HOME > RSS > BLOGS France > Terres de femmes

R S S : Terres de femmes


PageRank : 13 %

VoteRank :
(1.42 - 2 votes)





tagsTags: , , , ,


Français - French

RSS FEED READER



Emmanuel Merle, Démembrements

par Angèle Paoli
">
Emmanuel Merle, Démembrements

par Angèle Paoli

25 May, by Angèle Paoli[ —]

Emmanuel Merle, Démembrements,
éditions Voix d’Encre, 2018.
Peintures Philippe Agostini.



Lecture d’Angèle Paoli


« DES MAINS | SUR DES ÉPAULES COMME LA NAISSANCE D’UNE AILE »






Agostini-03-_-site
Philippe Agostini,
in Emmanuel Merle, Démembrements,
éditions Voix d’Encre, 2018, page 18.






Les couleurs sont là :

« contenues, déguisées,
un feu couvant sous l’aube encore à venir. »

Fondus de vert pâle, de gris, filets de bleu, écorces de beige clair. Des traces peut-être qui s’éclairent d’une limaille de jaune ici, de rose là. Cela danse entre les pages puis soudain se densifie, pelotes d’algues ou haies qui s’enchevêtrent. La lumière peut-elle se frayer un espace, pour quel chemin d’attente ?

« La couleur, c’est la lumière
qui revient sans cesse, fidèle,
généreuse, ouverte comme une main. »

Une main ? La main tendue du peintre Philippe Agostini. Peut-être. « La main balbutie » son langage. Elle entrouvre pour le poète une issue vers la lumière. Elle lui fait don de notes neuves, pour une possible respiration. Car le recueil d’Emmanuel Merle, Démembrements, est le lieu de « l’indicible ». Celui d’une parole brisée. Où dominent termes en négatifs ou mots en écho à ces termes, disséminés dans les poèmes. Déraciner / désassembler / dépareiller / décomposer / défaire / déliter / déchirer / détacher / désagréger / découdre / désolidariser / décentrer …

La violence qui se dit est celle de corps détruits, défaits, dépecés, équarris, disjoints, corps de suppliciés martyrisés par leurs bourreaux, corps défunts dont les membres ont été dispersés. Ensevelis. Cette vision d’enlisement, d’où vient-elle ? Issue de quelle effrayante réalité ?

« Je me retourne : tous ont du sable
jusqu’aux épaules, peinent à tourner
la tête, vocifèrent pourtant. »

Ailleurs, « Ces gens dans la rue, du bois flotté ».

Le corps du poète lui-même se trouve disloqué. Devenu étranger à lui-même. Séparé de sa personne. Meurtri par un impitoyable héautontimoroumenos.

« Mon corps est un pays démembré, un assemblage
désolidarisé », écrit le poète dans « L’ennemi intime ».

Ou encore, plus loin, dans la section « Démembrements, 5 » :

« J’observe le lent délitement du corps.
Ma main, déchirée, boursouflée,
recroquevillée par l’hésitation devant le monde,
ne m’appartient presque plus,
c’est la griffe d’un que je ne connais pas. »

Comment, dès lors, respirer quand tout se désagrège autour de soi, que nous ne reconnaissons plus le monde dans lequel nous nous mouvons, et qui continue pourtant d’exister alors même que nous n’existons plus en lui ?

Nous ? Oui, nous. Le pronom personnel court d’un poème à l’autre, Emmanuel Merle incluant ainsi chacun de nous dans le monde où nous évoluons. Chacun est associé au poète dans cet univers déliquescent qu’ensemble nous occupons sans toutefois nous y rencontrer, sans toutefois nous y reconnaître. La douleur et la stupeur du poète sont aussi les nôtres. Qu’est-il arrivé ? Que s’est-il passé ? Quelque chose s’est produit dont il ne reste que signes épars. Emmanuel Merle nous associe à son chant noir. Ainsi dans cette première strophe des « Lointains » (I) :

« Le fleuve est noir qui descend
les temps modernes, nous nous maintenons
à la surface en battant des bras,
cherchant de nos yeux à moitié aveugles
les bras des autres. »

Le regard que le poète pose sur le monde est à l’identique de celui qu’il pose sur lui-même ou sur les autres. Un monde réduit en lambeaux, en loques, en lanières ; les êtres y sont réduits à l’état de « palimpsestes | et pelures d’oignon. » Du passé englouti, il reste l’étreinte d’une indicible nostalgie :

« Il y a bien longtemps qu’il n’y a plus
de projet commun. Le temps est parti. »

Que dire de plus, sinon que « [l]e cœur est décentré » ?

Et au cœur de cette déréliction, qu’en est-il de l’autre ? La vision anaphorique sur laquelle s’ouvre le recueil est celle du constat d’un enlisement général :

« Il n’y a plus rien
que des corps inhabités, des équations d’être
ensevelies

[...]

