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Nouvelles narrations et pratiques muséales

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19 September, by davduf[ —]

Bloquez la date : 27 septembre 2017, colloque de la Société des Musées du Québec. J'y présenterai quelques pistes : peut-on transposer les nouvelles expériences interactives en ligne au médium de l'exposition ? Peut-on les adapter pour renouveler la pratique muséale ? Comment les documentaires et fictions délinéaires peuvent-ils épouser les parcours de visites, et réciproquement ?

Le colloque :

Quelles sont les nouvelles approches de mise en exposition ? Quel est le rôle du design ? Quelles stratégies les musées doivent-ils adopter pour demeurer des lieux de découverte et de savoir innovants, inclusifs et participatifs ? À l'heure du tout numérique, comment séduire les nouvelles générations de visiteurs ? Voilà quelques-unes des questions qui seront discutées lors du colloque.

Ma présentation :

La visite d‘exposition change, devient de plus en plus immersive, interactive et participative. Ce « virage expérientiel » nécessite de nouvelles approches de scénarisation. Depuis une dizaine d'années, les écritures interactives en ligne convoquent différentes grammaires narratives pour proposer des expériences. Œuvres collaboratives, newsgames, jeux documentaires, ou webdocs, tous ces « genres » appartiennent aux nouvelles façons de raconter des histoires. Délinéarisées, ludiques parfois, ces œuvres du web empruntent des codes au cinéma, au théâtre vivant, à la télévision, à la littérature, au jeu vidéo, à la culture des liens et… à la nouvelle muséologie. Elles s'inscrivent dans le champ des possibles ouvert par le concept d'hypertexte, autrement dit de déambulation dans un propos. Ces nouvelles écritures sont des promenades où le spectateur peut tenir un rôle actif dans le récit. Elles sont un espace narratif, bien plus qu'un séquencier ; elles travaillent sur l'espace et la base de données, bien plus que sur un montage temporel. L'implication de l'internaute/mobinaute dans l'histoire, par ses choix ou ses refus, influence son ressenti, voire en modifie le sens. Peut-on transposer ces expériences au médium de l'exposition ? Peut-on les adapter pour renouveler la pratique muséale ?

Bienvenue au #SMQcolloque2017 !


Prix de Flore : le « New Moon » en première sélection, oh fuck ! #dingo

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15 September, by davduf[ —]

Le jury du prix de Flore a dévoilé jeudi 14 septembre sa première sélection composée de 9 titres.


« New Moon » backstage (revue de presse)

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12 September, by davduf[ —]

« New Moon, café de nuit joyeux »

(Tentative d'épuisement du 66 rue Pigalle
et de sa succursale au 9 de la place du même nom.)

Le Seuil, 2017

David Dufresne à Pigalle : « New Moon », cabaret survolté @EditionsduSeuil https://t.co/l3JHorrHW3 via @libe

— Libé Livres (@LibeLivres) September 21, 2017

LIBÉRATION, « Un cabaret survolté », Claire Devarrieux (20 sept. 2017) :

« On chine, on cherche, on trouve, on transmet. » Ecrivain et ferrailleur, même devise. La nostalgie que pratique David Dufresne est une nostalgie active, ouverte sur l'avenir. Lorsque les excavatrices entrent dans la danse, en 2004, une dizaine d'années après la fermeture du New Moon, il filme la démolition avec une petite caméra numérique. C'est un chasseur de ruines. Mais son projet est tout sauf mortifère (...) Le New Moon incarne un refus de se plier aux injonctions de l'époque. Trente ans plus tard, faute de guerres qui auraient entraîné des récits d'anciens combattants, comme aux générations précédentes, cet état d'esprit, cet idéal, est le patrimoine que l'auteur entretient.

#Livre – « New Moon, café de nuit joyeux » de @davduf : une sorte de Vie mode d'emploi à Pigalle, version destroy https://t.co/e6WGlIklTQ

— Le Monde (@lemondefr) 21 septembre 2017

LE MONDE, « La nuit mode d'emploi », Denis Cosnard (21 sept. 2017)

« Le résultat est assez sidérant. Une sorte de Vie mode d'emploi à Pigalle, version Destroy. Comme George Perec, Dufresne explore chapitre après chapitre les différentes pièces de son bâtiment et leur passé (...) Ce parcours en zigzag a de quoi donner un léger vertige, comme après une nuit blanche à trop danser. Vertige surtout de découvrir autant d'histoires empilées en un si petit endroit »

FRANCE INTER, Antoine de Caunes (12 sept. 17) :

« Remarquable »

RADIO NOVA : (La Matinale, 12 sept. 17) :

« À placer sur son étagère à côté de Tarnac, magasin général, l'ouvrage culte de Dufresne »

LIVRES HEBDO (30 juin 2017) :

« David Dufresne déroule l'histoire de ce lieu sous la forme d'une promenade urbaine et mélancolique. »


« New Moon », la bande son ! Demandez le programme ! Tous les hymnes ! Toutes les vidéos !

25 August, by davduf[ —]

Berceuses. Punk and Love songs. Dernier Pogo à Paris. Tous les hymnes du livre en une playlist.


« New Moon, café de nuit joyeux » (Le Seuil, sept. 2017)

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17 August, by davduf[ —]

Extrait de la quatrième de couverture

1986. David Dufresne a 18 ans et débarque à Paris : le New Moon est un minuscule cabaret, le plus grand des petits clubs rock. Pour l'auteur, le centre du monde, le refuge de ses nuits, son maintenant.

