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R S S : Terres de femmes


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Béatrice Bonhomme | Tes nuits sont devenues mes jours

21 February, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



TES NUITS SONT DEVENUES MES JOURS




la poupée voyageant avec moi.

je partirai avec ton amour en bandoulière.

une ardoise magique, même passée et repassée, laissant apparaître des traces.

écrit à l’encre sympathique ne cherche qu’un révélateur pour réapparaître.

c’était venu sans rime ni raison.

je n’ai qu’une vie. je n’ai qu’un ami. je n’ai qu’un je t’aime.

j’espère que tu as bien fait ta chasse au trésor.

ce petit dessin d’un chapeau de fête.

mes journées qui étaient tes nuits.

en me promenant juste dans les rues ou les petits parcs j’ai croisé plusieurs écureuils, un raton laveur et une loutre.

me retrouver à t’envoyer une vraie lettre d’un aéroport.

c’est curieux de t’écrire autre chose que ces messages arrachés à l’urgence et au temps, ces signes qui sont comme des cris, comme des appels, comme des écorchures de l’âme, et d’avoir un espace pour te dire mon amour comme un peu plus tendrement que d’habitude.

te parler toujours dans le silence de ta réponse.

être assujettie à ce rituel de ces mots vers toi.

te dire je t’aime par l’intermédiaire de ces mots écrits qui se poseront sur toi comme des plumes, des flocons, des miettes de vie, si précaires et si nues.




Béatrice Bonhomme, Dialogue avec l’anonyme (textes inédits), 6, in revue littéraire Bleu d’Encre n° 36, Hiver 2016, pp. 17-18. Dossier Béatrice Bonhomme réalisé par Gérard Paris.






Beatrice Bonhomme






BÉATRICE BONHOMME


Béatrice Bonhomme
D.R. Ph. Laurent Bourdelas



■ Béatrice Bonhomme
sur Terres de femmes

Mutilation d’arbre (note de lecture d’AP)
Le pacte des mots
Passage du passereau
[Les petits chevaux de Tarquinia]
Poumon d’oiseau éphémère
Sauvages
T’écrire adolescent
La terre rouge
Variations du visage & de la rose (note de lecture de France Burghelle Rey)
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) Un lacis de sang et d'ombre
→ (dans la galerie Visages de femmes) le Portrait de Béatrice Bonhomme-Villani par Guidu Antonietti di Cinarca, un poème extrait de Poumon d'oiseau éphémère et l’excipit de Mutilation d'arbre



■ Voir aussi ▼

→ (sur Terres de femmes) Kaléidoscope d’Enfances
→ (sur Wikipedia) une belle bio-bibliographie de Béatrice Bonhomme
→ (sur Terres de femmes) La rencontre Hölderlin-Jouve-Klossowski par Béatrice Bonhomme et Jean-Paul Louis-Lambert
→ (sur le site de la Revue d’art et de littérature, musique) un entretien de Rodica Draghincescu avec Béatrice Bonhomme (Numéro 45 - décembre 2008)






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» Retour Incipit de Terres de femmes


Lou Raoul | [dans les maisons détruites abandonnées]

20 February, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[DANS LES MAISONS DÉTRUITES ABANDONNÉES]




dans les maisons détruites abandonnées celles où personne ne serait revenu où les débris de vaisselle jonchant le sol de l’ancienne cuisine où des mots peints en grand sur les façades les maisons en ruine les traces intactes de la guerre tout cela la guerre ce dont Kim aurait entendu parler bien sûr à la fois proche à la fois lointaine les traces là palpables sous la main dans les yeux les maisons détruites abandonnées en ruine voisines d’autres maisons où la vie aurait ramené les bûches de bois devant les portes le linge à sécher sur les fils les moutons dans les prés alentour les parcelles plantées de choux




et à Brač les terrains plantés d’oliviers à Brač où Mladen et Tea debout sous un caroubier qu’enfin Kim verrait Kim découvrirait le port de cet arbre les fruits à même les branches et dans l’herbe au pied de l’arbre jonchée de caroubes brunes sur les échoppes du marché vert aussi et Tea la vendeuse un jour glisserait une cosse dans le sac en plastique rempli de mandarines le sac de plastique léger entre les mains de Kim entre ses mains




