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Du Mac à Linux, épisode 4 : démolition totale (et bilan final)

17 June, by davduf[ —]

7 mois sont passés, c'est l'heure du bilan. La migration est totalement achevée. Revendiquée. Bouleversante. Ce fut parfois dur, parfois désespérant, parfois à la rupture, mais c'est fait. Bien fait. Il n'y aura pas de retour en arrière. Une dé-li-bran-ce.

Il y a trois mois, après le passage à Linux quatre mois plus tôt, j'hésitais. Mon vieux Mac me faisait à nouveau de l'oeil. Ou plutôt : mon petit confort d'antan me narguait. Les quelques ratés de la migration, résolus depuis, devenaient des montagnes. J'étais triste, obessédé, de sale humeur.

Puis, les solutions sont arrivées une à une ; la solidarité linuxienne, et le soutien de mes proches, ont fait le reste.

D'une certaine façon, les imperfections de Linux sont apparues pour ce qu'elles sont, son charme, le signe d'une liberté : il n'y a pas de carcan, mais un chaos qui s'organise, la mise en place d'une alternative qui ne se dompte pas. A mi-parcours, il y avait une incompréhension : pourquoi tout ne marche pas partout comme partout ? Pourquoi les préférences d'une app sont ici ou là, rarement dans le même menu. Je regrettais le confort du Mac, qui impose sa vision. Quand, justement, je compris qu'il s'agit précisément de ça : une dictature graphique, une obligation visuelle (brillante, certes, mais unilatérale). Et, soudain, je me mis à sourire devant l'anarchisme de Linux : options, préférences, configurations, on joue à cache cache avec les possibilités, on tente de se mettre dans l'esprit des développeurs et puis, si on est pas content, on change tout car on peut tout changer sur Linux. Et adapter sa machine à son bon vouloir et à son bon plaisir.

7 mois sont passés et c'est aujourd'hui la dé-li-bran-ce. Chaque nouveauté est un cadeau, toute mise à jour le fruit d'un travail magnifiquement désintéressé ; vie privée et échanges libres, au coeur du dispositif.

Petite revue de détails d'une révolution qui n'attend que vous :

Et la Fedora arriva (ma distribution Linux)

Finalement, invité par certains ici, j'ai opté pour la distribution Fedora en lieu et place d'Ubuntu. J'ai retrouvé dans sa communauté d'utilisateurs la même franche envie de venir en aide. Quelque chose de rare, de précieux, qui donne furieusement envie de se rendre aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre (RMLL) de St Etienne.

Environnement graphique

Ayant choisi l'environnement graphique Gnome, j'ai opté pour un maximum d'applications intégrées (i.e : qui se marient avec le visuel Gnome).

Applications Mac « ― » Linux

Mail est devenu Thunderbird avec un thème graphique de toute beauté (sur les conseils de Dimitri ici-même). A noter que Thunderbird fonctionne aussi sous Mac. On peut importer ses emails de Mail et sauvegarder le tout, avant migration.

Safari a laissé sa place à Chromium (version Chrome sans les googleries)

La suite bureautique Office est devenue LibreOffice. Pour les textes longs, je prends parfois une alternative, AbiWord, moins gourmande en ressources ordi.

Scrivener Mac est devenu Scrivener Linux.

Skype fonctionne fort bien sous Linux (version Beta), - même si appear.in me semble plus rapide et surtout moins fouineur sur la vie privée.

Pour l'agenda et les contacts, adieu iCal et Contacts (Mac) pour le calendrier et le carnet de contact intégrés à Gnome.

Keynote : c'est le seul accroc. Pour l'heure, j'utilise... Keynote en version en ligne, sur le serveur iCloud (Apple). Une version gratuite, 100% équivalente à la version desktop, en attendant de trouver mieux.

iTunes a été brillamment supplanté par RhythmBox. Au passage, l'importation de milliers de chansons s'est déroulée comme un charme (genres, artistes, albums : tous reconnus ; pour les playlists il faut recourir à un peu de gymnastique).

iMovie ou Final Cut (en version montage de films de base) ont pour équivalent Pitivi. Pour le montage pro, clairement, ça ne me semble pas encore ça (lire le forum ci-dessous, qui apporte un démenti à cette vilaine assertion)

Pour les photos, pas encore eu le temps de migrer ma collection Photo (Apple) sur mon Linux. J'envisage ShotWell. Je suis toute ouïe :-)

Pour le FTP, FileZilla est passé du Mac à Linux sans ombrage.

Notes est devenu SimpleNote (un service des gens de chez WordPress). SimpleNote fonctionne sur Linux, Mac, iOS. Ce n'est pas l'idéal : les notes ne sont pas cryptées, et transitent par les prétendus nuages. C'est pour l'heure une solution de transition. Standard Notes, libre et crypté et plusieurs fois conseillé ici bas dans els commentaires :-)

Evernote : les versions Linux en local semblent encore quelque peu poussives. La version en ligne fonctionne à merveille. Rien de particulier. Il existe des alternatives Linux à Evernote. Ce sera pour plus tard.

En remplacement de TextExpander (ou des snippets d'Alfred) sous MacOs, j'ai choisi AutoKey-py3.

Le lanceur Alfred est devenu Albert, son alter ego libre et fier de l'être.

Transmission Mac et Transmission Linux torrentent aussi bien l'un que l'autre.

A vous de jouer. Lancez-vous. Libérez-vous, bon sang.

Le feuilleton de Mac à Linux

Épisode 4 : démolition totale (et bilan final)
Épisode 3 : une véritable (é)migration.
Épisode 2 : les dix premiers jours.
Épisode 1 : parce qu'il n'y a pas d'alternative.


Destal (Marianne) : « Mes difficultés face au FN ? La dissimulation et la menace »

24 May, by davduf[ —]

Avec le FN, pour Mathias Destal, ça commence par des rapport cordiaux, ça finit glacial. Faut dire que le jeune journaliste a une drôle de manie : follow the money. Pour lui, le FN est une PME Familiale, où les comptes comptent. Destal révèle ici comment son livre, « Marine est au courant de tout » (co-écrit avec Marine Turchi), pourtant sous X, s'est retrouvé dans les mains du FN deux jours avant sa sortie. Il raconte aussi le tournage de leur fameux Envoyé Spécial, rare exemple de télé investigatrice sur le sujet. Et comment le FN tente de le faire taire. Un entretien libre, sans langue de bois.

Comment qualifierais-tu tes rapports avec le Front National ? Et depuis quand travailles-tu avec et sur eux ?

La première fois que j'ai écrit un article avec le mot FN dans le titre, c'était en 2010. A l'époque, j'étais étudiant au Cuej, l'école de journalisme de Strasbourg, J'avais choisi de faire le portrait de Julia Abraham, une jeune militante alsacienne qui se présentait sous les couleurs du FN aux élections cantonales de 2011. J'étais curieux de connaître les motivations de cette jeune lycéenne dont le style ne collait pas avec l'image que j'avais de l'extrême droite et du FN.

C'est en juin 2012 que j'ai commencé à travailler sur ce parti de façon assidue. A l'époque, on m'a proposé de suivre pour Marianne l'élection législative entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen à Hénin-Beaumont. C'était la première fois que j'avais l'opportunité d'observer Marine Le Pen en campagne électorale. L'euphorie qu'elle suscitait sur son passage était impressionnante !

C'est aussi à cette occasion que j'ai rencontré Steeve Briois et Bruno Bilde, les deux hommes qui constituaient alors sa garde rapprochée au niveau local. Le tandem m'a accueilli à bras ouverts, a joué à fond la carte de la séduction, me distillant confidences de campagne et bons mots pour nourrir mes articles. Mais, très vite, nos relations se sont détériorées. La faute à des articles qui ne correspondaient pas, semble-t-il, à ce qu'ils attendaient de moi. Quand je les croisais en ville, ils faisaient mine de ne pas me voir ou me tournaient le dos. C'était plutôt amusant.

Je dirais que mes rapports avec les responsables du Front national sont à l'image de ceux que j'ai entretenu avec Briois et Bilde il y a cinq ans : cordiaux dans un premier temps, avant de devenir franchement glacials.

Quelles furent tes motivations pour te consacrer au FN ?

Mon éveil politique est né avec le 21 avril 2002, j'avais 16 ans. Comme beaucoup de gens autour de moi, j'ai manifesté contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. C'est à partir de cet événement que j'ai commencé à m'intéresser à l'histoire de l'extrême droite en France. J'avais envie de mieux connaître le Front national, de me faire ma faire ma propre idée sur ses combats et ceux qui les font vivre. C'est cela qui m'a poussé à contacter Julia Abraham lorsque j'étais en école de journalisme, puis à sauter sur l'opportunité d'aller à Hénin-Beaumont.



Comment as-tu travaillé pour « Marine est au courant de tout » ? Qu'est-ce qui t'intéressait au premier plan ?

Lorsque Marine Turchi m'a proposé d'écrire ce livre avec elle, cela faisait un moment déjà que nous partagions un intérêt commun pour le système financier mis en place par la présidente du FN et ses amis, en tête desquels on trouve Frédéric Chatillon, prestataire vedette du FN depuis 2011. Il ne m'a donc pas fallu beaucoup de temps avant d'accepter de joindre mes efforts aux siens.

Le projet consistait à prendre l'argent comme fil rouge. Ce qui présentait comme intérêt de pouvoir retracer l'histoire du FN et des Le Pen, qui sont indissociables des histoires de fric, tout en racontant les affaires judiciaires qui minent le parti. Le tout en évitant soigneusement de tomber dans le commentaire politique ou le portrait psychologisant de Marine Le Pen.

Ce travail nous donnait aussi l'occasion d'unir nos forces pour apporter de nouveaux éléments d'information sur la façon dont le FN se finance ; sur les hommes qui gèrent ce financement, et veillent à son opacité ; sur le rôle joué par Marine Le Pen dans tout cela.

Durant les premiers mois d'enquête, nous faisions comme si nous écrivions un livre chacun de notre côté. L'avantage étant notamment que les frontistes m'accordaient plus facilement un rendez-vous qu'ils ne le faisaient pour Marine Turchi de Mediapart. C'est ainsi que j'ai obtenu deux entretiens avec Jean-Marie Le Pen alors qu'il se refusait obstinément à rencontrer ma consœur, coupable, selon lui, de faire un boulot d'auxiliaire de police…

Pour le reste, on a secoué le cocotier dans tous les sens !



Quels ont été les échos de ton livre au sein du FN et de ses affidés ?

Il semble que le livre ne soit pas passé inaperçu en interne. Les principaux cadres du FN savaient avant sa sortie que nous nous intéressions au parti sous l'angle financier.Ils savaient également que nous allions raconter l'ascension de la benjamine le Pen au sein de la « PME familiale » en racontant la façon dont elle avait mis la main sur le parti, et sur les clés du coffre.

Le livre avait été placé sous X par Flammarion, notre éditeur, c'est-à-dire qu'aucun exemplaire n'était censé circuler avant la sortie officielle le 16 mars. Mais deux jours avant la date de mise en rayon, nous avons été contactés sur des éléments précis du livre par des personnes citées. Cela signifiait que le bouquin circulait déjà dans le premier cercle de Marine Le Pen.

Quand il est sorti, nous avons eu quelques retours de frontistes qui saluaient notre travail. On sait aussi que Jean-Marie Le Pen l'a lu. Il aurait dit à des personnes de son entourage qu'il le trouvait très bien documenté. Dans l'entourage de Marine Le Pen, en revanche, ça a été le black out total.

La guerre des chapelles [au sein du FN] est l'une des raisons qui poussent les uns ou les autres à se confier.

Au cœur du FN, tu as tes sources. Quel intérêt pour elles de te parler ?

Le Front national fonctionne de façon pyramidale. C'est ce qui donne l'impression que le culte du chef et la discipline de parti sont plus présents et respectés au FN que dans d'autres formations politiques. Mais derrière cette cohésion de façade, plusieurs écoles de pensées, plusieurs clans, se font concurrence. Les catholiques traditionnalistes ne voient pas toujours d'un très bon œil les nationalistes révolutionnaires qui n'ont pas forcément grand chose à voir avec les nationaux républicains, qui sont souvent eux-mêmes en désaccord avec certaines positions défendues par les plus identitaires des militants frontistes. Cette guerre des chapelles est l'une des raisons qui poussent les uns ou les autres à se confier.