Il n’y a plus rien
que des pluies de ravine sur les visages
dépareillés

[...]

Il n’y a plus de figure,
je vais encore et je te cherche. »

Le poète s’interroge. L’autre est-il le bourreau ou le supplicié ? Un danger ou un espoir ? « Est-ce un récif ? Est-ce un amer ? » Il arrive que l’autre soit un naufragé identique à soi-même, perdu, abandonné, éparpillé. Et que, de cet abandon même, naisse l’échange, un instant de partage :

« Nous nous adossons au vent,
nous nous regardons. »

Dans sa solitude et dans son errance, le poète se regarde sans comprendre. Comment se recomposer ? Comment reconstituer un corps désintégré ? Quels gestes accomplir ? Quels mots dénicher pour que nous puissions nous reconnaître, reconnaître ce qui fut et qui laisse chacun sur la route, comme éperdu et désœuvré ? Abasourdi et hébété, le poète regarde ses mains. Désolidarisées de sa personne, elles agissent indépendamment de lui. Comme par automatisme. Sans son accord. Elles accomplissent les gestes appropriés, mais absurdes. Obéissantes, elles se meuvent sans réfléchir, comme par détachement de la personne auquelle elles appartiennent.

« Comment vas-tu récupérer tes mains ? », s’inquiète le poète dans « Tes mains savent ».

Ce que le poète cherche et espère, c’est d’abord un espace où vivre, l’air étant devenu irrespirable et le présent, englouti sous ses décombres, méconnaissable. Associée à l’espace, la lumière. Une lumière d’aube, liée à l’insouciance de l’enfance et à la couleur. C’est en elle que gît encore une once d’espoir :

« […] La couleur, c’est la lumière
qui revient sans cesse, fidèle,
généreuse, ouverte comme une main.

Il y a une magie de la lumière :
elle est notre rêve réalisé sur la terre,
notre espérance toujours renouvelée. »

Poussé par son désir de reconstitution de l’être entier, par son désir de recomposition de ce qu’il fut au temps de l’enfance, le poète cherche un lieu où renouer avec « le premier langage » ; où retrouver les mots, des mots qui puissent rapprocher « les lointains » que nous sommes devenus. Peut-être alors sera-t-il possible de recoudre ensemble les existences dépareillées ?

« Nous sommes bien les lointains, nous sommes
si loin les uns des autres, et, malgré tout,
les mots, comme des bois flottés,
drossés contre la hanche de l’espérance,
écoutés et prononcés, savent encore
clairement s’embraser, éclairer l’autre rive. »

À la recherche de l’unité perdue, le poète se souvient. « Remembrer ». Se souvenir de ce que nous avons été, de l’unité des corps en accord avec le monde, « arbre indéfait » :

« J’étais cet enfant dans l’arbre, ramassé
sous les branches, embrassé par le grand corps
écartelé de la ramure […] »

Dans sa quête douloureuse, le poète aspire à un renouveau possible. Quelque chose qui le confierait à son « aube nouvelle ».

Répondant à ton appel, je te nomme, poète. Depuis tes poèmes, je dis ton nom. Je le murmure avec tes mots. Je te lis et veux te faire don des miens. Je noue pour toi « aile » « main » « visage » « couleur » « lumière ». Comme toi, je voudrais que la lumière efface la nuit de « la forêt enténébrée » ; je voudrais que dans la paume soit rassemblé « l’épars » ; que mes mains rejoignant un instant les tiennes, soient « des mains | sur des épaules comme la naissance d’une aile. »



Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli






Emmanuel Merle Philippe Agostini  Démembrements






EMMANUEL   MERLE


Vignette Emmanuel Merle




■ Emmanuel Merle
sur Terres de femmes

Cet ancien lieu (poème extrait de Démembrements)
Amère Indienne
[Cape Cod]
Le Chien de Goya (lecture d’AP)
Ici en exil (lecture de Sylvie Fabre G.)
[Le rouge] (extrait de Dernières paroles de Perceval)
Dernières paroles de Perceval (lecture d’Isabelle Lévesque)
Dernières paroles de Perceval (lecture d’AP)
ils attendent ce qui (extraits du Grand Rassemblement)
[Je me discerne davantage dans le miroir de la couleur](extrait des Mots du peintre)
[Ramper sur la glace](extrait de Nord, seul point cardinal)
[Tout est matière, sauf ma décision] (extrait de Olan)
[Une promesse, dis-tu]
Emmanuel Merle & Thierry Renard | La Chance d’un autre jour, Conversation (lecture de Sylvie Fabre G.)
Emmanuel Merle & Thierry Renard | [Jour de pluie ici aussi]



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de la mél [Maison des écrivains et de la littérature]) une fiche bio-bibliographique sur Emmanuel Merle
→ (sur le site des éditions Voix d’Encre) la page de l’éditeur sur Démembrements





Retour au répertoire du numéro de mai 2018
Retour à l’ index des auteurs
Retour à l’ index des « Lectures d’Angèle »

» Retour Incipit de Terres de femmes


Frédéric Tison | [Eaux grèges]

22 May, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour





GREGE
Ph., G.AdC







[EAUX GRÈGES]



EAUX GRÈGES, baves, lumières sales
Où tu t’en vas. Silhouette grave,
Tu sais les amitiés de sable, tu sais
Les buées— Tu sais les portes tristes
La ville cybernétique, les rues
De glace et les vitrines où pâles
Les silhouettes sont fables ;
Et tes mains sont des îles,
Nefs tes sueurs rouges et tes traces :
Tu es sous les masques, tu es
Le passant à l’écume de zinc et de miroir.



