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R S S : Terres de femmes


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Claudia Azzola | Venezia

25 April, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour
Topique : Venise

Traduction dédiée à Constance Hesse-Asplanato



VENEZIA


Alla Giudecca


Alla Giudecca, tra le Zitelle e il Redentore,
ho invenuto vicoli di teatro povero,
del salmastro, ma non svendo voce
in descrizioni, desolazioni, notazioni,
bastava rinvenire l’ancestrale
battere dei gabbiani in picchiata,
battere delle ali e ventre,
e intero il canale da qui alle Zattere
è acqua che scuote, fa energia,
la secca non affioca le caviglie,
non può prevalere, è solo terra
di risulta ; i palazzi furono sontuosi,
lontano da San Marco e dai Dogi,
decrepitezza è bellezza,
nei vicoli, là, c’è tutto, ab origine

…fino al dipinto veneziano puro





Quando i monumenti gli altari ornate
ingialliscono in mente, e pure quelli
che voltano la schiena
per dipartita o per silenzio,
a imperare si stende un mare
fin a Campo San Polo, alla Giudecca
luce processore delle cose
suggestione del planisfero,

Tintoretto, Tiziano, Tiepolo,

deus incontaminato
unico connettore astrale.


…fino al dipinto veneziano puro



Claudia Azzola, Il mondo vivibile, Poesie, La Vita Felice Editore, Collana Le Voci Italiane, 65, Milano, 2016, pp. 28-29.






Claudia Azzola, Il mondo vivibile








VENISE



À la Giudecca


À la Giudecca, entre les Zitelle et le Rédempteur,
j’ai découvert des ruelles de théâtre pauvre,
des eaux saumâtres, mais ma voix je ne la brade pas
en descriptions, annotations et lamenti,
il suffisait de retrouver le séculaire
battement en piqué des mouettes,
battement d’ailes et du ventre,
et le canal entier d’ici jusqu’aux Zattere
c’est de l’eau qui bat, qui s’agite,
le sec n’alourdit pas les chevilles,
il ne peut l’emporter, c’est juste une terre
de dérive ; les palais furent somptueux.
Loin de Saint Marc et des Doges,
décrépitude est beauté,
là, dans ces ruelles, il y a tout, depuis les origines

…jusqu’au pur tableau vénitien





Quand dans l’esprit s’enjaunissent
les monuments les autels ornementés, et même ceux
qui tournent le dos
pour dépérir ou pour se taire,
une mer s’étend impérieuse
jusqu’au Campo San Polo, à la Giudecca
lumière d’où procède toute chose
évocation du planisphère,

Le Tintoret, Titien, Tiepolo,

dieu immaculé
unique intercesseur astral.


…jusqu’au pur tableau vénitien



Traduction inédite d’Angèle Paoli







CLAUDIA AZZOLA


Claudia Azzola
Source




■ Claudia Azzola
sur Terres de femmes

Saltimbanques de rue (poème extrait du même recueil)




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de La Vita Felice Editore) une fiche bio-bibliographique (en italien) sur Claudia Azzola






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» Retour Incipit de Terres de femmes

Marie Alloy, Cette lumière qui peint le monde

par Isabelle Lévesque
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Marie Alloy, Cette lumière qui peint le monde

par Isabelle Lévesque

24 April, by Angèle Paoli[ —]

Marie Alloy, Cette lumière qui peint le monde,
Éditions L’herbe qui tremble, 2017.



Lecture d’Isabelle Lévesque



Loin du regard perdu qui scrute la nuit, c’est l’angle ouvert d’une lumière souveraine qui ouvre le livre de Marie Alloy. Une femme peint et pose ses yeux sur les lignes de couleurs de ses pairs, de ses illustres pairs choisis. Rien d’autre n’est affirmé qu’une évidente assise ouverte : le regard anime la peinture, la lumière qui a présidé à l’élaboration de la toile se révèle et devient à son tour miroir du signe clair porté par elle. Marie Alloy le précise, Cette lumière qui peint le monde a été écrit « au fil du temps ». Ce sont des expositions, des visites, des rencontres qui ont nourri dans la durée ce livre.

Tous les artistes évoqués sont des « passeurs de lumière » : Turner, Bonnard, Morandi, Zack, Sima, Vieira da Silva, Truphémus et Asse.

Marie Alloy écrit en peintre : la description qu’elle fait des œuvres n’oublie pas le geste de l’artiste, le vocabulaire peut être très technique, toujours précis, avec des nuances infinies pour les indications de couleurs.

Ainsi, pour Turner, dans le chapitre intitulé « L’issue solaire », Marie Alloy décrit un tableau, Le lac des Quatre Cantons : La baie d’Uri vue de Brunnen, daté de 1844, exposé au printemps 2015 à la Tate Britain de Londres :

« […] des vagues de nuages blancs surplombant le ciel et le lac s’unissent en un horizon gris et rose travaillé en impasto (empâtement) avec des voiles de laques rouges et des glacis jaune de chrome très clair. C’est un mouvement continu de courants aériens suggérant la poursuite de l’espace hors des limites de la toile, donnant au regard la sensualité lumineuse de l’air. »

Marie Alloy souligne dans les dernières peintures de Turner la modernité d’une quasi-absence de couleur pour que soit seule perçue, impénétrable et singulière, la lumière. Paysages traversés, mais qu’il ne pouvait plus parcourir à cette époque, sa santé l’en empêchant. Sa peinture se nourrit alors « d’expériences picturales vécues », c’est sur l’oubli qu’il fonde en partie sa représentation (autant sur ses souvenirs qu’à l’aide des « notations du dessin aquarellé » réalisé auparavant). Ce parcours d’oubli figure dans « l’étendue blanche » comme si le paysage, assimilé, disparu, devenait transparence, une forme de lumière ou de silence qui ouvre à la contemplation. Rien ne saurait dire si tout apparaît ou disparaît. Le seuil blanc, « espace pauvre et glorieux », livre son paradoxe. On pense aux toiles frappées d’orages des périodes antérieures et l’on mesure combien le peintre s’est détaché des tempêtes.

