terres de femmes

[on ne fait qu’écrire] (extrait de Voa, Voa)
Passerelle, Carnet de mer (lecture de Sylvie Fabre G.)



■ Voir aussi ▼

→ (su le site des éditions Isabelle Sauvage) la fiche de l’éditeur sur L’Enclos du vent d’Erwann Rougé
→ (dans la poéthèque du site du Printemps des poètes) une fiche bio-bibliographique sur Erwann Rougé
le blog de Magali Ballet






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» Retour Incipit de Terres de femmes

Ève de Laudec & Bruno Toffano, Ainsi font…

par Marie-Hélène Prouteau
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Ève de Laudec & Bruno Toffano, Ainsi font…

par Marie-Hélène Prouteau

13 March, by Angèle Paoli[ —]

Ève de Laudec & Bruno Toffano, Ainsi font…,
Jacques Flament Éditions, Collection / Série : Images & mots,
08380 La-Neuville-aux-joutes, 2017.
Préface d’Angèle Paoli.



Lecture de Marie-Hélène Prouteau


Voici un livre des éditions Jacques Flament qui consacre la rencontre de deux artistes, celui qui saisit les émotions par les images, celle qui les exprime par les mots. Ève de Laudec, Bruno Toffano. Une alchimie placée sous le signe des mains, de leur danse pleine d’humanité sensible qui nous fascine à l’aune de chaque regard.

Dans sa belle préface, la poète Angèle Paoli évoque les « vers ciselés d’Ève de Laudec pour dire son plein accord. Musique des mots/tempo tendu de l’image. De cet écho harmonieux naît un livre, miroir de l’âme de la poète et du photographe. Âmes sensibles sensuelles, dont les harmoniques ténues poursuivent en nous leur chemin : “On entend le silence/À son frémissement” ».

Car tout est silence, comme l’écrit Ève de Laudec, dans le langage immédiat des mains qui concentrent tendresse, émoi, peine, grâce, pudeur, solitude. Ainsi, un tournoiement de tissu, une robe flottante et deux mains. Une manière, pour l’objectif photographique, de suspendre les instants dans un geste, une attitude. Un rien, toute une histoire déjà, et, en écho, ces vers :

« Que s’épousent nos âmes
À l’effleure satin
Du subtil jeu de paumes »

Devant ces matières séculaires que pétrissent les mains, bois, herbe, eau, épis de blé, glaise, on a le sentiment d’être chez nous. Toutes les matières du monde sont saisies dans la beauté du noir et blanc des photographies. Gros plans pris sur le vif et dans le silence, des mains s’avancent, secourables, besogneuses, ou solitaires. Elles accueillent leur poids de joie, de chagrin, font don à autrui, ouvrent un espace de mystère et de rêve : une danse orientale, un sculpteur breton, les menottes d’un enfant, un corps nu, des mains négatives en graffiti sur un mur.

Cela réveille les correspondances, les analogies. Les mains se font fleurs, conques, au creux des paumes serrées qui retiennent l’eau :

« De ses orbites creuses
Jaillit accidentée
La poésie saline
Et les mains en ciboire
Accueillent ses marées »

Plus loin, un grillage, des mains serrées, un drame peut-être, éloignement, douleur, impuissance à peine suggérés.

Toucher, fouiller, tordre, enserrer, effleurer, caresser, autant de gestes des paumes, des doigts. Jusqu’à cette main d’enfant saisie par le photographe dans un magnifique élan de lumière et qui s’ouvre, émouvante, au monde :

« Des impatiences poétiques lui poussaient
Au bout des doigts »

Des réminiscences invitent à retrouver le refrain d’enfance « Ainsi font… », celui-là même du titre du livre.

Peu de mots et tout un monde. Car les mains, muettes, disent beaucoup. Elles disent tout de l’être, son épaisseur, alors qu’elles ne sont que partie. Tout ce qu’on imagine, tout ce que l’on pressent de lui, que l’on entrevoit à peine ou que l’on n’entrevoit pas du tout. Économie, concision sont le parti-pris des deux artistes en communion. Tact, tendresse d’un toucher, au sens fort. Un rêve que cette main qui s’avance et qui effleure. Mystère de la relation à autrui. En lisant les mots de la poète, on pense à l’énigme de la caresse de Levinas :

« À tes poignets cambrés
À tes paumes ouvertes
Au calice du jour
Au rire de tes dents
Le soleil s’offre
En amant »

Ailleurs, on suit l’ardeur de ces doigts à l’ouvrage, l’haleine, la sueur, la chair « cramponnée, arrimée/Au bois flotté/Au bois dormant ».

