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R S S : Terres de femmes


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29 octobre 1930 | Naissance de Niki de Saint Phalle

29 October, by Angèle Paoli[ —]
Éphéméride culturelle à rebours


Le 29 octobre 1930 naît à Neuilly-sur-Seine Niki de Saint Phalle, plasticienne, sculptrice, peintre, « performeuse » artistique et cinéaste.





Catherine Marie-Agnès de Saint Phalle, dite Niki de Saint Phalle, est le second enfant d’une fratrie de cinq. Née d’une mère américaine (Jeanne-Jacqueline Harper) et d’un père français, Niki de Saint Phalle est d’origine aristocrate par son père, André Marie Fal de Saint Phalle, issu de la vieille chevalerie bourguignonne. Banquier ruiné par le krach boursier de 1929, son père a une réputation de grand coureur. Comme Niki de Saint Phalle le révélera dans Mon secret (1994), il viole sa propre fille, alors âgée de onze ans. Un traumatisme dont Niki de Saint Phalle se remettra partiellement grâce à son engagement artistique. Artiste autodidacte, Niki de Saint Phalle confia un jour :

« J’ai eu la chance de rencontrer l’art, parce que j’avais, sur le plan psychique, tout ce qu’il faut pour devenir terroriste. Au lieu de cela j’ai utilisé le fusil pour la bonne cause, celle de l’art. »

Intitulées Tirs, ses premières œuvres, « performances » réalisées à la carabine, ont une fonction cathartique. Cherchant à se libérer de sa propre violence, l’artiste fait exploser des pots de peintures disposés au-dessus des toiles. Les couleurs se répandent ainsi par dégoulinures aléatoires. Cette démarche originale révèle la jeune femme auprès d’artistes contemporains comme Bob Rauschenberg et Jasper Johns, maîtres de l’avant-garde américaine issue du Black Mountain College.

Dès 1960, Niki de Saint Phalle acquiert une notoriété internationale. 1960 est aussi l’année de la rencontre entre Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely. Cette rencontre va profondément transformer la vie des deux artistes. L’artiste suisse incitant Niki à rejoindre le groupe des Nouveaux Réalistes, dont il fait lui-même partie. Fondé en 1960 par le critique d’art Pierre Restany, ce mouvement, qui compte déjà parmi ses membres les plus connus Yves Klein, César, Gérard Deschamps, Mimmo Rotella, Arman, Christo... , se donne pour projet d’entreprendre « un recyclage poétique du réel urbain, industriel et publicitaire. »

En février 1961, l’artiste organise, impasse Ronsin à Paris, une exposition intitulée « Feu à volonté ». Les artistes présents sont invités à « faire saigner la peinture » sur des tableaux-cibles qu’elle a elle-même sélectionnés. Une manière pour Niki de Saint Phalle de se rebeller contre les diktats et les injustices de la société, de la famille et de la religion… Parmi les artistes invités à cette fête du tir : Bob Rauschenberg, Jasper Johns et Jean Tinguely.

Mariée depuis 1949 à Harry Mathews, avec qui elle a deux enfants, Niki de Saint Phalle, séparée de son premier époux depuis 1960, épouse en 1971 Jean Tinguely. Leur vie commune, partagée entre passion amoureuse et passion de l’art, durera vingt ans. Ensemble, ils réalisent des sculptures monumentales qu’ils installent dans des parcs. Ainsi, en Toscane, le « Jardin des Tarots ». En 1983, ils créent tous deux à Paris la « Fontaine Stravinsky » (dite aussi « Fontaine aux automates »), installée à Beaubourg.

Féministe engagée, luttant contre toutes les formes de racisme et d’oppressions, Niki de Saint Phalle n’a eu de cesse de mettre en œuvre ses combats. Ses Nanas rebondies et rutilantes en sont un exemple. Libérées des contraintes du mariage et des assujettissements qu’il engendre, elles sont légères et joyeuses. Libres d’être enfin elles-mêmes.