Frédéric Tison, « Cinquième heure, Sexte, » III, in Aphélie suivi de Noctifer (2015-2017), Collection Les Hommes sans Épaules, Librairie-Galerie Racine, 2018, page 53.






Tison 2018






FRÉDÉRIC TISON


FTison





■ Frédéric Tison
sur Terres de femmes

Le Dieu des portes (lecture d’AP)
[Est-ce là moi cette tête détachée... ?] (extrait du Dieu des portes)



■ Voir aussi ▼

le blog de Frédéric Tison
→ (sur Les Hommes sans Épaules) une notice bio-bibliographique sur Frédéric Tison (+ un entretien de Jean de Rancé avec Frédéric Tison)





Retour au répertoire du numéro de mai 2018
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Béatrice Marchal | [Ce que tu as cru voir courir à vive allure]

21 May, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[CE QUE TU AS CRU VOIR COURIR À VIVE ALLURE]



Ce que tu as cru voir courir à vive allure
au-dessus de la plaine en touffes sombres
n’était pas des nuages
à laisser disparaître au loin,
c’est, ne te méprends pas, une mer agitée
de vagues qui gonflent s’effondrent
sans fin se recomposent
en formes nouvelles,
lave en fusion pâte à levain, pétries
travaillées jusqu’au cœur selon le rythme
de la vie qui t’invite, au risque de
t’entraîner t’emporter dans ses bourrasques,
n’était ce bel arbre sur le rivage,
qui t’offre, tourné vers le large,
son tronc à enlacer.



Béatrice Marchal, Un jour enfin l’accès, suivi de Progression jusqu’au cœur, éditions L’herbe qui tremble, 2018, page 88. Encres d’Irène Philips.






Béatrice Marchal  Un jour enfin l'accès





BÉATRICE MARCHAL


Béatrice Marchal
Source




■ Béatrice Marchal
sur Terres de femmes

[Quelle part de soi a-t-elle sombré] (poème extrait de Résolution des rêves)






Retour au répertoire du numéro de mai 2018
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Jean-Christophe Belleveaux | Er Riadh et Teluk Dalam

19 May, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




ER RIADH



dans le dépouillement de la poussière, l’évidence de la route et de son terme éclabousse : friperie à même le sol, lentilles séchées, sacs ventrus d’épices et de graines, pois cassés, moutons, vent de sable, murs blancs

l’innocence et la faute indissolubles : une seule huile pour la lampe





TELUK DALAM



on se tient dans l’impermanence, l’avéré d’un cargo au port, l’odeur forte des poissons qui sèchent sur le sol, soi-même un morceau parmi les couleurs, c’est bien peu, c’est une vie qui s’emplit de ce qu’elle est, qu’on ne sait dire le plus souvent



Jean-Christophe Belleveaux,
Territoires approximatifs, éditions Faï fioc,
54200 Boucq, 2018, pp. 78-79.






Jean-Christophe Belleveaux  Territoires approximatifs







JEAN-CHRISTOPHE BELLEVEAUX



Jean-Christophe Belleveaux
Source




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de la mél, Maison des écrivains et de la littérature) une notice bio-bibliographique sur Jean-Christophe Belleveaux






Retour au répertoire du numéro de mai 2018
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Jakub Kornhauser | Carré noir sur fond blanc I (Malevitch)

18 May, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour





Carré noir sur fond blanc
Kazimir Malevitch, Carré noir sur fond blanc, 1915
Huile sur toile, 79,5 × 79,5 cm
Musée d'Etat russe, Saint-Pétersbourg, Russie. (BRIDGEMAN ART)
Source







CZARNY KWADRAT NA BIAŁYM TLE I (MALEWICZ)



Pochód przedmiotów : żelazka, kieliszki, buty. Tym razem to nie miasto, raczej jakieś magazyny wśród pól. Ludzie bez twarzy, gdzieniegdzie czerwone domy i salwy śmiechu. Wstawaj, krzyczą, przynieś to wreszcie! Szybko układam konserwy jedne na drugich, wszystko się wali. Próbuję jeszcze raz, ale okazuje się, że muszę schwytać susły, które zagnieździły się w kotłowni. Nie mam pojęcia, gdzie jest kotłownia, chcę zapytać dziadka, ale śpi. Szukam okna, żeby się rozejrzeć, ciemno. Beton i kominy, gnijące makiety osiedli : próbuję odcyfrować rozkład jazdy, jest poplamiony rosołem. Manifestanci trąbią, zostawiają białe ślady. Mam świadomość nocy, którą opiewają sztandary z wełny. Huk konserw budzi dziadka i noc, pochód krąży wokół magazynu.