Il y a quelques jours, j'ai reçu un coup de fil d'un frontiste qui m'a appelé pour me donner des billes sur l'un de ses camarades. Si je ne connais pas la raison exacte qui l'a poussé à me mettre sur une possible piste d'enquête, j'ai une certitude : il n'appartient pas à la même chapelle que celui qu'il entend dégommer.

D'autres sources m'informent parce qu'elles ont été placardisées au sein de l'appareil, qu'elles sont en rupture de ban, ou qu'elles ne supportent plus la façon dont est géré le parti. D'une certaine façon, je leur permets de régler des comptes à peu de frais. Le tout est d'en être conscient.



Quelles sont les difficultés propres au FN qu'un enquêteur comme toi rencontre ?

Je dirais qu'il y en a deux : la dissimulation et la menace. La première est maniée avec virtuosité par Marine Le Pen et sa garde rapprochée dés qu'il est question de gros sous. Entre l'utilisation de prête-noms à la tête des sociétés qui travaillent avec le FN ou dans son giron, les changements d'actionnariats réguliers dans ces mêmes sociétés, l'usage de pseudonymes sur Internet et les réseaux sociaux ou les gros mensonges que peuvent servir ceux que tu confrontes à des faits pourtant recoupés, ce n'est pas toujours évident.

La seconde est brandie à la face des journalistes qui s'aventurent dans les arrières cuisines. Il peut s'agir de menace physique ou verbale, comme ce fut le cas pour Marine Turchi ou le journaliste du Monde Abel Mestre, à l'époque où il enquêtait sur l'entourage de Marine Le Pen. Mais le plus souvent, il s'agit de menace judiciaire.

Mardi dernier, Marine Turchi et moi-même avons été convoqué, chacun de notre côté, par la BRDP, rue du château des rentiers, suite à une plainte avec constitution de partie civile déposée par Marine Le Pen. La présidente du FN nous poursuit pour des enquêtes publiées sur « Mediapart » et Marianne à propos des emplois fictifs de sa cheffe de cabinet et de son garde du corps au Parlement européen. Plutôt que de nous attaquer pour une présumée diffamation, Mme Le Pen a choisi de contourner le droit de la presse en nous attaquant pour une supposée violation du secret de l'enquête, du secret de l'instruction et publication d'acte de procédure judiciaire » et recel des dites infractions !

Marine Le Pen, avocate de formation, se fiche pas mal de la liberté d'informer. Elle souhaite avant tout nous empêcher de travailler, en essayant par le même occasion de débusquer nos sources.



Durant la campagne, le FN t'a interdit dans ses meetings. Comment cela s'est déroulé ?

Lorsqu'un journaliste souhaite assister à un meeting organisé par le FN, il doit envoyer un mail au Monsieur accréditation du parti, à savoir Alex Frederiksen. Je lui ai donc écrit un mail pour obtenir ladite accréditation quelques jours avant la soirée électorale du 1er tour organisée le 23 avril. Deux jours auparavant, n'ayant pas eu de nouvelles de sa part, je l'appelle pour savoir ce qu'il en est. Il me dit qu'il n'y a aucun souci : « Si vous n'êtes pas déjà inscrit sur la liste, je rajoute votre nom ». La veille du jour J, il m'écrit sur mon mail : « Je vous informe que vous n'êtes pas accrédité pour la journée et soirée électorale à Hénin-Beaumont. » Je lui demande alors ce qui a changé en 24h. Question restée sans réponse. Je vais donc Hénin-Beaumont, comme prévu.
Plusieurs centaines de journalistes sont présents pour couvrir l'événement organisé dans un gymnase de la ville. Je me présente comme tout le monde au contrôle d'identité. Un membre de la sécurité cherche mon nom dans l'épais cahier recensant les journalistes accrédités : il était barré au stylo avec la mention manuscrite « non accrédité ». Je vais voir M. Frederiksen pour avoir une explication.

« - Il y a trop de monde et pas assez de places, me dit-il.
- Seul mon nom a été rayé de la liste... Qui a fait ce choix ?
- Le directeur de campagne a vérifié la liste hier et a demandé à ce que soit retiré votre nom. Vous avez son numéro ? Vous n'avez qu'à l'appeler. »

J'appelle David Rachline pour avoir ses explications. Même réponse : « Pas assez de place. » » C'était évidemment faux, puisque je venais de voir un photographe passer le contrôle alors même qu'il n'avait pas été accrédité préalablement. J'ai demandé à M. Rachline s'il était conscient que cela revenait à censurer l'hebdomadaire Marianne. Ce à quoi il m'a répondu : « Je n'ai pas de leçon à recevoir de vous ! Vous n'aurez qu'à suivre la soirée sur BFM ».

Ce que je n'ai pas fait.

...Et un autre journaliste de Marianne n'a pas boycotté la soirée de second tour organisée par le parti, comme d'autres journaux l'ont fait, en guise de protestation. Tu as vécu ça comment ?

Je n'ai toujours pas compris ce choix.

Que réponds-tu aux critiques faites aux journalistes qui ont semblé découvrir, en cours de campagne, la vraie nature du FN ?

Qu'entends-tu par « vraie nature du FN » ? Si tu veux parler du fait que ce parti est toujours gangréné par des affairistes et que le parfum du racisme, de l'antisémitisme et du négationnisme embaume toujours les couloirs du Carré [1], alors je dirais que les journalistes ne l'ont pas découvert en cours de campagne. Car les écrits sur le sujet existent. Ils sont le fruit du boulot de ceux qui suivent le FN au quotidien et qui n'ont jamais manqué de rappeler ces éléments quand ils avaient de quoi le faire.

Peut-être que les journalistes auxquels tu penses n'ont pas cru opportun de le rappeler avant par manque de temps, ou d'envie. Peut-être aussi, dans certains cas, par aveuglement.

La mise en sommeil de collectifs anti-FN telles que Ras l'Front, le Sclap, ou de médias militants comme Reflexes, a aussi contribué à ce que le FN gagne en respectabilité et parvienne à faire oublier quelques fondamentaux de son histoire.

Comment expliques-tu que la dédiabolisation, outil de communication, ait marché à plein ? Paresse des journalistes ? Lassitude du combat anti-FN ?

Pour Marine Le Pen, la « dédiabolisation », c'est le combat de sa vie politique. Il y a quinze ans déjà, elle s'était fait un point d'honneur à faire oublier les fondamentaux idéologiques du parti fondé par son père. A l'époque, celle qui commençait tout juste à se faire connaître dans l'opinion pilotait Générations Le Pen, une association créée en 1998 par son beau frère, Samuel Maréchal. « Le rôle que nous nous assignons, c'est de casser l'image diabolisée du Front national et de Jean-Marie Le Pen construite par nos adversaires, afin de permettre aux Français d'accord avec nos fondamentaux de nous rejoindre », expliquait Marine Le Pen dans l'hebdomadaire frontiste National Hebdo en octobre 2002.

A force de répéter que son parti n'est pas d'extrême droite et que les fachos et les adeptes du salut nazi n'ont pas leur place au sein du mouvement, Marine Le Pen a réussi à imposer ce refrain. Certes, une partie des militants au look trop voyant ou à l'attitude un peu trop « rebelle » ont été virés. Mais quand on gratte un peu sous le vernis de la « dédiabolisation », on se rend compte que ce n'est qu'un écran de fumée. Certains des nationalistes les plus radicaux sont d'ailleurs des amis de 25 Chatillon ou Axel Loustau.

Je dirais que la mise en sommeil de collectifs anti-FN telles que Ras l'Front, le Sclap, ou de médias militants comme Reflexes, a aussi contribué à ce que le FN gagne en respectabilité et parvienne à faire oublier quelques fondamentaux de son histoire. Certains de ceux qui ont participé au combat au sein de ces collectifs militants en ont marre. L'un d'eux, que j'ai croisé peu de temps avant le second tour de l'élection présidentielle, en était à se demander s'il ne fallait tout simplement pas que Marine Le Pen accède au pouvoir pour que les gens ouvrent les yeux…

A chaque fois que je demande à tes confrères pourquoi la télé est si atone, ils me répondent : « regardez donc Envoyé Spécial ». Sauf que, justement, il a été réalisé par toi et par Marine Turchi, tous deux de la presse écrite. Alors, oui ou non, la télé est en dessous de tout ?

Les enquêtes sur le FN sont rares à la télévision. Il y a eu le film « Violences d'extrême droite, le retour », diffusé en 2014 sur Canal+. Ou encore le documentaire de France 2 « Jeanne : micro parti, maxi-profits ? » diffusé au printemps 2015, qui avait le mérite de raconter pour la première fois à la télé l'affaire « Jeanne-Riwal » qui vaut aujourd'hui au FN et à neuf personnes physiques ou morales d'être renvoyées devant le tribunal correctionnel de Paris. Mais à ma connaissance, il n'y a pas eu autre chose. Ah si ! Le doc « Front national : l'œil de Moscou », en novembre 2015. Mais c'est tout.

Le problème, selon moi, c'est que les chaînes ou les boîtes de production manquent de journalistes spécialistes du Front national, ce qui me semble nécessaire pour raconter les arcanes du parti.

Pour notre documentaire « Front national : les hommes de l'ombre », nous avons travaillé avec quatre journalistes d'Envoyé spécial qui ne connaissaient pas du tout le sujet. Heureusement que se sont des journalistes de grande qualité et qu'ils ont assimilé très vite la masse d'information que nous leur avons donné. Autrement, nous n'aurions jamais réussi à sortir le film dans le temps imparti.

Le recours à des reconstitutions de témoignages (où l'on entendait un homme de dos dire des propos tenus par un autre, pour préserver son identité) n'est-il pas la limite du genre ?

Après avoir rendu le livre à notre éditeur, nous avons eu un contact avec Jean-Pierre Canet, le rédacteur en chef d'Envoyé spécial, qui souhaitait lancer un sujet sur le Front national. Cela tombait plutôt bien car nous avions pas mal de biscuit. Nous avions également des sources bien informées et des témoins de premier plan avec qui nous travaillions en toute confiance depuis plusieurs mois. Il n'y avait plus qu'à.

Durant le tournage, qui a duré un peu plus de 3 semaines, nous nous sommes heurté à un élément que nous avions négligé : la crainte que suscite la télévision. La plupart de ceux qui nous avaient parlé librement dans le cadre du livre étaient en effet beaucoup moins disposés à collaborer avec une émission telle qu'Envoyé spécial. Par manque de confiance, ou par peur d'être identifié. Car le communicant Frédéric Chatillon, l'élu régional Axel Loustau et le comptable Nicolas Crochet, les trois personnages au cœur de notre enquête, font peur à beaucoup de gens au FN et en dehors.

Il a donc fallu faire preuve de persuasion pour convaincre certains de nos témoins de s'exposer dans le film. L'une des garanties que nous pouvions leur apporter en terme de protection était effectivement le recours à des reconstitutions d'entretiens réalisés spécialement pour France 2.

La première concernait le témoignage d'un frontiste au Parlement européen qui expliquait comment le FN avait utilisé l'institution pour alimenter les caisses du parti et faire des économies. La seconde permettait de faire apparaître les confidences d'un ancien membre du clan de Frédéric Chatillon qui racontait les soirées nazies auxquelles il assistait du temps où il faisait partie de la bande. Evidemment, ce dernier témoignage a mis Chatillon hors de lui. « Manifestement désireux de gagner le concours de l'accusation la plus grave et la plus fausse portée contre moi, un faux témoin a cette fois-ci été requis, a-t-il écrit sur son profil Facebook, le 16 mars (date de diffusion du documentaire). Ce Monsieur ne montre pas son visage, dissimule sa voix et porte des accusations infâmes et invérifiables (...) Je les accuse d'avoir organisé de toutes pièces ce faux témoignage. » Qui peut vraiment croire que nous aurions pris le risque de bidonner cette séquence ? Pas même Frédéric Chatillon, qui, en réalité, paierait cher pour avoir l'identité de celui qui nous a parlé.



