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Grande soirĂ©e d'ouverture de la campagne 2016 de l’Appel national pour la TsĂ©daka, le 14 novembre

1 November, by noreply@blogger.com (Jean Corcos)[ —]


La grande soirĂ©e d'ouverture de la campagne 2016  de l’Appel national pour la TsĂ©daka se tiendra le lundi 14 novembre 2016 Ă  20h au Palais des congrĂšs d’Issy –les-Moulineaux.

Elle réunira plusieurs intervenants et artistes  issus de différentes cultures.
Ce colloque a pour thÚme la « Solidarité, une valeur Universelle ».

Dans une  ambiance « Musiques du monde » (Classiques, Klezmer,  Arabo-Andalouse,
), quatre grandes figures intellectuelles interviendront:

-          M. Odon Vallet , Historien des religions
-          M. Marek Halter , Ecrivain
-          M. Ghaleb Bencheikh , Physicien
-          Mme Katia Robel, SecrĂ©taire gĂ©nĂ©rale de l’Union Bouddhiste de France 

Les bĂ©nĂ©fices de cette soirĂ©e seront reversĂ©s Ă  l’Appel national pour la TsĂ©daka qui lutte depuis 24 ans contre l’exclusion sociale et la prĂ©caritĂ© sous toutes ses formes.

Lien de réservation weezevent :  https://www.weezevent.com/tsedaka-issy

J.C

Nota de Jean Corcos :

Je reprends trÚs rarement des annonces pour des manifestations, soirées et évÚnements divers. Mais je le fais ici pour deux raisons : d'abord, la noblesse de la cause, qui est celle de la solidarité ; et ensuite, bien sûr, pour saluer ce soutien de la Communauté juive aux dialogue inter religieux.

Article pas d'Ă©mission le 20 novembre

30 October, by noreply@blogger.com (Jean Corcos)[ —]

Une mémoire photographique des Juifs d'Algérie : Benjamin Stora sera notre invité le 6 novembre

29 October, by noreply@blogger.com (Jean Corcos)[ —]


J'aurai le plaisir de recevoir à nouveau Benjamin Stora le 6 novembre. Historien, professeur d'Université, grand spécialiste de la Guerre d'Algérie à laquelle il a consacré des dizaines d'ouvrages , il a intégré depuis une dizaine d'années la dimension juive dans son travail. En 2006, il a publié "Les trois exils. Juifs d'Algérie", l'année derniÚre était édité "Les clés retrouvées", sous-titré "Une enfance juive à Constantine", et j''avais eu le plaisir de le recevoir pour ces deux livres. Il vient de publier un ouvrage bien différent puisqu'il s'agit d'un album de photographies anciennes : "C'était hier en Algérie", sous-titré "De l'Orient à la République, une histoire des Juifs d'Algérie", Editons Larousse. Alors bien sûr on retrouve, dans le texte qui guide le lecteur,  la trame générale développée dans les livres précédents : comment des populations juives, dont l'enracinement datait de 2.000 ans sont entrées en quelques décennies, avec la colonisation française, à la fois dans la modernité occidentale et dans la République; comment elles ont vécu ce qu'il a appelé, justement, "les trois exils", exil de la culture d'origine, puis exil bref mais violent de la communauté nationale sous Vichy, puis enfin exil physique brutal en 1962, au moment de l'indépendance. On va donc essayer, ensemble et à partir des photos qu'il a choisies, de feuilleter virtuellement ce beau livre avec nos auditeurs.

Parmi les questions que je poserai Ă  Benjamin Stora :

-        Votre album commence par une longue introduction historique. Vous rappelez notamment la situation de "dhimmis" des Juifs avant la colonisation, mais ce passĂ© lĂ  n'est pas illustrĂ© dans le livre. Certes, la photographie va apparaitre aprĂšs l'arrivĂ©e des Français en 1830 : mais il doit quand mĂȘme exister des archives, des dessins ou des peintures ?
-        Votre album débute par des séries de photographies datant de la fin du 19Úme siÚcle, la premiÚre intitulée "Des indigÚnes algériens", et la seconde "Un monde de petits métiers". Quand on voit les illustrations les plus anciennes, on se dit que pour des yeux européens rien ne distinguait les Juifs des Musulmans, ni les tenues vestimentaires, ni les habitations, ni le mode de vie. Comment avez-vous procédé pour illustrer, par l'image dans les chapitres suivants, l'évolution sociologique et culturelle de ces Juifs tellement orientaux ?
-        Vous écrivez en plusieurs endroits qu'à l'exception d'une petite minorité, ils étaient pour la plupart boutiquiers ou artisans, et qu'ils vivaient misérablement. Mais il y a des communautés pour lesquelles manquent les illustrations : celles qui vivaient de l'agriculture, dans les AurÚs et dans le Sud Saharien ; et puis, à l'autre bout de l'échelle sociale,  les "mégorashim", les vrais séfarades  : pourquoi ?  Manque-t-on de photographies à leur sujet ?
-        Le centre névralgique de la vie juive, c'était en Algérie comme partout dans le monde, les Synagogues : votre album en donne plusieurs photos au fil des pages, celles d'Oran, d'Alger, de Tlemcen, de Constantine. Vous soulignez que, symboliquement, leur architecture était aussi à la fois mauresque et européenne, pourriez-vous nous l'expliquer ?
-        Entre le Décret Crémieux en 1870, et 1940, les Juifs d'Algérie vont vivre deux épisodes d'antisémitisme violent : de la part des Européens avec les émeutes de 1897-1898 - vous publiez ainsi une photo de la Grande synagogue d'Alger dont les grilles furent arrachées ; et puis, de la part des Musulmans, le pogrom d'août 1934 à Constantine, qui fit 28 morts et que vous avez illustré par cinq pleines pages de photographies poignantes : pourtant, les juifs d'Algérie seront surpris et par Vichy, et par la guerre d'Algérie : pourquoi cette illusion d'une "assimilation heureuse" ? Quelles autre photos de l'album viennent l'illustrer ?
-        En ce qui concerne la guerre d'Algérie, j'ai trouvé l'album trop rapide sur ces heures noires : trÚs peu de photographies ; pas de reproductions de journaux d'époque ; et finalement presque rien de spécifiquement juif; pourtant, c'est là que vous aviez la documentation la plus riche : pourquoi avez-vous fait ce choix ? Pourquoi par exemple, n'avoir pas publié des photos d'attentats ayant visé spécifiquement les Juifs ?

Je suis sûr que les auditeurs originaires d'Algérie seront nombreux à l'écoute, mais l'histoire de cette communauté disparue doit intéresser beaucoup plus de monde, et pas seulement les Juifs ... soyez nombreux à l'écoute !


J.C

En quĂȘte de finances pour 2017, le FN fait les yeux doux aux Émirats arabes unis

28 October, by noreply@blogger.com (Jean Corcos)[ —]


LE SCAN POLITIQUE - Les responsables du Front national Ă©rigent volontiers les Émirats en contre-exemple du Qatar, accusĂ© de financer le fondamentalisme islamiste.