le silence Kim le boirait sur la route devant l’église orthodoxe près de la retenue d’eau si claire où la rivière Cetina aurait sa source loin en profondeur où l’eau claire de la Cetina commencerait les cent cinq kilomètres vers la mer son voyage deux Tea s’étreindraient longuement à la gare routière puis l’une d’entre elles monterait dans le car à destination de Makarska, Međugorje, Mostar et la fête foraine battrait son plein en ce dimanche après midi des enfants souriant




feuilles et pigeons se mêleraient Mladen traverserait la rue portant deux gros sacs entiers de citrons des paroles s’échangeraient dans l’ambiance feutrée des cafés théières faïence blanche Kim assise dans un canapé brûleraient les bougies plus loin serait la Riva serait toujours en kermesse des jeunes Mladen finalement ivres




les mains dans la crypte continueraient à toucher la statue de Sveta Lucia celles de femmes seraient sur les vêtements et les draps étendus sur maints fils au-dessus des ruelles et sur les balcons l’eau de la Cetina serait tellement claire qu’elle laverait les yeux la tristesse toute la souffrance et le silence serait juste plein de la laine des moutons traversant la petite route accompagnés d’une femme âgée de noir vêtue seraient ici inhumés des personnes serbes le cimetière entier et leurs noms en cyrillique Kim verrait ce serait décembre la forteresse de Klis sous le soleil lumineux toute blanche et au nord-ouest du mont Dinara la Cetina prendrait sa source […]



Lou Raoul, Otok, Éditions Isabelle Sauvage, Collection présent (im)parfait, 29410 Plounéour-Ménez, 2017, pp. 41-42-43.






Lou Raoul, Otok





LOU RAOUL


Lou raoul
Ph. ©Lou Raoul




■ Lou Raoul
sur Terres de femmes

[galope le printemps] (extrait de Traverses) [+ une notice bio-bibliographique]



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Isabelle Sauvage) la page de l’éditeur sur Otok
→ (sur Ce qui reste) d’autres extraits du recueil Traverses
→ (sur Terre à ciel) une page sur Lou Raoul
→ (friches et appentis) le blog de Lou Raoul







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» Retour Incipit de Terres de femmes


Henri Meschonnic | [chaque instant est un nouveau visage]

19 February, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[CHAQUE INSTANT EST UN NOUVEAU VISAGE]



chaque instant
est un nouveau visage
et se vide
l’instant après



ce n’est pas du silence
qu’on entend
puisqu’il n’y a plus de langage
personne pour parler
personne pour se taire
je cherche des mots
mais il n’y a plus de sens



des voix en moi
n’ont pas
de nom
du sans nom
parle par
moi



toute cette absence
n’est pas seulement
en nous
c’est l’absence aussi
de nous



Henri Meschonnic, Infiniment à venir, in Infiniment à venir, suivi de Pour le poème et par le poème, Éditions Arfuyen, Collection Les Cahiers d’Arfuyen, volume 230, 2017, pp. 20-21-22-23.






Henri Meschonnic, Infiniment à venir.jpg 2





HENRI MESCHONNIC


Meschonnic_©RégineBlaig
Ph. © Régine Blaig
Source




■ Henri Meschonnic
sur Terres de femmes

Et la terre coule
J’apprends une phrase qui n'a pas de fin
nous ne savons pas si
Un visage
8 avril 2009 | Mort d’Henri Meschonnic



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Arfuyen) la fiche de l’éditeur sur Infiniment à venir
De la poésie osmotique d’Henri Meschonnic, article d’Angèle Paoli, publié en mai 2008 dans la revue faire part (document Word)








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» Retour Incipit de Terres de femmes

Frédéric Tison, Le Dieu des portes

par Angèle Paoli
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Frédéric Tison, Le Dieu des portes

par Angèle Paoli

18 February, by Angèle Paoli[ —]

Frédéric Tison, Le Dieu des portes, Librairie-Galerie Racine,
Collection Les Hommes sans Épaules, 2016. Prix Aliénor 2016.



Lecture d’Angèle Paoli


TROIS CLÉS, UNE CONTRECLEF




« Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible », écrivait jadis Gérard de Nerval dans l’incipit d’Aurélia.

Percer ? Il faut bien un verbe d’une telle force pour dire tout le danger qu’il y a à vouloir affronter l’ambiguïté fondamentale qui préside à l’existence des portes. Synthèse à la fois des arrivées et des départs, les portes sont aussi les gardiennes du temps (et du temple), de la guerre et de la paix. Ne combinent-elles pas passé et avenir, intérieur et extérieur, profane et sacré, commencement et fin ? Monde des vivants et monde des morts ? Figure du passage par excellence, la porte ouvre sur le mystère de toutes les oppositions. Connu / inconnu ; lumière / ténèbres ; visible / invisible ; immobilité / mouvement,...