Selon toi, où se situe la faillite médiatique vis à vis du FN ?

Difficile à dire. Dans une certaine forme de complaisance pour les autres formations politiques et les abus de leurs dirigeants ?

Qu'est-ce qui te ferait arrêter de travailler sur le FN ?

Sa disparition.

Dernier point, je me rends compte que la plupart des journalistes de presse écrite spécialisés FN ont moins de 35 ans. Qu'est-ce qui explique cette tendance ? Où sont passés les journalistes « historiques » ?

Cela ne me paraît pas aberrant que les journalistes qui documentaient le FN dans les années 90-2000 ne soient plus en première ligne. Au contraire. Cela favorise le renouvellement, comme on dit en macronie !

Ce renouvellement s'explique peut-être par le fait que certains journalistes « historiques » ont tout simplement changé d'air, soit en prenant des postes à responsabilités dans des médias, soit en délaissant le FN pour d'autres sujets d'investigation. Mais, encore une fois, cette tendance me paraît plutôt positive, d'autant que les bataillons FN se renouvellent également à vitesse grand V...


[1] Surnom du siège national du FN, NDLR

L'intégrale des entretiens sur les relations Journalistes et FN.


Faye (Le Monde) : Au FN, « la télévision en elle-même est un enjeu de pouvoir interne »

24 May, by davduf[ —]

Au Monde, Olivier Faye est le rubriquard Front National. Comme tous les autres journalistes interviewés dans cette série, Faye appartient à cette jeune génération qui s'est mis à couvrir le FN au milieu des années 2010. Il livre ici la nature de son métier, et de ses relations avec le FN où « une déclaration qui sort de la ligne officielle peut valoir sanction assez rapidement ».

Comment qualifieriez vous rapports avec le Front National ? Et depuis quand travaillez vous avec et sur eux ?

Je travaille sur le Front national depuis avril 2015, soit pile au moment où le conflit entre Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen a éclaté : l'occasion de plonger dans le grand bain sans avoir le temps de se poser trop de questions. Mes rapports avec le parti varient en fonction des interlocuteurs. Avec certains cadres ou élus, c'est franchement conflictuel ; avec d'autres, plus apaisé, ou branché sur courant alternatif. Il n'y a pas de réponse univoque, même si la méfiance et la défiance à l'égard des journalistes est certainement plus grande au FN que dans d'autres partis.



Quelles furent vos motivations pour vous consacrer au FN ?

Je suivais auparavant les écologistes et le Front de gauche (à l'époque où Jean-Luc Mélenchon et les communistes étaient alliés), on m'a proposé de passer sur le FN, j'ai accepté. Le phénomène électoral est passionnant à décrypter, tout comme les personnages et les débats qui composent ce parti.

Une déclaration qui sort de la ligne officielle peut valoir sanction assez rapidement.

Pourrions nous dire que, s'il y a plusieurs courants au Front national, il y aurait plusieurs approches possibles dans votre travail ? Si oui, lesquelles ?

Non, je traite de la même manière les différents courants - qui existent bien -, tout comme je traite de la même manière les différents partis sur lesquels j'ai pu travailler. En revanche il est évident que ces courants poursuivent des objectifs différents - garder ou prendre le pouvoir au sein du parti ou de la “famille” nationale en général -, donc leurs stratégies vis-à-vis des médias diffèrent. En clair, les libéraux-identitaires, pour schématiser, prennent la parole pour critiquer la ligne nationale-souverainiste de Marine Le Pen.



Dans vos articles, vous citez souvent des sources anonymes de dirigeants frontistes. Quelles sont leurs raisons de vous parler ?

Soit de décrypter telle ou telle décision ou prise de position, soit de les critiquer, sans avoir peur de commettre un impair vis-à-vis de Marine Le Pen ou de ses plus proches conseillers : le FN est un parti où la parole est durement contrôlée. Une déclaration qui sort de la ligne officielle peut valoir sanction assez rapidement. Il n'y a pas de courants officiellement constitués au FN version Marine Le Pen, où on considère que le congrès tranche la ligne politique et que les positions personnelles doivent le rester.

les médias sont vus comme de potentiels fauteurs de trouble.

Et comment vos sources communiquent-elles avec vous ?

Téléphone, SMS, café, déjeuner, en marge d'événements FN, etc.

De quoi le FN a-t-il encore peur de la part des médias, pourtant si indulgents à son égard (sauf exception) ?

Je n'ai pas le sentiment que les médias soient indulgents vis-à-vis du FN. Le parti a une essence bonapartiste, il prône le respect du chef et a peur plus que tout de la désunion : en cela, les stigmates de la scission mégrétiste sont toujours visibles. Donc les médias sont vus comme de potentiels fauteurs de trouble. De plus (et cela ne relève pas de la peur, mais plus du facteur de division potentiel) la télévision en elle-même est un enjeu de pouvoir interne. Celui qui passe à la TV contribue à fixer la ligne du parti : comme le répète souvent Marion Maréchal-Le Pen, “en politique n'existe que ce qui paraît exister”.

Comment expliquez-vous que la dédiabolisation, outil de communication, ait marché à plein ? Paresse des journalistes ? Lassitude du combat anti-FN ?

Je ne sais pas si cette seule stratégie de communication explique la poussée du FN dans les urnes, beaucoup de facteurs sont à l'oeuvre (chômage, terrorisme, etc.). Et l'image personnelle de Marine Le Pen comme du FN restent très clivantes. Par ailleurs, il me semble faux de dire que la presse s'est ruée la tête la première pour appuyer cette stratégie : si l'arrivée de Marine Le Pen en 2011 à la tête du FN a représenté un indéniable mouvement de nouveauté (une femme jeune a remplacé le cofondateur du parti, qui avait participé aux conflits coloniaux), la “dédiabolisation” a aussi été analysée pour ce qu'elle est. C'est-à-dire, comme le résume Louis Aliot, d'en finir avec les accusations d'antisémitisme.

Il y a un monde entre le traitement du FN par la presse écrite et par la télévision. Certains des premiers enquêtent, les second se taisent. Explications ?

Cette dichotomie me semble injuste. Il y a eu de bonnes enquêtes en télévision ces derniers mois, comme Envoyé spécial, sur les affaires judiciaires, ou l'Oeil du 20 heures sur France 2, qui s'est intéressé dans la foulée de l'AFP aux démissions de conseillers municipaux frontistes. Pour ce qui est des chaînes d'information en continu, il ne me semble pas que les affaires ont été tues sur leurs antennes, mais leur complexité nécessite parfois une pédagogie particulière, de prendre du temps : c'est un vrai choix éditorial, qui n'est pas toujours fait. Et les journalistes à l'antenne ne maîtrisent pas toujours ces dossiers sur le bout des doigts, ce qui peut se comprendre vu la masse d'infos qu'ils ont à traiter.



Lors de la petite sauterie du FN le soir de la proclamation des résultats du second tour, vous avez décidé de boycotter. En solidarité des journalistes refoulés. Un beau geste, certes, mais n'était-ce pas exactement le but recherché par le FN : que vous n'assistiez pas à sa défaite (33% des voix au lieu des 40% souhaités) ?

Le contenu informatif était faible dans cette soirée de second tour : que l'on soit présent ou pas, la défaite est là, et les commentaires des cadres frontistes sont les mêmes, voire sans doute plus verrouillés sur place qu'au téléphone. D'autant que les journalistes étaient parqués dans une salle à part. Ce n'est pas forcément la même chose de boycotter un meeting, qui nécessite une mise en perspective du discours, de sentir l'ambiance de la salle, d'interroger les militants ou les cadres sur l'instant. Nous avons considéré qu'il était important de faire preuve de solidarité ce soir-là vis-à-vis des nombreux médias interdits d'accès.

Que répondez-vous aux critiques faites aux journalistes qui ont semblé découvrir, en cours de campagne, la vraie nature du FN ?

Je n'ai pas entendu ce genre de critiques.

Comment expliquez-vous qu'un Florian Philippot se soit autant laissé aller à la fake-newserie (le faux SMS appelant à « tuer Marine », les MacronLeaks, etc) ? Et même Marine Le Pen, laissant planer le doute d'un compte offshore de Macron ?

Une volonté, sans doute, de se raccrocher à toute information possible pour essayer de faire chuter l'adversaire dans la dernière ligne droite, alors que la défaite se dessine avec certitude.

Selon vous, où se situe la faillite médiatique vis à vis du FN ?

Le terme de faillite me semble fort, et il supposerait que les médias ont un rôle à jouer “contre” le FN. Or, ce n'est pas la manière dont je conçois les choses, nous avons un rôle d'information, de contextualisation, notre but est de raconter les personnages, leurs histoires, leurs contradictions, leurs turpitudes, sans complaisance, mais sans animosité non plus. Libre à chacun de se constituer une opinion ensuite.



Qu'est-ce qui vous ferait arrêter de travailler sur le FN ?

La lassitude, l'impossibilité de travailler comme je l'entends, la volonté de passer à autre chose… Rien de spécifique par rapport au FN.

Dernier point, je me rends compte que la plupart des journalistes de presse écrite spécialisés FN ont moins de 35 ans. Qu'est-ce qui explique cette tendance ? Où sont passés les journalistes « historiques » ?

Le poste de “rubricard”, quel qu'il soit, est souvent confié en début de carrière. Et les rédactions peuvent avoir l'habitude de confier à des journalistes plus âgés le soin de couvrir le pouvoir en tant que tel (Elysée, Matignon), et confient donc l'opposition aux plus jeunes de leurs membres.

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Doucet (Inrockuptibles) : « Il y a que des coups à prendre lorsque l'on bosse sur le FN »


22 May, by davduf[ —]

David Doucet a trois ouvrages sur le FN au compteur. Une histoire du parti, une enquête sur la fachosphère (les deux signés avec Dominique Albertini de Libé) et un sur la jeunesse de Le Pen fille. Doucet est aussi rédacteur en chef des Inrockuptibles. Il explique ici comment couvrir le FN est un sport de combat. Et combien « l'extrême droite est parvenue à exploiter Internet mieux que n'importe quel autre camp politique ».

Quelles furent tes motivations pour te consacrer au FN ?

Au cours de mes études d'Histoire, j'ai beaucoup travaillé sur le nationalisme allemand. Quand je suis devenu journaliste en 2011, nous étions en pleine ascension de Marine Le Pen au sein du mouvement. Le sujet était intéressant et j'ai naturellement basculé dessus. Ça m'intéressait de raconter le crépuscule de l'extrême droite historique.



Comment as-tu travaillé pour ton livre « La Fachosphère
» ? Qu'est-ce qui t'interessait au premier plan ?

L'extrême droite est parvenue à exploiter Internet mieux que n'importe quel autre camp politique mais aucune étude universitaire n'avait encore décortiqué les ressorts de cette victoire idéologique. Avec Dominique Albertini, nous avons convenu qu'il y avait un sujet à défricher. Dans notre livre, on a donc tenté de poser les bases d'une étude historique d'un phénomène qui n'a pas fini de faire parler de lui.

...Et sur la jeunesse de Marine Le Pen, avec « La politique malgré elle » (La Tengo) ?

C'est un sujet que m'a proposé Alexandre Chabert des éditions La Tengo. Il avait lancé une collection de livres d'enquêtes sur la jeunesse des potentiels candidats à la présidentielle (Alain Juppé, François Hollande, François Fillon…). Avec Mathieu Dejean, journaliste aux Inrockuptibles, nous nous sommes laissés convaincre de raconter la prime jeunesse de la candidate du Front national. L'idée était d'ausculter son enfance pour voir si sa vocation politique procédait d'un legs familial ou de profondes convictions.

Ce livre, sur la jeunesse de Le Pen, n'est-ce pas un pied dans la peopolisation voulue par l'intéressée ?