CARRÉ NOIR SUR FOND BLANC I (MALEVITCH)



Cortège d’objets : fers à repasser, verres, chaussures. Cette fois-ci, ce n’est pas une ville, plutôt des entrepôts parmi les champs. Des gens sans visage, çà et là des maisons rouges et des salves de rires. Lève-toi, crient-ils, tu nous l’apportes, enfin ! Vite j’empile les conserves, les unes sur les autres, tout s’écroule. J’essaie encore une fois, mais il s’avère que je dois attraper les loirs qui se sont nichés dans la chaufferie. J’ignore où se trouve la chaufferie, je veux demander à grand-père mais il dort. Je cherche une fenêtre pour essayer d’y voir quelque chose, il fait noir. Du béton et des cheminées, des maquettes de lotissements qui pourrissent : j’essaie de déchiffrer les horaires, la fiche est tachée de bouillon. Les manifestants klaxonnent, laissent des traces blanches. J’ai conscience de la nuit que célèbrent des bannières de laine. Le fracas des conserves réveille grand-père et la nuit, le cortège tourne autour de l’entrepôt.



Jakub Kornhauser, « Le carré blanc/ Biały kwadrat », La Fabrique de levure, Éditions LansKine, Collection « Ailleurs est aujourd’hui », Domaine Polonais, 2018, pp. 38-39. Traduction et introduction d’Isabelle Macor.






Jakub Kornhauser  La Fabrique de levure 2







JAKUB   KORNHAUSER



Jakub Kornhauser
Source



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions LansKine) la fiche de l’éditeur sur La Fabrique de levure






Retour au répertoire du numéro de mai 2018
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Joëlle Gardes | [Le regard tourné vers l’intérieur ou l’ailleurs]

16 May, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[LE REGARD TOURNÉ VERS L’INTÉRIEUR OU L’AILLEURS]



Le regard tourné vers l’intérieur ou l’ailleurs
elle se tient sur la lisière entre deux mondes
Un seuil à franchir puis la nuit

Lui s’est égaré quand son cœur a cessé un moment de battre
son regard se porte à nouveau sur les choses mais il s’absente de son corps bien là
il ne sait plus nommer les êtres qu’il a aimés
il leur parle de lui comme d’un autre, d’un ami proche perdu de vue
il a du mal à croire qu’il était poète

Conscience désemparée
ils flottent dans un espace incertain entre la mémoire et le rien
entre la vie et le néant

La main que nous leur tendons ne touche que l’impalpable
nos paroles tombent dans le vide.



Joëlle Gardes, « La disparition », La Lumière la même, Éditions Pétra, Pierres écrites/Empreintes, 2017, page 32. Dessins de Stéphane Lovighi-Bourgogne.






Joelle Gardes  La Lumiere la même






JOËLLE GARDES


Gardes JoElle (1)





■ Joëlle Gardes
sur Terres de femmes

"Les arcanes subtils d'une relation triangulaire" (La Mort dans nos poumons) [note de lecture + bibliographie]
Dans le silence des mots, poésie (note de lecture)
Et si la profondeur n’était que… (extrait de Dans le silence des mots)
L’Eau tremblante des saisons (lecture de Françoise Donadieu)
Jardin sous le givre (note de lecture + extrait)
Jardins de toute sorte (extrait de Sous le lichen du temps)
[Matinée de printemps précoce](extrait de L’Eau tremblante des saisons)
Méditations de lieux (note de lecture)
Ostinato e chiaroscuro (Ruines) [note de lecture + extrait]
[Tota mulier in utero] (extrait d’Histoires de femmes)
31 mai 1887 | Naissance de Saint-John Perse (Joëlle Gardes, Saint John-Perse, Les rivages de l'exil, biographie)
Trentième anniversaire de la mort de Saint-John Perse/20 septembre 1975 (chronique de Joëlle Gardes)
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) Hôpital



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Pétra) la fiche de l’éditeur sur La Lumière la même, de Joëlle Gardes
le site de Joëlle Gardes






Retour au répertoire du numéro de mai 2018
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

Laure Gauthier, kaspar de pierre

par Isabelle Lévesque
">
Laure Gauthier, kaspar de pierre

par Isabelle Lévesque

15 May, by Angèle Paoli[ —]

Laure Gauthier, kaspar de pierre,
éditions de La Lettre volée, Collection Poiesis, 2017.



Lecture d’Isabelle Lévesque


AVEC KASPAR HAUSER ?