Au lendemain de la mort de Jean Tinguely (1991), Niki de Saint Phalle défend activement l’œuvre de l’artiste suisse. Elle participe notamment à la création du Musée Tinguely, inauguré à Bâle en 1996, auquel elle fait don d’une de ses Nanas les plus emblématiques : « Gwendolyn ».

Niki de Saint Phalle meurt le 21 mai 2002 à La Jolla (comté de San Diego, Californie).




NIKI DE SAINT PHALLE


Niki de Saint Phalle
Niki de Saint Phalle, Capture d'écran
du film Daddy (1973)
Source





■ Voir aussi ▼


→ (sur le site de Beaux-Arts Magazine) Niki de Saint Phalle en 3 minutes
→ (sur le site de l'Académie de Grenoble) un dossier Niki de Saint Phalle [PDF]





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Charles Juliet | [Longue a été la route]

29 October, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


LETTRE A ML
(extrait)




Longue a été la route
et pendant longtemps
entravé par le doute
j’ai été empêché d’avancer

il y eut alors l’enlisement
la détresse des jours morts
cette attente qui n’en finissait pas

il y eut ensuite la tâtonnante
exploration du labyrinthe
et je désespérais de voir luire
la lumière qui me tirerait de la nuit

il y eut enfin à longuement creuser
à poser de solides fondations
puis pierre à pierre
à monter mes murs
et construire avec soin ma maison

toi
mon constant soutien
ma pierre d’angle
tu n’as jamais douté
jamais failli

quand je pense
à ce que tu es
à ce que tu m’as donné
au chemin parcouru
je sens monter des larmes

Un jour
ma barque s’est détachée
s’est éloignée du port
et sans que je m’en sois
rendu compte
poussé par le vent
j’ai dérivé
longuement dérivé

À me découvrir seul
loin de mes semblables
j’étais dévoré d’angoisse
Mon unique désir
était de revenir parmi eux
là où était ma place
D’autant que mon embarcation
prenait l’eau

Ou bien était-ce moi
qui déjà me fissurais
me délabrais
Je n’avais plus la force de ramer
de diriger ma barque
N’allais-je pas bientôt sombrer

Je ne me sentais pas de taille
à affronter les tempêtes
que j’aurais à essuyer
Je me rebellais    voulais retrouver
la quiétude de ma vie d’avant
mais il ne m’était pas possible
de maîtriser ma dérive
et j’ai dû m’abandonner



Charles Juliet, « Lettre à ML » (extrait), Moisson, P.O.L éditeur, 2012, in Pour plus de lumière, Anthologie personnelle 1990-2012, éditions Gallimard, Collection Poésie/Gallimard n° 554, 2020, pp. 419-420. Préface de Jean-Pierre Siméon.






Charles Juliet  Pour plus de lumière




CHARLES JULIET


Charles Juliet
Source




■ Charles Juliet
sur Terres de femmes


En surface
ma hâte
[Rien ne s’annonce]
Rencontre inédite autour de Charles Juliet
25 octobre 1964 | Première rencontre Charles Juliet-Bram Van Velde
22 décembre 1989 | Charles Juliet, L'Autre Faim, Journal V
3 septembre 1990 | Charles Juliet, L'Autre Faim, Journal V
15 septembre 1990 | Charles Juliet, L'Autre Faim, Journal V
10 octobre 1996 | Charles Juliet, Lumières d'automne, Journal VI




■ Voir | écouter aussi ▼


→ (sur le site des éditions Gallimard) la fiche de l’éditeur sur Pour plus de lumière
→ (sur Dailymotion) Charles Juliet : L'exultation calme (vidéo)
Charles Juliet, attentivement (site dédié à l’œuvre de Charles Juliet)





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Mohammed Bennis | Galaxie

28 October, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


GALAXIE




DANS LES CHAMPS jamais endormis
j’avance enivré par une brise
légère
et j’ai une respiration déréglée
friande de l’odeur des passants

Ô noirceur
j’arrive à obtenir de tes treilles ce dont tu n’as pas idée
une lueur
qui se voit au loin sous forme
d’ombres vibrantes au féminin
rotatif et sans retour
un silence comme preuve d’une encre qui frémit

Comment puis-je déplacer les fenêtres
vers toi comment les disjoindre
du mur
et leur verser un vin lumineux
à elles seules
en leur disant une rose
pour vous uniquement
qui approfondit un silence en giration
continue
irradiant au milieu d’une soirée de noctambules



Mohammed Bennis, « Proche famille de la taverne », Vin, L’Escampette éditions, 2020, page 94. Poèmes traduits de l’arabe par l’auteur en collaboration avec Mostafa Nissabouri. Préface de Bernard Noël. Postface de Claude Esteban.