Je ne sais pas si Marine Le Pen cherche la peopolisation. Elle protège beaucoup ses enfants. Elle sait mieux que nulle autre comment la politique peut détruire une vie familiale. Ce livre est surtout un pied de nez au storytelling qu'elle aime ânonner. À l'écouter, elle entretiendrait un rapport naturel au pouvoir. Chez elle, la politique serait une vocation, presque une tradition familiale. Cette légende résiste mal à une enquête sur sa jeunesse. Dans notre livre, on raconte que la présidente du FN a longtemps cherché à s'émanciper de la politique. Mais malgré ses efforts pour prendre un chemin alternatif, le poids de son patronyme l'a conduite à suivre les traces de son père.

« Rien de ce que je peux vous dire ne changera l'angle militant que sera le vôtre. C'est donc encore non » (Marine Le Pen, par SMS)

Quels ont été les échos de tes livres au sein du FN et de ses affidés ?

L'extrême droite a tendance à catégoriser chaque journaliste comme un adversaire naturel. Les ouvrages que j'ai pu écrire ont donc toujours été accueillis avec méfiance. L'essentiel à mes yeux, c'est que mes interlocuteurs n'ont jamais remis en cause ma méthodologie et n'ont jamais regretté de m'avoir parlé. On ne m'a jamais accusé d'avoir tronqué ou déformé des propos.

Au coeur du FN, tu as tes sources. Quel intérêt pour elles de te parler ?

Mes interlocuteurs savent que je ne possède pas d'aprioris sur eux et que je n'ai pas un traitement moral du sujet.

Quelles sont les difficultés propres au FN qu'un enquêteur comme toi rencontre ?

J'ai moins de difficultés à accéder à la vieille garde ou aux personnalités en marge du Front qu'à la direction elle-même. Marine Le Pen ou Florian Philippot considèrent qu'ils n'ont aucun intérêt à parler à la presse écrite et ont totalement verrouillé leur communication. Ils trient les journalistes en fonction de leur bon vouloir. Pour la biographie que je lui ai consacré, Marine Le Pen a délibérément refusé de me parler. Après une énième relance, elle m'a répondu d'un SMS lapidaire : « Rien de ce que je peux vous dire ne changera l'angle militant que sera le vôtre. C'est donc encore non ». Ça peut paraître gênant au premier abord d'écrire une bio sans le témoignage du principal intéressé mais ça oblige à multiplier les sources et les entretiens. Ce qui rend l'ouvrage d'autant plus riche.

La fachosphère, et la stratégie des réseaux sociaux prêtée au FN, que tu connais si bien, sont-ils si importants pour sa conquête du pouvoir ?

Malgré tout la bonne volonté de la fachosphère, ses idées ne sont pas majoritaires. Sa force est d'avoir accompagné la déculpabilisation des idées d'extrême droite. Durant longtemps, le vote FN pouvait vous marquer socialement et professionnellement. Aujourd'hui, cette barrière est tombée avec Internet. Le web a brisé la « spirale du silence » décrite par la sociologue allemande Elisabeth Noelle-Neumann. Ce phénomène voit les individus taire leurs pensées lorsque celles-ci contredisent l'opinion publique, par peur de se retrouver isolés socialement. À l'inverse, la Toile d'extrême droite semble provoquer l'émulation de ses aficionados et libérer leur parole.

Dans ton livre La Fachosphère, on apprend que Pierre Sautarel, derrière le porte-étendard Fdesouche, a travaillé un temps pour le site web du FN. Quels sont les liens officiels et officieux entre le FN et la fachophère ?

Après avoir milité au FN, Pierre Sautarel a travaillé au sein de son siège entre 2006 et 2011 comme prestataire de services au sein de la cellule Web du parti. C'est lui qui a convaincu le parti de s'essayer à la vidéo et qui a tourné les premiers “journaux de bord” de Jean-Marie Le Pen. Aujourd'hui Marine Le Pen l'apprécie mais peut parfois s'agacer des critiques émises contre son mouvement. La perception de Fdesouche au sein du FN varie en fonction des sensibilités. Les partisans d'une ligne identitaire, comme Marion Maréchal-Le Pen ou Nicolas Bay, l'apprécient ; tandis que Florian Philippot ou Louis Aliot vouent le site aux gémonies. Pierre Sautarel voit le FN comme un outil, valable seulement dans la mesure où il sert ses propres idées.

Rien n'est simple quand on travaille sur le Front national. L'accès aux sources relève souvent du sport de combat et au sein même de sa rédaction, tout article peut faire l'objet d'un débat.

Selon toi, où se situe la faillite médiatique vis à vis du FN ?

Je pense que le traitement sans nuance du FN, ne fait que renforcer le discours anti-système que tient Marine Le Pen. Ils désignent les médias comme un adversaire commun pour un électorat épars et divisé, et contribuent à la cohésion de celui-ci. Cela conforte la défiance grandissante des Français vis-à-vis des médias traditionnels et les incite à se tourner vers des médias alternatifs, souvent moins fiables.

La dernière fois que nous nous sommes croisés, tu semblais vouloir lâcher la rampe… Comment le FN use ses critiques ?

Rien n'est simple quand on travaille sur le Front national. L'accès aux sources relève souvent du sport de combat et au sein même de sa rédaction, tout article peut faire l'objet d'un débat. Devoir se justifier que l'on est pas un antifa déguisé d'un côté et un militant frontiste infiltré de l'autre, finit par donner envie de lâcher la rampe. Il y a que des coups à prendre lorsque l'on bosse sur le FN.

Dernier point, je me rends compte que la plupart des journalistes de presse écrite spécialisés FN ont moins de 35 ans. Qu'est-ce qui explique cette tendance ? Où sont passés les journalistes « historiques » ?

Je pense pas que l'on puisse être “rubricard Front national” durant une décennie. C'est un sujet qui use ceux qui le traitent. Mais je trouve que la nouvelle génération est très talentueuse et j'espère qu'on aura l'occasion de la lire encore longtemps. Les journalistes historiques n'ont pas disparu. Ils ont bien souvent acquis des responsabilités au sein de leurs journaux respectifs. Renaud Dély est directeur de Marianne, Abel Mestre a fait un passage par la rubrique “sport” du Monde avant de revenir en politique. Les deux reviennent d'ailleurs de temps en temps signer des papier sur le Front national et nous font bénéficier de leur longue expérience du sujet. A croire que l'on ne quitte jamais totalement le traitement du FN...

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Aveline et Perrotin (BuzzFeed) : « Au FN, il y a des arrières-boutiques passionnantes à fouiller »

20 May, by davduf[ —]

David Perrotin et Paul Aveline travaillent pour BuzzFeed. Leur champ d'exploration, principalement (mais pas seulement) : le FN et ses affidés sur les réseaux sociaux. Durant la campagne 2017, Aveline et Perrotin ont révélé posts haineux de candidats locaux du FN et larges débordements de la Fachosphère, faisant de leur site (et de leur fil Twitter respectif) un étonnant poste d'observation. Entretien avec deux vigies du web, désormais refoulés par le parti d'extrême droite.

Comment qualifieriez vous rapports avec le Front National ? Et depuis quand travaillez vous avec et sur eux ?

David Perrotin : Ils étaient bons jusqu'à cette élection, mais les relations avec certains cadres se sont dégradées depuis l'élection de Trump aux États-Unis. L'entourage de Marion Maréchal-Le Pen avait par exemple annoncé que la députée nous boycottait parce que selon elle « BuzzFeed est assimilable à un média diffusant des fake news ». Ensuite, après plusieurs révélations sur le profil de cadres frontistes, le FN a décidé de nous refuser l'accès à sa soirée électorale du second tour.

Paul Aveline : Ils étaient “bons” jusqu'au deuxième tour de la présidentielle et qu'ils décident de nous priver de soirée électorale au 2ème tour.



Justement, racontez comment s'est passé votre blacklistage de la petite sauterie du FN, le soir du 7 mai ? Et qu'avez-vous ressenti ?

Paul : J'avais demandé une accred' dans les temps, comme je l'avais fait pour le 1er tour. La semaine d'avant, il n'y avait eu aucun problème. Il m'est même arrivé de me pointer à des événements du FN sans accred', et d'être rentré sans aucun souci, on ajoutait simplement mon nom sur la liste au stylo. Là, la réponse se faisait attendre. On m'a finalement indiqué la veille par texto que ça n'allait pas être possible “faute de place”. On s'est rendu compte qu'une dizaine d'autres médias avaient reçu à peu près le même texto, et on a compris. Personnellement, je m'en moque, ça n'a pas gâché ma soirée. Si le FN croit qu'il peut se passer des journalistes, qu'il essaie, et on verra si ça marche.

Le FN a montré qu'il pouvait sciemment s'affranchir des faits et relayer des fausses informations sans s'excuser ni les supprimer.

Que répondez-vous aux critiques faites aux journalistes qui ont semblé découvrir, en cours de campagne, la vraie nature du FN ?

Paul : Personnellement, je ne me sens pas trop concerné, et je ne pense pas qu'on puisse dire que des journalistes ont “découvert” la nature du FN. Ils ont juste tendance, parfois, à résumer le FN à Marine Le Pen, comme si son image lissée suffisait à garantir la respectabilité de l'ensemble des cadres et des militants du parti. En ce sens, les critiques sont justifiées. Marine Le Pen est “juste” la présidente du FN. Elle n'est pas le FN.

David : Sur ce sujet, mais comme sur beaucoup d'autres, il y a un clivage entre certains journalistes spécialisés qui préfèrent le champ de l'investigation et d'autres qui relaient surtout les informations politiques. Cela fait plusieurs années que le FN porte atteinte à la liberté de la presse (en refusant l'accès à Quotidien ou Mediapart par exemple), sans que la presse s'en émeuve. Je suis satisfait qu'il y ait eu une prise de conscience générale après la soirée du second tour, mais je pense que cela doit nous contraindre à réfléchir aux actions que nous pouvons mener pour refuser qu'un parti politique dicte ses règles anti-démocratiques à l'encontre d'un ou plusieurs journalistes.



Quelles furent vos motivations pour vous consacrer au FN ?

Paul : Ce qui me plaît au FN, c'est de montrer que ce n'est pas un parti aussi simple qu'il y paraît. Il n'y a pas un bloc uniforme derrière Marine Le Pen qui dirigerait tout sans opposition. Il y a des tendances, des courants de pensée, des personnalités qui s'affrontent. Et il y a des arrières-boutiques qui sont passionnantes à fouiller pour ce qu'elles révèlent du FN “dédiabolisé”.

David : Depuis plusieurs années maintenant je m'intéresse aux sujets liés de près ou de loin aux discriminations. Ce faisant, il m'est apparu indispensable de couvrir le Front national en particulier qui est un parti qui prône des politiques stigmatisantes et souvent favorables à l'exclusion. J'ai aussi regretté que de nombreux médias se “contentent” de répéter les messages de “dédiabolisation” relayés par Marine Le Pen et d'autres, sans analyser les conséquences et la réalité d'une telle affirmation. Il y a un décalage entre la couverture de ce parti proposée par des journalistes comme Albertini, Turchi, Faye et celle menée par des télévisions par exemple comme BFMTV. À BuzzFeed et, avant à Rue89, nous avons donc considéré que nous avions un espace pour proposer un traitement journalistique critique et rigoureux.

Qu'est-ce qu'ils postaient sur Facebook l'année d'avant ? Comment ils tweetaient il y a deux ans ? Etc. Là ça devient intéressant parce qu'on peut passer sous la couche de vernis que leur apose le FN, et on se retrouve avec le FN canal historique.

La fachosphère, et la stratégie des réseaux sociaux prêtée au FN, que vous connaissez bien, sont-ils si importants pour sa conquête du pouvoir ?

Paul : cette stratégie a montré ses limites pendant la campagne présidentielle. Et à mon avis, sans une sérieuse remise en question de ses cadres, le FN n'ira jamais plus loin qu'un second tour à 35%. De nombreux cadres du parti se sont comportés comme des amateurs tout au long de la campagne, que ce soit sur les réseaux sociaux ou ailleurs. Ce genre de stratégie, qui consiste à se comporter comme un troll de base sur Twitter notamment, convainc jusqu'à un certain point. À mon avis, le sommet c'était le débat où Marine Le Pen a voulu jouer la troll en direct, et s'est effondrée face à Macron, venu parler projet.