La figure de Kaspar Hauser, ce garçon de seize ans à l’identité énigmatique apparu à Nuremberg en 1828 et mort assassiné cinq ans plus tard, ne cesse de nous interroger. « Enfant adoptif » officiel de la ville de Nuremberg, devenu très vite « orphelin de l’Europe », comme l’appelaient les gazettes, il habite et hante le dernier livre de Laure Gauthier.

La voix narrative et la cadence poétique ouvrent kaspar de pierre :


« ai couru, nu d’automne vers les maisons basses

avec la lourdeur du gravier
et mes semelles de peau

Ce chemin vers rien de certain


qui se brise en bruissements rances »


Celui qui parle ne dit pas « je ». Livré au seul chemin de perdre, il n’est pas accompagné. Sa route et sa fragilité l’exposent dès l’incipit comme sa langue naissante, qui sans cesse raisonne et se crée, peu sûre d’elle, cassant son rythme ou son sens. Elle avance nue et vulnérable sur ses « semelles de peau », qui appellent immanquablement les « semelles de vent » de Rimbaud, inscrivant l’expression dans un nouvel ordre. Dans son roman Kaspar Hauser ou La phrase préférée du vent, Véronique Bergen fait parler son personnage parfois à la première personne, parfois à la troisième. Mais elle écrit aussi : « À Nuremberg, je-il-Kaspar Hauser s’est levé. » 1 Les témoins de sa vie ont raconté la difficulté qu’il eut à comprendre et à accepter l’emploi de « je » et « tu ». Ici, Laure Gauthier emploie « jl », qui combine « je/il » :


« Jl courrrr tronqué vers le champ toujours à nouveau de tournesols »


L’histoire de Kaspar Hauser a tout de suite fasciné : qui étaient ses parents ? Pourquoi a-t-il été ainsi reclus pendant treize ou quatorze ans ? Qui s’occupait de lui ? Pourquoi a-t-il été libéré ? Qui a tué Kaspar Hauser et pourquoi ?
Les comptes rendus de ses interrogatoires, ses essais d’autobiographie, les témoignages et enquêtes de ceux qui l’ont recueilli ou rencontré nous donnent une image assez précise de son langage et de ses comportements : « Son parler était un effort et un combat. » 2
On découvre un être cramponné à la terre, qui connut deux naissances. D’abord né d’une femme, puis d’un cachot de pierre. Ce « Kaspar de pierre » aspirait parfois à retrouver ce lieu qu’il pouvait encore considérer comme protecteur contre ce que le monde qu’il découvrait avait d’effrayant.


«les pierres, même elles, se sont retournées à moi, et n’auront plus jamais la force d’accueillir un enfant »


Dans la présentation de son Gaspard, Peter Handke écrit : « La pièce pourrait aussi s’intituler Torture verbale »3. C’est bien ce que l’on fit subir au garçon : aux questions qu’il ne comprenait pas, il répondait par le silence des pierres ou par des phrases insolites, d’une maltraitance à l’autre.
Il n’a pas le choix, il doit apprendre à communiquer avec tous, avancer, marcher, cet enfant qui vécut assis. Il fut d’abord considéré comme un phénomène de foire sur qui faire les expériences les plus imbéciles, ou un objet d’étude pour la science : examen minutieux de sa peau, de ses réactions à divers stimuli, de son langage. « Raconte-t-on sa lapidation ? », demande l’auteure. Kaspar est livré à une société vorace et brutale.


« Muré = sans expérience = cœur pur = verbe premier = poésie ! »


Françoise Dolto a intitulé son étude : Kaspar Hauser, le séquestré au cœur pur. Elle écrivait en conclusion : « Un homme qui honore l’humanité. / En même temps un mystère pour lui-même et un mystère pour nous autres. Son histoire ne s’explique pas par ce que nous connaissons de la psychologie expérimentale, ni non plus par ce que nous connaissons sur l’inconscient. Elle ne s’explique tout simplement pas… »4
Les poètes ont vite vu en lui un semblable, un frère. Si Verlaine le fait parler à la première personne (« Je suis venu, calme orphelin… »), Georg Trakl l’évoque à la troisième personne, le présentant comme un « rêveur » qui « restait seul avec son étoile »5. Écrivant sur ce Kaspar Hauser né de la pierre, les poètes sont devenus « poètes rupestres », comme l’analyse Laure Gauthier.
Elle décide quant à elle d’écrire avec Kaspar Hauser.


Le livre de Laure Gauthier rend compte d’une vie mutilée. Les chapitres ont un titre suivi d’un numéro. Si « Abandon » et « Maison » occupent trois chapitres, « Marche » et « Rue » s’arrêtent au numéro 1.
Les deux chapitres « Diagnostic » reprennent des indications d’un site internet médical sur les effets secondaires de certains médicaments. Les contemporains pensaient qu’on lui administrait de l’opium dans son cachot pour pouvoir prendre soin de lui et nettoyer le local sans qu’il le remarque. Cela peut-il expliquer au moins en partie le comportement et certains troubles de Kaspar Hauser ? L’oubli de tout ce qui s’est passé pendant les treize ou quatorze ans passés dans le cachot est-il un effet secondaire de la prise d’opium (ou autre substance) ?

