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Lettre à Monsieur X, Bellegarde, Gard

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19 July, by Jean-Léon Beauvois[ —]
Jean-Léon Beauvois a été terrifié par le sort fait à un septuagénaire interpellé au vu et au su des habitants de son village à cause du soi-disant "profil très inquiétant" qu'il devait à une affaire datant de 12 ans. Il a été mis en garde à vue pour atteinte sexuelle et assassinat d'une enfant, puis libéré. Libéré, ce n'est qu'un aspect de la justice qui lui est due. Mais que va-t-il devenir dans son village ? C'est une double peine.

Monsieur X,

Je ne vous connais pas, et tout me donne à penser que, si je vous avais connu, nous n'aurions pas été des amis. Pourtant, la catastrophe qui vient de vous arriver m'incite à vous faire part de ma réelle sympathie.

Certes, vous avez en 1999 commis un acte affreux, et même odieux. Une agression sexuelle sur un garçon mineur ne peut inspirer que du dégoût et une attente de réparation. Mais vous avez été condamné et vous avez effectué les années de détention que vous deviez à la société. Libéré, vous vous êtes soumis de bonne grâce à un suivi socio-médical pendant trois ans. Puis vous vous êtes installé, seul (vous êtes divorcé), dans une petite ville proche de la Camargue, Bellegarde, pour y finir vos jours en continuant à vous refaire un mental, ne posant plus aucun problème au corps social.

La catastrophe fut l'agression sexuelle et l'assassinat à l'arme blanche d'une gamine de huit ans le soir du 5 novembre. Un samedi. Elle s'appelait Océane. Elle était très jolie et était connue comme une « très bonne élève ». Depuis guère plus d'un an, elle vivait près de là où vous filiez des jours que je suppose tranquilles, sinon sereins. Une petite voisine. Une femme promenant ses chiens découvrira son corps en partie dénudé à deux ou trois kilomètres de la petite ville le lendemain dimanche vers 10h 30. Il est clair qu'elle a été transportée après sa mort.

J'imagine l'émoi de la population et la teneur des conversations le lendemain du drame. Un crime odieux. La population hésite entre douleur et colère, dit-on. Alors, la justice et la police se souviennent de vous et de votre passé pénal. Malgré vos années tranquilles, on vous restitue d'office un « profil très inquiétant ». Et vous voilà le dimanche soir en garde à vue. Pourquoi vous, demande un journaliste. « D'abord, l'endroit où la fillette a probablement été tuée est à proximité du domicile où il réside depuis 2 ans. Ensuite, son profil » répond le procureur de la République de Nîmes, Robert Gélli. Il considère par ailleurs qu'il fallait « crever un abcès qui serait apparu si nous n'avions pas suivi cette piste ». C'est bien l'idéologie de la récidive, implacable bien qu'erronée, le plus souvent, qui vous est tombée dessus comme un coup pervers du destin. On la renifle dans quelques titres comme celui-ci, écrit probablement en toute innocence du journaliste : « Bellegarde : un septuagénaire connu pour agressions sexuelles en garde à vue ». Vous restez calme lors de votre arrestation. Vous niez, vous regardiez la télévision à l'heure de l'enlèvement et du crime, dites-vous. Vous restez le plus souvent silencieux. Les perquisitions à votre domicile et dans votre voiture ne donnent aucun résultat probant. Mais ce ne peut être que vous et vous constituez la piste prioritaire du procureur et des enquêteurs. Les bruits qui circulent vous mettent au centre des invectives et de l'appel sordide bien qu'implicite au lynchage. « On savait bien qu'il y avait un pédophile dans Bellegarde » (propos d'une habitante). « Marre de cette justice française au bénéfice des assassins. Une justice américaine s'impose » (propos sur un forum). N'insistons pas. On connaît ces réactions, même si elles n'ont pas été exacerbées à Bellegarde, il faut le reconnaître. Imaginons simplement, un moment, qu'on ait pensé à vous et à votre profil dès le dimanche matin avant la battue qui a rassemblé 300 personnes, gendarmes et habitants volontaires.

Bien sûr, le procureur préconise la sérénité et se montre d'une prudence de bon aloi (« à ce stade de l'enquête, il n'y a aucun élément objectif permettant de dire qu'il a une responsabilité dans cette affaire »), suivi finalement par une presse qui semble vouloir se contrôler, ce qui est à son honneur. Vous restez dans les journaux « le septuagénaire en garde à vue », quelquefois « le suspect » ou, au pire, le « meurtrier présumé ». Malgré cette retenue, le mal est fait, on vous a livré à la rumeur. On a ouvert votre retraite tranquille aux mauvais vents.

Voilà : on sait aujourd'hui que vous n'êtes pas coupable. Vous avez été victime, victime de cette idéologie commode de la récidive probable. Vous regardiez bien, je suppose, la télévision, à cent lieues mentales de ce qui se déroulait près de chez vous. Mais que dire de votre avenir à Bellegarde ? Une délégation d'habitants viendra-t-elle vous assurer que rien ne doit changer pour vous, ou va-t-on désormais ne penser qu'à vous foutre dehors ? Pourrez-vous rester serein quand une habitante que vous croiserez aux abords de la Fontaine aux Lions vous dévisagera, cette fontaine où furent placées des bougies pour le souvenir d'Océane ?

Je crains qu'il en soit fini de votre retraite paisible et de votre éventuelle reconstruction.

Je ne parlerai pas de vos enfants puisque j'ignore ce qu'ils savent de vous et de votre passé. Je ne poserai pour terminer que deux questions. On vous a interpellé à 21 heures, à une heure où les rues ne doivent pas être encombrées. Pouvait-on le faire et vous transférer à Nîmes sans bruit, voire dans le secret, comme cela, me semble-t-il, vous était dû ? Et si on le pouvait, pourquoi ne l'a-t-on pas fait ? La précipitation avec laquelle on vous a livré à la rumeur, sans doute, j'en conviens, pour « calmer les esprits » qui s'échauffaient à Bellegarde, reste une faute de la justice et de la police dont vous aurez, vous seul avec peut-être vos enfants, du mal à vous remettre. C'est comme une double peine.

C'est la raison pour laquelle je tenais à vous assurer de ma sympathie. Jean-Léon Beauvois.











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