David : Cette stratégie a été très importante tout au long de la campagne même si un certain amateurisme a été très souvent présent. Le FN a semblé calqué sa stratégie sur celle de Trump en pensant que l'issue électorale pourrait être similaire. Je ne sais pas ce qu'il en sera pour les autres échéances politiques mais une chose est sûre, un pas dans la désinformation et dans la manipulation a été franchie. Le FN a montré qu'il pouvait sciemment s'affranchir des faits et relayer des fausses informations sans s'excuser ni les supprimer. La presse a mené un travail colossal pour fact checker de nombreux mensonges, mais là encore je pense qu'une réflexion est à mener : de la part des journalistes, mais aussi d'autres institutions. Une question peut se poser aujourd'hui : des élus peuvent-ils propager des fake news sans risquer de devoir rendre des comptes ?



Vous avez révélé pas mal de choses durant la campagne, issues de votre travail de veille. Je pense à la photo du député russe homophobe et antisémite Vitaly Milonov avec Marine Le Pen, ou aux posts haineux d'une candidate régionale du FN. En quoi les réseaux sociaux sont-ils un terrain d'enquête sur le FN ?

Paul : Le FN a peu de cadres professionnels comparé aux autres partis. Et forcément, pour des élections qui requièrent un grand nombre de candidats comme les législatives, ils sont obligés d'aller chercher beaucoup de gens issus de la société civile (ce qui n'est pas un mal en soi, au contraire). Sauf que ce sont des gens qui n'ont pas pensé qu'en se présentant, ils ouvraient la porte à un tas de vérifications sur leur passé et leur vie. Qu'est-ce qu'ils postaient sur Facebook l'année d'avant ? Comment ils tweetaient il y a deux ans ? Etc. Là ça devient intéressant parce qu'on peut passer sous la couche de vernis que leur apose le FN, et on se retrouve avec le FN canal historique.

David : Ce n'est pas seulement propre au FN. Avec l'évolution des technologies et des modes de vie, les réseaux sociaux sont un terrain d'enquête à part entière. En revanche, cela se démontre encore davantage pour le FN car ce parti a dû se constituer très rapidement (après ses différents scores aux élections) et mise beaucoup sur les jeunes. Enfin, le Front national a été précurseur dans le domaine du web politique en misant sur le Minitel, les sites web, les blogs, Youtube…

Même si l'influence de la fachosphère n'est pas (encore) quantifiable, elle est bien réelle.

A propos de la fachosphère, on a vu la presse fondre sur elle comme… une aubaine. Une nouveauté. Un truc moderne à raconter. L'effet de loupe est-il justifié ? Son influence est-elle réelle ?

Paul : C'est une aubaine mais c'est aussi un sujet nouveau qu'il faut faire comprendre aux gens. La plupart des Français ne sont pas sur Twitter, et ne vont sur Facebook pour discuter avec leurs amis et leur famille. Là, on a un pan entier d'une campagne qui s'est joué sur les réseaux sociaux. Elle a eu une influence (difficile de dire jusqu'à quel point) dans le sens où des intox lancées sur Twitter se retrouvaient dans les discussions des gens le soir. Parce qu'ils avaient reçu un mail, vu un statut Facebook ou reçu une image etc.

David : Même si ce n'est pas (encore) quantifiable, je pense que l'influence de la fachosphère est bien réelle. Lors de cette élection, nous avons vu des gens organisés sur le net et des fausses informations très bien construites pour discréditer d'autres candidats. Dès lors, je pense que s'intéresser à la fachosphère est capital, surtout lorsque cela peut influencer un scrutin. Pouvons-nous nous améliorer, comment être le plus efficace possible, pour traiter ce phénomène, sont les deux questions auxquelles, nous journalistes, devons en revanche rapidement répondre.



Selon vous, où se situe la faillite médiatique vis à vis du FN ?

Paul : Je ne sais pas s'il y a une “faillite” médiatique. Le problème est insoluble. Soit on arrête de parler du FN, et on est accusé de passer sous silence 30% de la population, soit on le reconnaît comme une force politique sérieuse, et on est accusé de le banaliser. La solution, c'est d'imposer au FN les règles qui s'appliquent aux autres. Le FN trie les journalistes ? Tout le monde boycotte. On verra qui craque le premier. Il n'est pas normal qu'un média blacklisté du 1er tour se retrouve l'un des seuls à couvrir le 2ème tour de l'intérieur. C'est du masochisme, et franchement, ça manque un peu de panache.

David : La faillite médiatique réside dans la façon de traiter ce parti et de relayer ses messages. Certains journalistes sont dans un traitement immédiat et sans recul des infos liées à ce parti. Prenez par exemple l'exclusion de Jean-Marie Le Pen. Ce fait politique a été traité comme une série télévisée où l'on évoquait la volonté de Marine Le Pen de “dédiaboliser” davantage encore le parti jusqu'à “tuer le père”. Or avec un peu de recul, il était aisé de s'apercevoir que tout cela relevait de la stratégie politique et que si, en apparence, Marine Le Pen adoucissait la ligne du FN, il n'en était rien en réalité. La gestion locale des maires FN, le programme du parti et les cadres sulfureux (Loustau, Chatillon, Jalkh…) travaillant toujours pour celui-ci, suffisaient à le démontrer.

Dernier point, je me rends compte que la plupart des journalistes de presse écrite spécialisés FN ont moins de 35 ans. Qu'est-ce qui explique cette tendance ? Où sont passés les journalistes « historiques » ?

Paul : alors là… aucune idée (mais tant mieux, place aux jeunes un peu).

David : Peut-être que finalement la presse se renouvelle aussi. Plus sérieusement, je pense que c'est lié à la façon de traiter ce parti. Les journalistes historiques avaient des méthodes traditionnelles. Or, pour couvrir ce parti et enquêter dessus, il faut évidemment prendre en compte les réseaux sociaux, ou aller sur des terrains compliqués. Le jeune âge peut peut-être rendre plus à l'aise pour adopter ce traitement journalistique.

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Daudin (AFP) : « Couvrir le FN, c'est se débattre entre plusieurs silences »

17 May, by davduf[ —]

Guillaume Daudin est un agencier. Un jeune et un sérieux, qui couvre le FN avec une belle rigueur. Dans l'ombre, où son nom apparait si peu, juste mue par le désir de transmettre l'information. Il raconte les relations aigres-douces entre le parti et l'AFP, rebaptisée par les frontistes Agence France Propagande ou Agence France Pravda.

C'est lors de la conférence de presse Le Pen/Dupont Aignan que L'infiltré l'a croisé. Guillaume Daudin était assis, un peu seul, entre les cadres du FN, venus faire la claque et la Marseillaise, et les quelques journalistes. Ultra-concentré, Guillaume Daudin était là comme une vocation. Un « journaliste hostile », un vrai donc, comme l'a un jour twitté Marine Le Pen.

Comment qualifierais-tu tes rapports avec le Front National ? Et depuis quand travailles-tu avec et sur eux ?

Apprenti à l'AFP, de 2010 à 2012, j'avais déjà fait quelques papiers avec mon prédécesseur Andrea Bambino, qui m'a donné envie de me pencher sur le FN. J'ai décroché la rubrique en novembre 2013. J'ai donc couvert les municipales, les européennes, les sénatoriales, les départementales, les régionales, la présidentielle, et bientôt à venir les législatives, soit un grand chelem, sans oublier le dernier congrès du parti, ainsi que les retentissants six mois ayant abouti à l'exclusion de Jean-Marie Le Pen du parti… Toute une période passionnante, riche d'enseignements pour moi en tant que journaliste mais aussi en tant qu'individu et citoyen.

Les relations avec le FN sont difficiles à qualifier d'un bloc. Il y a des relations compliquées, parfois houleuses avec certains hauts dirigeants, qui ne répondent que très peu aux différentes sollicitations car ils estiment, a priori, que mes dépêches visent à leur nuire. Et puis il y a d'autres dirigeants avec lesquels mes relations sont professionnelles, courtoises, normales en somme voire agréables. Il y a aussi tous ces cadres locaux avec qui des discussions sur la vie du parti sont possibles sans complication aucune, une véritable richesse pour mon travail.

Le FN parle de l'AFP comme de l'Agence France Propagande ou Agence France Pravda. Comment on vit ça quand on est le spécialiste du FN pour l'agence ?

Moi ça m'amuse plutôt, même si d'autres déclinaisons des lettres AFP m'amusent plus encore :)

Il faut juste voir ça comme des tentatives, comme il peut en exister parfois dans d'autre partis, pour infléchir mon travail dans un sens plus favorable au parti de Marine Le Pen. Les critiques (nombreuses parfois) peuvent d'ailleurs être utiles en ce qu'elles incitent à la remise en cause permanente, à réfléchir à son travail, à ce qu'on écrit.

Peux-tu nous raconter l'opération « AFPaufildeleau » ?

Pas grand-chose à en dire en réalité, puisque j'ai appris ça par le Canard la semaine dernière. Paul-Alexandre Martin, un proche de Frédéric Chatillon, ami de Marine Le Pen et salarié de sa campagne renvoyé en correctionnelle dans l'enquête sur le financement des campagnes électorales 2012, a acheté ce nom de domaine, semble-t-il pour parodier l'AFP et la discréditer sur internet… Je n'ai pas été plus en avant dans mes recherches vu que cette opération est morte-née en janvier… Je ne pense pas que ça aurait intéressé grand monde.

J'ai coutume de me dire que couvrir Les Républicains, c'est se débattre entre plusieurs intoxs, tandis que couvrir le FN, c'est se débattre entre plusieurs silences.

Pourrions nous dire que, s'il y a plusieurs Front national, il y a plusieurs approches possibles dans ton travail ? Si oui, lesquelles ?

Il y a en effet plusieurs approches possibles, mais c'est le cas je pense dans tous les partis : on ne parle pas de la même manière à la tendance qui gouverne le FN, pour faire un néologisme les marino-philippotistes, et à celle qui est d'une manière ou d'une autre dans l'opposition interne, à savoir les marionistes. Les seconds ont plus intérêt à parler et à s'épancher pour faire valoir leur avis, tandis que les premiers, détenant le pouvoir interne, ont plutôt tendance à se recroqueviller.

Mais comme dans tout travail de journaliste, il s'agit de trouver la bonne d'entrée, à savoir l'intérêt pour tel ou tel personne de parler, son objectif au sein de l'organisation dont il fait partie, etc… et ça finit d'une manière ou d'une autre par marcher.

Depuis le second tour, mais aussi pendant la campagne, tu cites plusieurs sources anonymes de dirigeants frontistes. Sais tu quelles sont leurs raisons de te parler ? La nature, fermée, du parti, n'est-elle finalement pas propice à ce genre de « fuites » ?

Le Front national est un parti très fermé, en effet. J'ai coutume de me dire que couvrir Les Républicains, c'est se débattre entre plusieurs intoxs, tandis que couvrir le FN, c'est se débattre entre plusieurs silences. Cette vision est en fait un peu caricaturale : chez LR, les dirigeants parlent beaucoup, la com est relativement ouverte, sauf bien sûr sur les affaires financières, et il y a finalement peu d'intox. Au FN, au contraire, c'est très fermé, mais avec du temps, on parvient à discerner quelles sources vont avoir tendance à parler, parce qu'elles fonctionnent ainsi, dans un certain respect du travail de la presse et donc de l'intérêt public, ou tout simplement parce qu'elles y voient leur intérêt : défendre leur vision, faire comprendre ce qui s'est réellement passé au-delà de la communication du parti qui ne craint rien plus qu'apparaître divisé, et qui a du mal à gérer ces tensions internes.

Tout ceci est le reflet des luttes pour le contrôle de la ligne et de la parole du parti. Certains ne veulent pas laisser le ministère de la parole aux plus présents sur les plateaux TV.

