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à côté de Maïakovski et de Serge Éssénine

19 March, by noreply@hautetfort.com (grapheus tis)[ —]

... mais un peu plus loin, un de ces rares hommes des confins européens qui se levèrent pour opposer leurs mots aux terreurs successives de leur pays,
Ossip Mandelstam*.

La Russie est au Salon du Livre de Paris, Télérama lui consacre deux pages dans sa rubrique littéraire et le Monde des Livres, sa "une" pour annoncer la parution de ses œuvres complètes** et rappeler qu'il mourut  quasi fou et d'épuisement dans un camp de travail près de Vladisvostok, son cadavre jeté dans une fosse commune.

La vague sourde avait grondé tout au long du voyage
Et, laissant son vaisseau, les gréements rompus sur les mers
Empli d'étendue et de temps Ulysse s'en revint

Tristia, 1917

 Lire et relire l'extraordinaire et belle acuité qualifiant ce retour de l'Errant : ...empli d'étendue et de temps...

 

*Ossip Mandelstam, Tristia et autres poèmes, Poésie/Gallimard, février 1982.
** Œuvres complètes, deux tomes, Le Bruit du Temps/La Dogana.


Il y a cinquante et six années, six justes

14 March, by noreply@hautetfort.com (grapheus tis)[ —]

Ce 15 mars 1962.


C'était un temps déraisonnable. Les tueurs rôdaient, les mêmes ou d'autres — qu'importe les jours ou les siècles, passés ou à venir — dans l'ombre des rues ensoleillées. Nous marchions atterrés mais attentifs, sereins mais exempts de la peur. Nous ignorions que des lendemains lointains nous donneraient raison, malgré la haine et le sang.

Sur les gouffres du temps, que la mort creuse si vite et si fort entre les êtres et les
générations, je passe le fil de la mémoire. Je vous nomme, ombres de lumière.

Max Marchand, présent !
Mouloud Feraoun, présent !
Marcel Basset, présent !
Robert Eymard, présent !
Ali Hammoutene, présent !
Salah Ould Aoudia, présent !

Vous voilà parmi nous.
La poussière des fureurs de la guerre est tombée. Et voilà que vos assassins n'ont plus de nom. Ils n'ont aucun visage qui se distingue dans la cohorte sanglante des bourreaux de tous les âges et de toutes les guerres.
Vous voici, maîtres de l'école publique, passeurs de savoirs et de savoir être. Vous êtes uniques et singuliers comme le sont les visages de ceux qui donnent la vie.
La vie!
Celle de l'esprit que le savoir construit, faisant de chaque jeune individu une personne.
La vie!
Celle du temps profond de l'Algérie comme rive de la Méditerranée, que ponctuent
nos tombes emmêlées et nos enfants communs.

Paroles de Jean-Luc Mélenchon quand, en décembre 2001, il dévoile une stèle pour ces six ombres de lumière.

 

Nous serons encore quelques-un(e)s à maintenir leur mémoire.
Les tueurs surgiront encore. Nous leur ferons à nouveau face.


où donc peut bien mener la dégustation d'une "tête de veau" ?

1 March, by noreply@hautetfort.com (grapheus tis)[ —]

  Naguère — peut-être bien jadis — c'était à l'Hôtel de la Boule d'or.
Aujourd'hui, c'est, plus prosaïquement rebaptisée, à L'Auberge Rétro. La façade est sans doute intouchable, les lourdeurs mobilières dans le bar et les salles, immuables depuis cinquante ans.
Qu'est devenue la "chambre" ?

Les trois cousins de l'enfance en guerre se sont, hier, retrouvés entre "tête de veau sauce gribiche" ou "tête de veau vinaigrette aux câpres".

La mélancolie était ailleurs, plus profonde
.
À Bourgneuf, René-Guy Cadou, instituteur remplaçant, retrouve en 1941,  Sylvain Chiffoleau, son copain du lycée Clémenceau. Hébergé par les parents de ce dernier à l'hôtel de la Boule d'or, il écrit à Marcel Béalu :

«...Je coule des heures paisibles. Je vis sans rien d'autre. Pays de vent. Soleil. Amis natals. Je n'ai plus qu'un grand désir de sable et d'eau verte. La poésie c'est aussi l'air libre, le petit bistrot plein de pêcheurs, la "jolie rousse"... Je déconne en ce moment. Je suis très heureux — à la façon des vaches dans l'herbe grasse ou des Saints, mais les Saints, les seins, l'essaim, c'est tout mon ciel..."Il fait bon vivre à la pointe des vagues et des fanfares étincelantes". Tu liras ça. Ça s'appelle Porte d'Écume ».

Sylvain Chiffoleau et lui s'aventurent dans la lente et humide traversée du marais de Lyarne qui mène au petit port dans l'étier du Collet.