Mohammed Bennis  Vin




MOHAMMED BENNIS


Mohammed Bennis
Source




■ Mohammed Bennis
sur Terres de femmes


Bernard
Invitation
[Toujours ton ami d’Orient revient à l’automne](poème extrait de Lieu païen)
la lectio magistralis, « Le poème et l’appel à la promesse », prononcée (en français) par Mohammed Bennis le 25 mars 2011 à Florence, à l’occasion de l'attribution du Prix Ceppo international de Pistoia




■ Voir | écouter aussi ▼


→ (sur Imperfetta Ellisse) Mohammed Bennis, poeta mediterraneo, vince il Premio Internazionale Ceppo di Pistoia
→ (sur le site de L’Escampette éditions) une fiche bio-biobliographique sur Mohammed Bennis
→ (sur Lyrikline) dix poèmes de Mohammed Bennis dits (en arabe) par Mohammed Bennis





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Philippe Mathy | [Une voix dans le silence]

27 October, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


[UNE VOIX DANS LE SILENCE]




Une voix dans le silence. Chacune des syllabes frémit comme feuilles en automne, bercées par une brise légère. On ferme les yeux pour écouter ce qui se met à chanter plus loin que cette voix : peut-être un oiseau clair, posé sur une branche basse, prêt à s’envoler.
Une voix dans le silence. La lecture terminée, on referme les pages, on se lève, on avance, baigné de solitude, comme si on traversait un parc en foulant des mots. Souvenirs déjà, feuilles mortes sous les pas.

Lumière rasante des beaux jours de novembre, douce et discrète sur les pierres des murs, non pour s’y reposer, s’y réchauffer, mais pour souligner leurs volumes, écouter leur histoire.
Lumière de novembre que l’écriture tente souvent en vain d’imiter, dévorée de trop de feu.

Feu latent sur les feuilles de l’automne. On ne sait pas encore ce qui se prépare : la brûlure du gel ou les flammes vives des couleurs.
Indifférents, les bourgeons sont clos, réfugiés dans leurs rêves d’avenir.



Philippe Mathy, Étreintes mystérieuses, éditions L’Ail des ours, Collection Grand ours / n°5, 2020, pp. 15-17. Œuvres de l’artiste Sabine Lavaux-Michaëlis.







Philippe Mathy  Etreintes amoureuses



PHILIPPE MATHY


Philippe Mathy
Source





■ Philippe Mathy
sur Terres de femmes


[Le fleuve hésite entre les îles] (extrait de Veilleur d’instants)





■ Voir aussi ▼


le site de Philippe Mathy
→ (sur Recours au Poème) plusieurs pages sur Philippe Mathy
→ (sur le site de la revue Traversées) une lecture d’Étreintes mystérieuses par Hervé Martin





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Jacques Ancet | L’âge du fragment

26 October, by Angèle Paoli[ —]



L’ÂGE DU FRAGMENT
(extrait)




J’entre dans l’âge du fragment. Les choses se serrent, éclatent : esquilles, fibrilles, sang sur les doigts. Et la neige, toujours.

[…]

Dans l’image on n’entre pas. Elle reste en face, comme posée devant les yeux qui lui donnent ses limites et sa profondeur. La beauté est cette distance infranchissable tissée de lumière et de vols qu’on croit toujours pouvoir franchir. La main se tend, la bouche s’ouvre. On touche le murmure.

C’est un bruissement à peine. Une sorte de vibration fixe venue de là-haut ou d’en bas, on ne sait pas. Avec un ciel de craie et des visages noirs à contre-jour. Et des cris soudain, des rires. Et des phrases qui s’en vont, qu’on n’a pas su comprendre. Ou qu’on a mal entendues. Ou qu’on a oubliées, déjà. Seul est resté le silence et, très loin, comme au bord, ce qui ne se tait pas.