C'est un problĂšme rĂ©current au Front national. Bien que la trĂ©sorerie du parti soit dĂ©sormais assainie, il manque des fonds pour alimenter la campagne prĂ©sidentielle qui s'annonce. Marine Le Pen peut actuellement compter sur 4 Ă  6 millions d'euros selon les sources, alors que 12 seraient nĂ©cessaires. «Je pense que l'on va rĂ©gler le problĂšme», convient ce lundi matin Florian Philippot sur LCI, qui regrette que «les banques françaises ne prĂȘtent pas». Un souci rĂ©current qui avait conduit le FN Ă  chercher le soutien d'Ă©tablissements russes en 2014. Cette source semble dĂ©sormais tarie, et selon Mediapart, le Front national chercherait des financements alternatifs, notamment auprĂšs des riches Émirats arabes unis, qui regardent avec bienveillance l'ascension du parti.

«S'il faut aller emprunter Ă  l'Ă©tranger, nous irons emprunter Ă  l'Ă©tranger, il n'y a aucune exclusive Ă  ça. Que ce soit en Russie en Argentine ou aux États-Unis. Et pourquoi pas au Moyen-Orient», confirmait sur France 3 Wallerand de Saint-Just, trĂ©sorier du FN, pendant «les estivales de FrĂ©jus», le 18 septembre. «On cherche “worldwide”, partout sauf en France Ă©tant donnĂ© le refus des banques ici», a dĂ©veloppĂ© l'eurodĂ©putĂ© Bernard Monot, l'un des Ă©conomistes du Front, auprĂšs de Mediapart. «On a mis une douzaine de lignes Ă  l'eau qu'on peut actionner. Nous cherchons Ă  l'ouest - zone dollar et zone euro -, on a aussi des pistes au Moyen-Orient», ajoute ce dernier. Une piste dĂ©jĂ  explorĂ©e en 2014, raconte l'un de ses proches, le dĂ©putĂ© Rassemblement Bleu Marine (RBM) Jean-Luc Schaffhauser. En discussion avec une banque d'Abu Dhabi, il affirme avoir assurĂ© des nĂ©gociations pour un emprunt avec «un taux de 2,8 %». «Mais cela ne s'Ă©tait pas fait le jour de la signature, en fĂ©vrier 2014», prĂ©cise-t-il. C'est finalement des Ă©tablissements russes qui avaient pourvu aux besoins, ainsi que Cotelec, la structure de Jean-Marie Le Pen. Cette association de financement a par ailleurs dĂ©jĂ  dĂ©bloquĂ© 6 millions d'euros pour la prĂ©sidentielle de 2017.

Le FN dément le financement du voyage égyptien de Marine Le Pen

Mediapart relĂšve que le Front national maintient depuis les meilleures relations possibles avec les Émirats arabes unis, prĂ©sentĂ©s comme un modĂšle de pays arabe combattant le fondamentalisme, par opposition au Qatar, accusĂ© de financer en sous-main le djihad et les FrĂšres musulmans. Une proximitĂ© de vue affichĂ©e lorsque Marine Le Pen se rend en Égypte le 28 mai 2015: la prĂ©sidente du FN fait Ă  cette occasion un Ă©loge appuyĂ© du rĂ©gime du prĂ©sident al-Sissi, implacable adversaire des FrĂšres musulmans, soutenu par les Émirats. Le site spĂ©cialisĂ© Intelligence OnlinerĂ©vĂšle alors ce qui a convaincu les responsables Ă©gyptiens d'accepter la rencontre: «C'est sous l'amicale pression des services Ă©miratis de renseignement que la plupart ont acceptĂ© de rencontrer la prĂ©sidente du FN». Une pression Ă©galement exercĂ©e sur le prĂ©sident Ă©gyptien en personne, selon les rĂ©vĂ©lations du livre Nos trĂšs chers Ă©mirs (Michel Lafont), paru le 20 octobre, et signĂ© des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Le voyage Ă©gyptien dans son ensemble aurait d'ailleurs Ă©tĂ© financĂ© par des fonds Ă©miratis.
«C'est inexact», rĂ©pond briĂšvement le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du FN Nicolas Bay interrogĂ© par France 2 ce lundi, soucieux de protĂ©ger l'image d'un parti prompt Ă  clamer son indĂ©pendance vis-Ă -vis de toute puissance Ă©trangĂšre. Avant de dĂ©rouler son argumentaire: «Il y a une diffĂ©rence fondamentale entre le Qatar et les Émirats arabes unis. Les Émirats combattent l'islamisme radical, le Qatar soutient et finance les factions islamistes. Ce que je constate, c'est que sous François Hollande comme sous Nicolas Sarkozy, la classe politique française a fait preuve d'une grande complicitĂ© avec le Qatar». Aucun projet de financement ne serait Ă  l'Ă©tude selon lui. «Pas Ă  ma connaissance», assure-t-il, avant de glisser de nouveau: «Nous combattons l'islamisme radical et nous soutenons ceux qui, dans cette rĂ©gion du monde, combattent l'islamisme radical».

Marc de Boni

Le Figaro, 24 octobre 2016


Crimes d'honneur : vers la fin de l’impunitĂ© au Pakistan

26 October, by noreply@blogger.com (Jean Corcos)[ —]


Une membre de la famille proche de Qandeel Baloch montre des photos de la star des réseaux sociaux assassinée en juillet. Photo Asim Tanveer. AP

Des amendements permettant de rĂ©primer les exĂ©cutions familiales ont Ă©tĂ© adoptĂ©s jeudi. Cet étĂ©, l’assassinat par son frĂšre de Qandeel Baloch, une star d’Internet, avait provoquĂ© une vague d’indignation.

«En tant que femmes, nous devons nous dĂ©fendre, nous dĂ©fendre les unes les autres. Nous tenir droites. Je me battrai pour cela. Rien ne m’arrĂȘtera», Ă©crivait sur Twitter et Facebook le 14 juillet Qandeel Baloch.Deux jours plus tard, la «Kim Kardashian pakistanaise», comme la surnommait la presse locale, Ă©tait Ă©tranglĂ©e par son propre frĂšre sur le toit de leur maison familiale Ă  Multan, dans l’Etat pakistanais du Pendjab. InterviewĂ© par la tĂ©lĂ©vision lors de son arrestation, ce dernier se disait «fier» de l’assassinat au nom de «l’honneur de la famille». Mais son pĂšre rĂ©clamait justice, rompant avec la tradition du «pardon» qui permet aux auteurs de ce type de crimes d’échapper Ă  un procĂšs si la famille de la victime accepte des excuses ou un arrangement financier.
La notoriĂ©tĂ© de Qandeel Baloch, le soutien de ses parents, l’impudence de l’assassin ont fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le sous-continent. «Aujourd’hui, nous avons du sang sur les mains. Les hommes qui tuent au nom de l’honneur, et ceux qui sont restĂ©s silencieux», avouait un Ă©ditorialiste du quotidien pakistanais Dawn.Quelques jours aprĂšs, le Parlement relançait la procĂ©dure pour durcir la loi fĂ©dĂ©rale de 2005. Et jeudi, les lĂ©gislateurs ont enfin adoptĂ©, Ă  l’unanimitĂ©, des amendements qui comblent les pires lacunes de la loi contre les «crimes d’honneur», ainsi qu’une loi punissant plus sĂ©vĂšrement le viol. L’ancienne sĂ©natrice d’opposition Ă  l’initiative du projet lĂ©gislatif, Sughra Imam, du Parti du peuple pakistanais (PPP), s’est fĂ©licitĂ©e de cette victoire : «Aucune loi n’éradique entiĂšrement un crime. Mais au moins, elle n’autorisera plus les pires comportements impunĂ©ment.»