Trente ans plus tard, il raconte avec minutie et poésie les différentes vies et métamorphoses du lieu. La musique claque, les époques s'entrechoquent. C'est total Pigalle, carrefour de la jeunesse joyeuse et du no future tonitruant. Piaf y croise la Mano Negra et Manet, Virginie Despentes et Antoine la Rocca dit la Scoumoune, fameux bandit corse. Et si Pigalle n'avait finalement jamais été qu'un décor factice et fatigué, crade et fameux, beau et malfamé ? Mais où on était bien et où on apprenait, plus vite qu'ailleurs, les choses de la vie.

Plongée littéraire envoûtante et romanesque, le récit avance par à-coups dans un siècle de Paris, lézardé par des photos, rapports de police, chansons d'époque et réclames cocasses. On y retrouve le goût du collage et les obsessions de David Dufresne : les archives, la musique, l'histoire urbaine.

Après le succès de Tarnac, magasin général, le nouvel opus punk et mélancolique de l'auteur phare de la narrative non-fiction française.

Ancien de Libération, David Dufresne a publié une dizaine d'ouvrages. Il est aussi auteur de documentaires, comme Prison Valley (World Press Photo Award 2010) et Fort McMoney.


Sur les traces d'Hervé Le Roux (« Reprise », démolition totale)

1 August, by davduf[ —]

Une visite à l'usine Wonder de St Ouen, deux jours après la mort du cinéaste. Hommage, pélerinage et pelleteuses.

On l'a retrouvé mort chez lui, à Poitiers, ville morte. Hervé Le Roux avait 59 ans, et un chef d'oeuvre, au moins, au tableau : « Reprise », film modèle, film déclencheur, qui a donné l'impulsion à certains de vouloir devenir réalisateur. C'est mon cas.

Le week-end dernier, le hasard, qui n'existe pas, a voulu que je traine du côté des puces de St Ouen. Comme un pélerinage décennal, je me suis rendu rue des Rosiers, devant l'usine Wonder ; celle-la même qui fut l'objet du film de Le Roux (sur le film, lire ici).

L'usine Wonder, mai 68, la reprise du travail, les syndicats collabos, les contre-maitres, le petit mao, et cette idée simple, prodigieuse, du cinéaste : retrouver un à un les protagonistes du film de 1968, vingt cinq ans plus tard, avec une quête, celle de la vérité et de la colère, celle de cette femme, ouvrière, « déguelasse jusque là » à cause du goudron des piles, qui « rentrera pas là-dedans », dans cette usine cradingue.

L'usine, juillet 2017

77 Rue des Rosiers, avant-hier, l'usine était encore là. Dans le même état que Le Roux : finie. Des affiches annoncent qu'on va la démolir. Un parking (800 places) va creuser le sol contaminé de l'enceinte, les riches marchands américains des puces pourront y réserver leur chambre (on murmure qu'un Hôtel 5 étoiles est prévu).

L'usine Wonder (vue par Hervé Le Roux)
Les grilles, 2017

Les murs de l'usine portent les stigmates de toutes les décennies. Les ouvrières des années 1960, le squatt des années 1990, l'entrepot prétendument« vintage » des magasins Habitat des années 2000, puis à nouveau le squatt (trois cent Roms, dont un gamin de 12 ans, entre la vie et la mort, empalé sur les piques de la grille). Au fond, un toit ravagé raconte un incendie récent.

Le court métrage original de 1968, matrice du film de Le Roux
Juillet 2017

En face de l'usine, la Chope des Puces, ce bistrot devant lequel les grévistes de 1968 refont le monde, tient toujours. La gérante, charmante, m'a ouvert ses portes avant l'heure. Tout était simple : le petit café, bien chaud, et ses prêts : un petit crayon et du papier pour noter et une chaise haute, pour photographier par dessus la grille, en face.

Il était 9h, l'heure des petits matins, des grands soirs et des grands films. Salut Le Roux, chapeau l'artiste.

Le gardien, juillet 2017
L'usine, 1993, par Hervé Le Roux



Le film d'Hervé Le Roux est disponible en VOD chez les camarades Mutins.org


Du Mac à Linux, épisode 4 : bilan final

17 June, by davduf[ —]

7 mois sont passés, c'est l'heure du bilan. La migration est totalement achevée. Revendiquée. Bouleversante. Ce fut parfois dur, parfois désespérant, parfois à la rupture, mais c'est fait. Bien fait. Il n'y aura pas de retour en arrière. Une dé-li-bran-ce.

Il y a trois mois, après le passage à Linux quatre mois plus tôt, j'hésitais. Mon vieux Mac me faisait à nouveau de l'oeil. Ou plutôt : mon petit confort d'antan me narguait. Les quelques ratés de la migration, résolus depuis, devenaient des montagnes. J'étais triste, obessédé, de sale humeur.

Puis, les solutions sont arrivées une à une ; la solidarité linuxienne, et le soutien de mes proches, ont fait le reste.

D'une certaine façon, les imperfections de Linux sont apparues pour ce qu'elles sont, son charme, le signe d'une liberté : il n'y a pas de carcan, mais un chaos qui s'organise, la mise en place d'une alternative qui ne se dompte pas. A mi-parcours, il y avait une incompréhension : pourquoi tout ne marche pas partout comme partout ? Pourquoi les préférences d'une app sont ici ou là, rarement dans le même menu. Je regrettais le confort du Mac, qui impose sa vision. Quand, justement, je compris qu'il s'agit précisément de ça : une dictature graphique, une obligation visuelle (brillante, certes, mais unilatérale). Et, soudain, je me mis à sourire devant l'anarchisme de Linux : options, préférences, configurations, on joue à cache cache avec les possibilités, on tente de se mettre dans l'esprit des développeurs et puis, si on est pas content, on change tout car on peut tout changer sur Linux. Et adapter sa machine à son bon vouloir et à son bon plaisir.