Quel destin pour celui qu’on a dépossédé de lui-même et même de rien pour le jeter chaque fois vers une nouvelle maison, un nouveau tuteur ?


« L’Europe bourgeoise des faits divers

Touristes venus me voir, l’attraction de la maltraitance

Oh le marché de la poésie ! »


Enfants du placard, enfants sauvages, rien n’a changé : la curiosité parfois malsaine et irrespectueuse supplante la fraternité. (Où est la poésie ?)
La mise en doute du sujet, cette langue naissante cherchant sans cesse le juste sens, interrogeant inquiète le rapport entre les mots et le monde, voilà qui rencontre la démarche d’une grande partie de la poésie d’aujourd’hui : impossibilité de (puis difficulté à) utiliser le pronom sujet de première personne ; utilisation de verbes à l’infinitif le plus souvent ; métaphores obscures ; manques et ellipses ; parataxes ; ordre des mots inhabituel…
Nous retrouvons cela dans le poème de Laure Gauthier, ainsi que les prononciations défectueuses, proches du bégaiement :


« Et plus jl marchch ch ch plus les soleils devenaient lourds et noirs »


Kaspar Hauser est un « enfant troué », « un fait divers en marche ». Les mots du livre, les trous dans ou entre les lignes ou pages nous présentent cette vérité humaine inatteignable, celle d’un mythe. Laure Gauthier approche ici la parole trouée de Kaspar, l’être sacrifié6. Elle ne cherche ni à rétablir ni à amplifier. Le morcellement du poème restitue un parcours imaginé autant que repris à la réalité recollée d’un être à la vie confisquée.



Isabelle Lévesque
D.R. Isabelle Lévesque
pour Terres de femmes





________________________________________
1. Véronique Bergen, Kaspar Hauser ou La phrase préférée du vent (Denoël, 2006).
2. Kaspar Hauser, Écrits de et sur Kaspar Hauser – traduction de Jean Torrent et Luc Meichler (Christian Bourgois, 2003).
3. Peter Handke, Gaspard – traduction de Thierry Garrel et Vania Vilers (L’Arche, 1971).
4. Françoise Dolto, Kaspar Hauser, le séquestré au cœur pur (Gallimard, 1994 – Le petit Mercure, 2002).
5. Georg Trakl, « Chanson pour Gaspard Hauser » in Crépuscule et déclin suivi de Sébastien en rêve – traduction de Marc Petit et Jean-Claude Schneider (Gallimard, 1972 – Poésie/Gallimard).
6. « Il est un Christ […], sacrifié au vice de possession des humains. » Françoise Dolto, op. cit., p. 44.







Laure Gauthier  Kaspar de pierre 2







LAURE GAUTHIER


Laure Gauthier
Source




■ Laure Gauthier
sur Terres de femmes

Marche 1 [kaspar de pierre]
kaspar de pierre (lecture d’AP)
[Réinvestir la forêt] (extrait de La Cité dolente)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de Laure Gauthier) une fiche bio-bibliographique
→ (sur linked in) une fiche bio-bibliographique
→ (sur le site de Laure Gauthier) une fiche sur kaspar de pierre
→ (sur le site Les Découvreurs) une lecture de kaspar de pierre par Georges Guillain
→ (sur le site de la revue Secousse #23) une note de lecture de François Bordes sur kaspar de pierre [PDF]
→ (sur remue.net) Laure Gauthier | Kaspar de pierre | 1 (autre extrait de kaspar de pierre)
le site des éditions de La Lettre volée