Genre et sexualité

NĂ©e il y a vingt-six ans Ă  Lahore, diplĂŽmĂ©e d’un master en arts, Qandeel Baloch Ă©tait bien plus que la «starlette en vogue sur les rĂ©seaux sociaux» prĂ©sentĂ©e hĂątivement par la presse. Belle brune aux grands yeux, chanteuse, comĂ©dienne, mannequin, elle mettait sa vie en scĂšne pour un million de followers sur Twitter, Facebook et Instagram, maniant la provocation avec beaucoup d’humour. Elle avait fait sensation ce printemps en promettant un strip-tease si le Pakistan gagnait la Coupe du monde de cricket - un pari peu risquĂ© au vu des performances de l’équipe cette annĂ©e. Une semaine avant son assassinat, elle publiait le clip Ban («interdit») dans lequel, en body en dentelle et la fesse allumeuse, elle se moquait des rĂšgles imposĂ©es aux femmes pakistanaises.
«Elle Ă©tait trĂšs diffĂ©rente d’une Kardashian, confie Faiza Mushtaq, sociologue Ă  Karachi. Ses performances sur le genre et la sexualitĂ©, dans le contexte de la sociĂ©tĂ© pakistanaise, Ă©taient extrĂȘmement troublantes, audacieuses et risquĂ©es.» Fouzia Azeem (son vrai nom) venait d’une famille pauvre de douze enfants et Ă©tait devenue cĂ©lĂšbre en 2013 lors de son audition pour l’émission de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© Pakistan Idol. Unique source de revenus de la famille, «elle Ă©tait trĂšs consciente du handicap dĂ» Ă  son milieu social, mais compensait par des tonnes d’ambition et sa maĂźtrise des rĂ©seaux sociaux», analyse la chercheuse. «Ce n’est pas la premiĂšre cĂ©lĂ©britĂ© Ă©tiquetĂ©e Ă  la fois "sex-symbol" et "mauvaise femme", mais c’était la seule Ă  assumer un discours si clairement fĂ©ministe. Pour cela, elle Ă©tait la cible d’une haine au vitriol, vĂ©hiculĂ©e par une vision du monde culturelle et religieuse profondĂ©ment misogyne et conservatrice», ajoute-t-elle.
Les crimes d’honneur sont un flĂ©au dans le pays. En avril, la Commission pakistanaise des droits humains dĂ©plorait la mort de 1 096 femmes tuĂ©es en 2015 par des proches, contre 1 000 en 2014, et 869 en 2013. Les auteurs du rapport prĂ©cisaient que beaucoup de rĂšglements de comptes, en gĂ©nĂ©ral intrafamiliaux, ne sont pas enregistrĂ©s. Et expliquaient l’augmentation du phĂ©nomĂšne par «l’évolution des modes de vie, qui donne du pouvoir aux femmes via Internet et se tĂ©lescope avec les normes sociales traditionnelles». ConsignĂ©e Ă  la maison, la femme est traditionnellement traitĂ©e comme la propriĂ©tĂ© de son mari et de sa famille.
Depuis des dĂ©cennies, les dĂ©fenseurs des droits humains se battent pour que les crimes d’honneur soient clairement condamnĂ©s par la loi. Les nouveaux amendements interdisent le «prix du sang». Jusque-lĂ , le versement d’une somme Ă  la famille (Ă©valuĂ©e à 1 500 euros en moyenne dans le cadre des meurtres de femmes) suffisait Ă  Ă©viter les poursuites. C’est en thĂ©orie la fin de l’impunitĂ© mĂȘme si, pour les rares cas jusque-lĂ  portĂ©s devant la justice, les enquĂȘtes bĂąclĂ©es et la difficultĂ© de faire parler des tĂ©moins impliquĂ©s dans les histoires familiales aboutissent souvent Ă  la relaxe des accusĂ©s.
«MĂȘme si beaucoup de parlementaires Ă©taient clairs sur le besoin de changer la loi, ce n’était pas jusque-lĂ  la majoritĂ©, explique Farida Shaheed, rapporteure spĂ©ciale auprĂšs de l’ONU sur les droits humains et directrice du Forum pakistanais d’action pour les femmes. Depuis des mois, il y avait chaque jour des histoires horribles de femmes et de jeunes filles assassinĂ©es parce qu’elles voulaient dĂ©cider de leur vie. Les amendements avaient Ă©tĂ© proposĂ©s il y a plusieurs annĂ©es, et avaient mĂȘme Ă©tĂ© votĂ©s au SĂ©nat. Mais ils n’avaient pas Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s Ă  temps Ă  la Chambre basse.»
Dispute conjugale, soupçon d’adultĂšre, bru Ă  qui on refuse l’hĂ©ritage
 le mobile des «crimes de dĂ©shonneur», comme les appelle un ancien juge, est (comme pour le «blasphĂšme») bien loin de celui qui est affichĂ©. Fin juillet, le viol et l’assassinat d’une Anglo-Pakistanaise qui avait divorcĂ© de son cousin germain pour se remarier et vivre Ă  DubaĂŻ avaient de nouveau secouĂ© le pays. Selon l’enquĂȘte, les parents, la sƓur et l’ex-mari de la jeune femme avaient organisĂ© le guet-apens avec la complicitĂ© de la police locale.