Dans les œuvres de Pierre Bonnard, le miracle de la lumière peut hésiter, comme sur le point de se perdre : au milieu des couleurs se glissent la mélancolie et le sentiment constant de la fugacité de cette fête du jour au miroitement toujours éphémère. Peut-être faut-il lire ce livre comme une tentative pour capter dans les toiles regardées ce qui fugitivement nous requiert, pour vivre ? La lumière, devenue guide de lecture, devient une compagne plus sûre pour notre regard. Le rapport sensuel à la toile, exalté par la femme, compagne, muse, suspend le déroulement du temps et le passage de la lumière qui reste tendue, dans une durée qui l’excepte et le prolonge. C’est aussi peut-être le projet qui fonde ce livre.

Ce qui fait du chapitre consacré à Jacques Truphémus, « La lumière de l’intime », un chapitre à part, c’est la rencontre avec l’artiste, la visite à l’atelier. Nous voyons à la fois la toile, le sujet (le motif) et l’homme qui peint. Nous l’entendons parler, nous lisons l’une de ses lettres. L’atelier est ce lieu où la lumière se déplace comme les objets que le peintre dispose pour leur faire suivre ou non le jour qui les baigne. On perçoit l’émotion de Marie Alloy, son attention : elle décrit précisément la disposition de la pièce, son regard s’attarde sur un petit bouquet et sur l’impression de dépouillement qui domine. Au cœur de l’œuvre, le blanc, « riche en nuances », infini. « Le blanc de la toile crue est réserve de lumière, somme de toutes les couleurs, silence, poésie », précise Marie Alloy. Figure de l’inachèvement peut-être, il ouvre le spectre de nuances infinies et laisse à chaque couleur son éclat incontestable. L’intimité révélée offre à chacun une place dans la toile, en fraternité. Innocemment, le monde est révélé dans une naissance liée à la clarté de l’apparition d’Aimée comme des fruits ou fleurs déposés dans un geste simple de communion.

Dire la peinture peut paraître un exercice impossible. Marie Alloy et les peintres évoqués nous disent que la peinture est silence, celui d’avant la parole ou celui d’après. Pourtant beaucoup d’entre eux écrivent sur leur art ou sur celui des autres ; certains, comme Léon Zack ou Marie Alloy elle-même, sont poètes. Beaucoup de poètes ont tenté de décrire des œuvres avec parfois de grandes réussites, comme Victor Segalen et ses Peintures chinoises. D’autre part, la peinture et la poésie ont souvent partie liée par le dialogue entre les deux arts1. Les peintres ici évoqués citent souvent des poètes dont les mots correspondent à leur effort ou à leur vision : Rilke, Guillevic, Jaccottet…

Le livre s’achève sur une méditation de deux pages qui établit le lien entre les œuvres envisagées : la lumière et le vide sont deux dimensions nécessaires, le peintre les traverse comme le poète qui cherche à les atteindre. Quel que soit le motif, la lumière souligne sa présence et révèle le paradoxe constant qui, entre absolu et dénuement, rend la quête du peintre douloureuse ou heureuse, mais nécessaire.



Isabelle Lévesque
D.R. Isabelle Lévesque
pour Terres de femmes




____________________________
1. Marie Alloy a créé les éditions de bibliophilie Le Silence qui roule où elle collabore avec des poètes contemporains : Guillevic, Antoine Emaz, Pierre Dhainaut…






Marie Alloy  Cette lumière qui peint le monde






MARIE   ALLOY


Marie-Alloy-atelier-20131
© Ph. JP Vidal
Source





■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions L’herbe qui tremble) la fiche de l’éditeur sur Cette lumière qui peint le monde
→ (sur Terre à ciel) un entretien d’Isabelle Lévesque avec Thierry Chauveau (qui dirige L'herbe qui tremble avec Lydie Prioul)
le site des éditions Le Silence qui roule




■ Autres notes de lecture (40) d’Isabelle Lévesque
sur Terres de femmes

Gabrielle Althen, Soleil patient
Françoise Ascal, Noir-racine précédé de Le Fil de l’oubli
Edith Azam, Décembre m’a ciguë
Mathieu Bénézet, Premier crayon
Claudine Bohi, Mère la seule
Paul de Brancion, Qui s’oppose à l’Angkar est un cadavre
Laure Cambau, Ma peau ne protège que vous
Valérie Canat de Chizy, Je murmure au lilas (que j’aime)
Fabrice Caravaca, La Falaise
Jean-Pierre Chambon, Zélia
Colette Deblé, La même aussi
Loïc Demey, Je, d’un accident ou d’amour
Pierre Dhainaut, Progrès d’une éclaircie suivi de Largesses de l’air
Pierre Dhainaut, Vocation de l’esquisse
Pierre Dhainaut, Voix entre voix
Armand Dupuy, Mieux taire
Armand Dupuy, Présent faible
Estelle Fenzy, Rouge vive
Bruno Fern, reverbs    phrases simples
Élie-Charles Flamand, Braise de l’unité
Aurélie Foglia, Gens de peine
Raphaële George, Double intérieur
Jean-Louis Giovannoni, Issue de retour
Cécile A. Holdban, Poèmes d’après suivi de La Route de sel
Sabine Huynh, Les Colibris à reculons
Sabine Huynh, Kvar lo
Lionel Jung-Allégret, Derrière la porte ouverte
Mélanie Leblanc, Des falaises
Gérard Macé, Homère au royaume des morts a les yeux ouverts
Jean-François Mathé, Retenu par ce qui s’en va
Dominique Maurizi, Fly
Emmanuel Merle, Dernières paroles de Perceval
Nathalie Michel, Veille
Isabelle Monnin, Les Gens dans l’enveloppe
Cécile Oumhani, La Nudité des pierres
Emmanuelle Pagano, Nouons-nous
Hervé Planquois, Ô futur
Sofia Queiros, Normale saisonnière
Jacques Roman, Proférations
Pauline Von Aesch, Nu compris