Il peut arriver que le voyageur hésite. Que, pris entre désir et crainte, il reste dans le suspens du seuil. Il arrive aussi que, poussé par l’énergie de vents favorables, il choisisse de franchir cet entre-deux qui le déséquilibre. Qu’il choisisse le passage. Ainsi en est-il aussi du livre. Et de la double hélice autour de laquelle il s’envolute : crainte et désir.

Parmi ces livres, Le Dieu des portes. Je n’ai pu pousser sans une certaine appréhension les trois portes qui se présentent à l’entrée des trois « cahiers » qui composent le recueil poétique de Frédéric Tison. Heurteville / Sylvestres / Planètes. Trois portes au nom mystérieux dont il n’est pas a priori aisé de faire jouer les pênes. C’est donc un recueil à trois temps trois volets que le poète nous invite à traverser. Un triptyque poétique. Et, pour chacun de ces temps, vingt-huit morceaux. Vingt-huit poèmes en prose.

Or, voilà que dans le poème XXVIII du premier « cahier » il est écrit :

« Et tant de jours et d’heures que tu demeures devant la porte dont la serrure est rebelle. »

Cela peut décourager mais tout aussi bien rassurer. D’autant plus que la suite dit :

« Enfin la clef tourne — après tant d’heures et tant de jours. »

Patience donc, lecteur. Tes efforts seront récompensés. Voici comment.

Pour chacune des portes et à l’extérieur du cahier sur lequel elle ouvre, un exergue. Comme dans l’univers des contes, une bonne fée tend une clé. Ici, le poète. Pour la première porte, ce sont les vers de l’écrivain Paul Gadenne qui sont convoqués :

« J’écoute. J’écoute la minute de silence où le poète apparaît
au milieu de tous ces bruits de portes »

La seconde clé est celle de l’une des grandes voix du trobar, Raimbaut d’Orange, poète occitan créateur du poème « La fleur inverse » :

« Ar resplan la flors enversa
Pels trencans rancs e pels tertres…


« Alors resplendit la fleur inverse
Sur les rocs tranchants et sur les tertres… »

La troisième et dernière clé est celle du poète grammairien anglais Geoffrey de Vinsauf, à qui l’on doit un Nouvel Art poétique. Poetria Nova (vers 1210), composé en latin :

Cellula quae meminit est cellula deliciarum.
« La cellule qui se souvient est une chambre des plaisirs ».

Tout cela peut paraître énigmatique. Mais les trois clés sont riches d’indices. L’une, la première, donne du poète une définition possible. Que d’autres motifs viendront compléter :

« Il y a en toi quelqu’un de très ancien, qui se rappelle la nuit. »

Associée au silence, la figure du poète l’est aussi à la solitude implicite, celle qui détache du monde bruyant de la cité. L’autre clé montre au poète « la fleur inverse » — « neige gel et glace / qui coupe et qui tranche / dont meurent appels cris chants sifflets… » (Raimbaut d’Orange). Prenant modèle sur le troubadour occitan « Le Dieu des portes » s’adresse ainsi au poète-voyageur et l’encourage à la création poétique :

« Verse ta voix dans les eaux de la ville — le torrent du caniveau, la rivière des gouttières, la flaque du trottoir—, si là, selon l’ordure, la pluie, le ciel, elle chante les visages tombés, les arches élues, les débris du miroir. »

Dans le sillage où il l’entraîne, il lui délivre quelques arcanes de la création :

« Il paraît que je suis le prince de l’envers et de la fumée, que je caresse les oiseaux et les fleurs d’un autre parc — on dit que j’augmente le ciel et le vent ! »

N’est-ce pas là une définition possible du poète ?