Tweet original

Au fil de la campagne, on a vu le FN se recroqueviller comme au temps des années 1980/1990. D'abord, Médiapart et le Quotidien interdits. Puis Marianne. Puis les journalistes parqués dans des travées lors des derniers meetings, jusqu'au point d'orgue, la proclamation des résultats du 7 mai, au Chalet du lac, avec un grand nombre de journalistes refoulés. Comment expliques-tu cette tendance ?

Le Front national estime régulièrement que certains journalistes lui sont hostiles et ne font pas un travail de journalistes mais de militants, justifiant ainsi des interdictions, notamment de Mediapart et Quotidien. Marianne n'est pas interdit globalement : c'est l'un de ses journalistes, Mathias Destal, auteur d'une enquête sur les finances de Marine Le Pen et du Front national avec Marine Turchi de Mediapart, qui a été recalé. Au Chalet du Lac, difficile de dégager une tendance sur la base de la liste des journalistes qui n'ont pas eu d'accréditation, même si cela concerne les habituels recalés, et de nombreux pures players, à l'audience supposément faible...

Marine Le Pen l'a pourtant assuré lors du Congrès de Lyon de novembre 2014 : ce n'est pas parce que les journalistes seraient hostiles qu'ils seraient refusés.  Nous ne refusons pas l'accès du #CongrèsFN aux médias hostiles : la preuve M. Daudin de l'AFP, entre autres, est accrédité. MLP avait-elle écrit à mon sujet sur Twitter :)

Le Front national est en permanence sur une sorte de corde raide, craignant un propos de l'un des siens qui ne collerait pas avec l'image à laquelle il essaie d'aboutir.

De quoi le FN a-t-il encore peur vis à vis des médias, pourtant si indulgents à son égard (sauf exception) ?

Je ne dirais pas globalement que les médias sont indulgents vis-à-vis du FN, mais ils ne sont pas pour autant hostiles. Il suffit de voir les affaires Thévenoud, Morelle, Leonarda ou plus récemment Fillon pour comprendre que les médias traitent d'une manière assez similaire les problèmes qui affectent chaque organisation et ses membres.

Le FN a un passé de propos polémiques, parfois antisémites ou racistes, pour lesquels son dirigeant historique, Jean-Marie Le Pen, a été plusieurs fois condamné en justice. Marine Le Pen essaie à tout prix de se dégager de ce stigmate, et le Front national est donc en permanence sur une sorte de corde raide, craignant un propos de l'un des siens qui ne collerait pas avec l'image à laquelle il essaie d'aboutir.

Il y a aussi un peu une répartition du travail journalistique, une sorte d'écosystème entre presse écrite, radio et télévisions, qui n'est pas forcément néfaste par principe.

Comment expliques-tu que la dédiabolisation, outil de communication, ait marché à plein ? Paresse des journalistes ? Lassitude du combat anti-FN ?

Les chercheurs qui se sont intéressés à la question jugent que cette stratégie de dédiabolisation a été adroitement menée par Marine Le Pen et le FN et présentait l'avantage de raconter une histoire comestible pour la presse, celle de l'évolution d'un parti essayant de se débarasser d'une gangue néfaste, un récit de la normalisation d'une organisation, avec ses succès, ses revers, ses contre-temps, etc.

Je conteste par ailleurs l'idée qu'il y ait un combat anti-FN à mener : mon rôle en tant qu'agencier n'est pas de combattre le FN, pas plus de le favoriser, mais de raconter la vie de ce parti, ses propositions, ses choix, ses contradictions parfois. C'est ensuite aux citoyens, bien assez grands pour ça, de décider de leur vote.

Il y a un monde entre le traitement du FN par la presse écrite et par la télévision. Certains des premiers enquêtent, les second se taisent. Explications ?

C'est pas forcément vrai : l'un des documents qui a eu le plus de retentissement pendant la campagne était un documentaire d'Envoyé Spécial sur France 2. Il était certes basé sur une enquête réalisé par des journalistes de presse écrite et internet [1] mais il a nécessité un véritable travail supplémentaire. Je ne connais que très peu le monde de la télévision, donc j'aurais du mal à m'exprimer sur le sujet. Ce que je peux dire, c'est qu'il me semble plus facile d'enquêter pour la presse écrite, car les sources anonymes sont bien plus faciles à utiliser. Il y a aussi un peu une répartition du travail journalistique, une sorte d'écosystème entre presse écrite, radio et télévisions, qui n'est pas forcément néfaste par principe.

C'est vrai toutefois que les enquêtes sur le financement des campagnes FN n'ont pas énormément intéressé les TV : elles sont complexes à raconter à l'écrit, donc plus encore à l'écran, c'est une explication probable. Mais on a vu que les télés ont joué un rôle important dans les enquêtes sur les soupçons d'emplois fictifs d'assistants parlementaires FN, notamment parce que l'enquête a pris une nouvelle dimension pendant la campagne présidentielle.

Cet effort d'image et d'insistance sur la professionnalisation a volé en éclats aux yeux [de certains cadres du FN] lorsque Marine Le Pen a raté son débat d'entre deux-tours face à Emmanuel Macron.

Le FN s'annonçait comme professionnel, doté enfin de cadres diplômés, des bac +7, des énarques, un ancien de l'IFOP. Vu de loin, il semblerait que le professionnalisme promis, notamment sur le plan com, n'est pas encore là. Je me trompe ?

Le professionnalisme du parti a progressé depuis que je le couvre, ça me paraît assez incontestable. De nombreux cadres ont obtenu des mandats, sont donc plus au fait de la vie politique réelle, des dossiers locaux et nationaux. Pour autant, de nombreux cadres et élus FN m'ont confié comme ils ont confié à des confrères qu'une partie de cet effort d'image et d'insistance sur la professionnalisation a volé en éclats à leurs yeux lorsque Marine Le Pen a raté son débat d'entre deux-tours face à Emmanuel Macron. Plusieurs de ces personnes, de ce qu'ils m'en ont dit, ont eu l'amer sentiment que Marine Le Pen a gâché des années d'effort de leur part.


[1] Lire les interviews de Marine Turchi et Mathias Destal, les co-auteurs de cette enquête

Lire la série de tous les entretiens sur les relations Journalistes et FN.


Turchi (Mediapart) : « La jeune génération du FN est beaucoup plus intolérante avec les journalistes qu'une partie de la vieille génération »

16 May, by davduf[ —]

Marine Turchi est la co-auteure de « Marine est au courant de tout » (Flammarion) avec Mathias Destal, et l'une des investigatrices les plus en pointe sur le Front National. Pour Mediapart - exclu de toute communication officielle avec le FN - Marine Turchi enquête. Décrit. Et révèle. Les financements russes, la GUD Connexion, les petites affaires d'arrière-boutique.

C'est un combat à distance, entre deux Marine. La Le Pen, tout en force, en puissance ; et la Turchi, tout en discrétion, et en persévérance. L'une veut le pouvoir ; l'autre incarne le contre-pouvoir d'un journalisme perdu, ou quasi, un journalisme qui n'aurait pas oublié ses fondements romantiques. Plus rare encore, il y a chez Marine Turchi une modestie sincère et un amour du travail de fond, qu'on retrouve si peu chez bien de ses confrères.

Après Dominique Albertini de Libération, hier, c'est donc naturellement son tour de répondre à ce petit tour d'horizon des journalistes au Front.

Comment qualifierais-tu tes rapports avec le FrontNational ? Et depuis quand travailles-tu avec et sur eux ?

Je travaille sur le Front national depuis 2008 – je l'ai fait d'abord à mi-temps, en couvrant simultanément la droite, le centre et l'extrême droite, puis à temps plein à partir de 2014. Mes rapports avec le FN étaient courtois au départ, les dirigeants étaient certes méfiants, mais je pouvais travailler. L'accueil des militants était même plutôt bon car à l'époque, Mediapart avait révélé plusieurs affaires sur Nicolas Sarkozy et ses entourages. La campagne présidentielle de 2012 a été marquée par un revirement : Mediapart a été blacklisté par le FN, et les portes se sont refermées. Plus d'accès, plus d'interviews, plus de déclarations « on ». Il a fallu trouver un autre moyen de couvrir ce parti, ses militants, ses électeurs. En un sens, cette interdiction m'a poussée à un traitement plus enquêté sur ce parti – ses financements, ses cercles de l'ombre.

« Je vous parle, mais quand vous viendrez à l'université d'été du FN, je vous jetterai des pierres avec les autres ».

Depuis un certain nombre de mois, tu cites plusieurs sources anonymes de dirigeants frontistes. Sais tu quelles sont leurs raisons de te parler ? La nature, fermée, du parti, n'est-elle finalement pas propice à ce genre de « fuites » ?

Les propos “off” de cadres ne sont pas le seul fait du Front national, mais il me semble que depuis un an les articles sur ce parti sont particulièrement nourris de propos sous couvert d'anonymat. Cela s'explique par le verrouillage du FN, sa verticalité et son hypercentralisation, mais aussi par la culture du chef unique et incontesté en vigueur dans ce parti depuis 45 ans bientôt.

Ces “off” de cadres frontistes dans les colonnes de Mediapart montrent en tout cas une chose : la consigne de Marine Le Pen et Florian Philippot de boycotter notre journal n'est pas suivie par tous au Front national. Certains reconnaissent même la qualité de notre travail d'enquête. Pour autant, ils sont rares à braver l'interdit jusqu'au bout en apparaissant à visage découvert… Ceux qui me parlent sont pour beaucoup des anti-Philippot qui veulent exprimer un autre point de vue que la ligne officielle. Certains sont aussi particulièrement hostiles à la « GUD connection » qui entoure Marine Le Pen et juge notre travail d'enquête pertinent et nécessaire de ce point de vue. D'autres encore sont peut-être heureux d'avoir une attention médiatique. Mais il y a parfois chez eux une certaine schizophrénie, comme ce membre du bureau politique qui me parle en “off” depuis plusieurs années, tout en me disant : « je vous parle, mais quand vous viendrez à l'université d'été du FN, je vous jetterai des pierres avec les autres ».



Au fil de la campagne, on a vu le FN se recroqueviller comme au temps des années 1980/1990. D'abord, toi et le Quotidien interdits. Puis Marianne. Puis les journalistes parqués dans des travées lors des derniers meetings, jusqu'au point d'orgue, la proclamation des résultats du 7 mai, au Chalet du lac, avec un grand nombre de journalistes refoulés. Comment expliques-tu cette tendance ?

Cela va de pair avec la stratégie de « dédiabolisation » du Front national. L'histoire du FN est parcourue de moments où les portent s'ouvrent et se referment. En 2007, année zéro pour le parti car Nicolas Sarkozy avait siphonné ses voix et que Le Pen, vieillissant, avait sans doute fait sa campagne de trop, les portes se sont rouvertes, car le Front national avait besoin des médias. En 2011, l'arrivée de Marine Le Pen à sa tête, celle de Florian Philippot comme vice-président, puis les succès électoraux ont entraîné un nouveau verrouillage du parti et de sa communication. Paradoxalement, la jeune génération du FN est beaucoup plus intolérante avec les journalistes qu'une partie de la vieille génération, qui n'attendait finalement rien des médias. Cette nouvelle génération est dans une volonté de contrôle totale de leur image, et ne comprend pas – ou mal – la différence entre communication et information, entre travail de propagande et travail journalistique critique. Cela vaut d'ailleurs aussi pour le travail de la recherche. Lors du colloque sur les 40 ans du FN, organisé par plusieurs chercheurs en 2013, des dirigeants frontistes se sont plaints de ne pas avoir pu y intervenir… Mais jamais des dirigeants politiques ne sont conviés à un colloque de recherche sur un parti ! Ce verrouillage a abouti, à partir de 2012, à un tri sélectif des médias (et des chercheurs). Ce tri s'est resserré dans les villes frontistes en 2014, puis, on l'a vu, pendant cette campagne présidentielle.

Quand est-ce qu'on pose tous les stylos pour dire que ce tri sélectif du #FN depuis des années n'est pas possible ? https://t.co/T6LkH4JOX7

— Marine Turchi (@marineturchi) 28 avril 2017

Tu as lancé un appel à poser les stylos. Il a mis du temps à être relayé. Explications ?