7 mois sont passés et c'est aujourd'hui la dé-li-bran-ce. Chaque nouveauté est un cadeau, toute mise à jour le fruit d'un travail magnifiquement désintéressé ; vie privée et échanges libres, au coeur du dispositif.

Petite revue de détails d'une révolution qui n'attend que vous :

Et la Fedora arriva (ma distribution Linux)

Finalement, invité par certains ici, j'ai opté pour la distribution Fedora en lieu et place d'Ubuntu. J'ai retrouvé dans sa communauté d'utilisateurs la même franche envie de venir en aide. Quelque chose de rare, de précieux, qui donne furieusement envie de se rendre aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre (RMLL) de St Etienne.

Environnement graphique

Ayant choisi l'environnement graphique Gnome, j'ai opté pour un maximum d'applications intégrées (i.e : qui se marient avec le visuel Gnome).

Applications Mac « ― » Linux

Mail est devenu Thunderbird avec un thème graphique de toute beauté (sur les conseils de Dimitri ici-même). A noter que Thunderbird fonctionne aussi sous Mac. On peut importer ses emails de Mail et sauvegarder le tout, avant migration.

Safari a laissé sa place à Chromium (version Chrome sans les googleries)

La suite bureautique Office est devenue LibreOffice. Pour les textes longs, je prends parfois une alternative, AbiWord, moins gourmande en ressources ordi.

Scrivener Mac est devenu Scrivener Linux.

Skype fonctionne fort bien sous Linux (version Beta), - même si appear.in me semble plus rapide et surtout moins fouineur sur la vie privée.

Pour l'agenda et les contacts, adieu iCal et Contacts (Mac) pour le calendrier et le carnet de contact intégrés à Gnome.

Keynote : c'est le seul accroc. Pour l'heure, j'utilise... Keynote en version en ligne, sur le serveur iCloud (Apple). Une version gratuite, 100% équivalente à la version desktop, en attendant de trouver mieux.

iTunes a été brillamment supplanté par RhythmBox. Au passage, l'importation de milliers de chansons s'est déroulée comme un charme (genres, artistes, albums : tous reconnus ; pour les playlists il faut recourir à un peu de gymnastique).

iMovie ou Final Cut (en version montage de films de base) ont pour équivalent Pitivi. Pour le montage pro, clairement, ça ne me semble pas encore ça (lire le forum ci-dessous, qui apporte un démenti à cette vilaine assertion)

Pour les photos, pas encore eu le temps de migrer ma collection Photo (Apple) sur mon Linux. J'envisage ShotWell. Je suis toute ouïe :-)

Pour le FTP, FileZilla est passé du Mac à Linux sans ombrage.

Notes est devenu SimpleNote (un service des gens de chez WordPress). SimpleNote fonctionne sur Linux, Mac, iOS. Ce n'est pas l'idéal : les notes ne sont pas cryptées, et transitent par les prétendus nuages. C'est pour l'heure une solution de transition. Standard Notes, libre et crypté et plusieurs fois conseillé ici bas dans els commentaires :-)

Evernote : les versions Linux en local semblent encore quelque peu poussives. La version en ligne fonctionne à merveille. Rien de particulier. Il existe des alternatives Linux à Evernote. Ce sera pour plus tard.

En remplacement de TextExpander (ou des snippets d'Alfred) sous MacOs, j'ai choisi AutoKey-py3.

Le lanceur Alfred est devenu Albert, son alter ego libre et fier de l'être.

Transmission Mac et Transmission Linux torrentent aussi bien l'un que l'autre.

A vous de jouer. Lancez-vous. Libérez-vous, bon sang.

Le feuilleton de Mac à Linux

Épisode 4 : démolition totale (et bilan final)
Épisode 3 : une véritable (é)migration.
Épisode 2 : les dix premiers jours.
Épisode 1 : parce qu'il n'y a pas d'alternative.


Destal (Marianne) : « Mes difficultés face au FN ? La dissimulation et la menace »

24 May, by davduf[ —]

Avec le FN, pour Mathias Destal, ça commence par des rapport cordiaux, ça finit glacial. Faut dire que le jeune journaliste a une drôle de manie : follow the money. Pour lui, le FN est une PME Familiale, où les comptes comptent. Destal révèle ici comment son livre, « Marine est au courant de tout » (co-écrit avec Marine Turchi), pourtant sous X, s'est retrouvé dans les mains du FN deux jours avant sa sortie. Il raconte aussi le tournage de leur fameux Envoyé Spécial, rare exemple de télé investigatrice sur le sujet. Et comment le FN tente de le faire taire. Un entretien libre, sans langue de bois.

Comment qualifierais-tu tes rapports avec le Front National ? Et depuis quand travailles-tu avec et sur eux ?

La première fois que j'ai écrit un article avec le mot FN dans le titre, c'était en 2010. A l'époque, j'étais étudiant au Cuej, l'école de journalisme de Strasbourg, J'avais choisi de faire le portrait de Julia Abraham, une jeune militante alsacienne qui se présentait sous les couleurs du FN aux élections cantonales de 2011. J'étais curieux de connaître les motivations de cette jeune lycéenne dont le style ne collait pas avec l'image que j'avais de l'extrême droite et du FN.