«Un vieux patriarcat»

En thĂ©orie, les hommes sont Ă©galement soumis Ă  ces vengeances, mais ils sont beaucoup moins nombreux Ă  ĂȘtre visĂ©s (88 recensĂ©s en 2015) par une tradition qui s’avĂšre plus culturelle que religieuse : en juin, une adolescente appartenant Ă  la minoritĂ© chrĂ©tienne a Ă©tĂ© tuĂ©e «pour l’honneur» à coups de bĂ»che par son frĂšre Ă  Sialkot, car ses parents refusaient son mariage d’amour. Pour Farida Shaheed, «ça n’a rien Ă  voir avec l’islam. Quand la loi pakistanaise avait Ă©tĂ© transformĂ©e en "loi islamique" par le dictateur Zia-ul-Haq, la clause de "provocation grave et soudaine" qui justifiait la lĂ©gĂšretĂ© des peines avait Ă©tĂ© supprimĂ©e. Mais les juges ont continuĂ© à l’utiliser. LĂ , on est plutĂŽt face Ă  un vieux patriarcat, comme celui qu’on trouve en Sicile ou en AmĂ©rique latine.» Un patriarcat dont les femmes sont souvent les complices, voire les premiĂšres actrices : au printemps, quatre filles qui voulaient Ă©chapper Ă  leur mariage forcĂ© ont Ă©tĂ© brĂ»lĂ©es vives par leurs mĂšres.
Juste avant le meurtre de Qandeel Baloch, le Conseil de l’idĂ©ologie islamique, un organe consultatif sous le feu des critiques aprĂšs avoir dĂ©clarĂ© en mai qu’«une femme peut ĂȘtre battue lĂ©gĂšrement par son mari», s’était enfin dĂ©cidĂ© Ă  condamner les crimes d’honneur. Pour autant, la bataille est loin d’ĂȘtre gagnĂ©e. Trente groupes religieux, y compris le principal parti islamiste (Jamiat Ulema-e-Islam), rĂ©clament toujours l’abrogation d’une loi votĂ©e au Penjab en fĂ©vrier, qui criminalise la violence sur les femmes, arguant qu’elle va «augmenter le taux de divorce» et «dĂ©truire le systĂšme familial traditionnel».

Nouvelle génération

Qandeel Baloch, mĂ©prisĂ©e avant sa mort par les intellectuels, Ă©tait la figure de proue d’une nouvelle gĂ©nĂ©ration de la classe moyenne qui Ă©touffe sous le carcan de la sociĂ©tĂ©. Elle venait d’ĂȘtre sĂ©lectionnĂ©e pour Bigg Boss, la plus cĂ©lĂšbre Ă©mission de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© indienne. Jamais avare d’une provocation, elle n’avait pas hĂ©sitĂ© Ă  tourner en dĂ©rision un illustre mufti en publiant un selfie ahurissant pris avec lui dans une chambre d’hĂŽtel, oĂč elle apparaĂźt affublĂ©e de la calotte du religieux. AprĂšs le scandale, la jeune femme avait Ă©tĂ© bombardĂ©e de menaces de mort et le barbu exclu des instances religieuses oĂč il siĂ©geait. AprĂšs l’assassinat, le mufti s’est fĂ©licitĂ© que «le destin de Baloch serve de leçon Ă  ceux qui voudraient se moquer des personnages religieux». AccusĂ© par la mĂšre d’avoir commanditĂ© le meurtre, il fait l’objet d’une trĂšs molle enquĂȘte policiĂšre.
La plus grande victoire de Qandeel Baloch aura donc Ă©tĂ© posthume. Si la notion de «pardon» n’a pas totalement disparu de la loi, puisqu’elle permettra aux criminels d’échapper à la peine de mort, ils ne pourront nĂ©anmoins pas se soustraire Ă  un procĂšs et à un emprisonnement incompressible de douze ans et demi. Reste Ă  l’appliquer. Kamal Siddiqi, directeur du grand quotidien The Express Tribune, confie Ă  LibĂ©ration : «Le plus gros dĂ©fi n’est pas de faire voter les amendements, mais de les mettre en Ɠuvre.»

Laurence Defranoux

Libération, 7 octobre 2016

Les prochaines cibles de l'UNESCO

23 October, by noreply@blogger.com (Jean Corcos)[ —]
Le sourire du mois
- octobre 2016

L'infĂąme rĂ©solution nĂ©gationniste votĂ©e par l'UNESCO Ă  propos de JĂ©rusalem, a suscitĂ©, et c'est heureux, des protestations et des articles cinglants. J'ai eu le plaisir de partager, ici-mĂȘme le 19 octobre, celui sous la signature de David Isaac Haziza, qui m'a paru le plus percutant.
Peut-on sourire de tout ? Oui si cela contribue Ă  ridiculiser l'ennemi, en l'occurrence la propagande du totalitarisme islamiste qui veut faire table rase de toutes les autres cultures : et si on appliquait la mĂȘme logique Ă  d'autres monuments cĂ©lĂšbres ? C'est ce que nous propose ce "cartoon" en langue anglaise, et que vous saurez facilement traduire !

J.C

L’UNESCO et le totalitarisme islamiste

19 October, by noreply@blogger.com (Jean Corcos)[ —]


La dĂ©cision de l’UNESCO d’enfoncer le clou et de persister Ă  nier tout lien entre le peuple juif et le Mont du Temple est la version soft du totalitarisme islamiste.


A gauche : Le Christ chassant les marchands du Temple, par Le Greco. 
A droite : Daech détruisant le temple de Nimrud.

Il n’y a pas à dire : l’UNESCO a au moins le sens du timing.

La premiĂšre rĂ©solution dĂ©niant tout lien entre le peuple juif et le Mont du Temple avait Ă©tĂ© votĂ©e durant Pessah, la PĂąque ; c’est au lendemain de Yom Kippour et peu de temps avant la fĂȘte de Souccot que la seconde vient de l’ĂȘtre.
Kippour, ce jour oĂč les Juifs du monde entier rappellent humblement leur antique liturgie, bannie, dĂ©racinĂ©e, et prient pour que le genre humain reconnaisse l’unitĂ© de l’ĂȘtre. Lorsque le Temple de JĂ©rusalem s’élevait, le peuple s’y massait Ă  cette occasion, implorant Dieu dans l’affliction. Souccot, la FĂȘte par excellence Ă  en croire prophĂštes et sages, au cours de laquelle les habitants de toute la Terre d’IsraĂ«l avaient pour loi, comme Ă  PĂąque, de se rendre au Temple, vivant dans des huttes, cĂ©lĂ©brant dans la joie l’alliance de l’homme, de l’espace et du temps, allant puiser dans la fontaine de SiloĂ© l’eau des libations : cette fontaine subsiste, j’en ai vu les vestiges ; des enfants arabes s’y baignaient au moment oĂč j’y trempais moi-mĂȘme les mains : qui dit que le passĂ© doive forcĂ©ment nous sĂ©parer ?
Nul lien, donc, Ă  en croire l’organisation garante du patrimoine mondial, matĂ©riel et immatĂ©riel, entre les Juifs d’une part, ce Mur dit des Lamentations et l’esplanade qui le surmonte d’autre part. Jusqu’ici tout va bien, me direz-vous, il ne s’agit que de Juifs, c’est-Ă -dire de rien, de pas grand-chose
 Ă  ceci prĂšs que si ce lien n’existe pas, tout s’effondre. Si les Juifs n’étaient pas lĂ  il y a deux mille ans, mesdames et messieurs, JĂ©sus n’a pas pu y prier ou en chasser les marchands attroupĂ©s – et je peux tout aussi bien douter, je le devrais mĂȘme en toute logique, que vous soyez, vous, lĂ  oĂč vous ĂȘtes en ce moment en me lisant.