« Lorsque nous avions longuement marché dans la tiédeur des marais, franchissant les innombrables planches lancées de part et d'autre des fossés, nous débouchions sur un large chemin, parallèle au grand étier. Nous le suivions jusqu'à l'écluse dont nous montions les quelques marches pour mieux surplomber le port minuscule du Collet... Aussi loin que portaient nos regards, s'étendait la luisante marée des vases aux vagues figées...», écrit Chiffolleau.

 

DSC_1953.jpg
                                                                                                 © Nicléane

 

Assez de sangs mêlés au nectar des collines
De peaux mortes jetées sur le bord du chemin
Les membres sont épars dans la luzerne
Je pars aux premiers feux vers les dunes de Lierne
Et quand j'arrive enfin
La mer est déjà là
Ses ailes se détachent
Des quartiers de soleil aussi qui se détachent
Le cœur fait un remous
L'écume et le matin se sont levés sur nous
Un peu de vent qui vole
Plus haut
Dans le grand air
Sont dressées les paroles
On marche en écrasant des mottes de ciel bleu...

René-Guy Cadou,
Bruits du Cœur, 1941

 

À l'été 41, Cadou quittera Bourgneuf "en pleurant — où peu s'en est fallu". Il y reviendra souvent.

Les souvenirs que j'ai sont vagues de grand large
Qui retombent parfois sur les pays déserts
Hôtel des Chiffoleau ! tes chambres à cordages
Ballotent mon esprit comme un enfant des mers I

Je me souviens de litres bus
Je me souviens de longues veilles
Minuit ! Tous les mots défendus
Au matin la puce à l'oreille !

Et toujours cet ami discret
Entrant sans bruit dans ma mémoire
« Le soleil est chaud, fait exprès
Mais c'est ta fraîcheur qu'il faut boire ! »

Nous avons marché sur des plages
Λ la recherche d'un pied nu
Les vivants de notre entourage
Ont trouvé l'idée saugrenue

Mais le soir dans ton triste hôtel
La Boule d'Or si bien nommée
D'embruns et de ciel embrumé
Roulait au fond de nos prunelles

Chiffoleau fils de Sylvain père
Le passé tient dans notre verre !

 

René-Guy Cadou,
SylvainChiffoleau
Que la lumière soit, 1949-1951
Le cœur définitif

 

Douce mélancolie. Douce...

Maintenant je suis seul
Mon ombre s'est glissée à l'ombre du tilleul
Il fait nuit
La terre bouge
Les adieux sont tendus au bas du rideau rouge

Bruits du cœur,
1941

 

Qu'est devenue la Chambre ?


il meurt demain

18 February, by noreply@hautetfort.com (grapheus tis)[ —]

René CHAR,

le matin du 19 février 1988, sa mort.
Mais toujours, à chaque jour :

 

Nous sommes déroutés et sans rêve. Mais il y a toujours une bougie qui danse dans notre main.

 

 

bougie4 - copie.jpg

 

et plus loin pour ne point achever,

 

Tenir son livre d'une main sûre est malaisé.


Il y a quarante ans...

25 January, by noreply@hautetfort.com (grapheus tis)[ —]

 

... Il s'en allait. Marchait-il sur les eaux de la baie de Douarnenez ? Je ne sais. Par delà le siècle, je le salue, me fustigeant de ne point le lire assez assidument.

Il avait écrit :

"Chaque fois qu'on lit un poète mort, on le re-suscite."*

je relis Georges PERROS.

 

 

*Papiers collés III, coll. Le Chemin, Gallimard 1978.

 

 

 


rencontrer les Néréides nues ? possible même en navigation virtuelle

November 2017, by noreply@hautetfort.com (grapheus tis)[ —]

Ne suffit point de lire les Modernes et les Antiques, encore nous faut-il naviguer !

 

la Moderne
Yourcenar

……il retournait inlassablement à l'endroit où s'était passée l'apparition : il y a là une source où les pêcheurs viennent quelquefois se fournir d'eau douce, un vallon creux, un champ de figuiers d'où un sentier descend vers la mer. Les gens ont cru relever dans l'herbe maigre des traces légères de pieds féminins, des places foulées par le poids des corps. On imagine la scène : les trouées de soie dans l'ombre des figuiers, qui n'est pas une ombre mais une forme plus verte et plus douce de la lumière ; le jeune villageois alerté par des rires et des cris de femmes comme un chasseur par des bruits de coups d'ailes ; les divines jeunes filles levant leurs bras blancs où des poils blonds interceptent le soleil ; l'ombre d'une feuille se déplaçant sur un  ventre  nu ; un sein clair, dont la pointe se révèle rose et non pas violette ; les baisers de Panégyotis dévorant ces chevelures qui lui donnent l'impression de mâchonner du miel ; son désir se perdant entre ces jambes blondes. De même qu'il n'y a pas d'amour sans éblouissement du cœur, il n'y a guère de volupté véritable sans émerveillement de la beauté.