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» Retour Incipit de Terres de femmes


Emmanuel Moses | La fleur « Shortia »

23 April, by Angèle Paoli[ —]



LA FLEUR « SHORTIA »



Une fleur rare comme un poème : « Shortia », aux pétales blancs. Combien d’heures de marche dans les montagnes ? Combien d’espoirs et de déceptions ? Se lever aux premières lueurs du jour et préparer son sac avec les provisions pour le chemin : la miche de pain et la fiasque de vin. Prendre alors la route qui semble droite, de prime abord, et en réalité tourne insensiblement, ce dont on ne se rend compte qu’en s’arrêtant et en regardant en arrière.

On a monté et descendu les pentes herbeuses, on s’est appuyé aux derniers arbres de la forêt, des espèces de supplétifs malingres à l’orée de l’armée régulière des mélèzes et des sapins. On avait consulté de vieilles cartes dans le sac à provisions qui n’ont pourtant rien donné, rien appris. Une fleur rare comme un poème.

On a lu qu’elle pousse à l’ombre de rochers, dans une sorte de jardin naturel, un jardin sans beaucoup d’imagination ni de richesse, qui consiste en une large étendue d’herbe piquée ici et là de trèfles, de pissenlits et peut-être, cachées comme elles savent l’être, de quelques violettes. On l’a lu dans les vieux récits d’expéditions, fourrés, eux aussi, au fond du sac qu’emplit maintenant une odeur de farine et de chrome. La fiasque n’est pas neuve non plus et a dû autrefois être protégée par une enveloppe en cuir qu’une main — celle du temps ou d’un enfant — a pris plaisir à arracher.
Combien d’horizons ? Combien de battements de cœur ? Il y a un enchantement du cœur solitaire à s’avancer parmi les éboulis, sur une terre mince et stérile que caresse de loin en loin l’ombre bleue d’un aigle ou d’un épervier à mi-distance du ciel, ou en tout cas telle est l’impression qu’en reçoit l’œil qu’un rien allume, qu’un rien éteint.

On a raconté de nombreuses anecdotes à propos de ce long voyage à pied en quête de la fleur rare « Shortia ». Même ses préparatifs furent auréolés de légende. S’il ne s’était pas soldé par un échec, qu’en serait-il resté dans les mémoires ? On peut se le demander. Et si les poèmes avait été monnaie courante, marchandise profuse, étalée au grand jour, que serait-il resté ?



Emmanuel Moses, Polonaise et autres textes, Éditions Flammarion, Collection Poésie/Flammarion dirigée par Yves di Manno, 2017, pp. 72-73.






Emmanuel Moses  Polonaise





EMMANUEL  MOSES


Emmanuel Moses
Ph. © Jean-Luc Bertini
Source




■ Emmanuel Moses
sur Terres de femmes

[Derniers feux](extrait d’Ivresse)
Ivresse (lecture de Gérard Cartier)
[Je suis allée au puits](extrait de Comment trouver comment chercher)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Galaade) une notice bio-bibliographique consacrée à Emmanuel Moses





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» Retour Incipit de Terres de femmes


Jean Tortel | Jeter le mot

21 April, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



JETER LE MOT
(EXTRAIT)



La parole n’est pas ailleurs
Le lys le sang la pierre sont là
Avec leur odeur leur force
Je t’aime autant que le blé
Fort à l’odeur de lance

Nulle autre neige nul autre poids
Hors d’elle je m’embarrasse
Et je m’en vais de nous

Celui qui parle ne se trompe pas
Je parle Est-ce que je parle
Un navire est perdu

Lointaine et proche
Tout est miroir
Lointaine et proche et toi
Confondue mais présente
Toujours légèrement plus proche
Que toute parole

Qu’elle naisse de toi
Qu’elle te fasse vivre
Je prononce ton nom
Qui la suscitera

Je dis herbe ou miroir
La parole est surprise
Même dans ton sommeil
Elle n’a point d’abri

Je ne sais si c’est toi
Qui parais la première
Flammé douceur verger
Je ne distingue pas



Jean Tortel, « Jeter le mot », Naissances de l’Objet, Cahiers du Sud, 1955 in Yves Di Manno & Isabelle Garron, « Prémices d’un nouveau monde prosodique », Un nouveau monde, Poésies en France, 1960-2010, Flammarion, Collection Mille&unepages, 2017, pp. 158-159.






Naissances de l'objet 2






JEAN TORTEL


Jean Tortel
Ph. : Jean Marc de Samie
- tous droits réservés
Source





■ Jean Tortel
sur Terres de femmes

[Et de l’eau | Avant la nuit] (extrait de Relations)



■ Voir aussi ▼

→ (sur remue.net) Jean Tortel | Fragment personnel, par Philippe Rahmy
→ (sur universalis.fr) une notice sur Jean Tortel





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» Retour Incipit de Terres de femmes

Éric Sautou, À son défunt

par Angèle Paoli
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Éric Sautou, À son défunt

par Angèle Paoli

20 April, by Angèle Paoli[ —]

Éric Sautou, À son défunt,
éditions Faï fioc, Montpellier, 2017.