■ Autres notes de lecture (46) d’Isabelle Lévesque
sur Terres de femmes

Marie Alloy, Cette lumière qui peint le monde
Gabrielle Althen, Soleil patient
Françoise Ascal, Noir-racine précédé de Le Fil de l’oubli
Edith Azam, Décembre m’a ciguë
Gérard Bayo, Jours d’Excideuil
Mathieu Bénézet, Premier crayon
Véronique Bergen, Hélène Cixous, La langue plus-que-vive
Claudine Bohi, Mère la seule
Paul de Brancion, Qui s’oppose à l’Angkar est un cadavre
Laure Cambau, Ma peau ne protège que vous
Valérie Canat de Chizy, Je murmure au lilas (que j’aime)
Fabrice Caravaca, La Falaise
Jean-Pierre Chambon, Zélia
Françoise Clédat, A ore, Oradour
Colette Deblé, La même aussi
Loïc Demey, Je, d’un accident ou d’amour
Pierre Dhainaut, Progrès d’une éclaircie suivi de Largesses de l’air
Pierre Dhainaut, Vocation de l’esquisse
Pierre Dhainaut, Voix entre voix
Armand Dupuy, Mieux taire
Armand Dupuy, Présent faible
Estelle Fenzy, Rouge vive
Bruno Fern, reverbs    phrases simples
Élie-Charles Flamand, Braise de l’unité
Aurélie Foglia, Gens de peine
Raphaële George, Double intérieur
Jean-Louis Giovannoni, Issue de retour
Cécile Guivarch, Sans Abuelo Petite
Cécile A. Holdban, Poèmes d’après suivi de La Route de sel
Sabine Huynh, Les Colibris à reculons
Sabine Huynh, Kvar lo
Lionel Jung-Allégret, Derrière la porte ouverte
Mélanie Leblanc, Des falaises
Gérard Macé, Homère au royaume des morts a les yeux ouverts
Jean-François Mathé, Retenu par ce qui s’en va
Dominique Maurizi, Fly
Dominique Maurizi, La Lumière imaginée
Emmanuel Merle, Dernières paroles de Perceval
Nathalie Michel, Veille
Isabelle Monnin, Les Gens dans l’enveloppe
Cécile Oumhani, La Nudité des pierres
Emmanuelle Pagano, Nouons-nous
Hervé Planquois, Ô futur
Sofia Queiros, Normale saisonnière
Jacques Roman, Proférations
Pauline Von Aesch, Nu compris





Retour au répertoire du numéro de mai 2018
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


François Rannou | [Voix tombées derrière le mur]

14 May, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




[VOIX TOMBÉES DERRIÈRE LE MUR]



Voix tombées derrière le mur. D’un coup, nous
en éveil, parlent de quoi ? Qui ? L’air trop haut, perdu, jamais ne
brûle. Passent de l’autre côté,
disparaissent, reviennent les
rumeurs lointaines des
télés par les
fenêtres ouvertes.

Ton corps contre moi serré. Eux
de l’autre côté reviendront toujours
sous d’autres visages. Tes doigts palpent la
rugosité arrondie des bosses de béton, la fraîcheur
mouillée lisse de ta peau aspirée entre
mes lèvres.

Serrure sans clé, la route entravée sent
l’orage. Parabole de nos deux corps. Ouverts
aux limites closes du temps barré, accélérant la poussée des herbes
plates rêches jusqu’à nos reins.

Soudain plus doucement, comme une brûlure, les cuisses tremblent.
Les nuages roulent. L’os écume.

La route trop droite, longtemps. À un moment,
les virages et les mots conduisent le courant, laissent
une cicatrice sur ta bouche. Ton visage efface
vite ses traces, les lignes obliques au-dessus
de l’usine renversent le paysage, « roule sans
penser à rien ». Ton silence d’après n’étouffe pas
le nom glissant sous tes paupières.

Sur la route principale les camions filent vers
la carrière. Au loin, moteur lancinant des moissons. Puis
on ne voit plus le goudron. Sous les phares, la
ligne de sable, celle d’un récit vitres
ouvertes qui de l’intérieur se
défroisse
continument.



François Rannou, « Next Station, III » in La Pierre à 3 visages (d’Irlande), Éditions LansKine, Collection Poéfilm, 2018, pp. 28-29.





François Rannou  La Pierre à 3 visages (d'Irlande)






FRANÇOIS RANNOU


François Rannou
Source



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions LansKine) la fiche de l’éditeur sur La Pierre à 3 visages (d’Irlande)





Retour au répertoire du numéro de mai 2018
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Anne Sexton | When man enters woman

13 May, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




WHEN MAN ENTERS WOMAN







Anne Sexton
Source






When man
enters woman,
like the surf biting the shore,
again and again,
and the woman opens her mouth with pleasure
and her teeth gleam
like the alphabet,
Logos appears milking a star,
and the man
inside of woman
ties a knot
so that they will
never again be separate
and the woman
climbs into a flower
and swallows its stem
and Logos appears
and unleashes their rivers.

This man,
this woman
with their double hunger,
have tried to reach through
the curtain of God
and briefly they have,
though God
in His perversity
unties the knot.



Anne Sexton [The Awful Rowing Toward God, 1975] in Anne Sexton, The Complete Poems, Boston, Houghton Mifflin Company, 1981 ; First Mariner Books Edition, 1999, p. 428. With a foreword by Maxine Kumin.







Anne Sexton, The Complete Poems







QUAND UN HOMME PÉNÈTRE UNE FEMME




Quand un homme
pénètre une femme
comme la vague qui mord la rive,
encore et encore,
que la bouche de la femme s’entrouvre de plaisir
que ses dents brillent
tel l’alphabet,
le Logos semble traire une étoile,
et l’homme
au-dedans de la femme
noue un nœud
pour que plus jamais
tous deux ne se séparent
et la femme se fait fleur
et ravale sa tige
et le Logos apparaît
et déchaîne leurs fleuves.