Ce qui ne se tait pas ou ce qui se tait, c’est pareil. Puisqu’on n’entend rien que le silence de la voix.



Jacques Ancet, « II L’âge du fragment », La Vie, malgré, chroniques, éditions Lettres Vives, Collection entre 4 yeux, 20213 Castellare-di-Casinca, 2020, pp. 17, 19, 20.






Jacques Ancet  La Vie  malgré




JACQUES ANCET


Jacques Ancet
Source




■ Jacques Ancet
sur Terres de femmes


[Le chant du même oiseau n’a pas cessé de me poursuivre] (extrait de Huit fois le jour)
Dans l’indéfini (extrait de Chronique d’un égarement)
L’égarement
L’identité obscure (extrait du chant 9 de L’Identité obscure)
[Je cherche] (extrait de L’Âge du fragment)
Image et récit de l’arbre et des saisons (lecture d’AP)
Je reviens
[On dit quelqu’un] (extrait des Travaux de l’infime)
On voit toujours (extrait de Puesto que él es este silencio)
Oublier l’heure (extrait de Chronique d’un égarement)
[Mais c’est parce qu’il est tard] (extrait de Voir venir Laisser dire)
14 juillet | Jacques Ancet, Comme si de rien
10 décembre 2001 | Jacques Ancet, Un morceau de lumière
4 novembre 2012 | Jacques Ancet [Sous le bruissement du sang, tweet]



■ Voir aussi ▼

→ (sur Esprits Nomades) une page Jacques Ancet
Lumière des jours, le blog de Jacques Ancet






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Louise Glück | Snowdrops

25 October, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


Louise Gluck Nobel
Les ouvrages de Louise Glück, tels qu’exposés à l’Académie suédoise de Stockholm,
lors de l’annonce, le 8 octobre 2020, du prix Nobel de Littérature 2020.
Ph. © HENRIK MONTGOMERY / AFP.
Source







SNOWDROPS




Do you know what I was, how I lived? You know
what despair is; then
winter should have meaning for you.

I did not expect to survive,
earth suppressing me. I didn't expect
to waken again, to feel
in damp earth my body
able to respond again, remembering
after so long how to open again
in the cold light
of earliest spring —

afraid, yes, but among you again
crying yes risk joy

in the raw wind of the new world.



Louise Glück, The Wild Iris, New York: Ecco Press, 1992. The Pulitzer Prize for Poetry 1993.






Louise Glück  The Wild Iris







PERCE-NEIGES




Sais-tu ce que j’étais, et comment je vivais ? Tu sais
ce qu’est le désespoir, alors
l’hiver devrait avoir du sens pour toi.

Je ne m’attendais pas à survivre,
tant la terre me réprimait. Je ne m’attendais pas
à m’éveiller de nouveau, à sentir
dans la terre humide mon corps
capable de répondre à nouveau, se rappelant
après si longtemps comment se rouvrir
dans la lumière froide
des tout premiers jours du printemps—

apeuré, oui, mais de nouveau parmi vous
pleurant oui risque joie

dans le vent cru du nouveau monde.



Louise Glück, L’Iris sauvage in Revue Europe, n° 1009, mai 2013, page 307. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nathalie De Biasi.




LOUISE GLÜCK


Louise Glück
Ph. © Katherine Wolkoff





Voir aussi ▼


→ (sur Poetry Foundation) une notice bio-bibliographique sur Louise Glück
→ (sur ActuaLitté) La poétesse américaine Louise Glück, Prix Nobel de Littérature 2020
→ (sur cairn.info) d’autres poèmes issus de L’Iris sauvage, traduits et présentés par Marie Olivier
(in Po&sie 2014/3-4 [n° 149-150], pp. 46 à 53)






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Béatrice Marchal | [Ce sera l’hiver]

24 October, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


[CE SERA L’HIVER]




Ce sera l’hiver

un soleil pâle sortira
lentement de la brume

dans la campagne blanchie par le givre
on se rappellera
sans savoir pourquoi la forêt
par une nuit de grand vent la houle des arbres
et l’eau de l’étang qui brasillait sous la lune

sans savoir non plus où la vie fut plus intense,
dans l’agitation le nombre l’obscurité
ou dans le dépouillement la paix la clarté.