Lecture d’Angèle Paoli



SEULS LES OISEAUX SAVENT




À son défunt. Le titre de l’ouvrage sonne comme une adresse. Une adresse incomplète qui sous-entend une relation étroite entre le locuteur et son interlocuteur. Un défunt anonyme, homme ou femme, nul ne sait. La photo d’une jeune femme en fin d’ouvrage, souriante, d’allure simple et naturelle, laisse à penser qu’il s’agit peut-être là d’un poème écrit pour cette femme. Les deux vers en exergue empruntés au poème « Rhénane d’automne » d’Apollinaire orientent la lecture vers l’adresse d’un enfant à sa mère :

« Des enfants morts parlent parfois avec leur mère
Et des mortes parfois voudraient bien revenir ».


De « Septembre » à « Dernier poème », Éric Sautou engage un dialogue avec la mère disparue. Le mois de septembre signe-t-il le moment de la séparation ? Peut-être. Le poème éparpille ses mots. Est-ce un poème ? C’est en tout cas une ouverture sur la mort et sur les réflexions qui l’accompagnent. Mais c’est aussi une perpétuation qui poursuit sa quête par-delà la mort.

Des phrases brèves, sans complexité lexicale ni syntaxique, s’échelonnent sur la page, page après page, isolées par de forts interlignages. Les pronoms personnels « je/tu » apparaissent d’emblée :

« Je t’attends beaucoup. »

« Je descends jusqu’à toi ».

Le mot « maman » est là, lui aussi, qui continue d’exister en dépit d’une absence marquée de l’impossibilité à penser celle-ci. Un abîme s’est ouvert, que rien ne peut apaiser que rien ne peut combler. Et cette douleur physique qui se dit explicitement : « Me brûlent (me brûlent). » Ou indirectement : « Les arbres souffrent (les arbres et les fleurs). »

La mère demeure celle que l’enfant implore. « Sauve-moi ». Elle est cet être unique qui hante le sommeil. Elle est celle qui se présente encore à l’enfant qui a besoin de s’assurer de son amour et de se rassurer :

« Est-ce que je suis quelqu’un que tu aimes toujours tellement ? »

Les phrases se suivent qui rendent compte du désordre intime et du chagrin suscités par la disparition de la mère. La place laissée vide s’ouvre sur un chaos intérieur où tout n’est plus qu’incompréhension, que « précipice », que solitude. La vie est détruite. Elle fait place à une réalité nouvelle qui agit comme un couperet :

« Les années sont tombées comme celles du rêve. »

Ainsi s’écoule « Septembre », en quatre ensembles distincts de phrases qui évoquent la relation étroite du poète à sa mère. Et le manque indicible qu’il a d’elle.

Une autre section s’ouvre, intitulée « Autres poèmes ». Numérotés de un à sept, les poèmes sont brefs. Légers (faussement !). Quelques vers, à peine. Un point isolé sépare chaque strophe. Parfois une simple phrase occupe la page. L’ensemble est aérien. Aéré. Aucune majuscule n’est là pour alourdir l’espace ou perturber le regard. Seules des parenthèses ponctuent parfois les poèmes.

La mère est là, présente dès l’ouverture.

« ton nom
ta voix
comme si déjà
presque
rien je m’y égare »

Le poète aussi, avec ses mots minuscules :

« j’écrivais des poèmes (des lambeaux)
des peines des sursis »

Le premier poème reprend ce qui déjà s’annonçait dans « Septembre ». Égarement / déchirure / chagrin. Et cette impossibilité à se saisir, par le poème, du visage aimé. Tout tient ici en très peu de mots.

L’attente. Les ombres. L’absence. Rien ne va plus. Tout échappe au poète qui tente de ranimer ce qu’il fut de sa mère. Surgit un lieu. Celui de la maison que le poète associe au visage maternel. S’ajoute à ce duo, la rivière. Mais tout est nommé sans qu’aucune précision ne vienne alourdir leur présence. Sinon deux superlatifs absolus qui soulignent la singularité du lieu :

« regardez il y a
la plus petite (petite)
et la plus seule de nos maisons (une rivière
l’accompagne) »

Et ce constat qu’il est impossible de retenir quoi que ce soit de ce qui fut. Reste entre les doigts la sensation du friable de l’éphémère de l’impalpable. Tout finit par se défaire par se déliter et par tomber :

« […] la fleur de son
bouquet
c’est de la paille
c’est de la cendre (bientôt ce n’est plus rien) »

Je m’interroge sur les parenthèses. Je ne parviens à aucune réponse claire quant à leur objet ; quant à leur signification précise. Je perçois seulement qu’elles m’émeuvent sans que je parvienne à en saisir la raison. Elles complètent, enclosent les mots ou les phrases qu’elles contiennent. Parfois en écho assourdi, parfois en crescendo comme pour l’énumération ci-dessus, finalement ternaire, qui va de la « paille » au « rien » en passant par la « cendre ». Il faudrait faire halte sur chacune d’entre elles et les considérer dans leur singularité. Je fais le choix de la subjectivité qui me fait seulement dire ici qu’elles m’émeuvent sans que je cherche à m’appesantir davantage. Ce choix n’est après tout peut-être rien d’autre qu’une volonté de retrait, en réponse au lyrisme (discret) qui sourd derrière ce qui s’écrit de cet indicible amour. Un amour que le poète tient serré dans un « tout petit mouchoir brodé ».

L’instant se fige dans un présent immobile qui pourrait bien être éternel puisqu’entouré « de plus hautes herbes ». Avec lui revient le passé, retour sur ce temps où les parents existaient ensemble, partageaient le même silence. Des interrogations esquissées, comme incomplètes ou inachevées, débouchent sur une absence de réponse en même temps que sur la quête qui taraude le poète jusqu’au regret :

« est-ce que j’ai fait
quelque chose pour toi pourquoi
ce qu’il aurait peut-être
fallu mais je n’ai pas

stèle
brisée (jour manquant) ».