C'est en juin 2012 que j'ai commencé à travailler sur ce parti de façon assidue. A l'époque, on m'a proposé de suivre pour Marianne l'élection législative entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen à Hénin-Beaumont. C'était la première fois que j'avais l'opportunité d'observer Marine Le Pen en campagne électorale. L'euphorie qu'elle suscitait sur son passage était impressionnante !

C'est aussi à cette occasion que j'ai rencontré Steeve Briois et Bruno Bilde, les deux hommes qui constituaient alors sa garde rapprochée au niveau local. Le tandem m'a accueilli à bras ouverts, a joué à fond la carte de la séduction, me distillant confidences de campagne et bons mots pour nourrir mes articles. Mais, très vite, nos relations se sont détériorées. La faute à des articles qui ne correspondaient pas, semble-t-il, à ce qu'ils attendaient de moi. Quand je les croisais en ville, ils faisaient mine de ne pas me voir ou me tournaient le dos. C'était plutôt amusant.

Je dirais que mes rapports avec les responsables du Front national sont à l'image de ceux que j'ai entretenu avec Briois et Bilde il y a cinq ans : cordiaux dans un premier temps, avant de devenir franchement glacials.

Quelles furent tes motivations pour te consacrer au FN ?

Mon éveil politique est né avec le 21 avril 2002, j'avais 16 ans. Comme beaucoup de gens autour de moi, j'ai manifesté contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. C'est à partir de cet événement que j'ai commencé à m'intéresser à l'histoire de l'extrême droite en France. J'avais envie de mieux connaître le Front national, de me faire ma faire ma propre idée sur ses combats et ceux qui les font vivre. C'est cela qui m'a poussé à contacter Julia Abraham lorsque j'étais en école de journalisme, puis à sauter sur l'opportunité d'aller à Hénin-Beaumont.



Comment as-tu travaillé pour « Marine est au courant de tout » ? Qu'est-ce qui t'intéressait au premier plan ?

Lorsque Marine Turchi m'a proposé d'écrire ce livre avec elle, cela faisait un moment déjà que nous partagions un intérêt commun pour le système financier mis en place par la présidente du FN et ses amis, en tête desquels on trouve Frédéric Chatillon, prestataire vedette du FN depuis 2011. Il ne m'a donc pas fallu beaucoup de temps avant d'accepter de joindre mes efforts aux siens.

Le projet consistait à prendre l'argent comme fil rouge. Ce qui présentait comme intérêt de pouvoir retracer l'histoire du FN et des Le Pen, qui sont indissociables des histoires de fric, tout en racontant les affaires judiciaires qui minent le parti. Le tout en évitant soigneusement de tomber dans le commentaire politique ou le portrait psychologisant de Marine Le Pen.

Ce travail nous donnait aussi l'occasion d'unir nos forces pour apporter de nouveaux éléments d'information sur la façon dont le FN se finance ; sur les hommes qui gèrent ce financement, et veillent à son opacité ; sur le rôle joué par Marine Le Pen dans tout cela.

Durant les premiers mois d'enquête, nous faisions comme si nous écrivions un livre chacun de notre côté. L'avantage étant notamment que les frontistes m'accordaient plus facilement un rendez-vous qu'ils ne le faisaient pour Marine Turchi de Mediapart. C'est ainsi que j'ai obtenu deux entretiens avec Jean-Marie Le Pen alors qu'il se refusait obstinément à rencontrer ma consœur, coupable, selon lui, de faire un boulot d'auxiliaire de police…

Pour le reste, on a secoué le cocotier dans tous les sens !



Quels ont été les échos de ton livre au sein du FN et de ses affidés ?

Il semble que le livre ne soit pas passé inaperçu en interne. Les principaux cadres du FN savaient avant sa sortie que nous nous intéressions au parti sous l'angle financier.Ils savaient également que nous allions raconter l'ascension de la benjamine le Pen au sein de la « PME familiale » en racontant la façon dont elle avait mis la main sur le parti, et sur les clés du coffre.

Le livre avait été placé sous X par Flammarion, notre éditeur, c'est-à-dire qu'aucun exemplaire n'était censé circuler avant la sortie officielle le 16 mars. Mais deux jours avant la date de mise en rayon, nous avons été contactés sur des éléments précis du livre par des personnes citées. Cela signifiait que le bouquin circulait déjà dans le premier cercle de Marine Le Pen.

Quand il est sorti, nous avons eu quelques retours de frontistes qui saluaient notre travail. On sait aussi que Jean-Marie Le Pen l'a lu. Il aurait dit à des personnes de son entourage qu'il le trouvait très bien documenté. Dans l'entourage de Marine Le Pen, en revanche, ça a été le black out total.

La guerre des chapelles [au sein du FN] est l'une des raisons qui poussent les uns ou les autres à se confier.

Au cœur du FN, tu as tes sources. Quel intérêt pour elles de te parler ?

Le Front national fonctionne de façon pyramidale. C'est ce qui donne l'impression que le culte du chef et la discipline de parti sont plus présents et respectés au FN que dans d'autres formations politiques. Mais derrière cette cohésion de façade, plusieurs écoles de pensées, plusieurs clans, se font concurrence. Les catholiques traditionnalistes ne voient pas toujours d'un très bon œil les nationalistes révolutionnaires qui n'ont pas forcément grand chose à voir avec les nationaux républicains, qui sont souvent eux-mêmes en désaccord avec certaines positions défendues par les plus identitaires des militants frontistes. Cette guerre des chapelles est l'une des raisons qui poussent les uns ou les autres à se confier.