Béatrice Marchal, L’Ombre pour berceau, éditions Al Manar, 2020, page 10. Aquarelles de Caroline François-Rubino.






Béatrice Marchal  L'ombre





BÉATRICE MARCHAL


Béatrice Marchal
Source




■ Béatrice Marchal
sur Terres de femmes


Au pied de la cascade (lecture d’Isabelle Lévesque)
[Quelle part de soi a-t-elle sombré] (poème extrait de Résolution des rêves)
Un jour enfin l’accès suivi de Progression jusqu’au cœur (lecture d’Isabelle Lévesque)
[Ce que tu as cru voir courir à vive allure] (poème extrait d’Un jour enfin l’accès)




Voir aussi ▼


→ (sur le site des éditions Al Manar) la fiche de l’éditeur sur L’Ombre pour berceau





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Pierre Oster | Un nom toujours nouveau, Treizième poème

23 October, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour


TREIZIÈME POÈME
Fragments (extrait)




J’épie, en faveur de la Nuit, un oiseau noir et blanc, une pie.
J’épie, ô univers, un oiseau noir et blanc qui m’épie.
L’ombre est divine… elle devine mes rivaux :
Les derniers sangliers, la sanglante forêt, et les derniers chevaux !
Semblable aux meutes des feuillages qu’un dieu tourmente,
J’écoute, et les oiseaux écoutent, l’unique voix véhémente.
Partout une promesse approfondit l’hymne de l’air.
Solitaire, je me confonds à la disparition de l’éclair.



Mon âme est accordée à l’ordre des choses. Qu’importe
Si la pluie en novembre abîme un peu le toit, arrache un peu la porte !
Mon âme seule… Ainsi les arbres absolus,
En s’insurgeant contre la mer, ne s’insurgent qu’en vain contre ce qui n’est plus.
Un Nom toujours nouveau a consacré ma bouche indigne.
D’autres signes que le Soleil gravitent autour du Signe.
Je dispute l’Espace à la ténuité des torrents…
Des feux très solennels font les feuillages transparents.
L’univers est une prairie incomparable…



Les beaux chemins égaux qui couraient à la mer première,
Les roseaux, et le fleuve, s’inclinent sous la Lumière.
Rivages, je vivrai ! l’abîme a l’éclat de l’Esprit.
Je sonde l’Océan, où l’antique Soleil s’inscrit.
Une vague me jette un bâton. Je dresse un mât de fortune.
Dans les pierres je sens blanchir comme une voile opportune.
Debout, je vois les monts ! Debout. Les vaisseaux et les mers,
Les monts et les vaisseaux font vaciller mes vers.



Pierre Oster, Un nom toujours nouveau, éditions Gallimard, Collection Blanche, 1960, in Paysage du Tout, 1951-2000, Collection Poésie/Gallimard, 2000, pp. 97-99. Préface d’Henri Mitterand.






Pierre Oster  Paysage du Tout





PIERRE OSTER (1933-2020)


Pierre Oster





Pierre Oster
sur Terres de femmes


La Grande Année, Dix-septième poème
La Grande Année, Dix-neuvième poème (+ une notice bio-bibliographique)




Voir aussi ▼


→ (sur Recours au Poème) Pierre Oster, à jamais Paysage du tout poétique





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Germain Roesz, La Part de la lumière

par Angèle Paoli
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Germain Roesz, La Part de la lumière

par Angèle Paoli

22 October, by Angèle Paoli[ —]

Germain Roesz, La Part de la lumière,
textes, poèmes, peintures de Germain Roesz,
L’Atelier du Grand Tétras, 2019.
Préface de Claude Louis-Combet.
Entretien entre Michel Guérin et Germain Roesz.



