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Les mots ont un sens. Aujourd'hui : “hacker”

17 March, by François Nonnenmacher[ —]

Tout à l'heure, sur France Info, une radio que j'apprécie généralement pour sa qualité, j'entends l'accroche suivante qui m'a fait bondir : « Fausse alerte à Paris, la piste des hackers explorée ». Le reportage parle finalement de « pirates », mais l'article en ligne utilise à nouveau ce terme : Fausse alerte à Paris : deux hackers prétendent être à l'origine du canular.

Un “hacker”, en anglais, n'est rien d'autre qu'un bricoleur. Si vous savez changer une bougie dans votre voiture ou, de nos jours, une batterie de smartphone, vous êtes un hacker. Ça n'a strictement rien à voir avec un quelconque piratage. Et les hackers ne sont pas des pirates, c'est un amalgame idiot.

Parler de « piste des hackers » pour un canular de deux jeunes crétins est aussi stupide que qualifier de « piste des bricoleurs » l'exhibition sexuelle de Robert Rochefort chez Castorama. Là où ça devient dangereux, quand on sait que tous les gens un tant soit peu curieux et bricoleurs sont des hackers, c'est qu'il va se trouver des politiciens pour diaboliser « tous ces hackers » tout comme certains font l'amalgame « musulman = terroriste ».

Les mots ont un sens. Vous, journalistes, devriez le savoir mieux que les autres. En ne faisant pas votre travail correctement, vous portez une énorme responsabilité dans la soupe d'amalgames et d'approximations dans laquelle nous nageons actuellement, et qui fait le bonheur des populistes de tout poil.

P.S. BFMTV fait encore pire :


Marcher dans Paris

6 March, by François Nonnenmacher[ —]

Je suis arrivé à Paris il y a une semaine, pour ma traditionnelle piqûre de béton et de gasoil. Il m'aura fallu ce temps pour m'adapter à la température glaciale du pôle Nord et passer plus d'une demi-heure dehors sans trembler comme une feuille. Avec presque 16°C aujourd'hui, et trois couches de vêtements, c'était tout à fait supportable (je suis un frileux tropicalisé et, depuis que j'ai déménagé à Nouméa, j'ai froid en dessous de 24°C).

J'aime marcher dans Paris. Ça me manque. Je n'ai pas ce plaisir dans les rues de Nouméa, qui sont délabrées et dont le centre ville est une honte absolue pour une capitale qui prétend recevoir des touristes (la nouvelle municipalité semble avoir pris la mesure du problème, mais elle revient de loin et tout est à (re)faire).

J'aime marcher le nez en l'air, sur les façades, comme le touriste que je suis maintenant dans ma propre ville. Observer les parisiens, comme si je n'en étais pas un. Découvrir les nouveautés, les magasins qui ont fermé, les nouveaux arrivants comme ce magasin mystérieux qui, alors qu'il n'est pas encore ouvert, a levé un store que j'ai connu fermé pendant 17 ans. Et noter tous ces commerces de quartier, que je connais depuis un quart de siècle, et qui tiennent malgré vents et marées. Ma ville et ses petits villages changent subtilement, et je perçois ces changements bien mieux depuis que je n'y viens qu'une ou deux fois par an.

Dans le Marais, l'enseigne Uniqlo attire mon regard. Ils sont là depuis quatre ans mais je ne l'avais jamais remarqué (j'ai découvert la marque récemment au Japon). J'entre pour comparer les prix (c'est moins cher à l'aéroport ou au Japon) et je découvre La Société des cendres au sous-sol du magasin. Le capitalisme moderne a parfois de bonnes idées.

Et là, au bout de la rue, un tatanier en fleurs !

Tatanier en fleurs, Paris le Marais

Je rigole in petto, en me disant que si cette espèce endémique en Nouvelle-Calédonie pousse ici, le réchauffement climatique est bien en marche. :p

Passage traditionnel au Palais des Thés. Je tique sur leur marketing du thé « For Him, For Her » avec Tour Eiffel et du bleu et du rouge pour bien renforcer les clichés. Je hais les théories marketing du genre.

Passage obligé au BHV qui semble en déménagement de rayons permanent et que, comme d'habitude, je ne reconnais pas. Leurs boutiques à façades noires de marques le long de la rue des Archives sont toujours aussi vides et toujours aussi peu aguichantes avec leurs videurs patibulaires déguisés en noir. La boutique Moncler est surréaliste, avec des vêtements en plastique style racaille, présentés comme des bijoux et vendus contre un bras et un rein par des mecs qui semblent tout droit sortis du Parrain.

À un moment j'ai versé une larme, de joie. J'étais juste content d'être là. Paris me manquait.


« Juste un peu gras, mais rien de plus » — Chroniques de l'homophobie ordinaire

20 February, by François Nonnenmacher[ —]

L'humour est une chose drôle, même quand ça ne l'est pas. Et drôlement compliquée, même pour ceux qui en font leur fond de commerce. Ce tweet, par exemple,

m'a fait réagir :

Ce qui a provoqué juste un « Gné ? » et un « Quoi ? » d'Ornikkar, lequel les a supprimés depuis sans aucune réponse aux miennes. Et — alors que je me suis contenté de soulever le caractère « trou du cul » et gras du dessin de Geluck (il faut connaître, Ornikkar oubliant très souvent comme ici d'attribuer les dessins des autres qu'il diffuse à la chaîne sous son compte) — je me retrouve, par un procès d'intention, accusé de procès d'intention non contre le dessin ou son auteur, mais contre son diffuseur (ça au moins c'est drôle :p) :

Ce n'est qu'une réaction épidermique de quelqu'un qui y voit l'attaque d'un ami plutôt que la critique d'un contenu. Je vous laisse explorer nos échanges pour voir le côté assez comique mais classique sur Twitter d'une personne qui interpelle quelqu'un d'autre pour lui dire à la fois qu'elle a le droit de s'exprimer mais que l'autre aurait dû se taire, qu'elle n'est pas d'accord mais que l'avis de l'autre est importun (je suis prié de ne rien dire quand « ça ne plaît pas » et de ne pas répondre quand on me l'intime). Les spécialistes de l'humour peuvent facilement en manquer par écrit en 140 caractères — ils sont comme tout le monde, nos écrans et la forme lapidaire de Twitter veulent ça, moi aussi je m'y emporte.