Il y a quelques jours, j'ai reçu un coup de fil d'un frontiste qui m'a appelé pour me donner des billes sur l'un de ses camarades. Si je ne connais pas la raison exacte qui l'a poussé à me mettre sur une possible piste d'enquête, j'ai une certitude : il n'appartient pas à la même chapelle que celui qu'il entend dégommer.

D'autres sources m'informent parce qu'elles ont été placardisées au sein de l'appareil, qu'elles sont en rupture de ban, ou qu'elles ne supportent plus la façon dont est géré le parti. D'une certaine façon, je leur permets de régler des comptes à peu de frais. Le tout est d'en être conscient.



Quelles sont les difficultés propres au FN qu'un enquêteur comme toi rencontre ?

Je dirais qu'il y en a deux : la dissimulation et la menace. La première est maniée avec virtuosité par Marine Le Pen et sa garde rapprochée dés qu'il est question de gros sous. Entre l'utilisation de prête-noms à la tête des sociétés qui travaillent avec le FN ou dans son giron, les changements d'actionnariats réguliers dans ces mêmes sociétés, l'usage de pseudonymes sur Internet et les réseaux sociaux ou les gros mensonges que peuvent servir ceux que tu confrontes à des faits pourtant recoupés, ce n'est pas toujours évident.

La seconde est brandie à la face des journalistes qui s'aventurent dans les arrières cuisines. Il peut s'agir de menace physique ou verbale, comme ce fut le cas pour Marine Turchi ou le journaliste du Monde Abel Mestre, à l'époque où il enquêtait sur l'entourage de Marine Le Pen. Mais le plus souvent, il s'agit de menace judiciaire.

Mardi dernier, Marine Turchi et moi-même avons été convoqué, chacun de notre côté, par la BRDP, rue du château des rentiers, suite à une plainte avec constitution de partie civile déposée par Marine Le Pen. La présidente du FN nous poursuit pour des enquêtes publiées sur « Mediapart » et Marianne à propos des emplois fictifs de sa cheffe de cabinet et de son garde du corps au Parlement européen. Plutôt que de nous attaquer pour une présumée diffamation, Mme Le Pen a choisi de contourner le droit de la presse en nous attaquant pour une supposée violation du secret de l'enquête, du secret de l'instruction et publication d'acte de procédure judiciaire » et recel des dites infractions !

Marine Le Pen, avocate de formation, se fiche pas mal de la liberté d'informer. Elle souhaite avant tout nous empêcher de travailler, en essayant par le même occasion de débusquer nos sources.



Durant la campagne, le FN t'a interdit dans ses meetings. Comment cela s'est déroulé ?

Lorsqu'un journaliste souhaite assister à un meeting organisé par le FN, il doit envoyer un mail au Monsieur accréditation du parti, à savoir Alex Frederiksen. Je lui ai donc écrit un mail pour obtenir ladite accréditation quelques jours avant la soirée électorale du 1er tour organisée le 23 avril. Deux jours auparavant, n'ayant pas eu de nouvelles de sa part, je l'appelle pour savoir ce qu'il en est. Il me dit qu'il n'y a aucun souci : « Si vous n'êtes pas déjà inscrit sur la liste, je rajoute votre nom ». La veille du jour J, il m'écrit sur mon mail : « Je vous informe que vous n'êtes pas accrédité pour la journée et soirée électorale à Hénin-Beaumont. » Je lui demande alors ce qui a changé en 24h. Question restée sans réponse. Je vais donc Hénin-Beaumont, comme prévu.
Plusieurs centaines de journalistes sont présents pour couvrir l'événement organisé dans un gymnase de la ville. Je me présente comme tout le monde au contrôle d'identité. Un membre de la sécurité cherche mon nom dans l'épais cahier recensant les journalistes accrédités : il était barré au stylo avec la mention manuscrite « non accrédité ». Je vais voir M. Frederiksen pour avoir une explication.

« - Il y a trop de monde et pas assez de places, me dit-il.
- Seul mon nom a été rayé de la liste... Qui a fait ce choix ?
- Le directeur de campagne a vérifié la liste hier et a demandé à ce que soit retiré votre nom. Vous avez son numéro ? Vous n'avez qu'à l'appeler. »

J'appelle David Rachline pour avoir ses explications. Même réponse : « Pas assez de place. » » C'était évidemment faux, puisque je venais de voir un photographe passer le contrôle alors même qu'il n'avait pas été accrédité préalablement. J'ai demandé à M. Rachline s'il était conscient que cela revenait à censurer l'hebdomadaire Marianne. Ce à quoi il m'a répondu : « Je n'ai pas de leçon à recevoir de vous ! Vous n'aurez qu'à suivre la soirée sur BFM ».

Ce que je n'ai pas fait.

...Et un autre journaliste de Marianne n'a pas boycotté la soirée de second tour organisée par le parti, comme d'autres journaux l'ont fait, en guise de protestation. Tu as vécu ça comment ?

Je n'ai toujours pas compris ce choix.

Que réponds-tu aux critiques faites aux journalistes qui ont semblé découvrir, en cours de campagne, la vraie nature du FN ?