Poursuivant son cheminement aux côtés de Raimbaut d’Orange, le lecteur s’interroge. Pourquoi Frédéric Tison a-t-il choisi la forme du poème en prose ? Il y a sans doute à cela plusieurs raisons. La première est historique. C’est en effet aux poètes-troubadours que l’on doit l’invention de ce genre poétique. Cette « petite forme de prose », très prisée des poètes occitans, a donné vie à des formes variées telles que la nouvelle, le cuento, les « vies brèves ». Longtemps en faveur à l’époque médiévale, le genre poétique sera remis à l’honneur au XIXe siècle avec Gaspard de la Nuit par le poète Aloysius Bertrand. La seconde est plus personnelle. Elle relève d’un goût particulier du poète pour les histoires brèves, qui se peuvent saisir sur la page en un seul regard. Ce que Frédéric Tison suggère dans le sous-titre donné à son recueil : Histoires en peu de phrases. Ainsi sa préoccupation rejoint-elle celles des troubadours, auteurs de « vies brèves ». Fréderic Tison excelle dans cette forme poétique, apparemment simple, mais en réalité extrêmement exigeante.

La dernière clé est sans doute la plus résistante. Elle ouvre sur un monde plus foisonnant et complexe qui semble être le point suprême de la quête poétique du poète. Son floruit. Sans doute faut-il mettre en relation le monde démultiplié des « Planètes », leurs beautés de pierres froides, avec la « chambre des plaisirs » de Geoffrey de Vinsauf. Et les errances multiples du poète guidé par le « Dieu des portes », en relation avec la beauté pure des poèmes, ces petites cellules où s’entrelacent les motifs, macrocosme et microcosme, enluminures des livres d’Heures, vitrail, émaux, mosaïques et moirures aux contrastes saisissants. Là, en effet, au cœur des textes, se côtoient références mythologiques, bibliques, alchimiques, médiévales, littéraires — « lorsque tu marches toute la forêt s’avance derrière toi… »… et musicales. Les unes explicites (Silène, inventeur de la flûte, et Orphée, Guillaume de Lorris et Jean de Meung, Hölderlin, Perrault et Grimm…), les autres implicites (le prophète Ezéchiel, le Jean de l’Apocalypse, Shakespeare, Verlaine, Rimbaud, Nerval et Mallarmé…), et sans doute beaucoup d’autres. Avec peut-être, en arrière-plan, ombre parmi les ombres, celle du couple errant de Dante et de Virgile longeant le Styx et traversant ensemble les Enfers.

« Une barque t’attend, deux rames déployées ; armé d’ombres, nautonier, chante l’eau énorme et légère. Un ciel se déploie au-devant ; chargé d’ailes, prisonnier, demeure dans l’air qui te chante. » (XXVII)

Beauté complexe des poèmes, qui s’apparente à la beauté du chant. D’énigme en énigme, le « Dieu des portes » guide. Le lecteur et le poète. Il enjoint le voyageur à le suivre dans l’entrelacement des figures qui se tisse d’un cahier à l’autre du recueil, à traverser les apparences, du singulier vers le tout et du tout vers l’Un. Chacun des textes, comme dans les contes, délivre une part d’incertitude et de mystère. Rien n’est sûr. Tout repose sur des semblances, des rumeurs dont il est difficile de cerner les contours.

« On raconte que mes paroles sont la porte qui tremble »
« Il paraît que je suis vaste et léger »...

Et, comme dans les contes, mais aussi comme dans la geste médiévale, la répétition scande le texte. Qu’il soit de prose ou de vers. La répétition en effet favorise la mémorisation des événements mais aussi la mémorisation de la ligne mélodique comme l’enseigne Geoffrey de Vinsauf. La répartition alternée en longues (—) et en brèves (∪) ne suffit pas à la beauté du mètre, il y faut des ornementations. Ainsi de ces petites « cellules » qui, répétées, assurent plaisir et beautés, musicalité. Frédéric Tison le sait. Il les affectionne. Celles-ci structurent les poèmes. Nombreuses, elles sont souvent anaphoriques :

« Tu auras su cette immense blessure… »
« Tu auras su la rue énorme… »

Mais pas uniquement, comme dans ce même poème (XXIII, Cahier I) où l’on retrouve par trois fois cette étonnante répétition, qui met l’accent sur le mystère de l’Un:

« …où quelqu’Un n’est pas… »
« … où quelqu’Un est nombre… »
« …quand quelqu’Un est caché dans les visages… »

Le cheminement à travers « l’œuvre léger des nuages » se poursuit, qui ouvre sur des lieux multiples, certains connus de chacun et aisément identifiables, d’autres mythiques, insaisissables. Ce sont lieux de passage marqués d’empreintes invisibles et de présences absentes ; des lieux traversés par les vents trompeurs, traversés par les ombres dont on a oublié les noms. Dans les « villes précieuses », il y a des labyrinthes et des carrefours où se nouent les questions essentielles. Et des rues à miroirs qui démultiplient les visages. Des voix qui se perdent dont on ne reconnaît pas le son. Il y a bien des curiosités et bien des mystères. Il y a des manques, il y a du désir, il y a des attentes :