La mort a accompli son œuvre. Elle a emporté la mère. Le poète reste seul. Abandonné à ses mots, confronté à leur inadéquation, à leur difficulté à être. Et ce constat terrible lié à la perte et à l’infini du ravage :

« c’est le nom que tu n’as plus si je ne suis plus là ».

La disparition totale veille si le fils n’y prend garde et vient à disparaître à son tour.

La relation mère/enfant s’inverse : « Ma mère mon enfant ». L’inversion annoncée dès « Septembre » se poursuit. La mère défunte devient l’enfant que le poète berce dans les mots, dans l’espoir d’une osmose de l’un avec l’autre et que seule la mort peut faire advenir :

« le temps
est irréel où je tremble il me semble
que tu es
désormais mon enfant (je n’y résiste pas)
nous serons
bercés abandonnés quelqu’un viendra nous dire
vous êtes
vous aussi le défunt »

Le recueil touche à sa fin. Un « Dernier poème » le clôt. Poème unique. Et seul à porter un titre : (les oiseaux). Leur vol à l’unisson traduit sans doute l’aspiration du poète à trouver une réponse à ses questionnements sur le temps et sur la mort. Seuls les oiseaux savent, qui s’accomplissent dans leur fusionnement :

« lorsque les voilà rassemblés ils sont le ciel ».

Un très beau recueil que celui d’Eric Sautou. Tendre. Émouvant.



Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli






Eric Sautou





ÉRIC SAUTOU


Eric Sautou
Ph. Sébastien Solidon
Source





■ Éric Sautou
sur Terres de femmes

[comme le héron je descends de ma fenêtre] (extrait des Vacances)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site du Printemps des poètes) une fiche bio-bibliographique sur Éric Sautou
→ (sur Terre à ciel) une page sur Éric Sautou






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Didier Henry | inachevée

19 April, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



INACHEVÉE


Franz Schubert D. 157


Sur l’étang glauque infiniment
apaisant se mire violet
ou rose tyrien d’une boîte de peinture
de l’école primaire l’opulent
rhododendron des familles
jacassantes un samedi de mai
le pas précautionneusement d’une poule d’eau
sur les jeunes feuilles de nénuphar
pianissimo de fleur en fleur
jusqu’au bouquet lointain
jaune juvénile comme l’andante
de cette sonate composée à dix-huit ans
qui toujours se dérobe et soudain
touche au cœur



Didier Henry, Instantanés, éditions Faï fioc, Montpellier, 2017, page 22.






Didier Henry





DIDIER HENRY


Didier Henry 2
Ph. © Crocus | Quoc Trung Phan
Source




Écrivain et photographe, Didier Henry a publié plusieurs livres d’artiste avec le peintre Bertrand Henry (son frère) dont Bériasson chez Thierry Bouchard en 1989. Il est aussi l’auteur d’un récit : Chronique de la vallée (éditions Climats, collection Arc-en-ciel, 2002) et d’un roman : Les Génies de la Bastille (éditions Climats, collection Arc-en-ciel, 2003). Il a aussi publié dans des revues telles que La Nouvelle Revue Française ou La Pensée de midi.




■ Voir | écouter aussi ▼

→ (sur le site de Catherine Izzo, Passe-vue Photographie) une notice bio-bibliographique sur Didier Henry
le site des éditions Faï fioc
→ (sur YouTube) la sonate D. 157, interprétée par András Schiff





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» Retour Incipit de Terres de femmes

Isabelle Lévesque, Voltige !

par Angèle Paoli
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Isabelle Lévesque, Voltige !

par Angèle Paoli

18 April, by Angèle Paoli[ —]

Isabelle Lévesque, Voltige !
éditions L’herbe qui tremble, 2017.
Peintures de Colette Deblé. Postface de Françoise Ascal.



Lecture d’Angèle Paoli


« VIVRE ÉCRIRE | SANS TOURMENT »




Une rêverie dansée ? Une chanson triste hissée à hauteur d’absolu ? Les trois vers de Guillaume Apollinaire, extraits de « Sanglots » et inscrits en épigraphe de Voltige ! — dernier recueil d’Isabelle Lévesque —, incitent à le penser. De même la peinture qui illustre la première de couverture. On peut certes imaginer une danse, un envol, une silhouette enlevée dans le mouvement tourbillonnant d’un manège. Mais on peut aussi lire dans cette danse l’expression d’une résistance, hanches déportées et bras levés vers le ciel. Peut-être même faut-il voir dans ce déport l’expression d’une supplication ?

Derrière cette silhouette tremblée de femme, on reconnaît aussitôt la créatrice Colette Deblé. Une autre silhouette féminine, du même rouge jaspe et entourée de la même nébuleuse étoilée, est insérée dans le recueil. Toutes deux renvoient à une céramique du peintre de Marsyas dont s’est inspirée Colette Deblé. La silhouette se nomme Thétis. Elle est la Néréide que Pelée a enlevée afin de l’épouser. Une légende corse prétend que les noces extravagantes entre la jeune beauté « au voile flottant » et son époux furent célébrées en mer, au large du Monte Genovese et des Agriates. Me reviennent aussi en mémoire les envolées lyriques de l’opéra vénitien de Francesco Cavalli : Le nozze di Tite e di Peleo (1639). La Thétis de Colette Deblé se tient, elle, accroupie sur ses talons ; torse tendu dans une torsion, visage au regard invisible tourné en arrière des épaules, bras écartés. Thétis résiste-t-elle en un ultime effort à l’assaut de Pelée ? Ou bien s’est-elle résignée à le suivre ? Impossible d’en décider de façon affirmée, même si l’intitulé de la toile révèle l’épisode qui précède les noces: Pelée s’empare de Thétis. Quelques vers de L’Iliade laissent échapper la plainte de Thétis. La divinité marine s’épanche sur son sort, elle qui s’est vu imposer par Zeus un époux qu’elle ne désirait pas. Ainsi la violence a-t-elle présidé à ses épousailles. Mais l’amour n’est-il pas en soi une forme de rapt ? C’est peut-être le récit d’un rapt amoureux, mais un rapt consenti, que le recueil Voltige ! va dévoiler pour nous.