Cet homme
cette femme
et leur désir duplice
ont tenté de franchir
la courtine de Dieu,
un court instant ils y sont parvenus,
même si par la suite Dieu
dans Sa perversion
dénoue le nœud.



Traduction inédite d’Angèle Paoli.






ANNE SEXTON


Anne-sexton_Joanna-Rusinek
Source



■ Anne Sexton
sur Terres de femmes


Anne Sexton | Her Kind
Anne Sexton | Elisa Biagini | Due mani... Due voci



■ Voir | écouter aussi ▼

→ (sur YouTube) Anne Sexton lisant le poème ci-dessus : « Her Kind », 1966 (The Poetry Center and American Poetry Archives at San Francisco State University)
→ (sur YouTube) Short clips of Anne Sexton reciting some poetry and excerpts from home movies
→ (sur YouTube) Anne Sexton at home - 1 (VOSE)
→ (sur YouTube) Anne Sexton at home - 2 (VOSE)
→ (sur Poetry Foundation) une page sur Anne Sexton
→ (sur anne-sexton.blogspot.fr) de nombreux poèmes (12) d'Anne Sexton (+ leur traduction en français par Michel Corne)
→ (sur le blog Quelques pages d’un autre livre ouvert) une bio-bibliographie (en français) d'Anne Sexton
→ (sur PoemHunter.com) Poems of Anne Sexton
→ (sur lyrikline blog) Readings to remember: Anne Sexton





Retour au répertoire du numéro de mai 2018
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes


Gérard Genette | Bardadrac [Pape]

12 May, by Angèle Paoli[ —]




PAPE




Pape. Un matin de 1957, un de mes bons maîtres, qui, passé lui-même inspecteur général, m’avait fait nommer au lycée du Mans, vint, comme il se faisait alors, m’inspecter dans ma propre petite classe. En guise de rapport, il m’invita à la Brasserie du Théâtre, place des Jacobins, au pied de la cathédrale, et, devant une copieuse potée aux choux qu’il fit, en bon Lorrain, « alléger » de quelques pommes de terre, il commenta ma performance pédagogique sans s’étendre plus qu’il ne convenait sur ce sujet trop professionnel pour un déjeuner tout amical, me conseillait seulement : « Ne soyez pas trop au-dessus du niveau de vos élèves : une leçon d’avance doit vous suffire pour les aspirer.  » Je trouvais à part moi cette recommandation bien optimiste, mais il en était déjà passé à commenter ma récente sortie du PC, sortie qui l’intéressait davantage et qu’il approuvait, mais non sans évoquer avec une nuance de nostalgie mes années de militance à Lakanal. « En Khâgne, vous étiez vraiment le pape », conclut-il. Comme ancien parpaillot (ce qu’après tout j’étais tout autant que désormais ancien communiste), je jugeai plutôt accablant ce constat rétrospectif, et malheureusement justifié par ses plus mauvais aspects. J’aurais sans doute préféré recevoir, comme Julien au séminaire, le surnom de « Martin Luther » — que je méritais, en un sens, pendant ces premières années mancelles, où je me trouvais mis en quarantaine, par la cellule du lieu, comme dangereux apostat. En tout cas, passé d’une khâgne à l’autre et du rôle d’élève à celui de professeur, je ne risquais plus de recevoir cette mitre qui ressemble tant à un bonnet d’âne.
On m’a encore, depuis, qualifié parfois de pape de ceci ou parfois même de cela, et à chaque fois me saisit le ridicule de cette élection sans conclave, et dont le champ est en général dessiné sans grande pertinence : « du structuralisme littéraire », « du formalisme », «  de la poétique », voire, plus récemment, et très peu à propos, « de la Nouvelle Critique ». La vulgate médiatique fait grande consommation de nouveautés éculées et de papautés apocryphes.



Gérard Genette, Bardadrac, Éditions du Seuil, Collection Fiction & Cie, 2006, pp. 318-319.






Gérard Genette  Bardadrac






GÉRARD GENETTE


Gerard_genette
Gérard Genette en 2011
Crédits : ULF ANDERSEN/Aurimages - AFP
Source





■ Gérard Genette
sur Terres de femmes

Épilogue [I’ll remember April]



■ Voir | écouter aussi ▼

→ (sur le site de France Culture) Postscript de Gérard Genette (14 décembre 2016)





Retour au répertoire du numéro de mai 2018
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

0 | 10 | 20 | 30 | 40










mirPod.com is the best way to tune in to the Web.

Search, discover, enjoy, news, english podcast, radios, webtv, videos. You can find content from the World & USA & UK. Make your own content and share it with your friends.


HOME add podcastADD PODCAST FORUM By Jordi Mir & mirPod since April 2005....
ABOUT US SUPPORT MIRPOD TERMS OF USE BLOG OnlyFamousPeople MIRTWITTER