« Dans ces miroirs qui t’attendent aux carrefours d’allées longues et brèves, quand rencontreras-tu celui qui parlera — celui qui n’aura pas le son de ta voix ? »

Est-ce là le dilemme du poète ? Le cruel paradoxe auquel il se confronte lorsqu’il écrit ? Comment échapper au miroir ? La résolution de l’énigme se trouve peut-être dans la distanciation proposée par le « Dieu des portes » :

« Tu présentes […] de tes œuvres la page inachevée, de ton visage la contreclef. »

Au-delà, la dernière énigme se cache dans le lieu d’écriture du recueil  : RÉCIF TON DÉSIR. Telle est peut-être l’ultime clé, celle qui contient en trois mots les secrets cachés dans les trois autres clés.



Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli






Frédéric Tison 2






FRÉDÉRIC TISON


FTison




■ Frédéric Tison
sur Terres de femmes

[Est-ce là moi cette tête détachée... ?] (extrait du Dieu des portes)



■ Voir aussi ▼

le blog de Frédéric Tison
→ (sur Les Hommes sans Épaules) une notice bio-bibliographique sur Frédéric Tison (+ un entretien de Jean de Rancé avec Frédéric Tison)
→ (sur le site de la revue Possibles) deux autres extraits du Dieu des portes de Frédéric Tison (+ une recension par Pierre Perrin)





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Sofia Queiros | [je à la pointe du jour]

17 February, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[JE À LA POINTE DU JOUR]



je à la pointe du jour traverse la ville en solitaire lueur matinale éclaire les maisons closes me questionne sur les bruits qui enflent qui ronflent sur mon goût pour les pénombres les greniers les ruines les pierres tout ce qui de guingois les gens désarticulés suis cette femme qui se trient devant la foule fière et décidée ou cette autre qui ramasse des cailloux qu’elle enveloppe dans un mouchoir en tissu écossais comme si précieux se reconnaît




elle noue ses cheveux sur la nuque accroche à ses oreilles des boucles à plumes et paillettes traverse un nuage de parfum fait des ronds avec sa bouche des ronds de fumée comme une actrice noire et blanche se perche sur un tabouret comme au cabaret des talons aiguilles rouges des bas le grand jeu pour son miroir pour un soir demande à ce qu’un homme lui décroche la lune très premier degré




[…]




je dénoue mes cheveux longs filasses mes paupières s’affadissent et s’affaissent mes joues bajoues se coupent de rose les pattes d’oie aux coins de mes yeux se creusent mon menton se décroche en galoche je suis une vieille dame prête à renoncer à mon corps mais pour le reste je réfute je tempête et je houspille je manie le parapluie le cabas et le caddie et j’inventorie



Sofia Queiros, Sommes nous, Éditions Isabelle Sauvage, Collection présent (im)parfait, 29410 Plounéour-Ménez, 2017, pp. 19-20-22.






Sofia Queiros, Sommes nous.jpg 2






SOFIA QUEIROS


Sofia Queiros
Source



■ Sofia Queiros
sur Terres de femmes

Normale saisonnière (lecture d’Isabelle Lévesque)
Normale saisonnière (extraits)
et puis plus rien de rêves (extraits)[+ une notice bio-bibliographique]



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Isabelle Sauvage) la fiche de l’éditeur sur Sommes nous





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Sophie Loizeau | [Moabi quand tout va bien]

16 February, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[MOABI QUAND TOUT VA BIEN]



Moabi quand tout va bien
mille ans / soixante-dix mètres
à la façon du sang dans les corps caverneux l’eau
propulsée

après quoi le soleil
dont se gave Moabi par les feuilles
retourne sous la forme de sève aux racines