Dans un article de 2010, le magazine satirique amĂ©ricain The Onion faisait Ă  ses lecteurs la rĂ©vĂ©lation suivante : la civilisation grecque n’est en fait qu’un canular inventĂ© par une poignĂ©e de savants contemporains. « Scholars apologize for attributing Western democracy to a make-believe civilization. » Hilarant, l’article poursuivait : les savants en question n’avaient pas pensĂ© que leur blague irait aussi loin ; ils s’excusaient donc, certes, mais demandaient en mĂȘme temps que leur Ɠuvre ne soit pas entiĂšrement rejetĂ©e car aprĂšs tout, Eschyle et la gĂ©omĂ©trie avaient bien quelques mĂ©rites, quoiqu’ils ne fussent pas si vieux que ce que l’on avait naĂŻvement cru.
Avec l’UNESCO, on en est lĂ . Vous pouvez bien, par un dĂ©lire programmĂ©, imaginer que la GrĂšce n’a jamais existĂ©, mais en faisant ainsi abstraction de tout ce qui vous prĂ©cĂšde, loin de dĂ©couvrir la nuditĂ© de votre cogito, vous vous perdrez complĂštement : si la GrĂšce n’a pas existĂ©, vous non plus.

Il en va strictement de mĂȘme pour l’ancien IsraĂ«l. JĂ©sus, un Juif et non un Palestinien comme le suggĂ©rait fielleusement Dario Fo dans son MystĂšre Bouffe – mais paix aux morts – n’a pas pu, si l’UNESCO a raison, se rendre lĂ . Bondieuseries, dites-vous ? Peut-ĂȘtre. Mais aussi peinture et musique, littĂ©rature et sculpture, culture en un mot, patrimoine, racines, mĂ©moire, votre mĂ©moire, qui que vous soyez : songez donc qu’il faudra, pour que l’UNESCO soit justifiĂ©e, jeter au bĂ»cher la moitiĂ© ou plus des collections du Louvre, qui tĂ©moigne, de Botticelli Ă  Rembrandt, de ce qu’il y eut un petit peuple sur un petit bout de terre, et que ce petit peuple donna au monde, depuis ce bout de terre qu’il habitait alors, des prophĂštes, des principes immortels, des textes dans le souffle desquels l’humanitĂ© entiĂšre continue de respirer, un homme nommĂ© JĂ©sus, parmi quelques autres – et que cela, oui, que cela eut bien lieu, quoi qu’on en pense par ailleurs.

On peut questionner l’interprĂ©tation des faits mais Ă  moins de renoncer Ă  l’usage de la raison et Ă  toute possibilitĂ© de connaissance, on ne peut questionner des faits connus de tous, si Ă©vidents qu’ils en sont indĂ©montrables. Il n’y avait pas de Juifs Ă  JĂ©rusalem du temps oĂč les Romains y sont entrĂ©s ? Qui s’y trouvait alors ? Et ce mot de « Juifs » qui apparaĂźt sous la plume de SuĂ©tone comme de Tacite, de JuvĂ©nal comme d’Horace, est-ce qu’un complot sioniste – je n’ose dire « juif » du coup – l’y aura interpolĂ© Ă  l’insu de tous pour mieux nous faire accroire la fiction d’une ancienne JĂ©rusalem juive ? Et de quand date cette interpolation ? Mais alors, j’y songe, c’est tous les auteurs ayant un jour citĂ© ces augustes Latins qui ont dĂ» subir le mĂȘme traitement ! Horreur, a-t-on jamais vu si gigantesque conspiration !

A quoi touchons-nous ci ? A la racine mĂȘme du totalitarisme. Dans 1984, le terrifiant O’Brien explique Ă  Winston Smith que le passĂ© n’existe pas, que rien, Ă  la vĂ©ritĂ©, n’existe en dehors de ce que dĂ©cide le Parti. Dans 2084, Boualem Sansal a dĂ©crit un totalitarisme religieux ayant la mĂȘme prĂ©tention : du passĂ©, faisons table rase ! C’est en effet le caprice islamiste, nous le savons, et en se prĂȘtant Ă  ce sinistre jeu, l’UNESCO n’a fait qu’y accĂ©der, sournoisement certes, sans la violence des destructions de Syrie, d’Irak, de Tombouctou ou de la vallĂ©e de Bamiyan – mais c’est toujours une victoire pour ceux qui se veulent maĂźtres du passĂ©, or comme dit Orwell, « who controls the past controls the future ».
Caprice islamiste, et mĂȘme, osons le dire, ambiguĂŻtĂ© de l’islam en tant que tel, qui ne reconnaĂźt les prophĂštes bibliques qu’en en faisant des musulmans, avant l’heure et de toute Ă©ternité  Preuve s’il en fallait une, que face aux crimes qui se commettent en son nom, face par exemple aux dĂ©vastations de Daech, l’islam doit questionner ses propres enseignements. Dans la nouvelle rĂ©solution scĂ©lĂ©rate de l’UNESCO, ils sont peut-ĂȘtre bien directement en cause.

Vous me direz cependant encore que les Juifs d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’il y a deux mille ans. C’est en effet la derniĂšre trouvaille des antisĂ©mites : nous ne haĂŻssons pas les Juifs, d’ailleurs les Juifs n’existent pas – ou plus. La fiction des Khazars, agitĂ©e par tous les naĂŻfs ou les ignorants de la toile, vient servir d’argument Ă  cette rhĂ©torique infĂąme : des gens qui ne savent Ă  peu prĂšs rien de cette peuplade – et c’est bien normal : on n’en sait Ă  peu prĂšs rien – se mettent Ă  en parler comme s’ils avaient fait un doctorat d’Etat sur son histoire, et affirment positivement que les Juifs, les AshkĂ©nazes du moins, en descendent. Ce qui entre en contradiction avec toutes les sources que nous avons, qu’elles soient littĂ©raires, linguistiques, onomastiques ou gĂ©nĂ©tiques. Il apparaĂźt au contraire que les Juifs, d’oĂč qu’ils soient, se partagent bien un certain noyau ethnique, et que sur ce noyau sont venus se greffer quantitĂ© d’apports, slaves, berbĂšres, germaniques
 ce que, contrairement Ă  ce qu’affirme l’ingĂ©nu Shlomo Sand, idole de nos nouveaux nĂ©gationnistes, personne n’a jamais ni cachĂ© ni niĂ©.
Oui, il y a de quoi renvoyer dos Ă  dos ceux qui croient que les Juifs seraient une « race pure » et ceux qui leur dĂ©nient toute origine commune. Tant mieux d’ailleurs, car aprĂšs ces enfantillages, vient l’essentiel : on n’est pas juif parce qu’on est de sang juif seulement, mais parce qu’on s’identifie Ă  une certaine histoire ; un converti, comme le disait MaĂŻmonide au prosĂ©lyte Obadia, est « fils d’Abraham » au mĂȘme titre qu’un Juif de naissance, et c’est le peuple juif comme entitĂ© spirituelle qui a Ă©tĂ© une nouvelle fois attaquĂ© par l’UNESCO ce jeudi.