Qu'entends-tu par « vraie nature du FN » ? Si tu veux parler du fait que ce parti est toujours gangréné par des affairistes et que le parfum du racisme, de l'antisémitisme et du négationnisme embaume toujours les couloirs du Carré [1], alors je dirais que les journalistes ne l'ont pas découvert en cours de campagne. Car les écrits sur le sujet existent. Ils sont le fruit du boulot de ceux qui suivent le FN au quotidien et qui n'ont jamais manqué de rappeler ces éléments quand ils avaient de quoi le faire.

Peut-être que les journalistes auxquels tu penses n'ont pas cru opportun de le rappeler avant par manque de temps, ou d'envie. Peut-être aussi, dans certains cas, par aveuglement.

La mise en sommeil de collectifs anti-FN telles que Ras l'Front, le Sclap, ou de médias militants comme Reflexes, a aussi contribué à ce que le FN gagne en respectabilité et parvienne à faire oublier quelques fondamentaux de son histoire.

Comment expliques-tu que la dédiabolisation, outil de communication, ait marché à plein ? Paresse des journalistes ? Lassitude du combat anti-FN ?

Pour Marine Le Pen, la « dédiabolisation », c'est le combat de sa vie politique. Il y a quinze ans déjà, elle s'était fait un point d'honneur à faire oublier les fondamentaux idéologiques du parti fondé par son père. A l'époque, celle qui commençait tout juste à se faire connaître dans l'opinion pilotait Générations Le Pen, une association créée en 1998 par son beau frère, Samuel Maréchal. « Le rôle que nous nous assignons, c'est de casser l'image diabolisée du Front national et de Jean-Marie Le Pen construite par nos adversaires, afin de permettre aux Français d'accord avec nos fondamentaux de nous rejoindre », expliquait Marine Le Pen dans l'hebdomadaire frontiste National Hebdo en octobre 2002.

A force de répéter que son parti n'est pas d'extrême droite et que les fachos et les adeptes du salut nazi n'ont pas leur place au sein du mouvement, Marine Le Pen a réussi à imposer ce refrain. Certes, une partie des militants au look trop voyant ou à l'attitude un peu trop « rebelle » ont été virés. Mais quand on gratte un peu sous le vernis de la « dédiabolisation », on se rend compte que ce n'est qu'un écran de fumée. Certains des nationalistes les plus radicaux sont d'ailleurs des amis de 25 Chatillon ou Axel Loustau.

Je dirais que la mise en sommeil de collectifs anti-FN telles que Ras l'Front, le Sclap, ou de médias militants comme Reflexes, a aussi contribué à ce que le FN gagne en respectabilité et parvienne à faire oublier quelques fondamentaux de son histoire. Certains de ceux qui ont participé au combat au sein de ces collectifs militants en ont marre. L'un d'eux, que j'ai croisé peu de temps avant le second tour de l'élection présidentielle, en était à se demander s'il ne fallait tout simplement pas que Marine Le Pen accède au pouvoir pour que les gens ouvrent les yeux…

A chaque fois que je demande à tes confrères pourquoi la télé est si atone, ils me répondent : « regardez donc Envoyé Spécial ». Sauf que, justement, il a été réalisé par toi et par Marine Turchi, tous deux de la presse écrite. Alors, oui ou non, la télé est en dessous de tout ?

Les enquêtes sur le FN sont rares à la télévision. Il y a eu le film « Violences d'extrême droite, le retour », diffusé en 2014 sur Canal+. Ou encore le documentaire de France 2 « Jeanne : micro parti, maxi-profits ? » diffusé au printemps 2015, qui avait le mérite de raconter pour la première fois à la télé l'affaire « Jeanne-Riwal » qui vaut aujourd'hui au FN et à neuf personnes physiques ou morales d'être renvoyées devant le tribunal correctionnel de Paris. Mais à ma connaissance, il n'y a pas eu autre chose. Ah si ! Le doc « Front national : l'œil de Moscou », en novembre 2015. Mais c'est tout.

Le problème, selon moi, c'est que les chaînes ou les boîtes de production manquent de journalistes spécialistes du Front national, ce qui me semble nécessaire pour raconter les arcanes du parti.

Pour notre documentaire « Front national : les hommes de l'ombre », nous avons travaillé avec quatre journalistes d'Envoyé spécial qui ne connaissaient pas du tout le sujet. Heureusement que se sont des journalistes de grande qualité et qu'ils ont assimilé très vite la masse d'information que nous leur avons donné. Autrement, nous n'aurions jamais réussi à sortir le film dans le temps imparti.

Le recours à des reconstitutions de témoignages (où l'on entendait un homme de dos dire des propos tenus par un autre, pour préserver son identité) n'est-il pas la limite du genre ?

Après avoir rendu le livre à notre éditeur, nous avons eu un contact avec Jean-Pierre Canet, le rédacteur en chef d'Envoyé spécial, qui souhaitait lancer un sujet sur le Front national. Cela tombait plutôt bien car nous avions pas mal de biscuit. Nous avions également des sources bien informées et des témoins de premier plan avec qui nous travaillions en toute confiance depuis plusieurs mois. Il n'y avait plus qu'à.

Durant le tournage, qui a duré un peu plus de 3 semaines, nous nous sommes heurté à un élément que nous avions négligé : la crainte que suscite la télévision. La plupart de ceux qui nous avaient parlé librement dans le cadre du livre étaient en effet beaucoup moins disposés à collaborer avec une émission telle qu'Envoyé spécial. Par manque de confiance, ou par peur d'être identifié. Car le communicant Frédéric Chatillon, l'élu régional Axel Loustau et le comptable Nicolas Crochet, les trois personnages au cœur de notre enquête, font peur à beaucoup de gens au FN et en dehors.