Moabi quand tout va bien
mille ans / soixan-te-dix mètres
à la façon du sang dans les corps caverneux l’eau
propulsée

après quoi le soleil
dont se-gav Moabi par les feuilles
re-tou-rne sous la f[ɔ]-rme de sève aux racines




on lève la tête sur Moabi et voit le ciel ajouré
les déplacements du grand ocelot

l’ocelot à travers les feuilles si les feuilles bougent





on lèv la tê-te sur Moabi et voit le-ciel ajouré
les dépla[s]ments du grand o[s]lot

l’o[s]lot à travers les feuill si les feuill bougent





sa limite à Moabi / le jour où il ne pourra plus
faire monter sa sève brute
Moabi-chan — cher arbre et le plus haut
chez lui le plus éclairé
ira rejoindre l’ombre du sous-bois

le soleil se ruera en son absence





sa limite à Moabi /le jour où il ne-pourra plus
faire monter sa sèv brute
Moabi-chan — cher arbre et le plus haut
chez lui le plus éclairé
ira rejoin-dre l’om-bre du sous-bois

le soleil se-ruera en son absence



Sophie Loizeau, Ma maîtresse forme, Ma maîtr[ɛ]-sse forme, Naturewriting, édition bilingue écrit/dit, Éditions Champ Vallon, Collection Recueil, 01350 Ceyzérieu, 2017, pp. 9-10-11. [À paraître le 2 mars 2017].






Sophie Loizeau, Ma maîtresse forme






SOPHIE LOIZEAU


Sophie Loizeau
Ph. © Adrienne Arth
Source




■ Sophie Loizeau
sur Terres de femmes

Bergamonstres (note de lecture d’AP)
vendredi (extrait de Bergamonstres)
caudal (extraits)
[L’œil persiste aux lisières] (extrait du Corps saisonnier)
les rêves les mieux ouvrés (extrait de La Femme lit)
→ (dans l’anthologie Terres de femmes) le bain de diane [extrait du roman de diane, paru en mai 2013 aux éditions Rehauts]



■ Voir aussi ▼

→ (sur fr.calameo.com) d’autres extraits de Ma maîtresse forme
→ (sur le site des éditions Champ Vallon) la fiche de l’éditeur sur Ma maîtresse forme
le site personnel de Sophie Loizeau
→ (dans Levure littéraire n° 7) un entretien de Sophie Loizeau avec Rodica Draghincescu
→ (dans la Poéthèque du site du Printemps des poètes) une fiche bio-bibliographique consacrée à Sophie Loizeau
→ (sur le site de l’écrivain Claude Ber) une bio-bibliographie de Sophie Loizeau






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Nathalie Michel [Alone Together]

15 February, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[ALONE TOGETHER]



J60
Le ciel est gris, il fait froid.
Les humeurs tombent. Le ciel passe, sale au-dessus des cimes.
Nos pensées parfois nauséabondes déteignent sur le paysage.
Avant la nuit.

La lumière à cette heure est un scandale de beauté.

/ / / / / / / / / /

Seras-tu capable de te protéger du froid, du sel et de la chaleur,
des particules dans l’air
de supporter tous ces corps dans la mer,
sera-tu capable de résister au désespoir, à l’énergie de leur haine,
seras-tu capable de te tenir encore debout, de croire
es-tu capable de supporter l’agonie de tes frères, le regard des tortionnaires

combien de temps vas-tu survivre au non-sens
à l’inversion des pôles
à notre chute
à la vie-mon-amour ?




J61
Le paysage brut à peine lavé ce matin.
Nuages tenaces, lourdeur des branches, soleil glacial.

Nos besoins d’attachement sont d’une banalité lourde de conséquence.

/ / / / /
Le foin des-champs-de-la-vallée sera coupé ce soir.
/ / / / /

La boite à bourdon.
Donne à entendre le bruit que fait le son
l’énergie de la matière
ce qui passe à travers tout
le bruit profond
le fluide
des transformations

laisser les flux, laisser passer, laissez… feuillages et migrations laissez…




J63
Ça sent l’été, l’herbe coupée, les animaux multipliés, libres, rampants, bondissants.

Me demanderas-tu, mort décharnée,
De renoncer à cette passion
Désespérée d’être au monde ?



Bloc d’opale, elle met à nu les traces d’inhérence.
J’y repense ce soir devant la lune. Il me semble apercevoir la forme de tout ce qui nous entoure avec le vide qui tient les agrégats ensemble.

Cet interstice où se tient la vie
le sculpteur joue de ça
le tourneur de veille la fait entendre.

Ce qui tient tout ensemble comment le dire ? Comment faire mots ?


Archie Shepp  Alone together
Un jour le vieil homme m’a serrée dans ses bras.


Nous ne serons libres qu’ensemble, ou pas.



Nathalie Michel, Veille, Éditions LansKine, 2016, pp. 35-36-37-38.