Dans son chemin de lecture, le lecteur croise d’autres silhouettes de femmes. Une Allégorie de la Paix d’Amiens (1802), réalisée par Pierre Lacour (1745-1814) ; une silhouette accroupie inspirée par l’artiste Elina Brotherus (Model Study) ; celle, très enlevée, de la duchesse d’Angoulême, d’après la toile du Baron Antoine Jean Gros (1771-1835) : L’Embarquement de la Duchesse d’Angoulême à Pauillac. Silhouettes ailées de femmes qui s’élancent, détachées de leur histoire, pour rejoindre l’éternelle légèreté de leur danse. Celle-là même qui préside à leur envol absolu.

Voltige ! Vers quelles cimes la poète veut-elle entraîner sa suite ? Faut-il voir une incitation à un envol neuf ? Après l’idylle, l’abandon. Après le doler, un chant nouveau ? Le recueil de la poète est-il le récit d’une expérience de l’intime ? Un épithalame en l’honneur de l’amant ? Peut-être tout cela mais aussi affirmation d’un chant fondateur pour la poète :

(Je suis
coquelicot.)

En lisant les poèmes lyriques qui composent ce recueil, j’éprouve le sentiment diffus de renouer avec les mythes d’antan, amours sylvestres entre les mortels et les dieux. Ou encore avec les poèmes médiévaux, tels que nous les a laissés Marie de France:

« le chèvrefeuille et son lai, le coquelicot le bleuet

soupirs. »

Ne sont pas loin, non plus, les coquelicots de Zanzotto (« Fiers d'une fièreté et d'un rut barbare ») et ceux de Giuseppe Conte (« légères fleurs de soie ») qui habitent la mémoire.

Amours champêtres et floraux, la néréïde interroge. « Sais-tu », « Veux-tu », « Entends-tu », « as-tu si peur ? »… Elle n’a de cesse, dès le poème d’ouverture, de susciter la geste de l’aimé.

« Tu rejoindras
les blés    le pain    la couleur. »

Ainsi s’ouvre le chant d’amour éternel qui prend son essor au printemps et se déploie, le temps de floraisons intenses — bleuet/coquelicot — au cours d’un été :

« Soif été fol        
il était une fois

25 août

or épelé      depuis midi tu es
soleil jour d’or
   à minuit sonné. »

Amour absolu qui tient entre ses mains l’éternité offerte, danse parmi les blés, naissance à l’autre et au désir, ponctuée par les silhouettes colorées et fragiles de Colette Deblé.

« Jamais-toujours :
seule proposition. »

Deux textes en italiques (il y en a d’autres), phrases elliptiques ou inachevées, viennent suspendre momentanément le tremblé des quatre poèmes d’ouverture. Mais toujours le vent balaie qui disperse les signes et les soumet à l’épreuve de la souffrance :

« Derrière l’apparence bleue, ce signe saigne. »

Quelque chose se prépare qui menace l’attente. D’un poème à l’autre, l’imperceptible poursuit sa percée, voltige modeste silencieuse entre les phrases. Les allitérations en [V] et en [Ʒ] ponctuent les poèmes, qui sèment et disséminent dans le récit de cet amour-rapt-apothéose- abandon, leurs sonorités chuintantes et ailées. Voltige / sillage / neige / songe / orange / tige / chevauche / rival / image / léger / manège / sortilège / présage / fragile / vent / vol / rêve…

Cette légèreté discrète jointe au récit qui sourd derrière les vers conduit une langue nouvelle :

« Ma langue nouvelle
corne ta voix (tympan de mon souffle) »

La voix poursuit son appel sombre tandis que celle de la poète se fait souple, résiste à la brisure même si le parcours poétique revient sur ce qui fut de ce fusionnement ébloui, cercle des mains lieuses, habiles à la caresse. Il faut revenir sur ses pas, remonter vers le poème d’ouverture, pour entrevoir la manière subtile dont la poète entreprend de tisser son histoire. Présence d’un « nous » fusionnel et séparation annoncée du « je » et du « tu » s’entrelacent habilement. Mais ce qui s’affirme explicitement, bien avant que la séparation ait lieu, c’est la force du « je » féminin. Et l’aveu qu’il restera maître du rituel amoureux :

« Je prendrai le cuir
de nos pas nus
sur la terre. »

Le premier vers du poème d’ouverture « L’aurore est assoiffée » est-il l’amorce d’un avant, l’amorce d’un après ? Annonce-t-il les noces printanières, l’invention des amants, voltige haute d’un été, « danse fauve », éros sublimé « papillon nu dans le vent » ?

« Ce soir, cercle clos

(tes bras m’entourent). »

Ou bien l’annonce du désarroi, désamour inscrit à même la danse nuptiale, sacrée par l’amante dans l’or de l’été :

« La boucle des rêves s’achève,
manège, haltes brèves contre ton corps.
Danse le coquelicot !
Le vent ne peut rester debout, je cesse et libre.

Voltige. »

Plus loin, à l’idéal amoureux de l’amante répond le détachement déjà sensible de l’aimé. Et le regret douloureux qui accompagne l’épreuve :

« Légère assonance
du manque, tes mains l’avouent.
Perdent en assurance le scandale.

Tout a fondu     antan. »

Vient très vite l’envers de la voltige, « vacillement » « voilé ». Celui de l’arbre mort, celé dans ses cendres :

« L’arbre ne renaîtra pas, squelette capricieux,
rien ne l’agite. Ses membres dessinent
la pierre d’oubli lancée,
passé voilé, vacillement d’une ombre et
ce n’est pas la nuit… »

Le célèbre vers de Guillevic annonce-t-il le manque à venir ? Associée à la multiplicité d’images négatives, la prolifération insistante des assonances en [i] semble confirmer cette interprétation. Les cercles progressivement vont se dénouer, qui détisseront ce que les bras avaient voluptueusement scellé.