Lecture d’Angèle Paoli


DU DIALOGUE ENTRE LES MONDES





Partir à la découverte de l’œuvre de Germain Roesz, c’est cheminer avec son auteur vers la lumière. Car la lumière lui est consubstantielle et primordiale. Elle est d’une certaine manière le socle de sa personne et de son art. Elle constitue aussi le champ de ses explorations, de ses multiples interrogations et de ses doutes. Elle va de pair avec ses enthousiasmes, sa création, sa générosité. Il n’est qu’à lire La Part de lumière pour pleinement s’en convaincre. Cet ouvrage polyvalent rassemble textes de réflexion personnelle et manifestes, poèmes vastes et amples et peintures vives. Un livre « qui interroge l’entrelacement de la peinture et du poème. » « Un livre qui cherche la parole perdue du poète, la parole perdue du peintre, la parole perdue du penseur. » Un livre qui, refusant l’anonymat, « accepte de dire je. » Un livre engagé dans sa parole, dans ses choix, dans ses actes. « Un livre poème, Nous y sommes », qui mérite que l’on s’y attarde exclusivement. Qu’il s’agisse de poésie ou de peinture, de réflexions sur la création, d’analyses théoriques, esthétiques, poïétiques ou poétiques, la lumière irradie. Et déconcerte. Aveuglante et aveuglée.

« La porte s’ouvre, j’aveugle la lumière
un instant », écrit le poète.

C’est elle, cette lumière, qui me retient, une fois l’ouvrage rendu à son silence. La lumière traverse. De part en part. Les écrits et les toiles. Diffracte ses éclats. De « soleils métalliques » en « perle[s] de lumière », elle se perd aussi en obscurité et en brouillards. En « [o]rdalie des ténèbres ».

« Le couteau profond
loin
dans la chair innocente
Du noir encore
dans l’aube qui se ferme
à chaque coupe       coupent
les yeux                    s’avancent intenses
sur le voile de la nuit… »

C’est la lumière du dehors qui ramène avec elle, sous le regard de la mémoire, la pénombre de l’atelier :

« Sous le soleil je me demande que fait la lumière seule dans l’atelier que fait la lumière ? Sous le soleil je me raconte l’atelier dans la pénombre… ».

C’est la lumière de l’atelier, noyée de franges d’ombres, et celle des tissus froissés. C’est la lumière qui éblouit les pages de ce livre que jalonnent les peintures du poète. Les jaunes or fusent et diffusent, épousent les rouges vifs et vermillons pour fusionner ensuite avec des bleus, des mauves et des verts. Et s’il y a des fulgurances noires, elles sont là pour traverser en un jet de flèche l’espace de la toile. Sa matière, ses mouvements, ses (dé)équilibres. Ses mouvements de balancier. Pour conduire le regard sur le fil de la lame, en amont de la couleur. Ou attirer celui-ci jusqu’à l’extrême, dans l’éclaboussure violente du sang. Il y a dans La Part de la lumière autant à voir qu’à méditer. Mots et matière. Matière agrégée aux mots. Un tel livre ne laisse aucun répit. Tant « l’exubérance du libre don », « l’abondance » généreuse et vitale (expressions empruntées au philosophe Michel Guérin), l’insatiabilité du créateur, emportent dans leur flux. Un tel livre offre sans cesse à réfléchir, à découvrir. Il aborde nombre de zones inexplorées (par la lectrice que je suis). Un livre inépuisable, débordant d’une pensée revigorante, d’une pensée revitalisante. Et que je tiens encore aujourd'hui à portée de main.

J’ouvre le livre au hasard et je lis :

« Noir et Voir si proches. Les yeux broient la lumière jusqu’au noir. »

De tels énoncés me happent, qui s’inscrivent durablement dans ma mémoire.

La lumière donc, son incandescence, ses éclairs et ses éblouissements. « Ses auréoles d’or ». Mais ses cendres aussi. Ses déchirures. Car derrière la lumière pointent la noirceur, le sang et la terreur du monde. Éclats de vie saisis au vol, « brumes épaisses » et « odeurs putrides ». Cris et « clameurs des révoltés ».