Il a donc fallu faire preuve de persuasion pour convaincre certains de nos témoins de s'exposer dans le film. L'une des garanties que nous pouvions leur apporter en terme de protection était effectivement le recours à des reconstitutions d'entretiens réalisés spécialement pour France 2.

La première concernait le témoignage d'un frontiste au Parlement européen qui expliquait comment le FN avait utilisé l'institution pour alimenter les caisses du parti et faire des économies. La seconde permettait de faire apparaître les confidences d'un ancien membre du clan de Frédéric Chatillon qui racontait les soirées nazies auxquelles il assistait du temps où il faisait partie de la bande. Evidemment, ce dernier témoignage a mis Chatillon hors de lui. « Manifestement désireux de gagner le concours de l'accusation la plus grave et la plus fausse portée contre moi, un faux témoin a cette fois-ci été requis, a-t-il écrit sur son profil Facebook, le 16 mars (date de diffusion du documentaire). Ce Monsieur ne montre pas son visage, dissimule sa voix et porte des accusations infâmes et invérifiables (...) Je les accuse d'avoir organisé de toutes pièces ce faux témoignage. » Qui peut vraiment croire que nous aurions pris le risque de bidonner cette séquence ? Pas même Frédéric Chatillon, qui, en réalité, paierait cher pour avoir l'identité de celui qui nous a parlé.



Selon toi, où se situe la faillite médiatique vis à vis du FN ?

Difficile à dire. Dans une certaine forme de complaisance pour les autres formations politiques et les abus de leurs dirigeants ?

Qu'est-ce qui te ferait arrêter de travailler sur le FN ?

Sa disparition.

Dernier point, je me rends compte que la plupart des journalistes de presse écrite spécialisés FN ont moins de 35 ans. Qu'est-ce qui explique cette tendance ? Où sont passés les journalistes « historiques » ?

Cela ne me paraît pas aberrant que les journalistes qui documentaient le FN dans les années 90-2000 ne soient plus en première ligne. Au contraire. Cela favorise le renouvellement, comme on dit en macronie !

Ce renouvellement s'explique peut-être par le fait que certains journalistes « historiques » ont tout simplement changé d'air, soit en prenant des postes à responsabilités dans des médias, soit en délaissant le FN pour d'autres sujets d'investigation. Mais, encore une fois, cette tendance me paraît plutôt positive, d'autant que les bataillons FN se renouvellent également à vitesse grand V...


[1] Surnom du siège national du FN, NDLR

L'intégrale des entretiens sur les relations Journalistes et FN.


Faye (Le Monde) : Au FN, « la télévision en elle-même est un enjeu de pouvoir interne »

24 May, by davduf[ —]

Au Monde, Olivier Faye est le rubriquard Front National. Comme tous les autres journalistes interviewés dans cette série, Faye appartient à cette jeune génération qui s'est mis à couvrir le FN au milieu des années 2010. Il livre ici la nature de son métier, et de ses relations avec le FN où « une déclaration qui sort de la ligne officielle peut valoir sanction assez rapidement ».

Comment qualifieriez vous rapports avec le Front National ? Et depuis quand travaillez vous avec et sur eux ?

Je travaille sur le Front national depuis avril 2015, soit pile au moment où le conflit entre Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen a éclaté : l'occasion de plonger dans le grand bain sans avoir le temps de se poser trop de questions. Mes rapports avec le parti varient en fonction des interlocuteurs. Avec certains cadres ou élus, c'est franchement conflictuel ; avec d'autres, plus apaisé, ou branché sur courant alternatif. Il n'y a pas de réponse univoque, même si la méfiance et la défiance à l'égard des journalistes est certainement plus grande au FN que dans d'autres partis.



Quelles furent vos motivations pour vous consacrer au FN ?

Je suivais auparavant les écologistes et le Front de gauche (à l'époque où Jean-Luc Mélenchon et les communistes étaient alliés), on m'a proposé de passer sur le FN, j'ai accepté. Le phénomène électoral est passionnant à décrypter, tout comme les personnages et les débats qui composent ce parti.

Une déclaration qui sort de la ligne officielle peut valoir sanction assez rapidement.

Pourrions nous dire que, s'il y a plusieurs courants au Front national, il y aurait plusieurs approches possibles dans votre travail ? Si oui, lesquelles ?

Non, je traite de la même manière les différents courants - qui existent bien -, tout comme je traite de la même manière les différents partis sur lesquels j'ai pu travailler. En revanche il est évident que ces courants poursuivent des objectifs différents - garder ou prendre le pouvoir au sein du parti ou de la “famille” nationale en général -, donc leurs stratégies vis-à-vis des médias diffèrent. En clair, les libéraux-identitaires, pour schématiser, prennent la parole pour critiquer la ligne nationale-souverainiste de Marine Le Pen.



Dans vos articles, vous citez souvent des sources anonymes de dirigeants frontistes. Quelles sont leurs raisons de vous parler ?

Soit de décrypter telle ou telle décision ou prise de position, soit de les critiquer, sans avoir peur de commettre un impair vis-à-vis de Marine Le Pen ou de ses plus proches conseillers : le FN est un parti où la parole est durement contrôlée. Une déclaration qui sort de la ligne officielle peut valoir sanction assez rapidement. Il n'y a pas de courants officiellement constitués au FN version Marine Le Pen, où on considère que le congrès tranche la ligne politique et que les positions personnelles doivent le rester.

les médias sont vus comme de potentiels fauteurs de trouble.

Et comment vos sources communiquent-elles avec vous ?