Restent les mots du poème pour dire le froissé éternel du coquelicot. La passion secrète qu’il porte en lui. Et ce désir irréalisable qui taraude et qui creuse l’écriture :

« Vivre écrire — sans tourment
pure perte
pétales nus loin des blés. »



Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli






Voltige !






ISABELLE  LÉVESQUE


Isabelle Lévesque
Source



■ Isabelle Lévesque
sur Terres de femmes

[Oh, ce désordre de disparaître !] (extrait de Nous le temps l’oubli)
C’est tout c’est blanc
[Entends, c’est jour, la forme aimantée du point] (poème extrait de Ravin des Nuits que tout bouscule)
[Nous vaut la force courant le vent] (poème extrait de Va-tout)
[Oh, ce désordre de disparaître !] (poème extrait de Nous le temps l'oubli)
Nous le temps l’oubli (note de lecture d’AP)
Ossature du silence (note de lecture d’AP)
[Peine singulière] (poème extrait d’Un peu de ciel ou de matin)
Ravin des Nuits que tout bouscule (note de lecture d’AP)
[Les serments] (poème extrait de Le tue braccia saranno)
Va-tout (note de lecture de Jean-Louis Giovannoni)
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) Territoire
→ (dans la galerie Visages de femmes) le Portrait d’Isabelle Lévesque (+ un poème extrait de Va-tout)



■ Voir aussi ▼

→ (sur La Pierre et le Sel) Isabelle Lévesque, de la terre à la lumière, par Pierre Kobel
→ (sur Recours au poème) une notice bio-bibliographique sur Isabelle Lévesque




■ Notes de lecture (41) d’Isabelle Lévesque
sur Terres de femmes

Marie Alloy, Cette lumière qui peint le monde
Gabrielle Althen, Soleil patient
Françoise Ascal, Noir-racine précédé de Le Fil de l’oubli
Edith Azam, Décembre m’a ciguë
Mathieu Bénézet, Premier crayon
Claudine Bohi, Mère la seule
Paul de Brancion, Qui s’oppose à l’Angkar est un cadavre
Laure Cambau, Ma peau ne protège que vous
Valérie Canat de Chizy, Je murmure au lilas (que j’aime)
Fabrice Caravaca, La Falaise
Jean-Pierre Chambon, Zélia
Colette Deblé, La même aussi
Loïc Demey, Je, d’un accident ou d’amour
Pierre Dhainaut, Progrès d’une éclaircie suivi de Largesses de l’air
Pierre Dhainaut, Vocation de l’esquisse
Pierre Dhainaut, Voix entre voix
Armand Dupuy, Mieux taire
Armand Dupuy, Présent faible
Estelle Fenzy, Rouge vive
Bruno Fern, reverbs    phrases simples
Élie-Charles Flamand, Braise de l’unité
Aurélie Foglia, Gens de peine
Raphaële George, Double intérieur
Jean-Louis Giovannoni, Issue de retour
Cécile A. Holdban, Poèmes d’après suivi de La Route de sel
Sabine Huynh, Les Colibris à reculons
Sabine Huynh, Kvar lo
Lionel Jung-Allégret, Derrière la porte ouverte
Mélanie Leblanc, Des falaises
Gérard Macé, Homère au royaume des morts a les yeux ouverts
Jean-François Mathé, Retenu par ce qui s’en va
Dominique Maurizi, Fly
Emmanuel Merle, Dernières paroles de Perceval
Nathalie Michel, Veille
Isabelle Monnin, Les Gens dans l’enveloppe
Cécile Oumhani, La Nudité des pierres
Emmanuelle Pagano, Nouons-nous
Hervé Planquois, Ô futur
Sofia Queiros, Normale saisonnière
Jacques Roman, Proférations
Pauline Von Aesch, Nu compris





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Titos Patrikios | L’heure que je ne connais pas

14 April, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



L’HEURE QUE JE NE CONNAIS PAS




Mes yeux ne peuvent pas
se fixer quelque part en permanence
mes mains ne peuvent pas
s’empêcher de toucher d’autres corps
ma bouche ne peut pas
rester fermée aux mots aux baisers
moi-même tout entier je ne peux pas
me tenir sans bouger devant le même paysage.
On dit que le silence et l’immobilité
approfondissent la pensée, que dépassant les choses viles
elle arrive alors à saisir
jusqu’à l’absolu. Ça se peut.
Mais par les propos, les mouvements, les plaisirs
superficiels, banals
j’essaie de faire durer l’éphémère
surtout de retarder autant que possible
la venue de l’heure que je ne connais pas encore.



Titos Patrikios, « Choix de poèmes et de proses », Revue Phœnix n° 24, Cahiers littéraires internationaux, mars 2017, page 51. Traduction de Myrto Gondicas.