Dans les années 1990, lorsqu'un journaliste était dans le viseur du FN – c'est arrivé par exemple en 1992 avec Thomas Legrand, ou en 1998 avec John Paul Lepers – les confrères étaient solidaires, ils posaient les caméras et les stylos. Aujourd'hui on voit qu'un boycott généralisé n'est plus possible. D'abord parce que les télévisions de suivent pas : j'en ai fait l'expérience en septembre 2014 aux universités d'été, lorsque j'ai été sortie après une demi-journée à l'intérieur. Une grande partie de la presse écrite, web et des radios ont boycotté la journée par solidarité, pas les télés. L'autre explication est que, finalement, les confrères ont intégré comme une fatalité (et une normalité) que deux médias soient boycottés : cette interdiction ne fait plus réagir. Il a fallu attendre que d'autres grands médias soient eux-mêmes empêchés de travailler pendant cette campagne pour qu'ils réagissent par un communiqué commun de 36 Sociétés de journalistes (SDJ).

Mais signer un communiqué est facile ; boycotter sur le terrain ou engager une journée blanche est un pas que beaucoup de médias ne franchissent pas. Lors du second tour, encore une fois, malgré la non-accréditation d'une partie de la presse, tous les médias n'ont pas boycotté. Même l'hebdomadaire Marianne, dont un journaliste a été refoulé au premier tour, est resté à l'intérieur au second tour… La solidarité entre médias a faibli, mais surtout on assiste à une certaine apathie, indifférence face à ces entraves répétées à la liberté d'informer.

On a vu décliner les invitations FN sur les chaînes d'info en continu lorsque des journalistes auteurs d'enquêtes sur ses affaires étaient aussi invités en plateau.

Selon toi, de quoi le FN a-t-il encore peur vis à vis des médias, pourtant si indulgents à son égard (sauf exception) ?

Le Front national reste très méfiant à l'égard des journalistes. Mais quelque chose d'assez paradoxal s'est installé ces dernières années : tout en écartant certains médias qu'il juge trop critiques, le FN tente d'en instrumentaliser d'autres pour parfaire sa stratégie de « normalisation ». Il tolère très bien les chaînes d'information en continu où on lui tend le micro avec souvent moins de contradictions, comme BFMTV, où Florian Philippot est un invité permanent. Mais on l'a vu décliner des invitations sur ces même chaînes lorsque des journalistes auteurs d'enquêtes sur ses affaires étaient aussi invités en plateau, redoutant sans doute des questions plus précises ou incisives, et des relances… Cette méfiance est aussi vraie localement où les relations avec la presse sont tumultueuses. Dans plusieurs de ses villes, le parti tente de se passer de la presse locale, en développant à grands renforts de moyens son journal municipal ou en créant des blogs et pages facebook. C'est un moyen de contourner l'information pour distiller directement la sienne.

Un glissement sémantique s'est opéré dans la bouche de certains journalistes : le « marinisme » a remplacé le « lepénisme », Marine Le Pen est devenue « Marine » et le « Front national » le « Front »

Comment expliques-tu que la dédiabolisation, outil de communication, ait marché à plein ? Paresse des journalistes ? Lassitude du combat anti-FN ?

La stratégie de « normalisation » menée pendant de longues années par Marine Le Pen a été terriblement efficace : sans modifier les grands axes du programme du parti, elle est parvenue à laisser s'installer l'idée qu'un « nouveau FN » était né. Cette idée a infusé, pas seulement auprès des électeurs, mais aussi auprès d'une partie des médias. À partir des cantonales de 2011 – les premières élections du FN présidé par Marine Le Pen – un glissement sémantique s'est opéré dans la bouche de certains journalistes : le « marinisme » a remplacé le « lepénisme », Marine Le Pen est devenue « Marine » et le « Front national » le « Front », et certains ont repris à leur compte le slogan de campagne du FN, « la vague bleu marine ». On a aussi vu Marine Le Pen devenir la “bonne cliente” des médias, y compris de la presse people ou féminine. Les raisons de ce revirement sont multiples : la couverture du FN assurée parfois par des journalistes non spécialistes, un manque de temps pour travailler, peut-être la facilité et une certaine paresse parfois. De manière plus générale, une partie des médias traitent le parti dans un mouvement de balancier alternant entre « dédiabolisation » et re-diabolisation quand il faudrait revenir à un traitement dépassionné et plus factuel.

Face aux médias, le #FN entre censure et tentative d'instrumentalisation https://t.co/V7FQqIcmip cc @caromonnot

— Marine Turchi (@marineturchi) 29 avril 2017

Il y a un monde entre le traitement du FN par la presse écrite et par la télévision. Certains des premiers enquêtent, les second se taisent (sauf quand, comme dans ton cas, la presse écrite est derrière une enquête Télé). Explications ?

De fait, les sujets d'enquêtes sur le Front national à la télévision ont été réalisés soient par des émissions qui ont du temps pour travailler, soient en externe par des spécialistes du sujet – je pense notamment à Envoyé Spécial et Complément d'enquête sur France 2. Là encore, cela me semble lié au mode de production de l'information qui domine à la télévision, avec des contraintes de temps et de format importantes. Mais aussi au fait que les sujets sur le FN sont réalisés par des journalistes qui ne sont pas, la plupart du temps, spécialistes de ce parti et n'en ont pas une connaissance en profondeur. Et cela s'explique enfin par le fonctionnement moutonnier d'une partie des médias.

La note circonstanciée du service central des Renseignements Généraux adressée au ministère de l'Intérieur en 1993, où l'on apprend notamment qu'il arrive à Frédéric Chatillon de se signaler en faisant le salut hitlérien. Document Turchi/Destal, creative common

Le FN s'annonçait comme professionnel, doté enfin de cadres diplômés, des bac +7, des énarques, un ancien de l'IFOP. Vu de loin, il semblerait que le professionnalisme promis, notamment sur le plan com, n'est pas encore là. Je me trompe ?

Le Front national a fait beaucoup d'efforts de professionnalisation ces dernières années, notamment à travers une sélection un peu plus rigoureuse des candidats et l'organisation de « Campus bleu marine ». Mais il a tendance à confondre formation et endoctrinement. Ces « Campus bleu marine » sont davantage axées sur ce qu'il faut dire et pas dire (et surtout comment le dire), en un mot sur des éléments de langage et la communication, plutôt que sur une formation réelle. Par ailleurs, l'amateurisme domine encore dans le parti : dans certaines villes frontistes la gestion est laborieuse et le turn-over au sein de la majorité important (rappelons qu'environ 28 % des conseillers municipaux frontistes élus en 2014 ont démissionné selon un décompte de l'AFP réalisé en septembre dernier) ; pendant la campagne, la prestation de Marine Le Pen au débat d'entre-deux-tours et le manque de lisibilité de la stratégie ont laissé apparaître un déficit de professionnalisation évident. Cela tient aussi au fait que le FN a encore du mal à débaucher des figures de premier plan. Si des militants et cadres intermédiaires d'autres partis l'ont rejoint ces dernières années, il n'a pas été en mesure de faire des venir des cadres ou élus majeurs d'autres partis, notamment en provenance de la droite.

La fachosphère, et la stratégie des réseaux sociaux prêtée au FN, sont-ils si importants pour sa conquête du pouvoir ? Constituent-ils, réellement, une force de frappe pour le parti ? Quand MLP incite ses partisans à prendre d'assaut les Réseaux sociaux, est-ce par pure démagogie ou poursuite-elle réellement un but ?

Pour un parti qui veut se normaliser et donner une image adoucie, c'est important. Le Front national a compris, avant les autres partis, la force de frappe que représentent Internet et les réseaux sociaux. On l'a souvent dit, le FN est le premier parti à avoir créé son site internet. Le web est pour lui un moyen de “réinformer” comme le dit l'extrême droite et de communiquer directement avec les électeurs. Les militants frontistes sont particulièrement actifs sur Facebook, dont la sociologie des membres est plus proche de celle de l'électorat frontiste que d'autres réseaux comme Twitter. Quelques bémols tout de même : le réseau social lespatriotes.net, lancé en 2014, a par exemple été un échec.

L'autre atout d'Internet pour le FN est la possibilité de distiller un double discours comme l'a montré le chercheur Julien Boyadjian dans ses travaux. D'un côté il peut poursuivre sa « normalisation », avec des messages lisses, informatifs et cadrés postés sur tous les comptes officiels du parti, et de l'autre une parole radicalisée et plus idéologique de la part de sympathisants et militants. Cette externalisation permet à Marine Le Pen de jouer sur les deux tableaux sans mettre en péril sa stratégie de « dédiabolisation ».

Attestation d'un ancien membre du GUD datée du 30 janvier 2014, relatant la « haine maladive des juifs » de Frédéric Chatillon, ancien leader de cette organisation, devenu conseiller officieux de Marine Le Pen et prestataire du FN, et les soirées du groupe. Document Turchi/Destal, creative common

Que retenir du fait que Philippe Vardon (ex-Bloc Identitaire) soit responsable des stages Réseaux Sociaux des cadres du FN, et la société de Frédéric Chatillon (ex-GUD), en partie à la pointe de la stratégie numérique ?

Ces deux exemples disent beaucoup de l'impossibilité de Marine Le Pen de se passer du “savoir-faire” d'éléments très radicaux en termes d'agit-prop ou de communication. Le FN a du mal à recruter à l'extérieur de l'extrême droite des cadres compétents et efficaces en la matière. Les identitaires constituent un vivier de cadres important pour le parti. Quant à la présence importante de la “GUD connection” (ce cercle d'anciens militants radicaux du Groupe Union Défense (GUD) fédérés autour de Frédéric Chatillon et reconvertis en chefs d'entreprises travaillant pour le FN), cela reflète le grand paradoxe de Marine Le Pen. Elle a consacré beaucoup d'énergie à purger le parti de ses éléments les plus radicaux, jusqu'à évincer son père lui-même, mais elle a conservé dans le même temps, dans son premier cercle, une frange radicale, accusée d'antisémitisme. Pendant des années, ces anciens gudards pouvaient travailler avec la patronne, mais ils ne devaient pas être membre du parti – ni visibles d'ailleurs. La situation a changé en 2015, avec l'affaire du financement des campagnes frontistes de 2012, dans laquelle plusieurs membres de cette “GUD connection” sont mis en examen. Plutôt que de les planquer, Marine Le Pen a choisi de les assumer, et de faire front commun dans cette enquête judiciaire. Ainsi, Axel Loustau, déjà trésorier du microparti Jeanne, a été investi troisième de la liste FN des Hauts-de-Seine aux régionales en décembre 2015, puis élu. Il s'est aussi vu confier les rênes de la cellule financière de la campagne. Quant à Frédéric Chatillon, il a été embauché dans la campagne présidentielle de Marine Le Pen comme coordinateur print et web. Loin d'être un simple prestataire de services comme le répète les dirigeants du FN, il joue les conseillers officieux, accompagnant Marine Le Pen dans des visites à l'étranger, mais il fait aussi figure de “banquier” du parti, avançant de l'argent via des crédits fournisseurs, prospectant pour trouver des prêts. Cette “GUD connection” reste, pour beaucoup de frontistes et d'observateurs, la grande énigme de Marine Le Pen.

Lire la série de tous les entretiens sur les relations Journalistes et FN.


PhoneStories : bilan et perspectives (itw sur Le Blog Documentaire)

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15 May, by davduf[ —]

Petite interview fleuve sur L'infiltré, premier volet de notre collection PhoneStories. Attention spoilers.


Albertini (Libération) : « Le FN voit les journalistes comme des adversaires »

14 May, by davduf[ —]

Comment la presse écrite travaille-t-elle sur le Front National ? Que reste-t-il des engagements des années 1980 ? Quelles sont ses armes, ses méthodes, ses finalités, ses forces et ses faiblesses ?

Petite série en forme d'hommage à ceux qui vont au front, pour de bon. Premier à tirer : Dominique Albertini, spécialiste pour Libération, responsable du mini-site Un Œil sur le Front, et co-auteur de plusieurs ouvrages de référence.