Ainsi la main du saint de granit sculptée par David Puech :

« Entailler ta roche
Au burin des amours
À la râpe des passés
À l’étreinte des doigts »

La force de cette création en duo, à la croisée de l’écriture et de la photographie, est dans sa capacité d’appréhension des émotions les plus ténues qui surgissent dans leur apparente simplicité. Ève de Laudec et Bruno Toffano ont réussi le défi d’une poésie pleinement chaleureuse dans sa présence vive au monde.



Marie-Hélène Prouteau
D.R. Marie-Hélène Prouteau
pour Terres de femmes







Eve de Laudec  Ainsi font....jpg 3






ÈVE DE LAUDEC


Eve de Laudec Ph
Source



■ Ève de Laudec
sur Terres de femmes

[Pleine | Gorgée d’esquives] (poème extrait d’Ainsi font…)
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) De tous ces mots



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de Jacques Flament Éditions) la page de l’éditeur sur Ainsi font…
l’emplume et l’écrié (le site personnel d’Ève de Laudec)
→ (sur le site de la revue Ce Qui Reste) une page sur Ève de Laudec




■ Autres chroniques et lectures de Marie-Hélène Prouteau
sur Terres de femmes

Chambre d’enfant gris tristesse
La croisière immobile
Anne Bihan, Ton ventre est l’océan
Jean-Claude Caër, Alaska
Guénane, Atacama
Luce Guilbaud ou la traversée de l’intime
Jacques Josse, Liscorno
Monsieur Mandela, Poèmes réunis par Paul Dakeyo
Daniel Morvan, Lucia Antonia, funambule
Yves Namur, Les Lèvres et la Soif
Dominique Sampiero, Chante-perce
Pierre Tanguy, Ma fille au ventre rond
Pierre Tanguy, Michel Remaud, Ici même






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» Retour Incipit de Terres de femmes


Anne-Lise Blanchard | [Hurlements sirènes]

12 March, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[HURLEMENTS SIRÈNES]




« Les bombes tombent comme de la pluie. Sans travail, sans ressources, sans eau, sans sécurité, privés de toute pitié espérée et du secours attendu de l’Occident chrétien. »





Hurlements sirènes
la nuit s’est abattue sur la peur d’Alep
et la soif et la mort
ont plaqué leurs masques sur les regards
les lampes se sont éteintes
le soleil s’est réfugié dans les cailloux
Sans fracas les enfants d’Alep
se faufilent entre les brûlures
venues du ciel
le souvenir de l’eau
écarquille les gorges écourte
les rues où fleurissent de petits cercueils.

D’où nous sommes
nous avons déjà oublié
la mémorable Hellab
à peine distinguons-nous des mots
descellés de leurs sens
des mots qui ne disent plus rien
à cause de l’étrange musique
ruisselant sur nos écrans
qui efface la ligne du temps



Anne-Lise Blanchard, Le Soleil s’est réfugié sous les cailloux, Poésie, éditions Ad Solem, 2017, pp. 62-63.






Anne-Lise Blanchard  Le Soleil s'est réfugié dans les cailloux






ANNE-LISE BLANCHARD


Anne-Lise Blanchard
Ph. © Sally Bataillard




■ Anne-Lise Blanchard ▼
sur Terres de femmes

Le Soleil s’est réfugié sous les cailloux (lecture d’AP)
Éclats
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) Elle est à marée



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Ad Solem) la fiche de l’éditeur sur Le Soleil s’est réfugié dans les cailloux d’Anne-Lise Blanchard
le site personnel d’Anne-Lise Blanchard
→ (dans la Poéthèque du site du Printemps des poètes) une fiche bio-bibliographique sur Anne-Lise Blanchard






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