Phoenix-24






Τίτος Πατρίκιος


Titos Patrikios
Source



■ Titos Patrikios
sur Terres de femmes

Ma langue



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de la revue Phoenix) le sommaire du n° 24





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11 avril 2015 — Printemps | Sandrine Cnudde, Patience des fauves

11 April, by Angèle Paoli[ —]
Éphéméride culturelle à rebours



M1603         11 avril — PRINTEMPS




Un prix pour le pain,
un prix pour les affiches,
un pour le péage de l’autoroute,
le granulé pour le poêle,
un prix pour les chaussures du petit,
un prix pour le kiné qui te répare l’épaule,
et toi, le poète, tu coûtes combien ?
Tu le chiffres comment, le kilomètre à pied,
le vers qui te réveille la nuit,
la question qui te brûle le cerveau pour bien la formuler,
l’élagage de phrase, au mètre cube ?
Personne ne veut payer l’immatériel ? Eh bien matérialisons !
Encartons les poèmes, roulons les rimes, ficelons les fiches de lecture de nos paysages intérieurs : je me ferai colporteur. À petits gestes économes, à petits pas précieux, porterai la parole des poètes jusque chez vous. Une pièce suffira, on se débrouille déjà comme ça, et la retraite se fera à l’ombre des vautours.
Allons voir le code ROME de cette étrange activité : M1603. Parfait ça sonne comme une machine gun à la Belleveaux. J’ai du pain sur la planche, d’autant que le TMT ne pourra bientôt plus me le payer, parce que la ville de Marvejols coule à pic, érodant tous les pans des actions sportives, sociales et culturelles. Mais je suis sûre que l’imagination va innover avec force en ce pays de liberté et de résistance. Après tout, la Bête du Gévaudan, c’est de l’intérieur qu’elle fut terrassée.
Aujourd’hui j’emporte un peu la tristesse de mes amis. Quand je reviendrai, je compte bien l’avoir transformée.


29/03/2015 Élections départementales : la gauche perd le Nord / le Pas-de-Calais est en vigilance orange « vents violents » / 4 randonnées pyrénéennes sont désormais accessibles en mode immersion sur Google Street View 30/03/2015 L’État islamique renouvelle sa revendication de l’attaque du musée du Bardo à Tunis / Une route est en construction dans les Alpes pour faciliter les recherches suite au crash de l’A320 provoqué par un pilote suicidaire 31/03/2015 Des plongeurs trouvent 25 statuettes de la Vierge dans le canal de Roubaix / Deux énormes tempêtes balayent le nord de l’Europe/ Personne n’a encore gagné les 73 millions d’euros de l’Euromillions 06/04/2015 L’Inde commande 36 avions de guerre à la France / 150 dauphins s’échouent sur une plage au Japon/ Dans l’Yonne ; organisation du premier speed-dating spécial agriculteurs 08/04/2015 Le magazine Fluide glacial fête ses 40 ans et rend hommage à Charlie hebdo / Lors d’une commission publique à Washington, la NASA affirme que l’humanité est proche de déceler la présence d’une vie extraterrestre / Nouveau pic de pollution à Paris 11/04/2015 Au Panama, poignée symbolique entre Barack Obama et Raul Castro / Une nonne tibétaine s’immole par le feu en refus de placer le drapeau chinois sur le toit de son monastère / Un os de babouin est identifié parmi les 89 os du squelette de Lucy


Sandrine Cnudde, Patience des fauves, Réseau d’affûts en territoire poétique, Collection Po&psy a parte, éditions érès, 2017, pp. 98-99.






Sandrine Cnudde  Patience des fauves







SANDRINE CNUDDE


Sandrine_Cnudde
Source



■ Sandrine Cnudde
sur Terres de femmes

[Je sais que parfois la flamme vacille](extrait d’Habiter l’aube)
Habiter l’aube (lecture d’AP)
Gravité/Gravedad (lecture d’AP)



■ Voir aussi ▼

le blog de Sandrine Cnudde
→ (sur Chemins d’étoiles) une fiche bio-bibliographique sur Sandrine Cnudde
→ (sur le site des éditions érès) la fiche de l’éditeur sur Patience des fauves de Sandrine Cnudde






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Ewa Lipska | Vertige amoureux [Zakochanie]

10 April, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



ZAKOCHANIE




Tych dwoje
pod czułą narkozą niebios.

W podróżach przez legendy
homilie i anegdoty.
Zasnęli wreszcie
w czarnej pelerynie hotelu
o którym rozpisują się
plotkarskie media.

Wybudzić ich z miłości
pragnie krzykliwa błyskawica.
A zazdrosne życie w żałobie
Kręci się koło recepcji jak pies.

Ale tych dwoje
pod czułą narkozą niebios.
Szczęśliwi na zawsze.
Ze śmierci wypluwają
jedynie pestkę.






Lipska_Czytnik linii papilarnych_m







VERTIGE AMOUREUX




Ces deux-là
sous la tendre anesthésie des cieux.

Voyagent à travers les légendes
les homélies et les anecdotes.
Ils se sont endormis enfin
dans la noire pèlerine de l’hôtel
au sujet duquel
ne tarissent pas
les rumeurs médiatiques.

Les éveiller de l’amour
se dit l’éclair d’un cri.
Tandis que la vie en deuil jalouse
tourne en rond à la réception comme un chien.

Mais ces deux-là
sous la tendre anesthésie des cieux.
Heureux pour toujours. De la mort ils recrachent
le noyau seulement.




Ewa Lipska, Lecteur d’empreintes digitales [Czytnik Linii Papilarnych, éditions Wydawnictwo Literackie, Cracovie, 2015], édition bilingue, éditions LansKine, Collection « Ailleurs est aujourd’hui », 2017, pp. 44-45. Traduction et introduction Isabelle Macor.






Lipska Lanskine





EWA LIPSKA


Ewa Lipska Portrait





■ Ewa Lipska
sur Terres de femmes

La mémoire [Pamięć] (extrait de L’Amour, chère Madame Schubert... [Miłość, droga pani Schubert...])
Nature morte [Martwa Natura] (extrait de Rumeur [Pogłos])



■ Voir aussi ▼

le site personnel d’Ewa Lipska
→ (sur le site des éditions LansKine) la fiche de l’éditeur sur Lecteur d’empreintes digitales d’Ewa Lipska
→ (sur Recours au Poème) une page sur Ewa Lipska
→ (sur le site de la mél, Maison des écrivains et de la littérature) une fiche bio-bibliographique sur Isabelle Macor-Filarska
le site personnel d’Isabelle Macor-Filarska






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