Pourquoi ce dessin me gêne-t-il ? Parce qu'une fois évacué le simple prétexte chronologique de la Saint Valentin, il se résume à jouer sur la peur de l'intromission anale chez l'hétérosexuel moyen. Je n'y vois absolument rien de drôle et j'attends toujours qu'on m'explique en quoi il l'est (1). Pour moi qui reçois ce message, l'homophobie qui le sous-tend est manifeste (un mec fait une conjecture graveleuse sur le fait que son proctologue, un autre mec donc, va lui mettre un doigt dans le cul. Ah ah !). Mais je conçois très bien que ce ne soit pas du tout évident pour les intéressés (que je connais mieux qu'ils me connaissent, à l'évidence, et que je ne soupçonne pas une seconde d'homophobie). C'est pour moi comme d'autres travers humains comme la culture du viol, le racisme ou l'antisémitisme qu'on trouve dilués mais prégnants dans « l'humour gras » qui fait rire le vulgaire et passer les gens comme moi pour des pisse-froids qui n'ont aucun sens de l'humour. Observez-vous et dites-moi que jamais — oh grand jamais ! — vous n'avez utilisé « salope », « enculé », « en juif » ou d'autres expressions aussi « humoristiques » que fleuries et qui parsèment notre langue comme des marqueurs d'une culture sociale dont on ne voit plus (ou ne voulons pas voir) ni l'origine ni la signification à force de les utiliser « pour rigoler ».

Je ne suis pas le premier et certainement pas le dernier à me retrouver à me prendre le bec sur une blague mal perçue avec des gens qui n'avaient aucune intention malicieuse à la base. Moi aussi j'ai blagué à coups de « en juif » sans réfléchir par le passé à son caractère antisémite — et pourquoi l'aurais-je fait ? Je ne suis pas antisémite ! Sauf que maintenant que j'ai compris que ça blesse d'autres personnes, j'évite d'utiliser certains mots sous couvert d'humour. Et ce n'est pas facile car, j'ai beau être particulièrement sensible de par mon histoire sur l'homophobie, j'ai été et suis encore ignorant du poids de certaines expressions « humoristiques » qui sont ancrées comme des automatismes à force de les entendre partout.

C'est bien la grande difficulté de décortiquer l'humour « populaire ». Mais ça illustre aussi la nécessité de s'exprimer quand on ne trouve pas ça drôle, et encore plus quand on en est victime. Sinon on peut tout faire passer sous couvert d'humour, absolument tout, y compris via des gens bien sous tous rapports et qui n'y voient rien de mal :

La preuve donc avec Fanoé et Ornikkar, qui ne sont pas plus homophobes que Geluck mais m'ignorent, me rabaissent ou veulent que je me taise quand je dénonce quelque chose qui me blesse et qu'eux ne voient que comme de l'humour. C'est un très grand classique que de voir des gens, même des professionnels de l'humour, face à quelqu'un qui s'estime victime d'une blague de commencer par l'ignorer, puis le nier, puis se dédouaner au prétexte que c'était de l'humour (même en admettant, à contre cœur, que c'est gras et lourd). Ils ne le font pas par malice, ils sont juste aveugles et un peu sourds(2). Et c'est ce qui est effrayant dans la diffusion de clichés via l'humour populaire, puisque des gens qui sont au fond sur la même longueur d'onde, sont incapables d'en discuter quand ça devient gênant.

P.S.

Kozlika fait un intéressant parallèle avec l'actualité :

Et elle est suivie par ce splendide exemple de défense bamboula (le monsieur m'explique que j'ai pas de vie mais se fait quand même chier à faire une image pour ça, la voici avec les fautes d'orthographes d'origine) :

P.S. 2 : deux jours après, je constate que, juste parce que j'ai décortiqué un dessin qui véhicule un cliché, je me suis fait traiter de con, d'aigri, de malheureux, d'imbu à gerber, de quelqu'un qui n'a pas de vie et qui « cultive [son] statut de victime » par des gens qui ne sont pas du tout homophobes, n'ont pas que ça à faire, et ont du cœur, eux. Et Ornikkar a courageusement supprimé les deux tweets qu'il m'a envoyé et m'a silencieusement viré de ses abonnés. Du classique straightsplaining. Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt.

(1) Sérieusement, surtout Fanoé et Ornikkar, expliquez-moi ce que vous trouvez drôle dans cette image, qui n'est pas la votre, au point de la défendre bec et ongles face à quelqu'un qui vous dit qu'elle est blessante ? Et sans utiliser le point « politiquement correct » s'il vous plaît, parce que mon maître à penser en matière d'humour c'est Pierre Desproges :).

(2) T'as vu, moi aussi je sais faire des blagues sur des minorités ! Rassure-toi si ça t'a choqué, je n'ai rien contre les handicapés, j'ai des amis sourds. C'est de l'humour, quoi, rhooo, fais pas chier. Et si tu ne comprends pas, va te faire enculer ! (Oui, je trolle chez moi si je veux :p)











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