Nathalie Michel, Veille






NATHALIE   MICHEL


Nathalie Michel




■ Nathalie Michel
sur Terres de femmes

Veille (lecture d’Isabelle Lévesque)



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions LansKine) la fiche de l’éditeur sur Veille de Nathalie Michel





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Arian Leka [L’amour en automne]

14 February, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[L’AMOUR EN AUTOMNE]



L’amour en automne
était une plante malheureuse
fleur fruit et feuille
sur laquelle passe le jaune
sans ouvrir de piste au vert.

Et moi
dans l’unique forme
qu’il me reste
grande aiguille avec un œil
je dois m’introduire
dans ton corps fatigué

pour recoudre en toi
tout ce que j’ai moi-même
décousu.



Arian Leka, L’Amour en automne [extrait du recueil Réparations], Éditions Imprévues, Collection « Accordéons », 26150 Die, 2016, pp. 5-6. Poème choisi et traduit de l’albanais par Élisabeth Chabuel.






Arian Leka,







ARIAN  LEKA


Arian-leka1
Source



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site des éditions Imprévues)
la page de l’éditeur sur L’Amour en automne d’Arian Leka
→ (sur Albanian Books) une notice bio-bibliographique (en anglais) sur Arian Leka
→ (sur Transcript) une page sur Arian Leka





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Nicolas Grégoire | [tendre tendue]

12 February, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour




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[TENDRE TENDUE]




tendre tendue, on pense à ces mots liés par Armand. Le peu d’espace entre. Image quartier sale revient, les restes  de  soi  qu’on traîne et colle. Avec son poids de mots (morts non loin de toujours s’écrire) simples dont on n’arrive plus à se défaire. Détenu d’être au bord, s’y jeter — on voit cet homme, tête frappe la route, s’écrase de vivre trop — seul avec des paroles douces pour ne pas






ne pas, on se réduit. Table à fixer les coulures d’une tasse ou l’image floue de Bergounioux. Limite. Limite des mots et d’être,  de n’être là qu’à tenir vague sans certitude du bien-fondé de la chose.  Juste  ne pas trop grouiller avec. Voire ne plus


ne plus.  Reprise  simple  pour  s’agripper  aux  bruits  des  jeux,   ce  pour  quoi  on ne tombe pas tout  à fait —  on lisse les mots,  encore  —    avec  la  crainte  de
tout emporter
tout s’écarte
on bloque
tait
notre faiblesse
l’incertitude pour laquelle
on vit ?



Nicolas Grégoire, « Même », S’effondrer sans, Æncrages & Co, Écri(peind)re, 2017, s.f. Peintures de Daphné Bitchatch.






Nicolas Gregoire






NICOLAS  GRÉGOIRE


Gregoire
Source



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site d’ Æncrages & Co) la fiche de l’éditeur sur S’effondrer sans
→ (sur Terre à ciel) Un ange à notre table ~ Extraits de Ses restes / en somme (Le Taillis Pré, 2011), suivis d’un court entretien avec Cécile Guivarch






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Ariel Spiegler | [Je vais ramasser dans mes paumes]

11 February, by Angèle Paoli[ —]
« Poésie d’un jour



[JE VAIS RAMASSER DANS MES PAUMES]



Je vais ramasser dans mes paumes
l’eau vive sortie des promesses.
L’orage tombera ce soir,
me laissera les yeux fermés,
les yeux ouverts ; et ma vieillesse.

Je n’attends plus de savoir vivre ni
de prévoir : la sagesse fait dormir.
Je boirai cette eau dans mes paumes
comme on oublie que l’on titube
et elle blanchira mes mains
que j’ai enivrées trop souvent.
J’avais vu l’ombre et la menace,
les yeux ouverts, et ma vieillesse.



Ariel Spiegler, C’est pourquoi les jeunes filles t’aiment, poèmes, Revue Nunc | Éditions de Corlevour, 2017, page 45.






Ariel Spiegler, C’est pourquoi les jeunes filles t’aiment, poèmes, Revue Nunc Éditions de Corlevour, 2017.






ARIEL  SPIEGLER


Ariel Spiegler




■ Voir aussi ▼

→ (sur Place de la Sorbonne) plusieurs poèmes d’Ariel Spiegler
→ (sur Recours au Poème) cinq poèmes d’Ariel Spiegler
→ (sur la revue Ce Qui Reste) Ariel Spiegler & Zoé Landry





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