La liste des pays qui ont proposĂ© cette rĂ©solution barbare suffirait Ă  la discrĂ©diter, et Ă  discrĂ©diter avec elle l’organisation qui l’a abritĂ©e. Je me contenterai de signaler que s’y trouvent le Qatar et surtout le Soudan, puissance gĂ©nocidaire. La premiĂšre fois, la France s’était parfaitement dĂ©shonorĂ©e, votant pour. Cette fois, elle s’est abstenue : c’est Ă  peine mieux. Non, je ne crois pas que l’on doive s’abstenir face au totalitarisme. D’autres l’ont d’ailleurs compris, et face Ă  l’appui criminel de la Russie et de la Chine, face au fantĂŽme de Munich qui rĂŽde toujours, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Lituanie et l’Estonie, six pays en tout et pour tout, ont montrĂ© que l’esprit de la RĂ©sistance pouvait encore souffler.

David Isaac Haziza
La RĂšgle du Jeu, 14 octobre 2016


Les assyro-chaldéens, du génocide à l'exil : Robert Alaux et Nahro Beth-Kinne seront mes invités le 23 octobre

15 October, by noreply@blogger.com (Jean Corcos)[ —]


Un sujet inĂ©dit pour le prochain numĂ©ro de "Rencontre". J'ai en effet intitulĂ© cette Ă©mission "Les assyro-chaldĂ©ens, du gĂ©nocide Ă  l'exil", et c'est la premiĂšre fois que nous allons parler de cette minoritĂ© chrĂ©tienne en terre d'islam, minoritĂ© qui a vĂ©cu un gĂ©nocide oubliĂ© et dont les survivants du Moyen-Orient ont pris les routes de l'exil ces derniĂšres annĂ©es. Pour en parler, tout d'abord Robert Alaux, qui est sans doute un des meilleurs spĂ©cialistes de ces populations. Documentariste, il a travaillĂ© sur ces communautĂ©s depuis une vingtaine d'annĂ©e et il est l'auteur de plusieurs films pour des chaines de tĂ©lĂ©vision : "Les derniers assyriens" en 2004, des reportages, et puis surtout "Seyfo, ou l'Ă©limination" en 2006, qui relate le gĂ©nocide de 1915 oĂč la Turquie a massacrĂ© des centaines de milliers d'assyro-chaldĂ©ens, en mĂȘme temps que fut perpĂ©trĂ© le gĂ©nocide armĂ©nien. A participĂ© avec lui Ă  la rĂ©alisation de ce film Nahro Beth-Kinne : lui est un descendant des exilĂ©s qui ont fui leurs terres d'origine ; il vit en Belgique oĂč il est un des leaders d'opinion de cette communautĂ© chrĂ©tienne. Alors nous parlerons surtout de l'histoire passĂ©e, du gĂ©nocide et des annĂ©es qui ont suivi avec Robert Alaux ; et puis, en deuxiĂšme partie d'Ă©mission, nous aurons Nahro Beth-Kinne au tĂ©lĂ©phone, et on Ă©voquera les persĂ©cutions prĂ©sentes, surtout depuis les massacres commis par l'Etat Islamique.

Parmi les questions que je poserai à mes invités :

-        A propos de terminologie :  on appelle ces populations "les Assyriens", est-ce pour dire qu'ils sont les descendants des habitants de l'Empire assyrien, mais la plupart des habitants du Proche-Orient le sont aussi ? Ensuite, on les appelle aussi "syriaques", "assyro-chaldĂ©ens", "aramĂ©ens" : quelle diffĂ©rence ? Quelle est leur caractĂ©ristique principale qui les distingue des autres populations chrĂ©tiennes ayant vĂ©cu dans la rĂ©gion ? Est-ce qu'ils relĂšvent d'une mĂȘme Ă©glise chrĂ©tienne ou de plusieurs ?
-        OĂč vivaient-ils, pour les situer sur les territoires qui deviendront plus tard ceux des Etats apparus aprĂšs la PremiĂšre Guerre Mondiale ? Pour les comparer par exemple aux ArmĂ©niens, ou aux Juifs ou au ChrĂ©tiens maronites, est-ce que c'Ă©tait des communautĂ© nombreuses, avec des Ă©lites importantes et vivant dans les grandes villes ? Comment ont-ils vĂ©cu, est-ce qu'il y a toujours eu des persĂ©cutions et des massacres ?
-         Comment un Empire finalement assez tolérant, celui des Ottomans, qui reconnaissait les communautés, organisées en "Millets", sous l'autorité de leurs Patriarches religieux, va avoir le projet de devenir une nation ethniquement pure, qui va éliminer de façon ignoble les minorités chrétiennes, et le résultat, c'est qu'aujourd'hui, les chrétiens qui représentaient 30% de la population sont aujourd'hui 0,1% en Turquie ? Comment expliquer ce basculement, entre la fin du 19Úme siÚcle et 1915 ?
-        A propos de ce que la mĂ©moire des Assyro-chaldĂ©ens a appelĂ© le "Seyfo" ou "Ă©limination", pendant la PremiĂšre Guerre Mondiale, essentiellement en 1915 mais aussi les annĂ©es suivantes : qui a rĂ©alisĂ© ce gĂ©nocide, l'armĂ©e turque ou des supplĂ©tifs locaux ? OĂč se sont dĂ©roulĂ© les massacres au niveau de la Turquie ? Les historiens s'accordent-ils sur un nombre, mĂȘme approximatif, de victimes ? Pourquoi peut-on utiliser le mot de gĂ©nocide pour ce qu'a subi cette minoritĂ© chrĂ©tienne ?
-        Quel a été le sort des Assyro-Chaldéens entre les années 30 et la chute de Saddam Hussein : est-ce que leurs élites ont défendu une identité nationale ? Ou au contraire - comme la majorité des Chrétiens d'Orient - ont-ils soutenu la cause du nationalisme arabes, sous la protection de dictatures sanguinaires ?
-        On a commencĂ© Ă  parler des persĂ©cutions des ChrĂ©tiens en Irak avant l'apparition de l'Etat islamique, quand fuyaient dĂ©jĂ  des dizaines de milliers de civils, suite Ă  des assassinats et des persĂ©cutions diverses, avec la complicitĂ© de la police irakienne. Quelle est la situation aujourd'hui ? Combien d'Assyro-ChaldĂ©ens sont partis, combien ont Ă©tĂ© tuĂ©s par l'Etat Islamique ? Combien sont arrivĂ©s en Europe, et oĂč vivent-ils ?

Un sujet inédit, qui passionnera je l'espÚre mes auditeurs fidÚles ... soyez nombreux à l'écoute.

J.C

La compagnie Air France traque ses islamistes

13 October, by noreply@blogger.com (Jean Corcos)[ —]


Des tags "Allah akbar" sur des trappes de kérosÚne, des piÚces trafiquées... Les services de renseignements sont en alerte, selon "Le Canard enchaßné".