Téléphone, SMS, café, déjeuner, en marge d'événements FN, etc.

De quoi le FN a-t-il encore peur de la part des médias, pourtant si indulgents à son égard (sauf exception) ?

Je n'ai pas le sentiment que les médias soient indulgents vis-à-vis du FN. Le parti a une essence bonapartiste, il prône le respect du chef et a peur plus que tout de la désunion : en cela, les stigmates de la scission mégrétiste sont toujours visibles. Donc les médias sont vus comme de potentiels fauteurs de trouble. De plus (et cela ne relève pas de la peur, mais plus du facteur de division potentiel) la télévision en elle-même est un enjeu de pouvoir interne. Celui qui passe à la TV contribue à fixer la ligne du parti : comme le répète souvent Marion Maréchal-Le Pen, “en politique n'existe que ce qui paraît exister”.

Comment expliquez-vous que la dédiabolisation, outil de communication, ait marché à plein ? Paresse des journalistes ? Lassitude du combat anti-FN ?

Je ne sais pas si cette seule stratégie de communication explique la poussée du FN dans les urnes, beaucoup de facteurs sont à l'oeuvre (chômage, terrorisme, etc.). Et l'image personnelle de Marine Le Pen comme du FN restent très clivantes. Par ailleurs, il me semble faux de dire que la presse s'est ruée la tête la première pour appuyer cette stratégie : si l'arrivée de Marine Le Pen en 2011 à la tête du FN a représenté un indéniable mouvement de nouveauté (une femme jeune a remplacé le cofondateur du parti, qui avait participé aux conflits coloniaux), la “dédiabolisation” a aussi été analysée pour ce qu'elle est. C'est-à-dire, comme le résume Louis Aliot, d'en finir avec les accusations d'antisémitisme.

Il y a un monde entre le traitement du FN par la presse écrite et par la télévision. Certains des premiers enquêtent, les second se taisent. Explications ?

Cette dichotomie me semble injuste. Il y a eu de bonnes enquêtes en télévision ces derniers mois, comme Envoyé spécial, sur les affaires judiciaires, ou l'Oeil du 20 heures sur France 2, qui s'est intéressé dans la foulée de l'AFP aux démissions de conseillers municipaux frontistes. Pour ce qui est des chaînes d'information en continu, il ne me semble pas que les affaires ont été tues sur leurs antennes, mais leur complexité nécessite parfois une pédagogie particulière, de prendre du temps : c'est un vrai choix éditorial, qui n'est pas toujours fait. Et les journalistes à l'antenne ne maîtrisent pas toujours ces dossiers sur le bout des doigts, ce qui peut se comprendre vu la masse d'infos qu'ils ont à traiter.



Lors de la petite sauterie du FN le soir de la proclamation des résultats du second tour, vous avez décidé de boycotter. En solidarité des journalistes refoulés. Un beau geste, certes, mais n'était-ce pas exactement le but recherché par le FN : que vous n'assistiez pas à sa défaite (33% des voix au lieu des 40% souhaités) ?

Le contenu informatif était faible dans cette soirée de second tour : que l'on soit présent ou pas, la défaite est là, et les commentaires des cadres frontistes sont les mêmes, voire sans doute plus verrouillés sur place qu'au téléphone. D'autant que les journalistes étaient parqués dans une salle à part. Ce n'est pas forcément la même chose de boycotter un meeting, qui nécessite une mise en perspective du discours, de sentir l'ambiance de la salle, d'interroger les militants ou les cadres sur l'instant. Nous avons considéré qu'il était important de faire preuve de solidarité ce soir-là vis-à-vis des nombreux médias interdits d'accès.

Que répondez-vous aux critiques faites aux journalistes qui ont semblé découvrir, en cours de campagne, la vraie nature du FN ?

Je n'ai pas entendu ce genre de critiques.

Comment expliquez-vous qu'un Florian Philippot se soit autant laissé aller à la fake-newserie (le faux SMS appelant à « tuer Marine », les MacronLeaks, etc) ? Et même Marine Le Pen, laissant planer le doute d'un compte offshore de Macron ?

Une volonté, sans doute, de se raccrocher à toute information possible pour essayer de faire chuter l'adversaire dans la dernière ligne droite, alors que la défaite se dessine avec certitude.

Selon vous, où se situe la faillite médiatique vis à vis du FN ?

Le terme de faillite me semble fort, et il supposerait que les médias ont un rôle à jouer “contre” le FN. Or, ce n'est pas la manière dont je conçois les choses, nous avons un rôle d'information, de contextualisation, notre but est de raconter les personnages, leurs histoires, leurs contradictions, leurs turpitudes, sans complaisance, mais sans animosité non plus. Libre à chacun de se constituer une opinion ensuite.



Qu'est-ce qui vous ferait arrêter de travailler sur le FN ?

La lassitude, l'impossibilité de travailler comme je l'entends, la volonté de passer à autre chose… Rien de spécifique par rapport au FN.

Dernier point, je me rends compte que la plupart des journalistes de presse écrite spécialisés FN ont moins de 35 ans. Qu'est-ce qui explique cette tendance ? Où sont passés les journalistes « historiques » ?

Le poste de “rubricard”, quel qu'il soit, est souvent confié en début de carrière. Et les rédactions peuvent avoir l'habitude de confier à des journalistes plus âgés le soin de couvrir le pouvoir en tant que tel (Elysée, Matignon), et confient donc l'opposition aux plus jeunes de leurs membres.

Tous les entretiens sur les relations Journalistes et FN.











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