Dix millions de votants pour Le Pen. Et une couverture médiatique désastreuse. Dix millions de votants et une « dédiabolisation » diabolique sur les chaînes d'info en continu.

La question des journalistes au Front est venue pendant que nous écrivions notre politique-fiction en temps réel L'infiltré, au plus fort de la campagne présidentielle française, entre le 10 avril et le 7 mai 2017. Le raz-de-marée Le Pen était annoncé sur toutes les antennes, non comme une défaite, mais un fait. Un fait neutre, un fait innocent, un fait de l'époque. Les télés, en boucle, s'en accommodaient fort bien, au point de se baffrer de « Monsieur BFM » (surnom en interne de Florian Philippot) et des images de ses meetings fournies clés en mains par le parti lui-même. Comment raconter un rassemblement du FN quand il est filmé par le FN ? Comment raconter la politique de l'extrême droite quand on accepte son extrême-photoshopisation à outrance (le pompon : l'affiche du second tour de Marine Le Pen, méconnaissable).

Peu à peu, une poignée de journalistes, principalement de presse écrite, mais pas seulement, a commencé à dire stop, à dire non, à dire on ne marche pas dans la combine. Ils ont raconté les sièges vides, les rideaux qu'on tire pour réduire l'espace de la salle et ont fini comme il se devait : parqués, avec interdiction de parler aux militants, puis refoulés en nombre. Fait rare, vingt-neuf rédactions, tous supports confondus, se sont regroupées pour dire basta.

Parmi les plumes que nous suivions à la trace, celle d'Albertini Dominique. Un jeune garçon, coupable d'un livre précieux, La Fachosphère, co-écrit avec David Doucet. Livre qui révéla la terrible vérité : dans la bataille du Net, le FN et ses affidés sont les mieux placés.

En attendant le désastre de 2022, et les Législatives 2017, petit entretien avec Albertini. Demain, ce sera avec Marine Turchi (Médiapart) et, bientôt, avec Guillaume Daudin (AFP) et quelques autres...

Comment qualifierais-tu tes rapports avec le Front National ? Et depuis quand travailles-tu avec et sur eux ?

Je suis le Front national pour Libération depuis le début de l'année 2015. Auparavant, j'avais déjà écrit, avec David Doucet, une “Histoire du Front national” (éd. Tallandier). Mes rapports avec le Front national, je les qualifierais de contrastés. Mes interlocuteurs les plus fréquents sont des cadres intermédiaires et des dirigeants de ce parti. Avec la plupart d'entre eux, les échanges sont courtois et professionnels. D'autres semblent plutôt voir l'exercice comme un pur rapport de force, ce qui conduit à des relations moins claires. En tant que journaliste, on est globalement sur un niveau de difficulté supérieur à celui des autres partis.

Pourrions-nous dire que, s'il y a plusieurs Front national, il y a plusieurs approches possibles dans ton travail ? Si oui, lesquelles ?

Je ne le vois pas comme cela. Il y a bien sûr des approches différentes, mais elles tiennent au profil particulier de l'interlocuteur plus qu'à son “écurie” d'appartenance.

Depuis le second tour, mais aussi pendant la campagne, tu cites plusieurs sources anonymes de dirigeants frontistes. Sais tu quelles sont leurs raisons de te parler ? La nature, fermée, du parti, n'est-elle finalement pas propice à ce genre de « fuites » ?

La première de ces raisons est évidemment leur intérêt bien compris, qu'il s'agisse de critiquer un adversaire en interne, de plaider leur propre cause ou celle du mouvement. Il s'agit alors de faire preuve de discernement pour ne pas être instrumentalisé, ou le moins possible. Ces propos sont souvent tenus en off, car dans ce parti ultra-centralisé, le moindre écart à la doxa peut faire l'objet d'un sévère rappel à l'ordre, voire de sanctions. Le off permet donc une parole plus libre. Le revers de la médaille est que des propos non-identifiés sont forcément sujet à caution : au FN, certains nous accusent même de les inventer — ce à quoi, faut-il le préciser, je ne me suis jamais amuser. Il est certain que le côté très “verrouillé” du parti, la pauvreté de son débat interne, est une incitation pour certains à utiliser la presse pour faire passer leur message.

Au fil de la campagne, on a vu le FN se recroqueviller comme au temps des années 1980/1990. D'abord, Médiapart et le Quotidien interdits. Puis Marianne. Puis les journalistes parqués dans des travées lors des derniers meetings, jusqu'au point d'orgue, la proclamation des résultats du 7 mai, au Chalet du lac, avec un grand nombre de journalistes refoulés. Comment expliques-tu cette tendance ?

Le FN ne voit pas les journalistes comme des atouts potentiels, un public à séduire, mais comme des adversaires. Il n'a d'ailleurs pas tort de considérer que beaucoup de journalistes n'ont guère de sympathie à son égard. Mais plutôt que de réagir avec finesse à cette situation, en s'efforçant d'offrir un visage avenant qui désarmerait la critique, il ne répond que sur le mode du rapport de forces. Offrant de nouveaux arguments à ses adversaires. C'est une illustration des limites du “marinisme”, et du niveau de la réflexion interne sur l'image du FN. Certains en sont d'ailleurs conscients : un jeune frontiste me disait récemment en avoir “ras le cul” de l'attitude de son parti vis-à-vis des médias.

La “dédiabolisation” est devenu une espèce d'explication ultime à tout ce qui touche le FN, se substituant à une analyse plus fine de la vie du parti.

De quoi le FN a-t-il encore peur vis à vis des médias, pourtant si indulgents à son égard (sauf exception) ?

Si l'on regarde les choses un peu froidement, je ne pense pas que l'on puisse parler d'une “indulgence” des médias vis-à-vis du FN. Cela n'en rend pas moins contre-productive l'attitude du parti à leur égard. Celle-ci peut s'expliquer par la nécessité par le sentiment sincère d'être maltraité par les médias et par la nécessité pour le mouvement d'entretenir sa dimension anti-système. Mais c'est sans doute l'un des aspects les plus surannés et les moins productifs de la rhétorique du FN. Ce discours est particulièrement incompréhensible lorsqu'il vise des chaînes telles que BFMTV, qui fournissent un considérable temps d'antenne aux orateurs frontistes.



Comment expliques-tu que la dédiabolisation, outil de communication, ait marché à plein ? Paresse des journalistes ? Lassitude du combat anti-FN ?

Là encore, les choses sont plus compliquées. Il y a au moins un acquis réel de la dédiabolisation : la rhétorique antisémite ne fait désormais plus partie du répertoire de la direction frontiste. Le problème n'est certes pas réglé à la base du parti et parmi ses cadres intermédiaires, mais Marine Le Pen n'a jamais donné de prise à ses adversaires sur ce terrain, ce qui représente une considérable différence avec son père. Ensuite, il faudrait être certain que la dédiabolisation ait réellement “marché à plein” : si c'était le cas, l'image de Marine Le Pen et du FN dans l'opinion serait bien meilleure qu'elle n'est aujourd'hui. Il faudrait enfin savoir si c'est la “dédiabolisation” seule qui a assuré les progrès du parti : elle les a sûrement rendus possibles, mais le contexte économique et sécuritaire n'aurait-il pas, de toute façon, amplifié le discours frontiste ? Bref, le débat est complexe.

Cela dit, on peut partager une partie de votre constat. En tant qu'outil marketing, le mot “dédiabolisation” a parfaitement rempli son rôle, devenant pour certains observateurs une espèce d'explication ultime à tout ce qui touche le FN, se substituant à une analyse plus fine de la vie du parti. Il est par ailleurs évident qu'un certain type de militantisme anti-FN est aujourd'hui à bout de souffle : le slogan “F comme fasciste, N comme nazi” ne mobilise plus, précisément parce qu'il s'agit là de deux précédents historiques avec lesquels Marine Le Pen a explicitement rompu.

Il y a un monde entre le traitement du FN par la presse écrite et par la télévision. Certains des premiers enquêtent, les second se taisent. Explications ?

Il faudrait nuancer : l'émission “Envoyé Spécial” a récemment réalisé une longue et passionnante enquête sur les affaires financières du Front national [1]. On pourrait effectivement questionner le traitement du FN par les chaînes d'info en continu — mais la même question se poserait aussi pour bien d'autres sujets. Il me semble que le niveau de spécialisation des journalistes et les formats qu'on leur demande de produire jouent un rôle important dans l'affaire.

La fachosphère joue le rôle des “tirs de préparation” avant l'assaut lors de la Première guerre mondiale : cela n'assure pas la victoire, mais la rend possible en préparant le terrain.

Le FN s'annonçait comme professionnel, doté enfin de cadres diplômés, des bac +7, des énarques, un ancien de l'IFOP. Vu de loin, il semblerait que le professionnalisme promis, notamment sur le plan com, n'est pas encore là. Je me trompe ?

C'est effectivement un problème persistant pour le Front national, qui n'est même pas forcément lié au niveau de qualification. On constate que même certaines figures “d'ouverture”, comme l'avocat Gilbert Collard ou l'énarque Jean Messiha, résistent mal aux plaisirs de l'outrance ou du plus mauvais complotisme sur les réseaux sociaux. Symptôme des problèmes de recrutement du mouvement, et d'une culture maison incapable de s'affranchir pour de bon des formes les plus puériles de la radicalité.



La fachosphère, que tu connais si bien, et la stratégie des réseaux sociaux prêtée au FN, sont-ils si importants pour sa conquête du pouvoir ? Constituent-ils, réellement, une force de frappe pour le parti ? Quand, au lancement de sa campagne, Marine Le Pen invite ses partisans à prendre d'assaut les Réseaux sociaux, est-ce par pure démagogie ou poursuite-elle réellement un but ?

La fachosphère joue le rôle des “tirs de préparation” avant l'assaut lors de la Première guerre mondiale : cela n'assure pas la victoire, mais la rend possible en préparant le terrain. Il s'agit ici de saturer les réseaux sociaux de message favorables à la cause mariniste, même au prix des mensonges les plus grossiers. Plus une idée vous semble partagée, plus vous êtes vous-même susceptible d'y adhérer : tel est le calcul de ces militants en ligne, dont Marine Le Pen a bien compris l'intérêt. Ceux-là vont en effet diffuser un message souvent plus radical, sur le fond et la forme, que ce que peut se permettre le FN : le parti en recueille donc les bénéfices, mais sans être associé directement aux outrances les plus flagrantes.

Que retenir du fait que Philippe Vardon (ex-Bloc Identitaire) soit responsable des stages Réseaux Sociaux des cadres du FN, et la société de Frédéric Chatillon (ex-GUD), en partie à la pointe de la stratégie numérique ?

Les deux hommes ont en commun les racines ultra-radicales de leur engagement, mais les suites de leurs parcours ne sont pas comparables. Vardon a renoncé, sans doute sincèrement, à l'antisémitisme pour sortir de la marginalité politique. Il est aujourd'hui un cadre important du FN. Chatillon, lui, est soupçonné de n'avoir rien renié de son douteux “antisionisme”. Il n'en a au fond pas besoin, car c'est comme prestataire qu'il officie auprès de Marine Le Pen. Son importance dans le dispositif est une autre preuve des limites de la “dédiabolisation” et de la sincérité de cette démarche de la part de Marine Le Pen.


[1] On objectera que l'enquête est précisément le fruit entre autres de deux journalistes de la presse écrite, Marine Turchi de Mediapart et Mathias Destal de Marianne

Tous les entretiens sur les relations Journalistes et FN.


L'infiltré

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10 April, by davduf[ —]

L'infiltré n'est ni un jeu ni une enquête.
C'est votre mission jusqu'au 7 mai 2017, et la première politique fiction en (véritable) temps réel.

Premier volet de la collection PhoneStories, L'infiltré vous plonge dans la peau d'un officier de la Direction générale de la sécurité intérieure. Vous devez guider un de vos agents, au coeur de la machine électorale du Front national. Votre aventure est mise à jour au gré de l'actualité réelle de la campagne présidentielle française.

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