« Nous noués dans le chagrin
Un arbre une branche noués
Dans ce long loin silence
Noués dans la peur
Nous ne savons pas
Un tel silence
Et pourtant nous y sommes… »

écrit le poète dans le long poème « Nous y sommes ». Comment ne pas se sentir concerné par l’actualité perdurante de ces vers ? Par leur durable présence ?

Tout cela, qui nous bouleverse, habite l’œuvre de Germain Roesz. Comme l’habite tout ce qui appartient au monde. Tout ce qui le compose. Et qui touche la sensibilité de l’écrivain. « Que fait le poète, le peintre face à l’horreur ? ». Suit une méditation sur le monde, sur la douleur, sur l’art :

« L’art me permet une acuité, un engagement qui comprend mieux le monde qui nous cerne. »

Le poète et plasticien travaille sans cesse au cœur de cette douleur. En homme de son temps, en artiste engagé dans son temps, Germain Roesz revendique haut et fort cette appartenance qui lui dicte ces mots, que je relève dans la rubrique « Époque » :

« Nous voyons l’époque quand l’époque nous voit. Nous luttons pour ne pas lui ressembler comme une épreuve copiée. Nous luttons pour que dans le poème, dans le texte, dans la trace peinte persistent de la vie autour et de la vie intérieure. Oser la mousse froide de l’hiver. Osmose. Os errant dans l’entrechoquement d’un bateleur, dans le sourire d’un enfant. Oser refuser de l’époque son cortège de morts, d’inepties ».

De cette sensibilité à fleur de peau tient aussi le lyrisme qu’évoque Michel Guérin dans l’entretien qu’il mène avec le plasticien-poète. Par lyrisme, le philosophe entend la nécessité viscérale de qui appartient à « l’espèce généreuse », celle « qui paye de sa personne corporelle, par le cash de son intégrité : un être qui n’est pas dans la représentation. » Mais bien plutôt dans le faire et dans la fabrication du faber. Lesquels rejoignent le poïein du poète. Quant aux outils et matériaux recherchés et utilisés pour parvenir à la création de l’œuvre, Germain Roesz s’en explique, remontant à ses années de jeunesse, à ses formations, aux obstacles surmontés, aux rencontres décisives qui ont présidé à ses choix. Ainsi dans cet extrait de l’entretien avec Michel Guérin :

« Je suis arrivé à la peinture et à la poésie, comme un autodidacte (les études, ce fut après). Je veux dire par là que j’ai d’abord fait l’expérience d’une découverte que je ne comprenais pas (la lumière, son fonctionnement et d’une certaine manière sa magie). J’ai appris en quelque sorte, au départ, seul, avec mon regard (les œuvres), la lecture (la poésie, le roman), j’ai inventé ma technique de la même manière qu’on observe notre mère faire la cuisine, les mélanges, les herbes ajoutées, les temps de cuissons appris et expérimentés, transformés... » .

Matériaux, gestes, inventions. Germain Roesz est toujours en recherche, sans cesse happé par la diversité et par la fulgurance des formes. Sans cesse à l’affût de nouveaux matériaux et de nouveaux supports. Car « tout support est une mémoire (qui renvoie à) qui constitue un monde (sur) ou /et à partir duquel on travaille. » Ainsi du « recouvrement comme transparence », méthode qui remonte à la nuit des temps, que Germain Roesz pratique, comme en atteste sa collection des 2Rives ; laquelle « propose de rapprocher les rives de la peinture, du dessin, du collage, de la langue et de la poésie ». Cette collection menée en compagnonnage avec Claudine Bohi met en évidence la nécessité et le désir que « naissent des lieux dits dans l’interstice des couleurs, dans le tracé des gestes, dans la force des mots. »

Réflexion que le plasticien-poète développe dans les pages spécifiquement intitulées « Recouvrement comme transparence » :

« Il y a […] dans l’objet final une dimension qui nécessite une manipulation (mentale : c’est de l’abstraire), quelque chose qui échappe à la présentation habituelle. Cette manipulation introduit de la temporalité. Ce qu’on saisit alors de l’œuvre nécessite un retour. Peut-être s’agit-il d’une lecture sans fin, où le travail du regard, de la pensée et de la mémoire met en branle un recouvrement proche de la transparence (qui apparaît puis disparaît instantanément). »

Tout, dans le travail de Germain Roesz — et dans la pensée qui l’anime —, repose sur le dialogue entre des mondes apparemment disjoints et dont il se fait le passeur. La Part de lumière traverse ces mondes. Une manière exemplaire de tracer à travers mots, matières et couleurs un haut chemin de vie et de création.



Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli





Germain Roesz  La Part de la lumière





GERMAIN ROESZ


Germain-roesz 2
Source




■ Germain Roesz
sur Terres de femmes


La lumière se tamise (extrait de La Part de la lumière)




■ Voir aussi ▼


→ (sur le site de L’Atelier du Grand Tétras) la page de l'éditeur sur La Part de la lumière





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21-22-23 octobre 2013 | Nicolas Pesquès, La Face nord de Juliau dix-sept, dix-huit

22 October, by Angèle Paoli[ —]
Éphéméride culturelle à rebours


21.10.13

« Que chaque signe touche au nerf »*
écre tient à ça, et plus qu’un nerf : une source à molécules,
des seins, la fuite du lièvre



il y a le pointillisme du poème long
la piqûre ajustée
l’alcool qui se répand comme du jaune dans les yeux
genêt monté en larme
colline en morceaux



des propositions qui ne seraient que des conséquences,
une cascade de raisons et ses éclaboussures
la nuit multipliante
les intouchables simples.


22.10.13

Ce que je voudrais : avoir pu ne pas l’écrire

quelque chose d’infaisable et qui le reste, non pas le résultat d’une ébriété mais d’un serrage, un accident bloqué, le contraire d’une gratuité
comme la vipère
colline forcée d’apparaître à l’issue d’une morsure

à la sortie du jaune
seuil à jouir autant que nuit noire

voir considéré comme une difficulté, une respiration sautée
et la phrase à genou qui s’écroule.


23.10.13

Ce n’est qu’une fois émiettée que la colline dissémine. La hachure est interne, têtue,
une phrase toujours incubée, incinérée
un brûlis continu

la seule diaspora réclamée au centre de la terre, magmatique.



Nicolas Pesquès, La Face nord de Juliau dix-sept, dix-huit, éditions Flammarion, Collection Poésie/Flammarion, 2020, pp. 53, 54.



___________
* Pierre Alferi, Brefs, P.O.L, 2015.





Juliau 17




NICOLAS PESQUÈS


Pesquès portrait
Ph. © Jean-Marc de Samie




■ Nicolas Pesquès
sur Terres de femmes


Gilles Aillaud (extrait de Sans Peinture)
après Privas. Nicolas Pesquès (I). « du geste une écriture », par Yves di Manno
après Privas. Nicolas Pesquès (II). J9, Prémisses de lecture d’une « énigme intime », par Angèle Paoli
Juliau//ascension face nord (lecture d’AP sur La Face nord de Juliau deux, trois quatre cinq, six)
21 août 1995 | Nicolas Pesquès, La Face nord de Juliau trois, quatre (extrait)
Comment recoller ce que la langue détache (extrait de La Face nord de Juliau, cinq)
15 mai 1886 | Mort d'Emily Dickinson (+ extrait de La Face nord de Juliau, sept)
La Face nord de Juliau, huit, neuf, dix (lecture d’AP)
[Courir la pente] (extrait de La Face nord de Juliau, huit, neuf, dix)
Intérieur nuit (Juliau 11)
La Face nord de Juliau, treize à seize (lecture d’AP)
28 février | Nicolas Pesquès, La Face nord de Juliau (onze à seize)
La caisse claire (journal d’AP)




■ Voir aussi ▼


le site de Nicolas Pesquès
→ (sur Poezibao) La Face nord de Juliau, six, de Nicolas Pesquès (lecture d'Angèle Paoli)
→ (sur le site de la mél [Maison des écrivains et de la littérature]) une fiche bio-bibliographique sur Nicolas Pesquès






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