 

Marguerite Yourcenar
L'homme qui aima les Néréides
Nouvelles Orientales
L'Imaginaire, Gallimard, 1963.


Et parmi ces cinquante filles de Dôris aux beaux cheveux et de Nérée dit le Vieillard parce qu'il est véridique et bienveillant, j'en ai élu plus de vingt

L'Antique,
Hésiode

Εὐδώρη - Eudôrè - La Généreuse
Γαλήνη - Galènè - La Paisible
Γλαύκη - Glaukè - L'Étincelante
Κυμοθόη - Kymothoè - La Tumultueuse
Εὐνίκη - Eunikè - L'Apaisante
Μελίτη - Mélite - La Miellée
Εὐλιμένη - Euliménè - L'Accueillante
Νησαίη - Nèsaïe - L'Insulaire
Ἀκταίη - Achtaïè - La Riveraine
Κυμοδόκη - Kymodèkè - La Bienveillante (la Brumeuse)
Κυματολήγη - Kymatolègè - L'Apaisante
Κυμώ - Kymô - La Houleuse
Ἠιόνη - Hèïonè -L'Attentive
Ἁλιμήδη - Halimède - La Rêveuse
Γλαυκονόμη - Glaukovomoè - La Lumineuse  (l'Irradiante)
Ποντοπόρεια - Pontoporèïa - La Marine
Λειαγόρη - Léïagorè - La Calme (La Paisible Diseuse)
Αὐτονόη - Autonoè - L'Opinâtre
Λυσιάνασσα - Lysianassa - La Déliante (La Libératrice)
Ψαμάθη - Psamathè - La Sableuse Infinie
Νησώ - Nèsô - L'Ilienne
Νημερτής - Nèmertès -L'Infaillible (La Véridique)


de Cendrars, un clin d'œil ornithologique

November 2017, by noreply@hautetfort.com (grapheus tis)[ —]

Au cœur de ces nuits de novembre quand la nostalgie s'épand en larmes de tristesse et d'inconsolation, me lever et dans un ciel pur, l'œil enfin redevenu nu après soixante-dix années de lunettes, reconnaître dans le sud-suroît, ORION, comme la main coupée de Cendrars.

Ouvrir, à l'heure matinale de gel, son Lotissement du ciel *, y lire les étonnantes vocalises de ce merle des tropiques à l'œil "effronté", cet arc-en-ciel qu'est le sept-couleur

 Quand l'oiseau est pressé de faire ses vocalises il se précipite sur le sol, se vautre dans la poussière, est pris de danse de Saint-Guy, ce qui le fait pivoter deux ou trois fois sur soi battant des ailes semi-rigides, puis il se renverse sur le dos, ouvre un large bec et comme en extase laisse jaillir de sa gorge qui se gonfle et qui palpite sous l'effort un renâclement, un gargarisme, un sifflement de soupape engorgée qui lâche de la vapeur, et retentit soudain le coup de sifflet strident d'une locomotive lancée à toute vitesse, coup de sifflet qui s'étrangle, accompagné de bruits de poitrine, et l'extase du sept-couleurs s'achève selon le degré de résistance des cordes vocales et les capacités de l'individu soit en une longue cascade de rires, soit en un râle déchirant, soit en une suite de sanglots.

et quelques pages plus loin, quand, à l'ouverture d'une boite à chapeaux maternelle, voltige une volière ébouriffante,

Post-scriptum pour les âmes sensibles. — Quand ma mère est morte, en 1907, on trouva dans ses cartons et ses boîtes à chapeaux des panaches, des aigrettes, des couteaux, des toupets, des paradis, des touffes de coq noir, genre bersaglier, et de coq blanc, genre casoar, des plumes de coq de bruyère en bouquet, des brochettes de colibris, des toques, des manchons de lophophore, des crêtes de huppe, du duvet de cygne, des plumes d'autruche, de la poule faisane, des colombes et des mouettes, des bengalis, des gorges de pigeon et jusqu'à une tendre perdrix.

Voici quelques notes ornithologiques qui, sans dissiper le gris de l'âme, amènent le sourire aux lèvres.

 

 

*Blaise Cendrars, in Le Lotissement du ciel, Le jugement dernier, p.10 et 14-15


ainsi chaque année

November 2017, by noreply@hautetfort.com (grapheus tis)[ —]

Depuis cinquante et trois ans, quand revient novembre le lancinant

 

Avec (celle) que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence. Qu’en est-il alors ? Nous savons, ou croyons savoir. Mais seulement quand le passé qui signifie s’ouvre pour lui livrer passage. (La) voici à notre hauteur, puis loin, devant.

À l’heure de nouveau contenue où nous questionnons tout le poids d’énigme, soudain commence la douleur, celle de compagne à compagnon....


René Char
L'éternité à Lourmarin











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