Les informations publiĂ©es mercredi 5 octobre par Le Canard EnchaĂźnĂ© font froid dans le dos. Selon l'hebdomadaire, de nombreux incidents ont eu lieu ces derniers mois au sein de la compagnie Air France, et les services de renseignements font tout pour surveiller les milliers d'agents et de sous-traitants qui travaillent sur les aĂ©roports français. Selon un fonctionnaire du renseignement interrogĂ© par Le Canard, « une dizaine de personnes sont sous surveillance » dans le groupe. Et certains salariĂ©s qui comptent dans leurs familles plusieurs radicaux et qui sont eux-mĂȘmes musulmans salafistes ont d'ores et dĂ©jĂ  Ă©tĂ© licenciĂ©s ou dĂ©placĂ©s Ă  des postes peu exposĂ©s.
Le fonctionnaire du renseignement l'assure Ă  l'hebdomadaire : « Nous avons constatĂ© plusieurs anomalies avant le dĂ©part de plusieurs vols commerciaux. Elles s'apparentent Ă  des tentatives de sabotage. » Une panne rĂ©currente sur des « moteurs relais », qui permettent aux commandants de bord de contrĂŽler le rĂ©acteur depuis le cockpit, a ainsi Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©e. AprĂšs enquĂȘte, les services de renseignements sont rapidement remontĂ©s jusqu'Ă  un suspect, un employĂ© d'Air France qui, Ă©crit Le Canard enchaĂźnĂ©, « a pris la poudre d'escampette dĂšs qu'il s'est senti surveillé ». Il se trouverait aujourd'hui au YĂ©men.

Israël rayé de la carte 

De forts soupçons ont aussi pesĂ© contre deux de ses amis, qui travaillent pour Air France, et qui pourraient avoir trafiquĂ© des toboggans d'Ă©vacuation, lesquels n'ont heureusement jamais Ă©tĂ© installĂ©s. Selon les informations du journal, la compagnie a Ă©galement portĂ© plainte pour des inscriptions « Allah Akbar » taguĂ©es sur des trappes de remplissage de kĂ©rosĂšne. Une quarantaine d'appareils auraient Ă©tĂ© concernĂ©s par cette blague de trĂšs mauvais goĂ»t. À cela s'ajoutent les attaques informatiques dont a Ă©tĂ© victime Air France. NoĂ«l dernier, les annonces de sĂ©curitĂ© sur un Paris-Amsterdam ont Ă©tĂ© programmĂ©es pour ĂȘtre prononcĂ©es automatiquement en arabe. Un bug informatique, avait dit Air France, mĂȘme si, en interne, les soupçons s'Ă©taient portĂ©s sur une personne chargĂ©e du nettoyage...
Le systÚme Géovision, qui permet aux passagers de suivre leur parcours sur une mappemonde, a été hacké à deux reprises. Israël ayant été une fois rayé de la carte et remplacé par la mention « bande de Gaza » ; le Maroc ayant disparu une autre fois au profit de la mention « Khalifa », raconte Le Canard. Enfin, dernier incident en date : un agent de piste aurait refusé de guider un avion qui venait d'atterrir au motif que le commandant de bord était une femme. Ces derniers mois, 73 badges d'accÚs aux sites de Roissy ont été retirés par le préfet chargé de la sécurité. Interrogée, la direction d'Air France assure travailler en étroite collaboration avec les autorités et jure que le personnel et les clients « sont en sécurité absolue ».

Le Point.fr, 5 octobre 2016


Nota de Jean Corcos :

Pour ĂȘtre tout Ă  fait complet sur cette inquiĂ©tante affaire, Ă  noter le dĂ©menti d'Air France, relatĂ© le lendemain sur Le Figaro (lire ici).
Volonté de rassurer ? J'aurais plutÎt tendance à considérer le Canard Enchaßné comme une source sérieuse ...

Les interventions militaires, cause de terrorisme ?

10 October, by noreply@blogger.com (Jean Corcos)[ —]


Il est erroné de voir dans les interventions militaires occidentales la cause principale du terrorisme djihadiste. Les liens de causalité entre interventions et terrorisme sont assez ténus, y compris en ce qui concerne la France.
DÚs le lendemain du 13 novembre 2015, quelques intellectuels ont cru bon de mettre en cause la politique extérieure de la France, et de lui attribuer une large part de responsabilité indirecte dans les attaques qui ont endeuillé notre pays.
Mais il faut se mĂ©fier, dans ce domaine, des raisonnements simplistes et des causalitĂ©s douteuses. Bien sĂ»r, il arrive que les interventions soient une cause de terrorisme, mais c’est au fond assez rare.

Les interventions militaires ne génÚrent pas forcément le terrorisme

La plupart des grandes interventions militaires ne gĂ©nĂšrent pas de terrorisme. A-t-on vu les Irakiens dĂ©tester l’Europe aprĂšs la guerre du Golfe ? Les Serbes nous poursuivre de leur vindicte aprĂšs le Kosovo ? Les attentats se multiplier Ă  cause de notre intervention en Libye ? Dire que les bombardements conduisent Ă  « mobiliser une partie des peuples au Moyen-Orient contre nous » (Dominique de Villepin) est simpliste. Les « dommages collatĂ©raux » crĂ©eraient nĂ©cessairement des rancƓurs inextinguibles ? Ils sont parfois significatifs, et des erreurs inexcusables sont commises. Mais les victimes civiles sont inĂ©vitables dans toute guerre, et acceptables si le bĂ©nĂ©fice attendu est supĂ©rieur au coĂ»t possible en vies humaines.
Y a-t-il aujourd’hui une haine de l’AmĂ©rique en Allemagne et au Japon, alors mĂȘme que les bombardements meurtriers du second conflit mondial relĂšveraient aujourd’hui du crime de guerre ? Les populations des villes normandes rasĂ©es par les raids amĂ©ricains poursuivent-elles les États-Unis de leur haine ?
En Afghanistan, au Pakistan, au YĂ©men, les bombardements sont rarement un facteur de recrutement et de motivation pour les groupes terroristes (Ă©tudes assez prĂ©cises sur impact des frappes de drones). Faire du terrorisme au Mali en 2012 une consĂ©quence directe de l’intervention internationale en Libye en 2011 est peu convaincant : on a trouvĂ© peu d’armes des arsenaux du colonel Kadhafi au nord-Mali.

Daesh n’est pas l’enfant de l’intervention amĂ©ricaine en Irak

Le dĂ©veloppement du terrorisme en Irak aprĂšs 2003 n’avait rien d’inĂ©vitable, et la responsabilitĂ© amĂ©ricaine – indirecte – n’est qu’une partie du problĂšme. Ses racines se trouvaient aussi dans la « campagne d’islamisation » menĂ©e par Saddam Hussein Ă  partir de 1993, donnant naissance Ă  ce que l’on a parfois appelĂ© le « baasisme-salafisme ». Si l’occupation de l’Irak avait Ă©tĂ© mieux prĂ©parĂ©e (contrairement au DĂ©partement d’État – et aux nĂ©oconservateurs – MM. Cheney et Rumsfeld se moquaient totalement de la reconstruction de la sociĂ©tĂ© politique irakienne), si l’armĂ©e et le parti Baas n’avaient pas Ă©tĂ© dissous, nous n’en serions peut-ĂȘtre pas lĂ . Faire de Daesh l’enfant de l’occupation amĂ©ricaine est un raccourci douteux. En 2010, Al-Qaeda en Irak n’existait quasiment plus. C’est la politique du Premier ministre Nouri al-Maliki, soutenue par TĂ©hĂ©ran, qui l’a ressuscitĂ©e. Et Daesh n’aurait jamais crĂ» si rapidement sans la rĂ©pression syrienne, la guerre civile et son instrumentalisation par Bachar el-Assad n’avaient pas eu lieu.

Le terrorisme peut se développer sans interventions militaires

A l’inverse, le phĂ©nomĂšne djihadiste n’a pas besoin des interventions pour se dĂ©velopper, comme on le voit tous les jours en Asie du sud (Inde, Pakistan, Bengladesh), ou en Afrique (NigĂ©ria, Centrafrique). Nul besoin d’intervenir pour ĂȘtre menacĂ© : quand Daesh menace l’Allemagne en le traitant de « pays croisĂ© », on peine Ă  reconnaĂźtre notre voisin. L’intersection des deux cercles « interventions » et « terrorisme » est donc limitĂ©.

Ne pas intervenir peut accroĂźtre la menace terroriste

Quand on parle du coĂ»t des interventions en termes de terrorisme, il faut ouvrir la rĂ©flexion : cela aurait souvent pu ĂȘtre bien pire sans intervention

Si l’on avait laissĂ© l’Afghanistan ĂȘtre le sanctuaire d’Al-Qaeda, croit-on que cette organisation serait moribonde ? Personne ne peut dire que c’était une bonne chose d’envahir l’Irak, mais en imaginer sĂ©rieusement que le pays serait aujourd’hui un havre de paix et de stabilitĂ© si les AmĂ©ricains n’avaient pas renversĂ© Saddam Hussein est une hypothĂšse pour le moins hasardeuse – tout aussi probable qu’on aurait une situation analogue Ă  celle de la Syrie

De mĂȘme en Libye, le point de non-retour Ă©tait dĂ©jĂ  atteint en fĂ©vrier 2011 avant l’intervention : peut-on penser sĂ©rieusement que l’État libyen aurait pu retrouver son intĂ©gritĂ© mĂȘme en l’absence d’intervention ?
Le meilleur exemple est sans doute celui de la Syrie : comme le rappelle Jean-Pierre Filiu, la dĂ©cision amĂ©ricaine de non-intervention en septembre 2013 a signalĂ© le dĂ©but de l’expansion fulgurante de Daesh.

La France est menacĂ©e qu’elle intervienne ou non

Qu’en est-il plus prĂ©cisĂ©ment en ce qui concerne la France ?
Le terrorisme peut ĂȘtre liĂ© Ă  notre politique Ă©trangĂšre : cela a Ă©tĂ© le cas dans les annĂ©es 1980 Ă  propos de l’Irak, du Liban, de la Libye. Mais l’hypothĂšse de la revanche terroriste n’est pas en soi une raison a priori de ne pas intervenir. En 1983, fallait-il laisser le Liban descendre dans l’enfer ? En 2001, fallait-il laisser l’Afghanistan devenir un sanctuaire pour Al-Qaeda ? En 2016, faut-il laisser Daesh s’étendre des deux cĂŽtĂ©s de la ligne Sykes-Picot ?
Il ne faut pas inverser les responsabilitĂ©s : les interventions françaises ont souvent lieu Ă  cause de la menace terroriste. C’était le cas au Mali (menaces sur les ressortissants français et prises d’otages). C’est le cas en Irak et en Syrie.
La plupart des interventions françaises ne gĂ©nĂšrent pas de terrorisme. L’Irak en 1991, la Libye en 2011, nos interventions en Afrique n’ont pas gĂ©nĂ©rĂ© d’actes de terrorisme irakien ou libyen ou africain sur notre sol.
Et la plupart des actes de terrorisme en France n’ont pas grand-chose Ă  voir avec les interventions militaires françaises. Les attentats de Carlos en 1982, celui de la Rue des Rosiers la mĂȘme annĂ©e, celui de l’ASALA en 1983 n’étaient pas liĂ©s Ă  nos interventions. La campagne de 1985-1986 relevait de la coercition : il s’agissait de libĂ©rer de soi-disant « prisonniers politiques ». Les attentats de 1995 relevaient de la problĂ©matique de la guerre civile en AlgĂ©rie et de tentatives d’instrumentalisation de la France. En 2000, on a dĂ©jouĂ© un attentat Ă  Strasbourg qui aurait pu ĂȘtre d’une extrĂȘme gravitĂ© – de nouveau, rien Ă  voir avec nos interventions.
Enfin, ni Mohamed Merah, ni Medhi Nemmouche, ni les frĂšres Kouachi n’étaient motivĂ©s par nos interventions militaires. Ahmed Koulibaly prĂ©tend agir en rĂ©torsion contre l’intervention en Irak mais s’en prend
 Ă  un quartier juif en banlieue et Ă  un magasin cacher Ă  Paris. Cherchez l’erreur.

Le 13 novembre n’a pas Ă©tĂ© causĂ© par nos interventions

Quid des attentats de novembre ?
D’abord, soyons lucides sur la rhĂ©torique de Daesh : l’organisation tente de nous enfermer dans un choix diabolique : la soumission ou l’intervention au sol afin de refermer sur nous un « piĂšge afghan ».
Notons ensuite que l’intervention en Irak et en Syrie n’est que la troisiĂšme des motivations de Daesh (« Avoir osĂ© insulter le prophĂšte », « S’ĂȘtre vantĂ©s de combattre l’islam en France », « Avoir frappĂ© les musulmans en terre du Califat »). Et que le Bataclan avait Ă©tĂ© menacĂ© dĂšs 2009 du fait de l’identitĂ© de ses propriĂ©taires. Laissons parler Gilles Kepel : « Je suis persuadĂ© que les djihadistes auraient de toute façon trouvĂ© un prĂ©texte ». Nous sommes ciblĂ©s pour ce que nous sommes : une ancienne puissance coloniale au Moyen-Orient, un pays laĂŻc (« capitale de la prostitution et du vice »), et un État hĂ©bergeant la plus grande population musulmane d’Europe : c’est sur notre terre que Daesh espĂšre causer la guerre civile. Et inverser le flux des migrants

Enfin, causalitĂ© n’est pas responsabilitĂ©. Dire que celui qui est intervenu est responsable des actes commis (c’est la thĂšse du « retour de bĂąton ») revient au fond Ă  dire que les journalistes de Charlie-Hebdo sont responsables des attentats de janvier 2015.

Bruno Tertrais

Fondation pour la Recherche Stratégique, 15 février 2016

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